Je ne me sortais plus des commentaires avec Disqus, j'ai tout viré.
Je suis désolé pour les aimables contributions ainsi effacées.
"Il faut limer et frotter sa cervelle à celle d'autrui" (Montaigne)
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Je suis désolé pour les aimables contributions ainsi effacées.
Il a par exemple défendu vaillamment la liberté contre une des pétasses qui doivent leur carrière au fait d'avoir été sautées par Mitterrand.
Bien sûr, la liberté est un droit inaliénable ou elle n'est pas. La liberté autorisée par l'Etat sous condition de « bon » comportement est juste une forme sophistiquée d'esclavage (rien à voir avec la vraie liberté, bornée par quelques lois simples et évidentes, en gros les Dix Commandements).
Slama essaie de comprendre les racines de notre si facile renoncement à la liberté depuis mars 2020.
Il part de l'hypothèse qu'en réalité, nous avions déjà renoncé à la liberté et que le délire covidiste n'est qu'un révélateur, que les gouvernants n'ont fait qu'acquiescer aux voeux profonds du peuple d'être débarrassé du lourd fardeau de la liberté et mené comme un troupeau de moutons (c'est évident quand je regarde mon entourage, familial ou professionnel, sauf exceptions ... exceptionnelles). Hypothèse féconde, même si elle néglige la perversité profonde de nos dirigeants.
Deuxième parti-pris : l'auteur ne cherche pas les raisons du délire liberticide covidiste mais LA raison. Cela lui permet de ne pas (trop) se disperser.
Une honte ineffaçable
L'auteur rappelle plusieurs points :
1) Le délire covidiste est d'abord le naufrage intellectuel et, encore plus, moral de toute la classe diplômée : journalistes, universitaires, intellectuels, politiques, médecins (et j'ajoute : ingénieurs), tous se sont couchés, aucun (presque) n'a défendu la démocratie et la liberté. Beaucoup en ont même rajouté dans la bassesse. Les exceptions sont rarissimes.
Puis, le peuple non plus n'a pas résisté.
C'est une honte sans limites, sans adoucissement, sans amortissement. Même l'excuse de la peur est insuffisante face à une telle catastrophe morale, sur une durée aussi longue (on compte désormais en années).
Je précise (puisque Slama ne le fait pas dans ce livre bien qu'il l'ait fait à télévision) qu'il a toujours existé une manière démocratique et libérale de gérer l'épidémie, celle tout simplement prévue par les plans sanitaires : laisser les Français (notamment les médecins) libres et renforcer les moyens de soins (imaginez ce qu'on aurait pu faire avec les 400 Mds € gaspillés dans le délire magique et liberticide de confinements, de paSS, de tests, de masques, de piquouses. Aucune objection des hypnotisés covidistes vis-à-vis d'une politique sanitaire libérale ne tient la route face à ce qu'on aurait pu faire avec cette somme folle mieux employée tout en préservant nos libertés).
2) A chaque fois que nos ancêtres ont eu à choisir entre la servitude et la mort, ils ont choisi le risque de la mort. Jean Moulin aurait pu rester tranquillement confiné chez lui à travailler ses peintures, il a décidé autre chose.
Ce n'est pas le cas des Français des années 2020.
3) Les Français obéissant scrupuleusement, par l'intermédiaire des consignes gouvernementales, aux injonctions absurdes du conseil dit scientifique, sont aussi grotesques et aussi dignes d'être moqués qu'Argan dans Le malade imaginaire. Les discussions byzantines sur l'homologation des masques, la mesures des distances « sociales » ou la taille des plexiglas sont aussi risibles que « Monsieur Purgon m’a dit de me promener le matin dans ma chambre, douze allées, et douze venues ; mais j’ai oublié à lui demander si c’est en long, ou en large ».
J'ai vécu de telles discussions, dans des instances où je me suis tu, mesurant l'inanité de tenter de modérer des fous dans leur crise de folie.
Une attitude bien plus intelligente et honorable eut été celle de Toinette, toujours moqueuse à l'égard de l'hypocondrie de son maitre et des conseils de ses médecins.
Un délire de la classe manageriale
Alors, d'après Mathieu Slama, quelle est LA cause du délire covidiste ?
C'est le prise de pouvoir de la caste manageriale, par essence technocratique, autoritaire, anti-politique et anti-démocratique.
En effet, la nation démocratique est l'exact contraire de l'entreprise. Dans celle-ci, il existe un lien de subordination (ce sont les termes de la loi) auquel se soumet le salarié ; dans celle là, la liberté est un droit inaliénable (ce sont aussi les termes de la loi) du citoyen.
Peu importent les belles déclarations d'amour à la démocratie de nos politiciens, à partir du moment où ils se fixent pour mission de « manager les Français » (expression d'un député LREM à propos de la crise dite sanitaire), ils abolissent la démocratie. Et ce ne sont pas des élucubrations théoriques, c'est bien ce qui s'est passé dans la pratique.
Les managers sont persuadés que la liberté est facultative, comme ils disent dans leur langage d'abrutis « une variable d'ajustement ». Ils convainquent les Français (assez bien, hélas) que la liberté est un obstacle à « l'efficacité » (je mets des guillemets parce que la notion d'efficacité en politique demanderait un long débat).
Non seulement c'est faux s'agissant de cette crise dite sanitaire : les pays les plus liberticides sont ceux qui ont les plus mauvais résultats (1). Mais ce n'est même pas la question : la liberté est une valeur fondamentale devant laquelle doit s'effacer l'efficacité.
Les injonctions « Soyez résilients ! » et « Soyez responsables ! » sont des saloperies qui signifient en réalité « Soumettez vous sans discuter ! ».
C'est la raison fondamentale de l'absence d'opposition : presque tous les clowns qui nous dirigent partagent désormais cette culture manageriale. J'écris « clowns », parce que les managers ne volent pas haut. Ca suffit pour diriger un service, un département ou, éventuellement, une entreprise, certainement pas un pays.
La liberté perdue
Après quoi, Mathieu Slama perd le fil et se disperse. Il me semble qu'il ignore Mac Intyre, l'auteur de After virtue, qui analyse le mépris de la caste managerial pour les questions métaphysiques et morales.
Slama dresse la liste les libertés perdues :
1) au nom de la sécurité, contre le terrorisme ou la délinquance (prétexte totalement fallacieux : quand on s'attaque aux causes de ces phénomènes, nul besoin de perdre des libertés).
2) au nom de la sensibilité, la liberté d'expression mise à mort. Slama est scandalisé (moi aussi) par l'affaire Mila et le peu de défense qu'elle a eu.
Puis il retrouve sa concentration.
Pourquoi accepte-t-on si facilement le règne politique du management liberticide ? Parce qu'en tant que salariés-esclaves (Karl Marx : « Le salariat est l'esclavage moderne »),nous sommes habitués à nous soumettre au management. Nous n'avons pas perçu le changement de monde que constituait sa transposition en politique.
Et pourquoi accepte-on si facilement le management dans nos vies ? Parce que nous sommes matérialistes, parce que nous croyons au mythe de l'efficacité du management à procurer des biens matériels et que cela nous semble le plus important.
Le management inefficace
Dans l'ordre politique, cette croyance dans l'efficacité du management est idiote et dévastatrice : les pays qui ont fait de la politique (Japon, Suède), c'est-à-dire les pays qui n'ont pas fait taire les voix minoritaires et ont pris en compte d'autres variables que la prétendue santé (il y a beaucoup à dire sur la manière très bizarre dont les managers définissent la santé : ne pas choper un virus, à l'exclusion de toute autre considération) ont beaucoup mieux réussi que les pays qui ont managé la crise.
J'attends avec impatience qu'un audacieux me démontre que la France est mieux gouvernée sous Macron le manager que sous Richelieu, l'anti-manager par excellence. Les réflexions de Richelieu sur la manière chrétienne de faire de la politique sont une mine d'enseignements, paraît-il relus régulièrement par de Gaulle (2), alors que le propre du manager est de refuser toute réflexion philosophique, morale ou religieuse.
C'est ici que la lecture de Mac Intyre manque à Slama. Mac Intyre explique que l'efficacité du management est un mythe, que le management est par essence une pulsion de contrôle qui stérilise la créativité et donc, à terme, l'efficacité (de plus, l'efficacité est définie dans un sens très étroit). Il est impossible de démontrer que les pays et les entreprises d'avant le management était moins bien gouvernées, tout simplement parce que c'est faux.
Le bon manager met en scène des événements qui seraient arrivés sans lui. Au point que Mac Intyre conclut : « Le meilleur bureaucrate est le meilleur comédien » (si ça ne vous rappelle pas Macron ... !).
Le manager finit toujours par dégénérer en bureaucrate et la bureaucratie finit toujours par s'écrouler sous le poids de sa stérilité et de son inhumanité. Alors tout va bien, il suffit d'attendre que la bureaucratie s'écroule ? Non, car les dégâts qu'elle fait sont immenses et durent longtemps (voir l'URSS).
Métaphysique
J'ajoute un mot, car Slama ne s'aventure pas sur le terrain métaphysique, bien que cela soit fortement sous-entendu dans ses propos :
Entre le règne de la classe manageriale liberticide et la peur-panique de la mort d'une génération de vieux connards Tout Pour Ma Gueule, ayant évacué le questionnement métaphysique comme handicapant péniblement le « jouir sans entraves », il y a plus que des affinités (3).
Le naufrage covidiste de la société de 2020 fait écho au naufrage de l'Eglise catholique des années 50-70 (on n'évacue pas les questions métaphysiques impunément) et génère en retour le naufrage covidiste absolument lamentable de l'Eglise (les messes de Pâques annulées, les messes et le Vatican soumis au paSS, le pape faisant la promotion d'injections expérimentales, les célébrations masqués ...).
Une fois que l'Eglise a trahi (momentanément, j'espère) sa mission de gardienne de l'humanité, il ne reste plus que des hommes nus et vulnérables prêts à être broyés par la froide machine matérialiste et utilitariste.
Ce point de vue est complémentaire de celui de Slama, pas contradictoire : acceptation du délire managerial par matérialisme et terreur-panique de la mort par matérialisme.
