jeudi, mars 22, 2012

La biographie de Mohammed Merah

Lisez cette biographie de Mohammed Merah. Elle est extrêmement inquiétante par sa banalité, ce qui ne me surprend pas. Le profil des tueurs genre Merah est connu. Des milliers de jeunes de banlieue correspondent à cette biographie.

Il est vain d'espérer une prise de conscience : qui se souvient de l'affaire Kelkal ? Kelkal avait le même âge que Merah et un parcours similaire. Il a été tué par la gendarmerie en 1995 après une série d'attentats. Les services de police en ont tiré des enseignements techniques, mais aucune leçon politique n'a été tirée par les dirigeants. Il en sera de même aujourd'hui : le pare-feu idéologique est déjà en place. Kelkal hier, Merah aujourd'hui, il y en aura d'autres demain.

Par malice, j'ai graissé les mots balises de la bien-pensance destinés à minimiser.


PARIS, 22 mars (Reuters) - Pour Mohamed Merah, ce jeune des faubourgs de Toulouse auteur des sept meurtres en France de militaires et d'enfants juifs, les chemins de la radicalisation sont passés par le Pakistan et l'Afghanistan avant de s'achever jeudi dans le sang.

Ce "moudjahid" autoproclamé, 23 ans, qui s'est vanté auprès des policiers d'avoir "mis la France à genoux", a remis en avant la menace islamiste sur le sol français, qui n'avait plus connu une telle ampleur depuis les attentats de 1995 et 1996.

Jusqu'au bout, ce jeune Français d'origine algérienne a surpris par sa détermination et sa violence, tirant par rafales sur l'unité d'élite du Raid donnant l'assaut final et se jetant par une fenêtre une arme à la main.

"Un fonctionnaire qui a pourtant l'habitude nous a dit qu'il n'avait jamais vu un assaut de cette violence", a témoigné le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

La question pour les enquêteurs, est désormais de savoir s'il s'agissait d'un "loup solitaire", éventuellement aidé par des proches, ou d'un maillon d'une filière d'Asie centrale.

Quelques dizaines de jeunes Français d'origine maghrébine, embrigadés dans l'islamisme djihadiste par des prêcheurs, ont été acheminés pour la formation militaire et le combat dans les années 1990 en Afghanistan, puis en Irak dans les années 2000.

Mohamed Merah a dit aux policiers avoir accepté une mission d'Al Qaïda pour un attentat lors d'un séjour au Pakistan mais avoir refusé de commettre un attentat-suicide, mais ce point devra être vérifié.

"Il a expliqué la façon dont il avait reçu des instructions d'Al Qaïda pendant son séjour au Pakistan", a dit le ministre de l'Intérieur Claude Guéant mercredi soir sur TF1.

"Il a expliqué sa formation dans un camp d'Al Qaïda", a renchéri François Molins le procureur de Paris, jeudi lors d'une conférence de presse.

DE LA DELINQUANCE ADOLESCENTE A l'INTEGRISME

Le procureur de Paris, qui coordonne l'enquête, avait parlé la veille d'une "auto-radicalisation" sans lien apparent avec une organisation, mais les enquêteurs ont mis en évidence la logistique dont bénéficiait le jeune homme.

Deux véhicules loués contenant des armes ont été en effet retrouvés sur les indications du tueur et des explosifs ont été découverts dans la voiture de l'un de ses frères, Abdelkader.

Le jeune homme, qui a grandi à la cité des Izards, au nord de la "Ville rose", semble avoir dérivé en quelques années de la délinquance adolescente à l'intégrisme religieux.

Il était connu des autorités pour une quinzaine d'actes de délinquance. "Ce garçon présente un profil violent dès l'enfance", a déclaré le procureur François Molins.

Mais Christian Etelin, l'avocat qui l'a défendu devant le tribunal des enfants, parle d'une petite "délinquance typique des quartiers", conduite sans permis, refus d'obtempérer ou petits vols.

"C'était un individu souple dans son comportement, doux, courtois et policé. Pas rigide au point de laisser penser à un certain fanatisme", disait-il au début du siège du domicile du jeune homme, qui a duré plus de 30 heures.

Des personnes disant avoir connu Mohamed Merah ont décrit un adolescent d'apparence normale, apprenti-carrossier, même s'il ne trouvait pas de travail stable, et aimant sortir.

Ce portrait d'un jeune homme "doux et normal" est contredit par la plainte, en 2010, d'une femme affirmant que Mohamed Merah a brièvement "séquestré" son fils, à qui il aurait montré des vidéos d'Al Qaïda et des décapitations, deux ans auparavant.

Interrogée par le Télégramme de Brest, une femme disant avoir assisté à la scène assure qu'il a également agressé la soeur de l'adolescent et qu'il est venu sous les fenêtres de l'appartement familial de la victime "en treillis militaire, armé d'un sabre et hurlant Allah akbar".

