Voici comment Pierre Lefranc, gaulliste pur souche et proche des événements, analyse mai 68.
Pour Lefranc, mais 68 trouve son origine dans le fait que le premier ministre conservateur Pompidou a empêché les réformes audacieuses que préférait De Gaulle et qui auraient désamorcé la situation. Je ne partage pas cette analyse, en revanche, je suis assez d'accord avec la suite.
Dès les premiers troubles parisiens, De Gaulle aurait voulu rétablir l'ordre par la force quitte à risquer des morts, considérant que l'ordre valait bien cela. Par peur de ces morts et du retentissement politique, le préfet de police et le ministre de l'intérieur ont adopté une attitude plus laxiste.
Le retour de voyage de Georges Pompidou a renforcé le parti conciliant. De Gaulle, n'étant pas soutenu par son gouvernement, a laissé faire.
La tendance pompidolienne a échoué puisque les accords de Grenelle, véritable capitulation devant l'émeute, n'ont pas ramené le calme.
De là découle l'escapade gaullienne à Baden-Baden, destinée à créer un choc et à permettre à De Gaulle de reprendre la main.
Pierre Lefranc regrette que De Gaulle n'ait pas été soutenu dans sa première impulsion. Moi aussi, je le regrette : je suis libéral, je pense que l'Etat a peu de missions (défense, diplomatie, police, justice), mais que ces missions doivent être remplies sans faiblesse.
Après tout, si Cohn-Bendit s'était pris une balle sur une barricade, il serait aujourd'hui un héros dans certains milieux alors qu'il n'est plus qu'un adolescent vicieux, sénile et pitoyable, vivant aux frais du moutontribuable européen, bref une épave peu ragoûtante !
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samedi, novembre 17, 2012
vendredi, novembre 16, 2012
... avec qui vous savez (P. Lefranc)
C'est la suite de Voici tes fils ! (il y a un livre intermédiaire Le vent de la liberté dont je ne vous ai pas parlé).
Pierre Lefranc, attaché de presse de De Gaulle, raconte ses aventures avec beaucoup d'humour.
De Gaulle, Président de la République (exceptionnellement, je mets les majuscules), fait une visite dans le Pas-de-Calais. Le préfet est tout content de lui annoncer qu'on a retrouvé des anciens de son régiment de 1914 et qu'il les verra à la fin de la cérémonie de dépôt de gerbe au monument aux morts.
Les choses se déroulent. De Gaulle passe en revue les anciens, et le dernier du rang, dans sa chaise roulante, lève la tête et dit : «Tiens ! De Gaulle ! Tu es là. Alors, qu'est-ce que tu deviens ?».
Autre anecdote : lors d'un diner très sérieux, en pleine guerre d'Algérie, le brouhaha des conversations connaît un temps mort, comme il arrive parfois, et tout le monde entend De Gaulle dire à sa voisine : «Spirou est surfait. En revanche, Tintin ...»
Lefranc porte un jugement très sévère sur les politiciens, y compris les gaullistes. Pour lui, ils sont prêts à toutes les compromissions et toutes les bassesses pour être ré-élus.
Les pages sur le cumul des mandats, écrites en 1979, sont étonnantes d'actualité et, par là même, désespérantes : Lefranc ne croit pas que, malgré leurs belles déclarations, les politiciens feront jamais rien contre le cumul des mandats. Trente trois ans de recul valident son propos. A son avis, les politiciens rétabliraient les charges héréditaires à leur profit s'ils en avaient l'occasion. On songe à Jean Sarkozy et à l'EPAD.
Ses propos sont sévères, on sent bien qu'il n'aime pas Georges Pompidou, il lui reproche d'être trop conciliant. Reproche plus précis encore : l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun. Là encore, aux yeux de Lefranc, un compromis dommageable.
Dans l'ensemble, je suis assez d'accord : je considère que Pompidou fut notre dernier grand président mais qu'il avait trop le souci de se faire aimer de l'époque.
Pierre Lefranc pose une question dont, hélas, je crois bien que nous avons désormais la réponse : «Les dirigeants sont-ils choisis par les partis politiques en fonction de leurs qualités de gouvernants ou en fonction de leurs capacités à passer à la télévision ?»
Si vous tombez sur ces récits, -mémoires ?-, de Pierre Lefranc chez un bouquiniste, ils valent le coup.
Pierre Lefranc, attaché de presse de De Gaulle, raconte ses aventures avec beaucoup d'humour.