La crise du COVID va rester avec nous pour longtemps.
La crise du COVID va rester avec nous pour longtemps, elle prendra un autre nom, mais elle sera toujours la même : un délire de contrôle suicidaire et une aversion au risque morbide, complétés d'un scientisme bouleversant de connerie.
Vivre, ce n'est pas si compliqué à partir du moment où on admet qu'on va en chier, qu'on va souffrir, vieillir, avoir des accidents, tomber malade et, à la fin (qui peut arriver tôt), mourir et que ce n'est pas grave, qu'on n'est pas le centre du monde, que c'est arrivé à des milliards d'hommes avant moi, que ça arrivera à des milliards d'hommes après moi, et voilà. Si on peut espérer léguer un petit quelque chose, matériel ou immatériel (la liberté, par exemple), c'est mieux. Et pour les chrétiens, les souffrances de ce monde ne sont que l'imitation des douleurs du Christ.
A l'inverse, si on se prend pour le centre du monde et qu'on croit que tout finit avec moi, chaque bobo, chaque risque, devient une menace de fin du monde et on est une pauvre petite chose fragile ... et ridicule. Et à la vie assez pénible.
Comme il y a beaucoup (beaucoup trop) de nos contemporains qui sont de la seconde espèce, nous ne sommes pas près d'en finir avec les emmerdes générées par leur casse-couilles peur de vivre.
Tout espoir est-il perdu ?
Non, mais nous ne devons pas nous faire d'illusions. Les moutons ne deviendront jamais des lions. Le courant à court terme est très fort contre nous. Mais travaillions nous pour le court terme ?
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(1) : ce n'est vraiment pas une surprise. Avant le délire d'imitation chinoise de mars 2020 sur des bases scientistes absurdes, l'état de l'art épidémiologiste était de garder la vie aussi normale que possible. Tout le contraire de ce que nous avons fait.
(2) : si vous avez envie de vous évader de la bêtise universelle de notre époque maudite, lisez le testament politique de Richelieu. Inutile d'insister que ça vole à une autre altitude que Marlène Schiappa et Gérald Darmanin, ou que Jean Castex, ou que Macron.
(3) : une théorie date la peur de la liberté (et le totalitarisme qui l'accompagne) de la Renaissance et du protestantisme. Avant, l'Eglise encadrait suffisamment la liberté (qui était réelle, je pense qu'un paysan de 1220 était plus libre qu'un salarié de 2020) pour qu'elle ne fasse pas peur. Ensuite, les gens ont été « trop » libérés, livrés à leur propre jugement et ont généré les totalitarismes pour se débarrasser de cette encombrante liberté totale. Ce n'est pas sans intérêt de constater que les proto-totalitarismes sont les anabaptistes de Munster (ça a quand même fini en cannibalisme en pleine Allemagne) et la Genève de Calvin.
Dans son livre, l’historien Johann Chapoutot avait prétendu démontrer l’influence prépondérante du nazisme sur le développement des principes du management moderne. Selon Franck Aggeri, professeur de management, ce raisonnement est démenti par les faits.
Mais quelle mouche a piqué les membres du jury du prix Syntec Conseil ? Ce jury a en effet remis, le 6 octobre dernier, le prix du livre RH de l’année à l’ouvrage de l’historien Johann Chapoutot, Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui, aux éditions Gallimard. Ce livre a obtenu un succès public inversement proportionnel aux critiques dont il a fait l’objet de la part des spécialistes du management, qu’ils soient historiens ou chercheurs en gestion.
Alléchés par la thèse provocante selon laquelle le management moderne aurait des racines nazies, les médias ont donné un large écho à cet ouvrage. Il faut dire que le management a mauvaise presse et que le livre, écrit d’une plume alerte et paru aux prestigieuses éditions NRF Gallimard, a toutes les apparences du sérieux.
Pour comprendre l’étonnement général que suscite sa lecture chez les spécialistes du champ, il faut indiquer qu’aucun livre sur l’histoire du management n’a jamais identifié une quelconque influence nazie dans les doctrines et pratiques contemporaines de management. Johann Chapoutot, historien du nazisme mais non du management, aurait-il donc découvert des sources inédites lui permettant de fonder sa thèse ?
Pour répondre à cette question, revenons donc brièvement sur le contenu de l’ouvrage. Dans l’introduction du livre, l’auteur introduit sa problématique : comment les nazis ont-ils réfléchi à l’organisation du travail ? Quelle pensée du management ont-ils développée ? Suggérant une « modernité du nazisme » sur ces questions, il défend la thèse que ceux-ci ont développé une « conception non autoritaire du travail, où l’ouvrier et l’employé consentent à leur sort et approuvent leur activité, dans un espace de liberté et d’autonomie a priori incompatible avec le caractère illibéral du IIIe Reich, une forme de travail par "la joie" (durch Freude) qui a prospéré après 1945 et qui nous est familière aujourd’hui, à l’heure où "l’engagement", la "motivation" et "l’implication" sont censés procéder du plaisir de travailler et de la bienveillance de la structure. »
Le livre, explique-t-il, « est une étude de cas : comment de jeunes juristes, universitaires et hauts fonctionnaires ont réfléchi aux questions managériales faisant face à des besoins gigantesques de mobilisation des ressources et d’organisation du travail ».
Dans l’introduction, Johann Chapoutot fait un raccourci discutable entre le terme utilisé par les nazis de menschenfürhung (littéralement la « direction des hommes ») et le management. Le menschenführung est inspiré du führer prinzip. Il renvoie à une forme de légitimité charismatique au sens de Max Weber, c’est-à-dire à l’adhésion des hommes à un chef charismatique dont les exemples historiques abondent de César à Napoléon. Réduire le management à cette vision est pour le moins problématique.
Autre problème : l’anachronisme du questionnement. A l’époque nazie, « le management » est un terme pratique qui n’a pas été théorisé. Taylor a certes écrit en 1911 son ouvrage The Principles of Scientific Management où il expose les principes de l’organisation scientifique du travail, mais, en ce qui concerne le management des hommes, le terme le plus couramment utilisé à l’époque est celui « d’administration », que l’on trouve aussi bien chez Fayol ou Mary Parker Follett, ou celui « d’organisation » utilisé par Chester Barnard.
Le concept de management, au sens où l’on entend aujourd’hui et auquel se réfère Johann Chapoutot, est plus récent. Il devient dominant dans les années 1950 grâce au travail de Peter Drücker sur lequel nous reviendrons plus loin.
Dans une première partie, la plus intéressante, Johann Chapoutot revient sur un point bien établi par les historiens : l’anti-étatisme assumé du régime et sa détestation de la bureaucratie à la française. Il analyse la formation d’une doctrine nazie de la conduite des hommes, empreinte de darwinisme social, où les individus de race aryenne qui adhèrent aux idéaux du régime forment une communauté organique autour de leur Führer. Ce qui vaut à l’échelle du Reich vaut au niveau de l’entreprise où chef d’entreprise et collaborateurs forment également une communauté de destin, nous dit Johann Chapoutot.
Nul besoin, dans cette logique, de règles rigides et impersonnelles et d’une hiérarchie intermédiaire qui contraindraient les initiatives des individus et mettraient en péril la relation organique entre ceux-ci et leur Guide. Les individus doivent au contraire bénéficier d’une large autonomie pour atteindre des objectifs fixés à l’avance.
A cette aune, les institutions publiques doivent être agiles, nous dit l’auteur. Pour limiter la capacité de nuisance de l’appareil étatique, les nazis vont ainsi multiplier les instances de pouvoir et de décision, créant des agences ad hoc concurrentes les unes des autres. Cette polycratie, bien renseignée par les historiens, va contribuer à un certain désordre et des improvisations permanentes.
La deuxième partie du livre est plus hardie, mais ne convainc pas. Pour faire sa démonstration, l’auteur suit la trajectoire d’un ancien juriste et dignitaire du régime nazi, reconverti dans le management mais inconnu des spécialistes contemporains : Reinhard Höhn. L’histoirien aurait-il découvert un penseur majeur, précurseur du management moderne ?
Après quelques années où il se fait discret, Höhn réapparaît et fonde en 1956 une école de formation continue de cadres d’entreprise allemands : l’école de Bad Harzburg. Entre 1956 et 2000, année de la mort de Höhn, celle-ci va former au management 600 000 personnes.
Auteur prolifique, Höhn rédige un grand nombre de livres sur la discipline, où il expose une doctrine expurgée de toute référence à l’idéologie nazie. Cette doctrine s’articule autour de quelques principes clés : la promotion d’un management non autoritaire, l’éloge de la flexibilité, l’autonomie des collaborateurs pour atteindre des objectifs définis à l’avance, la délégation de responsabilité.
Johann Chapoutot essaie de nous faire croire que Reinhard Höhn a introduit une rupture par rapport à une conception autoritaire du management. C’est malheureusement complètement faux. Dans sa note de lecture parue dans la Nouvelle revue du travail en décembre, Yves Cohen, historien reconnu de l’entreprise et du management et auteur d’une somme sur l’histoire du commandement1, souligne la banalité des principes proposés par Höhn. Il rappelle que le principe de délégation de responsabilité a été théorisé dès les années 1920 par Alfred Sloan, le directeur général de General Motors, dont les travaux étaient très connus et discutés dans le monde anglo-saxon. Il souligne également les imprécisions de l’analyse. Que signifie par exemple « un management non autoritaire mais pleinement hiérarchique » au cœur de la doctrine de Höhn ?
La contestation de formes autoritaires de la gestion des entreprises n’a absolument rien de nouveau dans les années 1950. Dès les années 1920 et 1930, des voix s’élèvent chez les praticiens et les théoriciens, aux Etats-Unis notamment, pour dénoncer les excès du taylorisme, et prôner une approche participative du travail (Mary Parker Follett, Elton Mayo) et le rôle de la direction d’entreprise comme un enjeu de coopération (Chester Barnard).
Plus ennuyeux encore, la doctrine de Höhn ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Peter Drücker, formulée quelques années plus tôt dans The practice of management, publié en 1954. Ce livre ne pouvait être ignoré de Höhn, car il a été un best-seller dans le monde entier et a servi de base à la formation de millions de cadres et de dirigeants.