Le Dr Alain Penin, un psychiatre qui avait expertisé le jeune homme en 2009, a expliqué sur Europe 1 avoir conclu à "une forme de dangerosité, qui s'appuie sur des éléments de fragilité personnels importants et liés à son histoire individuelle."

Me Christian Etelin estime que le jeune homme a pu commencer à se radicaliser lors de ses séjours en prison où il a passé plusieurs mois entre 2007 et 2009.

"En prison, il s'est adonné au Coran", a déclaré le procureur François Molins.

Ironie du sort, Mohamed Merah tente pendant la même période de rejoindre l'armée française. En 2008, il est recalé de l'armée en raison de son casier judiciaire, a indiqué un porte-parole de l'armée.

En 2010, le jeune homme tente cette fois de s'engager dans la légion étrangère, où son passé judiciaire ne constituait pas un obstacle. Mais il en part de lui-même avant la fin du stage.

La même année, Mohamed Merah effectue son premier séjour en Afghanistan. Selon le procureur de Paris, il part par ses propres moyens, avec un visa touristique.

Arrêté à Kandahar lors d'un contrôle routier, il est remis aux forces américaines et revient en France. Le second séjour en 2011 aurait été interrompu par Mohamed Merah lui-même, victime d'une hépatite.

Fiché par le renseignement intérieur du fait de ces séjours et convoqué à ce sujet en 2011, il a expliqué aux policiers, photos à l'appui, qu'il avait effectué des voyages touristiques, a rapporté Claude Guéant.

Des voix se sont cependant élevées dans la classe politique sur la légèreté apparente des services de renseignement, qui auraient dû selon elles pousser plus avant leurs investigations [et ce sont les mêmes qui crient à la dérive liberticide dès que la police agit].

(Gérard Bon, édité par Marc Joanny)

Mohammed Merah, un gamin ?

Questionnant Gilles Kepel, Hedwige Chevrillon, sur BFM, a qualifié Mohammed Merah de «gamin des banlieues». Se rend-elle compte de ce que ce qualificatif lénifiant a de scandaleux, d'atroce ? Elle parle d'un terroriste adulte, en pleine possession de ses moyens, qui a tué sept personnes avec préméditation.

Mme Chevrillon est lamentable.

On voit l'effet d'habitude des euphémismes à la mode. A force d'appeler «jeunes» les trafiquants de drogue qui descendent à la kalachnikov leurs concurrents, on en vient à baptiser «gamin» un terroriste sanguinaire. A cette aune, Adolf Hitler (point Godwin) n'est qu'un politicien ambitieux qui a un peu dérapé.

Je propose d'enrichir le vocabulaire de Mme Chevrillon. Pourquoi pas chenapan, garnement, galopin ?

Toulouse-Montauban : pour la séparation pacifique

Certains, sous la bannière "Pas d'amalgame", nous expliquent qu'il faut voir dans les attentats de Toulouse et de Montauban un acte isolé et non pas un acte d'une guerre plus globale.

1) C'est factuellement faux : cet acte n'est en rien isolé (le tueur n'est pas isolé, puisqu'il a été aidé par sa famille) et répond au contraire à un schéma maintes fois répété. La personnalité du tueur n'est pas non plus exceptionnelle : le délinquant précoce qui trouve dans la ré-islamisation en prison une rédemption ainsi qu'une justification de sa haine de notre société, c'est d'un commun ...

2) Surtout, tactiquement : vous êtes une nébuleuse non-étatique (bien que soutenue par des Etats ou des entités para-étatiques), vous voulez vous attaquer à une autre nébuleuse que vous considérez comme l'Empire du mal. Celle-ci est matériellement puissante, certaines de ses composantes ont même la bombe atomique. Comment faites vous ? La réponse est évidente : vous harcelez pour susciter des tensions internes, grâce à des attentats, par l'intermédiaire d'individus "isolés" n'appartenant à aucune organisation identifiable susceptible de subir des représailles. L'assassinat d'enfants est dégueulasse mais c'est dans la logique d'attaquer là où nous sommes les plus vulnérables.

Le recteur de la mosquée de Paris a fait une réflexion intéressante : 99 % de la communauté musulmane ne pose pas de problèmes, dit-il. Certes. Mais le 1 % qui reste ?

3) Pour ma part, je pense qu'il accepter ce combat (c'est-à-dire cesser de le nier) et en tirer les conséquences.

La stratégie chez nous : diminuer les frictions, donc zéro immigration. En effet, le moteur du ressentiment, c'est la confrontation explosive entre la modernité et l'islam, supprimons cette confrontation autant que possible dans nos pays et le moteur du terrorisme islamiste s'arrête.

