dimanche, août 19, 2018

Varoufakis : l'Etat Profond existe-il ?

On the Deep State – an audio essay in seven parts

L'Etat Profond est une notion popularisée par l'extrême-gauche et reprise par l'extrême-doite.

Il existerait une collusion internationale de hauts fonctionnaires, ceux qui ont beaucoup de pouvoir et qui restent quand les politiciens passent, de connivence avec leurs homologues technocrates du privé, pour mener une politique conforme aux intérêts de l'oligarchie technocrate, au mépris de la démocratie, ou carrément en opposition avec elle. C'est pourquoi le vote ne serait plus qu'un simulacre, les vrais décisions étant prises ailleurs, dans le secret des cabinets (de là à dire que ce sont des décisions de merde ...).

L'Etat Profond existe-il ?

Varoufakis, lancien ministre grec des finances, répond positivement et explique pourquoi : l'abolition des frontières (entre public et privé, entre nations)  a créé une classe de technocrates qui ont tous les mêmes intérêts et communient dans la même idéologie saint-simonienne (remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses). C'est la partie haut-fonctionnaire de ce que l'extrême-droite appelle « l'hyper-classe mondiale ».

C'est un complot sans complotistes, c'est d'ailleurs ce qui fait sa force. Les opposants qui s'obnubilent de Bildelberg et de Trilatérale ne se rendent pas compte que ce sont des leurres : la convergence est suffisamment forte pour que cette collusion existe même sans ces complots.

Varoufakis décrit les 4 armes de l'Etat Profond, que je vous laisse en anglais :


1) Manufacturing prices (i.e. subverting the very market mechanism that capitalism is supposed to rely on)

2) Manufacturing desires

3) Manufacturing money (e.g. the black magic by which central and private banks conjure up the supply of money)

4) Manufacturing consent


J'ai mi les points 1 et 3 à l'étude : je suis en train de lire Crashed, d'Adam Tooze, sur la crise de 2008 et ses conséquences (je rame, c'est un pavé écrit en style universitaire : aussi agréable à lire que d'avaler de l'huile de foie de morue. Et c'est un bidon de 5 litres). C'est exactement ce qu'il décrit : une perversion des marchés et de la monnaie, mais qui s'est faite par des mesures très techniques, décidées dans des cénacles sans aucune consultation démocratique, les dirigeants élus étant la plupart du temps tenus à l'écart (par exemple, l'élargissement des collatéraux acceptés par les banques centrales a de  grandes conséquences pratiques mais reste très techniques). Pour une vulgarisation de ces notions, voir Charles Gave.

Quant aux points 2 et 4, c'est presque une obsession chez moi de considérer que le perfectionnement depuis un siècle des techniques de manipulation des foules est un danger mortel pour la démocratie en ce sens qu'on ne peut plus dire que le vote est libre et éclairé.

Je connais des gens qui ont voté Macron au second tour, qui n'ont toujours pas compris qu'ils s'étaient faits manipuler (pour ne pas écrire un autre mot, commençant par « b »), qu'il n'y a jamais eu de danger Le Pen en France, qu'il n'y a jamais aucune nécessité qu'ils votent Macron.

Après Varoufakis part dans une déconnade de gauchiste. Il baptise Trump, Salvini et compagnie « néo-fascistes », explique qu'ils dénoncent l'Etat Profond pour mieux en prendre le contrôle, comme Mussolini et que, en conséquence, les démocrates authentiques, coincés entre l'Etat Profond et les « néo-fascistes », n'ont pour seule solution de ne rien changer et de continuer comme depuis trente ans.

Bien entendu, la peur du « néo-fascisme » est pur fantasme : Trump et Salvini dérivent vers le fascisme comme moi je m'apprête à être champion du monde du 110 m haies parce que j'ai enjambé la clôture du jardin ce matin. Ils n'ont pas de théorie fasciste ni de pratique (ou alors, j'ai raté la marche sur Rome ?).

Bref, Varoufakis prouve une fois de plus que les gauchistes sont les meilleurs gardiens du Système. Et c'est bien normal, puisque le Système reprend leurs idées sous une autre forme (avant-garde éclairée, science plutôt que politique).

En fait, la solution ce sont bien les « populistes », car, en tentant de refermer les frontières, ils attaquent le pouvoir de l'oligarchie mondialiste et de l'Etat profond à son fondement. Si vous en voulez une preuve, il suffit de regarder les réactions des mondialistes eux-mêmes. Je me moquais d'un Iranien qui me disait que la mauvaise météo était provoquée par les juifs, mais les démocrates sont au même niveau de délire sur Trump.

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