mercredi, septembre 23, 2015

Affaire Volkswagen : un cygne noir ?

Résumé de l’affaire Volkswagen

On appelle cygne noir un événement très inattendu. Comme la découverte de cygnes noirs en Australie alors qu’on ne connaissait que des cygnes blancs. De plus, le cygne noir a des conséquences importantes : par exemple, les attentats du 11 septembre.

Le cygne noir est corrélé au problème de la détection des signaux faibles. En effet, l’inattendu absolu est rarissime (pour qu’une chose se produise, il faut qu’elle ait des prémisses et ceux-ci sont, en théorie, détectables). Les attentats du 11 septembre ont été précédés de signaux faibles mis en évidence par l’enquête, après. L’affaire Volkswagen nous surprend, mais pour le type qui se bourrait la gueule le samedi soir avec son copain loquace qui écrivait des logiciels pour Volkswagen, ce n’est pas du tout une surprise. L’inattendu du cygne noir est donc une question de point de vue.

Disons qu’un cygne noir surprend 99 % du public et des décideurs.

Maintenant, les conséquences.

L’affaire Volkswagen aura-t-elle de grandes conséquences ?

Directement, non. Ce n’est que Volkswagen, un groupe industriel parmi tant d’autres.

Mais on peut imaginer une réaction en chaine : le producteur principal (Volkswagen) de l’industrie principale (automobile) du principal pays (Allemagne) de la principale zone (Europe) de l’économie mondiale est touché. Chaque maillon de la chaine est une occasion d’atténuation ou d’amplification. C’est le paradoxe de nos sociétés en réseaux : à la fois très vulnérables et très résistantes.

On voit bien que cette affaire Volkswagen est la résultante du mercantilisme allemand (1), qui est la forme économique du militarisme prussien : en effet, le mercantilisme revient à considérer le commerce international comme une guerre (et, à la guerre, tous les coups sont permis, d’où l’affaire Volkswagen), une exportation comme une victoire et une importation comme une défaite, ce qui est parfaitement idiot. Le Luxembourg et Monaco n’exportent pas une seule voiture et sont plus prospères que l’Allemagne. On voit bien que ce ne sont pas les exportations qui font la prospérité et que le commerce n’est pas une guerre où ce que l’un gagne, l’autre le perd. L’erreur mercantiliste est très largement partagée, cela ne l’empêche pas d’être une erreur.

Les Américains sont plus fins. Ils se foutent comme d’une guigne de la balance commerciale. Leur obsession est de protéger le roi-dollar, dont ils font désormais un instrument d’impérialisme juridique, et ça marche assez bien. Il est d’ailleurs amusant que l’affaire Volkswagen ait pris naissance aux Etats-Unis.




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(1) : petit rappel sur mercantilisme allemand (article de Charles Gave de 2013) :

Et si l’Allemagne était le problème ?

Le but est de dégager des excédents extérieurs que les autorités allemandes, encore et toujours mercantilistes, ont toujours considéré comme le signe d’une bonne gestion, ce qui est une erreur intellectuelle gigantesque. La majorité peut avoir tort aussi, comme trop souvent l’histoire nous l’a prouvé ne serait-ce que pendant la dernière guerre.

Par Institut Des Libertés

Mon raisonnement depuis un moment fait remarquer que notre voisin d’outre Rhin subventionne sa production, taxe sa consommation (hausse de la TVA) et refuse de déréglementer les secteurs de services ou il n’est pas concurrentiel. Le but était de dégager des excédents extérieurs que les autorités allemandes, encore et toujours mercantilistes, ont toujours considéré comme le signe d’une bonne gestion, ce qui est une erreur intellectuelle gigantesque. La majorité peut avoir tort aussi, comme trop souvent l’histoire nous l’a prouvé ne serait-ce que pendant la dernière guerre. Une erreur reste une erreur, même si elle est partagée par 90 % de la population. Le mercantilisme a toujours amené à des désastres économiques ou financiers et nous en avons encore une preuve aujourd’hui.

Nous sommes en effet en train d’arriver au point ou le monstre que l’Allemagne a réveillé va se retourner contre elle.

L’Allemagne a accumulé depuis 10 ans un surplus commercial d’environ 700 milliards d’euro avec ses partenaires de l’Euro.

Ce qui veut dire en termes simples que l’Allemagne a vendu pour 700 milliards de plus qu’elle n’a acheté et qu’en contrepartie, elle a reçu plein de jolis bouts de papiers émis par des Grecs, des Italiens ou des Espagnols reconnaissant qu’ils doivent de l’argent aux allemands pour la Mercedes dans laquelle ils roulent.