Notre stratégie dans les pays musulmans : ne pas nous en mêler. Le soutien de tel ou tel gouvernement occidental peut être momentanément bénéfique pour des dirigeants musulmans, mais, à long terme, cela installe l'image de la marionette de l'étranger honni.

L'idée de fond : chacun chez soi et les veaux seront bien gardés.

Bien sûr, nous avons des connections, notamment économiques, mais il faut les réduire au minimum (ce qui implique par exemple de diversifier nos sources d'hydrocarbures).

Certains s'interrogent pour savoir si l'islam est compatible avec la modernité. Je n'en sais fichtre rien, mais faisons que cela soit uniquement le problème des musulmans et non pas le nôtre.

Comprenez moi bien : la stratégie que je décris là n'est pas facile. Car elle commence d'abord dans les têtes : ce sont des années de bourrage de crâne sur le "village mondial", l'Humanité, les joies du métissage, etc. qu'il faut remettre en cause.

Je pense qu'il est encore possible de s'en sortir relativement pacifiquement, mais le temps presse.

Les circonstances de la mort de Mohammed Merah

Un tas d'experts vont se précipiter pour raconter n'importe quoi. Rappelons juste que prendre vivant un homme armé est extrêmement difficile.

Démission ? En prison, la radicalisation religieuse est le prix à payer pour maintenir une paix sociale

Démission ? En prison, la radicalisation religieuse est le prix à payer pour maintenir une paix sociale

Un exemple plus parlant : la FLN algérien a activement profité de son passage dans les prisons françaises pour éliminer les opposants. Les "suicides" n'étaient pas rares ("Il i fou, m'sieu. Il a sauté").

mercredi, mars 21, 2012

Funeste réticence guerrière

Nous sommes en guerre puisque les islamistes se considèrent comme nos ennemis, qu'ils se déclarent en guerre contre nous. Que cela nous plaise ou non. Si on refuse de faire la guerre quand on est attaqué, on ne travaille pas à un monde de paix, on prépare la défaite et la soumission (sens du mot islam, mais bien entendu, c'est un malheureux hasard !).

Quand le recteur de la mosquée de Paris nous dit que 99 % des musulmans de France ne posent pas de problème, c'est très bien. Mais le 1 % qui reste est suffisant pour nous faire la guerre.

Et puis : pourquoi, si 99 % des musulmans sont favorables à la France, à sa vie et à ses moeurs, la majorité des Tunisiens vivant en France a-t-elle voté islamiste aux dernières élections ? Pourquoi ne voit-on jamais de «marches blanches» musulmanes répudiant les islamistes ?

La réalité est très différente de la vérité officielle du «vivrensemble» : chrétiens et musulmans ne sont pas fait pour vivre ensemble. Leurs religions, leurs cultures et leurs moeurs sont trop incompatibles.

L'expérience historique nous enseigne qu'il n'y a qu'un nombre limité d'issues à la cohabitation de chrétiens et de musulmans : la guerre de religions, la soumission totale des vaincus dans un statut inférieur, la conversion des vaincus, l'expulsion des vaincus.

Ceux qui nous ont acculés, par leur immigrationnisme, à ces options peu réjouissantes sont des criminels.

Pour l'instant, nous sommes sur la voie de nous soumettre, pratiquement sans avoir combattu (sauf la loi sur le voile dans les lieux publics). C'était le sens du débat sur l'abattage hallal, qui n'avait rien d'illégitime : les Français, dans leur ensemble, doivent-ils être soumis, à leur insu, à un rite musulman ? D'autant plus que ce rite donne lieu à la perception d'une taxe religieuse dont il est douteux qu'elle finance la propagande de l'amour de la France.

Face à cet enjeu, les minables tentatives de récupération anti-Sarkozy des prisonniers de l'idéologie sont lamentables.

On attend la "marche blanche" des musulmans de France

On attend la "marche blanche" des musulmans de France pour se dissocier du tueur de Toulouse-Montauban et l'exclure symboliquement de leurs rangs.

Elle est belle, la gauche du Nouvel Obs ...

Extrait de Twitter :

Nicolas Chapuis

‏ @nicolaschapuis

Off de rédac : "putain je suis dégoûté que ça soit pas un nazi"


Nicolas Chapuis est journaliste au Nouvel Observateur.

mardi, mars 20, 2012

Emotions médiatiques : la fabrique du fusionnel obligatoire

Les fusillades de Toulouse et de Montauban (ne pas oublier les militaires) sont navrantes, mais je suis, comme d'habitude en pareille occasion, en retrait de l'émotion de mes contemporains.

En effet, ne regardant pas la télévision, écoutant principalement une radio économique et péchant mon information sur internet au gré de mes humeurs, je me trouve relativement à l'abri des émois collectifs, car je suis protégé des matraquages médiatiques.

