lundi, novembre 20, 2006

Ségolène Royal, la moderne antimoderne

Visiblement, je ne suis pas le seul à être très inquiet des accents profondément liberticides de la maldonne (comme dirait F. Delpla) du néo-socialisme à la française.

Je vous ai déjà répété au point de radoter cette réponse "royaliste" qui est une définition de société liberticide : ne croyez vous pas par vos propositions de faire une société trop surveillée ? "Non, pourvu que tout le monde reste à sa place."

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Ségolène Royal, la moderne antimoderne

LA CHRONIQUE (Le Figaro) d'Alain-Gérard Slama. Publié le 20 novembre 2006

La victoire sans partage de Ségolène Royal aux primaires organisées par François Hollande traduit la profonde transformation vécue par la société française, bien plus qu'un quelconque aggiornamento blairiste du socialisme à la française. Le Financial Times ne s'y est pas trompé, en notant, le 16 novembre dernier, que la candidate du PS, jugée à l'aune de ses projets, a « dix ans de retard » par rapport à l'hôte de Downing Street.

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Mais si l'on regarde de près les « marqueurs » de la propagande de l'ancien ministre de l'Environnement, de l'Enseignement scolaire ou de la Famille, on constate qu'ils cherchent dans des solutions de proximité les réponses aux problèmes posés par l'intégration et la reconstruction du lien national. Aucun ne tend à rendre les citoyens plus responsables. Ils relèvent, pour la plupart, de la palabre communautaire - le blog - favorisée par la Toile et du « toujours prêt » secouriste, plutôt que de la solidarité et de l'intégration.


La pente de sa personnalité, influencée par les nouveaux théoriciens de la démocratie participative, incline Ségolène Royal à ne pas distinguer la sphère publique de la sphère privée, le politique du social, la prévention de la sanction, et à mettre en place un État à la fois transparent et s'occupant de tout, et d'autant plus liberticide qu'il sera plus faible. On ne trouve rien, dans ces orientations, qui marque une rupture avec la culture socialiste.


Chacun sent, en ce moment, que la France est sur le fil. Pour des raisons historiques, qui tiennent à sa forte tradition étatiste et au rôle central des aristocraties intellectuelles dans sa culture politique, elle est, de toutes les démocraties, celle qui réagit au choc de la mondialisation de la façon la plus sensible, et, par là même, la plus contradictoire.


Partagée entre, d'un côté, une fascination collective pour le « changement » qui a peu de précédents et, de l'autre, une menace de paupérisation qui touche, au-delà des chômeurs, au moins trois millions de personnes, la démocratie française peut aussi bien renouer avec un élan de modernisation exaltant les capacités de responsabilité et d'initiative de la société civile, que régresser vers une situation qui cumulerait les effets pervers de l'égalitarisme socialiste et de replis corporatistes et identitaires en totale contradiction avec l'esprit des Lumières [je penche pour cette deuxième hypothèse].


Si l'on en juge par les dynamiques de plus en plus perceptibles dans l'intense activité de remise en cause du « déclin » français, on pourrait même espérer que notre pays joue un rôle moteur dans la mise en place des solutions les mieux adaptées aux besoins actuels de l'Europe. Car il est le mieux placé pour tenir ensemble les fils de la modernité et les principes républicains.


La Grande-Bretagne et les Pays-Bas souffrent de l'échec de leur politique d'intégration. Les pays scandinaves résolvent leurs problèmes d'emploi au prix d'une normalisation des conduites sociales qui, pour être intériorisée, n'en est pas moins liberticide. Une voie royale s'ouvre à Nicolas Sarkozy, le « moderne » d'en face, s'il tire les leçons de ces expériences [ce que je ne crois pas qu'il fera. Je pense que nous sommes condamnés à boire jusqu'à la lie le calice de l'étatisme maternant, après quoi les composantes individualistes et libérales, voire libertaires, de la culture française finiront par reprendre le dessus, quand, comment, dans quelle mesure, je l'ignore. Peut-être sera-t-il trop tard pour que cela arrive de notre vivant, après tout, l'Espagne s'est bien endormie 400 ans.]

3 commentaires:

François Delpla a dit…

Pour ma part, j'appelle de mes voeux une arrivée des femmes aux plus hauts postes (publics et privés) pourvu que leur compétence soit seule en cause, et nous sommes évidemment loin du compte.

Il me semble que Sarkozy accueille sa rivale avec un sourire carnassier, peut-être vaguement matiné d'inquiétude devant l'ampleur du raz-de-marée... mais un Schneidermann pavoise (et fait sa cour) bien prématurément :
http://www.delpla.org/article.php3?id_article=268

Ce qui m'inquiète carrément, c'est que la balle est comme naguère en Espagne ou en Angleterre entre les mains du terrorisme international. Quelques attentats bien placés pourraient faire pencher la balance, et pas vers le terme féminin de l'alternative. Finalement je suis pour Villepin... du moins quand il insinue que plus tôt Nicolas sera hors de son gouvernement, mieux cela vaudra : je voudrais lui épagner la tentation de nous faire le coup du terrible attentat déjoué juste à temps.

Quant aux motivations profondes des 220 000 socialistes sur 40 millions d'électeurs, ou des 700 sondés, je crains qu'elles ne soient plus superficielles que ce que nous chante Slama : peur de Sarko vu en fasciste, dégoût de Jospin, espoir ô combien illusoire en un ticket Ségo-DSK...

fboizard a dit…

"leur compétence soit seule en cause, et nous sommes évidemment loin du compte."

On peut toujours rêver.

"plus tôt Nicolas sera hors de son gouvernement, mieux cela vaudra "

Je suis d'accord, je me demande ce qu'il bricole.

"la tentation de nous faire le coup du terrible attentat déjoué juste à temps."

Je n'y crois pas : on n'a cessé d'insinuer aux Français que notre attitude super intelligente en politique moyen-orientale éloigne le terrorisme. Les Français ne se sentent pas concernés. La paranoïa sur ce sujet n'est pas assez aigue pour décider d'une élection (je peux me tromper).

"Quant aux motivations profondes des 220 000 socialistes sur 40 millions d'électeurs, ou des 700 sondés"

C'est la vie "démocratique" telle qu'elle va en 2006.

Dans tout cela, on ne peut que saluer la formidable habileté manoeuvrière de F. Hollande.

François Delpla a dit…

***Dans tout cela, on ne peut que saluer la formidable habileté manoeuvrière de F. Hollande.***

Certes, et relever la frilosité ou la cécité, sur ce sujet, des médias qui préfèrent croire benoîtement que le pauvre petit pacsé a été lui aussi balayé par la tornade.