lundi, août 29, 2022

The power of habit (Charles Duhigg)

 Le motif de cette lecture est une discussion sur les régimes amaigrissants.

J'avais prétendu que la clé était dans la tête (jusque là, peu de contestation) et que n'importe qui pouvait s'auto-persuader de n'importe quoi et donc adopter n'importe quel régime (et là, on m'avait pris pour un con - je ne dirais pas qui était « on »).

Hé bien, c'est à peu près ce que raconte ce livre. Mais pas à n'importe quelles conditions. Et pas vraiment n'importe qui.

Lisa Allen est obèse, fumeuse, surendettée, au chômage et en instance de divorce. Trois ans plus tard, elle a arrêté de fumer, perdu 30 kg, repris ses études, elle court des marathons et elle est en couple. Son cas passionne les spécialistes des habitudes et des addictions (qui ne sont que des super-habitudes).

Allez, une photo :

Les habitudes sont une façon pour notre cerveau d'économiser des ressources. Elles sont ancrés dans les parties les plus profondes du cerveau (la glande basale) alors que la pensée complexe est dans les couches superficielles.

Les habitudes peuvent être positives ou négatives.

Les habitudes ont toujours trois phases :

1) L'indice, ou déclencheur. Ca peut être n'importe quoi : le réveil qui sonne, le soleil qui se lève, un mot, une odeur, une image, un sentiment etc.

2) L'exécution de l'habitude.

3) La récompense : savourer son petit-déjeuner, arriver sain et sauf au travail, etc.

La première utilisation consciente de ce tryptique par les publicitaires, c'est Pepsodent :

1) L'indice déclencheur : le film désagréable qu'on a sur les dents si on ne se les lave pas. La publicité incitait à se passer la langue sur les dents.

2) L'exécution : se brosser les dents avec Pepsodent.

3) La récompense : un sourire de star (et non pas des dents sans carie ou autre argument).

Créer une habitude étant le jackpot des publicitaires, ils essaient beaucoup de nous influencer avec ce tryptique. Regardez les publicités et essayez de détecter l'indice déclencheur et la récompense (l'exécution est évidente, c'est l'utilisation de leur produit). La récompense est en général assez facile à trouver, l'indice pas toujours.

C'est pour cela que Mac Donald's fait de gros efforts pour que ses restaurants soient identiques partout dans le monde. Pour que l'indice-déclencheur (passer devant le Mac Do) soit identique partout, au maximum de son efficacité. Même le langage de ses serveurs est standardisé à dessein.

Pour Mac Donald's, ses clients sont des chiens de Pavlov à peine plus perfectionnés. Et ça fonctionne du tonnerre : d'après les enquêtes, les clients de Mac Do déclarent deux fois moins d'envie que de nombre de fois où ils y vont. Autrement dit, la moitié du temps, ils y vont par habitude plus que par envie.

C'est à cause de ce mécanisme ternaire des habitudes (indice-exécution-récompense) que les méthodes progressives pour changer d'habitude (arrêter de fumer, par exemple) ne fonctionnent pas : l'indice et la récompense sont entretenus, même si c'est à un niveau plus bas, prêts à être réactivés plus fort à la moindre occasion. Tous ceux que je connais qui ont arrêté de fumer l'ont fait d'un coup.

Comme je dis toujours, si vous croyez que les milliards dépensés pour nous manipuler sont perdus, vous n'avez pas bien compris le monde dans lequel vous vivez. Autre manière de le dire : « Moi, je fais gaffe, la manipulation, ça ne marche pas sur moi » est juste une déclaration publique de stupidité. Chacun est vulnérable à la manipulation à un certain degré.

La quatrième phase de l'habitude

Il y a une quatrième phase à l'habitude : la sensation de satisfaction.

On a donc : indice déclencheur-exécution-récompense-sensation de satisfaction.

La sensation de satisfaction est ce qui boucle l'habitude, la rend répétitive. Vous n'êtes plus passif face à l'indice déclencheur, vous le recherchez. C'est le fumeur qui s'invente des prétextes pour faire une pause cigarette.

Et cela explique le succès de Pepsodent : en plus du tryptique initial indice-exécution-récompense, une petite sensation de piquant (pas particulièrement agréable) a été ajoutée. Elle n'a aucun effet sur la propreté des dents, mais elle ponctue le brossage des dents, elle est le point final, le « c'est fini, tu peux te laisser aller à la sensation de satisfaction ». 

