samedi, février 27, 2016

Le drame paysan français

La France est un pays à la culture profondément paysanne, même s'il n'y a presque plus de paysans, comme c'est un pays chrétien, même s'il n'y a presque plus de chrétiens.

La destruction de la paysannerie française fait pleinement partie du projet de destruction de la France qui est la ligne directrice de notre technocratie depuis les années 70.

Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend fou absolument . Pourquoi détruire la France ? Parce que nos technocrates, à force de pouvoir sans contrôle ni contrepoids, ont la tête qui a enflé au point d'exploser. La France n'est pas assez grande, pas assez ouverte, pas assez tout, pour Leurs Majestés Technocratiques. La France, au fond, n'a qu'un défaut : c'est d'être seulement la France. Seuls l'Europe ou, mieux encore, le Monde, sont à l'échelle qui convient à Leurs Majestés Technocratiques. Et ça donne les Christine Lagarde, les Pascal Lamy, les Moscou-Vichy, etc. Il faut donc renier leurs petites origines françaises pour accéder à l'échelle du Monde et de l'Humanité.

Maintenant qu'on a compris pourquoi Leurs Majestés Technocratiques veulent détruire la France, on comprend aussi sans difficulté pourquoi ces petits marquis gonflés de vanité n'ont eu de cesse de saper la paysannerie, qui en est un pilier.

On peut examiner les mécanismes qui leur ont permis d'atteindre la victoire.

La phrase de Pompidou « Arrêtez d'emmerder les Français ! » est très profonde sous ses allures triviales. C'est bien en emmerdant constamment les Français par mille piqures d'épingle réglementaires, dont aucune individuellement n'est mortelle, que la technostructure a réussi, comme dans le supplice chinois des mille entailles, à réduire les Français, et au premier rang desquels les paysans, à l'état de loques abouliques, encore capables de protester mais plus de se révolter. Et puis, il y a les subventions, qui est comme la drogue un moyen de mettre en état de dépendance, et donc de contrôler.

Petite histoire de la politique agricole commune

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Fait sans précédent dans les négociations internationales , l'Europe ( et spécialement la technocratie française) réformèrent la PAC en 1992 pour anticiper les demandes de la partie adverse : remplacement les soutien des prix agricole par des subventions, système jugé plus moderne parce qu'il était américain. Ce fut pour la vieille France paysanne le «coup du lapin» : la déconnection prix-revenu les frappa dans leur honneur , ce système beaucoup plus cher pour les finances publiques, les faisant apparaître désormais, aux yeux du reste de la société, comme des assistés, avant qu'ils ne soient aussi tenus pour des pollueurs. La baisse de prix corrélative profita plus à l'industrie agro-alimentaire qu'aux consommateurs.

Le même année 1992 était votée la loi Joxe dont le but avoué était la disparition à terme des 36 000 communes rurales jugées archaïques parce qu'elles ne coûtaient pas assez cher.

Face à la complaisance des négociateurs européens, la partie américaine tordit le bras de la commission de Bruxelles pour lui faire accepter les accords de Blair House (1993) , consolidés par l'Accord de Casablanca (1995) prévoyant le démantèlement des politiques européennes de soutien ( pas plus lourdes pourtant que les américaines, moins que les suisses ou les japonaises ). L'habileté de nos adversaires fut d'introduire une «clause de paix» qui ne rendait les décisions exécutoires qu'au terme d'un délai d'environ dix ans. Etaient particulièrement touchées les céréales et l'élevage ( notamment laitier).

Le délai passé, il fallut bien appliquer l'accord . L'affaiblissement de la PAC deuxième manière qui en résulta au milieu des années deux mille coïncida avec la mise en place de l'euro où l'Allemagne se tailla d'emblée un fort avantage compétitif particulièrement sensible dans l'agriculture. La mise en valeur des anciens kolkhozes de la RDA, le recours à une main d'oeuvre bon marché venue de l'Est (pas de SMIC agricole!) , la sous-traitance polonaise et le coût plus faible des facteurs permirent très vite à l'agriculture allemande, qui avait toujours été déficitaire par rapport à la française, de devenir excédentaire, particulièrement pour le porc, la viande bovine et le lait. Quand les taux de change avaient désavantagé l'Allemagne, la France était venue à son secours par les «montants compensatoires» (1969-1986) ; aucun geste en sens inverse cette fois de la part de l'Allemagne; il est vrai que les gouvernements français ne lui ont rien demandé ! Les prix tirés comme jamais vers le bas provoquent le désespoir de nombreux éleveurs (un suicide tous les deux jours ! ), par ailleurs harcelés par des contrôle sanitaires et environnementaux de plus en plus tatillons et, pour les plus endettés, un Crédit agricole impitoyable.
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Tyrannie des normes : les agriculteurs disent «foutez nous la paix»

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Quels sont les exemples de normes les plus délirants ?

Ils sont tous un peu fous. Je me souviens de l'un d'entre eux où un éleveur de moutons de prés salés a dû choisir entre garder son âne ou enlever une dizaine de brebis du champ pour respecter la norme sur densité d'animaux dans les champs car un âne équivalait à 8 brebis. Pourtant il protégeait les agneaux des chiens errants et des renards. Autre exemple, il a fallu deux ans à un éleveur pour obtenir l'agrément de son abattoir high tech car lors du contrôle, il y avait trop de bottes dans le vestiaire, un clou dépassait du mur et le ventilateur était à une mauvaise place. Les scolaires pouvaient visiter sa ferme mais à la cantine du village ils ne pouvaient manger que du poulet brésilien faute d'agréments pour son abattoir. Je reçois encore beaucoup de témoignages. Je pourrais faire un tome 2 et un tome 3 de Foutez nous la paix. Vive l'agriculture, vive l'agro écologie. J'ai croisé des personnages formidables.

Comment expliquez-vous ces situations grotesques ?

En France, rien ne part d'en bas, toutes les réglementations partent d'en haut sans concertation avec les intéressés. L'Etat ne leur fait pas confiance. Il faudrait organiser un grenelle de la bonne chère c'est-à-dire que l'on mette autour de la table, les grands chefs, les politiques, les agriculteurs et les représentants de la charcuterie, pour simplifier les normes. Mais attention pas celles sur l'emploie des pesticides mais sur le lait cru ou sur les questions de l'agriculture de proximité. Les personnes que j'ai vues étaient en grande partie syndiquées à la FNSEA. Ils ont quitté le syndicat majoritaire car ils ne comprenaient pourquoi ce dernier ne s'intéressait pas aussi à eux. Il peut défendre aussi cette agriculture alternative. Sans nos élevages, on n'aura plus nos paysages.
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