dimanche, mai 10, 2015

Arletty, une passion coupable

Le DVD de ce téléfilm (1) a atterri chez moi par hasard.


Arletty, Une Passion Coupable - extrait 2 par flachfilm

La réflexion que cela suscite est évidemment celle de la responsabilité de l'artiste par rapport à son époque. J'incline à l'indulgence avec Arletty.

Il faut être prudent dans les jugements rétrospectifs (les antifascistes avec 70 ans de retard ont la férocité d'autant plus facile qu'elle est sans risques. Ma tendance est à l'inverse, sauf avec quelques politiciens, qui eux n'ont pas d'excuses), mais nous pouvons remarquer que les condamnations d'Arletty furent légères. Mon jugement s'accorde avec celui des contemporains.

A mon sens, trois choses ont sauvé Arletty :
  • elle s'est prudemment tenue à l'écart de tout ce qui aurait pu ressembler, même de loin, à un signal idéologique. Contrairement à Suzy Delair et à Danielle Darrieux (toujours vivantes), elle a évité de participer au voyage de propagande à Berlin de mars 1942 (date intéressante : printemps 42, ce sont les derniers mois où on peut encore croire à une victoire de l'Allemagne sans trop se raconter d'histoires).
  • elle a été cohérente. Quand elle affirmait qu'elle ne choisissait pas entre la France et son amant germain parce que choisir, c'est accepter la guerre, on peut trouver cette position illusoire (la guerre s'impose, prétendre la refuser, c'est malgré tout prendre position) mais elle s'y est accrochée, fréquentant avec la même indifférence à la politique des nazis et des juifs, des résistants et des collaborationnistes.
  • Arletty représente un type disparu, la titi parisienne, fort sympathique. A l'inverse de Mireille Balin, son destin a sans doute été influencé positif par l'image que ses rôles lui ont donnée.

Entretien avec une dame :


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(1) : moyen : Laetitia Casta est quelquefois maladroite mais sa tentative est méritoire. En revanche, les dialogues sont souvent anachroniques. Cependant, un film qui a déplu à Télérama (pas assez manichéen et pas assez antifasciste, pas assez «conscientisé») ne saurait être entièrement mauvais. Les costumes d'Arletty sont superbes, rien à voir avec les horreurs d'aujourd'hui (Christian Lacroix à part).

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