samedi, février 28, 2009

Le bonheur en J3

Je suis actuellement en place avant d'un J3 en tours de piste à St Cyr. Nous survolons le bout du grand canal. Et j'écoute le Glenn Miller Orchestra avec mon iPhone pour me mettre dans l'ambiance de l'avion.

Le bonheur !

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Bon, vous avez compris que la première partie de ce message a été rédigée dans le J3 depuis mon iPhone. Voici en prime les photos (la lentille de l'iphone déforme) et Glenn Miller :





Crise : boom or bust ?

Nous vivons dans un monde très incertain, chacun de vous, lecteurs, et moi aussi, pouvons être morts dans cinq minutes mais, en temps habituels, nous sommes assez forts pour nous le cacher.

Cependant, il arrive que nous soyons impuissants à nous dissimuler cette vérité fondamentale. On appelle généralement cet épisode de lucidité douloureuse une crise.

L'un des traits les plus cruellement comiques de celle que nous vivons tient à tous ces pontes qui viennent pérorer dans les medias avec la suffisance des imbéciles, pour nous expliquer de quoi demain sera fait.

Economiste n'est pas seulement une profession inutile, c'est une profession nuisible car les économistes créent de fausses certitudes.

Pour ma part, je suis convaincu que les mesures des gouvernements européens et américains vont transformer la récession en dépression. Mais je n'y attache pas plus d'importance que cela : je ne me fais guère d'illusions sur mes capacités prédictives.

Il se peut tout aussi bien que les sociétés se révèlent plus dynamiques, notamment aux USA, que l'on suppose et que les prochains mois voient s'installer une reprise qui permettra d'éponger, au moins partiellement, dettes publiques et dettes privées.

Décidément, le monde est une branloire pérenne !

Je tiens à ce rappel : certaines choses qui vont sans dire vont encore mieux en les disant.

jeudi, février 26, 2009

Deuxième brève BP + CA

J'ai peut-être été un peu allusif précédemment. Je vais être plus explicite. La fusion BP + CA est totalement idiote :

> un des facteurs aggravants de la crise est que les banques sont tellement grosses que, de «too big to fail», elles sont devenus «too big to be saved».

La sagesse d'après-crise commande donc de ne pas augmenter la taille des banques. Cette fusion confirme ce que je pense, à savoir que nos politiciens sont restés figés dans des schémas intellectuels d'avant-crise.

> le mariage d'un aveugle et d'un paralytique n'a jamais fait une équipe olympique (sauf aux jeux handisports).

> les fusions «entre égaux» sont encore plus suceptibles que d'autres d'échouer (environ 70 % d'échecs). C'est d'autant plus vrai dans le cas qui nous occupe que la première ébauche de rapprochement, la banque commune Natixis, est un naufrage retentissant et couteux (chaque mois, Natixis annonce quelques milliards supplémentaires de pertes).

> le pouvoir politique pourrit tout ce qu'il touche en économie, surtout les banques (le désastre du Crédit Lyonnais est l'exemple le plus célèbre, mais il est loin d'être le seul).

> parachuté et énarque, ça fait deux excellentes raisons pour François Pérol de se montrer très mauvais PDG (L'IFRAP a tenu un compte des «succès» des énarques parachutés, c'est édifiants).

> je comprends que Philippe Dupont, actuel PDG de Natixis, ferait partie de la nouvelle direction, ce qui serait une application du principe fameux «on ne change pas une équipe qui perd». Je rappelle le principe einsteinien contraire «il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre.» A vous de voir lequel de ces principes vous semble le plus intelligent.

> last but not least, on aurait essayé de se mettre le personnel des deux banques à dos, on ne s'y serait pas pris d'autre manière dans la décision et son annonce.

En résumé, on a bien fait tout ce qu'il fallait pour que cette fusion échoue. Maintenant, il se peut que, par le plus grand des hasards, elle réussisse.