Bien sûr, ça ne m'empêche pas de partager une émotion nationale, mais seulement après un minimum de réflexion. Cela m'évite les idioties du genre «Plus jamais ça». Il est humain d'être inhumain : «plus jamais ça» a des chances de se reproduire la semaine prochaine. Les tueurs en série et les tueurs de masse ne sont pas inattendus : ils sont un produit prévisible du monde moderne.

Je pense que ces émotions collectives sont un excellent moyen d'abêtir, volontairement ou non, la population. En effet, ces réactions grégaires, montées en mayonnaise par les medias, sont toutes dans le registre de l'émotion fusionnelle (celui qui reste en dehors est un salaud). La réflexion, pendant quelques temps, est l'ennemie.

C'est pourquoi je participe à ces émotions collectives avec la plus grande circonspection. Il me semble que la dernière fois où j'ai manifesté sans détachement, j'avais seize ans, contre les lois Devaquet.

Et puis, j'avoue aussi que ce qui me coupe l'émotion, ce sont tous ces cons à la Dominique Reynié qui tentent de la récupérer à leur profit.

Mais tout cela est bien malheureux pour les pauvres victimes.

Bientôt les pleins pouvoirs ?

J'entends sur BFM la suggestion que le prochain président de la république sera obligé d'utiliser l'article 16 de la constitution donnant les pleins pouvoirs. Malheureusement, suite à la désastreuse modification de la constitution de 2008 (1), venant après d'autres révisions funestes, ces pleins pouvoirs sont limités à trente jours, ce qui est insuffisant pour réformer.

En effet, nos institutions françaises sont bloquées : le dernier exemple en date, la pseudo-réforme des retraites, un simple ajustement des potars, est parlant, la montagne a accouché d'une souris. La vraie réforme, c'était un biseau sur vingt ans vers la capitalisation. La masse des ayants-droit du système qui coule est trop grande (2) pour que les réformes se fassent dans le cadre ordinaire. La dernière grande vague de réformes date d'ailleurs de 1958, année tragique.

Dans tout pays bien foutu, il y a une procédure d'urgence, l'équivalent de la fameuse dictature provisoire des Romains.

Malheureusement, je crois que la France, avec ses réactions d'épave endormie, qui ne désire rien tant qu'on la laisse mourir en paix, serait dérangée dans sa veulerie par tout appel à un sursaut. Une fois de plus, le juridisme tatillon serait le prétexte de la lâcheté.

J'espère avoir tort.

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(1) : la constitution de 1958 avait une cohérence qui a été progressivement détruite, sous prétexte de démocratie, car elle avait l'inconvénient de gêner les délicieux petits jeux de partis et de couloirs. Je pense qu'en cas de crise, nous serions bien près de retrouver la paralysie de 1940, que la constitution de 1958 avait précisément pour but d'éviter.

(2) : par exemple, il y a 510 000 élus en France ! C'est d'autant plus grave qu'il y a une profession politique, des gens, comme Nicolas sarkozy ou François Hollande, qui font de la politique de l'école à la retraite.

dimanche, mars 18, 2012

Nationalité française et fiscalité sont-elles liées ?

On nous explique qu'un Français qui ne paye pas d'impôts à la France ne mérite pas de rester français. C'est terrifiant. On peut aussi en conclure que quiconque paye des impôts à la France a vocation à devenir français (c'est un argument souvent entendu en faveur de la régularisation des sans-papiers). C'est tout aussi, sinon plus, terrifiant.

On nous cite souvent les USA (puissions nous nous en inspirer aussi pour les taux d'imposition), mais l'histoire de France est différente : l'impôt a toujours été vécu chez nous, avec quelque raison, comme une oppression, plus ou moins supportable, plus ou moins nécessaire. Et aujourd'hui plus que jamais, en notre époque où l'impôt atteint son maximum historique, cela reste une oppression : une masse considérable d'impôts sert à acheter des clientèles et constitue un vol pur et simple .

Autrement dit, seraient Français ceux qui acceptent sans rechigner d'être opprimés et volés par l'Etat français. Cette liaison exclusive, sado-masochiste, entre Etat et nationalité est un crime politique. Tout ce qui fait la nationalité et qui n'est pas étatique est néantisé : langue, culture (la vraie, pas celle des zartistes subventionnés), histoire, racines, coutumes, famille ...

C'est une démarche proprement totalitaire, qui rappelle la citation attribuée à Mussolini «Tout pour l'Etat, rien en dehors de l'Etat». Que font nos anti-fascistes patentés ? On ne les entend pas.

