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mercredi, mai 15, 2019

Mon épineux problème de style en littérature

J’aime lire Hugo, Stendhal, Duteurtre, Gracq … Ce sont des stylistes. Mais je ne sais pas définir le style.

Je n’aime pas Genevoix (sauf Ceux de 14) parce qu’il y a trop d’adjectifs (souvent abscons) et trop d’adverbes. Ni Proust : les phrases à rallonge m’endorment encore plus vite qu’un discours de Macron. Ce sont des exceptions : en général, j’ai du mal à définir précisément pourquoi je n’aime pas le style de tel ou tel auteur. Je ne suis jamais vraiment intéressé à la question du style.

Dans une démarche scientifique, j’ai vaguement essayé de mesurer la longueur des phrases ou des mots, mais ce n’est pas cela.

Bref, mystère.

mardi, octobre 02, 2018

Les liaisons dangereuses (Choderlos de Laclos) et les lettres de Madame de Sévigné

Les liaisons dangereuses font partie de ces livres que j’ai essayés plusieurs fois de lire sans succès. 

Puis là, après le film Mlle de Joncquières, c’est venu tout seul.

Je ne vais pas vous analyser cette œuvre. Cela a déjà été fait cent fois.

Quelques remarques.

La langue classique du XVIIème et du XVIIIème est très agréable.

Le Valmont et la Merteuil sont des enfoirés, je n’arrive pas à m’attacher ces personnages immoraux. Je ne suis pas spécialement puritain, mais des héros qui prennent plaisir à corrompre des innocences

Les traits de caractère des personnages sont très bien vus. Lire la lettre CXXX, le « viol » de la petite Volanges (15 ans). Nous sommes des kilomètres d’intelligence au–dessus de #MeToo. Laclos est à Caroline de Haas ce qu’une Ferrari 250 California est à un tracto-pelle.

Et la petite Marie de Rabutin-Chantal, épouse, puis veuve, Sévigné ? C’est un peu avant.

J’ai du mal avec les beautés classiques. En regardant les portraits, je les trouve rarement extraordinaires, à part Diane de Poitiers, à la beauté très moderne avec ses longues jambes, et la Pompadour, qui a l’air d’avoir de la tenue ... La Sévigné me paraît assez moche.

Mais ses lettres sont d’une finesse et d’une élégance qu’on ne trouve plus de nos jours.



samedi, février 20, 2016

Décès de Umberto Eco



On remarquera que le méchant s'appelle Jorge !




