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jeudi, novembre 04, 2010

OGM : funeste victoire des obscurantistes

L'INRA a décidé de cesser ses recherches sur les OGMs. C'est une catastrophe pour l'agriculture française.

Or, il n'y aucune justification scientifique, économique ou politique à cet arrêt des recherches.

La seule justification est médiatique, émotionnelle et politicienne ; c'est-à-dire ce qui se fait de plus bas, de plus bête, dans l'espace public. Comme remarque la directrice de l'INRA, «ce sont les mêmes personnes qui nous expliquent que les OGMs sont diaboliques et qui, se rendant dans des conférences aux Etats-Unis, mangent des OGMs sans hésitation.»

Les OGMs progressent et tiennent certaines promesses. Rappelons qu'il y a déjà des millions d'hectares d'OGMs cultivés dans le monde depuis quelques années déjà, nous commençons à avoir du recul. Les OGMs sont l'avenir de l'agriculture et déjà une partie du présent.

Bien sûr, l'agriculture française n'en mourra pas. Elle continuera juste à décliner, en restreignant ses choix.

Cette «victoire» des bovésistes est une défaite de la pensée analytique dans ce qu'elle a de plus élevé : l'objectivité, le jugement, la décision dans l'incertitude.

Dans notre monde, tout est écrit (sur La Lime !). Même, en 2005, qu'il faut désobéir à Bové, mais qui lit les bons livres dans le foutoir d'informations qui nous cerne ?

Cette décision désastreuse a été couverte par le tintamarre des broutilles habituelles. Pauvres de nous.


(photographie : lumière de l'intelligence française)

samedi, février 14, 2009

The Black Swan (Nassim Nicholas Taleb)

Enfin, j'ai lu ce livre tant référencé ces derniers mois.

En préambule, je signale que le père scientifique des notions de cet ouvrage est Benoit Mandelbrot, un Français exilé aux USA, puis naturalisé, pour cause de conservatisme excessif de son pays d'origine. Certes, Mandelbrot est quelquefois irritant de vanité (il a une tendance à parler de lui à la troisième personne) mais il a oublié d'être con.




Un Cygne Noir (CN) est un événement :

> inattendu, à très faible probabilité

> à très forte conséquence

> facilement explicable après coup

Réciproquement, la non-survenue d'un événement très probable est un CN.

Benoit Mandelbrot utilise un terme plus scientifique pour les CNs : les queues de distribution (de probabilité) épaisses.

La vie est remplie de CNs. Par exemple, la rencontre de votre digne épouse est un CN. Il était très peu probable que vous rencontriez cette femme là et pas une autre, cela change votre vie, les circonstances de votre rencontre sont facilement explicables ex-post.

La notion d'inattendu est fondamentale dans l'existence des CNs : des CNs auxquels on s'attend ne sont plus des CNs. Si on s'était attendu aux attentats du 11 septembre, on aurait pris les mesures pour les éviter et ils ne seraient pas survenus.

Il existe des domaines particulièrement friands de CNs, par exemple l'histoire (Jeanne d'Arc, la guerre de 14, les attentats du 11 septembre, ...), l'économie, ...

Pour Taleb, cela explique la faillite prédictive des «experts». Les experts se distinguent :

> par la capacité à raconter les événements après leur survenue d'une manière attrayante

> par le port d'une cravate

On constate quotidiennement cette vérité à propos des économistes.

Taleb remarque également que l'économie est remplie de CNs : un produit innovant est nécessairement un CN, il est inattendu sinon quelqu'un y aurait pensé avant, il change le marché sinon il disparaitrait.

Taleb en vient à considérer que la supériorité de l'économie de marché est justement d'avoir des mécanismes qui permettent l'apparition de nombreux CNs (ce n'est pas en URSS qu'on aurait inventé l'iPod). La plupart de ces CNs sont positifs, il arrive que quelques uns, comme la crise actuelle, soient négatifs.

Les CNs sont favorisés par la vie moderne :

> relations complexes

> événements récursifs, s'amplifiant eux-mêmes (quelqu'un achète un livre, tout le monde l'achète), les effets boule de neige.

Que faire des CNs ?

Non pas tenter de les prédire puisqu'ils sont par définition imprévisibles, mais maximiser son exposition aux CNs positifs et minimiser son exposition aux CNs négatifs.

L'actualité nous en donne deux exemples frappants :

> il est totalement imprévisible que les deux réacteurs d'un A320 ingèrent des oies et s'arrêtent. Mais le fait d'avoir aux commandes un excellent pilote diminue l'exposition à ce CN, au point de créer un second CN, conséquence du premier : la non-survenue d'un événement extrêmement probable, à savoir la mort de tous les passagers.

> un krach simultané de toutes les économies était hautement improbable, mais celui qui a gardé quelques pourcents de son patrimoine en or, cette «relique barbare», n'a pas tout perdu.

Puisqu'il y a eu débat sur les OGMs, on peut tenter de leur appliquer ce raisonnement.

Les OGMs pourraient être un CN négatif (c'est ce que pensent les anti-OGMs) mais ils pourraient aussi être un CNs positif (on parle par exemple de révolution dans la résolution de pénuries alimentaires et dans la production de médicaments ou de plastiques).

Interdire la culture des OGMs, c'est diminuer l'exposition au CN positif. Mais en permettre la culture sans précaution, c'est s'exposer au CN négatif.

A cette aune, il semble bien que la voie de la sagesse soit d'autoriser la culture ouverte des OGMs en s'entourant de précautions et en continuant la recherche, c'est-à-dire exactement ce que feraient les gouvernements européens si il n'y avait pas les bovésistes.

mercredi, février 11, 2009

Le maïs OGM est sans danger pour l'homme : on s'en doutait !

Que le maïs OGM MON 810 fût sans danger pour l'homme (voir l'article suivant), on s'en doutait depuis longtemps : comme dans le cas de la foutaise réchauffiste, tous les arguments sont disponibles depuis longtemps.