C'est à pleurer que nous soyons tombés si bas qu'une telle proposition ne suscite pas un ouragan de réprobation. Un de mes camarades s'en va répétant que ce pays est foutu. Si c'est vrai, il l'aura bien mérité.

samedi, mars 17, 2012

Pierre Schoendoerffer est mort (2)

Je n'ai pas pris le temps de m'étendre comme il fallait sur l'hommage du à Pierre Schoendoerffer.

Il témoignait pour un type de France, un type de Français et un type d'hommes, aujourd'hui disparus.

Une France qui se voyait grande, qui s'imaginait un destin ultramarin et mondial, qui était fière de ce qu'elle était, qui ne se repentait pas et ne se croyait pas obligée de de se renier en se noyant dans l'humanité.

Des Français un peu fous prêts à mourir pour protéger du communisme la liberté d'un pays indépendant.

Des hommes pour qui l'honneur était autre chose qu'un mot ornant les discours de veules politiciens corrompus.

Tant de simple grandeur nous est incompréhensible. Nous sommes devenus tellement raisonnables que nous sommes morts. Nous crevons guéris de tous les maux qui tourmentaient l'homme.

Socialisme ou libéralisme ? Le débat n'est pas seulement théorique, on peut juger sur pièces (Curmudgeon à l'honneur)

Notre ami Curmudgeon inonde ce blog de ses précieux commentaires. Il est donc juste de le mettre à l'honneur. En voici un, pas le plus érudit, mais instructif :

Plus souvent qu'on ne le pense, en matière politique, sociale, économique, on a l'occasion de voir des expériences comparatives grandeur nature, et cela sur une grande échelle. Parmi les plus spectaculaires : l'évolution différente des deux Allemagnes et des deux Corées (alors même que les parties tombées sous le communisme n'étaient pas du tout les moins développées pour ces deux pays). Un autre cas est ce qui se passe à l'intérieur des Etats-Unis, en ce moment même. En Californie, la ponction fiscale (impôt sur le revenu le plus élevé des Etats-Unis, 5ème niveau de TVA, gros impôts sur les sociétés) a tellement crû que pas mal d'entreprises partent ailleurs. Cet article

Taxifornia.

assure qu'une entreprise qui quitte l'état de "Taxifornia" pour le Texas peut parfois économiser jusqu'à 40 % de ses coûts. La Californie aurait paraît-il perdu 120'000 emplois l'an dernier, le Texas en aurait gagné 130'000. L'Etat de Californie, qui s'est mis à taxer très fortement les super-riches (près de la moitié des rentrées de l'impôt sur le revenu provient de 1 % des contribuables, explique un autre article) est perdant en rentrées fiscales, bien entendu, et les entrepreneurs votent avec leurs pieds.

vendredi, mars 16, 2012

La France décadente fait sa comédie électorale

Chronique saignante de Jean-Pierre Petit. Je vous prie de bien la lire, elle est fondamentale. Je pense que nous pourrons la relire sans y changer une virgule dans un an, dans deux ans, dans cinq ans ...

La décadence de la France est intellectuelle et morale : il n'y a aucun mystère, la politique pour sortir de la crise est connue par ceux qui se donnent la peine de s'informer et de réfléchir. C'est cela, la décadence : on s'enferme, on ne s'informe plus et on ne réfléchit plus, on n'a même plus de guides moraux (juste de la moraline rose à deux balles).

La France décadente fait sa comédie électorale

La France aime bien les élections. Ces moments où l'on ressasse les faux débats, formules creuses, propositions bricolées et bavardages compassionnels. Les élections se sont ainsi multipliées depuis trente ans : régionales, européennes, présidentielles, législatives, sénatoriales, municipales… Elle aime bien également ses élus. Il est vrai qu'elle n'en manque pas : près de 1.000 parlementaires, près de 80 députés européens, près de 2.000 conseillers régionaux, plus de 4.000 conseillers généraux, plus de 530.000 élus municipaux. Chaque Français dispose d'un élu pour 107 habitants, soit un niveau 4,5 fois supérieur aux Etats-Unis (7 fois plus pour le Parlement).

La France aime bien aussi les lois. La gesticulation politique permanente aboutit à la multiplication des textes (lois, règlements, circulaires, arrêtés…), de plus en plus longs et de plus en plus bâclés (d'où des corrections, incompréhensions et modifications à n'en plus finir). La multiplication des instances en charge de leur élaboration (autorités européennes, locales, autorités administratives indépendantes…) et la lenteur de parution des mesures d'application ne font que renforcer l'instabilité juridique croissante.