Dans ce livre, Drücker présente pour la première fois le management, comme un système global, qui est à la fois une fonction et un travail. A cette aune, le management recouvre une variété d’activités : définir les buts de l’organisation, organiser le travail, gérer des relations humaines, exercer une autorité fondée sur la mobilisation des collaborateurs, déléguer les responsabilités mais aussi exercer une responsabilité sociale, car l’entreprise est une institution sociale non exclusivement économique. Il y développe également le concept de « direction par objectifs » selon lequel le rôle des managers est de fixer des objectifs aux collaborateurs tout en leur laissant une large autonomie pour y parvenir.
Ainsi, les principes présentés par Höhn figurent déjà dans le livre de Drücker. Or, ce livre n’est pas cité par Johann Chapoutot.
Mais, me direz-vous, Drücker aurait-il pu être lui-même influencé par les nazis ? L’ironie de l’histoire est que Peter Drücker est juif autrichien. Dans sa jeunesse, il a été journaliste et a interviewé Hitler avant que celui-ci accède au pouvoir. Cet entretien l’a tellement marqué et effrayé qu’il a émigré aux Etats-Unis dès que ce dernier est devenu chancelier du Reich. On ne peut donc pas le soupçonner d’avoir été contaminé par l’idéologie nazie, qu’il rejette d’ailleurs fermement, ou par l’idéologie communiste, dans la préface de son livre de 1954 où il développe une conception humaniste du management.
Pour tester mon hypothèse de l’influence de Drücker sur la doctrine de Bad Harzburg, j’ai fait une petite recherche sur Internet. Surprise : on trouve plusieurs articles consacrés à cette école qui était connue par les spécialistes, notamment allemands, du management. Ces articles confirment mon intuition : cette école est présentée comme une adaptation au contexte allemand de la théorie de Peter Drücker. C’est notamment la thèse qui est défendue en 1983 par deux chercheurs allemands dans la prestigieuse Academy of Management Review2.
De deux choses l’une : soit Johann Chapoutot n’a pas fait de recherches sur la discussion de l’école de Bad Harzburg et il ignore le contenu du livre de Peter Drücker ; soit il l’a délibérément omis pour éviter de ruiner sa démonstration. Dans les deux cas, l’histoire qu’il raconte n’est pas crédible.
En guise de doctrine allemande originale, influencée par la pensée nazie, on a plutôt affaire à une transposition médiocre des travaux de Peter Drücker. Le parcours de Reinhard Höhn est lui-même d’une grande banalité. Il n’est qu’une nouvelle illustration de la capacité d’adaptation de certains dignitaires du régime nazi qui ont réussi une brillante reconversion professionnelle en devenant de fervents zélateurs de l’ordolibéralisme allemand. Evidemment, avec cette version de l’histoire, on peut imaginer que le succès de librairie n’aurait pas été le même.
Que retenir au final de la lecture ce livre ? Pas grand-chose malheureusement, si ce n’est l’habileté de l’auteur à manier l’anachronisme et les jeux de langage. Un comble pour un historien ! Laissons le mot de la fin à Yves Cohen :
« Ce livre ne tient pas les promesses de son titre ni de ses annonces et nous laisse dans la perplexité. Sa brillante écriture cherche à donner à penser qu’il fait ce qu’il dit mais on n’en sort pas sans un sentiment pour le moins de confusion, d’insuffisance et d’imprécision. »
La désolante facilité avec laquelle les managers s'adaptent au délire covidiste (quand ils n'en sont pas les promoteurs consciencieux, voire fanatiques) m'a fait changer d'avis.
Le livre commence très fort. Il cite une note de 3 pages à ses subordonnés de l'agronome Herbert Backe (qui s'est suicidé dans sa cellule en 1947), où celui-ci envisage sans sourciller un plan de 30 millions de morts à l'est pour nourrir le peuple allemand.
Le comique (humour noir) de la chose, c'est qu'il utilise un vocabulaire de management très moderne : objectifs, agilité, adaptation, initiative, évaluation ...
Pourquoi ? Tout est dans la compréhension fine du titre du livre : libres d'obéir.
Libres d'obéir
Après la terrible défaite d'Iena, l'armée allemande invente l'auftragtaktik, le commandement par mission. Le subordonné est libre de tout sauf du choix de son objectif. C'est très efficace. Et très manipulatoire : si le subordonné échoue, il est responsable et coupable (même si son objectif était mal choisi et inaccessible). Il intériorise la culpabilité, il se met lui-même la pression (tous les salariés ont reconnu le management contemporain où tout est fait pour que le salarié s'auto-pressure). D'où la caricature du sous-officier allemand aboyeur.
Dans la doctrine nazie, le peuple allemand est un peuple supérieur parce qu'il est le seul peuple vraiment libre. Mais la liberté intelligente doit conduire les Allemands à obéir de leur plein gré au chef, qui sait mieux que les autres ce qu'il faut faire.
Et pour exalter cette liberté tout à fait particulière, il faut, par comparaison, réduire en esclavage les sous-hommes.
On retrouve cette logique folle dans le délire covidiste, entre « le paSS qui libère », le gouvernement « bienveillant » qui nous infantilise et les boucs-émissaires qu'il faut « emmerder ».
L'Etat nazi n'était pas un Etat policier au sens habituel. Les ennemis désignés étaient réprimés férocement mais les bons citoyens désignés étaient libres et bien nourris. Ils vivaient dans une atmosphère beaucoup moins étouffante que les Russes sous Staline.
Ils étaient libres, libres d'obéir. Et ils le faisaient parce qu'il y avait tout un système incitatif, plus que répressif, il y avait des carrières, des récompenses, des promotions, des bonus. Par exemple, tout bête : lorsque des juifs étaient expulsés, les voisins se partageaient leurs meubles, ça n'encourage pas à la rébellion ; une fois que c'était fait, vous aviez été « mouillé ».
Et si vous refusiez d'obéir, par inertie, par résistance passive, par refus de participer ? Vous n'étiez pas sanctionné brutalement (à condition d'appartenir à la race des seigneurs), mais noté. Et tout un tas de choses devenait plus difficile. Bref, le crédit social à la chinoise et le crédit social hygiéniste macronien n'ont rien inventé.
Dans Modernité et holocauste, Sygmunt Bauman a montré que l'extermination des juifs était un sommet de modernité.
Chapoutot nous montre, lui, que le management d'après 1945 s'inspire beaucoup (pas uniquement, heureusement) de l'expérience nazie. Avec une explication simple : les bureaucrates nazis se sont recasés dans les instituts de management, financées par les industries qui ont fait fortune pendant la guerre (vous les connaissez, il n'est pas improbable que vous rouliez dans une de leurs voitures). Elles renvoyaient l'ascenseur. Le terme alter Kamerad (vieux camarade) était le mot code de ce recyclage des déchets du nazisme.
Il faut bien comprendre une chose : le gouvernement nazi pratiquait le darwinisme administratif (facteur de décisions radicales). Plusieurs administrations en concurrence sur un même sujet. Ceux qui s'en sortaient étaient les plus vicieux, les plus extrémistes, mais pas les plus bêtes.
Problème de rendement et anti-étatisme
L'administration allemande sous le gouvernement nazi se heurtait à un problème de rendement simple : d'immenses territoires à administrer et beaucoup d'hommes partis à l'armée. Il s'agissait de « faire mieux avec moins ». Et c'est contradictoire avec la polycratie nazie très énergivore.
Or, les nazis étaient violemment anti-étatistes (contrairement aux fascistes italiens). Ils considéraient que la loi avait été inventée par les Juifs et l'Etat par les Français, motif suffisant pour que ces choses fussent déclarées détestables pour tout bon Allemand.
Ils ne juraient que par les agences spécialisées ad hoc et, espéraient-ils, temporaires, menés par quelques bureaucrates surhommes laissés à leur initiative.
Werner Best (né en 1903, mort dans son lit en 1989), brillant juriste, était en même temps un des fondateurs et organisateurs de la Gestapo et un théoricien de cette réforme administrative.
Comme souvent dans l'administration nazie, il fut le gouverneur officieux (doublant le gouverneur officiel) de la France. C'est lui qui mit en place l'utilisation maximale de l'administration française par la puissance occupante. Bien entendu, il est directement impliqué dans des déportations, tortures et compagnie.
Après la guerre, quelques ennuis mais rien de bouleversant : 5 ans de prison, après quoi il est déclaré inapte, ce qui ne l'empêchera pas de vivre jusqu'à 86 ans. Il eut diverses occupations : défense de criminels nazis, consultant de grands groupes et même du ministère des affaires étrangères et pilier des amicales d'anciens SS. Elle est pas belle, la vie ?
Rheinard Höhn
Höhn est au droit ce que Mengele est à la médecine : jeune (né en 1903, Mengele 1911), brillant séduisant, ambitieux, très intelligent.
Contrairement à Mengele, il se débrouille pour ne pas avoir de sang sur les mains. Il n'en est pas moins un des théoriciens du droit nazi, avec tout ce que cela implique sur le terrain. Il termine sa carrière nazie comme général SS, pas exactement le subalterne sans implication idéologique.
1945 est une catastrophe pour lui. Pendant quelques années, il s'installe comme naturopathe sous un faux nom. mais ses contacts et ses vieux camarades l'aident à recycler dans le conseil en entreprise.
De fil en aiguille, il devient directeur de l'équivalent allemand de l'INSEAD de Fontainebleau, copiée sur la Harvard Business School. Autrement dit, une école de management pour cadres à haut potentiel. Pas le genre de profils à être alourdis par les exigences de la vie spirituelle. Leur brillance est très terre-à-terre. La virtuosité intellectuelle un peu vaine de Höhn impressionne ce genre de personnes.
Et qu'Höhn enseigne-t-il à ces brillants sujets ? La vision nazie de l'Etat et du management, bien sûr ! Le vocabulaire est un peu adapté pour que ça ne se voit pas trop, dépoussiéré de l'affirmation que la race germanique est la seule qui mérite d'être libre, mais Höhn ne dévira pas : l'Etat est l'ennemi.
