jeudi, mai 31, 2007

L'alcool et le tabac

L'alcool et le tabac ont de nombreux points communs :

> ce sont des des drogues

> leur action sur la santé est très nocive (évaluation : 45 000 morts par an en France pour l'alcool, hors accidents de la route, 60 000 morts pour le tabac)

> ils ont des effets d'accoutumance et de dépendance très forts.

> ils sont acceptés culturellement, en vente libre, et fortement taxés.

> ils font des victimes indirectes (tabagisme passif dans un cas, accidents et violences dans l'autre)

Pourtant, ces deux fléaux font l'objet de traitements par les pouvoirs publics très différents : le tabac est victime d'une stigmatisation, d'une guerre sans relâche, ce qui est très loin d'être le cas pour l'alcool.

mardi, mai 29, 2007

Le rail bien parti ?

Extrait du site de Contribuables Associés :

Quand la SNCF découvre la concurrence

La SNCF découvre peu à peu, après avoir abusé de son monopole, les joies de la concurrence. Le marché du fret est déjà ouvert à la concurrence et des trains privés commencent à circuler, tandis que le marché voyageur va s’ouvrir bientôt : la SNCF devra vraiment apprendre à « nous faire aimer le train », par une politique qui prenne plus en compte les clients, au niveau du service comme à celui des prix, sans parler de la question des grèves que nous examinons par ailleurs.

Mais il y a un élément auquel la SNCF ne s’attendait pas du tout et qui l’a beaucoup surprise : c’est l’effet de la concurrence sur le personnel, sur les cheminots. Les nouveaux entrants, non contents de prendre des parts de marché à la SNCF, essaient aussi de lui prendre ses cheminots. En effet, jusqu’à la période récente, en raison de l’ancien monopole, aucune formation n’existait en dehors de la SNCF pour la conduite des trains. De plus, depuis le temps des machines à vapeur, les cheminots prennent leur retraite à 55 ans et même à 50 ans pour « les roulants », cela fait partie des avantages « acquis ». Et que font désormais ces jeunes retraités ? Ils vont travailler dans le secteur privé, pour conduire des trains privés !

Mieux encore, les nouvelles entreprises essaient maintenant d’attirer ceux qui sont encore en activité à la SNCF, leur permettant de mieux valoriser les compétences. De quoi rendre la SNCF furieuse, elle qui était habituée à son tranquille monopole. D’où sa réaction pour essayer de freiner le mouvement.

En effet, comme le raconte notre confrère Les Echos, qui publie cette information, ce sont les meilleurs qui s’en vont et qui permettent aux concurrents de la SNCF d’être plus compétitifs. Du coup, la SNCF, pour garder ses cheminots, va leur demander de s’engager à rester au moins cinq ans dans l’entreprise ou sinon de rembourser leur formation. Mieux encore, elle va chercher à se protéger du départ de ses cadres les plus expérimentés, dans le domaine des matériels, de l’infrastructure ou de l’ingénierie, en leur faisant signer une clause de non-concurrence d’une durée de un an. Mais il ne sera possible de les introduire que dans les contrats des nouveaux embauchés.

Tout cela n’est pas très fair play de la part de la SNCF, mais elle a été tellement habitué au doux cocon du monopole, qu’elle est toute surprise des rigueurs de la concurrence. Quand aux salariés, s’ils découvrent enfin que la concurrence leur est favorable, plus que le statut public, ils devraient s’intéresser moins aux discours de la CGT ou de Sud-rail…

Le PS est décidément mal parti

Sorte d'Etat

Entretien JMA Delanöe

A voir que le gouvernement est plutôt mal parti (message précédent) et que le PS part en eau de boudin, il y a de quoi s'inquiéter.

Le gouvernement Sarkozy mal parti ?

Lors de la campagne électorale, j'ai à maintes reprises souligné le manque d'analyse économique des deux principaux candidats.

Cela se traduisait pour l'une par un grand vide parfumé de quelques pincées de maternage étatique, le vent avait une odeur de rose, pour l'autre par des déclarations aussi tranchantes que contradictoires.

Je rappelle brièvement mon analyse :

> La France souffre d'un problème d'offre, c'est-à-dire principalement d'investissement et d'organisation de l'économie, et non d'un problème de demande, c'est-à-dire de pouvoir d'achat.

C'est pourquoi toute augmentation de la consommation fait le bonheur des importateurs de produits asiatiques et non de l'industrie française.

