dimanche, octobre 09, 2016

Rompre le front ? Novembre 1914-mars 1918 (R. Porte)

Livre tout à fait remarquable qui bouscule bien des idées reçues.

D'abord un peu d'auto-satisfaction. Est pleinement confirmée mon intuition de ce billet (c'est un des billets dont je suis le plus fier) :

Les généraux français de la première guerre mondiale étaient-ils des idiots sanguinaires ?

Que dit Rémy Porte ?

♘ Le désir d'offensive était partagé du bas en haut de l'échelle hiérarchique (étude des correspondances de soldats) et à l'avant comme à l'arrière. Car chacun comprenait, mieux que nous ne le faisons aujourd'hui, que l'offensive était le seul moyen de la victoire et donc de la paix.

Autant pour la légende noire, très « lutte des classes », des généraux sanguinaires envoyant à l'abattoir des poilus contraints et résignés.

♘ On note l'échec complet des stratégies de débordement, qu'elles soient militaires (Dardanelles) ou diplomatiques (entrée en guerre de de la Grèce, de la Roumanie).

♘ Il y avait dans l'armée française un bouillonnement intellectuel, qui allait jusqu'à créer du désordre, du bas en haut de l'échelle. Les leçons de chaque offensive étaient tirées rapidement, quelquefois trop.

♘ Le problème était l'échelle de temps : on a espéré la victoire en quelques semaines, puis en quelques mois. Il a fallu attendre 1917 pour que l'Etat-Major français fasse une planification à deux ans.

♘ Il est faux de dire que les sanglantes offensives alliées de 1915 à 1917 ont été inutiles. L'armée allemande s'y est épuisée et les alliés s'y sont perfectionnés. Certes, les alliés s'y sont aussi épuisés, ce qui explique les refus d'obéissance de 1917, mais le bilan n'est pas aussi négatif qu'on l'écrit aujourd'hui.

♘ L'armée française arrive à maturation matérielle et humaine, tactique et stratégique, en 1918, face à une armée allemande au bord de la rupture. Le moral du soldat de 1918 n'a plus rien à voir avec celui des mutineries de 1917. Il est mieux formé et mieux équipé, des vagues d'avions et de chars l'accompagnent (par exemple : l'industrie française a produit plus d'avions en 1918 que de 1914 à 1917), les communications par radio font qu'il n'est plus isolé, l'artillerie motorisée le suit au plus près.

L'offensive de la victoire n'a pas été la balade de santé parfois décrite, il n'en reste pas moins, que la stratégie (une succession d'offensives coordonnées sur des parties différentes du front) et la tactique furent remarquables.

Une réflexion personnelle : dans la mémoire nationale, l'année 1918 est totalement occultée, à part le 11 novembre. Combien de Français savent qu'il y a une offensive allemande au printemps et une contre-offensive alliée à l'été ? Cette occultation mérite une étude. Survalorisation du statut de victime ? Refus d'endosser le statut de vainqueur ? Je ne sais pas.


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