Nota : de plus, la fusion des logos Caisses d'Epargne et Banques Populaires donnerait quelque chose de vraiment horrible. Je sais bien que ces critères esthétiques sont totalement hors de portée des éminences qui nous gouvernent mais je ne doute pas que vous, fidèles lecteurs, avez suffisamment de goût et d'intelligence pour ne pas négliger ces choses.

Procès Colonna : de la fiabilité des témoins

Au procès Colonna, les témoins se contredisent entre eux et par rapport à leurs précédentes déclarations. Ca ne me surprend pas.

Ma surprise est inverse : que l'on attache tant d'importance aux témoignages si longtemps après les faits.

Les phénomènes liés à la mémoire sont très étudiés. Or, ces études me semblent négligées par la police et par la justice. D'ailleurs, il n'est pas besoin d'études très modernes : à partir de considérations sur les aveux extorqués sous la torture, Montaigne généralisait sur la fragilité du témoignage humain.

Les témoignages précoces sont déjà peu fiables, les témoignages tardifs devraient être exclus.

On sait très bien que le temps qui passe peut engendrer de fantastiques divergences. Nous sommes bons pour retenir des faits généraux, le 12 avril 1963, Monique a rencontré Robert, pas des faits précis, la couleur de la nappe, le nombre de verres sur la table.

Quelqu'un qui a vu une voiture bleue peut déclarer en toute bonne foi des années plus
tard que c'était un camion rouge.

Alors, comment un témoin peut-il affirmer dix ans après les faits que l'homme entrevu dans la pénombre était ou n'était pas Ivan Colonna ?

Surtout, dans un cas aussi important, à force de repasser les images dans sa tête, un témoin peut s'auto-persuader, éliminer le doute, devenir avec le temps plus convaincu qu'il n'était initialement.

Ca n'a pas de sens.

Je sais bien que l'on s'accroche aux témoignages faute de mieux. J'espère que les jurés auront la sagesse d'être très critiques vis-à-vis de ces témoignages tardifs.

Et, si le doute doit bénéficier à l'accusé, qu'il en soit ainsi ; et pourtant, Dieu sait si je déteste la cause, les méthodes, les valeurs, que représentent Ivan Colonna, qui est un prototype de fermeture intellectuelle, d'autisme culturel.

Brève : Pérol, Sarkozy, les fusions bancaires orchestrées par l'Etat

Je ne vois pas là de quoi fouetter un chat, rien de nouveau sous le soleil : c'est l'Etat français tel qu'il dysfonctionne de manière habituelle.

Par caprice, par le fait du prince, l'Etat place ses hommes, manoeuvre et s'impose dans des domaines (la banque par exemple) qui ne le regardent en rien tandis qu'il néglige totalement ses véritables responsabilités (le déficit public par exemple).

Pour plus d'opinion : cf Guy Sorman.

Je suis d'accord avec lui : l'Etat français est le plus mal géré d'Europe, il est géré par des énarques. Il y a sans doute un rapport entre la mauvaise gestion et les mauvais gestionnaires (pourquoi les énarques sont mauvais gestionnaires s'explique, mais c'est une autre histoire).

La folie injectrice (26) : «faire appel au à l'aide de l'Etat,» qu'ils disaient

Ces derniers temps, j'entends beaucoup cette expression «faire appel à l'aide de l'Etat», à propos de la bagnole, de la banque, des agriculteurs, des chômeurs, etc ...

Rappelons que, comme le disait très justement Bastiat, l'Etat est une fiction.

«faire appel à l'aide de l'Etat» signifie, sous des dehors anodins, une action très violente : «demander à l'Etat qu'il utilise sa force pour prendre aux contribuables sans leur approbation -c'est-à-dire les voler- de l'argent à mon profit.»

Ceux qui «font appel à l'aide de l'Etat» posent donc ouvertement leur candidature comme receleurs du vol étatique.

Ce n'est pas joli-joli. Mais quand c'est dit par un technocrate en costume et cravate, comme Carlos Goshn, ça passe beaucoup mieux.

mardi, février 24, 2009

Quelles sont les qualités pour faire un bon PDG ?

Je continue l'exploitation de Black Swan.

Le monde est beaucoup plus chaotique et désordonné que les hommes, à part quelques exceptions comme Montaigne, Poincaré et moi, l'imaginent habituellement. Les gens de pouvoir ont donc beaucoup moins d'influence sur le cours des choses qu'ils le croient et s'en glorifient. Le hasard joue un rôle majeur.

Un homme de pouvoir véritablement intelligent (ils sont rares : un gouvernant se distingue surtout par son ego surdimensionné qui lui permet de prendre des décisions qui effrayeraient de plus modestes, pas par son intelligence) comme Churchill n'hésitait pas à le reconnaître.

NNT cite l'exemple de hauts dirigeants d'une société qui l'employait. Ils se sont réunis pour élaborer un génial plan à cinq ans. Six mois plus tard, cette société faisait faillite et ils étaient tous mis à la porte.

Etant entendu qu'un PDG a beaucoup moins d'influence que lui et ses courtisans le croient, quelles sont les qualités qui, d'après NNT, font un bon PDG ?

> la capacité à supporter le décalage horaire sans montrer de signe de fatigue.

> l'aptitude à sembler constamment intéressé tout au long de réunions profondément ennuyeuses qui s'étirent pendant des heures.

> S'exprimer avec une conviction qui fait paraître géniaux des propos d'une banalité qu'on ne pardonnerait pas dans une rédaction de lycéen.

C'est certes très irrévérencieux, mais, à bien y réfléchir, ce n'est pas si faux.

Je me suis souvent posé la question de Kagemusha, l'ombre du guerrier : si, comme dans ce film de Kurosawa, les courtisans s'entendaient pour remplacer le maître par un sosie, qui s'en apercevrait ?

Rares sont les sociétés, grandes ou moyennes, à avoir un patron qui a un style intellectuel difficilement imitable, une véritable originalité, à faire des choses qu'eux seuls peuvent faire, probablement Steve Jobs chez Apple, mais regardez Bill Gates par exemple : ces interviews sont d'une grande banalité. Après avoir lu dix interviews de Bill Gates, vous êtes capable d'en rédiger une onzième qui passera comme une lettre à la poste auprès de n'importe quel journal. Et ainsi du reste, me semble-t-il.

Le parme convient à Laviolette (P. Magnan)

Je ne vous conseille pas de lire cet excellent roman policier si vous n'avez pas lu auparavant les aventures précédentes de Laviolette, car il vient comme un point final, avec moultes réminiscences.

Par contre, je vous conseille ardemment, comme initiation aux policiers magnanesques, Le commissaire dans la truffière. En sus d'un bon roman, vous aurez la recette de l'omelette aux truffes.

La folie injectrice (26) : un désastre annoncé

Les journaux américains voient fleurir des titres du genre «Le Trésor peut-il faire face ?».

En France, où l'hystérie étatiste se porte encore bien, on est d'une discrétion de rosière sur le sujet, mais on sent les relancistes un peu moins à l'aise.

Deux manières de voir ce sujet :

> quand les journalistes s'intéressent à un problème, c'est en général un faux problème. C'est plutôt rassurant.

> il arrive qu'un vrai problème soit si flagrant que même les journalistes s'en aperçoivent. C'est plutôt inquiétant.

Si la deuxième hypothèse s'avérait juste, j'aurais l'amère satisfaction, avec d'autres, de vous avoir annoncé depuis déjà que la logique relanciste était folle (mon premier message «La folie injectrice» date du 26 novembre 2008, bien tard).

lundi, février 23, 2009

La folie injectrice (25 bis) : regarde les banques tomber

Certains de mes commentateurs divaguent à pleins tubes : à les en croire, nationaliser les banques des particuliers serait une solution envisageable pour rendre les banquiers plus raisonnables. Disons le de suite au risque de froisser des susceptibilités, même très haut placées, celle de Barack Obama par exemple, elle est stupide.

Et puis j'aimerais bien savoir en quoi les gestionnaires fonctionnaires et socialistes du Crédit Lyonnais se sont montrés raisonnables !

Comme pour les autres aspects de cette crise, il existe pourtant une solution simple, libérale, morale et qui ne coûte pas un sou à l'Etat : voter une loi obligeant les banques à être des sociétés en commandite.

Les commandités sont responsables sur leurs biens propres sans limite, indéfiniment et solidairement, des dettes de l'entreprise.

On comprendra que ce statut incite à la prudence et on ne s'étonnera donc pas de trouver en commandite quelques unes des sociétés les mieux gérées, comme Michelin ou Lagardère.

La commandite a été inventée par les armateurs italiens du Moyen-Age qui expédiait des cargaisons lointaines sous la responsabilité d'un seul homme. Cette antique et exotique origine ajoute à son charme.

Cependant, cette solution, comme les autres solutions, simples, libérales, morales et qui ne coûtent pas un sou à l'Etat, sera soigneusement évitée car elle ne flatte pas l'ego des politiciens et leur appétit d'interventionnisme et de solutions spectaculaires.

Du sommet social à l'hystérie antiéconomique

JL Caccomo se fait rare, mais c'est toujours aussi percutant et, hélas, sombrement réaliste :

Du sommet social à l'hystérie antiéconomique

La folie injectrice (25) : regarde les banques tomber

J'ai longtemps fluctué sur cette question du sauvetage des banques.

En bon libéral, je trouvais normal que l'Etat n'intervienne pas et laisse les banques faire faillite.

Puis, matraqué par les medias, je me suis dit que des faillites en chaine auraient été une catastrophe.

Aujourd'hui, je m'aperçois que nous risquons de tomber de Charybde en Sylla, soit des faillites des banques, soit des faillites des Etats (1) s'épuisant à sauver les secteurs en péril, dont les banques.

Suite à la fréquentation d'Econ Log et de La déflation arrive, je me suis fait à l'idée que :

1) Les Etats n'ont pas les moyens financiers de sauver toutes les banques et les sauvetages en cours, en récompensant les mauvais gestionnaires et en empêchant l'émergence de nouveaux acteurs plus performants, prolongent la crise et la transforment en dépression.

2) Les Etats ont des possibilités juridiques pour non pas empêcher la faillite des banques mais pour l'ordonner de manière à diminuer le risque d'une panique.

Bien sûr, le risque d'un «bank run» n'est pas nul et les conséquences en sont violentes. Mais ce n'est rien par rapport à la faillite d'un Etat.

En France, où l'expropriation (des autres) ne fait pas peur, on se dit que la banqueroute lessivera les créanciers de l'Etat puis on repartira comme en 40 avec un Etat désendetté de nouveau prêt à distribuer à pleines mains aux assistés et aux parasites habituels.

Mais ce n'est pas du tout cela qui va se passer : la banqueroute de l'Etat, ce sont les épargnants qui sont ruinés, c'est l'économie qui s'effondre. L'Etat, discrédité, ne trouve plus de créanciers, les fonctionnaires ne sont plus payés, les assistés et les parasites non plus (ils occuperont leur oisiveté à faire des émeutes pour réclamer l'argent qui n'existe plus).

Je n'oublie pas, et vous non plus, n'oubliez pas, que la révolution française et les millions de morts, en comptant les guerres napoléoniennes, qui en ont résulté a commencé par une banqueroute.

Alors, entre une faillite des banques et celle de l'Etat, je préfère la première (2).

Mais, alors, pourquoi n'est-ce pas la solution qui a a été choisie ?