La méthoe de Höhn de management par délégation de responsabilités fut très à la mode et il fit fortune. C'est lui qui perfectionne la fiche de poste. Mais on reste toujours dans le manipulatoire : tu es responsable mais tu n'as pas vraiment le choix de tes objectifs.
La fin de sa vie fut un peu plus bousculée. Sa méthode passa de mode, remplacée par le travail en équipes et, surtout, son passé nazi resurgit dans les années 70, face à une génération moins prompte à passer l"éponge.
Cela ne l'a pas empêché de mourir dans son lit à 96 ans en 2000.
On remarquera quand même que les anciens SS restés en Allemagne s'en sont globalement mieux sortis que ceux qui ont fui. La dénazification n'a pas été un drame pour tout le monde.
A-t-on besoin du management ?
Le paysan et l'artisan n'ont pas besoin du management. Il est intimement lié au salariat, qui, comme disait Karl Marx, est l'esclavage moderne.
De quelque manière qu'on le prenne, c'est toujours un art manipulatoire pour faire de l'homme moderne une espèce domestiquée : les relations de l'homme moderne avec son environnement sont toujours appuyées sur d'impersonnelles béquilles bureaucratiques. Tout acte de la vie quotidienne dissimule une lourde machinerie (songez à ce qu'il faut pour que vous ayez un steak cuit dans votre assiette).
Le management est un emprisonnement abstrait, il bâtit des murs dans les têtes.
En conclusion
Cet ouvrage de Chapoutot s'inscrit dans une tendance historiographique nouvelle depuis quelques années : plutôt que de considérer le nazisme comme un malheureux accident de l'histoire, l'inscrire dans la continuité.
On rejoint la formidable intuition de Jacques Ellul en août 1945, expliquant qu'Hitler avait perdu la guerre militairement, mais l'avait gagnée politiquement, puisqu'il avait réussi à imposer à ses ennemis sa vision de l'homme et de ses rapports instrumentaux (l'homme comme moyen et non comme fin) avec la collectivité (1).
Bien sûr, il serait excessif de dire que le management actuel doit tout aux nazis. Mais il serait tout aussi faux dire qu'il ne leur doit rien.
Les nazis, si attentifs au vocabulaire, utilisaient un équivalent allemand de l'abominable « ressources humaines » (comme si les hommes étaient de moyens de production comme les autres). Ce n'est pas par hasard.
Pour ma part, j'insiste lourdement sur « brillant », pour montrer que le nazisme ne se nourrit pas de brutalité mais d'intellect sans spiritualité. Chapoutot dit qu'une interprétation possible du nazisme est : une manière de faire son deuil sans Dieu des millions de morts de la première guerre mondiale, « Vous ne croyez plus à la vie après la mort, vous ne croyez plus à la nation qui s'est révélée fragile, mais votre sacrifice n'est pas vain parce qu'il restera de vous la race ».
En nos temps de délire covidiste, où nous somme à peine libres d'obéir, cette conception vicieuse de la liberté pourrit la vie de ceux qui n'ont pas cédé, qui sont restés des hommes (d'après Jung, la liberté est consubstantielle à l'homme, même à celui qui la refuse).
La privation de liberté rassure les faibles qui ont choisi de céder. Cela risque d'être très momentané. Comme ce sont des faibles, ils ne révolteront pas mais s'auto-détruiront. La montée en flèche des troubles psychiatriques est déjà là.
Plus sur ce sujet de la fausse liberté dans un projet billet.
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Il est à noter qu'en bon petit-bourgeois gauchiste, l'auteur épouse toutes les thèses du délire covidiste, méprisant au passage les gueux. Je ne suis pas surpris : pour s'extraire du délire collectif, il faut d'autres qualités humaines qu'être un universitaire consciencieux et bien-pensant.
Désormais, tous les covi-résistants ont compris que le covidisme est d'abord le naufrage de la classe diplômée : Johann Chapoutot n'a pas échappé au naufrage, c'était probabilistiquement prévisible.
Note du 22 février 2024 : j'ai relu cet ouvrage et je me demande bien ce que j'ai pu y trouver. Il est nul à chier. C'est juste du discours idéologique gauchiste enrobé dans du pseudo-travail d'historien.
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Bonus, video de Johann Chapoutot sur la révolution culturelle nazie :
Art Spiegelman est le fils de Vladek et d'Anja Spielgelman. Ce couple juif polonais, marié avant-guerre, a eu un fils, qui a été empoisonné par sa tante, en même temps qu'elle se suicidait, pour échapper aux Allemands.
Art est né en Amérique, en 1948. Il nous raconte l'histoire de ses parents, entremêlée à ses relations difficiles avec son père.
Ses deux parents, seuls de leur famille, ont survécu par miracle (et par beaucoup d'ingéniosité et de ténacité) à Auschwitz. Anja s'est suicidée en 1968 (1).
Cette histoire complète, du point de vue des victimes, le terrible Des hommes ordinaires.
J'ai appris que les Allemands ont encore exécuté des juifs quelques jours après le 8 mai 1945, tant était puissante leur folie furieuse.
Vladek n'est d'une certaine manière jamais revenu. : il n'a jamais retrouvé des attitudes normales avec les gens. Il avait des obsessions, des troubles compulsifs.
Aujourd'hui, Art est un démocrate forcené, anti-Trump à fond. Il voit un problème de fascisme dans le trumpisme, mais pas du tout dans le covidisme ! Bref, c'est un crétin bobo bien conformiste. L'émotion n'est pas garante de la lucidité. Il s'est embourgeoisé, par rapport à son père.
Quelle leçon en tirer ? Toujours la même : « Les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes à Hollywood. »
Quand vous sentez que ça pue, que la folie collective est en route, barrez vous. La folie, une fois lancée, ne s'arrête pas d'elle-même, par je ne sais quel miracle. Il est vain d'attendre et d'espérer ce miracle. Si vous vous mettez en travers des rails du train pour l'arrêter, il vous passera dessus sans le remarquer.
Même la compromission est très aléatoire : les Allemands n'hésitaient pas à se débarrasser des gens qui leur livraient des juifs. Et Soljenitsyne a décrit les fournées de bureaucrates zélés arrivant au goulag.
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(1) : je croyais que Primo Levi s'était suicidé. J'apprends qu'il est possible que sa mort fût un accident. Ca lève une énigme à mes yeux : ce suicide (allégué) m'a toujours intrigué, je trouvais qu'il ne cadrait pas avec ses livres.
Je ne vous cache pas que j'ai lu ce livre, qui trainait depuis longtemps sur mes étagères (je suis fidèle au principe d'Umberto Eco qu'il faut avoir dans sa bibliothèque un tiers de livres non lus), à cause du délire covidiste.
Livre extraordinaire, puisque basé sur 210 témoignages judiciaires entre 1962 et 1972.Un bataillon de 500 hommes, réservistes, généralement plus de 40 ans, originaires de la région de Hambourg. Beaucoup de pères de famille. Un tiers d'encartés au parti nazi. Artisans, ouvriers, commerçants.
En 16 mois, entre juillet 1942 et novembre 1943, ils ont tué 83 000 personnes, essentiellement des juifs, en Pologne, hommes, femmes, enfants, vieillards, nourrissons. 38 000 par exécutions directes par balles ou par incendie (genre Oradour-sur-Glane), le reste par déportation, dont ils n'ignoraient pas la finalité. Soit la moyenne de 166 morts, dont 76 exécutions directes, par homme. Bien des tueurs en série seraient fous de jalousie.
Ils ont obéi aux ordres.
Etaient-ils forcés d'obéir aux ordres ?
Même pas : juste avant le premier massacre, leur commandant a proposé à ceux qui le voulaient de se retirer (à une époque où c'était encore l'euphorie sur le front de l'est et où les récalcitrants ne craignaient pas grand'chose) : 12 seulement ont choisi l'abstention. Ils ont fini par être renvoyés à Hambourg sans autre conséquence (l'un d'eux a expliqué qu'il pouvait se retirer parce qu'il ne voulait pas faire carrière dans la police. Ca donne une idée des autres).
D'ailleurs, aussi étonnant que cela paraisse, les historiens ne connaissent aucun exemple de sanction d'un soldat ou d'un policier pour refus d'exécution d'ordres génocidaires (alors qu'il y a bien eu de tels refus).
Parmi ceux qui ont accepté de massacrer, l'un d'eux a reconnu que c'était tout simplement le manque de courage de sortir des rangs et de dire « non ». Certains ont aussi invoqué la surprise, l'absence de temps pour réfléchir.
Le médecin du bataillon apporte son expertise pour aider les hommes à tuer plus vite (je vous passe les détails).
Josefow, un premier massacre pénible pour les bourreaux
Le 12 juillet 1942, premier massacre, 1700 victimes.
Les policiers allemands souffrent, se heurtent à des problèmes aussi sordides que les cervelles qui giclent sur eux.
Browning chiffre à 20 % les tire-au-flanc, qui tuent moitié moins que les autres. Un policier « normal » tue dans la journée entre 10 et 20 juifs.
Pour vous montrer le genre de rationalisation qu'on peut donner à l'horreur : un policier se spécialise dans l'abattage des enfants, parce que « c'est miséricordieux », vu que leurs mères vont mourir. On est typiquement dans la « folie raisonnante » dont parle Ariane Bilheran.
Le soir, le bataillon se bourre la gueule et cette journée devient tabou.
Une routine établie
Pour soulager la pression psychologique, deux mesures sont prises :
1) Une partie des juifs est déportée vers les camps d'extermination. Le résultat est le même, mais les bourreaux sont très soulagés (alors qu'il sont tout à fait conscients de ce qui arrive à ces déportés, loin des yeux ...).
Ca apporte la réponse à la question que je me suis longtemps posée : pourquoi cette lourde logistique des camps d'extermination alors que l'exécution sur place dans une fosse commune est plus économique ? C'est que la fosse commune est adaptée pour des centaines d'exécutions. Dès qu'on parle en dizaine de milliers, ça coince sur la solidité psychologique des exécuteurs.
2) Des « volontaires » parmi les prisonniers de guerre (souvent des Ukrainiens) font le plus sale boulot.
De plus, la logistique s'organise de manière à éviter les trop longs face-à-face entre le tueur et sa victime qui ont traumatisé les pauvres policiers lors du premier massacre.
Une routine se met en place. Désormais, le bataillon est de plus en plus rapide et efficace dans les massacres. Bref, l'Allemand dans toute sa splendeur : il génocide avec la même efficacité qu'il fabrique des bagnoles, mais ça serait une erreur de penser que seuls les Allemands sont capables de génocide.
Avec la routine, le sadisme se banalise.
Un capitaine invite même sa jeune épouse en Pologne pour la lune de miel et elle assiste à une rafle de juifs (certains hommes ont été choqués, mais pas plus que ça).
Des artistes du théâtre aux armées, de passage, ont supplié qu'on les laisse participer à des exécutions de juifs. Petit plaisir qui leur a été gentiment accordé.
Ils l'ont fait
Bien sûr, il y a eu de petites dépressions, des psychosomatisations (comme Himmler ! Voir l'histoire de son célèbre chiropracteur), de l'alcoolisme et des tactiques d'évitement, de tirage au flanc, mais, globalement, ils l'ont fait, et sans rechigner.
Les chambres à gaz ont été inventées pour alléger le fardeau psychologique des exécutions par balles, mais il n'y a pas eu de rébellion, ni même d'esquive massive, des exécutants.
Beaucoup utilisent l'argument classique : s'ils ne l'avaient pas fait, d'autres l'auraient fait. Oui, et alors ? S'ils ne l'avaient pas fait, hé bien, ils ne l'auraient pas fait, ça suffit en soi. Ils ne seraient pas des criminels.
Beaucoup de membres du bataillon ont été tués ultérieurement sur le front de l'est, mais ça n'a rien à voir avec leur comportement vis-à-vis des juifs.
Puis retour paisible à la vie civile, insertion sans problème dans l'Allemagne d'après guerre. Quelques procès tardifs, des peines légères et souvent non-exécutées. Quelques cauchemars, rien de bien grave. En résumé, il n'y a eu aucune justice.
Certains ont même fait carrière dans la police ouest-allemande !
Seuls le commandant et deux officiers ont été condamnés à morts et exécutés par les Polonais en 1948, mais pour le meurtre de civils polonais. Les juifs n'ont pas été évoqués.
Terrifiant. Absolument terrifiant.
Quand une société est devenue folle furieuse, elle préfère ne pas trop se retourner pour examiner les responsabilités (c'est pourquoi ceux qui espèrent la justice de grands procès COVID se triturent la nouille).
Dans la folie collective, chacun est renvoyé à sa responsabilité individuelle. Seule sa conscience et Dieu sont véritablement juges. « J'ai exécuté les ordres » n'est jamais un justificatif valable, parce que l'histoire montre que ceux qui refusent d'exécuter les ordres trouvent toujours un moyen.
Comprendre
Browning essaie de comprendre. Il examine les expériences de Milgram et de la prison de Stanford. Allez, une petite video pour vous détendre (l'expérience de Milgram dans I comme Icare) :
Et il n'arrive pas à grand'chose : certes, il y a des profils psychologiques favorables aux atrocités (soumission absolue à l'autorité, adhésion rigide aux règles) mais ça n'explique pas lourd.
On en revient toujours à ce point dérangeant : avec une préparation adéquate (les massacres viennent au bout de 8 ans de pouvoir nazi), 80 à 90 % des hommes ordinaires exécutent les pires atrocités.
Le temps sert à formater le sujet, à lui faire adopter l'idéologie mortifère. Si le sujet est d'accord avec l'idéologie (« Le juif est un péril mortel pour l'Allemagne », « Le non-'vacciné' est un égoïste irresponsable qui met en danger les plus fragiles »), même sans être un fanatique, il exécutera les ordres les plus atroces. Et le pouvoir, avec de la patience peut faire croire n'importe quoi à presque (90 %) n'importe qui : la plupart des hommes sont faibles, d'âme et d'intelligence.
Ensuite, le conformisme, l'effet de groupe, « faire comme les autres », suffisent à obtenir la participation plus ou moins volontaire aux atrocités.
Est-ce transposable individuellement d'une situation à l'autre, d'un délire paranoïaque à un autre? Pas sûr mais probable. Si vous mettez votre masque à peu près régulièrement et si vous êtes 'vacciné', est-ce que vous auriez tué des enfants juifs si on vous avait donné l'ordre après 8 ans de nazisme ? Ma réponse est « Pas sûr, mais probable ». Je sais, c'est dérangeant, mais c'est ainsi.
De toute façon, vous aurez la vraie réponse bientôt : on verra bien ce que vous ferez quand les violences physiques contre les non-'vaccinés' commenceront (mais comme vous n'avez déjà pas réagi aux violences sociales, je ne retiens pas trop mon souffle).
La surprise, ce sont les 10 à 20 % qui résistent. Là encore, pas d'explication solide. il y a des facteurs favorables : indépendance d'esprit, vie intérieure (croyance religieuse ?), préférence pour le réel sur le discours, mais pas de déterminisme. Il n'y a qu'à l'épreuve qu'on peut savoir, mais il y a des bonnes et des mauvaises surprises.
Pourquoi ?
On voit à quel point le Mal est en l'homme et la modernité lui a donné une dimension industrielle, systématique. Il faut regarder les choses en face : la modernité est par nature génocidaire, parce que, pour les modernes, l'homme n'est qu'un moyen. Pensez toujours au pire, il est possible et même probable.
Hannah Arendt a eu grandement tort de parler de banalité du Mal à propos d'Eichmann (elle est arrivée au procès en sachant déjà ce qu'elle allait écrire et a assisté à très peu de séances) : quand on est dans les organisateurs du Mal, quand on fait carrière dans la hiérarchie du Mal, on n'est pas banal.
En revanche, une fois la société engagée dans un délire paranoïaque collectif par les pervers, il suffit d'hommes tout à fait ordinaires pour exécuter la politique du Mal (il est intéressant de noter que le commandant du 101ème bataillon ne s'élève pas dans la hiérarchie : il exécute les ordres, il fait massacrer, mais cela le travaille, il tourne alcoolique, fuit ses responsabilités et n'obtient pas de promotion).
Comme le dit Jean-Dominique Michel à propos du délire covidiste, les pervers prennent des décisions iniques et les conformistes les soutiennent. La bureaucratie est inhumaine, c'est une machine à broyer.
Roual Hilberg, l'auteur du monumental La destruction des juifs d'Europe, disait qu'il était incapable de répondre à la question « Pourquoi ? »
Pourquoi les Allemands acceptent-ils l'idée, objectivement absurde, que c'est une nécessité vitale d'aller exterminer un village juif du fin fond de la Pologne, dont la plupart des habitants ne seraient jamais allés plus loin que le village voisin ?
Pourquoi les Français acceptent-ils l'idée, objectivement absurde, que, si on pique aujourd'hui de force les 10 % de non-'vaccinés' contre un rhume, si demain on les emprisonne et on les tue, tout ira mieux ?
Je ne sais pas répondre à la question « Pourquoi ? ». Mais je sais répondre à la question « Pourquoi ces idées absurdes ne sont pas apparues absurdes ? » : la déchristianisation.
Je ne sais pas expliquer le bouc-émissaire (parait-il que la réponse est dans René Girard, pas lu), mais je sais expliquer pourquoi la disparition du christianisme entraine la ré-apparition de la pratique barbare du bouc-émissaire. Les chrétiens vénéraient le bouc-émissaire par excellence, le Christ, ça désamorçait les délires paranoïaques. Enlevez le Christ, le bouc-émissaire revient sans frein.
Le délire covidiste permet de constater que la plupart des cathos ne sont ni chrétiens ni catholiques (prêtres compris). Ce n'est guère surprenant pour celui qui connait la terrifiante et sirupeuse médiocrité du catéchisme d'une part, le changement insidieux mais radical de religion qui s'est opéré dans les années 50-60, d'autre part : les cathos sont passés de la religion du Christ à la religion de l'Homme, une hérésie pure et simple.
Leçon pratique pour aujourd'hui
Retenez ce chiffre qui fait tourner la tête : 500 hommes ordinaires, style pères de famille, ont assassiné, directement ou indirectement, très souvent de leur propre main, 83 000 (estimation basse !) hommes, femmes, enfants, vieillards.
La leçon pour aujourd'hui est évidente : si le gouvernement décide de massacrer d'une manière ou d'une autre les millions de récalcitrants au délire covidiste, il se trouvera des gens pour approuver et justifier cette décision, une bureaucratie pour l'organiser et d'autres pour l'exécuter.
René Chiche et Eric Verhaeghe ont tout à fait raison de parler de pente génocidaire de la politique covidiste. Ceux qui contestent ces termes et la comparaison implicite au nazisme n'ont pas compris (ou ne veulent pas comprendre) la mécanique en jeu.
Depuis les Gilets Jaunes, je me méfiais des policiers français. Après cette lecture, ça ne va pas s'améliorer !
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Note du 5 février 2024 : il n'y a pas eu la répression physique contre les non-"vaccinés" à laquelle je m'attendais. Je n'avais pas compris le fonctionnement de notre totalitarisme vraiment total : il change d'objet régulièrement, il est multiforme. Tout est prétexte à faire peur.
Voir : Psychopathologie du totalitarisme.
1) Le christianisme, grâce à la séparation des deux royaumes, est la religion de la liberté et de l'épanouissement des potentialités humaines.
2) A contrario, l'islam est fondamentalement immobiliste et obscurantiste, à cause de sa loi d'airain inamovible.
3) De toutes les grandes religions, l'islam est de très très loin la plus oppressive : oppressive contre les non-musulmans, contre les femmes et contre les esclaves. Le mensonge politiquement correct qui renvoie toutes les grandes religions dos à dos n'est que cela, un mensonge.
4) L'islam est par nature terroriste. La distinction entre islam et islamisme est spécieuse.
5) La religion des droits de l"homme, qui ignore la laïcité, puisque l'Etat est son principal vecteur, est suicidaire.
Les islamistes ont raison (de leur point de vue) de jouer la stratégie : « Avec vos lois, nous vous conquerrons. Avec nos lois, nous vous soumettrons ».
