J'entends, et j'en suis scandalisé, que si les jeunes ne savent pas lire, ça n'est pas bien grave car la lecture serait moins indispensable dans la vie quotidienne.
Pourquoi pas ? Sauf qu'on oublie un «détail» : c'est que la lecture est plus que jamais nécessaire pour s'instruire, elle n'a aucun substitut dans cette fonction.
Alors, que les gens instruits cessent de lire, ça les regarde ; mais qu'on trouve sans gravité que les enfants ne sachent pas lire, j'en suis sur le cul.
vendredi, août 31, 2007
40 %
40 % : c'est la proportion d'élèves qui sortent de l'école primaire française pas ou peu instruits, d'après le haut conseil de l'éducation. De plus, ce conseil comprenant une bonne part de pédagogistes, on peut supposer sans grand risque de se tromper que ce chiffre est encore en-dessous de la réalité.
Dans un pays qui aime les chiffres, où 0.2 % d'augmentation du salaire des fonctionnaires et 1 an de recul de l'âge de la retraite suffisent à faire descendre des milliers de personnes dans la rue, ce chiffre là, pourtant accablant, n'a pas fait plus de quelques lignes dans les journaux et provoqué aucun scandale.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a aucun lobby pour défendre l'éducation. Il y a un lobby pour défendre les profs, mais c'est totalement différent, voire opposé (0).
Les parents d'élèves conscients de la gravité du problème (1) ont depuis longtemps mis en oeuvre les stratégies de contournement que je vous ai souventes fois décrites et ne tiennent surtout pas à se faire remarquer.
Bref, une des trois ou quatre questions qui décident de l'avenir d'un pays pour des décennies fait l'objet d'un débat entre spécialistes mais n'émeut pas le grand public et ne paraît pas être un cheval de bataille pour les politiciens.
Il existe un noyau, infime par rapport à la masse de l'éducation nationale (mais l'élite est par définition une minorité), de professeurs, d'universitaires, d'orthophonistes, de parents d'élèves qui permettraient de reconstruire en France un système d'éducation efficace. Pédagogiquement, il n'y a pas grand'chose à inventer.
Le plus difficile est finalement de détruire le système actuel, même si la méthode est connue : fermer les IUFMs (2) pendant un an, en placardiser les professeurs, faire de même avec les inspecteurs généraux et repartir sur de bonnes bases.
Ce qui rend le système très résistant, au-delà des intérêts bien compris d'apparatchiks qui doivent toute leur carrière au constructivisme (après tout, une veste, ça se retourne, voyez Philippe Meirieu), c'est le parfum de guerre de religions. Les constructivistes souffraient, et certains souffrent encore, de cette insupportable complexe de supériorité morale qui caractérise la gauche française.
Même les faits ont du mal à les ramener à la modestie : les problèmes, ce n'est pas de leur faute, ils sont aux commandes depuis des décennies (les ministres passent, eux restent, ce sont eux le vrai pouvoir), mais ils sont innocents. Les politiciens français étant ce qu'ils sont, tant par leur formation que par leurs méthodes, il est vain d'espérer un ministre capable de prendre le dessus sur la mammouth.
Cependant, tout espoir n'est pas perdu, terminons sur une note positive :
> bien que les jeunes générations de professeurs soient gangrenées par le constructivisme (3), comme elles ne sont pas celles qui l'ont promu, elles n'auront guère de scrupules quand le vent tournera à l'abandonner.
> les grossses structures bureaucratiques comme l'EN sont des colosses aux pieds d'argile, il suffit d'appliquer la philosophie de l'aïkido, utiliser les forces de l'adversaire, pour les déséquilibrer. Qu'un événement fasse déborder le vase, par exemple, une amplification des départs vers le privé ou un accroissement des contournements de carte scolaire. Les difficultés de recrutement pourrait aussi être cet événement. La machine administrative se retouve alors incapable de s'adapter à la situation nouvelle et les voies s'ouvrent pour autre chose (par exemple, une disparition des quotas dans le privé ou la promotion du hors contrat).
L'espoir est ténu mais réel.
Demain
(0) : affirmer le contraire ressort de la même confusion volontaire qui essaie de donner à croire que défendre les employés des services publics équivaut à défendre les service publics.
(1) : beaucoup de parents d'élèves sont conscients du problème mais pas de sa gravité : comme cela touche tout une génération, leurs enfants, égaux dans la médiocrité, ne se placent pas si mal par rapport aux autres. Je rappelle simplement pour avoir un point de référence, qu'en 1950, on devait savoir lire, écrire, compter (les 4 opérations sur des nombres simples) en fin de CP, (et que, hors primaire, les problèmes de physique de troisième de l'époque ne sont plus accessibles à des bacheliers actuels), autrement dit les programmes actuels sont en retard de 2 à 4 ans, sans tenir compte des impasses comme la grammaire, l'histoire, les langues anciennes, la littérature et le raisonnement scientifique (excusez du peu).
(2) : funeste invention jospinienne. Ne serait-ce qu'à cause de cela, Jospin ne méritait pas d'être président de la république.
(3) : je rappelle, pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, que le constructivisme (« l'apprenant doit construire lui-même ses savoirs») est la doctrine officielle de l'EN depuis 30 ans. Elle induit notamment que l'ennui est à bannir, on doit apprendre en jouant, que le prof ne transmet plus mais anime, que l'on va du complexe vers le simple (exemple : la méthode globale et ses cousines dites mixtes qui apprennent à deviner les mots avant, éventuellement, de comprendre la division en syllabes). Bref, le constructivisme est la pédagogie en dépit du bon sens et de l'expérience, mais voilà : le constructivisme serait progressiste, donc le Bien, tandis que la pédagogie traditionnelle serait bourgeoise, donc le Mal, beurk, caca. Devant tant de bêtise, que dire ? Tout simplement que la première échoue là où la seconde réussissait (car on ne me fera pas croire que, par je ne sais quel miracle, les enfants de 1950 auraient eu plus de dispositions morales et matérielles pour l'école que ceux de 2007).
Dans un pays qui aime les chiffres, où 0.2 % d'augmentation du salaire des fonctionnaires et 1 an de recul de l'âge de la retraite suffisent à faire descendre des milliers de personnes dans la rue, ce chiffre là, pourtant accablant, n'a pas fait plus de quelques lignes dans les journaux et provoqué aucun scandale.
Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a aucun lobby pour défendre l'éducation. Il y a un lobby pour défendre les profs, mais c'est totalement différent, voire opposé (0).
Les parents d'élèves conscients de la gravité du problème (1) ont depuis longtemps mis en oeuvre les stratégies de contournement que je vous ai souventes fois décrites et ne tiennent surtout pas à se faire remarquer.
Bref, une des trois ou quatre questions qui décident de l'avenir d'un pays pour des décennies fait l'objet d'un débat entre spécialistes mais n'émeut pas le grand public et ne paraît pas être un cheval de bataille pour les politiciens.
Il existe un noyau, infime par rapport à la masse de l'éducation nationale (mais l'élite est par définition une minorité), de professeurs, d'universitaires, d'orthophonistes, de parents d'élèves qui permettraient de reconstruire en France un système d'éducation efficace. Pédagogiquement, il n'y a pas grand'chose à inventer.
Le plus difficile est finalement de détruire le système actuel, même si la méthode est connue : fermer les IUFMs (2) pendant un an, en placardiser les professeurs, faire de même avec les inspecteurs généraux et repartir sur de bonnes bases.
Ce qui rend le système très résistant, au-delà des intérêts bien compris d'apparatchiks qui doivent toute leur carrière au constructivisme (après tout, une veste, ça se retourne, voyez Philippe Meirieu), c'est le parfum de guerre de religions. Les constructivistes souffraient, et certains souffrent encore, de cette insupportable complexe de supériorité morale qui caractérise la gauche française.
Même les faits ont du mal à les ramener à la modestie : les problèmes, ce n'est pas de leur faute, ils sont aux commandes depuis des décennies (les ministres passent, eux restent, ce sont eux le vrai pouvoir), mais ils sont innocents. Les politiciens français étant ce qu'ils sont, tant par leur formation que par leurs méthodes, il est vain d'espérer un ministre capable de prendre le dessus sur la mammouth.
Cependant, tout espoir n'est pas perdu, terminons sur une note positive :
> bien que les jeunes générations de professeurs soient gangrenées par le constructivisme (3), comme elles ne sont pas celles qui l'ont promu, elles n'auront guère de scrupules quand le vent tournera à l'abandonner.
> les grossses structures bureaucratiques comme l'EN sont des colosses aux pieds d'argile, il suffit d'appliquer la philosophie de l'aïkido, utiliser les forces de l'adversaire, pour les déséquilibrer. Qu'un événement fasse déborder le vase, par exemple, une amplification des départs vers le privé ou un accroissement des contournements de carte scolaire. Les difficultés de recrutement pourrait aussi être cet événement. La machine administrative se retouve alors incapable de s'adapter à la situation nouvelle et les voies s'ouvrent pour autre chose (par exemple, une disparition des quotas dans le privé ou la promotion du hors contrat).
L'espoir est ténu mais réel.
Demain
(0) : affirmer le contraire ressort de la même confusion volontaire qui essaie de donner à croire que défendre les employés des services publics équivaut à défendre les service publics.
