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jeudi, juillet 07, 2016

Arletty : « Si mon coeur est français, ... » (D. Alliot)

Biographie d'Arletty, centrée sur l'Occupation. Le titre est une allusion à « Si mon coeur est français, mon cul est international ». L'auteur a eu accès à des archives fraîchement ouvertes.

Ce livre a terni mon image d'Arletty.

Jusque dans les années 90, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le théâtre du Ranelagh passait les Enfants du Paradis toutes les semaines. Garance est inoubliable.

Quant à Arletty en chair et en os, malgré le téléfilm Une passion coupable, j'en étais resté à l'idée d'une actrice ne s'intéressant pas à la politique, passée à travers la guerre comme dans un rêve, et à quelques pirouettes gouailleuses « Si vous ne vouliez pas que je couche avec des Allemands, 'fallait pas les laisser entrer ».

Mais, quand on s'y intéresse de plus près, on s'aperçoit qu'elle aurait pu dire, comme Jean Genet et pour les mêmes raisons, les blonds mâles teutons et les orgies, « L'Occupation fut une longue jouissance ».

Amie de Josée Laval (fille unique et chérie de Pierre) depuis 1936, elle n'avait pas besoin de recourir au marché noir pour se procurer foie gras, saumon, caviar, champagne. Elle s'en fout plein la lampe alors que les Français crèvent la dalle. La description des fêtes finit par indisposer.

De plus, je la soupçonne de ne pas avoir été si ignorante de la politique qu'elle le laisse entendre. Elle vivait au contact du milieu politique, au sommet de celui-ci. Elle se vante de n'avoir jamais voté et d'être « anar » mais elle a gardé des amitiés chez des gens dont les convictions n'étaient pas exactement anarchistes. Et quelques réflexions par ci par là, comme celle-ci dans les années 80 à propos de De Gaulle « il ne faut pas confondre homme grand et grand homme », donnent à penser qu'elle n'avait pas vraiment remis en question ces opinions antérieures.

Certes, elle n'a pas fait le fameux voyage de la Continental à Berlin, contrairement à Suzy Delair et à Danielle Darrieux, toujours vivantes (à croire que ce voyage fut bénéfique pour la santé).

Ces histoires provoquent un malaise. C'est tout de même long quatre ans pour ne s'apercevoir de rien.

Il ne s'agit pas pour moi de porter un jugement rétrospectif, qui serait ridicule, mais d'expliquer. Je pense d'ailleurs que le public a porté son jugement en son temps, puisqu'Arletty n'a jamais retrouvé sa popularité d'avant 1945, même s'il n'y pas que des raisons politiques à cette désaffection.

Enfin, les amateurs de symboles s'attarderont sur le fait qu'elle a souffert de cécité dans les dernières décennies de sa vie. Punie comme Oedipe ?

Pourtant, Arletty a une qualité qu'il faut prendre en compte, même si elle n'est pas à la hauteur des drames humains que je viens d'évoquer : elle reste d'une classe exceptionnelle en toutes circonstances.

Elle signe « Biche »les lettres à son amant qu'elle surnomme « Faune ». C'est plus classieux  que« Ta louloutte » et « Ton gros Riton qui t'aime».


dimanche, mai 10, 2015

Arletty, une passion coupable

Le DVD de ce téléfilm (1) a atterri chez moi par hasard.


Arletty, Une Passion Coupable - extrait 2 par flachfilm

La réflexion que cela suscite est évidemment celle de la responsabilité de l'artiste par rapport à son époque. J'incline à l'indulgence avec Arletty.

Il faut être prudent dans les jugements rétrospectifs (les antifascistes avec 70 ans de retard ont la férocité d'autant plus facile qu'elle est sans risques. Ma tendance est à l'inverse, sauf avec quelques politiciens, qui eux n'ont pas d'excuses), mais nous pouvons remarquer que les condamnations d'Arletty furent légères. Mon jugement s'accorde avec celui des contemporains.

A mon sens, trois choses ont sauvé Arletty :
  • elle s'est prudemment tenue à l'écart de tout ce qui aurait pu ressembler, même de loin, à un signal idéologique. Contrairement à Suzy Delair et à Danielle Darrieux (toujours vivantes), elle a évité de participer au voyage de propagande à Berlin de mars 1942 (date intéressante : printemps 42, ce sont les derniers mois où on peut encore croire à une victoire de l'Allemagne sans trop se raconter d'histoires).
  • elle a été cohérente. Quand elle affirmait qu'elle ne choisissait pas entre la France et son amant germain parce que choisir, c'est accepter la guerre, on peut trouver cette position illusoire (la guerre s'impose, prétendre la refuser, c'est malgré tout prendre position) mais elle s'y est accrochée, fréquentant avec la même indifférence à la politique des nazis et des juifs, des résistants et des collaborationnistes.
  • Arletty représente un type disparu, la titi parisienne, fort sympathique. A l'inverse de Mireille Balin, son destin a sans doute été influencé positif par l'image que ses rôles lui ont donnée.

Entretien avec une dame :


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(1) : moyen : Laetitia Casta est quelquefois maladroite mais sa tentative est méritoire. En revanche, les dialogues sont souvent anachroniques. Cependant, un film qui a déplu à Télérama (pas assez manichéen et pas assez antifasciste, pas assez «conscientisé») ne saurait être entièrement mauvais. Les costumes d'Arletty sont superbes, rien à voir avec les horreurs d'aujourd'hui (Christian Lacroix à part).

vendredi, mai 08, 2015

Les enfants du paradis

Je vous ai dit le bien que je pensais de Casablanca.

Les enfants du paradis n'est pas un film, c'est une comète, un objet lumineux qui passe dans le ciel et dont on espère qu'il porte bonheur. Hotel du nord et Les visiteurs du soir, c'est mignon, mais Les enfants du paradis se détache : ce film inclassable est une classe à lui tout seul. Il n'a pas de parents et pas d'enfants. Personne n'a jamais osé tenter de l'imiter ou de s'en inspirer.

Par tradition, il était projeté toutes les semaines au théâtre du Ranelagh. L'usure de la copie a poussé un monstre sans aveu à mettre fin à cette excentricité.

Un de mes regrets est de ne pas avoir rencontré Arletty. En 1992, elle était encore dans l'annuaire, un peu oubliée. Plus précisément, seule une élite s'en souvenait. Il suffisait d'aller la voir et elle vous faisait la causette. J'ai hésité plusieurs fois et elle est morte. Et pourtant, c'était si simple.