Bref, la France vit en « inflation démocratique ». Et comme tous les phénomènes inflationnistes, elle a un coût. En l'occurrence, elle dévalorise la qualité de l'action publique. Elle affaiblit la qualité de la démocratie, l'efficience des décisions et le bien-être de la population. Dans le dernier classement des démocraties de The Economist (de 2010), la France est… 31e (sur 167), en recul de sept places par rapport à la dernière enquête (de 2008) et derrière toutes les nations ouest-européennes, Italie de Berlusconi incluse. La France n'est plus qu'une « démocratie imparfaite » (comme le Mexique, l'Ukraine ou le Brésil). Les raisons de ce résultat lamentable ? La baisse du soutien de l'opinion au système en place (participation, confiance…) et la faible qualité de la gouvernance publique. En termes de perception de la corruption, la France ne figure qu'au 25e rang (sur 182) de l'indice de Transparency International (en 2011), en retrait de presque tous les pays ouest-européens (sauf Italie, Grèce, Espagne et Portugal) où les niveaux d'intégrité et de transparence de la classe politique et des administrations sont jugés supérieurs.

La France est aussi très mal classée parmi les grands pays développés dans les indicateurs mesurant l'efficacité de ses institutions et le dynamisme économique (IMD Lausanne, Word Economic Forum, Banque Mondiale). Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir la France enregistrer seulement 1,2 % de croissance moyenne durant la dernière décennie (2 % durant la décennie 90 et 2,3 % durant la décennie 80). Sur une base 100 en 1982, le PIB par tête relatif aux pays du G7 se situe aujourd'hui à 88. L'inflation démocratique n'est donc apparemment pas efficace, mais en réalité, sa fonction est autre ; elle correspond à une logique de l'action collective chère à Mancur Olson. Peu importe les incohérences, l'instabilité et la paralysie de l'initiative privée que le millefeuille institutionnel et juridique crée. L'essentiel est la multitude des rentes catégorielles qu'il faut sanctuariser. Le principe de précaution s'inscrit dans ce cadre. Il s'agit de répondre à chaque inquiétude collective et subjective en légiférant et non d'évaluer les gains et risques objectifs. Dans ces conditions, rien d'étonnant à ce que le protectionnisme, forme la plus achevée du principe de précaution, soit si populaire.

Le système est dynamique : les protections réduisent le bien-être, mais les frustrations et angoisses que cela génère appellent la recherche de nouvelles protections. La réflexion compte peu et c'est l'improvisation qui domine. Les sujets ne sont pas traités mais survolés. L'efficacité générale des propositions a peu d'importance. Il n'y a pas de réelle évaluation et l'essentiel est la communication. La vérité n'a pas sa place car c'est la flatterie des clientèles qui est décisive. Des visites sur chaque site de production menacé valent mieux qu'une stratégie industrielle cohérente et réaliste. Dans cette bataille, ce sont les conseillers en communication qu'on écoute et non les experts.

Vue de l'extérieur, cette comédie est pathétique. Mais l'inflation démocratique est le pendant naturel et logique de l'immobilisme et de la décadence française.

Les demi-habiles sont la plaie de cette campagne présidentielle

Vous savez que je considère les demi-habiles comme une des plaies de notre monde moderne.

C'est le débat Zemmour-Joffrin qui a réveillé cette vieille aversion. Joffrin cite le New Deal en exemple. C'est une scie parmi les intellos-gogos. En réalité, chez les vrais savants il n'y a aucun doute : le New Deal a tué la reprise et prolongé la crise de sept ans.

On trouve chez les demis-savants le même genre de légendes infondées sur le Front Populaire. La réalité est toute autre.

J'entendais aussi un pompeux imbécile parler de création d'emplois. C'est idiot : c'est la création de richesses le problème. Créer des emplois est très facile : brulez les camions, distribuez des brouettes, et vous avez créé des millions d'emplois.

Masaryk, le premier président de république tchécoslovaque, qui, lui, venait d'une famille modeste, mettait en garde contre ces demi-habiles affectés d'un complexe de supériorité injustifié.

Or, il est de plus en évident à mes yeux que cette campagne électorale est celle des demi-habiles. D'où la montagne de conneries idéologiques que nous entendons.

jeudi, mars 15, 2012

Noyautage : chapeau, les gauchistes !

Nous vivons une campagne présidentielles extraordinaire : le libéralisme économique et le conservatisme moral, qui sont à mes yeux les remèdes de nos maux, ont complètement été éliminés du paysage politique.

Tous les candidats, sans aucune exception, se réclament de l'étatisme en économie (ce même étatisme qui échoue tant et plus depuis quarante ans) et d'un certain progressisme (il y a plus de nuances) dans les moeurs, ce même progressisme qui ronge comme l'acide notre société, la divisant en passions communautaires et individualistes ennemies, matrice de la guerre de tous contre tous.

