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dimanche, novembre 01, 2009

Banqueroute de l'Etat français : le choix dans la date (2)

Comme dans un précédent message, j'avais prophétisé la date de la banqueroute de l'Etat français, il convient que j'y revienne de temps en temps pour faire le point.

Hé bien, je maintiens ma prévision de faillite de l'Etat français pour 2017.

La crise actuelle pourrait rapprocher la banqueroute (la croissance est très inférieure aux taux d'intérêt donc l'Etat s'endette mécaniquement). Mais elle ouvre des occasions de taxation sans révolution.

Je persiste donc à penser que la démographie apportera le coup de grâce à l'étatisme français (et qu'on n'aille pas me dire que des immigrés incultes paieront nos retraites) si aucune véritable réforme (1) n'est faite d'ici là.

On me cite l'exemple du Japon pour prouver qu'un Etat peut s'endetter indéfiniment.

L'Etat japonais s'endette auprès des Japonais en monnaie japonaise. C'est donc un mauvais contre-exemple : la France s'endette pour moitié auprès d'étrangers dans une monnaie qu'elle ne contrôle pas.

Par contre, je crois à l'inventivité des technocrates français pour trouver des ficelles pour retarder l'heure de vérité.

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(1) : je rappelle aux oublieux ce que j'appelle véritable réforme : retraites par capitalisation, assurances sociales privatisées, un tiers de moins de fonctionnaires.

lundi, mars 02, 2009

Esprit pratique contre esprit de système

Taleb donne un exemple amusant d'opposition entre esprit de système et esprit pratique.

Pour apprendre le Chinois, un homme à l'esprit de système, disons un énarque ou un polytechnicien, achètera une grammaire et un dictionnaire. Un homme à l'esprit pratique se trouvera une petite amie chinoise.

Dans la même veine, on m'a parlé d'une normalienne énarque fort brillante, adjointe d'un PDG connu ultérieurement pour son appétit de pouvoir et ses stocks-options, dont la particularité était de faire des exposés limpides, brillants, à la conclusion invariablement erronée.

mardi, février 24, 2009

Quelles sont les qualités pour faire un bon PDG ?

Je continue l'exploitation de Black Swan.

Le monde est beaucoup plus chaotique et désordonné que les hommes, à part quelques exceptions comme Montaigne, Poincaré et moi, l'imaginent habituellement. Les gens de pouvoir ont donc beaucoup moins d'influence sur le cours des choses qu'ils le croient et s'en glorifient. Le hasard joue un rôle majeur.

Un homme de pouvoir véritablement intelligent (ils sont rares : un gouvernant se distingue surtout par son ego surdimensionné qui lui permet de prendre des décisions qui effrayeraient de plus modestes, pas par son intelligence) comme Churchill n'hésitait pas à le reconnaître.

NNT cite l'exemple de hauts dirigeants d'une société qui l'employait. Ils se sont réunis pour élaborer un génial plan à cinq ans. Six mois plus tard, cette société faisait faillite et ils étaient tous mis à la porte.

Etant entendu qu'un PDG a beaucoup moins d'influence que lui et ses courtisans le croient, quelles sont les qualités qui, d'après NNT, font un bon PDG ?

> la capacité à supporter le décalage horaire sans montrer de signe de fatigue.

> l'aptitude à sembler constamment intéressé tout au long de réunions profondément ennuyeuses qui s'étirent pendant des heures.

> S'exprimer avec une conviction qui fait paraître géniaux des propos d'une banalité qu'on ne pardonnerait pas dans une rédaction de lycéen.

C'est certes très irrévérencieux, mais, à bien y réfléchir, ce n'est pas si faux.

Je me suis souvent posé la question de Kagemusha, l'ombre du guerrier : si, comme dans ce film de Kurosawa, les courtisans s'entendaient pour remplacer le maître par un sosie, qui s'en apercevrait ?

Rares sont les sociétés, grandes ou moyennes, à avoir un patron qui a un style intellectuel difficilement imitable, une véritable originalité, à faire des choses qu'eux seuls peuvent faire, probablement Steve Jobs chez Apple, mais regardez Bill Gates par exemple : ces interviews sont d'une grande banalité. Après avoir lu dix interviews de Bill Gates, vous êtes capable d'en rédiger une onzième qui passera comme une lettre à la poste auprès de n'importe quel journal. Et ainsi du reste, me semble-t-il.

samedi, février 21, 2009

Trop d'information tue l'information

Je continue l'exploitation du livre de Nicholas Nassim Taleb (cliquez sur Black Swan en bas du message pour avoir tous les articles de cette catégorie).

Il raconte une expérience éclairante : on présente à deux groupes une photo floue, impossible à reconnaitre.

Puis, on «défloute» cette photo par étapes, pour le premier groupe, en cinq étapes, pour le deuxième en dix.

C'est le premier groupe qui devine le plus tôt quel est le sujet de la photo. Le deuxième groupe a besoin de plus de netteté.

Pourquoi ? Parce que le deuxième groupe a plus de temps pour formuler des idées et des hypothèses. Or, on traite ses idées comme des propriétés, on y tient, on n'y renonce pas facilement (voir Montaigne dans De l'art de conférer). Les idées s'empilent, sans se remplacer, ce qui fait que plus on a formulé d'hypothèses, plus on a de chances de se tromper, de s'engager sur de mauvaises voie.

De cela, il résulte que trop d'information tue l'information : pour chaque micro-information, on élabore inconsciemment une interprétation, qui, par accumulation, brouille l'image de la situation, la «big picture».

Prenons un exemple historique : les politiciens français ont trop longtemps cru qu'Hitler n'était pas si dangereux parce qu'il serait renversé par un coup d'Etat. Ils avaient une foule de micro-informations en ce sens, au point d'en perdre de vue le tableau global : on ne se débarrasse pas facilement d'un homme qui est parvenu au pouvoir à la façon d'Hitler.

Nous avons beau jeu de nous moquer, nous qui connaissons la fin de l'histoire. Mais, n'avions nous pas tous sous les yeux les éléments de la crise économique actuelle ? Combien d'entre nous l'ont anticipée ?

Je me souviens bien de mon opinion sur la question, et si ma mémoire flanchait, ce blog ferait foi : je trouvais les histoires de subprime et de «leveraging» excessives et dangereuses, mais j'avais des raisons de penser que tout cela s'arrangerait. Je me suis montré aussi couillon que la moyenne, par excès d'informations.

J'en ai toutefois tiré des leçons. NNT conseille de lire régulièrement un hebdomadaire plutôt qu'un quotidien ; j'approuve ce conseil, j'ai considérablement réduit ma consommation d'informations.

Je ne regarde pas la télévision, j'écoute beaucoup moins BFM, je ne lis plus qu'à sauts et à gambades Les Echos et le Herald Tribune, Le Point fait l'objet d'un survol, et j'ai quelques sites internet de référence.

Or, non seulement, je ne me sens pas sous-informé par rapport à mes collègues, mais je constate que j'ai les idées plus claires.

C'est ainsi qu'une conjecture qui me semble évidente est noyée dans la masse d'informations : la sortie de crise en Europe va être entravée par la démographie.

vendredi, février 20, 2009

Pourquoi les journalistes (et les universitaires) sont ils nuls ?

A quelques exceptions, la presse ne brille pas par ses qualités intellectuelles.

On peut accuser le gauchisme (1), qui abrutit le débat, ceux qui y participent et ceux qui le rapportent : sur des sujets aussi importants que l'immigration, la culture et l'assistanat, il est impossible de tenir publiquement un discours autre que celui de la gauche sans se faire traiter de fasciste (prière de ne pas rigoler : le fascisme, c'est sérieux, l'ennemi est à nos portes et tout et tout ...).

C'est bien connu, quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus.

Mais Nicholas Nassim Taleb (NNT), dans le Cygne Noir, pointe une autre cause, plus originale.

Le monde est chaotique. Il arrive des événements surprenants et peu explicables, qui ne répondent pas de gentilles logiques bien linéaires : les attentats du 11 septembre, le krach boursier, etc ...

Or, les journalistes sont, par nécessité professionnelle, parce que c'est ce qui fait plaisir à leurs lecteurs, des raconteurs d'histoires. Il leur faut de belles causes, bien nettes, qui s'enchainent avec de beaux effets, entourés de circonstances précises.

Pour un journaliste, déclarer «Il arrive ça. Hé bien ma foi, je n'ai absolument aucune idée de la cause, mais alors là, que dalle !» est quasiment une faute professionnelle (alors que ça serait une preuve de modestie et d'honnêteté, mais «journaliste modeste» est un oxymore).

C'est particulièrement flagrant avec la bourse : si vous écoutez une radio d'information, vous l'avez constaté.

La bourse monte à 11 h, on vous explique que c'est du à une bonne statistique. La même bourse descend à 13 h, le journaliste (celui de tout à l'heure) vous explique sans se démonter que la bonne statistique fait craindre une remontée des taux directeurs par la banque centrale.

Alors que la seule vraie explication, c'est qu'il n'y a pas d'explication ou, ce qui revient au même, qu'il y a autant d'explications que d'intervenants sur le marché.

En résumé, par sa position de raconteur d'histoire, le journaliste est condamné à être toujours en porte-à-faux vis-à-vis du monde tel qu'il est, chaotique, désordonné, sans guère de rime ni raison.

C'est pourquoi le bavardage journalistique finit toujours par sonner creux aux oreilles habituées au bruit du monde.

NNT fait le même genre de critique aux universitaires : ils sont bornés, enfermés dans leur petit savoir étroit, et en plus, souvent arrogants et précieux.

Mais le monde déborde, bouscule les jolis cadres qui délimitent les disciplines universitaires et qui commandent la distribution des places et des crédits.

NNT oppose les érudits, que leurs connaissances diversifiées rendent capables de comprendre la précarité et l'instabilité du monde («le monde est une branloire pérenne») aux universitaires, prisonniers de leur savoir «gaussien».

Pour illustrer son propos, il soumet une devinette : je fais l'hypothèse que j'ai une pièce équilibrée. Je la lance 99 fois, elle fait pile 99 fois, quelle est la probabilité qu'elle fasse pile la centième fois ?

Je vous mets une photo (ayant un rapport lointain avec le sujet) pour retarder la réponse, histoire que vous jouiez vous aussi.



Un universitaire, fier de son savoir, répondra 50 %.

Un entrepreneur originaire de Brooklyn (pour NNT, le sommet de l'intelligence pratique) pensera «out of the box» et vous répondra que votre hypothèse comme quoi la pièce est équilibrée est fausse.

Bien évidemment, le vrai monde, c'est celui du brooklynien, celui de l'universitaire n'existe pas, il n'a aucun intérêt.

Je me sens à l'aise avec NNT : sa vision du monde, et certaines détestations qui l'accompagnent (2), rejoint la mienne.

Mais il est vrai que ce Libanais, vivant aux Etats-Unis, éduqué en un temps où l'on n'avait pas encore honte d'enseigner la culture «bourgeoise» dans un lycée français, classe Montaigne en tête de ses auteurs préférés !

(1) : sondage de Marianne à l'occasion des dernières élections présidentielles. Les rédactions interrogées votaient à gauche, y compris celles des quotidiens réputés de droite, à plus de 60 %.

(2) : ils n'aiment pas beaucoup les PDGs, les politiciens et les banquiers, gens qui ont l'arrogance de croire et de vouloir persuader autrui qu'ils sont capables de maitriser l'incertitude du monde.

samedi, février 14, 2009

The Black Swan (Nassim Nicholas Taleb)

Enfin, j'ai lu ce livre tant référencé ces derniers mois.

En préambule, je signale que le père scientifique des notions de cet ouvrage est Benoit Mandelbrot, un Français exilé aux USA, puis naturalisé, pour cause de conservatisme excessif de son pays d'origine. Certes, Mandelbrot est quelquefois irritant de vanité (il a une tendance à parler de lui à la troisième personne) mais il a oublié d'être con.




Un Cygne Noir (CN) est un événement :

> inattendu, à très faible probabilité

> à très forte conséquence

> facilement explicable après coup

Réciproquement, la non-survenue d'un événement très probable est un CN.

Benoit Mandelbrot utilise un terme plus scientifique pour les CNs : les queues de distribution (de probabilité) épaisses.

La vie est remplie de CNs. Par exemple, la rencontre de votre digne épouse est un CN. Il était très peu probable que vous rencontriez cette femme là et pas une autre, cela change votre vie, les circonstances de votre rencontre sont facilement explicables ex-post.

La notion d'inattendu est fondamentale dans l'existence des CNs : des CNs auxquels on s'attend ne sont plus des CNs. Si on s'était attendu aux attentats du 11 septembre, on aurait pris les mesures pour les éviter et ils ne seraient pas survenus.

Il existe des domaines particulièrement friands de CNs, par exemple l'histoire (Jeanne d'Arc, la guerre de 14, les attentats du 11 septembre, ...), l'économie, ...

Pour Taleb, cela explique la faillite prédictive des «experts». Les experts se distinguent :

> par la capacité à raconter les événements après leur survenue d'une manière attrayante

> par le port d'une cravate

On constate quotidiennement cette vérité à propos des économistes.

Taleb remarque également que l'économie est remplie de CNs : un produit innovant est nécessairement un CN, il est inattendu sinon quelqu'un y aurait pensé avant, il change le marché sinon il disparaitrait.

Taleb en vient à considérer que la supériorité de l'économie de marché est justement d'avoir des mécanismes qui permettent l'apparition de nombreux CNs (ce n'est pas en URSS qu'on aurait inventé l'iPod). La plupart de ces CNs sont positifs, il arrive que quelques uns, comme la crise actuelle, soient négatifs.

Les CNs sont favorisés par la vie moderne :

> relations complexes

> événements récursifs, s'amplifiant eux-mêmes (quelqu'un achète un livre, tout le monde l'achète), les effets boule de neige.

Que faire des CNs ?

Non pas tenter de les prédire puisqu'ils sont par définition imprévisibles, mais maximiser son exposition aux CNs positifs et minimiser son exposition aux CNs négatifs.

L'actualité nous en donne deux exemples frappants :

> il est totalement imprévisible que les deux réacteurs d'un A320 ingèrent des oies et s'arrêtent. Mais le fait d'avoir aux commandes un excellent pilote diminue l'exposition à ce CN, au point de créer un second CN, conséquence du premier : la non-survenue d'un événement extrêmement probable, à savoir la mort de tous les passagers.

> un krach simultané de toutes les économies était hautement improbable, mais celui qui a gardé quelques pourcents de son patrimoine en or, cette «relique barbare», n'a pas tout perdu.

Puisqu'il y a eu débat sur les OGMs, on peut tenter de leur appliquer ce raisonnement.

Les OGMs pourraient être un CN négatif (c'est ce que pensent les anti-OGMs) mais ils pourraient aussi être un CNs positif (on parle par exemple de révolution dans la résolution de pénuries alimentaires et dans la production de médicaments ou de plastiques).

Interdire la culture des OGMs, c'est diminuer l'exposition au CN positif. Mais en permettre la culture sans précaution, c'est s'exposer au CN négatif.

A cette aune, il semble bien que la voie de la sagesse soit d'autoriser la culture ouverte des OGMs en s'entourant de précautions et en continuant la recherche, c'est-à-dire exactement ce que feraient les gouvernements européens si il n'y avait pas les bovésistes.