Comme pour toutes les religions gnostiques, le mépris des réalités des droits-de-lhommistes n'est pas un accident, c'est le coeur de leur philosophie. Il est donc dans l'ordre des choses que la religion des droits de l'homme ne prenne pas l'islam et les immigrés musulmans comme ils sont et empêche les peuples autochtones de se défendre.
5) Si l'islam finit par prendre le pouvoir en Europe (un sursaut européen contre la religion des droits de l'homme est possible, mais il ne faut pas se faire trop d'illusions), l'Europe entrera dans une très longue nuit. L'islam est comme Attila, où il passe rien ne pousse.
L'épopée des pasteuriens les Roux, Calmette, Simond, Yersin est extraordinaire.
Yersin, coopté par le vieux Pasteur lui-même, qui fait une découverte majeure sur la tuberculose à 27 ans et s'en va parce que les voyages l'attirent.
Yersin, médecin de marine, parce qu'il ne tient pas en place.
Yersin qui explore l'Indochine parce qu'il n'y a pas que la médecine dans la vie.
Yersin, qui se retrouve avec la lance d'un bandit plantée dans la poitrine et qui donne les instructions médicales qui lui sauvent la vie avant de s'évanouir.
Yersin, qui débarque en pleine peste à Hong-Kong, que les Anglais n'aident pas parce qu'ils préfèrent les Japonais. La course parce que tout le monde sent bien que c'est la dernière chance d'atteindre la gloire en isolant le bacille de la peste.
Yersin qui découvre en trois jours le fameux bacille sur un cadavre volé alors que les Japonais s'acharnent vainement depuis des semaines malgré l'aide officielle. Les Japonais cherchaient dans le sang et les organes, Yersin est allé directement au bubon, mélange de chance et de génie.
Yersin qui teste à Paris tous les animaux qui lui tombent sous la main, avant de mettre au point le serum de cheval (d'où l'expression « remède de cheval » ?) contre la peste.
Yersin, le premier cycliste d'Indochine, le premier motocycliste, le premier automobiliste (une Léon Serpollet 5 CV), le premier directeur d'hôpital (il faut dire qu'il en est le fondateur). Il s'intéresse à l'avion, mais comme il serait condamné à tourner en rond au-dessus de son unique piste, il abandonne.
Yersin, qui allie sens pratique et expérimentateur génial : il se dit que le caoutchouc a de l'avenir, il plante les premiers hévéas d'Indochine. Les revenus de la sa plantation alimenteront pendant des décennies son hôpital et l'antenne de l'institut Pasteur qu'il ouvre.
La première guerre mondiale réserve la quinine (vous savez, dont l'ignoble hydroxychloroquine est dérivée) aux combattants. Qu'à cela ne tienne, Yersin fait venir un échantillon de la terre la plus productive de Java, en analyse la composition et fait faire des carottages dans un rayon de 100 km autour de chez lui pour trouver une terre similaire. Evidemment, comme il est Yersin, il réussit et produit de la quinine.
Question caractère, Yersin est un ours. Vie sexuelle inexistante, pour ce qu'on en sait. Certains l'ont soupçonné de turpitudes, comme la pédophilie. Il semble tout bêtement que la bagatelle ne l'intéressait pas.
Sur le fin de sa vie, Yersin se remet au grec et au latin. Il traduit pour son plaisir Virgile, Cicéron, Salluste, Horace, Platon, Démosthène ...
Il meurt à 80 ans, en 1943, au Vietnam.
Le dernier fidèle à l'esprit pasteurien, même s'il ne fait pas officiellement partie de la famille, est Didier Raoult. Son IHU est mille fois plus proche de l'institut des origines que l'antre à petits fonctionnaires qui porte le nom de Pasteur à Paris.
A ma grande honte, cet excellent ouvrage de Juliette Sibon est resté trois ans (la mémoire infinie d'Amazon fait foi) au premier rang de ma bibliothèque sans que j'y touche.
Le titre dit tout ou presque.
Les expulsions des juifs sont étudiées de Philippe Auguste à Louis XII.
La persécution des juifs n'était pas un fait d'Eglise mais une manière pour l'Etat naissant d'affirmer son autorité (et de récolter beaucoup d'impôts).
Le roi était celui qui déclenchait les persécutions, mais aussi celui qui les arrêtait (différence fondamentale avec la judéophobie moderne, style Hitler : la judéophobie de nos rois n'était pas totale et illimitée, pour la raison toute bête que, à la fin des fins, on ne peut pas occulter que Jésus était juif).
On manque de documents sur ces questions sans qu'on comprenne bien pourquoi. Est-ce qu'on s'en foutait ou est-ce qu'on en avait honte ?
Les reproches faits aux juifs dans l'ère moderne sont doubles : religieux, le peuple déicide, et politique, le peuple apatride.
A partir de Philippe Auguste, le politique l'emporte progressivement et c'est une innovation : on dit traditionnellement que l'Etat médiéval chasse les juifs pour des raisons financières, pour les spolier. Juliette Sibon montre que c'est faux ou partiel.
L'Etat médiéval chasse les juifs parce qu'il se modernise, parce que les notions de frontières administratives et de nationalité commencent à s'affirmer. L'expulsion du peuple apatride est une manifestation de cette affirmation.
La France a inventé l'expulsion alternative, comme les moteurs alternatifs : le roi expulse les juifs, mais avec des conditions plutôt favorables, et les rappelle assez vite. Comme s'il les expulsait à regret.
Le pot aux roses est le suivant : chaque fois qu'il expulse les juifs ou les rappelle, le roi s'immisce dans le domaine de ses vassaux, puisque les édits d'expulsion ou de rappel ne sont pas limités au domaine royal, ils s'appliquent à tout le royaume (pas tous, on sent une hésitation, une prudence).
Autrement dit, ce va-et-vient des juifs est une manière détournée pour le roi de France d'imposer son pouvoir à ses vassaux un peu trop indépendants, de sortir de la féodalité et de se diriger vers la centralisation administrative.
Thèse innovante. Comme quoi, 800 ans après, on peut toujours apporter de nouveaux éclairages.
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(1) : si vous voulez une image plus juste du moyen-âge, lisez Régine Pernoud.
Pourtant, cette faute de jugement n'affecte pas la pertinence de son livre : d'une part, il ne sous-estime pas trop Hitler lors de sa montée au pouvoir, d'autre part il a une vision juste des responsabilités.
Les responsabilités
L'Allemagne est coupable de la seconde guerre mondiale. Mais les responsables sont la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
La Grande-Bretagne, de 1918 à 1938, par une conception anachronique de l'équilibre continental, a systématiquement favorisé le rétablissement allemand au détriment de la sécurité de la France.
Cette responsabilité là est écrasante.
Les Etats-Unis ensuite. Contrairement à ce que croient les béotiens, le principal agent américain en Europe n'a jamais été la Grande-Bretagne, mais l'Allemagne (beaucoup d'émigration allemande dans les années 1870. Le premier génocide allemand de l'ère moderne, ce sont les Indiens). Dès 1918, cela fut la politique constante des Américains de venir au secours de l'Allemagne (novembre 1918 : Pétain pleure de rage -imaginez la scène- quand Foch lui annonce que, sous la pression des Américains, Clemenceau annule l'offensive prévue en Lorraine).
Alors, certes, les boys sont venus se faire trouer la peau sur les plages normandes en juin 1944, mais c'est après que leurs dirigeants aient favorisé cette seconde guerre mondiale par leur politique et tiré tous les avantages stratégiques possibles de leur attentisme (les Etats-Unis ont attendu plus de deux ans avant d'entrer en guerre et ont superbement ignoré les suppliques de Paul Reynaud).
En 1939, dans un entretien, Churchill livre un propos rare mais qui, je pense, vient du fond du coeur : l'Amérique est coupable depuis 1918 d'avoir fait une politique qui favorisait la guerre ou, du moins, ne l'écartait pas.
Les nations n'ont pas d'amis, elles n'ont que des intérêts. Encore faut-il qu'elles sachent les identifier correctement. La Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Japon se sont gravement trompés sur leurs intérêts dans les années 30. La France a moins erré dans l'analyse de ses intérêts mais elle n'a pas su en tirer une politique.
Les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont tiré les marrons du feu.
Et Hitler vint
Une fois ces responsabilités géo-politiques clairement établies, il est facile de démêler les circonstances de la montée d'Hitler.
Le caporal Hitler commence sa carrière politique à 31 ans, en 1919, comme propagandiste et commissaire politique (ce n'est tout à fait sa désignation, mais c'est bien sa fonction) au sein de la Reichswehr.
Cet appui de l'armée lui permet d'entrer en 1920 au Deutsche Arbeiterpartei (DAP, Parti des Travailleurs Allemands), d'en devenir le meilleur orateur, puis de le conquérir et de le transformer en Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP, traduction inutile).
Ne jamais sous-estimer les qualités du moustachu, c'était un autodidacte brouillon, mais il a beaucoup lu, Gustave Le Bon par exemple (2).
Les industriels
Puis se furent les industriels, notamment Fritz Thyssen , rejoint sur le tard par Krupp (on remarque que Thyssen Krupp existe toujours).
Vu l'engouement de nos industriels pour la folie covidiste, vous ne serez pas surpris par l'attirance de leurs ancêtres pour le nazisme.
Après les industriels allemands, les étrangers, avec renvoi d'ascenseur.
N'oubliez pas que, comme disait Paul Valéry, la guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas.
Il est de notoriété publique que Ford, IBM et General Motors (filiale allemande : Opel) ont pleinement profité de la guerre côté allemand aussi (les bénéfices étant simplement abrités en Suisse, comme c'est pratique, les neutres).
Les camions Opel Blitz sont très appréciés de l'armée allemande et nul n'a la présence d'esprit de remarquer leur parenté avec les GMC : ah, que les gens sont distraits !
> Henry Ford, judéophobe rabique, fut décoré de l'ordre du grand aigle allemand. Son usine de Poissy produisit bien plus de camions pour l'armée allemande que les usines Renault de Billancourt, et Henry Ford, lui, ne finit pas sa vie en prison mais dédommagé de son usine bombardée par les Américains.> Shell est un des premiers financiers du NSDAP.