> L'Etat est le principal boulet de la France, et le principal facteur de risques. Son fonctionnement et la rigidité qu'il fait peser sur l'économie marchande expliquent pour une grande part, mais pas totalement, le problème d'offre mentionné ci-dessus.

> La réduction des déficits est un levier politique d'amélioration de la productivité de l'Etat. Si l'Etat était aussi productif que le privé, la dette ne serait pas un problème puisqu'on aurait face une infrastructure ou un service de même valeur.

La dette n'est un problème que parce qu'on n'en a pas pour notre argent, parce que, quand on met 1 € dans l'Etat, on obtient un service qui vaudrait 0,75 € si il était rendu efficacement (si on allait jusqu'au bout du raisonnement, il faudrait que 1 € mis dans l'Etat génère un service valant 1,04 € pour payer les intérêts d'emprunt) (1).

Les deux priorités qui en découlent sont :

> Réduction de tous les impôts, entraves, règlements qui pèsent sur l'investissements et les profits.

> réorganisation de l'Etat dans le but de gains de productivité et, par la même occasion, de plus de justice (le Portugal réduit les effectifs publics de 25 % cette année avec un objectif à 40 % et en profite pour passer les fonctionnaires en contrats de droit privé).

Voilà schématiquement comment je perçois la situation.

Or, que fait le gouvernement Fillon depuis qu'il est nommé ?

D'une part, il fait tout un barnum autour des heures supplémentaires et de la réduction des impôts des particuliers, c'est à dire une politique de la demande, très peu payante électoralement (2) et totalement néfaste économiquement.

D'autre part, il suggère d'enterrer le combat contre les déficits, ce qui ne me gênerait pas si ce n'était à mes yeux le signe annociateur d'un enterrement en catimini de la réforme radicale de l'Etat, dont la France a besoin.

Bref, les augures ne sont pas bons.

S'agissant de la suppression de la carte scolaire, on en est au même recul : la suppression devient ajournement.

Tous ceux qui jouaient à se faire peur avec Sarkozy, les profiteurs du système, les abrités (3), les subventionnés, les fonctionnaires, les retraités "spéciaux" et tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change parce qu'ils ne sont pas si mal dans la France d'aujourd'hui (4) avaient bien tort.

Pendant la campagne électorale, la question se posait de savoir si Sarkozy ferait la politique de Chirac ou celle de Thatcher.

Comme je l'ai déjà dit, on pourra commencer à porter un jugement en septembre 2007, mais, tout de même, les premiers signes n'encouragent pas à l'optimisme.

Je suis en train de lire une biographie fort intéressante de Margaret Thatcher. Elle n'avait pas la brutalité qu'on lui caricaturalement attribué en France, mais elle savait ce qu'elle voulait, elle avait une analyse de la situation très nette.

On a du mal à savoir ce que le nouveau président veut. A l'aune de Clémenceau : "La politique, c'est savoir ce que l'on veut, dire ce que l'on veut et faire ce que l'on dit.", Sarkozy pose problème.

J'ai bien peur que la France ne reste le pays où les tabous (5) protègent les statuts privilégiés.

En tous les cas, nous sommes à des kilomètres des réformes fondamentales qui ont réussi ailleurs.

"Ce n'est parce que c'est difficile que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que c'est difficile." (Sénèque)

(1) : je dis tout cela de manière rapide, je sais qu'il est difficile de chiffrer ce que valent exactement les services étatiques.

(2) : tous les gouvernements précédents depuis vingt ans ont fait peu ou prou une politique de la demande, ce qui ne les a pas empêché d'être systématiquement battus.

(3) : pour l'anecdote, je fais partie des abrités. Mais je ne pense pas qu'à moi !

(4) : et tant pis pour les pauvres si le niveau de vie moyen pourrait être d'un bon tiers plus élevé avec des réformes libérales (je ne sors pas ce chiffre d'un chapeau, mais des exemples canadiens, suédois, kiwis, grands-bretons etc ...).

(5) : exemple : pourquoi ne peut-on licencier un fonctionnaire pour raison économique ? "Monsieur, nous sommes désolés, votre poste va disparaître et nous n'avons pas de place pour vous ailleurs."

lundi, mai 28, 2007

Petit exemple de malhonnêteté médiatique

De nos jour, les medias prennent prétexte de deux semaines de chaleur au-dessus de la moyenne, de la moindre peccadille météorologique, pour nous dire « Tremblez, bonnes gens, voici une nouvelle preuve du réchauffement climatique qui fait rouler notre monde vers l'apocalypse».