samedi, juillet 04, 2015

Tombeau pour une touriste innocente

Rien n’est jamais plus beau qu’une touriste blonde
Qu’interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d’un pirate aux façons très courtoises
Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n’avait du monde qu’une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution
Point de lieu à la ronde qui ne fût excursion
Rien ici ou là-bas qui ne fût évasion
Pour elle les pays étaient terres de passion
Et de révélation et de consolation
Pour elle les pays étaient terres de loisirs
Pour elles les pays n’étaient que communion
On en avait banni les dernières séditions
Pour elle toutes les terres étaient terres de plaisir
Pour elle les nations étaient lieux d’élection
Pour elle les nations n’étaient que distraction
Pour elle les nations étaient bénédiction
D’un bout du monde à l’autre et sans distinction
Toute petite elle disait avoir été violée
Par son oncle et son père et par un autre encore
Mais elle dut attendre ses trente et un balais
Pour revoir brusquement ce souvenir éclore
Elle avait terminé son second CDD
Mais elle envisageait d’autres solutions
Elle voulait travailler dans l’animation
Pour égayer ainsi nos fêtes de fin d’année
Elle cherchait à présent et pour un prix modique
À faire partout régner la convivialité
Comme disent les conseils en publicité
Elle se qualifiait d’intervenante civique
Elle avait pris contact avec plusieurs agences
Et des professionnels de la chaude ambiance
Elle était depuis peu amie d’un vrai artiste
Musicien citoyen jongleur équilibriste
Grand organisateur de joyeuses sarabandes
Le mercredi midi et aussi le samedi
Pour la satisfaction des boutiques Godassland
Créateur d’escarpins cubistes et nabis
Elle aussi s’entraînait à des tours rigolos
En lançant dans les airs ses propres godillots
Baskets bi-matières à semelles crantées
Les messages passent mieux quand on s’est bien marré
Au ministère social des Instances drolatiques
Elle avait exercé à titre de stagiaire
L’emploi de boîte vocale précaire et temporaire
Elle en avait gardé un souvenir érotique
Elle avait également durant quelques semaines
Remplacé une hôtese de chez Valeurs humaines
Filiale fondamentale de Commerce équitable
Où l’on vend seulement des objets responsables
Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l’art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires
Tee-shirts Andrée Putman et gabardines de Storck
Et pendentifs Garouste et pochettes d’Aristorque
Soquettes respectueuses amulettes charitables
Objets de toutes sortes et toujours admirables
Étoles alternatives et broches-tolérance
Et bracelets-vertu et tissus-complaisance
Et blousons-gentillesse et culottes-bienveillance
Consommation-plaisir et supplément de sens
Café labellisé bio-humanisé
Petits poulets de grain ayant accès au pré
Robes du Bangladesh jus d’orange allégé
Connotation manouche complètement décalée
Sans vouloir devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu’on peut acheter plus juste
Et que l’on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste
Et qu’il faut exiger sans cesse et sans ambage
La transparence totale dedans l’étiquetage
Comme dans le tourisme une pointilleuse éthique
Transformant celui-ci en poème idyllique
À ce prix seulement loin des sentiers battus
Du vieux consumérisme passif et vermoulu
Sort-on de l’archaïque rôle de consommateur
Pour s’affirmer enfin vraiment consom’acteur
Elle faisait un peu de gnose le soir venu
Lorsqu’après le travail elle se mettait toute nue
Et qu’ayant commandé des sushis sur le Net
Elle les grignotait assise sur la moquette
Ou bien elle regardait un film sur Canal-Plus
Ou bien elle repensait à ses anciens amants
Ou bien elle s’asseyait droit devant son écran
Et envoyait des mails à des tas d’inconnus
Elle disait je t’embr@sse elle disait je t’enl@ce
Elle faisait grand usage de la touche arobase
Elle s’exprimait alors avec beaucoup d’audace
Elle se trouvait alors aux frontières de l’extase
Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provocants simplement émouvants
Elle aimait que les livres soient de la dynamite
Qu’ils ruinent en se jouant jusqu’au dernier des mythes
Ou bien les reconstruisent avec un certain faste
Elle aimait les auteurs vraiment iconoclastes
Elle voulait trois bébés ou même peut-être quatre
Mais elle cherchait encore l’idéal géniteur
Elle n’avait jusqu’ici connu que des farceurs
Des misogynes extrêmes ou bien d’odieux bellâtres
Des machistes ordinaires ou extraordinaires
Des sexistes-populistes très salement vulgaires
Des cyniques égoïstes des libertins folâtres
Ou bien des arnaqueurs elle la trouvait saumâtre
Elle se voyait déjà mère d’élèves impliquée
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés
Qui se cachent derrière leur prétendu savoir
Faute d’appréhender un monde en mutation
Qui sans doute a pour eux l’allure d’un repoussoir
Quand il offre à nos yeux tant de délectations
Comme toutes les radasses et toutes les pétasses
Comme toutes les grognasses et toutes les bécasses
Elle adorait bien sûr Marguerite Durasse
De cette vieille carcasse elle n’était jamais lasse
Elle s’appelait Praline mais détestait son nom
Elle voulait qu’on l’appelle Églantine ou Sabine
Ou bien encore Ondine ou même Victorine
Ou plutôt Proserpine elle trouvait ça mignon
Elle faisait un peu de voile et d’escalade
Elle y mettait l’ardeur qu’on mettait aux croisades
Elle se précipitait sous n’importe quelle cascade
Elle recherchait partout des buts de promenade
Chaque fois qu’elle sortait avec une copine
Elle se maquillait avec beaucoup de soin
Soutien-gorge pigeonnant et perruque platine
Encore un coup de blush pour rehausser son teint
Orange fruité Fard Pastèque de chez Guerlain
Bottines en élasthane blouson cintré zippé
Sac pochette matelassé et bracelet clouté
Ou alors pour l’hiver une une veste en poulain
Ou un top manches fendues en jersey de viscose
Jupe taille élastiquée en voile de Lurex
Tunique vietnamienne décorée de passeroses
Sans rien dessous bien sûr pas même un cache-sexe
Elle disait qu’il fallait réinventer la vie
Que c’était le devoir d’un siècle commençant
Après toutes les horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s’était déjà bien investie
De temps en temps chez elle rue des Patibulaires
Elle mobilisait certains colocataires
Afin d’organiser des séances de colère
Contre l’immobilisme et les réactionnaires
Elle exigeait aussi une piste pour rollers
Deux ou trois restaurants à thème fédérateur
L’installation du câble et d’un Mur de l’Amour
Où l’on pourrait écrire je t’aime sans détour
Elle réclamait enfin des gestes exemplaires
D’abord l’expulsion d’un vieux retardataire
Puis la dénonciation du voisin buraliste
Dont les deux filles étaient contractuelles lepénistes
Le Jour de la Fierté du patrimoine français
Quand on ouvre les portes des antiques palais
Elle se chargeait d’abord de bien vérifier
Qu’il ne manquait nulle part d’accès handicapés
Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Grossesse
Qu’il ne manquait nulle part d’entrées Spécial Tendresse
Qu’on avait bien prévu des zones anti-détresse
Qu’il y avait partout des hôtesses-gentillesse
Faute de se faire percer plus souvent la forêt
Elle avait fait piercer les bouts de ses deux seins
Par un très beau pierceur sans nul doute canadien
Qui des règles d’hygiène avait un grand respect
Avec lui aucun risque d’avoir l’hépatite B
Elle ne voulait pas laisser son corps en friche
Comme font trop souvent tant de gens qui s’en fichent
Elle pensait que nos corps doivent être désherbés
Elle croyait à l’avenir des implants en titane
Phéromones synthétiques pour de nouveaux organes
Elle approuvait tous ceux qui aujourd’hui claironnent
Des lendemains qui greffent et qui liposuccionnent
Elle avait découvert le théâtre de rues
Depuis ce moment-là elle ne fumait plus
Elle pouvait à nouveau courir sans s’essouffler
Elle n’avait plus honte maintenant de s’exhiber
Elle attendait tout de même son cancer du poumon
Dans dix ou quinze années sans se faire trop de mouron
Elle préparait déjà le procès tâtillon
Qu’elle intenterait alors aux fabricants de poison
Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s’était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin
Elle avait parcouru l’Inde le Japon la Chine
La Grèce l’Argentine et puis la Palestine
Mais elle refusait de se rendre en Iran
Du moins tant que les femmes y seraient mises au ban
L’agence Operator de l’avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d’une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants
On lui avait parlé d’un week-end découverte
Sur l’emplacement même de l’antique Atlantide
On avait évoqué une semaine à Bizerte
Un pique-nique à Beyrouth ou encore en Floride
On l’avait alléchée avec d’autres projets
Une saison en enfer un été meurtrier
Un voyage en Hollande ou au bout de la nuit
Un séjour de trois heures en pleine Amazonie
Cinq semaines en ballon ou sur un bateau ivre
À jouir de voir partout tant de lumières exquises
Ou encore quinze jours seule sur la banquise
Avec les ours blancs pour apprendre à survivre
Une randonnée pédestre dans l’ancienne Arcadie
Un réveillon surprise en pleine France moisie
Une soirée rap dans le Bélouchistan profond
Le Mexique en traîneau un week-end à Mâcon
Elle est morte un matin sur l’île de Tralâlâ
Des mains d’un islamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita
C’était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n’étaient que virtuelles
Philippe Muray (2003)

