dimanche, novembre 21, 2010

L'éducation sera bientôt un délit

Edwige Antier, une pédiatre foldingue qui, pour notre malheur, se trouve être député UMP, veut faire interdire la fessée et les «violences morales» sur les enfants.

Bien sûr, on nous sort l'éternel argument panurgesque que la France serait «en retard». Mais depuis quand est-ce une honte d'être en retard d'une connerie ?

Cette loi porte en germe l'interdiction de toute éducation.

En effet, l'éducation est une violence morale. Elle repose sur deux piliers : protéger et élever. Cette deuxième partie de l'éducation, l'élévation, recèle nécessairement une dose de violence. Elle consiste à frustrer l'enfant, à imposer des limites à son sentiment de toute-puissance et à l'arracher à la fusion maternelle. Pour élever un enfant (j'aime ce mot «élever»), il faut le hisser au-dessus de lui-même, lui faire faire des choses qu'au premier abord il n'a pas envie de faire, le forcer à faire plus : se tenir mieux, parler mieux, se comporter mieux.

Cette violence éducative peut s'exprimer de manière plus ou moins ostensible suivant les familles, les milieux et les traditions. Mais, elle est centrale à l'éducation, on ne peut l'en ôter sous peine de renoncer à l'éducation elle-même.

Car, cette violence éducative n'est ni sadique ni vaine, elle a un but et une utilité, elle est altruiste. Elle n'est en réalité que le reflet de la violence et de la finitude de la condition humaine. Pourquoi faut-il apprendre à un enfant à supporter les frustrations et à ne pas être esclave de son narcissisme ? Parce que la vie humaine est pleine de frustrations, de limites et d'atteintes au narcissisme, dont les ultimes ne sont rien d'autre que la vieillesse, la maladie et la mort.

Eduquer un enfant, c'est lui apprendre à vivre, et peut-être à être heureux, malgré les limites. Ne pas éduquer un enfant, c'est faire un adulte colérique et narcissique, sans cesse frustré, découragé, velléitaire et dépressif.

Donc, la bonne éducation ne va pas sans violence morale. Est-ce à l'Etat d'en juger les modalités, au-delà des lois qui existent, protégeant les personnes ? Bien sûr que non.

On me citera des Thénardier, mais ceux-là ne sont-ils pas déjà réprimés par la loi ? De manière plus réaliste, j'imagine un couple au bord du divorce où le simple fait de priver un enfant d'une glace parce qu'il n'a pas été sage sera dénoncé comme une insupportable violence à faire payer devant le juge.

On voit vite où cela mène : à l'auto-censure des rares pulsions d'éducation qui restent aux parents ; les maternants, les infantilisants, les laxistes, les ensauvageurs, les déséducateurs ayant désormais la loi pour eux.

Qu'il est triste d'avoir à rappeler ces notions si élémentaires qu'elles devraient aller sans dire.

7 commentaires:

Epicier vénéneux a dit…

Tiens, j'ai fini "Spoilt rotten" dont vous aviez conseillé la lecture il y a quelques semaines. Saine lecture - ou plutôt lecture rassurante.

Dalrymple devient une sorte d'anthropologue très doué. Dommage qu'il faille aujourd'hui des quasi-anthropologues pour étudier notre propre société...

simple citoyen a dit…

Elle n'en est pas à son coup d'essai. Forte du soutien du Conseil de l'Europe, cette assemblée de représentants non élus, elle a déjà essayé de pousser cette loi.
Elle disait il y a quelques années: "Je suis même favorable à l'interdiction de la fessée dans la loi. Ce serait un excellent message envoyé aux enfants".
Tout est dit, non?

Phoebastria a dit…

Vous pourrez toujours mettre vos gosses dans les écoles coraniques anglaises, ils y étudieront de façon virile et violente selon vos voeux. Ils ne seront pas des lopettes comme ceux qui sortent de la laïque ou de la catholique françaises.

Phoebastria a dit…

Ben oui, l'Angleterre thatchérienne, ce n'est pas votre modèle, avec toutes ses fabuleuses "libertés " ?

Curmudgeon a dit…

Phoebastria : Touché ! Vous n'avez pas tort : dans un régime d'extrême liberté, Tartempion risque de monter une école néo-nazie, avec Protocoles des sages de Sion au programme. Mais chaque conception se heurte à des problèmes. Et donc à l'inverse, si vous vous mettez à tout régenter, vous aurez des effets pervers dans l'autre sens. Exemple. Récemment, devant les critiques concernant les scanners corporels et la fouille par palpation aux USA, John Pistole, le patron de l'agence gouvernementale américaine qui est responsable de la sécurité des aéroports, la TSA, a été jusqu'à déclarer que voyager en avion est un privilège ("I see flying as a privilege that is public safety issue"). Un certain nombre de gens font remarquer que aller et venir n'est pas un "privilège", mais un droit reconnu sans discontinuer depuis la Grande charte de 1215, et que le transport aérien ne constitue en rien une exception. On peut se mettre à la place de Pistole, et ses arguments ne sont pas insensés, mais il n'aurait jamais dû lâcher la monstruosité sur le privilège. Il n'y a donc pas de solution simple, et on doit vous donner acte du fait que le libéralisme peut engendrer des effets pervers. Les libéraux le savent, car ils sont persuadés que les êtres humains sont imparfaits, se trompent, ne savent pas tout, peuvent être immoraux et même franchement vicieux, et que, même quand ils sont anodins, leurs comportements peuvent engendrer des effets inattendus et indésirables.

Obsédé Textuel a dit…

La liberté de choix d'une école (ou autre chose) a toujours eu pour corollaire l'obligation de convaincre le client-électeur, sous peine de disparition.

Il n'y a que les socialistes -ennemis de la liberté- qui ne raisonnent que par interdits, toujours présentés dans un bel emballage.
D'ailleurs s'ils prennent toujours la peine de présenter leurs idées totalitaires avec un joli ruban autour, c'est bien la preuve qu'ils savent fort bien qu'ils vont saccager un peu plus les gens et la société.

N'est ce pas leur but ?

Anonyme a dit…

Le libéralisme n'est évidemment concevable que dans un cadre national et occidental.

Il faudrait quand même arrêter de jouer au con.

Jouer au con, ça veut dire prétendre : bin, euh, le libéralisme, c'est la liberté, nan ? et la liberté, c'est faire ce que je veux, nan ? alors je peux tuer mon voisin si je veux, nan ?

Bin, nan.

Faut pas confondre délire logique et intelligence. On ne peut pas discuter de philosophie avec des enfants, ni de politique avec des gardiens de vaches diplômés.