Ce court article Le changement climatique loin de nos medias se moque de cette tendance en recensant un certain nombre d'épisodes exceptionnellement froids qui ont eu lieu cette année et qui n'ont donné naissance à aucun article dans les grands journaux.

Disons le tout net : dans un domaine de tant de variabilité et de tant de dispersion que la climatologie, la propension de nos medias à voir dans tout épisode chaud une confirmation d'un réchauffement climatique global (si cette expression a un sens) est parfaitement idiote.

Mais l'inverse est également vrai : ce n'est pas une recension de froids qui permet de conclure à l'absence de réchauffement global .

Je vois un certain nombre d'explications, d'ailleurs complémentaires :

> les journalistes sont paresseux

> les journalistes sont manipulateurs

> les journalistes sont moutonniers

Au cours d'une discussion avec un ami travaillant dans un domaine totalement différent du mien, constatant à quel point la presse généraliste rend très mal compte de nos spécialités respectives, nous en sommes venus à la question : « Mais, enfin, qu'apprennent-ils dans les écoles de journalisme ?»

Leur monte-t-on la tête sur le fameux 4ème pouvoir ? Cela expliquerait au moins le coté manipulateur.

Quelquefois, le simple bon sens devrait suffire à éviter les bourdes les plus grossières. Mais il y a parfois de parfaites malhonnêtetés, c'est après en avoir relevées un certain nombre dans le journal Le Monde que j'ai cessé de l'acheter.

Sur ce blog, il m'arrive aussi de déraper, mais je sais qu'un commentateur me reprendra, d'ailleurs il y en a qui me reprennent même quand je ne dérape pas.

Mais si je devais publier dans un journal, je tournerais sept fois mon doigt sur le clavier, je serais plus prudent, plus travailleur, je recouperais mes sources, bref j'essaierais d'en faire un métier.

JMA sur le jour férié travaillé de la Pentecôte

Le lundi férié travaillé de la Pentecôte est férié pour les abrités et travaillé pour les exposés. Admirable "justice sociale" à la française.

Voici un extrait du blog de JM Aphatie :

Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50.

Nous sommes le lundi 28 juin, jour de la Pentecôte. Selon la dénomination officielle, ce jour de Pentecôte, lundi de Pentecôte, est un jour férié travaillé. Admirable créativité de la machinerie française! Un jour férié travaillé. Cela existe-t-il dans un autre pays au monde? Ou bien sommes nous les seuls, encore une fois, à bénéficier de ces jours sublimes qui disent le raffinement de notre civilisation?

Un jour férié travaillé. Que l'appellation est belle. Bientôt, grâce aux progrès conceptuels que la France réalise jour après jour depuis la nuit des temps devant la stupéfaction admirative des pays qui ne nous arrivent pas à la cheville, ni aux genoux, nous dirons dans la rue: "Vois-tu cet homme grand petit?" Ou encore: "Dis bonjour à la dame blonde brune." Ou encore: "Cet homme droite gauche s'appelle François Bayrou." Ou encore: "Il fait nuit jour, je vais me coucher."

Jour férié travaillé. Pourquoi donc avons-nous inventé cette merveille? Officiellement, pour venir en aide aux personnes âgées et dépendantes. La canicule 2003, qui fut mortelle pour 15.000 personnes, démontra l'obsolescence du système sanitaire français. Ni le budget, plombé par les déficits, ni la fiscalité, déjà trop forte, ne pouvaient aider à résoudre le problème. Alors, sur une idée originale et originelle d'Alain Juppé, la politique française inventa ce jour férié travaillé, qui n'est pas autre chose, en réalité que la tentative manquée de déclassement du lundi de Pentecôte, la tentative de départ étant de mettre tout le monde au travail un jour supplémentaire, de prélever ainsi sur la richesse produite une taxe devant servir à alimenter un fonds spécial pour remettre maisons de retraites et hôpitaux au niveau suffisant pour pouvoir assumer les conséquences sanitaires du vieillissement de la population. Les difficultés furent telles, notamment dans l'administration, qu'après trois ans de pratique, le lundi de Pentecôte est devenu un immense bazar qui voit la SNCF rouler en service réduit, les écoles refuser les élèves, les grandes entreprises accorder des jours de RTT, la palme du grotesque revenant aux entreprises de transports routiers qui doivent travailler mais qui ne peuvent pas mettre les camions sur les routes au motif qu'il faut préserver la sécurité des usagers qui font le pont.