Il n'y a rien de très nouveau depuis Il faut désobéir à Bové, de Sophie Lepault en 2005. Des millions d'hectares d'OGMs de toutes sortes sont cultivés depuis des années dans le monde. On a plus que largement le recul statistique pour en conclure que leur niveau de dangerosité est très bas.

Notons que les OGMs étant soumis à des tests plus sévères que les aliments «naturels» (je mets des guillemets parce que l'agriculture n'est, par essence, pas naturelle), le risque de mettre sur le marché un OGM nocif est moins élevé.

Ce n'est donc pas l'information qui me frappe, mais qu'on se croit obligé de la cacher. Cela révèle à quel point l'obscurantisme vert est pesant. Les écolos, loin d'être de gentils rebelles, sont au cœur du pouvoir.

Pour mesurer le poids du conformisme vert, j'entreprends quelquefois d'expliquer en public que je me fous de l'écologie, que les problèmes écologiques en France sont mineurs et donc non prioritaires.

J'ai en général droit à des regards horrifiés, je ne vous dis que ça.

J'ai pourtant des arguments (que je juge d'ailleurs excellents : je me sens beaucoup plus assuré sur ce terrain que sur beaucoup d'autres), mais je ne suis pas écouté : de même que si vous dites que Mahomet ou Jesus sont des cons, un croyant se ferme (ce que je comprends dans ce cas), les gens cessent de discuter pour passer à l'attitude grégaire de défense des dogmes du groupe, style lynchage, dès que vous contestez que l'écologie soit un vrai souci.

En général, je me garde d'insister, ça ne sert à rien. Mais l'exercice permet un tri intéressant : il faut aller interroger discrètement le taiseux, celui qui s'est bien gardé de se joindre à la curée.


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Le maïs OGM est sans danger pour l'homme, d'après l'Afssa

Marc Mennessier et Martine Perez dans Le Figaro du 11/02/02009


Les agriculteurs français vont-ils être de nouveau autorisés à semer du maïs transgénique MON 810 dès le printemps prochain ? Dans un avis daté du 23 janvier dernier, mais jusque là tenu secret, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) vient en effet de récuser les arguments contenus dans le rapport du professeur Yvon le Maho, sur lequel la France s'était appuyée, l'an dernier, pour interdire la culture de ce maïs produit par la firme américaine Monsanto, en invoquant la «clause de sauvegarde» auprès de Bruxelles.

«L'Afssa considère que les éléments du rapport le Maho (…) n'apportent aucun élément nouveau qui remettrait en cause la sécurité sanitaire des maïs portant l'événement (le transgène, ndlr) MON 810», peut-on lire en conclusion de ce document dont Le Figaro s'est procuré une copie. Qu'il s'agisse de la toxicité de la protéine insecticide (CRY1Ab) qui permet à ce maïs OGM de se protéger contre ses principaux ravageurs (la pyrale et la sésamie), d'un lien éventuel avec des maladies à prion (vache folle) ou d'un possible pouvoir cancérigène : les experts de l'Afssa, saisis le 5 septembre dernier par la Direction générale de la Santé (DGS), ont retoqué tous les griefs d'ordre sanitaire, tant vis-à-vis de l'homme que de l'animal, invoqués contre le MON 810.

Un coup dur pour le gouvernement français, et notamment pour le ministre de l'Écologie, Jean-Louis Borloo, qui doit défendre, le 16 février prochain devant la Commission européenne, la clause de sauvegarde activée par la France début 2008.

Cette procédure permet à un État membre d'interdire sur son territoire la culture d'une plante transgénique autorisée en Europe, comme c'est le cas pour le MON 810. Mais le pays doit pour cela s'appuyer sur des informations scientifiques validées signalant un risque réel pour la santé ou l'environnement. Ce n'est manifestement pas le cas.

D'autant que l'avis de l'Afssa va dans le même sens que les conclusions déjà publiées le 31 octobre dernier par l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). «Les données fournies par la France n'ont pas apporté de preuve scientifique qui contredirait ce que l'Efsa a déjà dit à propos de ce maïs, à savoir qu'il est sain pour la santé humaine, animale et sans danger pour l'environnement», indiquait le rapport de l'agence européenne.

En clair, les risques de dissémination du transgène dans l'environnement (par le biais du pollen notamment), d'apparition d'insectes résistants au maïs MON 810 ou d'impact négatifs sur des organismes non-ciblés, comme les vers de terre, n'ont pas non plus convaincu la vingtaine d'experts européens mandatés par l'Efsa et rétribués par elle.

La France va-t-elle entrer dans une phase de guérilla judiciaire avec l'exécutif européen, à l'instar de l'Autriche qui bataille depuis dix ans pour empêcher l'importation et la commercialisation d'OGM sur son territoire ? Le processus enclenché en janvier 2008 avec la publication très médiatisée de l'avis du comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM a visiblement du plomb dans l'aile. Les «éléments scientifiques nouveaux» et les «doutes sérieux» invoqués à l'époque par le président de ce comité, le sénateur (UMP) de la Manche, Jean-François Le Grand, peuvent-ils encore être pris au sérieux ?

C'est en tout cas à partir de cet avis, au demeurant contesté par la majorité des scientifiques qui avaient participé à ces travaux, que le professeur Le Maho avait rédigé, à la demande du ministère de l'Écologie, son fameux rapport. Lequel était destiné à répondre aux critiques formulées par la firme Monsanto avant d'être transmis à la Commission européenne en juin 2008 pour justifier la clause de sauvegarde française.

Mais constatant que le document n'avait «fait l'objet d'aucune relecture de la part d'autres scientifiques» et intriguée par des «arguments sanitaires qui n'avaient pas été soulevés dans l'avis du comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM», (notamment la référence à la maladie de la vache folle) la Direction Générale de la Santé décidait, début septembre, de saisir l'Afssa.

