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mardi, juin 21, 2016

Dalrymple et les chandelles

Theodore Dalyrymple; Jo Cox – Candles in the Gale

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As soon as I heard of the massacre in the club in Orlando and of the murder of Jo Cox, I knew that within a few hours the candles would be out. And sure enough I was right. Like the ants that appear on my kitchen surface when there is something sweet left about, lit candles in little glasses appeared as if from nowhere.

Where do they come from, these candles, and where are they hiding before a massacre, an assassination or a disaster? Do people keep them at the ready, just in case? Above all, what do they mean or signify?

I think it likely that all those people who light the candles and stand or sit looking sad but beatific and virtuous behind or beside them after a terrible event are not religious, at least not in the sense of observing any religious rituals or observing any religious discipline. They would not be seen dead lighting a candle in a church, for example; but they are probably the kind of people who say they are ‘spiritual but not religious,’ that is to say who indulge in or consume all kinds of spiritual kitsch, from wind chimes to strategically-placed crystals. A higher proportion of them than average probably believe in the healing chakras of the earth or in reiki therapy.

What is the message of these candles? What are the people who light them trying to say or express? That they are opposed to massacre or assassination and regret disaster? But does this really have to be expressed? Perhaps they are trying desperately to recapture a belief in the transcendent whose very existence they doubt or, in other circumstances, vehemently deny.

Candles are a couple of rungs up the spiritual ladder, no doubt, from teddy bears, the intermediate rung on that ladder being occupied by bouquets of flowers in cellophane wrapping piled high at or near the site of death. The black armband and the mourning dress have been replaced by the teddy bear, the unwrapped bouquet and the candle in its little glass. Public dignity has given way to informality. Candles, by the way, are not just couple of rungs up he spiritual, but also up the social, ladder; the lighters of candles would probably regard teddy bears as completely infra dig [infra dig : typiquement british. En dessous de ma dignité, sous-entendu, de ma classe sociale].

The candles and teddy bears must be very comforting for Islamists. Whenever they see them, they must think, ‘These are weak and feeble people, easily intimidated and eminently destructible.’
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Je suis atterré par ces niaiseries. D'autant plus que je me demande si certains catholiques bisounours en sont si loin : le Mal, sauf dans son acceptation personnel, où son évocation prend un tour masochiste et suicidaire (le Mal, c'est toujours moi, jamais les autres, qui sont toujours bons), a complètement été évacué.



mercredi, juin 08, 2016

Où va l'histoire ? (R. Brague)

Zemmmour en a fait une recension, je ne vais donc pas paraphraser :

Où va l'histoire ?

A propos de la nouvelle Lanzarote de Houellebecq, où un homme abandonne sa femme tombée malade, Brague s'interroge sur l'incapacité de l'homme moderne à s'engager pour toujours, à « donner sa foi ». Il en déduit que l'homme moderne manque de foi en lui-même, en l'Homme, bref, en Dieu (cerné par les divorcés de tous poils, je me sens un extra-terrestre !).


jeudi, juin 02, 2016

La liberté moderne vue par Rémi Brague

« La liberté de l’homme moderne a trop souvent la même signification que dans le cas d’un taxi. Un taxi est libre quand il possède trois caractéristiques : il est vide, il ne va nulle part (“en maraude” comme on dit) et il peut être pris d’assaut par le premier venu, qui lui demandera d’aller où il voudra. »

C'est bien dit et c'est terriblement juste : je connais des modernes vraiment paumés d'être modernes, perdus, vides, et cela se traduit dans leurs choix très concrets, une vie dissolue, sans boussole, sans durée, sans profondeur. Mais, à la différence de ce qui se passait avant (des paumés, il y en a toujours eu), ce ne sont pas des marginaux mais au contraire des individus ordinaires.

Chesterton l'avait dit aussi : « Quand on se déclare incroyant, ce n'est pas qu'on ne croit plus en rien, mais qu'on croit en n'importe quoi ».

Vaclav Havel a dit que le problème de l'homme moderne n'était pas qu'il ignore le sens de la vie mais que cette question le préoccupe de moins en moins.

Mais ce n'est pas parce que la préoccupation est évacuée que le manque ne resurgit pas quand même. Notre société est folle et le fond de cette folie, c'est la vie sans transcendance. On retombe sur l'éternelle question de Socrate : « Si l'homme est la mesure de toutes choses, qu'est-ce qui mesurera l'homme ? ». Lhomme sans dieu est fou, fou de lui-même, fou de narcissisme.

dimanche, avril 24, 2016

Les animaux sont-ils nos semblables ?