(1) : beaucoup de parents d'élèves sont conscients du problème mais pas de sa gravité : comme cela touche tout une génération, leurs enfants, égaux dans la médiocrité, ne se placent pas si mal par rapport aux autres. Je rappelle simplement pour avoir un point de référence, qu'en 1950, on devait savoir lire, écrire, compter (les 4 opérations sur des nombres simples) en fin de CP, (et que, hors primaire, les problèmes de physique de troisième de l'époque ne sont plus accessibles à des bacheliers actuels), autrement dit les programmes actuels sont en retard de 2 à 4 ans, sans tenir compte des impasses comme la grammaire, l'histoire, les langues anciennes, la littérature et le raisonnement scientifique (excusez du peu).
(2) : funeste invention jospinienne. Ne serait-ce qu'à cause de cela, Jospin ne méritait pas d'être président de la république.
(3) : je rappelle, pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, que le constructivisme (« l'apprenant doit construire lui-même ses savoirs») est la doctrine officielle de l'EN depuis 30 ans. Elle induit notamment que l'ennui est à bannir, on doit apprendre en jouant, que le prof ne transmet plus mais anime, que l'on va du complexe vers le simple (exemple : la méthode globale et ses cousines dites mixtes qui apprennent à deviner les mots avant, éventuellement, de comprendre la division en syllabes). Bref, le constructivisme est la pédagogie en dépit du bon sens et de l'expérience, mais voilà : le constructivisme serait progressiste, donc le Bien, tandis que la pédagogie traditionnelle serait bourgeoise, donc le Mal, beurk, caca. Devant tant de bêtise, que dire ? Tout simplement que la première échoue là où la seconde réussissait (car on ne me fera pas croire que, par je ne sais quel miracle, les enfants de 1950 auraient eu plus de dispositions morales et matérielles pour l'école que ceux de 2007).
jeudi, août 30, 2007
Les quatre erreurs de Ségolène Royal
Les quatre erreurs de Ségolène Royal
Cet article intéressera ceux qui cherchent une analyse dépassionnée de la dernière campagne électorale.
Mais je crois que le problème du PS est bien plus profond que la personne, inadaptée à l'ampleur des difficultés, de Ségolène Royal.
Je pense que le boulet du PS est son électorat, le peuple des fonctionnaires et le peuple des assistés (et de ceux qui aspirent à le devenir), tous ces gens pour qui "libéral" est une insulte. Ils l'empêchent de sombrer, mais en même temps, ils l'empêchent de s'adapter au monde tel qu'il est, où l'assistanat et l'étatisme ne sont pas vraiment les valeurs dominantes.
D'où, tout de même, la question du "leadership" : qui "forcera" l'électorat du PS à changer ?
Cet article intéressera ceux qui cherchent une analyse dépassionnée de la dernière campagne électorale.
Mais je crois que le problème du PS est bien plus profond que la personne, inadaptée à l'ampleur des difficultés, de Ségolène Royal.
Je pense que le boulet du PS est son électorat, le peuple des fonctionnaires et le peuple des assistés (et de ceux qui aspirent à le devenir), tous ces gens pour qui "libéral" est une insulte. Ils l'empêchent de sombrer, mais en même temps, ils l'empêchent de s'adapter au monde tel qu'il est, où l'assistanat et l'étatisme ne sont pas vraiment les valeurs dominantes.
D'où, tout de même, la question du "leadership" : qui "forcera" l'électorat du PS à changer ?
Le PCF va-t-il changer de nom ?

Marie-George Buffet évoqie dans Libération la possibilité que le PCF change de nom.
On ne s'attardera pas outre mesure sur l'indécence qu'il y a à se réclamer d'une idéologie qui a fait des millions de morts ni sur la bêtise qu'il y a à vivre avec trente ans de retard (au minimum) sur l'histoire.
Mais ce que ne comprennent pas aujourd'hui les communistes, c'est que faire peuple en 2007, c'est une posture de riches. Ce ne sont plus les ouvriers qui se baladent à Paris à vélo, avec une casquette et distribuent des tracts, ce sont les bobos, qui n'ont aucun rapport avec le Français de base.
Volatilité boursière : une explication plus intelligente que la moyenne
Pour bien comprendre l'article ci-dessous, il faut savoir qu'aucune raison économique ne justifie que l'émission de monnaie et, par conséquent, la fixation de taux d'intérêts à court terme soient un monopole.
Nous sommes tellement habitués à cet état de fait qu'il est difficile d'en imaginer d'autres.
Pourtant, le monopole de l'émission de monnaie est relativement récent. Napoléon a nationalisé la Banque de France pour financer ses guerres il y a juste deux siècles. Auparavant, les émetteurs de monnaie se faisaient concurrence. Il y avait des monnaies plus ou moins bonnes.
La qualité d'une monnaie était fixée par la confiance que l'on accordait à l'émetteur.
C'est encore plus ou moins le cas entre les différentes monnaies internationales, sauf que les banques centrales n'ont pas à répondre de la qualité de leur monnaie à des clients, ce ne sont pas des banques commerciales. La responsabilité des banques centrales, indépendamment de leur statut jurique, est beaucoup plus floue.
De plus, sur un territoire donné, le choix de la monnaie n'est pas libre, je ne peux pas payer ma baguette en dollars même si j'estimais que j'ai avantage à le faire.
Autre chose, que Pascal Salin a bien raison de faire remarquer. Les marchés seraient «court-termistes», tandis que les autorités, sages, intelligentes, saintes, seraient «long-termistes». Ce sont des billevesées pour anti-libéraux attardés mentaux.
Les marchés n'existent pas en tant qu'acteurs, ce sont des agrégats de personnes aux intérêts variés. L'horizon de chacun est déterminé par son enjeu : un emprunteur sur 20 ans est plus «long-termiste» qu'un élu qui voit la fin de son mandat dans 5 ans.
A ce compte, les plus «long-termistes» sont les actionnaires de sociétés peu liquides (les petites), leur horizon est illimité, et les fonds de pension, leur horizon est en décennies, et non les autorités.
Bref, il est idiot de considérer que les acteurs privés seraient par essence «court-termistes» tandis que les acteurs publics seraient «long-termistes».
Sur ce, bonne lecture.
Dans la crise financière, les banques centrales ne sont pas innocentes.
Nous sommes tellement habitués à cet état de fait qu'il est difficile d'en imaginer d'autres.
Pourtant, le monopole de l'émission de monnaie est relativement récent. Napoléon a nationalisé la Banque de France pour financer ses guerres il y a juste deux siècles. Auparavant, les émetteurs de monnaie se faisaient concurrence. Il y avait des monnaies plus ou moins bonnes.
La qualité d'une monnaie était fixée par la confiance que l'on accordait à l'émetteur.
C'est encore plus ou moins le cas entre les différentes monnaies internationales, sauf que les banques centrales n'ont pas à répondre de la qualité de leur monnaie à des clients, ce ne sont pas des banques commerciales. La responsabilité des banques centrales, indépendamment de leur statut jurique, est beaucoup plus floue.
De plus, sur un territoire donné, le choix de la monnaie n'est pas libre, je ne peux pas payer ma baguette en dollars même si j'estimais que j'ai avantage à le faire.
Autre chose, que Pascal Salin a bien raison de faire remarquer. Les marchés seraient «court-termistes», tandis que les autorités, sages, intelligentes, saintes, seraient «long-termistes». Ce sont des billevesées pour anti-libéraux attardés mentaux.
Les marchés n'existent pas en tant qu'acteurs, ce sont des agrégats de personnes aux intérêts variés. L'horizon de chacun est déterminé par son enjeu : un emprunteur sur 20 ans est plus «long-termiste» qu'un élu qui voit la fin de son mandat dans 5 ans.
A ce compte, les plus «long-termistes» sont les actionnaires de sociétés peu liquides (les petites), leur horizon est illimité, et les fonds de pension, leur horizon est en décennies, et non les autorités.
Bref, il est idiot de considérer que les acteurs privés seraient par essence «court-termistes» tandis que les acteurs publics seraient «long-termistes».
Sur ce, bonne lecture.
Dans la crise financière, les banques centrales ne sont pas innocentes.
Allègre et les paresseux socialistes
Dans Les idées justes, la morale et la politique, je vous disais que les politiciens français ne savent pas travailler. Hé bien, Claude Allègre est encore plus féroce que moi dans son dernier livre : il écrit que les dirigeants socialistes sont, tout simplement, paresseux.
Une aviatrice est morte

Le commandant Caroline Aigle est morte le 21 août à 32 ans d'un cancer foudroyant. Elle laisse un mari et deux enfants.
Polytechnicienne, première Française pilote de chasse, elle faisait l'unanimité sur son caractère bien trempé et sa vive intelligence, elle était, de l'avis de tous, promise à un brillant avenir (1).
Les femmes ont toujours eu une grande importance dans l'aviation, bien plus que ne le laisse supposer leur faible nombre.
Elles empêchent ce milieu d'être monopolisé par les jeunes machos et les vieux cons et y trouvent en contrepartie une occasion d'émancipation, dans un environnement exigeant, où il n'y cependant aucune raison qu'une femme fasse moins bien qu'un homme.