Qu'on nous propose comme solutions les causes mêmes de nos malheurs, c'est fort de café ! Bien sûr, on peut se contenter de reprendre la citation de Bossuet qu'affectionne Zemmour (j'ai des raisons de croire qu'il l'a découverte sur ce blog ou un blog ami) : «Dieu rit des hommes qui se plaignent de maux dont ils chérissent les causes».

Mais il faut s'efforcer d'analyser.

La mission de l'Etat a été pervertie : de simple acteur de travaux mis en commun, les missions régaliennes, police, justice, défense, diplomatie, il est devenu la Providence, soulageant les hommes de leurs trop pesantes responsabilités.

Or, il y a plus qu'une coïncidence entre les deux guerres mondiales et la naissance de ce mythe de l'Etat-providence. Les Etats, en Allemagne, aux USA, en URSS et en France, se sont révélés de formidables machines pour mobiliser totalement des pays dans un but unique : faire la guerre et, si possible, la gagner. Or, cette efficacité aimantée par un objectif clair n'était pas transposable au temps, beaucoup plus complexe, de la paix. Mais on ne l'a pas compris.

Mais alors, me direz-vous, pourquoi les Etats n'ont-ils pas, après leur crue, regagné leur cours naturel ? On a bien du s'apercevoir de cette inefficacité étatique en temps de paix ? Bien sûr. Effectivement, les Etats se sont dégonflés. Puis ils ont repris leur croissance.

C'est là qu'à mes yeux intervient le noyautage gauchiste. Il me semble qu'il n'a nulle part mieux réussi qu'en France. En pervertissant des institutions essentielles de la vie libre et démocratique, il a mis notre pays devant le fait accompli étatiste : aujourd'hui, on ne sait plus poser le débat public qu'en termes étatistes. Réussite stupéfiante qui rappelle la maxime de Goebbels : «Le but n'est pas de convaincre les gens de nos idées, mais de changer le vocabulaire de telle manière qu'on ne puisse plus exprimer que nos idées». Par exemple, les termes vedettes de cette campagne présidentielle «justice sociale» et «justice fiscale» sont totalement vides de sens. Ils ne résistent pas à dix minutes de discussion (faites le test autour de vous : demandez à un gauchiste de vous expliquer ce qu'est la justice sociale, il ne faut pas longtemps avant qu'il soit à bout d'arguments), et pourtant, on n'entend plus qu'eux.

Ce noyautage socialiste est passé par trois organes, chacun d'eux voyant sa mission transformée dans la tête de ses praticiens de manière à lui ôter toute force en tant que pilier de la société :

> l'école : d'«instruire», sa mission est devenue «réduire les inégalités». La racine des maux de l'école est là. Le reste est important mais pas essentiel.

> la justice : de «protéger la société», sa mission est devenue «protéger les droits des justiciables» ce qui, en pratique, devient «protéger les criminels».

> la presse : d'«informer», sa mission est devenue «faire de la pédagogie», c'est-à-dire «endoctriner».

Ainsi, le socialisme a pu, petit à petit, conquérir l'espace public.

D'hommes libres vivant dans une société reposant sur quelques solides piliers, nous sommes devenus des grands enfants, disposant de quelques licences et d'argent de poche, mais tout de même sous tutelle étatique.

Si les agents du Komintern nous voient là où ils sont (ça m'étonnerait qu'ils soient au paradis), ils peuvent être satisfaits de leur travail de sape.

Il n'y a pas de contre-noyautage de droite possible, car le noyautage suppose une mentalité, des valeurs, un comportement et une vision du monde qu'on ne trouve qu'à gauche. En revanche, il y a une solution simple : réduire l'étendue de ce qui peut être noyauté, autrement dit, privatiser. Car on ne peut vraiment noyauter que des mammouths. Dès qu'on se retrouve dans la diversité d'une économie libre, le noyautage devient beaucoup plus difficile.

C'est pourquoi je crois que la banqueroute étatique qui se profile, parmi tous les malheurs qu'elle nous promet, recèle aussi quelques espoirs.

Foch (JC Notin)

Visiblement, le biographe n'est pas amoureux de son sujet. Il n'y a peut-être pas de raisons de l'être.

Vous connaissez la blague : «Quelle est la différence entre un polytechnicien et un train ? Le train, quand il déraille, il s'arrête».

Le polytechnicien et théoricien Foch illustre cette maxime à merveille : quand la réalité lui donne tort, c'est la réalité qui est fautive. Mais il garde un vieux fond de bon sens faisant qu'il finit tout de même par arrêter les conneries, mais au prix, à chaque fois de quelques dizaines de milliers de morts évitables.

Piètre tacticien, stratège contestable, il a cependant une particularité qui a fait son destin : avant tous les autres et mieux qu'eux, il a compris l'importance des relations inter-alliées et a entrepris dès 1914 un travail de longue haleine pour les entretenir.