Mieux (ou pire ?) : quand une habitude est établie, le cerveau anticipe la sensation de satisfaction. Indice-anticipation de satisfaction-exécution-récompense.

Que se passe-t-il quand, après l'indice et l'anticipation de satisfaction, l'exécution de l'habitude n'a pas lieu, pour une raison ou pour pour une autre ? Une frustration focalise le cerveau sur l'accomplissement de l'habitude, reléguant au second plan toute autre considération.

C'est typiquement le « bip » (indice déclencheur) de la messagerie : si vous êtes en réunion, vous êtes mal à l'aise tant que vous n'avez pas lu le message (qui, dans 99, 9 % des cas pouvait attendre la fin de la réunion et vous le saviez), alors vous le lisez en douce sous la table. Le « bip » a activé une habitude et vous êtes en suspens tant que vous n'avez pas acquittée cette tache (comme on dit en automatisme). D'où l'importance d'éteindre son téléphone en réunion : pas de « bip » attendu, pas de frustration, pas de déconcentration. Et pas d'impolitesse.

Procter & Gamble a des milliers d'heures d'enregistrement de gens en train de faire le ménage,  analysés par des psys, des ergonomes etc. Ils savent mieux que vous (vous, parce que moi, le ménage ...) pourquoi vous procédez comme vous procédez.

Par exemple, ils ont compris que la petite tape pour remettre les oreillers en place à la fin du ménage était le signal pour le cerveau « Le ménage est fini ». Ils sont alors réussi à vendre un de leurs produits comme cette ponctuation de la fin du ménage, le truc qu'on passe à la fin du ménage et qui signale « C'est fini » et que, si on ne le fait pas, il manque quelque chose, frustration (alors que le produit ne sert en réalité pas à grand'chose, c'est ça qui est génial).

Vous créer une nouvelle habitude

Ca, c'est super facile. Vous vous inventez un indice déclencheur et une récompense et vous vous y tenez le temps que l'habitude s'installe.

Vous voulez faire du jogging tous les matins ? Vous sautez dans vos chaussures quand le réveil sonne et vous ne déjeunez (récompense) qu'après.

Changer une habitude

Là, c'est plus difficile.

Le jeu, c'est de garder l'indice et la récompense mais de changer l'exécution entre les deux.

Exemple : à la pause cigarette, boire un café plutôt que de fumer.

Les Alcooliques Anonymes ont longtemps été critiqués par les médecins-qui-savent-tout (je ne vous fais pas un dessin, l'espèce prolifère comme le chiendent) et, ô surprise, depuis quelques années, on s'aperçoit que leur méthodologie élaborée à l'intuition est cohérente avec les dernières découvertes.

Le truc des AA est de substituer à l'alcool une spiritualité de pacotille. Dans le parcours, on fait recenser aux alcooliques les indices et les récompenses (pas sous ce nom, mais c'est bien ce qui se passe) et on substitue les rituels sociaux de cette spiritualité avec des récompenses proches de celles de l'alcool (consolation, abstraction des soucis, etc.).

La méthodologie de changement d'habitude : recenser consciemment les indices déclencheurs (ce n'est pas toujours évident : qu'est-ce qui déclenche votre envie d'aller dans le frigo prendre un chocolat ?), substituer une action (se gratter au lieu de se ronger les ongles) et travailler sur les récompenses.

Une étude sur les obèses qui ont perdu 30 kg ou plus montre qu'ils sont particulièrement efficaces pour se projeter dans la récompense qu'ils s'imaginent à la fin du régime, au point d'en faire une obsession.

Dieu et le groupe

Mais il y a besoin d'un étage supplémentaire pour changer d'habitude : y croire et être soutenu.

Les scientifiques se sont aperçus que le truc qu'ils décriaient si fort, la spiritualité de pacotille, était en réalité indispensable à la réussite de l'entreprise. Cela décharge l'alcoolique de sa responsabilité, le déculpabilise (« Si Dieu a voulu que je sois alcoolique, il peut aussi m'aider à ne plus l'être »). Bref, les AA ont redécouvert le proverbe « Aide toi et le Ciel t'aidera ».

Jung, excellent thérapeute, disait qu'il y a au cœur des alcooliques un vide existentiel.

Ensuite, le soutien d'un groupe (famille, amis anciens fumeurs, etc). Ca fonctionne en miroir : se préoccuper des autres plutôt que de soi fait sortir du nombrilisme de l'addiction.

Digression : les fidèles lecteurs d'Ariane Bilheran sont en terrain familier, puisqu'elle explique que le délire totalitaire covidiste est rendu possible par l'existence d'une population sans transcendance et désocialisée. A cette aune, pas étonnant que les « cathos » soient les plus covidisés : ce sont les plus paumés dans leurs croyances. (ils ont perdu la Foi mais, contrairement au reste de la population, ils en ressentent un malaise), ça fait peine à voir. Comme par hasard, les « tradis » résistent beaucoup mieux au délire covidiste.

En résumé, on ne tue pas une habitude, on lui substitue une autre habitude, en travaillant à deux niveaux :

1) En manipulant le tryptique : indice-action-récompense.

2) En y croyant, en jouant sur la transcendance et sur l'appui social.

Changer les habitudes des organisations

Quand Paul O’Neill est nommé PDG d’Alcoa (Aluminum company of America) en 1987, la société va très mal. Il met la sécurité en priorité obsessionnelle, au point d’indiquer les issues de secours aux journalistes lors de sa première conférence de presse. Les investisseurs fuient en courant et les salariés sont sceptiques.

L’idée est géniale.

Les salariés commencent à le prendre au sérieux quand ce PDG de 130 000 personnes passe trois jours de son temps pour mener lui-même l’enquête d’un accident mortel.

Dans les années 90, Alcoa est une des toutes premières entreprises où chaque employé est équipé d’une messagerie électronique, d’abord pour communiquer les incidents de sécurité, mais ensuite elle sert à plein d’autres choses.

Comme la procédure exige que tout incident grave partout dans le monde soit communiqué au PDG en moins de 24 h, la chaîne hiérarchique est réformée.

Et ainsi de suite. Alcoa devient très prospère.

Pourquoi ça fonctionne ? Parce que le problème est réel, important et consensuel.

Si vous devenez obsédé de la sécurité dans un travail de bureau où ce n’est pas un vrai problème, vous paralysez la société par excès de précaution.

Si O’Neill avait parlé de Return On Investment et autres fadaises de financiers, il serait retombé dans les situations conflictuelles habituelles et rien n’aurait avancé.

C’est à chaque chef de trouver le levier réel, important et consensuel pour réformer son organisation (non, ce n’est pas « faire plus de profits »). La plupart en sont complètement incapables.

Big Data

Au fait, à quoi servent les cartes de fidélité ? Pas à vous fidéliser mais à vous identifier à chaque achat pour que la grande machine puisse tracer vos habitudes et les exploiter à son profit. Exemple basique : si vous achetez souvent des céréales sans jamais acheter de lait, c’est que vous en achetez ailleurs et l’ordinateur vous enverra des promotions sur le lait pour que vous achetiez chez eux.

Big Data des supermarchés sait détecter les femmes enceintes, deviner approximativement leur date d’accouchement et leur faire des offres ciblées (et aussi des offres sur les tondeuses pour ne pas leur donner l’impression d’avoir été espionnées).

Si vous divorcez, votre supermarché le devinera. Et ainsi du reste. Votre vie n’a guère de secrets pour lui.

(Tout cela est probabiliste, mais ça marche dans 90 % des cas : un père se plaint que sa fille reçoive des publicités pour femme enceinte. Elle était enceinte et lui ne le savait pas, mais l'ordinateur du supermarché le savait.)

La volonté et les habitudes

La réussite de Starbucks est de doter ses employés d’une volonté de fer.

En effet, pour vendre à un prix indécent un café de merde, il faut que les employés ne perdent jamais leur sang-froid face aux clients capricieux.

La volonté est un muscle : quelquefois elle se fatigue, ce jour-là vous ne faites pas votre jogging, mais aussi elle s’exerce.

Ainsi, ceux qui se disciplinent dans un domaine deviennent plus disciplinés dans les autres domaines. C’est une  technique pour arrêter de fumer : apprendre à se discipliner ailleurs (faire du sport, des économies, de la broderie etc.).

Il y a des athlètes de haut niveau de la volonté pour qui elle est une habitude.

C’est ce que Starbucks inculque à ses employés par des techniques proches de celles de la formation des pilotes : simulation et répétition.

Le rôle d’un manager Starbucks est de travailler « les cas de panne » : un client arrive en hurlant, que fait-on ? Un client se brûle ? La cafetière explose ? Une erreur de caisse ?

Comme pour les pilotes, la maîtrise et le sang-froid deviennent des habitudes.

C'est pourquoi il faut faire faire du piano ou du cheval aux enfants. Pas pour qu'ils deviennent bons pianistes ou bons cavaliers, mais qu'ils acquièrent l'habitude de la discipline personnelle. Le contraire des jeux videos.

Un mien commentaire : l’éducation permissive actuelle est aux antipodes de cette formation au sang-froid, c’est un billet pour l’hystérie et pour l’échec, c’est une forme de maltraitance.

La force des liens faibles

Les gens que vous ne connaissez pas ne vous apportent aucune information.

Les gens que vous connaissez trop bien ont les mêmes informations que vous, les mêmes cercles.

Ceux qui vous apportent des informations sont ceux avec qui vous avez des liens faibles : votre concierge, une connaissance du club de danse, un parent d'élève de la classe de votre fils ... parce qu'ils ont d'autres cercles, d'autres informations.

Cela été été prouvé dans les recherches d'emploi.

Mais en d'autres circonstances aussi.

Pourquoi l'arrestation de Rosa Parks a-t-elle déclenché un boycott des bus ségrégationnistes ? Parce que c'était une couturière à domicile investie dans la vie associative : elle avait beaucoup de liens faibles, professionnels et non-professionnels.

Mais comment créer des habitudes à partir de liens faibles ? Par le conformisme, par la pression des pairs. 

Les gauchistes excellent à ce jeu car la haine viscérale de la pensée autonome est leur psyché profonde.

Je n'hésite pas à dire ce que je pense des lubies covidistes ou des foutaises réchauffistes à mes amis ou à des inconnus, je le tais à ma boulangère ou à ma concierge.

Parce qu'avec mes amis, je peux discuter ; avec les inconnus, je me fous de ce qu'ils pensent de moi. Avec ma boulangère, je suis entre les deux : je ne peux pas discuter vraiment et je ne me fous pas complètement de ce qu'elle pense de moi, donc la position par défaut, c'est de faire comme tout le monde.

Dans le cas de Rosa Parks, c'est un journal suprémaciste blanc qui a créé le conformisme des noirs ! En effet, en voulant semer la panique chez les blancs, il a affirmé que tous les noirs suivaient  le boycott .. donc tous les noirs ont suivi le boycott, personne ne voulant être  vis-à-vis de son voisin le mouton .. noir.

Le libre arbitre

C’est plus ou moins difficile de changer ses habitudes mais le libre arbitre existe. Nul ne peut se dire complètement victime de ses habitudes.

Un alcoolique, un fumeur ou un obèse peuvent changer leurs habitudes.

Mon commentaire

Ce livre me gêne, parce que tout cela est bel et bon, mais ça n'explique pas les gens que je connais qui ont arrêté de fumer du jour au lendemain, ni même Lisa Allen.

Duhigg évoque Lisa Allen en introduction et, pfui, elle disparait. Ce n'est pas un hasard : Duhigg passe sous silence le mystère du déclic. Pourquoi certains ont le déclic et d'autres pas ?

Ca aurait été la partie la plus intéressante du livre. Elle manque.

 


vendredi, août 19, 2022

Atomic Tragedy: Henry L. Stimson and the Decision to Use the Bomb Against Japan (Sean L. Malloy )

J'ai survolé ce livre en 2008 pour comprendre son contenu.

Mais ce qui m'a donné envie de le lire vraiment est le flot de touits bien cons, bien anachroniques, et teintés d'anti-américanisme bien caricatural, pour le 77ème anniversaire du bombardement d'Hiroshima.

Stimson est le Secrétaire d'Etat à la guerre de 1940 à 1945.



Le contexte

Pour éviter l'anachronisme, péché suprême en histoire, il faut comprendre le contexte et la vision des gens de l'époque :

1) Jusqu'à ce que le retour d'expérience de la seconde guerre mondiale soit fait, à la fin des années 40, tous les belligérants surestiment l'efficacité stratégique des bombardements des villes.

2) Tant qu'une guerre n'est pas finie, elle continue et pèse très lourd sur l'esprit des dirigeants. A nous qui connaissons la date et les circonstances de la fin de la guerre, cette considération échappe souvent.

En août 1918, les dirigeants alliés envisagent la fin de la guerre au printemps 1919 et prennent les décisions en conséquence.