(1) : certains pensaient qu'elle avait le potentiel pour être la première femme leader de patrouille nationale, en l'occurrence la PAF. On comprend que l'Armée de l'Air trouve que c'est une grosse perte.
mercredi, août 29, 2007
Education Nationale : les intentions n'excusent pas les résultats
Maintenant que le désastre éducatif peut de moins en moins être maquillé (trop de rapports et trop de livres), le débat se tourne vers les causes et les remèdes.
Bien sûr, il y aura toujours ceux qui nous expliqueront que c'est une question de «moyens». Laissons les pour ce qu'ils sont.
Mais on en vient aussi aux responsabilités et, là, je viens de lire : « Certes, les résultats ne sont pas à hauteurs des espoirs, mais les intentions étaient bonnes. » Si cette phrase vous rappelle l'excuse éculée du communisme, ça n'est pas un hasard.
Il convient donc de préciser :
> l'écart entre les intentions et les résultats s'appelle la bêtise ou l'incompétence. Je ne vois vraiment pas en quoi c'est une excuse. Nul ne peut se prévaloir de ses propres fautes.
> les intentions n'étaient pas si bonnes : faire table rase du passé, niveler les élèves.
Hélas, il faudra encore longtemps pour tourner cette page noire, à supposer que cela soit possible (tous les profs et instits de moins de 35 ans sont formés au pédagogisme et ne savent que d'autres méthodes existent que si ils ont fait par eux-mêmes l'effort de se renseigner.)
Bien sûr, il y aura toujours ceux qui nous expliqueront que c'est une question de «moyens». Laissons les pour ce qu'ils sont.
Mais on en vient aussi aux responsabilités et, là, je viens de lire : « Certes, les résultats ne sont pas à hauteurs des espoirs, mais les intentions étaient bonnes. » Si cette phrase vous rappelle l'excuse éculée du communisme, ça n'est pas un hasard.
Il convient donc de préciser :
> l'écart entre les intentions et les résultats s'appelle la bêtise ou l'incompétence. Je ne vois vraiment pas en quoi c'est une excuse. Nul ne peut se prévaloir de ses propres fautes.
> les intentions n'étaient pas si bonnes : faire table rase du passé, niveler les élèves.
Hélas, il faudra encore longtemps pour tourner cette page noire, à supposer que cela soit possible (tous les profs et instits de moins de 35 ans sont formés au pédagogisme et ne savent que d'autres méthodes existent que si ils ont fait par eux-mêmes l'effort de se renseigner.)
mardi, août 28, 2007
Le grand traumatisme du bizutage
Depuis que Ségolène Royal a été ministre, nous savons que le bizutage dans les classes préparatoires est un profond traumatisme qu'il faut à tout prix empêcher (prière de ne pas rire).
Dans la même veine larmoyante, un auteur a cru bon de faire un livre complet sur ce fameux traumatisme (si, si, on n'arrête pas le progrès).
Inutile de s'attarder sur les raisons pour lesquels nos journaux bien-pensants répandent ces mièvreries, elles sont évidentes : les classes préparatoires sont encore le symbole de l'élitisme, de l'ambition et de la compétition, toutes choses qu'il est urgent d'abolir au nom de la sainte égalité dans la médiocrité.
Mais il y a autre chose : toutes les sociétés jusqu'à maintenant ont considéré que le monde était dur et, en conséquence, le passage de l'âge puéril, protégé et dépendant, à l'âge adulte, exposé et responsable nécessitait un rite. Le bizutage, pas très intelligent il faut le reconnaître, faisait partie de ces rites de passage.
Il me semble que notre société, toute à sa prétention de s'être faite toute seule et de n'avoir à respecter rien qui vient du passé tente, d'inverser la logique.
Si le bizutage est ignoble, c'est qu'il n'y a pas de raison de faire une coupure entre l'âge puéril et l'âge adulte (tous les adultes sont de grands enfants), c'est donc que le monde n'est pas si dur que le pensaient les anciens.
La réalité se venge et se charge du démenti.
Il n'est pas étonnant que Ségolène Royal dont le fond de la philosophie est l'abolition les distinctions et barrières traditionnelles (entre privé et public, entre homme et femme, entre enfant et adulte, entre Français et étrangers, entre couples homosexuels et couples normaux, etc ...) se soit retrouvée en pointe de ce combat là.
Dans la même veine larmoyante, un auteur a cru bon de faire un livre complet sur ce fameux traumatisme (si, si, on n'arrête pas le progrès).
Inutile de s'attarder sur les raisons pour lesquels nos journaux bien-pensants répandent ces mièvreries, elles sont évidentes : les classes préparatoires sont encore le symbole de l'élitisme, de l'ambition et de la compétition, toutes choses qu'il est urgent d'abolir au nom de la sainte égalité dans la médiocrité.
Mais il y a autre chose : toutes les sociétés jusqu'à maintenant ont considéré que le monde était dur et, en conséquence, le passage de l'âge puéril, protégé et dépendant, à l'âge adulte, exposé et responsable nécessitait un rite. Le bizutage, pas très intelligent il faut le reconnaître, faisait partie de ces rites de passage.
Il me semble que notre société, toute à sa prétention de s'être faite toute seule et de n'avoir à respecter rien qui vient du passé tente, d'inverser la logique.
Si le bizutage est ignoble, c'est qu'il n'y a pas de raison de faire une coupure entre l'âge puéril et l'âge adulte (tous les adultes sont de grands enfants), c'est donc que le monde n'est pas si dur que le pensaient les anciens.
La réalité se venge et se charge du démenti.
Il n'est pas étonnant que Ségolène Royal dont le fond de la philosophie est l'abolition les distinctions et barrières traditionnelles (entre privé et public, entre homme et femme, entre enfant et adulte, entre Français et étrangers, entre couples homosexuels et couples normaux, etc ...) se soit retrouvée en pointe de ce combat là.
Bientôt du vin OGM
Le génome de la vigne vient d'être décrypté. Cela ouvre la voie à l'amélioration de la vigne par transgénèse.Il est donc probable que nous consommerons un jour du vin OGM. Voici comment je vois le scénario :
2010 : des Australiens utilisent la première vigne OGM et mettent fort habilement en avant les avantages écologiques (moins de chimie). Les viticulteurs français font la moue sur le thème «Nous ne buvons pas de ce vin-là», «Nous respectons le terroir et les traditions», etc. Ils ne traitent pas les Australiens de barbares mais le pensent très fort.
2012 : L'Espagne imite l'Australie.
2015 : un viticulteur du Languedoc voit sa vigne ravagée et est dénoncé, cloué au pilori par les associations écologistes. Il a planté de la vigne OGM. Il se défend en expliquant qu'il a un meilleur rendement tout en utilisant moins de produits chimiques. Rien n'y fait, son exploitation fait faillite. Il se suicide.
2016 et suivantes : les vignes OGM se multiplient en France dans la plus grande discrétion. Les vins ainsi produits sont exportés en totalité.
2020 : l'utilisation de vignes OGM est répandue. Simplement on fait semblant de rien, on évite d'en parler. On aura juste perdu dix ans sur les Australiens et 10 % du marché.
2025 : la France est le pays d'Europe où l'on plante le plus de vigne OGM.
Bien sûr, je n'ai pas de boule de cristal, mais je commence à connaître la France et les Français.
La suppression de postes dans la fonction publique.
Le problème français est fort simple à poser : sans une équipe dirigeante ayant une vision claire de la juste place de l'Etat, autrement dit libérale, -ce qui n'est pas le cas du gouvernement actuel- la France continuera à s'enfoncer, lentement mais sûrement.
Le point de vue de JM Aphatie ci-dessous fait écho à ce que j'écris sur ce blog (depuis si longtemps que ça en devient désespérant) :
La suppression de postes dans la fonction publique
L'an prochain, 22.700 postes disparaitront sur les quelques 2,5 millions que compte la fonction publique d'État. Ceci est inférieur aux engagements de campagne pris par Nicolas Sarkozy. Il avait annoncé le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partants à la retraite durant chaque année jusqu'en 2012. En 2008, ce sera un sur trois qui ne sera pas remplacé et plus nous approcherons de l'échéance électorale de la prochaine présidentielle, et moins il y aura de suppressions de postes, chacun le sait.
En 2008, l'économie réalisée sera d'environ 500 millions d'euros, une gouttelette d'eau dans l'océan de nos déficits. Largement insuffisant, en tout cas, pour financer les plus de dix milliards d'euros que coûte le "paquet fiscal". Une remarque d'ailleurs inutile puisque selon le discours officiel, ce "paquet fiscal" n'est pas une dépense mais un investissement. L'humour en politique prend des chemins souvent inattendus, ou bien involontaires.
Pour ne pas se limiter à la seule comptabilité, l'action publique est bien le seul domaine où l'on décrète d'abord la suppression des postes, comme un objectif à atteindre, et où l'on se penche ensuite sur les besoins et la répartition. C'est bien parce que le travail a été fait ainsi, à l'envers, que le président Sarkozy est et sera incapable de tenir l'engagement du candidat Sarkozy. La vérité toute simple est presque horrible. Le budget de l'État, abondamment abondé, si l'on peut dire, par des prélèvements fiscaux en constante augmentation ne peut plus financer le lourd et conséquent appareil d'État. Pourtant, quand on regarde les besoins dans les hôpitaux, à l'Université, dans la police, dans la justice, on peut établir sans peine la nécessité d'embaucher encore et encore.