mardi, mars 11, 2014

Dalrymple sur Conrad

The noble Conrad

Joseph Conrad est une illumination de jeunesse. La découverte de Nostromo fut pour moi un bonheur de lecteur.

J'ai peu de ces illuminations, Simon Leys, par exemple. Cependant, les livres de valeur se livrent à moi plus difficilement. J'ai du m'y reprendre à plusieurs fois pour lire Montaigne, Pascal, Stendhal, Homère, Dumas, Tolstoï ...

Il serait ridicule que je fasse l'éloge de Conrad. Je ne peux que vous conseiller de le lire.

On dit souvent qu'il a eu une carrière en cloche, culminant avec les chefs d'oeuvre du Coeur des ténèbres (qui a inspiré le film Apocalypse Now) à Lord Jim. On pourrait en discuter longuement.

En tout cas, Conrad est un contre-exemple de tous les déterminismes : Polonais né à sept cent kilomètres de la mer, il devient marin, pense en français (d'après un de ses amis) et écrit dans un anglais exceptionnel.




dimanche, juillet 15, 2012

Je n'aime pas la littérature

Je n'aime pas la littérature.

Je lis, environ quarante livres par an. Mais je lis essentiellement pour m'instruire, motivation anathème aux yeux d'un amoureux de la littérature. Il m'arrive rarement de lire par pur plaisir des mots.

Ma première défiance est vis-à-vis des littérateurs. Ayant été formé en grande partie par mes lectures de jeunesse sur la seconde guerre mondiale, j'en ai conçu un profond mépris des gens-de-lettres, mépris qui ne m'a plus quitté.

Ces gens se payent de mots. L'archétype de ces salopards à plume est Sartre, ou Aragon : les appels au meurtre à partir de la terrasse du Flore devraient faire vomir tout homme bien-né.

Je me méfie un peu moins des écrivains qui, disposant d'une fortune personnelle, peuvent se passer momentanément d'être publiés.

Mais enfin, tout cela, à quelques exceptions, ce n'est pas du monde bien. C'est un milieu de bonimenteurs et de charlatans où l'on ignore le culte de l'idée juste et de l'action droite, où un bon mot, une habile pirouette, font passer une idée fausse.

Ensuite, la littérature pour la littérature n'a jamais éveillé chez moi beaucoup d'intérêt. Au bout de quelques pages, cela me paraît un songe creux, et vain. C'est vite à mes yeux un exercice de cuistre essayant d'attirer l'attention d'autres cuistres pour ensuite comparer dans des salons choisis leurs cuistreries.

Et pourtant, me direz vous, je prends plaisir à la lecture de Stendhal ou de Flaubert. Certes, mais ce sont des exceptions. De même que j'ai lu Le rivage des Syrtes avec boulimie, mais c'est le seul ouvrage de Julien Gracq qui ne m'est pas tombé des mains.

Cependant, la littérature est plus que jamais nécessaire, car elle préserve de l'utilitarisme qui envahit notre monde. Je la considère à l'égal de l'huile de foie de morue : il en faut, c'est sain, mais c'est une corvée.



jeudi, janvier 21, 2010

Mon petit hommage à Albert Camus

A la fin des années 80, au lycée, nous étions deux camarades à disputer, lui était sartrien, moi camusien. Il y a de heureux hasards : Alphonse Boudard expliquait qu'il avait rejoint la Résistance parce que son ennemi intime dans le quartier était pour la Milice.

Certes, Sartre était plus brillant que Camus, mais où cela l'a-t-il mené ? Cette aisance supérieure à manier idées, concepts et mots l'a-t-elle conduit à une meilleure analyse ? Que nenni, l'intelligence est chose fugitive. Il ne suffit pas d'épater le germanopratin pour avoir raison. Avec le recul, on s'aperçoit que Camus tient bien mieux la route que Sartre.

Camus a été un vrai résistant. Sartre a joué au résistant (de la dernière heure). Parmi mille faits, celui-ci dit bien la différence entre les deux.

Les années de jeunesse sont des années de formation. Elles marquent. J'ai eu la chance d'avoir de bons maîtres et de saines lectures, c'est-à-dire des lectures exigeantes. Je comprends, à ce qu'on me raconte, que de moins en moins d'élèves de l'école publique ont cette chance et je le regrette amèrement.

Il y a longtemps que je n'ai pas ouvert un livre d'Albert Camus, peut-être vingt ans, les œuvres de Camus dans la Pléïade sont quelque part chez mes parents.

Pourtant, j'en garde l'empreinte. Je dois à Camus une bonne part de ce que je suis intellectuellement.

mercredi, avril 15, 2009

Maurice Druon est mort (2)

Je regretterai qu'il n'ait pas pu publier le quatre tomes programmés de ces mémoires car le premier était bien plaisant.

