«Ceux qui écrivent et ceux qui lisent sont une survivance», déclare Philip Roth.
Je le crois sans peine car deux phénomènes se conjuguent, liés à des évolutions dans l'éducation (plus exactement, la non-éducation) et à l'environnement :
> les capacités de concentration ont diminué de manière spectaculaire. Certaines études faites sur des élèves de primaire montrent un passage en trente ans de 15 minutes à 3 minutes. Elles valent ce qu'elles valent, du moins est-il facile de constater que les gens ne savent plus prendre le temps de s'isoler, voire de s'ennuyer.
> l'aptitude à être dérangé de son confort est maintenant proche de zéro. Symptôme parmi d'autres, on m'explique, et je le constate, que les jeunes (mais j'ai l'impression que ça concerne aussi pas mal de vieux) sont incapables de regarder un film en noir et blanc (sans parler de film muet ou en VO !) Ca témoigne d'une étroitesse d'esprit affligeante (1).
Ces deux éléments mis bout à bout interdisent la lecture, puisqu'elle requiert de la concentration et procure en retour du dérangement, un sain dérangement (2).
Montaigne a toujours été la lecture d'une poignée, mais cette poignée était vaste. J'ai peur qu'elle se réduise à quelques dizaines d'individus. Et pourtant, la satisfaction est à la hauteur de l'effort.
Soit, Montaigne est un exemple sans doute excessif. Mais Pascal, Racine, La Bruyère, Hugo, Stendhal, Flaubert, Maupassant, Proust ?
Or, la transmission orale du savoir étant perdue (apprendriez vous et réciteriez l'Iliade et l'Odyssée ?), la seule transmission possible aujourd'hui est la lecture. Tous les autres moyens, télévision, radio, sont de débit insuffisant (3) et ne forment ni la sensibilité, ni le goût.
Allons nous finir avec d'un coté les sous-hommes téléphages, bons robots, incapables de penser plus loin que le bout de leur nez et de l'autre, les hommes, encore un peu réfléchis, parmi lesquels se trouveront quelques cyniques manœuvrant la masse à leur profit ?
Ensuite, nous passerons peut-être aux androïdes !
******************
(1) : il y a là une amère ironie. La doctrine officielle est à l'ouverture tous azimuths. Mais on constate que les endoctrinés de l'ouverture sont d'une étroitesse d'esprit exceptionnelle.
(2) : «Quand on me contrarie, on esveille mon attention, non pas ma cholere : je m'avance vers celuy qui me contredit, qui m'instruit. La cause de la verité, devroit estre la cause commune [...] Je festoye et caresse la verité en quelque main que je la trouve, et m'y rends alaigrement, et luy tends mes armes vaincues, de loing que je la vois approcher. Et pourveu qu'on n'y procede d'une troigne trop imperieusement magistrale, je prens plaisir à estre reprins. Et m'accommode aux accusateurs, souvent plus, par raison de civilité, que par raison d'amendement : aymant à gratifier et à nourrir la liberté de m'advertir, par la facilité de ceder. Toutesfois il est malaisé d'y attirer les hommes de mon temps. Ils n'ont pas le courage de corriger, par ce qu'ils n'ont pas le courage de souffrir à l'estre.» Montaigne, De l'art de conférer
(3) : une heure de télévision tient en une page lue en deux minutes. Bien sûr, les informations ne sont pas de même nature.
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vendredi, octobre 02, 2009
lundi, septembre 10, 2007
Les subtilités de la langue française : le lexique politico-syndicale
La langue française est fort riche et recèle des finesses aussi inaccessibles à un étranger que la différence entre le Mont-d'Or et le vacherin.
Examinons le vocabulaire politico-syndical.
Il obéit à un grand principe : les mots y prennent un sens très différent, voire contraire, de leur sens dans le vocabulaire courant.
Prenons en titre d'aujourd'hui : les syndicats craignent que le gouvernement passe en force sur les régimes spéciaux de retraite.
Au premier abord, cette phrase paraît limpide au naïf. Il imagine des syndicats tremblants à l'idée que le pouvoir politique, par une loi inique, piétine le voeu populaire, déclenche des manifestations massives proches d'émeutes et sombre dans les dérives des violences policières.
Le naïf n'imaginerait pas que l'on parle là d'une mesure gouvernementale approuvée par la grande majorité des Français, qui n'est que simple justice, et à laquelle les syndicats sont préparés depuis des années puisque tout le monde savait que ça arriverait un jour.
Prenons un autre exemple : "En matière de réformes, le Président montre la voie." N'imaginez surtout pas Christophe Colomb sautant de la Santa Maria, drapeau claquant au vent. Ce titre signifie que le Président ne sait absolument pas où il est, où il veut aller et pourquoi. En attendant que, par un coup du sort, le brouillard se lève, il pérore et gesticule à destination des olibrius payés pour gloser sur ces moindres faits et gestes.
Encore un exemple : "Le gouvernement travaille." Cela ne veut pas seulement dire que le gouvernement turbine, plongé dans la masse de ses importantes affaires, car c'est la moindre des choses et ce n'est pas une information. Non, la signification véritable est que le gouvernement ne sait pas quoi faire, qu'il n'a donc pas d'annonce pour aujourd'hui et qu'il cache son désarroi sous une apparence de sérieux responsable, professionnel et paternel du plus bel effet. "Le gouvernement travaille" signifie donc "Le gouvernement est prêt à tout et bon à rien."