Drôle de constat qui se résout ainsi : mal géré et depuis longtemps, l'État, son poids, son périmètre, son inorganisation, demeure l'un des grands problèmes de ce pays. Et qui est responsable de la situation? Eh bien, à la vérité, personne, personne de connu en tout cas [c'est vrai, mais par contre, on connaît ceux qui auraient pu résoudre le problème et ne l'ont pas fait : Mitterrand, Chirac et, sans doute, Sarkozy].
Que l'on s'étonne après des sentiments singuliers que suscite la politique en France.
Le point de vue de JM Aphatie ci-dessous fait écho à ce que j'écris sur ce blog (depuis si longtemps que ça en devient désespérant) :
La suppression de postes dans la fonction publique
L'an prochain, 22.700 postes disparaitront sur les quelques 2,5 millions que compte la fonction publique d'État. Ceci est inférieur aux engagements de campagne pris par Nicolas Sarkozy. Il avait annoncé le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partants à la retraite durant chaque année jusqu'en 2012. En 2008, ce sera un sur trois qui ne sera pas remplacé et plus nous approcherons de l'échéance électorale de la prochaine présidentielle, et moins il y aura de suppressions de postes, chacun le sait.
En 2008, l'économie réalisée sera d'environ 500 millions d'euros, une gouttelette d'eau dans l'océan de nos déficits. Largement insuffisant, en tout cas, pour financer les plus de dix milliards d'euros que coûte le "paquet fiscal". Une remarque d'ailleurs inutile puisque selon le discours officiel, ce "paquet fiscal" n'est pas une dépense mais un investissement. L'humour en politique prend des chemins souvent inattendus, ou bien involontaires.
Pour ne pas se limiter à la seule comptabilité, l'action publique est bien le seul domaine où l'on décrète d'abord la suppression des postes, comme un objectif à atteindre, et où l'on se penche ensuite sur les besoins et la répartition. C'est bien parce que le travail a été fait ainsi, à l'envers, que le président Sarkozy est et sera incapable de tenir l'engagement du candidat Sarkozy. La vérité toute simple est presque horrible. Le budget de l'État, abondamment abondé, si l'on peut dire, par des prélèvements fiscaux en constante augmentation ne peut plus financer le lourd et conséquent appareil d'État. Pourtant, quand on regarde les besoins dans les hôpitaux, à l'Université, dans la police, dans la justice, on peut établir sans peine la nécessité d'embaucher encore et encore.
Drôle de constat qui se résout ainsi : mal géré et depuis longtemps, l'État, son poids, son périmètre, son inorganisation, demeure l'un des grands problèmes de ce pays. Et qui est responsable de la situation? Eh bien, à la vérité, personne, personne de connu en tout cas [c'est vrai, mais par contre, on connaît ceux qui auraient pu résoudre le problème et ne l'ont pas fait : Mitterrand, Chirac et, sans doute, Sarkozy].
Que l'on s'étonne après des sentiments singuliers que suscite la politique en France.
lundi, août 27, 2007
L'Etat, soigneux gardien de l'argent du contribuable
Un agent du Trésor s'est fait virer un salaire de professeur pendant 15 ans
Un agent du Trésor public de Seine-Saint-Denis a réussi pendant 15 ans à se faire verser un salaire de professeur des universités d'environ 4.000 euros avant d'être arrêtée en milieu de semaine dernière, a-t-on appris lundi de source judiciaire.
Le ministère du Budget a confirmé l'existence de ce détournement, qui atteindrait 600.000 euros au total, dans un communiqué publié en début de soirée.
Cette fonctionnaire de 54 ans, chargée de la paye des professeurs de l'Université de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), a été mise en examen vendredi pour "détournement de fonds publics par personne dépositaire de l'autorité publique", selon la source judiciaire, qui confirmait une information du Journal du Dimanche (JDD).
Mise en détention provisoire, elle risque 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.
"Une procédure judiciaire de révocation de l'agent concerné" a de surcroît été engagée par l'administration, selon le ministère.
Convoquée mercredi par la police judiciaire à l'issue d'une enquête ouverte en juin 2007, la fonctionnaire a avoué en garde à vue avoir ouvert en février 1992 un compte fictif à la trésorerie générale, au nom d'un professeur qui n'existait pas, d'abord rattaché à l'Université Paris VIII-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), puis à l'université de Seine-et-Marne.
"Les salaires étaient versés sur un compte bancaire ouvert par l'agent sous une fausse identité", selon la source judiciaire, qui précise qu'elle "a fait des investissements immobiliers, donné de l'argent à sa famille ou fait des prêts à des proches".
"Elle gérait directement le dossier fictif en calculant régulièrement augmentations et avancements", précise cette source.
L'enquête a démarré après que l'Université de Marne-la-Vallée se fut aperçu en mai et juin 2007 avoir reçu des bulletins de paie ne correspondant à aucun professeur. Selon le JDD, la fonctionnaire, en congés, n'avait pas réussi cette fois à intercepter les bulletins envoyés par le Trésor public avant qu'ils ne parviennent à l'université.
Le ministère du Budget a annoncé avoir débloqué des "crédits spécifiques dès le prochain budget 2008" pour accélérer le programme de réorganisation de la paie et de modernisation de l'informatique, engagé en mai, qui doit permettre de "renforcer les contrôles".
Le ministre Eric Woerth a également demandé "sous huit jours" un rapport au directeur général de la comptabilité publique, qui doit proposer des mesures de renforcement des contrôles à court terme.
AFP 27/08/2007
Un agent du Trésor public de Seine-Saint-Denis a réussi pendant 15 ans à se faire verser un salaire de professeur des universités d'environ 4.000 euros avant d'être arrêtée en milieu de semaine dernière, a-t-on appris lundi de source judiciaire.
Le ministère du Budget a confirmé l'existence de ce détournement, qui atteindrait 600.000 euros au total, dans un communiqué publié en début de soirée.
Cette fonctionnaire de 54 ans, chargée de la paye des professeurs de l'Université de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), a été mise en examen vendredi pour "détournement de fonds publics par personne dépositaire de l'autorité publique", selon la source judiciaire, qui confirmait une information du Journal du Dimanche (JDD).
Mise en détention provisoire, elle risque 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.
"Une procédure judiciaire de révocation de l'agent concerné" a de surcroît été engagée par l'administration, selon le ministère.
Convoquée mercredi par la police judiciaire à l'issue d'une enquête ouverte en juin 2007, la fonctionnaire a avoué en garde à vue avoir ouvert en février 1992 un compte fictif à la trésorerie générale, au nom d'un professeur qui n'existait pas, d'abord rattaché à l'Université Paris VIII-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), puis à l'université de Seine-et-Marne.
"Les salaires étaient versés sur un compte bancaire ouvert par l'agent sous une fausse identité", selon la source judiciaire, qui précise qu'elle "a fait des investissements immobiliers, donné de l'argent à sa famille ou fait des prêts à des proches".
"Elle gérait directement le dossier fictif en calculant régulièrement augmentations et avancements", précise cette source.
L'enquête a démarré après que l'Université de Marne-la-Vallée se fut aperçu en mai et juin 2007 avoir reçu des bulletins de paie ne correspondant à aucun professeur. Selon le JDD, la fonctionnaire, en congés, n'avait pas réussi cette fois à intercepter les bulletins envoyés par le Trésor public avant qu'ils ne parviennent à l'université.
Le ministère du Budget a annoncé avoir débloqué des "crédits spécifiques dès le prochain budget 2008" pour accélérer le programme de réorganisation de la paie et de modernisation de l'informatique, engagé en mai, qui doit permettre de "renforcer les contrôles".
Le ministre Eric Woerth a également demandé "sous huit jours" un rapport au directeur général de la comptabilité publique, qui doit proposer des mesures de renforcement des contrôles à court terme.
AFP 27/08/2007
Bouffée de délire paranoïaque à Angers

Ce dimanche, j'étais à Angers pour le rassemblement Anjou Ailes Rétro.
J'explique pour les béotiens ce qu'est un rassemblement, aussi appelé en bon Français en "fly-in" : des copains, des copains de copains, des copains de copains de copains viennent avec leurs avions, on boit, on mange, les plus doués font quelques pirouettes aériennes, les gens du coin viennent voir ces plus ou moins vieilles machines et tout cela a un coté bon enfant.
Ce que je dis ci-dessous n'est valable que si vous avez un cerveau normal. Si vous avez un cerveau de gendarmes ou de préfet, vous voyez les choses totalement différemment : vous voyez un dangereux rassemblement de terroristes potentiels (les pilotes) et d'innocentes victimes à protéger à tout prix, y compris d'elles-mêmes (les spectateurs). Mais, attention, parmi les innocentes victimes, il peut aussi se cacher des terroristes.
Je pourrais vous détailler les mesures dites de sécurité qui ont été imposées, mais j'en ai honte tellement certaines sont absurdes.
Sachez seulement que le sommet de paranoïa fut atteint parce que le Falcon d'un éminent, François Fillon nous a-t-on dit, était garé entre deux parkings d'avions invités. Nos gardiens avaient donc imaginé de faire faire un détour par le pôle nord pour passer d'un parking à l'autre, des fois qu'un des pilotes aurait eu l'idée de crever les pneus ou de jeter une boule puante dans la cabine. Il ne serait pas venu à l'idée de nos gardes-chiourme que, quitte à ce que personne ne touche à l'engin sacré, c'est le Falcon de l'éminent qui aurait pu bouger. Et tout dans cette tonalité.