L'avis, attendu en octobre, n'a finalement été signé par Pascale Briand, la présidente de l'agence, que le 23 janvier dernier, soit avec trois mois de retard. Depuis, sa publication n'a cessée d'être repoussée. Pour ne pas compliquer la tâche de M. Borloo devant la Commission, le 16 février ?

mardi, juin 24, 2008

OGM : 24 juin, jour de miracle

Le Monde, journal bien-pensant, héraut de la pensée unique bobo, publie un article sur les OGMs non caricatural (je résiste pas à vous le citer). C'est un miracle ou la réalité qui finit par s'imposer ?

Peut-être dans dix ans verra-t-on un article dans le même journal pour nous expliquer que les peurs réchauffistes étaient grandement exagérées ?

Au Burkina Faso, la culture de coton génétiquement modifié suscite la polémique

LE MONDE | 24.06.08 | 15h25 • Mis à jour le 24.06.08 | 15h25
BOBO DIOULASSO ENVOYÉE SPÉCIALE

Casimir Zoungrana est un cultivateur de coton à l'affût de toutes les innovations. Sur ses quelques hectares de terre, il cultivera dès que possible à la fois du coton biologique et du coton transgénique. Il ne voit là aucune contradiction. Le coton bio et équitable, c'est la garantie d'un prix de vente beaucoup plus élevé que la normale. Le coton OGM, c'est l'espoir d'augmenter les rendements et les marges, de sortir la tête de l'eau après plusieurs années de chute des cours mondiaux.

Les premières pluies arrivent, les semis de coton viennent tout juste de commencer au Burkina Faso, deuxième pays producteur d'Afrique derrière l'Egypte. Pour la première fois en 2008, 15 000 hectares de coton OGM seront semés. M. Zoungrana est l'un des vice-présidents de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), située à Bobo Dioulasso, en plein coeur de la zone cotonnière. Il attend beaucoup du coton OGM.

Un gène issu de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), incorporé dans le génome du coton, lui permet de produire une protéine insecticide ciblant les ravageurs. Selon les recherches menées par l'Institut de l'environnement et de la recherche agricole (Inera), le coton Bt permettra d'augmenter les rendements de 30 %, et de ramener le nombre de traitements insecticides de six à deux.

Pour M. Zoungrana, cela signifie concrètement "moins de temps de travail et d'énergie dépensée pour les traitements". Et moins de contacts avec les pesticides. "Ils tuent les insectes utiles et les animaux domestiques, ils contaminent les mares, ils sont dangereux pour la santé, énumère le cultivateur. Ici, les gens traitent sans aucune protection. Je me suis déjà trouvé mal en le faisant." Utiliser ces semences, c'est aussi tenter de lutter à armes égales avec les grands producteurs mondiaux.

Annoncée en 2003 par le gouvernement, préparée par une loi sur la biosécurité, l'arrivée des OGM a lieu dans un climat tendu. Le sujet est d'autant plus brûlant que le coton fait vivre 20 % de la population, rapporte 60 % des recettes d'exportation, et représente un quart du PIB burkinabé. Un collectif anti-OGM, la Coalition des organisations de la société civile pour la protection du patrimoine génétique africain (Copagen), a organisé en février une caravane dans les zones cotonnières, afin de "sensibiliser" les paysans. "Nous ne sommes pas José Bové, il n'y a pas de violence, prévient René Millago, coordinateur de la Copagen. Nous voulons simplement qu'il y ait un véritable débat."

"Nos cotonculteurs ont des difficultés, on leur dit que leurs rendements ne sont pas assez élevés, et on leur présente les OGM comme une solution miracle, affirme M. Millago. Il faut plus de recul. Ils sont introduits sans même que les paysans, dont la plupart sont analphabètes, sachent de quoi il s'agit." Pour le militant, le principal handicap du coton burkinabé, c'est son coût, trop élevé par rapport aux cotons subventionnés venus des Etats-Unis et d'Europe, et plombé par la parité entre l'euro et le franc CFA. "Les OGM ne vont pas résoudre ça", lance-t-il.

Tout a été fait pour éviter la dépendance des paysans vis-à-vis de Monsanto, affirme Gnissa Konate, le directeur de l'Inera. La firme américaine a introduit le gène Bt dans des variétés locales. "L'Etat est copropriétaire, avec Monsanto, des variétés génétiquement modifiées, explique le chercheur. Nous discutons d'égal à égal. Le prix de la semence et la répartition de la valeur ajoutée entre nous et eux seront fixés d'un commun accord."

Ces chiffres restent encore secrets. Or le montant de la redevance payée par les agriculteurs est un élément clé. Autre inconnue, les performances des variétés OGM en conditions réelles. Des recherches menées par le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) en Afrique du Sud ont montré une grande variabilité des résultats selon les années et les producteurs. Athanase Yara, chef du service agronomie de l'UNPCB, écarte ces doutes : "Les paysans savent tenir un compte d'exploitation, si les OGM ne leur rapportent rien, ils arrêteront." Pour lui, la production bio ne sauvera pas tous les producteurs du pays. "C'est très difficile, cela demande beaucoup de main-d'oeuvre et d'engrais organique issu de l'élevage, explique M. Yara. C'est le principal facteur limitant." Et le coton biologique reste, pour l'instant, un marché de niche.

Les règles d'étiquetage des produits et de coexistence entre les filières ne sont pas fixées. Selon M. Konate, des distances d'isolement de 15 mètres entre les champs rendront "négligeables" les traces d'OGM dans les cultures conventionnelles, entre 0 et 0,4 %. Pour les opposants, il s'agit d'une pollution, et les filières biologiques et OGM ne pourront pas cohabiter sur un même territoire.

L'impact sanitaire des OGM pose question : l'huile de coton est la première consommée dans le pays. Là encore, selon le professeur Konate, rien n'a été décidé à la légère : "En l'état actuel de nos connaissances, la probabilité pour que la toxine Bt provoque des dommages à l'intestin humain est extrêmement faible." Pour M. Zoungrana, les Américains ont ouvert la voie. "Les OGM ont commencé en Occident, et les Occidentaux n'en sont pas morts", lance-t-il.

