Notre décadence n'est pas linéaire, elle se fait par à-coups.
Comme le 10 ami 1981 ou le 20 septembre 1992 (traité de Maastricht), le référendum perdu du 27 avril 1969 est une étape importante de notre chute, peut-être la principale des 60 dernières années.
J'ai déjà abordé ce sujet plusieurs fois :
De Gaulle 1969. L'autre révolution (A. Teyssier)Je souhaite faire une synthèse pour comprendre comment la France a raté ce train.
1) De Gaulle et les temps sont dix ans trop vieux.
De Gaulle a perdu la maitrise du temps. Ce référendum était pour le début des années 50, au sortir de la guerre. Pas en pleine prospérité et explosion de la société de consommation.
2) Pompidou
Pompidou cautionne l'opposition feutrée mais très forte de la bourgeoisie française au gaullisme. Il ne comprend pas le référendum. Pour lui, la participation est une lubie du vieux.
Je fais un copier coller d'un des billets en lien :
Georges Pompidou n'a pas le beau rôle : s'il reste fidèle au gaullisme en apparence, il en trahit l'esprit et on peut même se demander s'il le comprend vraiment. C'est le reproche que lui firent certains fidèles d'entre les fidèles. Il fut si habile en 1968, parce qu'il était allégé d'une vision qu'il l'aurait contraint.
J'imagine Messmer dans la même situation. Comportement très différent.
Avec le référendum perdu de 1969, De Gaulle paye le solde de tout compte d'avoir choisi Pompidou.
3) Referendum abscons.
Alors que le sujet des précédents référendums était limpide, il faut bien reconnaitre que celui-ci, pour important qu'il fût, était assez obscur. Les Français ne devaient pas être très loin de penser comme Pompidou : une lubie du vieux.
4) Les Français
Comme l'explique très bien Arnaud Teyssier, lors de son second septennat écourté, De Gaulle est plus visionnaire que jamais.
Les Français, c'est le contraire : malgré les prétentions ridicules des intellos en chambre, l'époque est à la myopie, « jouir sans entraves », société de consommation et compagnie. Les Français sont surtout préoccupés par la complainte du progrès de Boris Vian :
Et je te donnerai
Un frigidair
Un joli scoutaire
Un atomixère
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pelles à gâteaux
Une tourniquette
Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et voilà comment on rate un référendum majeur.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire