samedi, novembre 07, 2015

Le feu aux poudres (G. Krumeich)

Krumeich répond aux Somnambules de Christopher Clarck.

Clark partage très également les responsabilités du déclenchement de la première guerre mondiale entre tous les acteurs. Notamment, il exonère les Allemands d'une partie de leurs responsabilités en arguant que ce sont les Russes qui ont mobilisé les premiers.

Je me demande si Clark n'a pas une préoccupation idéologique contemporaine : si tout le monde est coupable, personne n'est coupable, y compris l'Allemagne, et vive l'européisme !

Car la question des responsabilités de la première guerre mondiale tourne en réalité autour du degré de culpabilité de l'Allemagne. Très peu envisagent sérieusement d'attribuer à la France ou à la Russie une responsabilité supérieure à celle des autres.

La question est donc : «L'Allemagne est-elle plus ou autant coupable que les autres puissances ?».

Krumeich répond nettement à Clark.

Certes, les responsabilités sont très partagées mais l'Allemagne est plus coupable que les autres parce qu'elle est la seule dont les plans agressifs et minutés ne laissaient aucune place à la négociation pour sauver la paix.

Pour les Russes, la mobilisation est à la fois une précaution et un moyen de pression diplomatique. Autrement dit, la mobilisation n'entraine pas automatiquement la guerre.

En revanche, les Allemands sont contraints par leurs plans d'attaque précoce de considérer la mobilisation comme une déclaration de guerre, mais, ça, les Russes ne peuvent pas le savoir (même s'ils pourraient s'en douter).

D'ailleurs, les Allemands sont gênés par les demandes de négociation des Russes. Ils n'avaient prévu qu'une seule entrée en guerre : un conflit local, probablement balkanique, dégénère, la guerre est déclarée dans la foulée, on attaque de suite. Le simple fait de ne pas avoir pensé que les autres protagonistes voudraient discuter et négocier et que la guerre ne serait pas déclenchée de manière automatique et rapide montre la position belliciste des Allemands.

Certes, les Allemands sont en partie contraints par leur position géographique centrale et la guerre sur deux fronts. Mais il y avait une autre solution que la guerre-éclair : il ne fallait pas se mettre des gens à dos à la fois à l'est et à l'ouest.

En effet, l'Allemagne a cherché jusque dans les années 1890 à se ménager des alliances anglaises et russes pour, justement, éviter cette tenaille, puis y a renoncé. Cette renonciation allemande à la diplomatie et le choix de la solution militaire sont bien les causes lointaines (et allemandes) de la première guerre mondiale.

A chaque étape de l'été 14, les militaires allemands ont pris un peu plus le pas sur les civils. Et pour quel résultat ? Malgré l'aide involontaire de cette nullité de Joffre, leurs calculs militaires et stratégiques se sont révélés faux.

Gerd Krumeich est proche des thèses de Pierre Renouvin. On peut préférer ce dernier, mieux écrit, et en français.

Décidément, j'ai du mal avec l'Allemagne. Deux guerres mondiales et aujourd'hui le joug européiste, ça commence à faire beaucoup.

Vous connaissez sans doute la vieille thèse anti-allemande : L'Allemagne, pays mal foutu, est portée, par son déséquilibre même, à tous les excès. Elle est un facteur de trouble et de désordre. Le monde se porterait mieux si l'Allemagne n'existait pas. Un peu radical, mais je me demande s'il n'y a pas un fond de vérité.

 L'Allemagne a été écrasée en 1918 et le sera encore en 1945 et c'est ce pays qu'on laisse diriger l'Europe ?

The German Century
Many of the ideas that inspired World War II live on in postmodernist thought.


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