Gaëlle Dupont

Repères

Les pays producteurs. La Chine, les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan produisent les deux tiers des volumes mondiaux de coton, qu'il soit conventionnel ou transgénique.

Coton OGM. 43 % de la production mondiale est issue de plantes génétiquement modifiées, soit 15 millions d'hectares. Les Etats-Unis et la Chine en sont les principaux utilisateurs. L'Inde, l'Afrique du Sud, l'Australie, l'Argentine, le Mexique et la Colombie en cultivent également. Le coton transgénique représentait 13 % de l'ensemble des OGM cultivés sur la planète en 2007.

mardi, mai 20, 2008

Les OGMs et les scientifiques

OGMs : un fossé entre politiques et scientifiques

Je trouve déjà que le débat sur le réchauffisme ne vole pas bien haut, mais celui sur les OGMs, c'est le bouquet. Ca me rappelle les difficultés de M. Parmentier : quand il a essayé de promouvoir son célèbre tubercule, les paysans l'ont qualifié de «plante du diable».

Le vocabulaire a changé, pas l'attitude.

La position scientifiquement raisonnable vis-àvis des OGMs me semble pourtant tout à fait claire :

> il n'y a pas de danger générique des OGMs. Il faut étudier l'autorisation de cultiver au cas par cas.

> certains OGMs présentent des avantages, notamment écologiques.

> nous avons aujourd'hui une gamme d'OGMs cultivés depuis suffisamment longtemps pour conclure à l'absence de nocivité de ces types.

Je suis navré que les scientifiques aient déserté le débat, chassés par ce qu'il faut bien appeler l'obscurantisme.

Il est instructif d'observer le comportement des semenciers multinationaux, notamment américains. Ils semblent avoir renoncé à populariser les OGMs en Europe. Il y a à cela plusieurs raisons auxquelles feraient bien de réfléchir leurs adversaires :

> le jeu n'en vaut pas la chandelle : la surface d'OGMs cultivée dans le monde augmente tous les ans. L'Europe est un marché intéressant mais on peut s'en passer provisoirement.

> ils croient en leurs produits. Persuadés qu'il sont qu'un jour l'Europe sera forcée d'adopter les OGMs, dans la précipitation du fait de son retard volontaire, ils font le pari du lobbying auprès des instances dirigeantes en espérant contrôler les conditions hâtives de l'autorisation des OGMs mieux que lors d'une mise en place progressive.

> l'interdiction des OGMs en Europe a ce mérite insigne d'affaiblir les concurrents européens. Déjà la firme française Limagrain se pose des questions sur son avenir et investit pour délocaliser sa recherche hors d'Europe des sommes qui auraient eu meilleur usage en France (1).

En conclusion, je pense que les anti-OGMs sont les alliés objectifs (comme disait Karl), les idiots utiles (comme disait Vladimir), des semenciers américains.

Après tout, ça ne serait que justice : il faut bien payer le prix de sa bêtise.

Ajout du20/05 :

Les OGMs, querelle idéologique

Article du Monde qui reflète bien mon point de vue.

Il a déchainé l'ire des abonnés-commentateurs du Monde. Maintenant, je suis persuadé d'avoir identifié à coup sûr un effet nocif des OGMs : ils rendent idiots ! Hé hop, le prix Nobel pour Boizard.

(1) : j'attire votre attention sur ces phrases extraites d'un article du journal Le Monde sur Limagrain (c'est moi qui graisse) :

«Les difficultés de la recherche privée ne sont pas sans répercussions sur la recherche publique. "Quand il y a moins de partenaires privés, c'est toute la recherche qui souffre, note Alain Veil, conseiller au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). La France est en train de décrocher dans le domaine de l'innovation végétale."

Avec un risque supplémentaire : l'expertise française pourrait être prise en défaut quand il s'agira d'autoriser ou non les OGM américains qui s'impatientent aux frontières de l'Europe

vendredi, avril 18, 2008

Michel Setbon : «le rejet des OGM est risqué»

«Être à l'écoute de la demande sociale ne devrait pas dispenser d'une vision stratégique», souligne Michel Setbon.

Directeur de recherche au CNRS, enseignant à l'École des hautes études en santé publique (EHESP), spécialiste des risques sanitaires et de leur régulation, Michel Setbon estime que le vrai débat sur les OGM n'a pas eu lieu.

LE FIGARO. Pourquoi tout le monde est-il opposé aux OGM ?


Michel SETBON. En France, au cours des dix dernières années, les décisions publiques sur les OGM n'ont pas été fondées sur les résultats des évaluations scienti­fiques du risque, pourtant nombreuses, mais sur la perception du risque qu'en a le public. Les OGM sont un cas exemplaire et extrême de l'importance du risque perçu dans les orientations d'une poli­tique publique. C'est un fait : la population française est massivement opposée à la consommation des OGM et n'en veut pas dans son alimentation, ce qui est parfaitement légitime et a été pris en compte. Le problème est qu'elle semble soutenir aussi un refus de la culture d'OGM et, dans une moindre mesure, de l'expérimentation en plein champ. Cela sur la base d'un argument aussi fort qu'erroné, le risque de « contamination » des cultures avoisinantes.

Il n'y a pas de risque de contamination ?

Depuis quelque temps, le terme de « contamination » s'est imposé au point d'être repris par certains parlementaires, alors qu'il est largement inadapté. La contamination véhicule deux notions : celle de diffusion d'un élément au-delà de son champ de présence et celle de transmission d'un facteur de nocivité. Or, si le potentiel de diffusion des OGM est réel, celui de nocivité pour l'homme n'est pas fondé, et ce, après des années de recherche sur le maïs Bt. Contre toute logique, ce produit, en se disséminant, deviendrait nocif, alors que le produit d'origine ne l'est pas ! Il serait plus juste d'utiliser le terme de « dissémination non maîtrisée ». Or, la dissémination des plantes d'un lieu à un autre est un phénomène d'une grande banalité dans l'environnement. Ce phénomène est naturel et se produit régulièrement partout et de tout temps. On peut parler à juste titre de « contamination » quand des agents infectieux ou toxiques (chimiques, radioactifs, etc.) sont dispersés au-delà de l'enceinte où ils sont confinés et peuvent ainsi donner lieu à des dommages sanitaires. Mais ce n'est pas le cas pour un OGM comme le maïs Bt, qui ne peut acquérir d'effet nocif du seul fait qu'il se déplacerait du lieu de sa plantation à un champ voisin.