Vous remarquerez que l'Etat modeste et l'Etat paranoïaque sont aussi incompatibles que l'eau et le feu, car il faut avoir une idée stratosphérique de l'éminence de l'éminent pour déranger tant de monde pour si peu. D'ailleurs, je crois que c'est le moteur ultime de l'Etat paranoïaque : il permet de justifier, au nom de la sacro-sainte sécurité, n'importe quelle dérive policière ou monarchique.
En ce sens, il faut bien constater avec tristesse que Ben Laden a réussi son coup, avec l'aide zélée de nos bureaucrates : nous sommes moins libres et le mode de vie occidental est moins fidèle à ses principes originels et moins attrayant.

Les gens du GPPA, les organisateurs, en étaient à s'excuser : «Nous savons bien que ce que nous vous faisons faire est idiot, mais il y a deux gendarmes à la tour qui surveillent et qui n'attendent qu'une occasion pour fermer la manifestation.»
Et, effectivement, si les autorités avaient été cohérentes, vu leur niveau de paranoïa, elles auraient du arrêter le meeting. Mais, évidemment, la disproportion entre la réalité et les fantasmes se trimbalant dans les têtes bureaucratiques serait alors apparue avec trop d'évidence (je rappelle que les accidents en meeting aérien impliquant des spectateurs sont extrêmement rares, je ne pense pas qu'il y en ait eu un seul depuis vingt ans en France. Quant aux attentats, je n'ai pas connaissance qu'il y en ait eu un seul en meeting dans le monde).
Pour comparer : aux USA, pays de la paranoïa sécuritaire -c'est bien connu-, dans ce genre de manifestations, il faut chercher les policiers et les barrières, et encore, vous n'êtes pas sûr d'en trouver.
Voilà où on en est en France en 2007.
Qu'est-ce qui permet ce genre de délire ? Avant tout l'irresponsabilité. Oui, tous ces gens qui arguent de leurs responsabilités pour imposer leurs caprices sont en fait irresponsables : le gendarme obéit à un chef gendarme qui obéit au directeur de cabinet qui obéit au préfet dans sa tour d'ivoire et qu'on ne verra pas dans un rayon de dix kilomètres de la manifestation, et de toute façon, si un incident survient, les ennuis retomberont d'abord sur l'organisateur qui n'est aucune des personnes sus-citées.
Le préfet ne répond de ses oukases devant personne, devrait-il s'en expliquer devant un des participants du week-end que, si il avait quelque bons sens (ce qui n'est pas assuré), le rouge lui monterait au front à la deuxième phrase.
Comme l'anonymat est la condition première de l'irresponsabilité, je cite un nom : le préfet de Maine-et-Loire s'appelle Jean-Claude Vacher , il est sorti de l'ENA en 1970. Vous saurez désormais ce qu'il faut en penser.
Un deuxième facteur permet ces folies : le manque total de bon sens de nos bureaucrates. L'irresponsabilité y joue son rôle : en général, devoir répondre de ses actes est une forte incitation au bon sens. Mais, je crois aussi qu'il y a un problème de formation, je dirais presque de philosophie : le métier noble, c'est l'intellectuel, barricadé dans son bureau, qui dirige, et refait, le monde à coups de directives sorties de son puissant cerveau. Aller voir, se rendre compte, discuter, c'est déjà déchoir.

Y avait-il un moyen d'assurer la sécurité à Angers ce week-end autrement que par un délire paranoïaque bureaucratique ? Bien entendu. Il suffisait de laisser faire les organisateurs : ils ont de l'expérience, ils sont nombreux et ils sont motivés pour que tout se passe bien. Ils auraient fait appel aux autorités, mais pas plus que de besoin.
Seulement voilà : pour que les choses se passent ainsi, il faudrait que les bureaucrates fassent confiance aux citoyens. Or, toute la tradition politico-administrative française est opposée à cette idée. On traite les citoyens comme des mineurs, qui, en retour, se comportent, hélas, bien trop souvent comme des enfants (la sécurité routière en est un autre exemple).
Il est désespérant de penser que tout cela était parfaitement décrit par Alain Peyrefitte dans « Le mal français », sorti en 1976, et, bien loin de guérir, le mal s'est aggravé en trente ans, dans le même temps que la mondialisation, faite de souplesse, d'adaptation, d'évolution et, au fond, de confiance, faisait rage.
D'autre part, et sur un sujet différent (est-ce si sûr ?), vous pouvez adresser les idées dont vous n'avez plus usage, même en mauvais état, à l'adresse suivante :
Parti Socialiste
10 rue de Solférino
75007 Paris
Vous ferez ainsi un geste en faveur de nécessiteux.
Si il vous en reste encore après cela, vous pourrez aussi envoyer le reliquat à :
M. Le Premier Ministre
Bureau des vraies réformes
57 rue de Varenne
75007 Paris
samedi, août 25, 2007
Education nationale : la technique de l'avion
Jusqu'à maintenant, face aux critiques qui lui étaient faites, l'EN réagissait en tendant un écran de fumée : "Non, le niveau ne baisse pas. D'ailleurs, avant de dire que le niveau baisse, il faudrait au préalable s'entendre sur ce que signifient "niveau", "baisser", et aussi, "élève", "école", "enseignant", "personnel pléthorique", "mammouth", "capillo-tracté", "australopithèque" "ornithorynque" et "protozoaire"."
Malheureusement, nous sommes arrivés au stade où il suffit d'arrêter dans la rue un enfant de 10 ans (pour certains, ça marche encore à 18 ans) et de lui demander de calculer 60/4 (1) de tête pour s'apercevoir, comme disent les jeunes, "k'y a un blême".
Alors, l'EN, par l'intermédiaire du Haut Conseil de l'Education (HCE), dont ont été "démissionnés" les gêneurs comme Laurent Lafforgue, inaugure un nouvel technique : "Oh, l'avion ..."
Vous connaissez : on vous parle de quelque chose qui vous dérange, vous êtes mal à l'aise, et vous détournez l'attention en pointant le doigt vers le ciel "Oh, regarde, un avion, ..."
Le HCE publiera officiellement le 27 août un rapport critique sur l'école primaire, mais il est déjà disponible sur internet.
Il ne critique pas les programmes, les méthodes et la philosophie globale d'enseignement, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes de ce coté-là. Non, le problème de l'école primaire serait qu'il y a une moitié des élèves bien formés (ah bon ? Première nouvelle !) mais que la seconde moitié mal formée serait laissée à l'abandon.
Evidemment, la question des méthodes et des programmes ne sera pas posée (comme on disait du temps de l'affaire Dreyfus) car elles touchent au coeur du problème dont il ne faut pas parler : l'idéologie constructiviste, l'autre idéologie qui la sous-tend qu'il faut bien appeler socialiste, et leur emprise sur l'école et sa hiérarchie et ses décisions.
En résumé, le drame serait dans l'abandon d'une moitié des élèves et dans l'absence de système efficace de récupération. Qu'il y ait initialement une moitié des élèves qu'on ait besoin de récupérer ne semble pas problématique : "Oh ! L'avion ..."
(1) : cet exemple n'est pas pris au hasard puisque, dans un test de l'EN en 6ème, la division 60/4 enregistrait un taux d'échec fracassant : 60 %.
Malheureusement, nous sommes arrivés au stade où il suffit d'arrêter dans la rue un enfant de 10 ans (pour certains, ça marche encore à 18 ans) et de lui demander de calculer 60/4 (1) de tête pour s'apercevoir, comme disent les jeunes, "k'y a un blême".
Alors, l'EN, par l'intermédiaire du Haut Conseil de l'Education (HCE), dont ont été "démissionnés" les gêneurs comme Laurent Lafforgue, inaugure un nouvel technique : "Oh, l'avion ..."
Vous connaissez : on vous parle de quelque chose qui vous dérange, vous êtes mal à l'aise, et vous détournez l'attention en pointant le doigt vers le ciel "Oh, regarde, un avion, ..."
Le HCE publiera officiellement le 27 août un rapport critique sur l'école primaire, mais il est déjà disponible sur internet.
Il ne critique pas les programmes, les méthodes et la philosophie globale d'enseignement, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes de ce coté-là. Non, le problème de l'école primaire serait qu'il y a une moitié des élèves bien formés (ah bon ? Première nouvelle !) mais que la seconde moitié mal formée serait laissée à l'abandon.
Evidemment, la question des méthodes et des programmes ne sera pas posée (comme on disait du temps de l'affaire Dreyfus) car elles touchent au coeur du problème dont il ne faut pas parler : l'idéologie constructiviste, l'autre idéologie qui la sous-tend qu'il faut bien appeler socialiste, et leur emprise sur l'école et sa hiérarchie et ses décisions.
En résumé, le drame serait dans l'abandon d'une moitié des élèves et dans l'absence de système efficace de récupération. Qu'il y ait initialement une moitié des élèves qu'on ait besoin de récupérer ne semble pas problématique : "Oh ! L'avion ..."
(1) : cet exemple n'est pas pris au hasard puisque, dans un test de l'EN en 6ème, la division 60/4 enregistrait un taux d'échec fracassant : 60 %.
jeudi, août 23, 2007
Le désastre éducatif : la physique aussi

J'insiste beaucoup sur le désastre éducatif français en matière de lecture, d'orthographe, de grammaire, plus généralement d'expression écrite et orale.
