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dimanche, janvier 02, 2011

La voie romaine (Rémi Brague)

Selon Rémi Brague, ce qui caractérise la culture européenne, c'est la «secondarité».

La culture européenne se sentait «seconde» par rapport à l'Antiquité de la même manière que le culture romaine se sentait «seconde» par rapport à la culture grecque et que le Nouveau Testament était «second» par rapport à l'Ancien Testament.

Cette «secondarité» est la voie romaine.

Or, ce complexe d'infériorité, ce sentiment d'être des nains juchés sur les épaules de géants, explique la constante volonté de dépassement et de Renaissances qui fait l'extraordinaire fécondité de la culture européenne.

En cela, elle s'oppose radicalement à d'autres cultures, notamment les cultures arabo-musulmanes et chinoises, qui trouvent en elles-mêmes leurs sources et sont beaucoup plus fermées.

Malheureusement, nous sommes menacés de marcionisme. L'hérésie de Marcion prétendait que le Nouveau Testament devait être séparé de l'Ancien et y être opposé. L'Eglise a toujours résisté à cette hérésie.

Cependant, alors que, pendant des siècles, nos élites ont été sélectionnées sur leurs capacités à apprendre des cultures à la fois étrangères et passées, grecque et latine, cette notion que nous devons nous hisser à la hauteur des modèles antiques a disparu. Au contraire, nous jugeons bruyamment nos ancêtres.

Il se pourrait bien que cette vanité moderne qui nous fait croire supérieurs à tout ce qui nous a précédé soit une véritable catastrophe pour les Européens, les coupant de la source profonde de leur génie.

Rien de tel que les études classiques pour ramener à plus de modestie le temps présent.

Regulus, général romain prisonnier, est délivré sur parole par les Carthaginois pour négocier un traité. Au Sénat romain, il conseille de refuser toutes les offres carthaginoises, puis, fidèle à sa parole, il retourne à Carthage mourir sous la torture. Où voit-on aujourd'hui de tels exemples ?

Mais il y a mieux : en 1665, Pierre Porcon de la Bardinais, corsaire malouin fait prisonnier par les barbaresques, suit l'exemple de Regulus. L'Antiquité inspirait encore les conduites les plus hautes.

C'est pourquoi le combat de Jacqueline de Romilly, ridiculement réactionnaire aux yeux des cons, était si important. Ce n'est pas innocemment que cette dame qui connaissait le poids des mots associait le recul du grec avec les progrès de la barbarie.

Vous voulez sauver la culture européenne ? Enseignez à vos enfants le grec ou le latin. Le reste suivra. Inversement, ceux qui se sont acharnés sur les «bourgeois» enseignements du grec et du latin savaient ce qu'ils faisaient.

On remarquera que Paul Veyne, qu'on ne peut soupçonner de réaction, puisqu'il va jusqu'à nier que les racines chrétiennes de l'Europe aient un sens, est sur la même longueur d'onde avec des arguments très similaires : l'enseignement grec et latin est une richesse irremplaçable parce qu'il nous met en contact avec d'autres qui sont aussi nous-mêmes.

dimanche, décembre 19, 2010

Histoire et traditions des Européens, 30 000 ans d'identité (D.Venner)

Selon Dominique Venner l'Europe commence il y a 30 000 ans, avec l'apparition des langues indo-européennes.

Les textes fondateurs de l'Europe sont l'Iliade et l'Odyssée.

La culture européenne se caractérise par le tropisme hyperboréen, l'attraction vers le nord.

Résumons :

> la division ternaire : chevalier, prêtre, paysan. Il n'y a pas en Europe de fusion du sacré et du temporel, même si les rois de France s'en sont approchés.

> l'idéal noble, l'histoire faite par des groupes d'hommes libres, des Achéens aux Conquistadores ; des Thermopyles à la Résistance.