De Gaulle, Président de la République (exceptionnellement, je mets les majuscules), fait une visite dans le Pas-de-Calais. Le préfet est tout content de lui annoncer qu'on a retrouvé des anciens de son régiment de 1914 et qu'il les verra à la fin de la cérémonie de dépôt de gerbe au monument aux morts.
Les choses se déroulent. De Gaulle passe en revue les anciens, et le dernier du rang, dans sa chaise roulante, lève la tête et dit : «Tiens ! De Gaulle ! Tu es là. Alors, qu'est-ce que tu deviens ?».
Autre anecdote : lors d'un diner très sérieux, en pleine guerre d'Algérie, le brouhaha des conversations connaît un temps mort, comme il arrive parfois, et tout le monde entend De Gaulle dire à sa voisine : «Spirou est surfait. En revanche, Tintin ...»
Lefranc porte un jugement très sévère sur les politiciens, y compris les gaullistes. Pour lui, ils sont prêts à toutes les compromissions et toutes les bassesses pour être ré-élus.
Les pages sur le cumul des mandats, écrites en 1979, sont étonnantes d'actualité et, par là même, désespérantes : Lefranc ne croit pas que, malgré leurs belles déclarations, les politiciens feront jamais rien contre le cumul des mandats. Trente trois ans de recul valident son propos. A son avis, les politiciens rétabliraient les charges héréditaires à leur profit s'ils en avaient l'occasion. On songe à Jean Sarkozy et à l'EPAD.
Ses propos sont sévères, on sent bien qu'il n'aime pas Georges Pompidou, il lui reproche d'être trop conciliant. Reproche plus précis encore : l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun. Là encore, aux yeux de Lefranc, un compromis dommageable.
Dans l'ensemble, je suis assez d'accord : je considère que Pompidou fut notre dernier grand président mais qu'il avait trop le souci de se faire aimer de l'époque.
Pierre Lefranc pose une question dont, hélas, je crois bien que nous avons désormais la réponse : «Les dirigeants sont-ils choisis par les partis politiques en fonction de leurs qualités de gouvernants ou en fonction de leurs capacités à passer à la télévision ?»
Si vous tombez sur ces récits, -mémoires ?-, de Pierre Lefranc chez un bouquiniste, ils valent le coup.
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Pompidou.
mercredi, octobre 17, 2012
Voici tes fils ! (P. Lefranc)
Pierre Lefranc, décédé récemment, est à la fois un jeune résistant et un résistant de la première heure, puisqu'il a dix-huit ans lorsqu'il organise, avec d'autres, la manifestation étudiante du 11 novembre 1940, ce qui lui vaut de connaitre les joies de la prison de la Santé.
Membre d'un réseau, grillé, il passe en Espagne fin 42. Prisons, camps, expulsion, engueulade par De Gaulle qui reproche aux volontaires d'avoir trainé (cela leur plaît beaucoup : ce discours les change des larmes de crocodile du pétainisme), arrivée en Grande-Bretagne, cadets de la France Libre, parachutage dans un maquis de Touraine.
Ce faux roman raconte ses aventures entre sa sortie de France et son retour. Beaucoup d'humour. Il ne nous épargne pas ses conquêtes et les difficultés d'enlever le corsage militaire des auxiliaires féminines peu farouches.
Il projette même de séduire la princesse Elizabeth et de l'épouser pour redorer le prestige terni de la France ! Ambition qu'il racontera, au cours d'un diner à l'Elysée, trente ans plus tard, à l'intéressée devenue reine. Elle voudra bien en sourire.
En 1974, ce livre rompait avec la solennité résistantialiste. En 2012, il rompt avec la morbidité repentante.
Membre d'un réseau, grillé, il passe en Espagne fin 42. Prisons, camps, expulsion, engueulade par De Gaulle qui reproche aux volontaires d'avoir trainé (cela leur plaît beaucoup : ce discours les change des larmes de crocodile du pétainisme), arrivée en Grande-Bretagne, cadets de la France Libre, parachutage dans un maquis de Touraine.
Ce faux roman raconte ses aventures entre sa sortie de France et son retour. Beaucoup d'humour. Il ne nous épargne pas ses conquêtes et les difficultés d'enlever le corsage militaire des auxiliaires féminines peu farouches.
Il projette même de séduire la princesse Elizabeth et de l'épouser pour redorer le prestige terni de la France ! Ambition qu'il racontera, au cours d'un diner à l'Elysée, trente ans plus tard, à l'intéressée devenue reine. Elle voudra bien en sourire.
En 1974, ce livre rompait avec la solennité résistantialiste. En 2012, il rompt avec la morbidité repentante.
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