Affichage des articles dont le libellé est Saint Exupéry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Saint Exupéry. Afficher tous les articles

dimanche, juin 14, 2020

La tactique du Diable (CS Lewis, 1942)

Erratum : le texte ci-dessous est un faux. Ca n'enlève rien à l'analyse et la lettre de Saint Ex est authentique. 


Notre monde est, au sens littéral, satanique.

Saint Exupéry, malgré ses errements politiques (socialisant, antigaulliste), avait bien compris cet aspect des choses de notre monde :


Lettre au général « X »


mardi, mars 06, 2018

Saint-Exupéry, la Catalogne et le retour du Franquisme

Saint-Exupéry, la Catalogne et le retour du Franquisme


*************
[Les indépendantistes catalans] y apprendront, en somme, que le défi de l'Espagne du XXIe siècle est la «convivencia». «Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente» écrit Saint-Exupéry. Et c'est bien l'une des spécificités historique de l'Espagne depuis longtemps. Des langues régionales, des cultures locales très fortement ancrées, une énorme diversité. Politiquement, cet héritage culturel et cette réalité historique ont été inscrits dans les textes fondateurs dès 1977 avec le soutien de la très grande majorité des Espagnols. Si dans un premier temps la transition politique semblait solide, si la page du Franquisme semblait tournée, elle a vite révélé les fragilités historiques de l'Espagne. Le poids des partis nationalistes aux Cortes Espanolas a permis à ceux-ci de tirer parti de ces équilibres fragiles. De dénaturer de façon égoïste le projet politique. Les nationalistes catalans feraient bien de se demander comment ils ont pu arriver à reproduire les mêmes mécanismes d'exclusion et d'intolérance que les Franquistes. Triste cycle politique. Triste mais réel. Nier le fait que l'Espagne soit aujourd'hui une démocratie, ne pas savoir apprécier le degré incomparable d'autonomie locale au sein de l'Union européenne, est une erreur de jugement historique et politique. Comparer Rajoy à Franco et s'autoproclamer prisonniers politiques, c'est faire injure à la mémoire de tous ceux qui se sont battus pour que la liberté prime en Espagne. Relire l'histoire a toujours été la marque des régimes totalitaires. Mais pire ici, ils sont devenus prisonniers d'une mythologie politique ridicule, obscène. L'exil politique s'est transformé en exil personnel, ils ont perdu pied avec le réel.
*************





dimanche, janvier 28, 2018

Saint-Exupéry, révélations sur sa disparition (F. d'Agay, B. Faurite, L. Von Gartzen, L Vanrell)

Livre très intéressant qui décrit l'enquête qui va de la découverte de la gourmette de Saint-Exupéry en 1998 au large de Marseille à 2010, où son neveu rencontre l'Allemand qui prétend l'avoir descendu.

Ce n'est pas toujours reluisant, certains malhonnêtes cherchant à se faire de la publicité et de l'argent aux dépens de la rigueur scientifique.

L'hypothèse la plus vraisemblable, même si elle a des lacunes :

Saint-Exupéry décollé vers 8h45 de Corse. Gêné par une météo moyenne, il n'arrive pas à prendre des photos de son objectif, il se déroute vers Marseille pour rattraper une mission précédente avortée sur panne moteur.

A cause de la météo et peut-être en raison d'une panne du moteur gauche (analyse métallurgique : le moteur gauche n'était pas chaud lors de l'impact sur la mer), il perd de l'altitude. Rencontre fatale avec un Me 109 du groupe de chasse Sud 200 basée à Marignane, peut-être piloté par Horst Rippert.

Saint-Ex est mort au combat.



dimanche, juillet 23, 2017

L'anti-gaullisme de Saint-Exupéry : l'horreur de la politique

Jean-François Revel a descendu plusieurs crans dans mon estime, qu'il n'a jamais regagnés (1), le jour où j'ai appris qu'il avait publié un article attaquant violemment Saint-Exupéry écrivain, parlant de « crétinisme sous cockpit ».

Car, au-dessus de l'intellect, qui, finalement, est une toute petite chose (même si les intellectuels passent leur temps à se masturber avec), il y a l'homme. Et l'homme Saint-Exupéry était très respectable. Revel avait le droit de penser le plus grand mal des écrits de Saint-Exupéry, mais pas de l'écrire et de le publier en des termes aussi méchants.

Saint Exupéry détestait De Gaulle et les gaullistes. Cette détestation est allée croissant. Il leur reprochait d'être sectaires. Saint-Ex n'était pas sectaire.

