dimanche, décembre 31, 2006

Des larmes de crocodile pour finir 2006

Je trouve assez indécents, voire choquants, certains commentaires français sur l'exécution de Saddam Hussein (voir par exemple Le Monde : Non à la peine de mort)

Je préfère de très loin le point de vue de Guy Sorman : Fallait-il exécuter Saddam Hussein ?

Abolitionniste de longue date, je suis amer de la joie mauvaise avec laquelle certains abolitionnistes de paccotille, qu'on n'entend point si virulents pour condamner la Chine qui à elle seule fait 90 % des exécutions dans le monde, se révèlent soudain émus par la mort d'un tyran sanguinaire.

Cela n'aurait il pas à voir avec un certain anti-américanisme ? Mais, j'exagère, sans doute, je délire.

Pitoyable spectacle !

vendredi, décembre 29, 2006

Pour le Droit à la voiture avec chauffeur pour tous


Le droit au logement et le droit au travail sont entrés dans les moeurs, je souhaite que désormais la France, fidèle à son rôle de phrare mondial du Progrès Social, fasse un nouveau pas en avant vers plus de bonheur.

Je propose donc que la France institue le droit à la voiture avec chauffeur. Bien entendu, de même que pour le logement et le travail, l'Etat veillera à ce que ce droit nouveau devienne réalité.

Ces avantages et justifications sont si puissants et évidents qu'il ait choquant d'avoir attendu 2007 pour y songer. C'est dire si il nous reste des progrès à faire s'agissant de la prise en considération des besoins des plus démunis. Ah ! Monde cruel et égoïste !

Pour les plus fermés, les plus les égocentriques, pour tout dire, pour les plus bourgeois, je rappelle ce qui justifie l'inscription du droit à la voiture avec chauffeur dans la Constitution :

> la route tue : pourquoi seuls les riches auraient ils droit aux services d'un professionnel pour améliorer leur sécurité ? Non à la route qui tue les pauvres.

> la route épuise : le stress du conducteur est facteur avéré de diminution de l'espérance de vie et d'augmentation des maladies. Le droit à la voiture avec chauffeur est bon pour le trou de la Sécu.

> Songez à tous les nouveaux postes de chauffeurs de voiture de maître : le droit à la voiture avec chauffeur est bon pour l'emploi.

Je vous appelle à une manifestation sur les Champs-Elysées devant la concession Mercedes pour qu'enfin le Droit à la Voiture avec Chauffeur devienne universel.

jeudi, décembre 28, 2006

Ségolène Royal au Fil de l'épée

Non, il ne s'agit pas de décapiter l'icône du néo-socialisme (c'est trop sanguinaire, bien que ça puisse être une bonne action pour la France), mais, comme le suggère Alain Duhamel dans Commentaire, de la confronter au portrait du chef par De Gaulle dans le Fil de l'épée.

Mais je n'ai pas éprouvé le besoin de gloser, la simple lecture se passe de commentaires :

Le Caractère, dans Le fil de l'épée

Juste une remarque : j'ai bien peur que les faiblesses de SR soient encore plus dans les capacités, sans lesquelles le caractère, déjà déficient, n'est rien.

mardi, décembre 26, 2006

Bilan 2006

Je n'ai pas encore sacrifié à cette tradition du bilan.

Bien entendu, la nouvelle de 2006, ce n'est pas l'émergence de Ségolène Royal, c'est la croissance mondiale qui fait sortir un million de chinois de la pauvreté tous les mois et presque autant d'Indiens.

En Europe, nous n'en sentons que peu les effets (1), mais c'est notre problème.

(1) : à part qu'elle nous empêche de sombrer dans le marasme que notre aboulie nous mériterait.

Vers un totalitarisme écologique ? (Sommes nous menacés par un refroidissement climatique ?)

Vous connaissez mon opinion sur le réchauffisme : tous ceux qui nous affirment que l'on connaît suffisamment les mécanismes climatiques pour juger qu'il est urgent de prendre des mesures extrêmement contraignantes sont soit des imbéciles soit des escrocs.

Et ce n'est pas parce que trois prix Nobel français et quelques honorables parlementaires, dont je tairai le nom par respect, viennent de signer une pétition appelant la France à être en pointe des mesures dans l'esprit du protocole de Kyoto que je changerai d'avis.

En effet, le réchauffisme, contrairement aux trompeuses apparences, est un sujet essentiellement politique, plus que scientifique.

Or, la cohorte d'estimables scientifiques, dont pas mal de prix Nobel, qui ont versé du coté des totalitarismes communiste et fasciste est assez grande pour nous permettre d'estimer qu'il ne faut pas accorder plus d'importance à l'opinion politique d'un éminent chercheur qu'à celle du commun des mortels, je suis même enclin à penser qu'il faut peut-être même lui en accorder moins.

En effet, un chercheur de renommée internationale est un monomaniaque, un obsédé, qui vit dans un monde très particulier ; certes, il a d'autres passions (Einstein et son violon !), il peut être très cultivé, il n'en demeure pas moins qu'il est, par son talent même, à part. On ne peut guère être bon partout, en physique des particules et en politique.

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Vers un totalitarisme écologique ?

Par Edgar Gärtner, directeur du forum Environnement au Centre for the New Europe (CNE) à Bruxelles. Publié dans Le Figaro.


Si un remède ne marche pas, vous n'avez qu'à quadrupler la dose. C'est cette logique digne du Dr Knock, personnage de Jules Romains, qui semble se cacher derrière la revendication répétée cet automne lors de la conférence internationale sur le changement climatique à Nairobi : faire suivre le traité de Kyoto par un Kyoto II encore plus contraignant. Une fuite en avant qui n'est pas sans évoquer cette définition du totalitarisme, inspirée de L'Homme révolté d'Albert Camus : mobilisation de masse pour des buts que l'on ne peut jamais atteindre.

Le protocole de Kyoto part de la supposition que le changement climatique, qui est indéniable, est causé par l'augmentation de la concentration de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère. Cette supposition ne peut pas s'appuyer sur des expériences scientifiques, mais relève d'un raisonnement spéculatif, jugé suffisant cependant, en Europe, pour justifier l'imposition de mesures coûteuses menaçant de manière radicale notre mode de vie.

