vendredi, octobre 10, 2014

La double inconstance

J'apprécie peu Marivaux.

Après avoir écrit du mal de Dom Juan, voilà que je renâcle au marivaudage. Vous allez me reprocher des pruderies de vieille bigote. Vous n'aurez pas tout à fait tort.

Je ne supporte pas le féminisme militant tel qu'il se pratique en 2014 : c'est une occupation de pauvres connes bourgeoises, oisives et narcissiques. Certaines pourraient même me traiter de «macho» (insulte qui, au demeurant, comme «raciste», ne signifie plus rien, c'est juste une étiquette infamante parmi d'autres).

Cependant, je suis féministe à la Montaigne : bien  que considérant les femmes comme différentes et la notion d'égalité entre hommes et femmes comme idiote, elles sont des compagnes dont il n'y a aucune raison de penser qu'elles déméritent.

Quelqu'un, croyant me taquiner, m'a traité de «fleur bleue». Je l'admets assez volontiers.

J'aime la lecture de Mme de Lafayette : la précision et la légèreté de la langue (pas d'adverbes, peu d'adjectifs) vont de pair avec la finesse des sentiments.

Il me semble remarquer chez les jeunes du désarroi devant la finesse des sentiments : la culture populaire, celle des veillées, et la culture livresque, à laquelle ont renoncé depuis déjà notre système éducatif et notre bourgeoisie, sont remplacées par la culture télévisuelle, fort éloignée d'en avoir la qualité.

Natacha Polony le déplorait naguère, il est plus difficile pour les jeunes de se mouvoir à leur aise dans un monde des sentiments qui se résume pour eux à «je kiffe», «je kiffe pas». Nous sommes très loin de la carte de Tendre, pourtant bien utile. Les jeunes n'ayant rien appris, ils ne connaissent pas Hélène, Desdémone, Célimène, Chimène, Juliette, Isolde, Blanchefleur, pourquoi pas Lady Macbeth, Bérénice ... Autant de références, de points d'appui, qui leur manquent cruellement.

Mme de Lafayette est une ennemie déclarée de l'amour : cette passion menace l'idéal de calme et de sérénité qui est le sien. Pourtant, elle en écrit avec talent. Je ne partage pas son opinion. Il me semble d'ailleurs que c'est pour elle plus qu'une opinion : marié à un homme pour qui elle avait plus d'estime que d'amour, elle a aimé platoniquement La Rochefoucauld. Elle s'est tenu à distance respectable du sentiment amoureux. Je reviens à Marivaux après ce détour.

Le cynisme amoureux qui fait le fond de La double inconstance me déplaît souverainement. Je ne prétends pas qu'il est infondé. Juste que cela me fait tourner la tête ailleurs.

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