Où donc, dans quel autre pays, la civilisation a-t-elle atteint un tel raffinement?

J'ai posé une dernière question sur Hervé Morin, ministre de la Défense, sur les cinq membres de sa famille, son attaché de presse, sa secrétaire et son chauffeur, qui se présentent tous aux élections législatives. Mon but, en réitérant cette question aujourd'hui, après l'avoir déjà posé vendredi, est de souligner la conscience civique de notre ministre de la Défense qui n'hésite pas à mobiliser famille et connaissance pour la réussite de ces élections législatives.
Est-ce cela la rupture que l'on nous a promise? Peut-être. En tout cas, à ma connaissance, avant Hervé Morin, aucun ministre de la défense n'avait porté à ce point culminant d'incandescence fériée travaillée l'idéal démocratique de la République travaillée fériée française.

vendredi, mai 25, 2007

Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet

Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet

Publié par Le Figaro le 19 mai 2007

Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP.

Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.

Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.

Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.

Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire.

mardi, mai 22, 2007

Question sur le cumul des mandats

Le cumul des mandats électoraux est une particularité bien française, très néfaste à mon avis.

Pourquoi les politiciens des autres pays démocratiques ne cumulent-ils pas les mandats et pourquoi les nôtres le font-ils ?

Je ne trouve pas de réponse qui me satisfasse.

Votre avis ?

Pierre-Gilles de Gennes est mort

PARIS, 22 mai (Reuters) - Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991, est décédé vendredi 18 mai à Orsay, dans l'Essonne, a-t-on appris mardi auprès de la municipalité.

Considéré comme un chercheur hors normes, Pierre-Gilles de Gennes, 74 ans, avait été distingué par l'académie Nobel pour ses travaux sur les cristaux liquides et les polymères, un prix couronnant trente années de recherches.

De Gennes s'est appliqué à réunir dans une même équipe des gens, expérimentateurs et théoriciens, de plusieurs disciplines différentes. Leurs travaux ont souvent donné naissance à de multiples applications industrielles, comme les écrans cristaux liquides.

Par son enseignement et ses fréquentes visites dans les établissements scolaires, Pierre-Gilles de Gennes s'était efforcé de populariser la physique et plus généralement les sciences auprès de la population française [hélas, peut-être pas avec une grande réussite].

Une fois "nobélisé", il avait entrepris pendant 18 mois la tournée de 150 établissements scolaires, rencontrant des milliers de lycéens.

Dans les colonnes du Monde, le chercheur avait publié un virulent plaidoyer pour une rénovation de l'enseignement.

Il y expliquait qu'un "élément important de la formation à 15 ans consiste à travailler dans un garage pour y apprendre de la mécanique mais aussi les rapports humains". [Entièrement d'accord : la mécanique est suffisamment simple et concrète pour ne pas rebuter, et c'est jouissif d'être autorisé à se salir, et suffisamment complexe pour être instructive. Quant aux rapports humains, ce n'est évidemment pas à l'école qu'on en apprend toute la palette, quoique la fréquentation des classiques y aide, mais les classiques, de nos jours, sont négligés par l'école.]

Aux enseignants, "très mal informés de la vie moderne", il conseillait de passer six mois ou un an en entreprise. [Je croyais que ce genre de propos faisait de moi un réactionnaire obsessionnel ne connaissant au merveilleux corps enseignant, au moins, nous voilà deux !]

La ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a salué la mémoire d'"une figure de proue qui aura marqué la science française" et "un humaniste militant".

"Pionnier de ce qu'il appelait lui-même la physico-chimie de la matière molle, Pierre-Gilles de Gennes a marqué des générations de chercheurs et d'étudiants", dit un communiqué.

"Au-delà de la recherche, la transmission de la connaissance était au coeur de son engagement, ajoute la ministre. "Avocat passionné de la science jusqu'au dernier jour, Pierre-Gilles de Gennes a plaidé sans relâche la cause de la science auprès des jeunes."

lundi, mai 21, 2007

Premier mauvais point pour Sarkozy

Le super-ministre vert Juppé a laissé entendre qu'il conservera la mairie de Bordeaux, et il est loin d'être l'exception au sein de la nouvelle équipe.