Il détestait les gaullistes donnant des leçons alors qu'ils avaient quitté la France. Il oubliait un peu vite, sans doute influencé par les planqués new-yorkais, que plus d'un gaulliste a payé de sa vie son engagement. Il aurait peut-être mieux supporté De Gaulle si celui-ci avait risqué sa vie (il était tout de même condamné à mort par Vichy et, plus tard, au moment de la crise algérienne, il prouvera qu'il ne craignait pas les attentats).

Il aurait pu choisir de voir le donquichottisme et de s'y attacher, il a préféré voir le sectarisme. C'est, à mon sens, une erreur de jugement.

Mais le désaccord est plus fondamental. C'est de la part de Saint-Ex une profonde incompréhension de la politique. La politique est par essence sectaire. Il ne s'agit pas de faire des choix justes, mais de faire les choix nécessaires, ce qui est très rarement la même chose.

Saint-Exupéry porte en lui le potentiel d'abdication et de trahison des modérés. Au nom du juste équilibre, de la justice parfaite, parce que personne n'a jamais totalement tort ni totalement raison, on passe des compromis, qui deviennent vite des compromissions, ou on refuse de choisir, ce qui, à la fin, a le même résultat.

La politique consiste à dire « Tu as tort à 53 %. Hé bien je vais faire comme si tu avais tort à 100 % ». Car, parmi tous les possibles, il faut choisir. On ne peut être à la fois un peu pour De Gaulle et un peu pour Pétain, ou contre l'un et l'autre, car, alors, on ne fait rien. La politique porte en elle l'injustice, elle salit l'âme.

Il est significatif que Saint-Ex ait été révolté par le discours de De Gaulle expliquant que le bombardement de Mers El Kébir était un mal nécessaire.

C'est tout de même étrange que Saint-Ex n'ait pas pensé à Saint-Louis ou à Sainte Jeanne d'Arc. Eux aussi étaient face à des choix politiques : les Bourguignons étaient français et n'étaient pas tous mauvais, pourtant, il fallait en tuer.

Bref, l'analyse politique de Saint Ex était naïve, et je suis gentil.

Heureusement, Saint-Exupéry était un homme de coeur. Il a sublimé son horreur de la politique en exposant sa vie. Mais cela ne suffit pas : les SS de la division Charlemagne exposaient aussi leur vie. Saint Ex a choisi tout de même  presque le bon camp (il eut été préférable qu'il volât pour des Français Libres et non pour des Français inféodés aux Américains, mais quand on ne veut pas comprendre ...).

Et la mort est venue tout résoudre.




*********
(1) : j'ai connu une déception semblable, moins prononcée, quand j'ai lu Simon Leys se moquant d'un homme qui avait fait inscrire sur sa tombe  « propriétaire ». C'est aussi un cas d'intellectuel qui rate l'humain.


samedi, juillet 22, 2017

Pêle-mêle : Polony, Thibaud, Saint-Ex

Natacha Polony est souvent ridicule (comme Zemmour) quand elle aborde les questions économiques, mais quand elle s'en tient éloignée, ses propos sont plus solides :

Natacha Polony: « Pas de démocratie sans souveraineté militaire »

************
Ceux qui, depuis des décennies, utilisent le budget de la défense comme variable d'ajustement répondent à deux principes idéologiques. Le premier est un mépris profond pour l'industrie - celle de l'armement, qu'on le déplore ou non, est une des rares que la France ait pu sauver - qui explique qu'ils aient laissé détruire plus d'un million d'emplois industriels sur les quinze dernières années alors que ce sont les emplois les plus porteurs de valeur ajoutée. Le second est une indifférence totale à l'idée de souveraineté, qui est pourtant le fondement même de la démocratie.
************

Emmanuel Macron, la commémoration politiquement correcte

************
Fondamentalement ce fut là, sur le moment, l’attitude de la Résistance : les Juifs sont victimes des occupants, c’est donc ceux-ci qu’il faut combattre. Aider directement leurs victimes privilégiées ne peut être qu’un palliatif, une bonne oeuvre. J’ai eu un ami, reconnu « juste des nations » auquel sa femme reprochait encore, des décennies plus tard, de ne pas être allé au maquis. La question que les résistants ont prise au sérieux, alors que beaucoup autour d’eux l’éludaient était simplement : se battre ou pas. Cela est resté leur critère de jugement, tant qu’ils ont vécu. C’est pourquoi, Simone Veil l’a rappelé : après la guerre, on écoutait plus volontiers dans sa famille sa soeur qui avait pris des risques dans les FrancsTireurs, que celle qui avait survécu à Auschwitz.

