jeudi, juin 01, 2017

Les pauvres plaisirs de l’île désenchantée

Les plaisirs de l’île enchantée sont la plus célèbre fête versaillaise, celle qui est restée dans les mémoires.

Du 7 au 13 mai 1664, Louis XIV organise en l’honneur d’Anne d’Autriche, sa mère, et de la reine Marie-Thérèse, une fête sur le thème romanesque de la magicienne Alcine tenant prisonniers en son palais Roger et ses preux chevaliers. Amour, action et magie invitent la Cour au rêve. Inspirée de l’Arioste, la fête est dédiée en réalité à Mlle de La Vallière, maîtresse du roi. C'est l'ordonnateur de ses ballets, le duc de Saint-Aignan, qui a choisi le sujet tandis que Carlo Vigarani a retenu le lieu. Originaire de Modène, ce dernier est, depuis 1659, le grand metteur en scène des divertissements royaux où il a introduit machineries et décors italiens.

Durant trois jours, les courtisans assistent au défilé équestre du roi dans le rôle de Roger, revêtu de somptueux habits de feu sur un harnais d’or, d’argent et de pierreries. Il est accompagné de cavaliers, tout aussi somptueux, qui descendent l’allée royale – Tapis vert –, suivis du char d’Apollon. Tous se dirigent vers le palais d’Alcine dressé sur le Rond-d’eau, futur bassin d’Apollon. Suit une course de bague dans laquelle les cavaliers doivent décocher de leurs lances un anneau relié à une potence. La nuit tombée, le Parc (et la du Parc) s’illumine de mille feux. Commence un ballet sur le thème des saisons tandis qu’un magnifique festin est servi par des serviteurs masqués et costumés.

Le deuxième jour, la nuit venue, Louis XIV, costumé en Roger, donne à ses dames, sur la scène dressée dans l’allée, la comédie-ballet spécialement conçue par Molière et Lully : La Princesse d’Élide. Pour la première fois en France, théâtre et opéra, comique et romanesque sont associés. Bergers et bergères, entourés de faunes, dansent et chantent au son des flûtes et des violons. Le troisième jour voit l’embrasement du palais d’Alcine dans un fabuleux feu d’artifice orchestré par Vigarani. Une étonnante baleine flottante et ses deux baleineaux au-devant portent Alcine et ses servantes.

Les festivités se poursuivent avec courses de chevaux, loterie, visite de la Ménagerie et représentations théâtrales : Molière donne pour la première fois, le soir du 12 mai, son célèbre Tartuffe. Malgré le soutien du roi, la pièce fait scandale et se voit interdite. La Cour retourne à Fontainebleau le dès le lendemain : un merveilleux songe prend fin.

Bien sûr, comme toujours à Versailles, le symbole est très politique. Les rôles sont distribués avec précision pour manifester les hiérarchies et la singularité du pouvoir royal.

L’avènement d’Emmanuel Macron, entouré de ses courtisans, qu’on appelle par une bizarrerie comique « journalistes » (1), me fait regretter une telle fête. La soirée du Louvre fut bien pauvre en comparaison des fêtes de Versailles et les courtisans manquent singulièrement de ce bel esprit français tant vanté. Ils sont lourds, grossiers, incultes et ne comprennent pas grand chose. Quant à avoir du style … mieux vaut n’en point parler.

Il est vrai que notre roi est de pacotille. C’est une marionnette, dont on doute qu’elle ait envie de couper les fils qui la gouvernent. Au contraire, elle donne des gages à ses commanditaires et continuera probablement à en donner. Ceci explique sans doute cela : la comédie du pouvoir et sa mise en scène symbolique sont vite limitées lorsqu’on n’a qu’un pouvoir en carton-pâte.

En fait d’île enchantée, la présidence Macron (2) m’évoque plutôt celle-ci :



Qui se terminera comme ça (3) :




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(1) : au fait, pour ceux qui douteraient de la manipulation médiatique des élections. En ce moment, le sondage à la mode est « Souhaitez vous qu’Emmanuel Macron ait une majorité parlementaire ? ». Si ça, ce n’est pas une question orientée …

(2) : c’est marrant, je sais qu’Emmanuel Macron est une imposture, je trouve ses admirateurs ridicules, des naïfs, des gogos ou des cyniques (ou pire : Macronistes : c’est jeune et ça sait tout ? ), mais je n’arrive pas à le détester comme François Hollande. Signe que le Système a bien choisi son candidat.

(3) : J’apprends que Marlène Schiappa demande à rencontrer Cyril Hanouna pour « dialoguer » suite à un « dérapage ». Ca ne me plaît pas du tout. Depuis quand et au nom de quoi les ministres convoquent-ils les amuseurs publics (même, pas très amusants) pour qu’ils rendent compte de leurs propos (car le « dialogue » avec un ministre, ça n’existe pas) et pourquoi l’amuseur en question se rend-il à cette convocation ? On imagine les hurlements des professionnels du chocage avec un ministre de droite ou Poutine. Mais, au camp du Bien, à Jupiter souriant, tout est permis. On imagine aussi, avec délice cette fois, le dialogue de haute tenue entre ces deux personnalités qui brillent au ciel de l’intelligence française et de la morale universelle.

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