Je pense que le cumul des mandats est une tare gravissime de notre système.

Je vous avais dit que j'étais d'accord avec ce Canadien déclarant que, à l'exemple de JF Coppé, maire de Meaux, député, conseiller général, ministre, porte-parole du gouvernement, nos ministres n'étaient pas des professionnels se consacrant à leur tâche mais plutôt des amateurs cumulant les hobbies.

Cette prétention de nos ministres à être des surhommes, dotés d'ubiquité et indispensables partout est proprement ridicule.

Voilà un domaine où, hélas, trois fois, hélas, il n'y aura pas de rupture sarkozienne. Aujourd'hui, en plein état de grâce, cela passe quasi inaperçu, cela n'enlève rien au coté dommageable de l'affaire.

Devenez boucher

Chez mon trafiquant de queues de boeuf et de quasis de veau habituel, c'est-à-dire chez mon boucher;, j'ai vu une petite affiche.

Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne et auteur de Jeunes, on vous ment ! parle de cette affiche chez son boucher de la rue Monge.

Le texte en est d'une simplicité biblique : "Devenez boucher, études payées, pas de chômage".

Je ne dis pas que tous les jeunes Français doivent devenir bouchers, mais, enfin, on vit dans un paradoxe infernal : la France a un taux relativement bas d'étudiants supérieurs qui achèvent correctement leurs études et les métiers manuels et artisanaux sont délaissés.

Autrement dit, il y a des palanqués d'étudiants ratés qui se retrouvent sur le carreau, certains pouvaient devenir fonctionnaires surqualifiés dans des emplois subalternes, mais la porte se ferme.

Si quelques uns de ceux qui glandouillent à la Sorbonne, à Assas, à Nanterre ou ailleurs pour profiter des avantages sociaux du statut d'étudiant se lançaient dans la boucherie, ils y trouveraient le moyen de remplir une tâche utile et en plus de libérer de la place et des moyens pour ceux qui ont vraiment une vocation et des capacités aux études supérieures.

J'entends certains proclamer "bac + X" comme un titre de gloire, et alors ? Mieux vaut avoir "bac-X" dans un métier qui marche avec l'espoir réaliste d'être un jour son propre patron que "bac + X" au chômage dans une filière sans avenir.

Je m'exprime peut-être durement, mais comme JR Pitte, je trouve qu'on a trop menti, et qu'il convient de rappeler certaines vérités.

dimanche, mai 20, 2007

Marie-Madeleine Fourcade, un chef de la Résistance (M. Cointet)

FFFF

Cet ouvrage était évoqué par la NRH pour rappeler que la Résistance n'était en rien, vraiment en rien, l'exclusivité de la gauche.

Cependant, c'est une biographie qui n'a absolument aucune vocation polémique, écrite par une proche mais sans complaisances .

Marie-Madeleine Méric (Fourcade est son nom de remariage d'après-guerre), ravissante jeune femme de 33 ans, mère de famille, issue des milieux d'extrême-droite, se retrouve chef du réseau d'espionnage Alliance après l'arrestation de Georges Loustaunau-Lacau dont elle était l'adjointe.

On y retrouve, comme dans la biographie de Lucie Aubrac, la difficulté d'être mère et de vivre dans la clandestinité.

Le cas de Marie-Madeleine Fourcade est d'autant plus remarquable qu'elle se révéla en pratique douée pour la fonction de chef de réseau. Pourtant, elle n'eut pas l'honneur d'être faite compagnon de la Libération, misogynie de l'époque ?

En tous les cas, un livre passionnant à lire.

Le mémorial d'Alliance
est disponible sur internet. Il y a notamment le discours d'hommage racontant la vie dans la clandestinité.

Ajout du 21/05 : dans ma distraction, j'ai oublié de vous signaler un point important, qui est la seule véritable allusion de cette biographie à la France contemporaine.

Dans la conclusion, l'auteur nous rappelle, suivant les mots de Lucie Aubrac, que la Résistance, dont Alliance, a témoigné de l'extraordinaire vitalité de la société française, notamment de la classe moyenne, qui fut souvent négligée par l'historiographie (on devine là une allusion au mythe de la Résistance propriété de la gauche). Marie-Madeleine Fourcade qui, pour bien les connaître, se méfiait des politiciens et des généraux, de la politique en général, s'est appuyée en toute confiance sur des Français courants.