Finalement, il s'est montré à son meilleur quand il a perdu, quand ses avis n'ont plus été écoutés : après la guerre. Ses prédictions sur les mauvaises conséquences d'une mauvaise paix sont tombées très juste.

La désinformation sous vos yeux

Mais pourquoi la France fait-elle semblant de ne pas voir la menace islamiste qui pèse sur la Syrie ?

L'attitude des politiciens français est en effet incompréhensible : peur de heurter les musulmans en France ? Ca serait bien dans la tradition de grand courage de nos politicards.

Le seul dont je m'explique sans problème l'attitude, c'est Alain Juppé : il est sans doute un des hommes politiques français les plus cons, alors même que notre classe politique a d'immenses ressources en la matière. Chaque fois qu'il a eu une décision importante à prendre, il s'est trompé. Qu'il se trompe complètement sur la Syrie est dans l'ordre des choses. Je n'ai jamais compris cette légende d'intelligence qui l'entoure. Peut-être le crâne d'oeuf ...

mercredi, mars 14, 2012

Pierre Schoendoerffer est mort



L'imprévu dans l'histoire, treize meurtres exemplaires (D. Venner)

C'est de l'histoire plaisante, qui raconte des histoires mais invite à la réflexion.

Deux histoires particulières, l'une plutôt comique (d'humour noir), l'autre plus sérieuse.

Le 24 juin 1934, Alexandre 1er de Serbie est tué par les Oustachis à Marseille (à propos des Oustachis, lire le désopilant Les comitadjis, d'Albert Londres). Le ministre des affaires étrangères Louis Barthou (surnommé Bartoutou, à cause de ses fantasmes canins assouvis dans les bordels de luxe parisiens-c'était le bon temps- comme le savent les lecteurs d'Alphonse Boudard) périt dans l'attentat.

Le marrant de l'affaire, c'est qu'un rapport d'expertise balistique, soigneusement oublié dans un tiroir et re-découvert dans les années 60-70, montre que le ministre a été tué par une balle provenant de la police française ! Certains flics marseillais ont un peu perdu leur sang-froid et tiraillé sec sans trop de discernement, réussissant, ces maladroits, à flanquer une bastos dans le bras du ministre.

Une blessure au bras (la même que Maurice Genevoix) n'est pas mortelle ? C'est que vous oubliez la remarquable administration française des années 30 : le ministre a été laissé deux heures sans soins (inimaginable de nos jours, nous sommes beaucoup plus monarchistes), s'est vidé de son sang, un garrot a été posé mais mal et, quand, enfin, on s'est sérieusement occupé de son cas, il était trop tard.

La deuxième histoire est l'assassinat de JFK. Domnique Venner fait l'exposé le plus clair et le plus vraisemblable que j'ai lu jusqu'à maintenant.

Une remarque technique : D. Venner, grand passionné d'armes à feu, signale les gardes du corps de JFK ont fait une erreur grossière. Le premier coup de feu n'était pas mortel. Or, au lieu d'accélérer, le chauffeur a temporisé, comme paralysé, continuant à la même vitesse (~15 km/h), laissant Oswald, très bon tireur chez les Marines, ajuster son deuxième coup. Aucun garde du corps n'a réagi au premier tir. A 80 m, avec un fusil à lunette, ça ne pardonne pas. Venner met cela sur le compte de l'âge des gardes du corps, tous ayant plus de 40 ans (avec l'âge, les raideurs se déplacent).

Bien qu'ayant vu le film de l'assassinat de Kennedy plusieurs fois, je n'avais jamais remarqué que les choses se sont passées relativement lentement (la mesure pertinente de la lenteur est : combien de temps faut-il à un tireur concentré pour réarmer et réajuster ? Oswald était posté en enfilade par l'arrière, c'est-à-dire la meilleure position pour tirer sur un mobile, et il était bien entrainé).

Le célèbre film amateur de Zapruder est trompeur : il est tourné en défilade,ce qui donne une impression de vitesse.

Quant à la question "complot or not complot ?", Venner a une réponse subtile. Il compare Oswald à Ravaillac. Tous les deux ont vraisemblablement agi seuls. Cela ne signifie pas qu'ils ont pensé seuls. C'est une certitude que Ravaillac a été endoctriné par les jésuites et le parti espagnol. Quant à Oswald, il a passé deux ans en URSS et était marié à la fille d'un fonctionnaire russe.

Pour l'instigateur, celui qui pousse le tueur, c'est le crime parfait : participation matérielle inexistante, pas de preuves, pas de traces. Des doutes, des présomptions, d'intimes convictions, on ne déclenche pas une guerre avec l'Espagne ou la Russie pour cela.

Oswald a été assassiné par Ruby, qui avait des liens avec le KGB. Fin de l'affaire.