Les animaux sont-ils nos semblables ?

La répulsion totale que nous inspire désormais la souffrance animale peut paraître inquiétante à bien des égards.

J'aime à l'ancienne les animaux  (comme j'aime à l'ancienne les enfants, les livres, les voitures et les femmes). Je ne leur fais pas de mal inutile (aux animaux, mais aussi aux femmes et aux enfants. Pour les voitures, c'est moins sûr !), j'en mange certains, mais je les respecte pour ce qu'ils sont, je ne les anthropomorphise pas, je ne les traite pas comme des pseudo-humains.

Ceux qui ont un trop grand amour des animaux me mettent mal à l'aise : je soupçonne une compensation, je les soupçonne de ne pas savoir aimer les hommes, voire de les haïr. Et je ne suis pas contredit par mon expérience : les grands amoureux des animaux que je connais sont tous déficients dans leurs relations humaines.

Je ne vois rien à changer à ma recension de 2006 d'un livre de Jean-Pierre Digard :

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Digard est sans ambiguïté sur ce point : traiter les animaux comme des hommes est une forme de maltraitance, certes plus douce que les traitements brutaux et négligents. Pour lui, pas de chien dans le lit ou sur le canapé, ce n'est pas sa place. Digard cite des chiens qui ressemblent à des bébés (même poids, peau lisse, grands yeux).

[…]

On peut facilement rattacher la passion animalitaire, les animaux comme substituts affectifs, à la violence symbolique ou réelle d'une société. Cela devrait nous interroger que la France soit le pays d'Europe où il y a le plus d'animaux familiers.

C'est brutal à dire, mais quelqu'un qui aime trop les animaux ou les enfants révèle souvent une incapacité à aimer les hommes dans leur diversité et dans leur complexité. L'amour des animaux d'Hitler et le fait que la législation nazie était la plus favorable aux animaux devraient nous interpeller.

En conclusion : Digard nous appelle à traiter les animaux comme des animaux et les hommes comme des hommes alors que nous sommes embarqués dans le schéma inverse.
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Et la situation ne s'est pas améliorée en dix ans :

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On peut se demander si la mort infligée aux animaux dans ces conditions ne nous affecte pas d’autant plus que, matériellement éloignés de ceux dont nous mangeons la chair, nous nous sommes peut-être rapprochés d’eux conceptuellement. Au début de L’Esprit des lois (I, 1), Montesquieu reconnaît aux bêtes « l’attrait du plaisir », pour ajouter qu’elles n’ont pas « d’espérances » et surtout qu’« elles n’ont pas avec Dieu de rapport plus intime que le reste du monde matériel », monde créé dont elles participent en toute inconscience. Si c’est le rapport personnel à Dieu qui caractérise l’humanité, voilà une distinction à quoi nous paraissons disposés à renoncer !

Il semble même qu’une autre spécificité humaine désormais nous pèse, celle que paraît indiquer Montesquieu avec le mot « espérances » et sur quoi insiste Jean-Jacques : la « faculté de (nous) perfectionner », à la fois comme individus et comme espèce. Nous sommes en effet une humanité contente d’elle-même, ne s’identifiant pas collectivement selon des actions à entreprendre mais à ses droits insuffisamment honorés. Un humanisme passif est notre horizon, plutôt conforté que compensé par l’activisme technique, cette épopée du quantitatif, donc du « même », où nous sommes enrôlés. Ainsi nous nous rapprochons peut-être sinon de l’animalité du moins de l’homme à l’état de nature selon Jean-Jacques, chez qui le « perfectionnement de soi » est en sommeil, qui ne sait pas ce que c’est que d’être bon ou juste et ne sort de lui-même que par la pitié. Nous pensons être humains par nos droits, mais les animaux aussi ont des droits, à la mesure de leurs désirs et de leurs souffrances : avec eux la frontière est ainsi devenue poreuse. Aussi justifiée que soit notre réprobation des conditions de « l’abattage », elle manifeste peut-être l’assoupissement et non l’élargissement du sentiment de notre humanité.
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Remarquez bien qu'il y a des maltraitances animales justifiées. Au moins celle-ci :