dimanche, février 21, 2016

Être de droite a-t-il encore un sens ?

Être de droite a-t-il encore un sens ?

J'ai toujours été très prudent concernant ce mythe de la droitisation des Français car une droitisation qui se traduit par toujours plus de politiques de gauche, c'est tout de même suspect.

Le noeud, ce sont les alliances avec le Front National. Tant que la droite refuse ces alliances, elle se soumet de fait au magistère moral de la gauche, elle se place en position subordonnée, soumise. Elle accepte implicitement que le mot « droite » n'est pas très propre. D'où l'importance soulignée par Crapez de l'expression « de la droite et du centre », qui est un signal d'abdication devant la gauche.

Autrement dit, tant que la droite refuse les alliances avec le FN, elle se condamne à être une fausse droite. Mais, ne nous leurrons pas, je pense que c'est le désir profond de ses leaders qui ne désirent rien tant que de plaire aux mondains parisiens et ils se trouvent qu'ils sont de gauche.

Donc les Français ont le choix entre la gauche, qui est de gauche, et la droite, qui est de gauche aussi. Autant pour la droitisation.

Je souligne en bleu

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Le coeur des débats s'est-il droitisé ? Vous semblez le réfuter dans votre livre Eloge de la pensée de droite…

Oui, c'est vrai. Je consacre un chapitre à réfuter l'idée que le centre de gravité des débats se serait droitisé. Le terme de droitisation est issu du langage du Politburo sous Staline, destiné à stigmatiser le déviationnisme de Boukharine. Il sous-entend, au fond, une glissade vers l'extrême-droite. Il s'agit d'une escroquerie intellectuelle pour six raisons: elle ne correspond pas aux tendances observables dans la vie politique française, elle est inférée par des sondeurs à partir de questions biaisées, elle est certifiée sans qu'il soit jamais question de la gauchisation son contraire, elle traduit en fait l'épuisement du processus de gauchisation structurelle qui nourrit chez les élites une impression subjective de droitisation conjoncturelle, c'est une arme idéologique destinée à relancer le moteur de la gauchisation en culpabilisant l'adversaire, c'est enfin une stratégie qui déplace subrepticement les pions sur l'échiquier afin de dissimuler une droitisation circonstancielle du parti socialiste.

Les tendances observables dans la vie politique française indiquent depuis quarante ans un processus continu de gauchisation. Primo, il n'existe plus de personnalités aussi à droite que Poniatowski ou Pasqua. Secundo, ce sont des personnalités comme Chirac ou Juppé qui ont effectué des glissades de gauchisation (le premier était surnommé «facho-Chirac» et le second prônait le «retour au pays» des immigrés). Tertio, en dépit des accusations et procès d'intention, la question des alliances électorales avec le Front national n'a jamais été aussi peu à l'ordre du jour (même pour des personnalités considérées comme droitières, tels Xavier Bertrand et Christian Estrosi). Quarto, si la droite n'a pas bougé, le FN suit un processus de «dés-extrême-droitisation» depuis deux décennies.

Il s'agit de faire croire à une dérive vers la droite afin de mieux la contrecarrer, tout comme l'idée de montée du FN est chargée de mobiliser en sa défaveur pour le faire baisser. Et beaucoup relaient cette idée de droitisation, se faisant ainsi les «idiots utiles» de ceux qui l'utilisent pour empêcher tout correctif vers la droite.

Existe-t-il un complexe de l'homme de droite qui trancherait avec une éventuelle fierté de l'homme de gauche ?

Oui, puisque la personne de gauche se déclare plus facilement à son entourage, ou aux sondeurs, tandis que la personne de droite use volontiers de divers périphrases. Pour échapper à la stigmatisation, on prétexte souvent, à droite, que l'on n'est «pas de gauche», ou «ni de droite, ni de gauche», ou «au centre», ou «à l'écart» du clivage gauche droite.

Au sein des professions intellectuelles, la gauche s'assume comme telle, alors que la personne de droite, de peur de se retrouver isolée sinon « blacklistée », affiche souvent un souci d'ouverture afin de donner des gages. En second lieu, au sein des professions intellectuelles, la gauche s'assume comme telle, alors que la personne de droite, de peur de se retrouver isolée sinon «blacklistée», affiche souvent un souci d'ouverture afin de donner des gages. Concrètement, un éditeur peut se permettre d'avoir un catalogue d'auteurs exclusivement de gauche, mais la réciproque n'est plus possible. Autre exemple, un politologue de gauche -qui propage les idées jumelles de droitisation, de mort de la gauche et de silence des intellectuels-, va être interviewé dans des médias de droite, alors qu'il ne viendrait pas à l'idée d'un média de gauche d'interviewer un politologue de droite.

Cette question des professions intellectuelles est importante puisque celles-ci contribuent à «faire l'opinion» et qu'elles penchent nettement à gauche. Dans ces milieux, l'expression «marqué à droite» n'a pas son équivalent pour la gauche. Il est, en effet, considéré comme légitime d'être très à gauche et l'expression «extrême-gauche» est prohibée, on doit dire la «gauche de la gauche». À l'inverse, les intellectuels sont prompts à «extrême-droitiser» tout ce qui déborde «à droite du centre-droit», selon la formule de l'un d'eux.
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