> la virtu et la dignitas. L'honneur, au sens européen, qui consiste pour un homme libre à se sacrifier à la Cité, ne se retrouve nulle part ailleurs , sauf peut-être au Japon.

> l'esprit d'aventure et la curiosité, dans la lignée d'Ulysse. Pas plus curieux et aventureux que les Européens, peut-être à cause d'une hantise perpétuelle du déclin et de la décadence.

> les religions d'origine européenne, faites pour une nature riche, s'opposent aux arides religions du désert. Le christianisme a tiré sa puissance de savoir se concilier les anciens paganismes. Quand il a coupé cette liaison à partir du XVIIIè siècle, il a perdu sa puissance.

> une conception originale des rapport hommes - femmes (qui ne consiste pas, comme le voudraient les féministes, à transformer les femmes en hommes). L'homme, une fois qu'il a prouvé sa force et sa vaillance, peut se dévouer au service de sa dame.

D. Venner conclut par l'histoire de Miracea Eliade, qui s'est voulu indien parmi les Indiens jusqu'au jour où il a tenté d'épouser le fille de la maison et s'est fait jeté dehors.

Même quand on le veut (et Dieu sait que beaucoup d'Européens le veulent plus que tout au monde en ce moment), on ne peut être autre chose que ce qu'on est.

Europeens, nous sommes de race blanche, fortement imprégnés de christianisme, de culture grecque et latine. Se mentir, prétendre autre chose, nier ce qu'on est et ce que les autres sont (des étrangers), c'est tenter la colère des dieux.

Le nihilisme consiste à se prétendre sans racines, alors, effectivement, on ne doit plus rien à rien ni à personne et plus rien ne vaut. C'est le discours «je suis français par hasard donc je ne dois à rien à la France». Discours ridicule à force de vanité. Les gens qui le tiennent se sentent supérieurs au point de prétendre pouvoir se détacher de ce qui les a faits (culture, patrie, histoire, famille, éducation, parents, enfance) et de n'accepter d'être soumis qu'à leur volonté propre. Vanité ? Ou bêtise ?

D. Venner est assez optimiste. L'histoire en Europe a toujours été faite par une poignée d'hommes nobles. Certes, la démographie compte, mais moins que l'esprit. Il encourage les Européens à retrouver leurs racines, dans Homère, dans Sénèque ...

On connaît l'histoire de la Reconquista : les musulmans qui montent vers le nord, les potentats locaux qui font des alliances à courte vue avec l'envahisseur, puis quelques hommes qui préfèrent la lutte, avec les souffrances qu'elles impliquent et qui retournent la situation.

Jacqueline de Romilly est morte

Jacqueline de Romilly est morte.

Sa défense acharnée de l'enseignement du grec portait en elle une vision de l'homme.

L'homme n'était pas un être déraciné livré aux pulsions utilitaristes de la société de consommation. L'homme avait des racines et devait pouvoir apprendre des choses qui ne servaient à rien (en apparence). C'est pourquoi il était important pour la dictature du Bien, toute au culte de l'immédiateté et de l'homme universel, déraciné, de «ringardiser» ce combat porteur de conceptions si opposées et si dangereuses.

Comprenez bien l'enjeu : apprendre le latin ou le grec, c'est apprendre des traditions européennes, toutes différentes des traditions orientales dont on nous répète à tue-tête qu'elles sont solubles dans l'Europe comme le miel dans le lait chaud. Apprendre la dignitas et la virtu, c'est être armé des moyens de dévoiler l'imposture de la bien-pensance.

L'honneur à la romaine n'a rien à voir avec le crime d'honneur à l'orientale. Les deux sont profondément incompatibles.

Mais voilà. Pour atteindre le bienfaisant oubli de nous-mêmes, il faut aussi bruler les livres. Tant qu'il restera un Bailly et un Gaffiot, le grec ancien et le latin pourront renaitre, comme l'hébreu, avec les valeurs qu'ils portent, cataclysme pour la bien-pensance.