Dans l'esquisse du nouveau rapport du Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, l'organisme de l'ONU chargé de l'évaluation du changement climatique), qui est déjà accessible sur Internet, on estime le coût d'un plafonnement de la concentration du CO2 à 550 ppm (parts par million) à 5 % du PIB, ce qui est considérable. Mais l'Union européenne s'est fixé un but encore plus ambitieux : limiter le taux du CO2 à 450 ppm. Cela causerait un appauvrissement généralisé de la population certainement plus dommageable que la passivité face au changement climatique. Le rapport Stern, publié récemment en Angleterre, arrive à des conclusions différentes uniquement parce qu'il cache les gains possibles du réchauffement (comme par exemple la possibilité d'augmenter les rendements agricoles dans le Nord) et minore les estimations du coût des investissements nécessaires pour diminuer les émissions de CO2 par les centrales, usines, chauffages domestiques et transports.

En l'état actuel des connaissances, le diagnostic du Giec n'est pas scientifique mais politique. Il est établi scientifiquement depuis le « compendium météorologique » de la Société américaine de météorologie, en 1951, que le principal agent de l'effet de serre est la vapeur d'eau (à concurrence de 95 %), laquelle échappe à l'emprise humaine. Le CO2 joue un rôle mineur ; et encore les émissions de CO2 ne sont-elles que très partiellement d'origine humaine. Y a-t-il eu jamais une expérience dont les résultats pourraient contredire cette conclusion ?

On ne peut pas expérimenter avec l'atmosphère et il faut donc se contenter de simulations sur des ordinateurs puissants, rétorquent les défenseurs de Kyoto. Mais avec des simulations électroniques il est possible de démontrer n'importe quoi en manipulant les logarithmes dans la direction souhaitée. En réalité, il est aujourd'hui tout à fait possible de clarifier des questions clefs de la météorologie, soit par des observations directes de la circulation atmosphérique à l'aide de photos prises par des satellites ou, dans certains cas, par des expériences en laboratoire. Une équipe de physiciens danois sous la direction de Henrik Svensmark vient de publier, début octobre, les résultats très parlants d'une expérience en chambre close qui montrent que le réchauffement terrestre, enregistré ces dernières décennies, peut aussi bien avoir été provoqué par un accroissement parallèle du champ magnétique du soleil (indiqué par la présence plus grande de taches à la surface du soleil). Ce renforcement du champ magnétique solaire empêche l'entrée de particules cosmiques dans l'atmosphère, qui normalement favorisent la formation de bas nuages qui empêchent les rayons solaires de chauffer le sol terrestre. Une augmentation des taches solaires devrait donc être suivie, à l'inverse, d'une raréfaction des nuages : d'où le réchauffement. L'équipe de Svensmark a justement démontré dans une chambre dite de Wilson que les particules cosmiques qui ne sont pas déviées par le champ magnétique solaire provoquent l'ionisation de molécules d'air, ce qui facilite la formation de nuages. Voilà à n'en pas douter une théorie qui concurrence sérieusement la théorie du CO2.

L'expérience des Danois va probablement être répétée bientôt au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) à Genève. Si cette expérience appelée « Cloud » (nuage) confirme les conclusions de l'équipe danoise, le programme de la recherche en climatologie et de la politique internationale devrait être remanié. Car il faut s'attendre à ce que le cycle solaire qui nous a donné, pendant trois décennies, du beau temps (chaud en été, mais parfois très froid en hiver), touche bientôt à sa fin. Des astronomes russes et américains ont annoncé un refroidissement terrestre vers le milieu du siècle qui devrait déjà être sensible dans une dizaine d'années. Des coûteuses réductions de CO2 (un gaz qui, il faut le souligner, ne peut pas être appelé polluant car il nourrit la végétation et conditionne à ce titre la vie même) deviendraient alors non seulement superflues, mais nuisibles. Voilà qui viendrait opportunément rappeler à tous les marchands de peur que l'humanité n'est pas enfermée dans une serre, mais continue à évoluer dans un monde ouvert dont l'intelligence nous échappe encore largement.

dimanche, décembre 24, 2006

Contre la retenue de l'impot à la source

Voici un extrait d'un article de Paul Fabra, qui, le moins qu'on puisse dire, n'est pas un utra-libéral déchainé mais qui commence lui aussi à en avoir sa claque de l'Etat maternant :

Il se fait qu'il existe encore en France, implicitement, des partisans d'une société adulte où Papa mon patron ne verse pas à ma place les impôts que je dois. Non seulement la pression fiscale a augmenté partout (y compris au Royaume-Uni sous Mme Thatcher !), mais le détenteur d'un revenu salarial ou autre - Bercy travaille à la retenue à la source des dividendes - ne voit plus, retenue à la source oblige, la couleur d'une bonne partie des sous qu'il gagne et qui vont directement dans les caisses de l'Etat Léviathan. Un peu de trésorerie en moins, la liberté d'agir est rognée d'autant. Sous prétexte de simplifier la vie des contribuables et pour rendre l'impôt le plus indolore possible, on a anesthésié les citoyens.



Pour des raisons qu'il serait intéressant - et sans doute possible - d'élucider, l'exception française a plusieurs facettes. Certaines d'entre elles reflètent timidement le souci de ne pas complètement tomber dans les bras de la technocratie [c'est un vieux fonds libertaire, rebelle, centrifuge]. Ne perdons pas ce réflexe.


samedi, décembre 23, 2006

Je suis démocrate, mais tout de même quand on voit ce qu'on voit ...

Carambolages monstres sur l'A63, le plan rouge déclenché
LEMONDE.FR avec AFP | 23.12.06 | 11h59 • Mis à jour le 23.12.06 | 12h33

Entre 200 et 300 véhicules ont été impliqués dans deux carambolages survenus samedi matin sur l'A63 au niveau de la commune du Barp (Gironde), provoquant la fermeture de l'autoroute. En raison "d'un brouillard terrible", un premier carambolage est survenu vers 9 heures 30 sur l'A63 dans le sens Bordeaux-Bayonne avant qu'un second ne se produise au même endroit, dans le sens inverse, a indiqué la préfecture, ajoutant qu'au total "200 à 300 véhicules (étaient) concernés par l'événement".

Selon le bilan le plus récent, encore non définitif, la préfecture recensait en fin de matinée "six blessés graves" et "une vingtaine de blessés légers". Les moyens de secours rencontrent des difficultés pour se rendre sur les lieux et les moyens aériens sont rendus inopérants par le brouillard.

"On ne voit pas à 20 mètres", a confié le lieutenant-colonel Larrouy-Castéra, officier-presse des pompiers, qui a indiqué qu"'une vingtaine d'engins opérationnels" étaient sur place, soulignant également "les difficultés d'accès des pompiers" sur le site. Un PC de crise a été installé à la préfecture de la Gironde et le plan rouge a été déclenché. Il permet de mobiliser tous les moyens de secours (pompiers, gendarmerie, services de l'équipement, humanitaires, etc.) afin de porter assistance aux automobilistes bloqués dans le froid. Il s'agit "de réquisitionner des bus, des gymnases, de faire intervenir des associations", afin d'évacuer les passagers et de les abriter, ont expliqué les pompiers.

En lisant Commentaire

Pour ne pas changer, la livraison trimestrielle de la revue Commentaire apporte sa légère brise libérale dans le lourd climat du conformisme intellectuel déterministe et relativiste.

Je note un article d'Alain Duhamel intitulé La candidate au miroir, vous devinez de qui l'on parle et pour vous en indiquer la teneur, il suffit que je vous dise qu'il se termine par une invitation à relire la description du chef par Charles De Gaulle dans Le fil de l'épée. Bien qu'ayant souvent lu ces pages, je ne m'en rappelle plus par coeur, mais elles sont dans la tonalité de ces trois citations de Mémoires de guerre : "Face au mauvais destin, le chef est toujours seul.", "La délibération est le fait de plusieurs, la décision est le fait d'un seul." et "Le caractère, vertu des temps difficiles".

D'ailleurs indépendamment de Mme Royal et de ce que l'on peut en penser, je vous invite à lire ou à relire ces pages qui sont parmi les meilleures et les plus personnelles à sa manière de De Gaulle.

Le numéro de l'hiver 2007 est essentiellement consacré au tombeau de JF Revel. Ca tombe bien en ce dbut de morne campagne présidentielle : il était un personnage haut en couleurs et doté d'un humour tranchant ; l'humour, le plus gros manque des libéraux, à l'exception de Nicolas Baverez.

Pour ma part, j'apprécie particulièrement, parmi tous les ouvrages de JF Revel, La connaissance inutile, Le voleur dans la maison vide et La grande parade.

Son plus grand fait d'armes journalistique reste à mes yeux la révélation du passé de travailleur volontaire en Allemagne de George Marchais. Celui-ci n'était pas le clown pittoresque que se plaisent à présenter ceux qui en parlent encore mais un bouffon sinistre.

Comme d'habitude, je vous mets quelques extraits.

J'ai numérisé celui sur l'ultra-antilibéralisme en ayant quelques personnes en tête. Je résume pour ceux qui n'auraient pas envie de lire :

L'ultra anti-libéralisme

> si le libéralisme est revenu à la mode depuis les années 80, c'est que l'économie planifiée a a échoué.

> les ultra-antilibéraux ne pouvant admettre l'échec de leurs idées et le naufrage de leur rêve sont obligés d'imaginer une conspiration libérale pour expliquer ce retour en grâce, mystérieux dans leur logique puisqu'ils nient la catastrophe de l'économie planifiée.

> ne pouvant tout de même plus promouvoir ouvertement l'économie planifiée de but en blanc, ils sont forcés de transformer leur adversaire en épouvantail. En réalité, personne ne récuse la liberté de choisir son opérateur de téléphone mobile et d'acheter des T-shirts à 1 €, il est donc difficile de faire peur avec le libéralisme, d'où les délires sur la "marchandisation" de la société ; délires car cet argument ne tient pas 2 minutes :

>> théoriquement : jamais aucun penseur libéral n'a écrit que tout devait s'échanger sur un marché. Au contraire, les libéraux accordent beaucoup d'importance aux associations libres, aux corps intermédiaires et à la protection de la sphère privée. Encore faut-il avoir lu les libéraux pour le savoir.

>> pratiquement : il est très clair que les individus ont des valeurs morales et qu'ils mettent d'eux-mêmes sans violence une barrière à la société marchande, simplement il y a des choses qui ne se vendent ni ne s'achètent.

Une admis qu'il ya des barrières naturelles à l'échange marchand, cet argument de la "marchandisation" de la société revient au fond à dire qu'il est mieux d'être obligé d'utiliser un opérateur étatique que d'avoir le choix entre trois opérateurs privés, ça n'est pas très crédible.

> les ultra-antilibéraux déforment tellement le libéralisme (c'est un bel oxymore "libéralisme totalitaire") qu'on est en droit de se demander si ils croient ce qu'ils disent. Il est possible que non, que cet ultra-antilibéralisme soit une position d'attente (en attendant qui ? Quoi ? Godot ?) avant que de passer à autre chose.


Le deuxième article est un hommage à JF Revel.

J'ai choisi celui de Philippe Meyer pour les raisons que vous devinerez en le lisant.

Un homme pour toutes saisons

Juste une remarque, je pense que, dans son hommage, A. Besançon se trompe quand il parle de "l'intelligentsia de gauche, honte de la France" au passé.

Certes le temps des odes à Staline et à Mao est fini, mais le traitement différent de Castro et de Pinochet suffit à montrer que, vu de Paris, il vaut mieux être un bourreau de gauche qu'un bourreau de droite, comme si le fait d'être de gauche était un charme particulier rendant les tortures plus douces, les exécutions sommaires plus justes, les camps de travail plus guillerets.

Sur le sujet de l'intelligensia, on peut toujours se reporter au Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme de Raymond Boudon.

La rupture tranquille, qu'est-ce que c'est ?

En quelques années le Canada a réduit ses dépenses publiques et effacé les déficits budgétaires. De passage à Paris à l'occasion des entretiens de Royaumont, l'ancien premier ministre canadien Jean CHRETIEN a donné au Figaro Economie une interview qui nous apprend beaucoup sur cette réforme.

Tout en se refusant à donner des conseils à l'occasion des élections en France, il a néanmoins précisé :

« Je ne constate qu'une chose : au Canada, nous avons réalisé neuf exercices budgétaires excédentaires d'affilée, ce qui a profondément changé le langage des hommes politiques. Alors qu'avant, tout le monde expliquait que le déficit avait du bon car il s'agissait d'un investissement pour le futur, aujourd'hui plus aucun responsable politique n'ose mentionner le mot déficit. Désormais, l'appréciation des qualités d'un ministre se fait sur sa capacité à bien mener son ministère sans augmenter ses dépenses ».