Malicieusement, Michèle Cointet conclut que la France de Marie-Madeleine Fourcade n'est pas la France qui tombe.

Ces mots de la fin ne peuvent que faire chaud au coeur au libéral que je suis : si je crois, comme N. Baverez, que l'Etat est un boulet pour la France, je sais aussi qu'il y a dans le pays des ressources qui ne demandent qu'à être libérées. Il n'y a de richesses que d'hommes.

Irina Palm

FFF

Cette histoire d'une sexagénaire qui va polir les popauls dans un sex-shop pour financer la thérapie de son petit-fils aurait pu être sordide ou larmoyante, voire les deux, mon capitaine.

Grâce à un solide humour et à une grande pudeur, on échappe à ces deux écueils.

Un bon film.

La femme fatale


FF

Ségolène Royal a tenté de faire interdire ce livre sous prétexte d'atteinte à la vie privée.

La façon qu'elle a eu de demander à ses enfants de choisir entre elle et leur père n'est pas très glorieuse.

En fait, le plus gênant pour elle est ailleurs : son caractère exécrable (1) et la désorganisation de sa campagne, ou, plus exactement, l'erreur d'organisation : l'équipe de campagne ressemblait plus à une équipe publicitaire (2) qu'à une équipe politique.

On comprend que Sarkozy, avec son équipe organisée comme une machine de guerre, ne pouvait rêver meilleur adversaire, et qu'il fera ce qu'il peut pour qu'elle lui soit opposée en 2012, car certains traits fondamentaux de SR rendent son élection très difficile : le mysticisme ("Je suis habitée" dit-elle), la défiance vis-à-vis du PS, le mépris des compromis, la croyance au primat de l'image sur la politique, l'incapacité à mener un travail d'équipe, le peu de goût pour l'approfondissement des dossiers et des idées ...

Elle peut changer sur tous ces points, mais ce n'est pas le plus probable.

Deux points subalternes : il se confirme que Julien Dray, que je n'ai jamais aimé,
est un néfaste, un fouteur de merde, le genre d'amis qu'il vaut mieux ne pas avoir avec soi. SR et son équipe ont fait pression sur les journalistes pour empêcher certains articles, faire muter certains journalistes, les pressions sur la presse ne sont pas une exclusivité sarkozienne.

(1) : elle est rancunière, or, c'est un défaut très grave en politique, car les adversaires d'aujourd'hui peuvent être les alliés de demain.

(2) : son équipe a paru par moments "gentillette", naïve et à d 'autres moments exagérément agressive, parce qu'il lui manquait une direction politique permettant de trier les priorités et les messages.

vendredi, mai 18, 2007

Maître Eolas nous parle du nouveau gouvernement

J'aime beaucoup le blog de maître Eolas, on y retrouve un air de liberté joyeuse qui est bien rare, pour ne pas dire inexistant, sur les autres blogs que je fréquente, il manque en général soit la liberté, soit la joie, voire les deux.

Voici quelques avis sur la politique récente :

Un gouvernement de prix


Grotesque François Hollande

Brèves considérations sur notre nouveau gouvernement

La gauche en perte d'hégémonie idéologique

Extrait d'article d'Ivan Rioufol avec mes commentaires entre crochets :

La gauche a durablement perdu son hégémonie idéologique [Je n'en suis pas sûr : nombreux sont les Français qui continuent à considérer que l'argent public n'est pris nulle part et que celui-ci se répand sur l'économie comme une pluie bienfaisante]. La victoire de Nicolas Sarkozy met en lumière la déconnexion de ses gourous. Tel Emmanuel Todd, par exemple, qui assurait à la vieille du premier tour ( L’Humanité, 5 avril) que le candidat avait « assez peu de chance d’y faire un gros score » [E. T. est pour moi une des plus grosses déceptions de ces dernières années : de jeune démographe prometteur, il est devenu un vieux con pontifiant de la gauche auto-satisfaite et donneuse de leçons]. Désemparées, les bonnes consciences en sont à suggérer que les Français sont devenus idiots. C’est à peu près ce que soutient ce membre du Conseil scientifique d’Attac ( Libération, mardi), Susan George, en constatant : « Ainsi, en France, en 2007, l’on peut faire voter les gens contre leurs intérêts ». [C'est toute la beauté de la démocratie : les illuminés qui croient qu'ils ont raison contre la majorité doivent soit convaincre et devenir une majorité soit changer d'idées soit, enfin, renoncer au pouvoir.]