Mais je m'attarde peu sur des domaines qui pourtant me tiennent à coeur : les maths, la physique, les sciences et le raisonnement scientifique.
Je peste quelquefois contre des fautes de raisonnement qui me paraissent élémentaires, par exemple à propos du réchauffement climatique, mais, vu ce qu'on apprend à l'école de nos jours, les jeunes ont au moins des excuses.
Je me souviens d'une discussion d'aéroclub sur le centrage des avions, un bachelier récent (section S qui plus est) raisonnait faux. Ca peut arriver à tout le monde. Mais ce qui m'a frappé au point que je m'en souvienne aujourd'hui est qu'il n'a pas compris le raisonnement correct, pourtant élémentaire, quand on le lui a expliqué.
Je n'aurais pas du être surpris. D'ailleurs, je ne l'ai pas vraiment été.
Il y a trois ans, l'énoncé des sujets de bac et leurs corrigés étant dans le journal, je m'étais amusé à repasser chez moi les épreuves de maths et de physique. J'aurais eu le bac sans problème dans la moitié du temps imparti.
Or, je ne suis pas particulièrement génial, j'estime que mon aptitude actuelle à résoudre, de but en blanc, sans révision préalable, des problèmes scolaires est celle grosso modo d'un élève de seconde de mon temps, avec de grosses lacunes, par exemple en électricité.
J'ai sûrement des capacités d'ingénieur supérieures à celle que j'avais en seconde (il faut espérer !) parce que j'ai plus d'expérience, de méthode, une notion plus précise des ordres de grandeur, etc ... mais s'agissant des problèmes scolaires au débotté, sans documentation, je ne vaux pas mieux qu'à 15 ans, sûrement moins.
Alors pourquoi aurais-je eu le bac actuel sans souci ? C'est très simple : parce que les sujets n'ont aucune complexité.
Le tiers des points est disponible dans l'énoncé. Par exemple, la réponse à la question 1 est dans la question 2.
Un autre tiers des points est disponible dans l'application bête et méchante de techniques qu'il suffit d'avoir apprises, par exemple dériver une fonction, en dessiner le graphe. Comme j'avais un peu oublié, j'ai du raisonner pour retrouver ce que des élèves de terminale doivent connaître par coeur, mais, ce faisant, j'avais déjà atteint la moyenne.
Enfin, le reste des points nécessite un peu plus de raisonnement, et encore, raisonnement est un mot trop fort, solide bon sens suffit.
Il n'est donc pas surprenant que des bacheliers ne sachent pas élaborer un raisonnement pour résoudre un problème puisqu'ils n'ont jamais appris et jamais eu besoin (du moins, ceux qui sont allés dans les écoles où on applique strictement les programmes).
Les problèmes de baignoires qui fuient et de trains qui se croisent apprenaient à bâtir un raisonnement, puis en allant du simple vers le complexe, on raffinait : de plus en plus d'inconnues, de plus en plus de phénomènes à prendre en compte.
Maintenant, rien qui vaille. Un vague collage de notions juxtaposées, sans le raisonnement qui les articule.
Quand on a compris cela, on n'a plus de raisons de s'étonner de la diminution des vocations scientifiques : si l'on ne sait pas raisonner scientifiquement à 18 ans, il est trop tard pour apprendre.
Qu'on me comprenne bien, il ne s'agit pas là de nostalgie (j'en vois déjà qui vont me traiter de réactionnaire), il s'agit d'honnêteté intellectuelle, il s'agit de reconnaître qu'il y a un monde entre savoir démontrer une formule et sortir cette formule de la calculatrice pour l'appliquer à un cas numérique.
C'est de tout cela dont rend compte ce texte :
Evolution de l'épreuve de sciences physiques au baccalauréat scientifique
Vous remarquerez que ce texte est anonyme par crainte des représailles. Ca en dit long sur la fameuse liberté pédagogique.
Pourtant, les syndicats nous ont expliqué il y a quelques mois que M. Gilles de Robien était un réactionnaire profond d'imposer des méthodes de lecture, puisque la splendide liberté pédagogique permettait aux instits de choisir leur méthode, sous-entendu, les méthodes globales déguisées n'étaient plus imposées depuis belle lurette.
Liberté pédagogique, tu parles ! Liberté à la Staline : liberté d'être toujours d'accord avec les syndicats soutenant les apparatchiks constructivistes.
Pour l'anecdote : on voit, entre autres, sur la photo du congrès Solvay, Marie Curie. Celle-ci donnait à résoudre à sa fille quand elle était au collège des problèmes de masse-ressort dans un fluide en chute libre ! Comme je suis assez peu convaincu que l'intelligence est héréditaire (depuis le temps qu'on fait des enfants, ça se saurait !), il faut admettre que les capacités des enfants convenablement instruits sont beaucoup plus vastes que le peu qu'en tire notre école de 2007.
mardi, août 21, 2007
Les idées justes, la morale et la politique
Puisque la rentrée approche, je me permets ce message très général pour fournir un cadre intellectuel pour les mois qui viennent.
La France souffre de beaucoup de choses, mais je pense que le manque d'idées justes et de morale des politiciens est une cause majeure de souffrance.
Je m'explique :
> les idées justes : chacun, moi le premier, est convaincu que ses idées sont justes. Néanmoins, les idées viennent tôt ou tard à être mises à l'épreuve de la réalité. A ce moment-là, soit elles se révèlent justes et on s'en félicite, soit elles se révèlent fausses.
Dans ce dernier cas, soit on change d'idées, soit on nie la réalité. Suivant les modalités de ce déni, on appelle cela de l'idéologie ou de la bêtise, mais, au fond, c'est la même chose.
Or, ce qui est frappant dans la politique française des deux dernières décennies, c'est la persistance d'idées fausses malgré les démentis de la réalité ; que ça soit sur le rôle de l'Etat, la fiscalité ou les prestations sociales, conceptions cruellement invalidées par un chomâge élevé, une croissance faible et des systèmes sociaux en péril, ou encore, sur la politique étrangère, errements qui se traduisent par une perte d'influence continue, ou encore s'agissant de l'éducation, l'incapacité de beaucoup de jeunes à tenir un raisonnement structuré et à l'exprimer de manière intelligible en témoigne.
Il existe de meilleures conceptions, la réussite de pays comparables en fait foi.
Alors pourquoi nos politiciens restent-ils accrochés à des idées nocives ?
Je pense qu'il y a là une méfiance de la réflexion, un fond d'anti-intellectualisme, associé un manque de pragmatisme. Plutôt que de débattre des idées puis de les décliner en action, on divise l'espace intellectuel en deux : d'un coté, ceux qui discutent sans fin du sexe des anges, à grands coups de pour ou contre le libéralisme ; de l'autre, ceux qui prennent des mesures techniques sans vision d'ensemble.
On reste alors par défaut dans le cadre intellectuel légué par les derniers dirigeants à avoir pensé, structure reposant sur l'étatisme et l'assistanat.
Pourquoi cette sclérose intellectuelle ? Les hommes, même très diplômés, ne sont que des hommes, et l'endogamie tue la pensée. Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense pas beaucoup (ça n'est pas de moi).
La faute aux institutions ? Au conservatisme traditionnel de la société française ? Sans doute un peu de tout cela.
> la morale : si la politique n'emploie pas toujours, loin de la, des moyens moraux, les buts doivent cependant obéir à une certaine morale. Or, ce n'est pas que la morale de nos politiciens soit mauvaise, c'est qu'ils n'en ont pas.
J'entends morale politique, je ne me permettrais de juger de leur morale personnelle, même si le lien est possible.
Je prends un exemple net : la fiscalité. Le système français, qui consiste à frapper les contribuables de taux d'imposition grotesques à force d'être élevés puis à multiplier les niches fiscales, est structurellement immoral. On donne un avantage à ceux qui dépensent du temps, de l'énergie et de l'argent dans une activité stérile pour la société, à savoir, comment utiliser au mieux les ficelles de la fiscalité.
La morale démocratique voudrait que la fiscalité soit compréhensible par tous, de même que les lois, du moins, avec un minimum d'explications.
Les lois aussi souffrent du manque de conception morale de nos politiciens : n'ont-ils jamais entendu que la beauté et l'intelligence étaient atteintes non pas quand il n'y avait plus rien à ajouter mais quand il n'y avait plus rien à retrancher ? L'empilement continue de lois plus ou moins appliquées ridiculise la Loi.
Vous comprenez bien, de la manière dont je l'énonce, que la morale en politique n'est que l'étage supérieur de conceptions intellectuelles justes.
Bien sûr, on trouve les tares que je critique chez nos politiciens dans d'autres pays, mais je pense qu'elles sont particulièrement prononcées chez nous.
Ajout du 22/08 : parmi les idées justes qui manquent à nos politiciens, j'en ai oublié une, fondamentale : l'organisation de leur travail. Tous les témoignages qu'on peut lire montrent que, dans leur grande majorité, ils travaillent énormément mais comme courent des poulets sans tête. Ils travaillent à sauts et à gambades. La cause de cet état de fait est bien connu : le cumul des mandats.