Heureux Canadiens !

« Nous étions dans une situation désespérée avec un déficit de plus de 6% du PIB. Tous les partis disaient vouloir rééquilibrer le budget en cinq ans. En ce qui me concerne, j'avais opté pour un langage franc. Je pensais que cet objectif était trop dur et pas réaliste et je m'étais engagé à ramener le déficit au niveau de Maastricht, c'est-à-dire 3% du PIB. On a finalement équilibré nos comptes en trois ans, plus vite que prévu ».


C'est donc possible.

Question du Figaro : pourquoi ce message a-t-il pu être accepté par les électeurs ?

« Nous avons expliqué pourquoi nous devions le faire car nous étions face à un mur. On en était arrivé à un point où les gens pensaient que le Fonds monétaire international allait venir gérer nos affaires en direct. Comme nos taxes étaient déjà extraordinairement élevées, il était impossible d'augmenter les impôts. Il n'y avait qu'une seule solution : réduire les dépenses. ».

« Nous avons réduit de 30 à 40% le budget de certains ministères et diminué de 19% le nombre de fonctionnaires, en les incitant à partir avec des parachutes dorés. Au total, notre budget est passé de 121 à 101 milliards de dollars. Pour faire accepter ces coupes difficiles, j'ai créé un comité du trésor réunissant les principaux ministres, présidé par le ministre du budget. L'objectif était de réduire les dépenses de tout le monde, il n'y avait pas d'enfants chéris, c'était le principe même de la solidarité ministérielle : nous étions tous dans le même bateau. ».

« En tant que premier ministre, je jouais le rôle de cour d'appel en cas de litiges, mais cette cour ne siégeait pas ! La clef, dans ce type de réforme, c'est que le chef du gouvernement soutienne sans faille son ministre du budget ».

Et Jean CHRETIEN d'ajouter qu'avec cette politique, le Canada a même dégagé des surplus, qui ont servi à mener de vraies politiques, en particulier d'investissement en capital humain dans les universités en créant deux mille chaires d'excellence, ce qui fait que le Canada a cessé de « perdre des cerveaux », mais en acquiert au contraire :

« Nous avons maintenant le plus haut niveau de diplômés de l'enseignement supérieur au monde ».

Ce qui est intéressant dans l'exemple canadien, c'est que ce pays n'a pas connu l'équivalent d'une révolution reaganienne ou thatchérienne, et qu'il s'est pourtant réformé en profondeur parce que la classe politique, unanime, a compris qu'il fallait rompre avec les politiques antérieures et que cette fuite en avant des dépenses ne pouvait plus durer. Une révolution tranquille en quelque sorte.

On remarque que, contrairement à ce qu'on agite comme épouvantail en France, le recul de l'Etat n'a en rien conduit à l'écroulement du pays, bien au contraire. Les fonctionnaires peuvent faire l'équation "Etat = pays", c'est naturel, par contre il n'y a aucune raison pour que le reste des Français admettent cette folle équivalence.

La classe politique française se méfie unanimement des idéologies (sauf de l'idéologie socialiste, bien sûr) ; les Canadiens n'ont pas agi par idéologie, mais par nécessité et simple bon sens. Chez nous ceux qui prônent la rupture tranquille sont-ils prêts à diminuer de 19% le nombre de fonctionnaires, comme au Canada ? Et d'environ 20% en moyenne le budget ?

Pour nous, le recul de l'Etat et le libéralisme sont des nécessités morales.

Mais si les hommes politiques français découvrent « pragmatiquement », comme les Canadiens, qu'il faut en finir avec l'Etat tout puissant, et réduire d'un cinquième le nombre de fonctionnaires, nous ne ferons pas la fine bouche. Mais pour l'instant en France, on est loin de la situation canadienne : le déficit apparaît chez nous comme une vertu. KEYNES est toujours le maître à penser de la classe politique française, il est vrai qu'il n'était pas « idéologue » !

jeudi, décembre 21, 2006

Puisque les impots sont à la mode ...

Voici un dialogue entre Thomas Piketty et Alain Madelin sur le sujet :

Université de tous les savoirs : faut-il augmenter les prélèvements obligatoires ?

Vous vous doutez de quel coté mon coeur et ma raison penchent.

L'argument massue est donné par A. Madelin : une croissance annuelle de 3.5 % fait doubler les revenus en 20 ans. Aucune politique de redistribution n'arrive à cet exploit, seule une politique de croissance, c'est-à-dire de baisse des impots et de dégonflement de l'Etat, peut y parvenir.

Qu'est-ce que la justice sociale ?

François Hollande propose d'augmenter les impots des "riches" (en réalité des classes moyennes supérieures, les vrais riches ont les moyens de se payer de "l'ingenierie fiscale") au nom de la justice sociale et de la nécessaire redistribution des revenus.

Examinons donc ces raisons : qu'est-ce que la justice sociale ?

D'après ce que l'on comprend, il s'agit de justice redistributive : certains gagnent trop, d'autres pas assez, on prend aux uns pour donner aux autres. Certes, mais "trop" et "pas assez" par rapport à quoi ?

On entre là dans le vif du sujet. Nous vivons dans une économie de marché, où, à condition qu'il n'y ait pas de monopole, nul n'est forcé de faire une transaction. Si j'achète, je vends, je loue, c'est parce que je le veux.

Il en est de même pour le travail : un employeur et un employé s'accordent sur un prix pour un certain travail.

Là dedans, nulle notion de justice ou d'injustice : chacun vit des ressources que lui procure le travail qu'un autre est prêt à lui acheter. Ce brillant mécanisme est faussé par deux grains de sable :

> le chomage, qui fait que la possibilité de négocier son salaire est très faible voire inexistante pour certains.

> Les impots, qui introduisent une différence, le "coin fiscal", entre ce que l'employeur débourse et ce que l'employé reçoit, dont la variation, l'usage et l'utilité ne dépendent ni de l'un ni de l'autre.

Ces deux maux sont essentiellement d'origine étatique.

Premier constat : la "justice sociale" est un moyen pour l'Etat de compenser les dégats qu'il cause.

Deuxième constat : nous ne sommes toujours pas plus avancés pour savoir qui gagne "trop" ou "pas assez".