Je pense également à deux de ses citations :

«Il y a en France deux partis de gauche, dont un se nomme la droite.»

Cela correspond exactement à mon analyse de la politique en France et les agissements du gouvernement Sarkozy en confirment chaque jour la pertinence.

«François Bayrou : personnage secondaire et qui le restera.»

Cette définition lui avait valu une réplique cinglante de l'offensé. Je n'aime pas Bayrou, mais il faut bien reconnaître qu'il est le dernier polticien à écrire français correctement et avec style. Une polémique Druon-Bayrou, ça a plus de gueule qu'une polémique Royal-Sarkozy.

La réponse de Bayrou était plus dans l'air du temps, plus charmeuse, voire plus démagogue, mais je pense que c'était Druon qui avait raison.

Enfin, sa lutte contre la féminisation inappropriée de la langue française, bien que d'arrière-garde pour les avant-gardes, était de pur bon sens.

Ceux qui disent la ministre ou, encore plus horrible, la maire (de Lille), montrent trois choses :

> un goût d'égout, car existe-t-il plus disgracieux que «la maire» ?

> une ignorance crasse de la langue française. «Le ministre» n'indique pas plus le sexe du titulaire que «la sentinelle» n'indique les tendances homosexuelles des militaires en guérite.

> un sexisme réel bien qu'inconscient. Insister pour dire «la ministre» suppose que le sexe du ministre a une importance (1).

Cependant, ces calembredaines de féminisation des noms de fonction ont une grande utilité : c'est un filtre à cons rapide, efficace et peu couteux.

Tout journal écrivant «la ministre» se retrouve immédiatement au panier (cas de plus en plus fréquent du journal Le Monde), tout bonimenteur radiophonique souffrant de cette tare a la chique coupée illico presto.

De plus, il me plaît qu'après la défense héroïque des cadets de Saumur, à laquelle il participa avec Michel Debré, il se soit réfugié à Montaigne, dans la propriété de Michel (2).

Enfin, certains auteurs de merde commencent déjà à cracher sur sa tombe (3), ce qui prouve qu'il dérange encore.

(1) : quand le ministre est DSK, son sexe a une importance : il le met n'importe où et ça fait des histoires. Mais c'est un autre problème.

(2) : si vous ne le savez pas encore, apprenez que les amateurs de Montaigne forment une étrange confrérie, des fils invisibles les lient à travers l'espace et le temps, des goûts communs.

(3) : Pierre Assouline est le parfait petit scribouillard degôche, petit soldat de la bien-pensance.

mercredi, novembre 19, 2008

Les champs d'honneur / Des hommes illustres / Le monde à peu près (Jean Rouaud)

La trilogie familiale de Jean Rouaud est toute en finesse. En deux ou trois images, il vous rend une ambiance, une époque.

De plus, ces livres sont très agréables à lire.

On ne découvre pas tous les jours un nouvel écrivain de cette qualité.

samedi, octobre 25, 2008

Dans quelle édition lire Montaigne ?


Question lancinante pour qui veut lire ce bon Michel : dans quelle édition lire Montaigne ?

Première option, radicale : l'édition dite municipale, en fac-similé. Vous n'en trouverez pas d'exemplaire à moins de 1000 € et c'est très difficilement lisible. Bref, réservé, aux aventuriers ou aux montagnistes chevronnés, et riches.

Deuxième option, la douceur : l'édition Arlea, légèrement transposée en Français moderne. C'est le point le plus extrême que je vous conseille en matière de transposition moderne. Il existe des éditions encore plus audacieuses mais elles sont une trahison.

Finalement, c'est pas mal pour un débutant.

Troisième option : l'édition de la Pleïade. Malheureusement, la dernière édition est cauteleuse. En effet, pour faire un coup éditoriale, Gallimard n'a pas pris comme référence l'édition de 1588 augmentée des annotations de Montaigne, la dernière du vivant de Montaigne, donc revue et corrigée par lui, mais la suivante, qui remaniée par sa «fille d'alliance» est sujette à caution.

Quatrième option : l'édition immédiatement antérieure de la Pléïade (de 1997 il me semble), celle qui se basait sur l'édition de 1588, mais elle est alourdie de notes spécieuses et, surtout, renvoyées en fin d'ouvrage, ce qui est plaie de la lecture.