Un des traits les plus frappants de Margaret Thatcher est à la fois une grande capacité de travail et une ténacité à toute épreuve. Cela lui permettait de maîtriser chaque dossier important au moins aussi bien que chacun de ses conseillers spécialisés.
Mais comment un politicien français qui cumule deux, voire trois mandats, sans compter les présidences de commissions Tartempion et de comités Théodule pourrait-il maîtriser ses dossiers ?
J'avais cité le cas exemplaire de JF Coppé quand il était ministre : premier adjoint de Meaux (maire réel), président de la communauté d'agglomérations, député, ministre, porte-parole du gouvernement.
Derrière cela, il ya certainement l'amour du pouvoir et des honneurs, mais en aucun cas celui du travail bien fait.
Enfin, il me faut ajouter un mot personnel. Mes critiques sont violentes. Comme la critique est aisée et l'art difficile, pourquoi ne fais-je pas de politique ? Parce que c'est salissant, je ne crois pas que ça soit un milieu honnête ; parce que je ne pense pas avoir le talent "serre-louches" qu'il y faut ; et enfin, parce que je suis convaincu qu'il se passe des choses bien plus intéressantes en dehors de l'Etat que dedans.
La France souffre de beaucoup de choses, mais je pense que le manque d'idées justes et de morale des politiciens est une cause majeure de souffrance.
Je m'explique :
> les idées justes : chacun, moi le premier, est convaincu que ses idées sont justes. Néanmoins, les idées viennent tôt ou tard à être mises à l'épreuve de la réalité. A ce moment-là, soit elles se révèlent justes et on s'en félicite, soit elles se révèlent fausses.
Dans ce dernier cas, soit on change d'idées, soit on nie la réalité. Suivant les modalités de ce déni, on appelle cela de l'idéologie ou de la bêtise, mais, au fond, c'est la même chose.
Or, ce qui est frappant dans la politique française des deux dernières décennies, c'est la persistance d'idées fausses malgré les démentis de la réalité ; que ça soit sur le rôle de l'Etat, la fiscalité ou les prestations sociales, conceptions cruellement invalidées par un chomâge élevé, une croissance faible et des systèmes sociaux en péril, ou encore, sur la politique étrangère, errements qui se traduisent par une perte d'influence continue, ou encore s'agissant de l'éducation, l'incapacité de beaucoup de jeunes à tenir un raisonnement structuré et à l'exprimer de manière intelligible en témoigne.
Il existe de meilleures conceptions, la réussite de pays comparables en fait foi.
Alors pourquoi nos politiciens restent-ils accrochés à des idées nocives ?
Je pense qu'il y a là une méfiance de la réflexion, un fond d'anti-intellectualisme, associé un manque de pragmatisme. Plutôt que de débattre des idées puis de les décliner en action, on divise l'espace intellectuel en deux : d'un coté, ceux qui discutent sans fin du sexe des anges, à grands coups de pour ou contre le libéralisme ; de l'autre, ceux qui prennent des mesures techniques sans vision d'ensemble.
On reste alors par défaut dans le cadre intellectuel légué par les derniers dirigeants à avoir pensé, structure reposant sur l'étatisme et l'assistanat.
Pourquoi cette sclérose intellectuelle ? Les hommes, même très diplômés, ne sont que des hommes, et l'endogamie tue la pensée. Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense pas beaucoup (ça n'est pas de moi).
La faute aux institutions ? Au conservatisme traditionnel de la société française ? Sans doute un peu de tout cela.
> la morale : si la politique n'emploie pas toujours, loin de la, des moyens moraux, les buts doivent cependant obéir à une certaine morale. Or, ce n'est pas que la morale de nos politiciens soit mauvaise, c'est qu'ils n'en ont pas.
J'entends morale politique, je ne me permettrais de juger de leur morale personnelle, même si le lien est possible.
Je prends un exemple net : la fiscalité. Le système français, qui consiste à frapper les contribuables de taux d'imposition grotesques à force d'être élevés puis à multiplier les niches fiscales, est structurellement immoral. On donne un avantage à ceux qui dépensent du temps, de l'énergie et de l'argent dans une activité stérile pour la société, à savoir, comment utiliser au mieux les ficelles de la fiscalité.
La morale démocratique voudrait que la fiscalité soit compréhensible par tous, de même que les lois, du moins, avec un minimum d'explications.
Les lois aussi souffrent du manque de conception morale de nos politiciens : n'ont-ils jamais entendu que la beauté et l'intelligence étaient atteintes non pas quand il n'y avait plus rien à ajouter mais quand il n'y avait plus rien à retrancher ? L'empilement continue de lois plus ou moins appliquées ridiculise la Loi.
Vous comprenez bien, de la manière dont je l'énonce, que la morale en politique n'est que l'étage supérieur de conceptions intellectuelles justes.
Bien sûr, on trouve les tares que je critique chez nos politiciens dans d'autres pays, mais je pense qu'elles sont particulièrement prononcées chez nous.
Ajout du 22/08 : parmi les idées justes qui manquent à nos politiciens, j'en ai oublié une, fondamentale : l'organisation de leur travail. Tous les témoignages qu'on peut lire montrent que, dans leur grande majorité, ils travaillent énormément mais comme courent des poulets sans tête. Ils travaillent à sauts et à gambades. La cause de cet état de fait est bien connu : le cumul des mandats.
Un des traits les plus frappants de Margaret Thatcher est à la fois une grande capacité de travail et une ténacité à toute épreuve. Cela lui permettait de maîtriser chaque dossier important au moins aussi bien que chacun de ses conseillers spécialisés.
Mais comment un politicien français qui cumule deux, voire trois mandats, sans compter les présidences de commissions Tartempion et de comités Théodule pourrait-il maîtriser ses dossiers ?
J'avais cité le cas exemplaire de JF Coppé quand il était ministre : premier adjoint de Meaux (maire réel), président de la communauté d'agglomérations, député, ministre, porte-parole du gouvernement.
Derrière cela, il ya certainement l'amour du pouvoir et des honneurs, mais en aucun cas celui du travail bien fait.
Enfin, il me faut ajouter un mot personnel. Mes critiques sont violentes. Comme la critique est aisée et l'art difficile, pourquoi ne fais-je pas de politique ? Parce que c'est salissant, je ne crois pas que ça soit un milieu honnête ; parce que je ne pense pas avoir le talent "serre-louches" qu'il y faut ; et enfin, parce que je suis convaincu qu'il se passe des choses bien plus intéressantes en dehors de l'Etat que dedans.
La France a des réactions d'épave dérangée dans son sommeil
Le titre de ce message est de René Char, en des temps dramatiques.
Voici en des termes plus prosaïques :
En France, le refus de la croissance
J'ai lu Bartabas, roman, de Jérome Garcin, et on y trouve anecdotiquement des notations politiques :
Paul Poursaud de Longchamp, raide comme un cavalier qu'il fut, estime que les politiciens sont insupportables et que la France se laisse aller.
Bartabas, pour sa part, immense artiste, s'est fait huer à Avignon pour avoir déclarer devant un parterre d' "intermittents du spectacle" tapageurs : "Un artiste vit au feu de la passion et il doit vivre de son travail. J'emmerde les gros bras de la CGT."
Il a ensuite tempéré son propos en précisant que Zingaro s'est servi à ses débuts du statut d'intermittent. Mais enfin ce qui choquait, c'était le rappel qu'un artiste doit avant tout vivre de son travail et non de la chasse aux subventions.
Les subventions publiques devraient déranger les vrais artistes : où est l'honneur de faire payer à la collectivité des oeuvres que personne ne veut payer de sa poche ?
Si une oeuvre vaut quelque chose, elle trouvera bien un mécène pour l'apprécier. Le recours a un énarque au fond d'un ministère poussiéreux est un terrible aveu de mauvais goût.
Voici en des termes plus prosaïques :
En France, le refus de la croissance
J'ai lu Bartabas, roman, de Jérome Garcin, et on y trouve anecdotiquement des notations politiques :
Paul Poursaud de Longchamp, raide comme un cavalier qu'il fut, estime que les politiciens sont insupportables et que la France se laisse aller.
Bartabas, pour sa part, immense artiste, s'est fait huer à Avignon pour avoir déclarer devant un parterre d' "intermittents du spectacle" tapageurs : "Un artiste vit au feu de la passion et il doit vivre de son travail. J'emmerde les gros bras de la CGT."
Il a ensuite tempéré son propos en précisant que Zingaro s'est servi à ses débuts du statut d'intermittent. Mais enfin ce qui choquait, c'était le rappel qu'un artiste doit avant tout vivre de son travail et non de la chasse aux subventions.
Les subventions publiques devraient déranger les vrais artistes : où est l'honneur de faire payer à la collectivité des oeuvres que personne ne veut payer de sa poche ?
Si une oeuvre vaut quelque chose, elle trouvera bien un mécène pour l'apprécier. Le recours a un énarque au fond d'un ministère poussiéreux est un terrible aveu de mauvais goût.
jeudi, août 16, 2007
José Bové est-il OGM ?

Les OGMs
Je me suis renseigné sur les OGMs puisque j'ai récemment évoqué la question dans un commentaire.
Je vais essayer d'exposer ce que j'ai compris de manière claire.