La réalité est plus simple : les donneurs de leçons, qui s’écoutent depuis plus de trente ans, parlent dans le vide. La victoire de Sarkozy, obtenue malgré l’acharnement des clercs, est un désaveu dont ils n’ont pas pris la mesure [Lisant beaucoup sur internet et sur papier, j'ai été irrité par le nombre d'intellectuels s'efforçant de justifier plus ou moins subtilement le "Sarko facho", sans se rendre compte qu'ils se discréditaient, sauf auprès des convaincus, le Blog de Guy Birenbaum est un bon exemple]. Le PS a montré qu’il ne maîtrisait pas la modernité, mais l’intelligentsia pontifiante apparaît tout autant déphasée. Or, si des socialistes admettent, à commencer par Ségolène Royal, qu’il leur reste à « approfondir » nombre de sujets lancés par la droite, on cherche une telle lucidité chez les barbants barbons.

Le monopole de la parole qu’exerce la gauche conformiste et sectaire – l’audiovisuel public est en cela la pépinière du bienpensisme – est une usurpation d’autant plus contestable qu’elle est désormais en opposition avec les attentes du peuple « qui ne veut plus que l’on pense à sa place » (Sarkozy, mercredi). En ayant gagné la bataille des idées, menée notamment par les « déclinologues » qui invitaient surtout à ouvrir les yeux, la droite peut légitimement attendre des rééquilibrages. Mais la pensée unique saura-t-elle s’amender ?

La même interrogation vaut pour la culture, laissée à la gauche et à ses réseaux. D’autant que le bilan de la politique festive et flatteuse, qui fait croire qu’un artiste est en chacun de nous et que la création se lit dans l’authenticité et la spontanéité, a glorifié des impostures. Dans la Revue des deux mondes de ce mois, Xavier Patier remarque : « Le délabrement des édifices gérés par le Centre des monuments nationaux ne fait qu’exprimer, dans le domaine architectural, ce qu’exprime la repentance dans le domaine politique : un refoulement de notre identité. » La droite osera-t-elle clore l’ère Jack Lang ?

Public-Privé : j'avoue, j'ai tort

Voici un extrait d'un article sur les passations de pouvoir dans les ministères :

Mais les avenirs sont différents. « Lorsque vous avez un siège et un traitement qui vous attend au Conseil d’État, vous n’êtes pas à plaindre, explique un haut fonctionnaire, bien sûr vous perdez les primes de cabinet, qui peuvent représenter une plus-value de 30 % à 40 %, mais vous n’êtes pas chômeur. »

Les anciens salariés du privé ne perçoivent aucune indemnité. Pour eux, c’est l’incertitude, et parfois l’angoisse de se retrouver au chômage. Il n’y a guère que le ministre, son directeur de cabinet et l’adjoint de ce dernier qui reçoivent un salaire pendant six mois. « C’est très dur, raconte un conseiller technique de Philippe Bas à la Santé, l’administration vous réclame même le remboursement d’une partie du dernier salaire. Après, on se demande pourquoi la société civile ne s’engage pas plus en politique ! »

Lisant cela, j'ai compris : la sur-représentation des fonctionnaires en politique, qu'on peut exprimer aussi en disant qu'il y a une sous-représentation des 80 % de Français qui ne sont pas fonctionnaires, n'est pas le simple fruit comme je le pensais à tort de la stratification de règlements divers, mais une stratégie délibérée, sous couvert de règlements, visant à traiter tous les non-fonctionnaires comme des intrus en politique, il faut rester entre soi, c'est-à-dire, entre fonctionnaires.

jeudi, mai 17, 2007

La cérémonie du sacre de nos rois et la fête de la Fédération

Marc Bloch a écrit qu' «il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner».

Je ressens la même impression pénible à entendre certains, de gauche bien évidemment, nous expliquer que le discours de Nicolas Sarkozy au bois de Boulogne est une «intolérable récupération» de la Résistance.

Ces gens-là se sont-ils laissés prendre par leurs propres mensonges ? A force de hurler «Sarko facho» et de diffuser le Chant des Partisans à fond de sono à la moindre manifestation d'un groupuscule gauchiste, ont-ils fini par croire que le nouveau président est réellement un fasciste et que la Résistance appartient exclusivement à la gauche ?

