lundi, août 05, 2013

Decision in Normandy (C. d'Este), Decision at Strasbourg (D. Colley)


Ces deux livres ont été écrits à vingt ans d'écart, le titre du second fait volontairement écho au titre du premier.

Decision in Normandy raconte l'échec du général Montgomery à percer le front allemand  autour de Caen en juin et juillet 1944. Chacune des trois tentatives infructueuses a souffert du même problème : l'incapacité de l'attaquant à exploiter le moment de faiblesse initiale des défenseurs. Le temps perdu étant chaque fois utilisé à bon escient par les Allemands.

Decision at Strasbourg raconte le refus d'Eisenhower d'autoriser la traversée du Rhin en novembre 1944 par le 6ème groupe d'armée de Jacob Devers (comprenant la première armée française de de Lattre). Rétrospectivement (1), on a de solides raisons (dont le témoignage de généraux allemands) de penser que la guerre à l'ouest aurait pu être terminée en décembre 44/ janvier 45. C'est probablement des centaines de milliers de morts qui auraient été épargnées.

Ne tournons pas autour du pot : Eisenhower était un assez mauvais général.

La stratégie du front large d'Eisenhower est la stratégie du stratège sans imagination qui fait prévaloir brutalement sa supériorité matérielle. La stratégie russe, dans les mêmes conditions de supériorité matérielle, consistant en de longues percées fractionnant l'ennemi, était probablement plus astucieuse.

Comme beaucoup de généraux américains de la seconde guerre mondiale, Eisenhower n'avait aucune expérience du combat. Cela peut sembler stupéfiant, mais n'oublions pas que l'armée américaine était une petite armée qui menait des guerres coloniales (contre les Indiens, les Espagnols, etc.) et que l'expérience de la première guerre mondiale ne s'est pas étendue à tous les jeunes officiers, loin de là. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard qu'un des généraux les plus audacieux, Patton, fût aussi un des plus expérimentés au combat.

En 1941, l'armée américaine était le treizième du monde en effectifs (à vérifier, mais c'est de cet ordre là).

Ce rappel permet d'apprécier à sa juste valeur la transformation de l'armée américaine en quatre ans, qui est due pour beaucoup à Marshall. Comme Eisenhower, c'était un administrateur et un organisateur qui avait une expérience très limitée du combat.

Bien que commandant en chef en Europe, Eisenhower avait un rôle plus politique que militaire : tenir la coalition anglo-américaine, et, par ricochet, russe. Les stratèges en chambre sous-estiment souvent le prix de la guerre en coalition. Par exemple, beaucoup d'offensives «idiotes» de la première guerre mondiale s'expliquent par la nécessité de prouver à l'allié que l'on ne reste pas inactif, que chacun fait sa part de sacrifice et que l'alliance tient.

Dans le refus d'Eisenhower de traverser le Rhin en novembre 1944, le refus de prendre les Anglais et les Russes de vitesse a du peser. On peut cependant regretter que Devers n'ait pas, comme Patton, mis son chef devant le fait accompli.

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(1) : méfions nous tout de même de l'anachronisme et de la sagesse rétrospective.

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