Puisque chacun, employé et employeur, est pris dans une transaction qu'il était libre de refuser, c'est qu'elle lui convient, au moins par défaut : il n'a pas trouvé mieux ailleurs. Et comme chacun est libre, surtout l'employé, de sortir de la transaction à tout moment, c'est qu'il n'a toujours pas trouvé mieux ailleurs.

Alors comment juger que ce qu'il reçoit n'est "pas assez" puisqu'il ne trouve personne qui consente librement et sans entente à lui payer plus ? Et inversement, comment juger que tel autre gagne "trop" si il trouve quelqu'un qui prêt à lui payer ce qu'il gagne ?

A défaut d'avoir une justification théorique de la redistribution - manque qui nous met tout de même la puce à l'oreille, essayons de voir comment cela se passe en pratique :

> un gouvernement est élu qui décide, à travers impots et subventions, de la redistribution.

Mais qui influe sur le gouvernement ? En théorie, c'est la majorité, mais la majorité peut avoir tort et porter sciemment atteinte à des droits élémentaires. De plus, l'expérience et la théorie micro-politique montrent que ce sont les groupes de pression les plus bruyants ou les mieux organisés qui font valoir leurs demandes.

Par comparaison, le marché libre est une démocratie participative permanente : ce qui s'y passe est la somme de décisions individuelles toujours renouvelées prises librement d'acheter ou de vendre.

De tout cela, on tire que la redistribution étatique des revenus n'est pas juste mais arbitraire. La seule justice qui vaille, c'est celle qui, garantissant les mêmes droits à chacun, offre à tous la possibilité de faire fortune, non pas que tous la saisissent.

Pour conclure, on peut citer Pascal Salin :

Imposer des transferts obligatoires, c’est-à-dire prendre des ressources à ceux qui les ont créées par leurs propres efforts pour les remettre à d’autres qui ne les ont pas créées, quelles que soient les situations respectives des uns et des autres, revient à dire que les seconds ont des droits sur les premiers.

Mais il est totalement incohérent de vouloir défendre la liberté humaine et d’admettre en même temps l’idée que quelqu’un a des droits sur vous et sur vos propriétés, c’est-à-dire sur le produit de votre activité.

Il existe de ce point de vue une différence radicale entre les transferts obligatoires et les transferts volontaires – inspirés par l’altruisme et la morale individuelle – car on ne peut légitimement transférer que ce que l’on possède légitimement. Et on ne peut donc légitimement recevoir que ce qui vous est transféré volontairement par un propriétaire légitime.

Tout le reste est violence et ne peut être que violence. La politique sociale, c’est donc la guerre des uns contre les autres. Et c’est une imposture que d’utiliser le beau mot de justice pour couvrir des actes de violence qui sont à l’opposé de la vraie solidarité et de la vraie charité.

Il est donc aisé de comprendre que les hausses d'impots préconisées par François Hollande sont non pas un facteur de justice mais une spoliation illégitime au profit des profiteurs de l'Etat.

mercredi, décembre 20, 2006

Etre de droite : un tabou de l'éducation nationale

Je suis en train de lire Qui a eu un jour cette idée folle de casser l'école ?, de Fanny Capel, qui trainait depuis quelques temps au pied de mon lit (le livre, pas Fanny). Il ne se distingue guère de la littérature du même type par JP Brighelli, M. Le Bris ou R. Boutonnet.

Or, à part dans les livres de M. Le Bris, vient toujours, plutôt au début qu'à la fin, une protestation d'authenticité de gauche par l'auteur.

A croire que la politique a quelque chose à voir avec la pédagogie, à croire que seuls les profs de gauche peuvent râler contre l'EN, à croire que si la même critique était portée par des profs de droite, ou soupçonnés de l'être, elle serait moins légitime. D'où l'impérieuse nécessité de protester de son gauchisme.

On retrouve chez ses personnes pourtant de bonne volonté l'un des maux les plus graves de notre école publique : le sectarisme. Plus sectaire qu'un prof, ça existe, c'est deux profs ; et plus sectaire que deux profs, ça existe aussi, c'est une salle des profs.

J'ai un fantasme, être invité un jour dans une salle des profs pour pouvoir y déclarer benoitement après les présentations d'usage : "Je suis libéral et je vote Sarkozy". J'en savoure d'avance l'effet. J'ai déjà essayé lors de réunions privées avec un effet assez réjouissant, alors j'aimerais bien recommencer à plus grande échelle.

Si, comme je le pense, le problème fondamental de l'instruction en France est d'être un système étatique, les meilleures volontés du monde ne suffiront pas à améliorer la situation tant qu'elles se refuseront à dépolitiser l'école, c'est-à-dire à la désétatiser, comme on exorcise un possédé.

Je constate, en parcourant un site comme Sauver les lettres, que, les refuzniks du pédagogisme non seulement n'ont pas compris où était le problème, mais ils entrent dans la même logique que leurs adversaires : dans un système centralisé, on peut tout changer en changeant la tête.

Les pédagogistes ont aujourd'hui le pouvoir, les anti-pédagogistes veulent le leur prendre. Ils changeraient tout, tout sauf la centralisation elle-même.

Ils affaiblissent mortellement leur position : si la question ne revient qu'à changer la couleur de l'équipe dirigeante, ce n'est que querelle de clochers sans importance.

Les anti-pédagogistes auraient un moyen de se rendre compte que chaque fois qu'ils hurlent contre la libéralisation de l'école, ils se tirent une balle dans le pied : c'est que le principal moteur du débat sur l'école, l'aiguillon, est la concurrence de fait créée par des entreprises privées comme Complétudes, Acadomia et cie. C'est donc que la concurrence et la liberté ne sont pas si mauvaises pour faire bouger l'école (1).

Mais leur cerveau reptilien gauchiste sera-t-il vaincu par leur cerveau hominien amoureux du savoir ? J'en doute : l'école n'est pas un espace de liberté, il y est malaisé de se débrarrasser d'un carcan idéologique. Il ne s'agit même pas de passer de la gauche à la droite, ce qui serait le miroir de l'erreur initiale, il s'agit juste de se rappeller que la liberté est nécessaire à l'enseignement et qu'il n'y a pas de liberté en situation de monopole.

C'est dommage, car la cause est fondamentalement juste et sympathique.