Essentiellement, à mon avis, parce que les politiciens sont restés dans un état mental d'avant la crise : un Etat ne peut pas faire faillite, on ouvre les vannes du déficit, la popularité des gouvernants augmente (c'est au fond le point essentiel de la démarche), le fluide bienfaisant de la dépense publique se répand dans l'économie et celle-ci refleurit.

De plus, ils sont victimes de leur incompétence et de leur démagogie : ils s'attachent à ce qui se voit tout de suite au détriment de ce qui ne se voit pas encore et qui provoquera demain (qui est un autre jour) la catastrophe.

Mais il est vrai qu'ils ont l'excuse d'être soumis à une forte pression : même A. Merkel, dont le premier mouvement, refuser d'intervenir, était le bon, a fait volte-face.

(1) : vous remarquerez que les crétins qui vous prenaient pour un con il y a encore peu quand vous évoquiez cette possibilité sont nettement moins sonores.

«Beaucoup d'Etats, dont la France, vont faire faillite !»


(2) : je précise que je suis client d'une de ces banques qui peuvent faire faillite. Je ne dis donc pas cela à la légère.

dimanche, février 22, 2009

Comment la Californie est devenue la France

Pas d'emballement, ce n'est pas une ode à la joie de vivre à la française (d'ailleurs très surfaite : je trouve les Français tristes et grincheux), le sous-titre est :

Incapable de s'offrir un Etat-providence et incapable de le réformer.

How california became France

samedi, février 21, 2009

Trop d'information tue l'information

Je continue l'exploitation du livre de Nicholas Nassim Taleb (cliquez sur Black Swan en bas du message pour avoir tous les articles de cette catégorie).

Il raconte une expérience éclairante : on présente à deux groupes une photo floue, impossible à reconnaitre.

Puis, on «défloute» cette photo par étapes, pour le premier groupe, en cinq étapes, pour le deuxième en dix.

C'est le premier groupe qui devine le plus tôt quel est le sujet de la photo. Le deuxième groupe a besoin de plus de netteté.

Pourquoi ? Parce que le deuxième groupe a plus de temps pour formuler des idées et des hypothèses. Or, on traite ses idées comme des propriétés, on y tient, on n'y renonce pas facilement (voir Montaigne dans De l'art de conférer). Les idées s'empilent, sans se remplacer, ce qui fait que plus on a formulé d'hypothèses, plus on a de chances de se tromper, de s'engager sur de mauvaises voie.

De cela, il résulte que trop d'information tue l'information : pour chaque micro-information, on élabore inconsciemment une interprétation, qui, par accumulation, brouille l'image de la situation, la «big picture».

Prenons un exemple historique : les politiciens français ont trop longtemps cru qu'Hitler n'était pas si dangereux parce qu'il serait renversé par un coup d'Etat. Ils avaient une foule de micro-informations en ce sens, au point d'en perdre de vue le tableau global : on ne se débarrasse pas facilement d'un homme qui est parvenu au pouvoir à la façon d'Hitler.

Nous avons beau jeu de nous moquer, nous qui connaissons la fin de l'histoire. Mais, n'avions nous pas tous sous les yeux les éléments de la crise économique actuelle ? Combien d'entre nous l'ont anticipée ?

Je me souviens bien de mon opinion sur la question, et si ma mémoire flanchait, ce blog ferait foi : je trouvais les histoires de subprime et de «leveraging» excessives et dangereuses, mais j'avais des raisons de penser que tout cela s'arrangerait. Je me suis montré aussi couillon que la moyenne, par excès d'informations.

J'en ai toutefois tiré des leçons. NNT conseille de lire régulièrement un hebdomadaire plutôt qu'un quotidien ; j'approuve ce conseil, j'ai considérablement réduit ma consommation d'informations.