> IBM n'a pas payé, mais beaucoup encaissé. Il y a eu une véritable mode des machines IBM chez les fonctionnaires nazis. La persécution des juifs est impossible sans le fichage généralisée de la population. Et qui a profité à millions de ce fichage ? Hé oui ... IBM, le Facebook nazi.
> Les industriels américains de la sidérurgie encouragent un cartel de l'acier (qui leur permet de tuer les petits concurrents) dont Hitler louera « la contribution extraordinaire au réarmement allemand ».
> Standard Oil of New Jersey, en apportant son expertise technique, permet à l'Allemagne d'atteindre la quasi-autarcie pétrolière, par transformation du charbon. A quoi les gens de SO pensaient-ils qu'allait servir toute cette essence, à une époque où la voiture était peu développée ?
> Genral Electric a déjà aidé Lénine à faire de l'idée « le communisme, c'est les soviets plus l'électricité » une réalité (il y a des affinités entre les Américains et les bolcheviques : la haine du vieux monde). Il récidive avec l'Allemagne.
> ITT fait des téléphones et des radios. Y a bon radios, pour l'armée allemande.
Wall Street
Remettons les choses en perspective.
Woodrow Wilson, le président qui en 1918 sauve l'Allemagne d'un juste châtiment et empêche la sécurité stratégique de la France, est l'homme de Wall Street.
Pendant ses 20 ans de carrière universitaire comme professeur d'économie, il a le soutien des financiers. En 1913, Wall Street pousse sa candidature (avec succès, hélas) pour éjecter le président sortant, William Taft, qui s'oppose à la création d'une banque centrale. Bien entendu, une de ses premières décisions est la création de cette banque, dans laquelle certains voient (avec d'excellentes raisons) la fin de la démocratie américaine.
Philippe Renoux se permet une digression fort intéressante sur l'histoire de la Federal Reserve, la Fed. S'il y a bien un domaine parsemé de complots à faire baver d'envie le « complotiste » le plus exigeant, c'est bien celui-là, jusqu'à nos jours (des membres importants de la Fed se sont enrichis par délit d'initiés à millions pendant le COVID, le Sénat enquête ... très lentement).
La création de la Fed résulte d'un complot, bien documenté, lancé par une réunion sur Jekyll (ça ne s'invente pas) Island.
On a de très solides raisons de penser (une quasi-certitude) que la crise de 1929 a été sciemment provoquée par les actionnaires de la Fed pour éliminer les gêneurs à leur pouvoir absolu (banques régionales, contre-pouvoirs politiques).
Avec les conséquences dramatiques que l'on connaît, mais qu'est-ce que les millions de gueux morts dans la seconde guerre mondiale pour un John Pierpont Morgan Jr, pour un Rockfeller, pour un Warburg ? Qu'est-ce que les millions de sans-dents victimes d'une campagne vaccinale empoisonnée pour un Bill Gates ? Ces gens ont un tel pouvoir sur nous que les esprits faibles ont besoin de croire qu'ils sont bons, mais c'est faux, toute leur vie professionnelle prouve qu'ils n'ont aucune barrière morale, qu'ils sont rendus littéralement fous furieux par trop d'argent et trop d'influence.
Revenons à Hitler. L'intrusion de Wall Street dans la politique, et en particulier dans la politique allemande, n'est donc pas un accident.
Les réparations
A travers les deux plans Dawes et Young, Wall Street obtient que le paiement des réparations allemandes soit privatisé. Cela entraine un conflit permanent avec la France, puisque, bien sûr, les financiers américains sont plus préoccupés des intérêts et des dividendes de leurs investissements en Allemagne que de payer son dû à la France.
A cette occasion, se font des montagnes de profits. Après la seconde guerre mondiale, il y aura bien des enquêtes sénatoriales dénonçant le rôle de ces financiers dans la montée vers la guerre mais aucune sanction.
On note que tous ces pieux libéraux font bien attention à tordre en leur faveur les lois du marché et recourent systématiquement à la corruption pour mettre le pouvoir des lois et des Etats à leur service. Face à de telles puissances d'argent, le libéralisme n'est qu'un argumentaire pour convaincre les moutons de se laisser tondre.
Wall Street + nazisme : l'ancêtre du Great Reset ?
Le transhumanisme mondialiste (le délire covidiste n'en est qu'une forme particulière) est le vrai néo-nazisme. Le nazisme politique a été purgé mais ses racines spirituelles et philosophiques demeurent : refus de la finitude humaine que la science est censée vaincre, croyance subséquente dans le surhomme.
Habilement, les nazis font miroiter aux financiers de Wall Street un monde futur débarrassé du bolchevisme où tous les surhommes du monde se donneraient la main pour régner sur les sous-hommes (ça ne vous rappelle rien ?). Certains auditeurs américains furent loin d'être insensibles à cette musique.
Des universitaires et des hommes d'affaires américains (dont Henry Ford) émettent l'idée (plus ou moins ouvertement) que l'Amérique doit soutenir la communisme et le nazisme (mélange contradictoire) car ce sont des idéologies universalistes, qu'elles permettent de se débarrasser du vieux monde et d'instaurer une gouvernance mondiale (peu importe la validité de l'argument, l'important est que certains y aient vu un motif d'aider les nazis).
Schacht
Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank, est dans les deux ou trois hommes qui ont le plus fait pour l’ascension d’Hitler, employant des moyens qui ne sont pas sans rappeler ceux de la Fed et de la BCE aujourd’hui.
Je n'ai pas envie d'entrer dans les détails techniques, mais sa contribution à la fois à l'ascension du nazisme et à sa politique belliciste une fois au pouvoir a été majeure.
Supérieurement intelligent, il a démissionné en 1943 et été acquitté au procès de Nuremberg, encore plus fort qu’Albert Speer qui a écopé d’une peine de dix ans de prison. Il finit sa vie, comme conseiller financier de pays du tiers-monde, tout à fait paisiblement, dans la prospérité et dans son lit.
Pourtant, ces deux « techniciens » étaient des rouages essentiels du nazisme (Speer, après l’accession au pouvoir. Schacht, avant et après), bien plus qu’un gardien de camp de concentration et auraient du être exécutés parmi les premiers. Toujours est-il que, par bien des côtés, Schacht n’est qu’un pion de Wall Street (comme la gourde Christine Lagarde à la BCE, sauf qu’elle ne comprend pas grand’chose au rôle qu’on lui fait jouer. Mario Draghi est plus de la trempe de Schacht).
La BRI
Le rôle de la Banque des Règlement Internationaux, la BRI, basée en Suisse, est aussi essentiel pour les transferts de fonds entre l’Allemagne nazie et Wall Street, y compris après l’entrée en guerre des Etats-Unis (jusqu’à aider la fuite vers l’Amérique du Sud de dirigeants nazis).
Il y a des réunions en Suisse qui rassemblent Américains, Allemands, Anglais, Suédois comme si de rien n'était.
En 1945, un rapport du Sénat américain demande sa dissolution. Cet avis n’est pas contesté frontalement, mais son exécution est repoussée à une date ultérieure (les salauds de haute volée sont méchants mais pas bêtes) : la BRI existe toujours et reste un important rouage de la politique mondialiste anti-démocratique.
Laissons le dernier mot au responsable américain de la dénazification économique, surpris qu'on arrête une blanchisseuse ex-nazie, mais pas son patron, gros industriel qui avait aidé Hitler de toutes se capacités : « Je devais bien constater que les forces qui m'entravaient dans mon travail ne venaient d'Allemagne qu'en apparence mais que c'est à Washington qu'était la source de la paralysie que je subissais. »
En guise de conclusion : les leçons pour aujourd'hui
Hitler n'a pas réalisé son ascension par hasard, il a été puissamment aidé, notamment par les Américains des grands groupes et des grosses banques, auprès desquels il a su jouer avec maestria.
Quelques leçons (qui sont miennes), assez évidentes :
1) La Fed est un danger mortel pour la démocratie (la BCE aussi). Cela a sans doute (entre autres) coûté à Trump sa ré-élection de s'être opposé à la Fed. Elle n'a jamais eu de scrupules à manipuler l'opinion (Walter Lippman a même théorisé que c'était un devoir).
2) Les monopoles et les trusts sont eux aussi des dangers mortels. Aujourd'hui, casser les GAFAM est une priorité absolue. Et j'ai bien peur que cela n'arrive pas.
3) La Grande-Bretagne a très bien intégré qu'elle n'a pas d'amis, juste des intérêts, mais il lui arrive de se tromper sur ceux-ci.
4) L'Allemagne est un cancer au centre de l'Europe. Le monde vit mieux quand l'Allemagne est divisée.
5) Les Etats-Unis d'Amérique ne sont pas notre ami. Ils se servent de nous autant que nous pouvons leur être utiles, tout en nous maintenant dans une situation de sujétion. Bref, une relation maitre-esclave.
Enfin, Renoux conclut par une mise en garde philosophique.
Comme toujours, les hommes font l'histoire mais ne savent pas l'histoire qu'ils font.
Ne soyons pas trop déterministes, mécanistes (« complotistes » comme disent les simplets des années 2020).
Oui, il y a des complots. Beaucoup. Mais les comploteurs ne sont pas des surhommes qui maitrisent tout. Il n'y a pas un seul complot surpuissant, mais plusieurs complots qui s'épaulent ou se concurrencent au gré des circonstances.
Les comploteurs des années 30 qui visaient un affaiblissement de l'Europe et l'hégémonie américaine ont gagné. Mais ceux qui rêvaient d'abattre l'URSS et de partager du monde avec l'Allemagne ont perdu.
Seule chose que les comploteurs ont tous gagné : de l'argent, beaucoup d'argent.
Allez, je vous remets la citation de Paul Valéry :
« La guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et s'entretuent, pour le plus grand profit de gens qui se connaissent très bien et ne s'entretuent pas. »
Dernier exemple en date : le laboratoire de Wuhan et les magouilles entre Chinois et Américains. Les gueux sont morts du COVID (pas tant que ça) dans cette guerre qui ne dit pas son nom, mais certains se sont fait un max de blé, dans les deux camps.