Remettons les choses en place, la Résistance est à tout le monde et transcende les partis politiques.

Honoré d'Estienne d'Orves, Henri Frenay, le colonel Rémy, Passy et tant d'autres n'étaient certainement pas de gauche, c'est le moins qu'on puisse dire. Est-il besoin d'insister ?

Le choix du bois de Boulogne est particulièrement bienvenu puisque de jeunes communistes et de jeunes chrétiens y sont morts côte à côte.

Quant à la lettre de Guy Moquet, elle ne contient pas un mot de politique.

Qu'on ait voté pour lui ou non, le président de la République est légitime de parler au nom de tous les Français, surtout dans un domaine, qui, quoi que semblent en penser les critiques que j'évoque, fait partie de l'histoire nationale, et pas seulement de l'histoire d'un parti.

Je suis peiné de devoir rappeler ces évidences.

Seul bémol : la demande, qui est un ordre, du Président de la République de lire le lettre de Guy Moquet chaque année dans les écoles me drange. Non que le geste me choque, mais le fait qu'il s'impose. C'est un effet naturel de l'étatisation de l'enseignement, dont vous savez tout le mal que j'en pense, et c'est un autre sujet.

mercredi, mai 16, 2007

Supprimons le ministère de la culture

Je profite du changement de gouvernement pour laisser libre cours à mes envies d'élagage.

Marc Fumaroli, dans L'Etat culturel, une religion moderne, a suffisamment décrit les maux de l'immiction de l'Etat dans les affaires culturelles pour qu'il soit utile d'y revenir (le compte-rendu de ce livre sur Catallaxia est extrait du blog de votre serviteur mais je n'ai pas réussi à le retrouver. Bien sûr, il s'agit d'une traîtrise des outils informatiques et non d'une mienne défaillance !).

Résumons en disant que le ministère de la culture, c'est cher payer une entreprise de stérilisation de la culture par le moyen la croissance démesurée de la mauvaise herbe des chasseurs de subventions.

L'idée de Marc Fumaroli est que la seule chose que l'Etat puisse et doive faire pour la culture
s'est d'assurer la meilleure éducation possible, afin de préserver le public de lettrés et de gens de goût qui est le terreau de la culture.

Vous retrouvez là l'heureuse idée de Nicolas Sarkozy (fasciste, forcément fasciste) de fusionner ministère de l'éducation et ministère de la culture, avec, je l'espère, disparition du second à la clé.

Bien sûr, d'hypocrites vampires d'argent public viendront nous expliquer, la colère dans la voix et les larmes aux yeux (ils sont comédiens par profession), que fermer le ministère de la culture, c'est tuer la culture en France et que, bien entendu, sempiternelle ritournelle des prébendiers étatiques, ils ne luttent pas pour eux-mêmes afin de conserver leur gagne-pain subventionné mais pour la grande cause de la culture, pardon, de la Culture.

Allons, vous saurez quoi en penser.

mardi, mai 15, 2007

Supprimons le statut de la fonction publique

Notre nouveau président de la République a promis de combattre les injustices.

Passons les fonctionnaires sous contrat de droit privé. Voilà d'un coup un bon paquet d'injustices supprimées (sécurité de l'emploi, retraites, salaires, avancement, facilités diverses ...).

Cela s'est fait dans la plupart des pays d'Europe.

J'entendais ce matin un journaliste suédois se dire scandalisé par le statut de la fonction publique en France. Et d'expliquer que parler de justice sociale est hypocrite quand une partie de la population a plus de droits que les autres.

Il n'a pas prononcé le mot "immoral", mais je l'écris car c'était clair dans son propos. Il estimait sans ambiguïté que cette bizarrerie française qu'est le statut de la fonction publique n'était pas à notre honneur.

C'est tout juste s'il ne nous a pas accusé d'avoir un seuil de tolérance aux injustices très très haut ; en prenant justement l'exemple du statut de la fonction publique. N'étant pas étranger, je peux me permettre d'être plus affirmatif : nous avons un seuil de tolérance aux injustices, pourvu qu'elles viennent de l'Etat, beaucoup trop haut. Certains en accusent Louis XIV, je ne sais.

Malheureusement, la suppression du statut de la fonction publique n'étant pas dans le programme du fasciste Sarkozy, ce n'est pas la peine d'y compter.