Je ne regarde pas la télévision, j'écoute beaucoup moins BFM, je ne lis plus qu'à sauts et à gambades Les Echos et le Herald Tribune, Le Point fait l'objet d'un survol, et j'ai quelques sites internet de référence.

Or, non seulement, je ne me sens pas sous-informé par rapport à mes collègues, mais je constate que j'ai les idées plus claires.

C'est ainsi qu'une conjecture qui me semble évidente est noyée dans la masse d'informations : la sortie de crise en Europe va être entravée par la démographie.

Nous sommes tous guadeloupéens

Je vis dans une île, l'île de France, où la vie est plus chère qu'ailleurs. Il m'arrive d'être noir, complètement, on ne peut pas s'y tromper et j'ai été par le passé victime des colonies.

Bref, je ne vois vraiment pas comment le gouvernement peut me refuser une augmentation de 200 €.

vendredi, février 20, 2009

Pourquoi les journalistes (et les universitaires) sont ils nuls ?

A quelques exceptions, la presse ne brille pas par ses qualités intellectuelles.

On peut accuser le gauchisme (1), qui abrutit le débat, ceux qui y participent et ceux qui le rapportent : sur des sujets aussi importants que l'immigration, la culture et l'assistanat, il est impossible de tenir publiquement un discours autre que celui de la gauche sans se faire traiter de fasciste (prière de ne pas rigoler : le fascisme, c'est sérieux, l'ennemi est à nos portes et tout et tout ...).

C'est bien connu, quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus.

Mais Nicholas Nassim Taleb (NNT), dans le Cygne Noir, pointe une autre cause, plus originale.

Le monde est chaotique. Il arrive des événements surprenants et peu explicables, qui ne répondent pas de gentilles logiques bien linéaires : les attentats du 11 septembre, le krach boursier, etc ...

Or, les journalistes sont, par nécessité professionnelle, parce que c'est ce qui fait plaisir à leurs lecteurs, des raconteurs d'histoires. Il leur faut de belles causes, bien nettes, qui s'enchainent avec de beaux effets, entourés de circonstances précises.

Pour un journaliste, déclarer «Il arrive ça. Hé bien ma foi, je n'ai absolument aucune idée de la cause, mais alors là, que dalle !» est quasiment une faute professionnelle (alors que ça serait une preuve de modestie et d'honnêteté, mais «journaliste modeste» est un oxymore).

C'est particulièrement flagrant avec la bourse : si vous écoutez une radio d'information, vous l'avez constaté.

La bourse monte à 11 h, on vous explique que c'est du à une bonne statistique. La même bourse descend à 13 h, le journaliste (celui de tout à l'heure) vous explique sans se démonter que la bonne statistique fait craindre une remontée des taux directeurs par la banque centrale.

Alors que la seule vraie explication, c'est qu'il n'y a pas d'explication ou, ce qui revient au même, qu'il y a autant d'explications que d'intervenants sur le marché.

En résumé, par sa position de raconteur d'histoire, le journaliste est condamné à être toujours en porte-à-faux vis-à-vis du monde tel qu'il est, chaotique, désordonné, sans guère de rime ni raison.

C'est pourquoi le bavardage journalistique finit toujours par sonner creux aux oreilles habituées au bruit du monde.

NNT fait le même genre de critique aux universitaires : ils sont bornés, enfermés dans leur petit savoir étroit, et en plus, souvent arrogants et précieux.

Mais le monde déborde, bouscule les jolis cadres qui délimitent les disciplines universitaires et qui commandent la distribution des places et des crédits.

NNT oppose les érudits, que leurs connaissances diversifiées rendent capables de comprendre la précarité et l'instabilité du monde («le monde est une branloire pérenne») aux universitaires, prisonniers de leur savoir «gaussien».

Pour illustrer son propos, il soumet une devinette : je fais l'hypothèse que j'ai une pièce équilibrée. Je la lance 99 fois, elle fait pile 99 fois, quelle est la probabilité qu'elle fasse pile la centième fois ?