Pourquoi le risque perçu est-il aussi important ?

Un produit nouveau suscite fréquemment la perception de nouveaux risques. De plus, il a été montré qu'il existait une relation inverse entre le risque perçu et les bénéfices perçus. Plus les béné­fices d'un produit sont perçus comme insignifiants, plus la perception du risque en est élevée. C'est le cas pour les citoyens des pays riches, pour lesquels on peut avancer que les bénéfices des OGM sont perçus comme quasi nuls. Le citoyen-consommateur dispose d'assez de maïs produit en France sans recours aux OGM, pour refuser de prendre le moindre risque, aussi hypothétique soit-il. Au-delà des OGM, ce rejet massif traduit une demande sociale de risque zéro en matière alimentaire. Atti­tude égoïste qu'aucune considération altruiste, telle la perspective d'un rendement accru permettant de nourrir plus de personnes sur terre, ne semble en mesure d'équilibrer. Les OGM sont rejetés car aujourd'hui ils n'apportent aucun bénéfice perceptible aux populations des pays développés.

Quelles sont les conséquences d'un tel rejet ?

On peut se demander si les pays qui refusent les OGM en ont bien mesuré les conséquences en termes d'enjeux stratégiques, scientifiques et économiques. Il est permis d'en douter tant ils sont occultés. Comme souvent pour les innovations technologiques, les craintes suscitées par les OGM sont au cœur d'un mouvement de contestation qui dénonce l'idée même de progrès, devenu syno­nyme de menace. Pour autant, cette réaction naturelle ne devrait pas occulter la question majeure du potentiel de développement scientifique et industriel : les OGM ont-ils ou non un avenir stratégiquement prometteur, alors que dans de nombreux pays ils font l'objet d'investissements massifs et que se profile le risque majeur de pénurie alimentaire mondiale ? La ma­nipulation génétique de produits destinés à l'alimentation (du bétail et des hommes) ouvre-t-elle des perspectives positives ou conduit-elle à une impasse ? Ne pas mettre ces questions au cœur du débat sur les OGM et fermer la porte comme on est en train de le faire risque d'entraîner des pertes de compétitivité et une nouvelle dépendance à l'égard des pays tiers. Si l'on considère aujourd'hui que les OGM sont des produits imparfaits, cela ne prédit nullement qu'aucune amélioration ne sera possible dans l'avenir. Rien ne dit, par exemple, que l'on ne pourra pas en maîtriser la dissémination ou leur associer de nouveaux bénéfices. Si l'on pense que la fi­lière OGM a un avenir et qu'il passe par la recherche et le développement de nouveaux produits, alors les décisions qui sont prises actuellement dans un climat favorisant les intérêts à court terme pourraient se révéler catastrophiques.

Quel est l'intérêt du maïs Bt en France ?

Pour l'instant, ce maïs OGM ne présente aucun intérêt pour des consommateurs bien nourris et bien portants. Mais c'est le rôle du politique de proposer une vision stratégique et d'éclairer le public sur la balance à long terme entre les bénéfices et les risques potentiels. Être à l'écoute de la demande sociale ne devrait pas dispenser d'une vision stratégique, ni de tenter d'équilibrer la perception du risque des OGM par un peu plus de rationalité scientifique. La sensibilité à l'opinion publique est certes nécessaire, mais elle ne peut tenir lieu de guide infaillible : l'exemple du nucléaire civil, dont la perception longtemps négative semble évoluer vers une plus grande acceptabilité à mesure que ses bénéfices deviennent compatibles avec les valeurs dominantes de la société, invite à la réflexion. L'exigence d'un risque zéro, par nature indémontrable, associée à une demande réitérée de « je n'en veux pas près de chez moi », apparaît insuffisante pour fonder une poli­tique soucieuse de ne pas manquer un tournant stratégique.
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mardi, avril 15, 2008

OGMs : enfin un article raisonnable

Ce qui m'irrite le plus, dans ces histoires d'OGMs, c'est la mauvaise foi et la bêtise : cette accumulation d'informations biaisées, de raisonnements approximatifs, de slogans sensationnalistes mais creux, ces arguments dans la défense desquelles on ne recule pas d'un pouce et qui pourtant ne valent pas le prix du papier sur lesquelles ils sont écrits (1).

Voici un article moins con que la moyenne :

OGMs : retour sur une querelle


(1) : par exemple, les auteurs dénoncent le paralogisme des écolos :«Tout ce que fait la nature est bon, les OGM ne sont pas naturels, donc les OGM ne sont pas bons.» Je l'entends souvent, et peu fréquemment dans une forme plus sophistiquée que celle-ci.

Or :

1) il faut être un crétin de citadin pour croire que «tout ce que fait la nature est bon.»

2) il faut être sacrément ignare pour ne pas comprendre que tout ce que fait l'homme tend à perfectionner la nature ou à s'y soustraire et que «naturel» n'est pas plus une qualité qu'«artificiel». Rien de ce que nous mangeons, absolument rien, même pas l'agriculture «bio», n'est «naturel». Partout, il a fallu que l'homme étudie, sélectionne, améliore. A partir de là, comment fait-on une distinction claire entre ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas ?

3) certes, des crétins et des ignares, nous n'en manquons pas, mais est-ce une raison pour les laisser monopoliser la parole ?

lundi, janvier 14, 2008

Swaminathan, c'est quand même autre chose que Bové

J'ai presque honte de mettre Swaminathan et Bové dans le même message.

Monkumbu S. Swaminathan est le père de la révolution verte en Inde, généticien, il a créé et fait la promotion de plantes hybrides dans les années 60, sauvant des millions d'Indiens de la famine.

Pour vous situer le personnage, les Indiens disent de lui :«Gandhi gave us freedom, Swaminathan gave us food.»

Il a présidé la commission chargée de donner un avis sur l'introduction des OGMs en Inde (qui est contestée par les urbains et demandée par les paysans).

En juin 2004, cette commission a rendu un avis favorable sous certaines conditions de contrôle. Elle donnait entre autres des motivations écologiques (économies d'eau et de polluants).

Mais bon, si il était au courant, notre José national n'en serait pas plus perturbé que cela : cet homme est sans doute à la solde des lobbys semenciers et puis, de toute façon, ce qui est bon pour les Indiens n'est pas forcément bon pour les Français (un petit peu de racisme n'a jamais effrayé José Bové, bien que ce soit habituellement sous la forme d'un antisémitisme puant.)

Nous avons les héros que nous méritons.

La victoire de José Bové

Maintenant que la culture commerciale d'OGMs en France est de fait interdite, José Bové tient sa victoire politique :

> soit, sous la pression de la réalité, le gouvernement revient sur cette interdiction. Mais c'est la démocratie représentative «bourgeoise» qui est discréditée.

> soit le gouvernement temporise des années, l'agriculture souffre et la mondialisation et «l'ultra-libéralisme» sont accusés.

Bref, José gagne à tout coup.

Bien sûr, il y a une troisième option : convaincre l'opinion et les medias que cette décision d'interdiction est absurde, que José est de mauvais conseil, et revenir sur cette décision avec l'assentiment populaire.

Ca serait la voie de la vérité, de la sagesse, de la raison, mais il ne faut pas y compter : le matraquage anti-OGM a été bien trop intense et prolongé.

Qu'est-ce que cela prouve ? Que la science n'est pas compréhensible par tous (1), que la peur est un levier politique fort puissant, que les medias, spécialement audiovisuels, sont d'une faiblesse intellectuelle insigne, que le pouvoir politique est à la merci d'un habile agitateur.

Ca n'est pas très brillant, mais, au moins, nous savons où nous en sommes.

(1) : il y a une parenté certaine avec le réchauffisme. Il est quasi impossible de convaincre un homme ordinaire, je veux dire n'ayant pas de connaissances scientifiques particulières, que les modèles climatiques numériques ne sont pas de bons prédicteurs : c'est joli, il y a plein de couleurs, ceux qui les présentent ont des titres longs comme le bras, donc c'est vrai.

dimanche, janvier 13, 2008

L'interdiction des OGMs en France (2)

Je crains que cette pétition soit presque inutile :

Respecter les paroles scientifiques


En effet, l'obscurantisme (des écolos) et la démagogie (du gouvernement), basés sur le délire émotionnel à base de paranoïa, ne sont pas attaquables par des discours raisonnables, raisonnés et adultes.

J'ai pourtant la certitude que les plantes, et peut-être des animaux, OGMs seront un jour produits à l'air libre en France.

Mais il faudra pour cela que l'agriculture française soit distancée et menacée de mort. Quand elle passera enfin aux OGMs, elle sera sous la dépendance technique de nations étrangère, USA, Brésil, peut-être Inde et Chine.

Beau succès bovésien !

Finalement, le seul intérêt de cette pétition n'est pas faire changer d'avis les écolos, c'est de conforter ceux qui trouvent cette psychose OGM absurde en leur signalant que, même en France, ils ne sont pas seuls.

vendredi, janvier 11, 2008

L'interdiction des OGMs en France

On se dirige tout droit vers l'interdiction de fait (un moratoire jusqu'à la St Glinglin) de la culture d'OGMs en France.

Je ne suis pas surpris : je dénonce depuis des années une atrophie de la pensée en France, je trouve donc dans la suite normale des choses que l'obscurantisme finisse par gagner.

Rappelons quelques faits simples :

> les OGMs sont mieux connus qu'à leurs débuts les chemins de fer, l'aviation ou le nucléaire.

Il n'y a qu'une seule manière de mieux connaître encore, c'est de sortir des laboratoires et de faire à grande échelle. Il y aura sans doute des difficultés mais ainsi va la vie. Si les OGMs se révèlent avantageux, ils perdureront, sinon ils disparaitront.

Le dirigeable a disparu après un certain nombre de catastrophes, l'avion s'est développé malgré les catastrophes. Il a fallu expérimenter pour savoir et se perfectionner, et choisir en connaissance de cause.

S'il avait fallu attendre que les risques de l'automobile, de l'avion ou du dirigeable soient maitrisés en laboratoire pour diffuser ces inventions, nous n'aurions jamais eu assez d'expérience et nous ne les aurions jamais diffusées, ni le dirigeable qui a été abandonné, ni l'avion qui a été développé.

L'interdiction des OGMs ne dit rien sur les OGMs et beaucoup sur notre frilosité décadente.

> la culture commerciale des OGMs va être interdite en France mais pas la vente, pour une raison élémentaire : les OGMs sont cultivés ailleurs dans le monde par millions d'hectares. Le seul moyen de garantir une agriculture française libre d'OGMs serait l'autarcie, je ne doute pas que certains en seraient ravis, mais ça serait tout de même pousser un peu loin et de manière trop visible la folie.

Ainsi, comme je ne doute pas la créativité de l'homme, il y a de fortes chances que les OGMs finissent par bénéficier aux pays qui les cultiveront. La France n'en fera pas partie.

Nota : je signale un trait comique qui ne pourra qu'éclairer votre grisaille quotidienne : Joseph Bové, père de notre moustachu (qui porte le même nom, car «José» n'est qu'un diminutif), est généticien et défenseur du riz transgénique (« Au Moyen-Age, on brûlait les sorcières. Aujourd’hui, on brûle les plants transgéniques »). Les repas de famille chez les Bové, ça doit être quelque chose.