(si vous parcourez le site de Sauvez les lettres, vous vous paierez de bonnes tranches de rire : après bien des contorsions, ils finissent toujours par dire que ce que fait ou préconise un homme de droite est mauvais, le plus souvent "Le constat est bon, mais la solution est mauvaise (ou ne va pas assez loin)". C'est tellement systématique que ça finit par engendrer un effet comique. Tout cela n'est pas très sérieux).

(1) : je pense que l'école de Jules Ferry souffrait du même défaut fondamental, mais tant que la tête faisait les bons choix, ça ne se voyait pas ; quand les mauvais choix ont commencé à être faits, il n'y avait pas de contrepoids, de contre-pouvoir.

Ouverts à toutes les folies

Je vous rappelle succintement comment je vois la situation politique française :

> un fond culturel étatiste hérité de la monarchie, du jacobinisme puis du gaullisme, phénomène maintes fois décrit et analysé (Tocqueville, Taine, Hayek, etc.)

> une classe (c'est à dessein que j'emploie ce mot) politique dominée par les fonctionnaires, et, plus globalement encore, profondément ignorante et inexpérimentée en matière d'économie (sur environ 600 députés, seuls 100 ont déjà travaillé dans une entreprise privée) (1).

> depuis trente ans, un recours constant, sous tous les gouvernements, à la socialisation et à l'étatisation des problèmes, ce qui entraîne une illusoire, et perdue d'avance, course à toujours plus d'assurance étatique. C'est ce que j'appelle le syndrome de l'Etat maternant, la Big Mother ; processus d'autant plus dommageable, qu'il est soumis au rapport de force des différents groupes de pression s'échinant à vivre sur la bête étatique.

> or, le phénomène que l'on appelle mondialisation est une mise en concurrence au niveau planétaire qui nécessite une libération des énergies individuelles. Autrement dit, l'Etat n'est pas la solution, c'est le problème.

> on aboutit à la schizophrénie française, le divorce d'avec la réalité, parfaitement rendu par le slogan des anti-libéraux "Un autre monde est possible". Cette envie d'arrêter le temps en 1970, de se retirer du monde, est une pulsion de mort.

Elle est le contraire de la pensée, c'est pourquoi il est vain d'argumenter, seule l'action dans une direction différente compte.

> La mondialisation est non pas un choix, mais une donnée de l'environnement dont il s'agit de tirer le meilleur parti, ceci se prouve en faisant des marchés mondiaux et de l'innovation une source de richesses.

Pour dire à quel point de bêtise nous sommes arrivés : la France est sans doute le seul pays développé dont la politique sociale et fiscale conduit sciemment à chasser les riches et les qualifiés et à attirer les pauvres et les non qualifiés.

Aujourd'hui nous en sommes à l'avant dernière étape, la schizophrénie est bien établie, mais personne n'est encore passé au traitement de la maladie par l'action politique libératrice. Y passerons nous ?

C'est toute la question de la campagne présidentielle en cours.

Les indications qui nous parviennent n'incitent pas à l'optimisme : Sarko et Ségo font assaut de populisme, l'un dans un style brouillon, l'autre dans un style éthéré. Mais aucun n'a commencé à combattre le syndrome de l'Etat maternant. Or, il me semble que les 4 mois qui restent avant le scrutin ne seront pas suffisants pour revenir sur 30 ans d'errements.

Que se passera-t-il alors ? Puisque nous n'aurons pas voulu voir les problèmes en face, nous nous trouverons des boucs-émissaires : les juifs sont passés de mode (quoique), nous nous rabattrons sur les "riches", les patrons-voyous, les "ultra" libéraux, l'Europe et, pourquoi pas, les immigrés et les pollueurs.

C'est la porte ouverte à toutes les folies, à tous les excès, à toutes les violences.

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(1) : la position correcte en économie me semble être de considérer que la macro-économie n'existe pas, que c'est un leurrre, que seule la micro-économie compte et que toutes les autres positions sont erronées.

Cependant, dans l'erreur, il y a des degrés. Voici comment, d'après leur comportement, les politiciens français envisagent l'économie : l'Etat tripatouille les "curseurs", joue avec les taux de ceci et les barèmes de cela, puis l'Etat ouvre les vannes de la dépense publique, le fluide bienfaisant se répand dans les canaux économiques, apportant croissance et emploi. Avouez tout de même que cette vision se situe très haut dans la hiérarchie des erreurs économiques telles qu'on les connaît en 2006.

mardi, décembre 19, 2006

Quelques cours de management cinématographiques

J'ai remarqué, dans les entreprises qui m'ont fait la grâce de me verser un salaire, qu'il était souvent difficile de trouver un bon chef ; à tel point que, dans certaines, on ne parle plus de chef mais de "hiérarchique" : "Mon hiérarchique ceci, mon hiérarchique cela."

En plus d'être particulièrement laid -mais les RH ayant du goût, surtout en matière d'expression française, sont rares, ils préfèrent souvent un charabia ronflant- ce barbarisme est pathétique : qu'est-ce qu'un chef qu'on n'ose pas appeler chef ?

Pour aider ceux qui sont confrontés aux difficultés du management, quelques références cinématographiques :

> Un homme de fer, avec Gregory Peck. Pendant la seconde guerre mondiale, les Américains expérimentent le bombardement stratégique de jour, les pertes sont énormes. Malgré un chef bon et généreux, le moral est au plus bas. Gregory Peck arrive pour essayer de rétablir la situation ...

> Ouragan sur le Caine. Sur un dragueur de mines, le capitaine paraît un peu déphasé, à bout de nerfs, et, pour tout dire, mauvais. Ses officiers subalternes se liguent contre lui ...

> Le pont de la rivière Kwaï. Le colonel Nicholson, obsédé par le but qu'il s'est fixé, oublie de prendre du recul et ne s'aperçoit plus qu'il travaille pour l'ennemi, avec de facheuses conséquences ...

Thème de campagne : le pouvoir d'achat

Le pouvoir d'achat (la "vie chère" comme dit l'arriviste des Charentes, pour faire plus "peuple") est un thème de la campagne électorale qui s'enfonce dans la bêtise.

Disons le tout net : IL N'Y A PAS DE PROBLEME GLOBAL DE POUVOIR D'ACHAT EN FRANCE.


Que se passe-t-il ?

