dimanche, novembre 22, 2015

Les sentiments, les idées, l'action ?

Suite à ce billet, cet article trace une voie :

La terreur, la tristesse, la rage

Roger-Pol Droit décrit le mécanisme par lequel le sentimentalisme est débilitant (Littré : Débile : qui manque de force physique et morale) :


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Tout le monde, depuis une semaine comme d'ailleurs depuis des mois, et des années constate la même situation. Devenue si évidente, presque si familière, qu'on ne remarque pas sa singularité : il n'est plus question que d'émotions, de sentiments, d'affects. Ils deviennent causes des événements, effets présents, leviers d'avenir. Peu importe que ces divers sentiments soient imposés, subis, refusés, engendrés, réactifs… La psychologie transforme, submerge et remplace pratiquement tout : vie sociale, information, analyse politique, action logique… L'émotion, désormais, est politique. Et stratégique.

Il n'est pas difficile d'en voir les motifs. Générer de l'angoisse est évidemment le propre du terrorisme, son but premier, sa raison d'être. Attentats et meurtres répétés intensifient l'effroi, leurs images partout partagées généralisent leur impact. L'hypermédiatisation de la société connectée accroît l'émotivité permanente, le partage des sentiments plus encore que des faits. En direct, nuit et jour, des informations ? Plutôt des commotions, des émois, des troubles, des sensations. Cette pâte affective enrobe et englue l'actualité. S'en débarrasser paraît impossible. C'est donc désormais en elle, avec elle, et par elle, qu'il faut agir. A condition de savoir comment.
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Et, intelligemment, puisqu'éviter le sentimentalisme paraît impossible (en réalité, c'est très possible : il suffit de se débarrasser de sa télévision et de sa radio, mais ce n'est pas une pratique de masse), il conseille de diriger ses sentiments, de les apprivoiser :


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L'affliction ne peut être évitée, mais si rien ne va au-delà, elle inhibe et paralyse. C'est pourquoi, sans quitter le terrain des sentiments, il faut activer d'autres registres. Ceux de la rage, de la colère. Des innocents sont abattus en masse, en plein Paris, et on se contenterait de pleurer ? Sommes-nous devenus tellement veules que nous ne ressentons plus la nécessité d'écraser leurs meurtriers, le devoir impérieux de venger ces morts ? Ce qui monte à la gorge, face à la barbarie, ce ne sont pas seulement des sanglots et des embrassades désemparées. Ce sont de la fureur, de la colère et de la haine. Pas question de leur lâcher la bride, sans contrôle et sans mesure. Mais pas question non plus de les étouffer systématiquement, de les refouler comme honteux. Au contraire, il faut cesser d'avoir toute rage en horreur, comme si elle était toujours mauvaise. Il peut être légitime et souhaitable d'activer et d'entretenir en soi la haine envers les bourreaux, la haine envers les totalitarismes, la haine envers les injustices. Il n'est pas vrai que tout doive être pardonné, partout et toujours, ni que l'amour soit l'universelle solution. Il n'est pas digne de tendre l'autre joue à ceux qui ont transpercé la première d'une balle de kalachnikov.

Ces affirmations, qui sont des évidences de base, ne sont pas les plus courantes aujourd'hui. A force de ne plus voir s'afficher que des bons sentiments, des refus de toute agressivité, des angélismes candides, on pourrait presque avoir l'impression que le ressort de toute résistance se trouve aujourd'hui cassé. Si c'est vraiment le cas, alors, en ce temps où les affects revêtent une portée stratégique, les islamistes ont déjà gagné : leurs victimes, passées et futures, seront pleurées par des survivants tétanisés, mais eux ne risquent rien, et le califat avance. Au contraire, si la rage nous habite de venger les victimes et d'exterminer les bourreaux, il devient possible qu'ils perdent. En termes de sentiments, c'est aussi simple que cela.

Les actions concrètes qui découlent de ce choix premier soulèvent quantité de problèmes concrets et complexes. Chacun en connaît la longue liste : coalition internationale, renversement d'alliances, opérations aériennes, troupes au sol en Syrie, contrôle des frontières… Mais le choix psychologique est simple. Face à la terreur, il se résume à ceci : ou bien la tristesse et la défaite, ou bien la rage et la guerre.
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Le raisonnement est intéressant.

Certes, le sentimentalisme est débile mais, puisqu'il est inévitable, faisons contre mauvaise fortune bon coeur et mettons le au service de la bonne cause. Avec les bons sentiments, viendront les bonnes idées et les bonnes décisions.

Mais, à voir la veulerie des réactions (contrairement à la presse, je ne trouve pas que les Français aient bien réagi et fait preuve de courage), j'ai comme un doute.






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