Je suis assez partisan de se cotiser pour payer à José une psychanalyse et qu'il arrête de nous pomper l'air avec ses lubies.

Ajout de 13/12 : j'ai oublié de vous citer un exemple, pour vous montrer à quel nos écolos en tiennent une couche.

Les ogms permettent d'éliminer certains pesticides dans des conditions économiques acceptables (c'est cet avantage qui explique que presque 100 % du maïs et du soja américain est ogm), ce que ne permet pas l'interdiction simultanée des ogms et des pesticides dont rêvent nos ayatollahs verts.

En cela, ils sont cohérents dans l'imbécilité : pastèques, verts dehors, rouges dedans, la plupart fantasment de détruire l'économie libre, l'écologie n'étant qu'un prétexte, ce que ne perçoivent pas toujours les naïfs.

vendredi, octobre 26, 2007

Dans 20 ans, la fin de l'agriculture française ?


Le «Grenelle» de l'environnement, dont les proposition sont reprises par Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer deux objectifs dont la contradiction porte en elle la fin de l'agriculture française, ni plus ni moins :

> une diminution de l'emploi des pesticides

> un moratoire sur la commercialisation des OGMs

Les paysans n'emploient pas les pesticides pour le plaisir mais parce que c'est utile. Sans les pesticides, il n'y aurait pas eu de pommes de terre en France en 2007, fini le steak-frites.

Or, les OGMs sont le meilleur moyen de diminuer l'emploi de pesticides, là est la contradiction. Si on ne commercialise pas les OGMS, on ne peut diminuer les pesticides significativement.

Et l'agriculture biologique ? C'est un marché de niche. Elle ne peut nourrir une population en quantité suffisante, à un prix raisonnable et à une qualité donnée. J'ai pris l'exemple des pommes de terre. Sans pesticides, on n'en aurait pas eu cette année, mais on peut tout aussi bien se référer à l'histoire : quand l'agriculture «biologique» arrivait à nourrir le pays, 90 % de la population était rurale (ce fantasme champêtre est celui plus ou moins avoué de nombre d'écolos (1) ).

Bien sûr, des techniques biologiques modernes permettent d'améliorer les rendements par rapport au XIXème siècle, mais, au fond, la problématique reste, car on ne peut espérer de miracles.

Il y a une issue : c'est l'importation à cette contradiction. C'est déjà le cas des OGMs. On ne peut en cultiver à des fins commerciales en France, mais on peut en importer.

Mais c'est là aussi contradictoire : on ne peut pas vérifier à l'étranger si il n'y a ni pesticides ni OGMs (2). Bref, loin des yeux, loin de la peur ; on aura juste exporté notre pollution.

Bref, on réussira à tuer notre agriculture sans améliorer significativement la qualité des produits. Bel exemple d'intelligence à la française.

Vous me direz qu'on trouvera bien un moyen terme : moins de pesticides, un peu plus d'OGMs. Certes, il n'y a pas que des imbéciles et des démagogues en France, et il y aussi quelques groupes de pression opposés aux écolos. Mais le temps perdu ne se rattrape pas et les parts de marché perdues non plus (du moins à court terme).

Et maintenant, que faudrait-il faire à mon avis ? C'est simple : lever le moratoire sur la commercialisation des OGMs. Et c'est tout, vraiment tout, pas de nouvelles taxes, pas de nouvelles lois, rien.

(1) : certains ignorent à quel point la vie du temps de l'agriculture "biologique" était plus dure, d'autres le savent mais s'en foutent. Pourtant, tout ce que ce retour à la terre, qui, elle, ne ment pas, c'est bien connu, a de relents devrait inciter à la prudence, même les plus irréfléchis.

(2) : de plus, comme les OGMs ont aussi des applications médicales, il est possible que l'industrie pharmaceutique en prenne un coup au passage.

Ecologisme : je suis cerné mais je ne me rends pas !

Depuis ce matin, je n'entends parler à la radio que du «Grenelle de l'environnement », et qu'il est urgent de taxer, et qu'il est important de règlementer, et qu'il faut obliger à ceci, inciter à cela , prendre des mesures pour ci, légiférer contre ça, etc.

Hé bien, je suis désolé : je persiste. Je n'ai aucun élément m'amenant à juger que l'écologie est un problème national prioritaire et urgent.

Il y a bien quelques problèmes locaux. Mais pas de quoi fouetter un chat au niveau national.

Il est vrai que, pendant que l'on parle de ces fadaises, on ne parle pas d'autre chose.

jeudi, octobre 04, 2007

Réchauffisme, OGMs : «On sait bien que ... »

Sur la radio BFM, il y a le samedi matin une heure de débat que j'écoute avec plaisir.

Samedi dernier, ils ont visiblement parlé des OGMs pour dire, d'après ce que je devine, qu'il fallait arrêter l'hystérie et les étudier, y compris par des cultures en plein champ.

Sur ce, la radio reçoit une avalanche de mails, majoritairement dans le sens que vous devinez.

Cette semaine, un commentateur fait remarquer que de nombreuses phrases de ses mails commencent par «On sait bien que ... » (les OGMs sont nocifs, tuent les abeilles, etc ...). Ce qui est tout simplement faux : rien n'a jamais été prouvé concernant la nocivité des OGMs.

Et ce commentateur de conclure : «On sait bien que dix imbéciles qui répètent la même chose ne font pas une vérité.»

Ils n'ont pas finir de recevoir des mails, à BFM !

Mais, je les rassure, ils auraient parlé de l'hypothétique réchauffement climatique, ils auraient eu tout autant de phrases commençant par «On sait bien que ...» Et encore moins fondées !

mercredi, septembre 26, 2007

OGMs, bio : je me marre, sempiternelle poilade ...

Les partisans du bio et les adversaires des OGMs, deux populations distinctes mais fortement imbriquées, partagent deux erreurs qui les ridiculisent (ou devraient les ridiculiser) :

1) Opposer le naturel à l'industriel, à l'humain. Alors que depuis des siècles, voire des millénaires, que l'homme façonne la nature et sélectionne les espèces, cette distinction n'a plus aucun sens s'agissant des aliments, ou, plus exactement, il n'y a plus rien de naturel.