1) Les populations qui vivent des minima sociaux (RMI, SMIC) ont vu leurs revenus augmenter beaucoup plus vite que la moyenne.

2) Le revenu des classes moyennes a augmenté moins vite que ... la moyenne, et elles se sont faites rattraper par le bas (c'est la "smicardisation" des classes moyennes).

3) Les plus hauts revenus ont profité à plein directement ou indirectement de la mondialisation.

Il n'y a pas de problème global de pouvoir d'achat en France, il y a "juste" le sentiment de déclassement de la classe moyenne.

Première réaction, primaire et idiote, digne d'un socialiste "à la française" : taxer encore plus les riches pour redistribuer encore plus, mais :

> ils ne sont finalement pas si nombreux

> ils peuvent s'enfuir

> c'est un étouffoir pour l'économie (hé oui : les riches aussi font marcher l'économie)

> la classe moyenne est toujours la "couillonnée" de la redistribution

Deuxième réaction possible : réfléchir et analyser la situation (si vous êtes socialiste ou troskyste, vous pouvez essayer, mais attention, à petites doses, recommencer à réfléchir à fortes doses après tant d'années d'arrêt pourrait provoquer un rhume de cerveau).

Vous vous apercevriez alors que la France est une société à statuts particulièrement stratifiante (il faut habiter dans le bon quartier, pour faire la bonne école pour avoir le bon job). C'est ce qu'on appelle l'ascenceur social bloqué.

Or, qui est le gardien des statuts de toutes sortes, c'est-à-dire le maître d'oeuvre principal (mais non unique) des blocages ?

Mais oui, c'est l'Etat toujours et encore lui. (1)

En réalité, il n'y a aucune problème de demande en France, mais des problèmes d'offre. Si vous voulez augmenter le pouvoir d'achat moyen, rien de plus simple : n'entravez plus le travail et l'investissement (libérez l'enseignement, libérez le temps de travail, licenciez ou mettez à la retraite anticipée une forte proportion des fonctionnaires, permettez le cumul travail-retraite, déréglementez le travail, baissez les impots, etc.)

Mais, bien entendu, personne ne fera rien de tout cela et on s'étonnera que persistent des problèmes dont on refuse les solutions.

(1) : ce qui l'y a de pratique dans la situation française, c'est que l'Etat y étant le principal facteur de risques et de troubles, tous les problèmes se ramènent à : comment faire pour que l'Etat cesse vraiment de s'occuper de ceci ou de cela et laisse place aux initiatives individuelles ?

lundi, décembre 18, 2006

Quelques romans

Il paraît que je ne donne pas assez de conseils de lecture de romans.

Un préliminaire : depuis que j'ai lu deux pages de la nombriliste dont j'ai oublié le nom (ah si, Christine Angot) , j'ai décidé de ne rien lire en matière de romans qui n'avait pas vingt ans d'âge minimum.

En réalité, je suis souvent plus près des cent ans !

Allons y :

> Le roman bourgeois, de Furetière (qui n'est pas vraiment un roman)

> La guerre et la paix, de Léon

> Anna Karénine, du même Léon

> La condition humaine et La voie royale, de Dédé Malraux

> Les chemins de la liberté, de JP Sartre (qui était ignoblement bête dès qu'il écrivait autre chose que des romans)

> Les mémoires d'Hadrien et L'oeuvre au noir de la Margot Yourcenar

> Pylones de Faulkner, c'est mon coté aviateur

> Les trois mousquetaires (et pourtant je n'apprécie guère Dumas)

> Les misérables

> Le nom de la rose, d'Eco

> Les nus et les morts, de Mailer

> La serie des Fortune de France, surtout les 8 premiers, de Robert Merle.

> enfin pour la détente et pour les vacances, toute l'excellentissime série de petits bouquins semi-autobiographiques d'Henry de Monfreid.

Bref, rien que du solide, de léprouvé.

Les impots, thème de campagne

Les propos de François Hollande dans Le Monde, qui parle de remonter les impots au niveau de 2002 et qui évoque le rôle de cohésion sociale de l'ISF seraient tout simplement ahurissants si l'on s'en tenait au premier degré.

Mais voilà : le PS est un parti qui a depuis longtemps arrêté de penser l'économie pour mieux préparer la manoeuvre politicienne et la distribution des places.

Replacés dans ce contexte, les propos de M. Royal se comprennent : on peut classer les Français en deux catégories :

> les profiteurs de l'impot (fonctionnaires et apparentés, subventionnés de toute sorte)

> les victimes de l'impot (les classes moyennes non fonctionnarisées surtout et un peu les classes supérieures)

Sachant que :

> les victimes de l'impot ne votent guère socialiste.

> certaines victimes de l'impot vivent dans l'espoir vain de devenir des profiteurs de l'impot, ou même se croient déjà profiteurs de l'impot.

il est facile de déduire qu'un propos économiquement idiot peut être électoralement intelligent

Quant à la proposition de Thierry Breton de supprimer l'impot sur revenu de 2008, n'étant appuyée sur aucune réforme de l'Etat, elle est tout aussi démagogique que celle de M. Royal, simplement au lieu de s'adresser aux profiteurs de l'impot, elle s'adresse à ses victimes, mais la logique est identique.

Je préfère N. Sarkozy à S. Royal, et de plus en plus, puisque le PS s'enfonce, par une sorte de système de vases communicants, dans l'archaïsme idéologique à mesure qu'il progresse dans l'avant-garde de la communication.

Cependant, je trouve le début de campagne présidentielle des deux cotés caractérisé par un vide intellectuel sidéral et effrayant. Il y a bien une phrase de Blaise Pascal sur le sujet : "Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie."

(1) : il serait trop long de détailler tous les arguments qui ridiculisent la proposition de François Hollande (la plupart se trouvent sur ce blog), c'est pourquoi je vous rappelle les deux arguments fondamentaux : l'impot est un vol légal qu'il convient de réduire au minimum et l'Etat est moins légitime et moins informé pour dépenser l'argent des Français que les Français eux-mêmes.

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Au fait je vous précise ma position sur la réduction de la dette publique :

> il y a quelques années, je pensais qu'il fallait réduire la dette en maintenant les impots et en baissant les dépenses. C'est idiot, c'est un raisonnement de matheux malthusien, pas d'économiste.