Eh oui, si vous avez un excédent des comptes courants, vous avez un déficit de la balance des capitaux, c’est-à-dire que vous prêtez de l’argent à ceux qui achètent vos produits. Et si vous êtes dans une monnaie unique, vous ne pouvez pas demander aux Irlandais de vous filer une partie de leurs réserves de change pour solder vos dépenses. Le règlement des différences de balance commerciale se fait par l’Allemagne acceptant de la dette émise par des Irlandais. Pas d’autre solution [en effet, les Allemands reçoivent des Euros en échange de leurs ternes bagnoles. Pour que la chose continue à tourner, ils doivent redonner les Euros à leurs clients afin qu’ils puissent continuer à acheter des bagnoles teutonnes. Comment les Allemands redonnent-ils des Euros à leurs clients ? En leur achetant la seule chose qu’ils vendent en quantité : de la dette. C’est pourquoi le mauvis papier dans les coffres allemands est la contrepartie directe des voitures qui sortent des usines allemandes]. Sauf pour les Allemands à bâtir des usines en Espagne, ce qu’ils n’ont pas fait puisque c’était moins cher chez eux.

Et tous ces bouts de papier sont domiciliés dans les coffres des banques allemandes. Par exemple, les banques allemandes auraient prêté 1500 milliards d’euro aux banques irlandaises en achetant leurs obligations ou en leur prêtant directement, ce qui correspond à près de trois fois le PNB Irlandais.

Ce qui laisse à penser que les autorités de contrôle des banques allemandes, Bundesbank en tête, ont complètement failli à leur devoir de surveiller les banques allemandes.

Qui, en Allemagne, a été assez fou pour laisser les banques allemandes s’engager à ce point sans y mettre le holà ? Et en faire autant en Espagne, en Grèce, dans les subprimes Américain etc …

L’irresponsabilité des autorités financières de contrôle en Allemagne dépasse l’entendement.

Et maintenant, les Allemands, ces préteurs irresponsables, se retournent vers les Espagnols ou les Irlandais et leur disent qu’il est hors de question qu’ils ne soient pas remboursés, et que s’il faut, les populations locales doivent être réduites à la misère pour sauver ces banquiers incompétents s’il en fut, outre Rhin

Si j’étais ministre des finances Irlandais ou Espagnol (ce que grâce au ciel je ne suis pas), je mettrais en avant les faits suivants.

Si je dois $ 1 million à ma banque, j’ai un problème.

Si je luis dois $ 1 milliard, c’est elle qui a un problème.

Ce ne sont pas, ou pas seulement les Espagnols ou les Irlandais qui ont un problème : après tout, eux ils roulent en Mercedes. Ce sont les banques et compagnies d’assurance allemandes qui sont bourrées des papiers émis par ces braves gens. Et que l’on ne me dise pas que la bonne foi des banquiers allemands a été surprise : prêter trois fois le PNB pour aider les banques en Irlande à spéculer a du laisser de grasses commissions qui n’ont sans doute pas été perdue pour tout le monde, suivez mon regard.

Bref, avec sa politique mercantiliste imbécile, l’Allemagne a créé un problème financier monstrueux, dont, par un juste retour des choses, elle va être la victime, et c’est pour cela que le mercantilisme est une imbécillité

Je dirai donc simplement à Madame Merkel (même et surtout parce qu’elle ne demande rien):

« Vous êtes à l’origine du problème, les banques qui sauteront en premier ce sont les vôtres, il serait urgent que vous trouviez une solution comme de continuer à financer le reste de l’Europe et à déréglementer à toute allure les secteurs où vous n’êtes pas concurrentiels pour nous permettre de vous vendre quelque chose. Etre créditeur, ne vous donne aucun droit spécial tant vous avez été nuls dans la distribution des crédits . »

En termes simples:

Abandonnez votre politique mercantiliste désastreuse, qui nous a mené là où nous en sommes. Ce n’est pas en appauvrissant les autres européens que les dettes que vous avez accumulées seront remboursées, bien au contraire. Au lieu de cela : coupez les impôts sur la consommation,


  • déréglementez,



  • cessez de pressurer les salaires,



  • ouvrez vos frontières et redevenez ce que l’Allemagne d’Adenauer et de Kohl a toujours été, une force de croissance.


L’Europe ne se renforcera que si les économies, toutes les économies croissent. Sinon, elle échouera, ce qui serait tragique.

Et l’Allemagne en portera la responsabilité. Encore.

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