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(1) : contrairement à ce qu'ont raconté des généraux qui avaient l'immense avantage d'avoir survécu au désastre, les interférences d'Hitler dans les décisions militaires étaient loin d'être complètement idiotes. Elles avaient souvent une signification politique.
(2) : « L'idée centrale de Hitler est simple : lorsqu'on s'adresse aux masses, point n'est besoin d'argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnés, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thèmes assénés à satiété constituent l'essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théâtraux, aux affiches criardes, à un expressionnisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l'emploi de la force. Ainsi, quand les SA brutalisent leurs adversaires politiques, ce n'est pas sous l'effet de passions déchaînées, mais en application des directives permanentes qui leur sont données » (Les succès de la propagande nazie).
De sa vie, Hitler n'accepta jamais un débat rationnel ni contradictoire (même en privé) et ne parla que devant des auditoires acquis
Livre auto-édité, qui n'a pas plus (et pas moins) de fautes d'orthographe que chez les éditeurs « sérieux » (les fautes de français deviennent une plaie chez tous les éditeurs).
C'est du Zemmour : agréablement écrit et cultivé.
Il est possible qu'il soit sincère quand il dit qu'il n'a pas pris sa décision (j'en doute franchement) mais c'est déjà le livre d'un candidat à la présidentielle.
Sa cruauté vis-à-vis de Bertrand et de Le Pen en réjouira plus d'un, il les exécute avec une anecdote et une conversation.
Tous ses portraits sont cinglants : il se libère. Il a changé de dimension. Il traite les politiques en égaux, il n'hésite plus à dévoiler des indiscrétions significatives pour montrer à quel point ils sont duplices.
Mais l'assassinat le plus cruel est anonyme (cependant les victimes se reconnaitront) :
[A propos de son procès de 2011] « Le président du tribunal est une femme ; le procureur également. La plupart des avocats de mes accusateurs aussi.
Sous leur robe noire en guise d'uniforme prestigieux d'une autre époque, elles portent des vêtements de médiocre qualité à l'étoffe fatiguée, sont coiffées à la hâte, maquillées sans soin ; tout dans leur silhouette, dans leurs attitudes, leur absence d'élégance, dégage un je-ne-sais-quoi de négligé, de laisser-aller, de manque de goût. On voit au premier coup d'œil que ces métiers -effet ou cause de la féminisation- ont dégringolé les barreaux de l'échelle sociale. Il flotte une complicité entre elles, proximité de sexe et de classe.
Je découvrirai tout au long des deux jours de procès avec une surprise mâtinée d'agacement que le procureur et les avocates des parties civiles sont à tu et à toi ; entre chaque interruption de séance, elles n'hésiteront pas à échanger confidences et plaisanteries, comme si elles prenaient entre copines un chocolat chez Angelina. »
On retrouve ses thèmes habituels, inutile de détailler.
Mes désaccords n'ont pas changé depuis des années :
1) Sortie de l'UE et de l'Euro. Zemmour pense que les Français n'ont pas assez confiance en eux pour l'assumer. Je pense que c'est une nécessité absolue.
2) L'assimilation. En 2021, c'est une chimère. La seule solution pour sauver la France est le rapatriement dans leur pays d'origine (je sais, pléonasme) des vrais étrangers et des faux Français.
3) Sujet plus récent, le délire covidiste. Zemmour a bien compris que c'est la mise en place d'une société de surveillance à la chinoise mais il ne veut pas en parler parce qu'il prétend que cette discussion est un leurre. Pour moi, c'est comme débattre de l'Allemagne en 1939 sans prononcer le mot « juif».
On peut lui faire l'aumône de l'hypothèse que, sur ces trois sujets, il montre une habileté tactique et que ses convictions réelles sont plus radicales. Il se pourrait qu'il garde l'offensive sur le COVID en réserve, en attente du moment où l'opinion aura maturée (je n'y crois guère, mais, s'il est aussi bien conseillé qu'on le dit, il est sûr qu'une discussion sur ce sujet a eu lieu avec son équipe et que sa prudence est très calculée).
4) L'étatisme. Je reconnais que, ces derniers temps, il a mis beaucoup d'eau dans son vin.
Sur le nucléaire et le gouvernement des juges, je suis évidemment d'accord.
La thèse de Bouthillon est simple et puisante :
1) L'homme est à la fois chair (le local) et esprit (l'universel).
2) La légitimité (improprement baptisée contrat social) est ce qui fait que le pouvoir va de soi, que personne ne songe à contester son droit à décider. On conteste éventuellement ses décisions mais pas que c'est lui qui doit les prendre.
3) Le contrat social a été rompu en 1789, quand l'assemblée nationale s'est proclamée constituante, divisant la politique entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).
Cela créa une rupture définitive : il est impossible de revenir à l'ancien contrat brisé (désir de la droite) et impossible d'en créer un nouveau ex nihilo (désir de la gauche).
4) Pendant tout le XIXème siècle, les tentatives s'accumulent pour recréer la légitimité perdue en réconciliant droite et gauche, soit par un centrisme excluant les extrêmes, soit par un centrisme fusionnant les extrêmes. Gambetta, Ferry, Boulanger ...
Et chaque tentative échoue parce qu'il n'est pas plus possible de recréer la légitimité perdue que de refaire une porcelaine cassée.
Bouthillon a des mots très durs pour Zola et Clemenceau, qui, en politisant l'affaire Dreyfus au profit de la gauche, ont empêché que l'innocence du capitaine soit pleinement reconnue.
L'Union Sacrée de 1914 a permis de redonner un contrat social par une exaltation patriotique unanime et sublime. La victoire a scellé ce nouveau contrat social, mais cela le rendait aussi fragile que la victoire. Selon Bouthillon, cette victoire seule explique l'absence de pouvoir fasciste en France.
Bouthillon ne le dit pas (mais c'est sous-entendu dans sa conclusion), la montée des fascismes étrangers et la défaite de 1940 ont brisé, une fois encore, le contrat social.
Il conclut ses remerciements : aux « syndicalistes étudiants minables » qui, par leurs blocages d'université, « m'ont presque tout appris du totalitarisme » (y compris la lâcheté des autorités et l'apathie de la foule). Pour vous dire combien l'homme est sympathique.
Il commence très fort : « Le nazisme est la réponse que l"histoire allemande a donné à la question que lui a posée la révolution française ».
Le centrisme extrémiste
Sa thèse, qu'il répète et affine de livre en livre, est que le nazisme est un centrisme, non par refus des extrêmes, mais par alliance des extrêmes (quiconque connaît l'histoire sait qu'il est idiot, ou malhonnête, de classer le nazisme exclusivement à l'extrême-droite).
Dans la même veine, il écrit sur l'illégitimité fondamentale de la république française et sur Napoléon en précurseur d'Hitler (Napoléon n'étant pas, de très loin, mon personnage historique préféré, ça ne me traumatise pas que Bouthillon en écrive du mal).
Pour Bouthillon, La fracture entre la gauche et la droite est irréconciliable : la création (impossible) d'un nouveau contrat social ou le retour (impossible) à l'ancien régime.
Depuis 1789, la politique oscille entre deux centrismes. Le centrisme par exclusion des extrêmes (orléanisme, IIIème république), le centrisme par conciliation des extrêmes (Napoléon, Hitler).
L' « hommage » aux AG étudiantes n'est pas gratuit, puisque Bouthillon considère que le nazisme est une AG à l'échelle d'un pays :
> constitution d'un faux corps politique par intimidation des opposants.
> fausse démocratie par le vote à main levée (là encore, intimidation des opposants).
A la suite de quoi, on obtient un faux unanimisme, puisqu'on a exclu les opposants, réconciliant les extrêmes sur le dos de boucs-émissaires communs (la gauche est au moins aussi judéophobe que la droite).
Toute ressemblance avec le covidisme n'est pas fortuite. Je vous laisse faire la transposition.
Les juifs : boucs-émissaires depuis 1789.
Les juifs ne veulent pas le voir parce qu’ils croient (à tort) que leur émancipation commence avec notre révolution mais c’est 1789 qui a ouvert la possibilité de leur génocide.
Avant, leur persécution était limitée par la présence surplombante du bouc-émissaire ultime, le juif Jésus. A telle enseigne que le roi, lieutenant de Dieu, était souvent celui qui ordonnait les persécutions mais aussi qui les arrêtait.
Après 1789, cette barrière saute. La persécution peut être absolue et industrielle.
L'Union Sacré
La rupture du contrat social scinde l'homme, qui est à la fois chair (local) et esprit (universel), entre partisans du local (la droite) et partisans de l'universel (la gauche).
La création ex nihilo d'un nouveau contrat social est impossible, comme de créer ex nihilo une nouvelle langue ou une nouvelle culture. Et la France pose ce problème à toute l'Europe.
Un nouveau contrat social n'est pas rationnel, il ne peut venir que d'une fusion et du sublime (anciennement, de Dieu). C'est ce qui se passe dans tous les pays européens en 1914, très bien rendu par l'excellente expression Union Sacrée.
Seulement voilà, la France gagne la guerre, légitimant le nouveau contrat social et le régime, pour la première fois depuis 1789. Mais l'Allemagne perd la guerre, rendant le contrat social encore plus impossible.
Bouthillon est très clair : si l'Allemagne avait gagné la guerre, c'est elle qui serait devenue une démocratie libérale et la France un régime fasciste.
Monsieur Tout Le Monde
Hitler est le type même du chef charismatique : il n'hérite pas du pouvoir comme le roi, il ne le doit pas à ses exploits comme Napoléon ou de Gaulle. Le pouvoir lui vient de nulle part, d'etre Monsieur Tout Le Monde.
Hitler est Monsieur Tout Le Monde : à la fois un homme comme les autres, pris au hasard dans la foule et un monsieur, très au-dessus des autres. Le chef charismatique a du mal à garder cet équilibre mystérieux, soit il est trop banal, trop comme tout le monde, soit il est trop détaché, trop hautain.
Pour le plus grand malheur du monde, à commencer par l'Allemagne, Hitler sut garder cet équilibre jusqu'au bout, se voyant, sans le dire explicitement aux foules, comme le fondateur d'une nouvelle religion, l'anti-Christ.