2) D'autre part, penser que, par une sorte de magie, ce qui se rapprocherait du naturel serait plus sain que ce qui a été manipulé par l'homme. On ne voit pas bien pourquoi l'homme a un cerveau si chaque fois qu'il s'en sert, cela dégrade la situation. En bonne logique, on devrait même penser le contraire : que ce qui a été consciemment manipulé pour en améliorer les qualités a des chances d'être meilleur que le produit natif.

Moins de mycotoxines dans le maïs OGM

mardi, août 28, 2007

Bientôt du vin OGM

Le génome de la vigne vient d'être décrypté. Cela ouvre la voie à l'amélioration de la vigne par transgénèse.

Il est donc probable que nous consommerons un jour du vin OGM. Voici comment je vois le scénario :

2010 : des Australiens utilisent la première vigne OGM et mettent fort habilement en avant les avantages écologiques (moins de chimie). Les viticulteurs français font la moue sur le thème «Nous ne buvons pas de ce vin-là», «Nous respectons le terroir et les traditions», etc. Ils ne traitent pas les Australiens de barbares mais le pensent très fort.

2012 : L'Espagne imite l'Australie.

2015 : un viticulteur du Languedoc voit sa vigne ravagée et est dénoncé, cloué au pilori par les associations écologistes. Il a planté de la vigne OGM. Il se défend en expliquant qu'il a un meilleur rendement tout en utilisant moins de produits chimiques. Rien n'y fait, son exploitation fait faillite. Il se suicide.

2016 et suivantes : les vignes OGM se multiplient en France dans la plus grande discrétion. Les vins ainsi produits sont exportés en totalité.

2020 : l'utilisation de vignes OGM est répandue. Simplement on fait semblant de rien, on évite d'en parler. On aura juste perdu dix ans sur les Australiens et 10 % du marché.

2025 : la France est le pays d'Europe où l'on plante le plus de vigne OGM.

Bien sûr, je n'ai pas de boule de cristal, mais je commence à connaître la France et les Français.

lundi, août 13, 2007

OGM : l'urgence


Je n'ai pas grand'chose à ajouter à cet éditorial du Figaro, vous connaissez ma détestation des délinquants destructeurs (et, par la même occasion, disséminateurs !) d'OGMs. C'est la même engeance que les réchauffistes.

On ne se plaindra pas de la domination des Américains (et des Brésiliens, et des Indiens) dans l'industrie des OGMs puisque c'est nous qui la leur offrons sur un plateau (je plaisante : on s'en plaindra. Nos gauchistes sont si subtils qu'ils favorisent une domination américaine pour mieux s'en plaindre après. «Les cons ! », comme aurait dit Daladier.). Notez qu'il y a eu des manifestations de paysans indiens pour obtenir des le droit de cultiver des OGMs, sûrement des valets des multinationales yankees.

OGM : l'urgence

Si le Grenelle de l'environnement, prévu à l'automne par Nicolas Sarkozy, doit avoir une utilité, c'est celle-ci : en finir avec la confusion qui entoure les cultures d'OGM. Entre pro et anti, la tension monte. On l'a constaté ce week-end, avec les deux manifestations antagonistes organisées dans l'Ariège.

La faute en revient aux pouvoirs publics qui, bien peu courageux, ont laissé se pourrir le débat comme laissé le champ libre à José Bové et ses acolytes. Or le sujet vaut mieux que cela. Il engage l'avenir de l'agriculture française, déjà visée par la future et profonde réforme de la PAC. Notre nouveau gouvernement doit vite parler d'une seule voix : le secrétaire d'État à l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, s'avoue très réticent, alors que le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, paraît plutôt favorable. On veut croire que ce ne sont pas que des positions opportunistes.

Certes, la France n'est pas seule embarrassée : si le Royaume-Uni s'est prononcé contre les OGM et l'Espagne pour, l'Allemagne est divisée.

Nul ne connaît les vraies raisons du suicide, il y a huit jours, d'un paysan du Lot. Il cultivait du maïs génétiquement modifié, en cachette. Mais cet acte désespéré aura peut-être changé la donne. Si le « gang des faucheurs », adepte de la désobéissance civile, continue le combat, c'est la première fois qu'une partie du monde agricole se fait clairement entendre pour que cesse le jeu stupide du chat et de la souris. Le gouvernement est donc au pied du mur. S'il n'agit pas, le face-à-face s'envenimera.

En défendant les biotechnologies, la FNSEA est accusée de servir les intérêts des riches agriculteurs et des laboratoires, notamment d'outre-Atlantique. C'est oublier que ce sont précisément les anti-OGM qui sont responsables de la domination américaine.

Leur entêtement et leur agressivité ont découragé nos industriels. Limagrain songe à délocaliser ses activités à l'étranger. Quant à la recherche publique, elle a baissé les bras. L'Inra a quasiment battu en retraite. Résultat : les États-Unis investissent aujourd'hui six fois plus que les Européens dans ce domaine. À n'en pas douter, ils seront bientôt imités par d'autres pays en pleine expansion, comme l'Inde.

Les anti-OGM ont également vicié le débat public. On ne le répète pas assez, aucune preuve n'existe sur la nocivité des organismes génétiquement modifiés. Pire, est occulté leur possible apport au développement durable. Dans la fabrication des engrais par exemple : ils pourraient remplacer des produits dérivés du pétrole, denrée de plus en plus cher et, un jour, de plus en plus rare.

L'époque est aux « passions démocratiques », comme disait Tocqueville. Il suffit que quelques-uns donnent le ton pour que l'opinion, depuis longtemps méfiante à l'endroit de ses représentants élus, les suive. Il est urgent que les politiques reprennent la main, ne se dérobent plus.

Sur les OGM comme sur d'autres sujets, ce serait un grand progrès.