Maintenant que vous commencez à comprendre, un petit exercice facile de mise en application : expliquez en quelques lignes le véritable sens politico-syndical du mot "rupture".
Examinons le vocabulaire politico-syndical.
Il obéit à un grand principe : les mots y prennent un sens très différent, voire contraire, de leur sens dans le vocabulaire courant.
Prenons en titre d'aujourd'hui : les syndicats craignent que le gouvernement passe en force sur les régimes spéciaux de retraite.
Au premier abord, cette phrase paraît limpide au naïf. Il imagine des syndicats tremblants à l'idée que le pouvoir politique, par une loi inique, piétine le voeu populaire, déclenche des manifestations massives proches d'émeutes et sombre dans les dérives des violences policières.
Le naïf n'imaginerait pas que l'on parle là d'une mesure gouvernementale approuvée par la grande majorité des Français, qui n'est que simple justice, et à laquelle les syndicats sont préparés depuis des années puisque tout le monde savait que ça arriverait un jour.
Prenons un autre exemple : "En matière de réformes, le Président montre la voie." N'imaginez surtout pas Christophe Colomb sautant de la Santa Maria, drapeau claquant au vent. Ce titre signifie que le Président ne sait absolument pas où il est, où il veut aller et pourquoi. En attendant que, par un coup du sort, le brouillard se lève, il pérore et gesticule à destination des olibrius payés pour gloser sur ces moindres faits et gestes.
Encore un exemple : "Le gouvernement travaille." Cela ne veut pas seulement dire que le gouvernement turbine, plongé dans la masse de ses importantes affaires, car c'est la moindre des choses et ce n'est pas une information. Non, la signification véritable est que le gouvernement ne sait pas quoi faire, qu'il n'a donc pas d'annonce pour aujourd'hui et qu'il cache son désarroi sous une apparence de sérieux responsable, professionnel et paternel du plus bel effet. "Le gouvernement travaille" signifie donc "Le gouvernement est prêt à tout et bon à rien."
Maintenant que vous commencez à comprendre, un petit exercice facile de mise en application : expliquez en quelques lignes le véritable sens politico-syndical du mot "rupture".
samedi, août 04, 2007
Déconstruisons la veulerie langagière
Il y avait dans le Monde un article sur la déconstruction de Super-Phénix. Il s'agit bien entendu, en bon Français, de la destruction, ou du démantèlement, ou du démontage, de Superphénix.
D'ailleurs, à propos de démontage, c'est ainsi qu'on avait qualifié le saccage du Mc Donald de Millau.
Je suis inquiet de cette veulerie du langage, qui fait qu'on n'ose plus appeler un chat un chat, un vieux un vieux, un handicapé un handicapé, etc.
On argue, pour justifier cette lâcheté, de la nécessité du respect. Mais est-ce vraiment du respect que de ne pas appeler les choses et les gens correctement ?
Je ne vais pas vous refaire Orwell, 1984 et la novlangue, mais, tout de même, il y a un peu de cela : quand une société n'ose plus appeler les choses par leur nom, qu'elle se sent obligée d'en inventer de nouveaux qui masquent les réalités, c'est qu'elle est bien malade, qu'elle ne veut plus affronter les réalités qu'elle renonce à désigner.
Sans compter que déconstruction est d'une laideur ... C'est un mot hideux. Ca prouve bien que les journalistes sont des pas-grand'choses pour écrire de telles horreurs sans que le rouge ne leur monte au front. Mais peut-être sont-ils jeunes et ont-ils subi cette école qui apprend à lire dans Jean a deux mamans (1) ?
Au Monde, il devrait y avoir lecture obligatoire de deux ou trois pages classiques tous les matins, au choix Molière, Racine, La Bruyère, La Rochefoucauld. Ca nous éviterait peut-être la déconstruction permanente du bon usage.
(1) : titre authentique d'ouvrage conseillé en primaire par l'académie du Nord. Le progrès fait rage.
D'ailleurs, à propos de démontage, c'est ainsi qu'on avait qualifié le saccage du Mc Donald de Millau.
Je suis inquiet de cette veulerie du langage, qui fait qu'on n'ose plus appeler un chat un chat, un vieux un vieux, un handicapé un handicapé, etc.
On argue, pour justifier cette lâcheté, de la nécessité du respect. Mais est-ce vraiment du respect que de ne pas appeler les choses et les gens correctement ?
Je ne vais pas vous refaire Orwell, 1984 et la novlangue, mais, tout de même, il y a un peu de cela : quand une société n'ose plus appeler les choses par leur nom, qu'elle se sent obligée d'en inventer de nouveaux qui masquent les réalités, c'est qu'elle est bien malade, qu'elle ne veut plus affronter les réalités qu'elle renonce à désigner.
Sans compter que déconstruction est d'une laideur ... C'est un mot hideux. Ca prouve bien que les journalistes sont des pas-grand'choses pour écrire de telles horreurs sans que le rouge ne leur monte au front. Mais peut-être sont-ils jeunes et ont-ils subi cette école qui apprend à lire dans Jean a deux mamans (1) ?
Au Monde, il devrait y avoir lecture obligatoire de deux ou trois pages classiques tous les matins, au choix Molière, Racine, La Bruyère, La Rochefoucauld. Ca nous éviterait peut-être la déconstruction permanente du bon usage.
(1) : titre authentique d'ouvrage conseillé en primaire par l'académie du Nord. Le progrès fait rage.
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