Cinquième option : la première édition de la Pléïade, de 1958. Gallimard n'avait pas encore entrepris de gagner le championnat du monde d'érudition et de snobisme, elle est légère, les notes sont en bas de page, donc pratiques et on en trouve des exemplaires en très bon état chez les bouquinistes pour une somme modeste.

Il y en a même à vendre sur internet.

De loin, ma préférence.

mercredi, mars 12, 2008

De l'art de conférer

Suite aux débats récents sur ce blog, je vous présente De l'art de conférer, huitième chapitre du livre III des Essais.

Blaise Pascal, qui n'aimait pas Montaigne, trouvait pourtant ce chapitre extraordinaire.

Comme Montaigne n'est pas facile à lire, j'ai fait quelques commentaires entre crochets et j'ai passé au bleu les passages qui me semblaient indispensables.

Certains comprendront peut-être pourquoi j'ai supprimé les commentaires anonymes.

De l'art de conférer

mardi, novembre 13, 2007

Instruction : pour Maurice Genevoix

Maurice Genevoix fait partie, comme Stendhal, Péguy ou Maupassant, de ces auteurs qui n'ont pas l'heur de plaire à notre tribu enseignante.

Passons sur le fait que, le niveau baissant, les élèves sont de moins en moins capables d'apprécier des œuvres un peu fines, ironiques et complexes ; tout n'est pas perdu de ce coté.

On peut trouver Zola et Hugo, auteurs recommandés, assommants ; à condition de ne pas le dire car ce serait un blasphème.

Par dessus les auteurs bien vus, on ajoute deux louches de littérature jeunesse misérabiliste, pour achever d'orienter les élèves, et, hop, le tour est joué, voilà formés des «citoyens» (comprendre : de bons petits soldats pour les démagogues de gauche).



Mais, on ne fournira surtout pas aux élèves l'occasion de se frotter à des individualistes, qui prennent leurs distances avec le troupeau et les passions collectives, qui restent sur leur quant-à-soi, dont la fierté ne se soumet pas à l'exaltation de la «bonne cause», des sceptiques devant les enthousiasmes panurgesques. Lucien Leuwen passe ton chemin.

Le cas de Maurice Genevoix est intéressant. On ne peut pas dire que ces œuvres soient de droite, mais ne pas être de gauche suffit à le condamner aux oubliettes.

La qualité de ses écrits n'est pas en cause, elle fait l'unanimité, et l'intérêt de Raboliot ou de La boite à pêche pour des jeunes est difficilement contestable, sauf bien sûr à prendre les élèves des imbéciles capables seulement de s'intéresser à ce qui leur ressemble.

Le vrai crime de Genevoix, qui l'expédie dans l'enfer des bibliothèques scolaires, est tout entier dans ses livres :

> il a pu décrire la guerre, et de quelle façon, sans jamais en accuser la capitalisme et la lutte des classes.

> ses héros sont des paysans, des braconniers et des pêcheurs, pas des ouvriers. Raboliot n'était pas plus riche que Lantier, mais surement moins apte à éveiller la conscience de classe des élèves, à faire d'eux des «citoyens», au sens si particulier que donnent à ce mot nos servants du gauchisme.

> Genevoix, écrivain naturaliste, qui connaissait mieux la nature que tous les élus écologistes de Paris pris ensemble, n'a jamais eu un mot pour un parti politique écologiste.

> Dans Trente mille jours, il a expliqué sans équivoque son refus d'être un écrivain engagé.

Non, vraiment, Genevoix, passé aux critères de notre populace enseignante, c'est pas du monde bien.

Alors, il reste lu par les «happy few» qui ont eu la chance d'être séduits, hors de l'école, par un de ses livres. Il est ainsi dans le même cas que Stendhal, Montherlant, Morand, Maupassant, Péguy et même Proust. Fameuse compagnie, au demeurant.

Mais c'est tout de même rageant. (Ca permet des allitérations en "an" qu'aurait vigoureusement condamnées Flaubert).



(Les lecteurs de Ceux de 14 auront reconnu dans la première photo ce portrait que Genevoix s'est fait tirer en permission à Verdun avant de retourner aux Eparges.)