Je vous mets une photo (ayant un rapport lointain avec le sujet) pour retarder la réponse, histoire que vous jouiez vous aussi.



Un universitaire, fier de son savoir, répondra 50 %.

Un entrepreneur originaire de Brooklyn (pour NNT, le sommet de l'intelligence pratique) pensera «out of the box» et vous répondra que votre hypothèse comme quoi la pièce est équilibrée est fausse.

Bien évidemment, le vrai monde, c'est celui du brooklynien, celui de l'universitaire n'existe pas, il n'a aucun intérêt.

Je me sens à l'aise avec NNT : sa vision du monde, et certaines détestations qui l'accompagnent (2), rejoint la mienne.

Mais il est vrai que ce Libanais, vivant aux Etats-Unis, éduqué en un temps où l'on n'avait pas encore honte d'enseigner la culture «bourgeoise» dans un lycée français, classe Montaigne en tête de ses auteurs préférés !

(1) : sondage de Marianne à l'occasion des dernières élections présidentielles. Les rédactions interrogées votaient à gauche, y compris celles des quotidiens réputés de droite, à plus de 60 %.

(2) : ils n'aiment pas beaucoup les PDGs, les politiciens et les banquiers, gens qui ont l'arrogance de croire et de vouloir persuader autrui qu'ils sont capables de maitriser l'incertitude du monde.

La Guadeloupe, prisonnière du mal français

La Guadeloupe, prisonnière du mal français

jeudi, février 19, 2009

Je découvre l'iPhone

Peu adepte des nouvelles technologies, jamais au courant de rien, ne connaissant pas le dernier gadget à la mode, ne tombant pas en pâmoison au nom de Steve Jobs, j'ai adopté l'iPhone par esprit de l'escalier : ayant par hasard essayé un Mac, j'ai trouvé ça plus futé qu'un PC, mais comme je venais de changer mon PC, je me suis rabattu sur le premier produit Apple susceptible de m'intéresser, l'iPhone.

J'ai plusieurs reproches à lui faire :

> une autonomie limitée

> pas de logiciel GPS (il se contente d'afficher votre trajet sur des cartes Google Maps)

> quelques blocages

> les accessoires Apple sont couteux

Mais les points positifs l'emportent largement :

> une excellente ergonomie, pleine de détails pratiques

> une foule d'applications gratuites et payantes (en plus, l'économie de l'iPhone me plaît : iPhone Entrep Horde)

Signe qui ne trompe pas : je prends soin de mon iPhone (par exemple, j'essaie d'éviter qu'il passe dans la machine à laver, comme mes précédents téléphones).

La folie injectrice (24 bis) : la malédiction des gouvernements sans principes, bis repetita ...

Il y a quelques jours, le gouvernement nous expliquait que les problèmes de la Guadeloupe étaient profonds (la paresse, constamment entretenue par l'assistanat, ne se guérit pas en un jour) et qu'il ne s'agissait pas d'acheter une paix précaire par des gratifications ponctuelles.

Voilà qu'aujourd'hui, le gouvernement annonce qu'il fait précisément ce qu'il disait vouloir éviter : il achète une paix précaire (et momentanée) par des gratifications ponctuelles. Il prépare ainsi la prochaine flambée de violence, puisqu'il avalise le principe des revendications.

Bien sûr, il y a de lâcheté dans cette décision, mais pas seulement me semble-t-il.

Il y a aussi l'idée que tout se vaut, qu'on peut refuser de payer le lundi et accepter le mardi, que ce n'est pas grave, que les idées, les mots et même les décisions ne sont que des ornements pour habiller un exercice du pouvoir au fil de l'eau, comme un chien crevé.

Cela m'irait très bien, moi qui ne révère pas le pouvoir et les hommes qui l'exercent, s'ils ne sévissaient pas dans tant de domaines.