Plus tard, au procès Papon, Pierre Messmer a choqué en disant qu’il était plus ému par le souvenir de ceux qui étaient morts en luttant pour notre liberté que par celui des victimes de la barbarie. Il parlait en acteur qu’il était encore devant des hommes de commémoration.

C’est parce que nous commémorons de loin l’événement que nous saisissons mal ce qu’était l’enjeu : la question d’être ou ne pas être, posée à la France et même à chacun. Nous croyons donner plus de profondeur au choix de naguère en lui associant un corpus idéologique et des motifs moraux ou sentimentaux. Mais ce sont des rajouts pour le spectacle. Aucune liste de bonnes raisons ne me dira jamais pourquoi je dois, moi, m’engager… y aller. On s’inquiète donc quand nos politiciens, sincèrement sans doute, s’époumonent à nous exhorter après coup. Ils croient servir un progrès dans la lucidité en jouant les épurateurs de conscience, mais ils sortent ainsi de leur rôle, qui serait d’assumer et de revendiquer le sens présent de leur action. En sont-ils capables ? Leurs performances commémoratives, de quel manque actuel sont-elles un alibi ?
************

Jacques Sapir fait aussi remarquer (Bir Hakeim, le Vel’ d’Hiv’ et Emmanuel Macron) que la vision chiraco-hollando-mécronienne de la seconde guerre mondiale (Vichy était la France, De Gaulle et la Résistance étaient des illusions) est très américaine. Le plus grand, le plus acharné, adversaire de De Gaulle était Rossevelt.


Breton / Saint-Exupéry : le manifeste et le sacrifice

************
À celui qui professe un mépris absolu de la religion et un refus de la transcendance, Saint-Ex rappelle qu'il est lui-même le plus clérical des hommes, le héraut d'une « Très Sainte Inquisition ». « Vous êtes l'homme des excommunications, des exclusives, des orthodoxies absolues, des procès de tendance, des jugements définitifs portés sur l'homme à l'occasion d'une phrase de hasard, d'un pas, d'un geste. Si vous n'êtes pas l'homme des bastilles, c'est faute de pouvoir. Mais dans la mesure où votre faible pouvoir peut s'exercer, vous êtes l'homme des camps de concentration spirituels », écrit-il. Et encore: « On ne condamne personne chez moi pour un mot qu'il a prononcé ou une connerie qu'on a racontée sur lui. On y ignore les délits d'opinion. »

Au clivage droite-gauche que voudraient instaurer les antifascistes, Saint-Exupéry oppose une autre frontière plus fondamentale : celle qui sépare les planqués, ceux qui se sont mis à l'abri, de ceux qui vivent l'engagement dans leur chair. À la « culture du manifeste » (référence aux deux manifestes surréalistes) qui prône des signes extérieurs de vertu sans « mouiller le maillot », il répond par son expérience concrète du métier d'aviateur: « Je crois aux actes, non aux grands mots », « D'abord, je me suis battu ». Il oppose à la mondanité surfaite des avant-gardes une saine camaraderie soudée par le danger: « Il vous manque mes vingt ans d'aviation parmi les mécaniciens et les ouvriers. Bon Dieu, que nous étions faciles à vivre. On disait “je t'emmerde” et on jouait sa peau les uns pour les autres. »


[…]

La veille de sa mort, il écrivait à son ami Pierre Dalloz, comme en écho avec sa dispute avec Breton : « Je hais leurs vertus de robots. » À la liberté proclamée des surréalistes, cette liberté pétitionnaire, cette liberté de l'écriture automatique qui hache la conscience au lieu d'entretenir l'âme, Saint-Exupéry oppose une liberté toute simple, aussi pure et claire qu'une traînée d'avion dans un ciel bleu : celle de la mort consentie.
************

L'opposition est presque trop belle pour être vraie : Breton, le baveux sectaire et bien confortable, et Saint-Ex qui ne la ramène mais meurt pour ce qu'il croit.




En ce moment, je suis agacé que les conservateurs puissent paraître des grincheux acariâtres, alors il ne me déplaît pas que Natacha Polony soit plutôt mignonne et que Saint-Ex fût un doux.

Tiens, un autre conservateur qu'on eut aimé avoir comme ami :