> Qu'est-ce qu'un OGM ? C'est un organisme génétiquement modifié, c'est-à-dire un organisme dans le génome duquel on a introduit, par le moyen des techniques du génie génétique, une séquence de génome d'un autre organisme pour lui conférer certaines propriétés. Par exemple, on fait produire de l'insuline à des bactéries, parce qu'elle est meilleure que celle qu'on extrayait des pancreas de porcs.
> "Les OGMs sont nocifs pour la santé" ou, plus subtil, "on ne sait pas si les OGMs ne sont pas dangereux pour la santé" : la non-dangerosité de n'importe quoi est par essence impossible à prouver, on peut juste, à force de tests, abaisser la probabilité que ça soit dangereux dans certaines conditions.
C'est d'ailleurs ce qui fait que le trop fameux principe de précaution est idiot. L'argument "on ne peut pas prouver que ce n'est pas dangereux" est malhonnête puisqu'on ne peut JAMAIS prouver que quoi que ce soit n'est pas dangereux. D'ailleurs, tout est dangereux, c'est une question de dose.
Concernant les OGMs, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'ils sont soumis aux mêmes tests que les autres aliments et que, malgré les milliers de tonnes d'OGMs consommés dans le monde, on n'a jamais relevé de problèmes. Par contre, en laboratoire, on a déjà produit des OGMS qui avaient des effets allergènes. Ils n'ont, bien entendu, pas été commercialisés.
> "on ne connaît pas les effets à long terme des OGMs." : oui, puisque les OGMs sont récents, mais il n'y a aucune raison théorique que les OGMs soient plus nocifs que les autres aliments. Les plantes hybrides existent depuis des décennies sans histoires. De plus, c'est une lapalissade, plus le temps passe, plus on connaît les effets à long terme, et, pour l'instant, il n'y en a aucun nocif connu.
> "la dissémination des OGMs fait peser un risque sur la biodiversité / fait peser un risque de transfert de propriétés indésirables (résistance aux antibiotiques par exemple)" : oui c'est vrai, il y a un risque, mais encore faut-il ne pas l'exagérer : la dissémination ne se fait pas sur des milliers de kilomètre et les caractères transmis ont de plus tendance à disparaître en quelques générations. A noter que les champs d'OGMs détruits par les vandales qui se proclament "faucheurs" sont souvent destinés à étudier la dissémination.
>"manipuler le vivant, c'est mal", "c'est de la science frankenstein", etc ... : quand on introduit un gène humain dans un cochon, on ne transforme pas le cochon en homme, il faudrait qu'il y ait toutes les séquences, qu'elles soient dans l'ordre, etc ... On donne juste au cochon la faculté de produire une protéine humaine. Cet argument "frankenstein" est pernicieux car il joue sur l'ignorance et les fantasmes. En fait, si les techniques sont nouvelles, la philosophie ne l'est pas : quand on fait monter un âne sur une jument pour obtenir un mulet, on transfère des milliers de gènes d'âne dans un génome de cheval.
> "breveter le vivant, c'est scandaleux" : en réalité, c'est un procédé pour un usage qui est breveté, pas une séquence génétique. Là aussi, l'argument est fallacieux, ceux qui utilisent cet argument remettent en réalité en cause l'existence des brevets, car il n'y a pas de différence juridique, ni philosophique, ni éthique, entre breveter un procédé électronique, par exemple, et breveter un procédé biologique.
> "les OGMs, c'est se mettre aux mains des multinationales américaines." On va reprocher aux Américains de vouloir exporter ce qu'ils mangent ? Il ne tient qu'à nous de promouvoir la recherche et l'exportations d'OGMs français.
> "on n'a pas besoin des OGMs" : tout dépend de qui est "on".
Si "on", ce sont les occidentaux, les premiers parmi nous à avoir besoin des OGMs sont ... les écologistes ! En effet, il existe des OGMs conçus pour économiser l'eau, les pesticides et les engrais. Cet argument est très important car c'est un de ceux qui révèlent que les anti-OGMs sont de faux écologistes ou des écologistes malhonnêtes, le but qu'ils proclament n'est pas le véritable but qu'ils poursuivent.
Si "on", ce sont les paysans du tiers-monde, il est clair que tout ce qui peut améliorer leurs rendements est souhaitable.
Que conclus-je de tout cela ?
> le moratoire contre la commercialisation des aliments contenant des OGMs adopté par la France est scientifiquement infondé. Que ce moratoire ait un fondement politico-économique (protectionnisme à peine dissimulé), c'est une autre histoire.
> Les anti-OGMs, comme les réchauffistes, ce sont d'ailleurs souvent les mêmes, ne sont pas de véritables écologistes, leurs priorités sont ailleurs que dans l'écologie, puisque les OGMs constituent une solution pour résoudre certains problèmes écologiques. Il s'agit d'anti-libéralisme, de lutte contre la commerce libre (il est vrai que, si ils avouaient de but en blanc "Les OGMs, on s'en fout, ce qui nous gêne, c'est la liberté de commerce.", ils feraient hurler de rire la France entière.). Pourquoi pas ? Mais c'est malhonnête d'avancer masqué.
Bref, ce sont des pastèques, verts dehors, rouges dedans, d'où la photo qui illustre ce message : c'est une pastèque sans grains, mais qui n'est pas un vrai OGMs puisqu'elle a été obtenue par une technique classique d'hybridation.
> en résumé, les OGMs constituent un progrès intéressant qu'il faut utiliser avec précaution mais c'est justement ce qui est fait, y compris aux Etats-Unis.
Puis-je, à propos, conclure par une digression ? Je sais que les Etats-Unis sont le pays du malheur libéral et que rien ne vaut pour le bonheur des peuples l'étatisme à l'européenne.
C'est probablement un pur hasard que les USA n'aient eu ni scandale du sang contaminé ni affaires de vache folle. Moi, je dis ça, comme ça, au passage.
lundi, août 13, 2007
Discipline scolaire et discipline intellectuelle

On parle souvent de problèmes de discipline, et même de sécurité, à l'école, et plus spécialement à l'école publique.
Les fonctionnaires de l'éducation nationale, enseignants et administratifs, sont alors prompts à se défausser, jusque sur ce blog, sur l'extérieur : manque d'effectifs, société violente (plus violente qu'en 1920 ? Il faut voir) et pourquoi pas, la faute à l'ultra-libéralisme débridé et "totalitaire".
On fait mine d'oublier que la violence à l'école est un problème de l'école et que la cause principale, si ce n'est unique, doit, en toute logique, d'abord en être cherchée dans l'école.
Passons rapidement sur l'aspect matériel des choses : il est bien possible qu'avec des écoles plus petites, des pouvoirs disciplinaires plus importants, plus de surveillants, les choses iraient mieux. Mais l'éducation nationale n'étant pas en sous-effectifs, il est difficile d'affirmer que la cause des problèmes de discipline et de violence est dans le manque de moyens.
Peut-être les moyens y sont-ils globalement, mais mal utilisés, mal répartis, ils sont sans effet. L'hypothèse est déjà plus intéressante. Ca n'est pas un secret que l'inefficacité de l'éducation nationale la place au rang d'une administration soviétique.
Mais je crois que le problème est avant tout dans les têtes de ceux qui devraient promouvoir la discipline.
La discipline scolaire est une condition et un produit de la discipline intellectuelle.
C'est pour apprendre en classe qu'on a besoin de discipline et c'est parce qu'on a appris et qu'on est en train d'apprendre, pour le dire autrement, parce qu'on a la tête bien faite et bien pleine, qu'on est capable de discipline, et même que la discipline vient naturellement.
Un musicien bien formé se crée sa propre discipline de gammes et de répétitions.
Il en est de même à l'école : un élève avec quelques années d'expérience, encore faut-il qu'il ait été bien formé à des habitudes de travail, se plie de lui-même à la discipline, d'autant plus dans les matières qu'il aime. Ou, si il conteste la discipline, ce qui évidemment arrive, il connaît certaines limites, sauf cas extrême et par définition rare.
Des habitudes de travail, une certaine méthode d'apprentissage, des cours progressifs et structurés assurent de soi l'essentiel de la discipline. Les bons profs que j'ai connus élevaient très rarement la voix, pour ne pas dire jamais, et pourtant, ça n'était pas le foutoir.
Mais, si c'est le savoir lui-même qui est sans structure, amorphe, si on apprend tout et rien, si on ne doit pas travailler mais se faire plaisir, si en histoire, on fait du Français, si en biologie, on fait des maths, si la pédagogie est brouillonne et frustrante, si les classes mélangent des niveaux incompatibles, si on va du complexe vers le simple, si tout n'est qu'opinion, comment apprendrait-on la discipline scolaire là où il n'y a pas la discipline intellectuelle, et, ne l'ayant pas apprise, comment pourrait on la pratiquer ?
Or ce que je décris avec des "si" existe : c'est tout bonnement sous une forme simplifiée les méthodes et les programmes préconisées par notre éducation nationale.
Qu'on ne s'étonne plus alors qu'il n'y ait pas de discipline scolaire, puisqu'on a tout fait pour détruire la discipline intellectuelle qui en était la raison d'être.
Ces histoires de discipline ne sont donc pas des lubies de nostalgiques de la blouse grise, mais un fondement de l'enseignement.
On en revient indirectement aux programmes scolaires : puisque les programmes (les programmes scolaires au piquet) sont sans queue ni tête, comment espérer que l'école fonctionne ?
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