> en économie, rien n'est fixé, le vrai moyen de réduire la dette est la croissance par la technique reaganienne : dimininuer les impots, privatiser, libéraliser, déréglementer. Là intervient le facteur humain : les énergies libérés créent tellement de richesses que la baisse des taux d'imposition est plus que compensée vis-à-vis des rentrées de l'Etat et que la dette réduit.

dimanche, décembre 17, 2006

Ultra-capitalisme et Etat maternant : les deux faces d'un même problème

JF Roubaud nous explique que les prélèvements sociaux et fiscaux sur le salaire brut "réel" sont de 71 %.

Entreprises, la richesse confisquée

D'autre part, Paul Fabra remarque que les entreprises françaises sont celles qui recourent le plus aux techniques de l' "ultra-capitalisme" (flux tendus, effets de levier, travail temporaire, etc.) :

Les entreprises françaises trop bien gérées

L'économie française se caractérise par quatre particularités :

> des prélèvements collectifs écrasants.

> des PMEs sous-capitalisées.

> des groupes mondialisées florissants

> une grande division entre les "in" et les"out", la trop fameuse "fracture sociale" (plus qu'aux USA par exemple)

Bien sûr, ces phénomènes sont liés : les PMEs financent les grands groupes, à la fois comme fournisseurs pressurés et comme contribuables finançant des subventions qui vont surtout aux gros. Evidemment, pour s'en sortir, on presse les employés, excluant de fait les moins rentables de l'emploi, mais en sachant qu'ils sont pris en charge par l'Etat.

Ces cercles vicieux sont bien connus, le problème est : comment en sortir ? (Comme disait Groucho Marx : quand on caresse un cercle suffisamment longtemps, il finit par devenir vicieux.)

Je vois quelques pistes :

> supprimer toutes les subventions aux entreprises, petites ou grosses.

> réduire la dette étatique (ce qui indirectement recapitaliserait les PMEs)

> privatiser les régimes d'assurance sociaux.

Mais globalement, on en revient toujours au "mal français" : il faut redonner de la liberté eux acteurs économiques, leur faire plus confiance. Pour paraphraser la camarade Ségo, les citoyens sont les plus légitimes et les mieux placés, les meilleurs experts, pour faire les choix économiques qui les concernent.

samedi, décembre 16, 2006

Guillaume Seznec encore coupable

Je ne me prononcerais pas sur la culpabilité réelle de Guillaume Seznec, par contre il paraît évident que les doutes sur l'enquête et les faits nouveaux, c'est-à-dire postérieurs aux procès, alimentant ces doutes sont tellement puissants que la présomption d'innocence aurait du profiter pleinement à l'accusé ... sans aucun doute, et qu'il aurait du être acquitté ou, à défaut, son procès révisé.

Nous parlons là d'un meurtre sans cadavre et au mobile très flou, d'une enquête menée par un futur révoqué pour falsification de preuves.

Pourquoi la cour de révision en a-t-elle jugé autrement ?

Pour une raison révélée dans toute sa bêtise par les auditions parlementaires Outreau : le corporatisme judiciaire alimente la présomption d'infaillibilité de la justice au-delà du raisonnable.

Tout homme mis dans la position de jouer à Dieu, c'est-à-dire d'influencer lourdement la vie de ses semblables (juge, ministre, général,DRH, chef de service etc.) court un risque : celui de vraiment se prendre pour Dieu et de se croire infaillible.

Il faut beaucoup de scrupules, une attention de tous les instants, une éducation et un caractère adéquats pour ne pas tomber dans ce piège. Bref, inutile de trop s'interroger, ces conditions sont trop sévères pour être souvent réunis : la plupart des hommes mis en position de jouer à Dieu se prennent pour Dieu et un Dieu capricieux et susceptible, voire impoli et irrespectueux.

Et si les Dieux se disputent entre eux sur l'Olympe, ils sont toujours d'accord pour remettre à sa place le mortel qui ose contester leurs décisions.

C'est pourquoi les systèmes démocratiques ont inventé les contre-pouvoirs, les mandats à durée limitée, les droits inaliénables, etc ...

Mais, dans notre justice où la carrière se fait par cooptation et par copinage, où l'on rend des comptes entre soi, qui protège le faible de la solidarité de corporation ?

Bien sûr, pour tout oeil extérieur, la décision de la cour de révision la ridiculise plus qu'elle ne flétrit la famille Seznec. En jugeant sur des faits désormais publics, que tous ceux qui s'en donnent la peine peuvent jauger par eux-mêmes, elle s'expose au jugement du public et, au final, c'est elle-même qu'elle condamne dans les consciences.

Enfin, c'est la situation même qui est scabreuse : juger 80 ans après les faits n'est pas raisonnable.

MEA CULPA du 20/12 : Pourquoi Seznec n'a-t-il pas été réhabilité ?

Après avoir écrit ce billet, j'étais assez mal à l'aise : il y a des sujets que je maitrise plus ou moins. Cela me gênait de hurler contre la justice avec les loups médiatiques (je suis aristocrate d'intellect, voire snob), mais bah j'ai écrit sur le moment ce que je pensais : "Personne n'est exempt de dire des fadaises, le malheur est de les dire curieusement [avec soi]".

C'est pourquoi j'ai continué à butiner sur la toile pour me renseigner et que je vous fais part du billet en lien.

L'affaire Hulot : un signe annonciateur de catastrophes ?


Voici :

> un sujet important : l'écologie (ce n'est pas parce que les écologistes en politique sont ridicules que l'écologie est négligeable).

> une échéance importante : les prochaines élections présidentielles.

Il y avait donc lieu de penser qu'il ne pourrait pas arriver de surprises de ce coté là.

Hé bien pas du tout ! Un saltimbanque, certes sympathique, raméne sa fraise, et hop, c'est la panique chez les politiciens.

Une telle impréparation, pour ne pas parler d'amateurisme, associée à tant de populisme ne peut qu'inquiéter.

Toutes les réformes réussies à l'étranger l'ont été après une longue préparation et un choix clair des électeurs.

En France, on fait le contraire : on improvise et on sème la confusion. Les slogans actuels sont tous interchangeables entre les partis, tous sauf ceux du FN.

Entre ceux qui pensaient qu'enfin la campagne de 2007 allait être l'occasion salutaire d'une clarification et ceux qui n'attendaient pas d'améliorations par rapport au chiraco-mitterrandisme, les seconds ont aujourd'hui nettement l'avantage.