Au printemps 1945, les dirigeants américains savent bien que le Japon a perdu. Mais ils ne savent pas quand la guerre va finir ni combien de morts sont nécessaires pour que le Japon admette cette défaite et dépose les armes. Des estimations font état de centaines de milliers de morts américains probables.

Avant de décider des bombardements atomiques, Truman a fait des ouvertures de paix (hélas pas très nettes) que les Japonais ont refusé (ce qu'on oublie toujours de dire).

Sauf à mettre en jeu des vies de militaires américains pour épargner des civils japonais, Truman n'avait guère d'autres solutions.

Imaginez que Truman ait décidé de ne pas employer la bombe et que 20 000 Américains soient morts sur les plages nippones. Comment aurait réagi le peuple américain ? Dans l'esprit de Truman, l'opinion publique américaine a pesé lourd, probablement plus qu'elle aurait du.

Comme pour Dresde, et contrairement à ce qui a été dit après la guerre, les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki présentaient un intérêt militaire (assurément très faible).

3) Il y a bien sûr le contexte de la concurrence naissante avec les soviétiques. C'est d'ailleurs l'offensive soviétique en Mandchourie (l'Armée Rouge au sommet de son art : sur un théâtre de la taille de l'Europe, elle attaque dans les zones sans chemin de fer, où les Japonais croient l'approvisionnement d'une offensive impossible), plus que les bombardements atomiques qui vont décider le gouvernement japonais à se rendre (mais les Américains n'en ont pas conscience).

Le souci américain de conclure la guerre au plus vite est tout à fait compréhensible.

4) Plus particulièrement, Stimson a compris (Truman, c'est moins sûr) que la bombe atomique n'est pas une arme comme les autres. Il y a quelque chose dans son esprit qui ressemble à l'ébauche de la doctrine de la dissuasion. Nous sommes mal placés pour le critiquer : nous lui devons peut-être nos 80 ans de paix atomique.

Stimson s'est opposé au bombardement de Kyoto.

5) Sur le moment, bien peu ont protesté (Albert Camus dans Combat, par exemple). Cet état de fait freine les trop faciles « Il était évident que c'était un crime de guerre ».

6) Enfin, Stimson et Truman n'ont pas pris cette décision à la légère. Ils en étaient très angoissés (on le serait à moins).

Henry L. Stimson

Stimson (né en 1868) est un personnage intéressant : WASP rigoriste, qui considère que les non-Américains non-blancs sont des races inférieures, que la démocratie doit être guidée par les classes supérieures, est plusieurs fois Secrétaire d'Etat à la Guerre.

Il a horreur de la guerre moderne, il pense que la guerre industrielle est si destructrice que l'humanité ne peut plus se la permettre. Il le dit à sa manière : « La gloire de la guerre a disparu quand ils ont aboli le cheval ».

Il n'est pas pacifiste, au sens où il ne croit pas possible la disparition totale de la guerre. Mais il travaille dans l'entre-deux-guerres à encadrer les conflits par des lois, dans l'espoir de les empêcher de dégénérer en guerres. Il considère (ça ne vous rappelle rien ?) qu'il est vain d'apporter la démocratie à la pointe du fusil.

Il a été jusqu'à interdire d'espionner les ambassades étrangères à Washington. Ce qui était un peu naïf.

Tout cela pour dire que Stimson n'était ni Hitler ni Staline.

Significatif pour notre propos : en mars 1945, il proteste contre le bombardement de Dresde et exige des explications des militaires. Ceux-ci l'enfument en exagérant l'importance des objectifs militaires.

L'entonnoir

La décision de bombarder Hiroshima et Nagasaki est rationnelle mais résulte d'un effet d'entonnoir : de décision en décision, les responsables américains ont restreint les options à leur disposition.

Les politiques ne sont impliqués que très tard, trop tard, dans les questions d'usage pratique de la bombe A. Des décisions engageantes avaient déjà été prises par les militaires et les scientifiques.

Par exemple, un tir public de démonstration a été refusé au cours du programme Manhattan pour de bonnes raisons (risque d'échec, encourager les programmes nucléaires nazi et japonais, apparaître faible aux jusqu'au-boutistes) mais cette décision n'a pas remise en cause après la capitulation allemande.

La principale décision conduisant au ciblage des villes a totalement échappé au politique. Le programme Manhattan avait deux options : une bombe aérienne ou une torpille sous-marine.

La bombe aérienne conduisait au ciblage des villes : pour que l'avion tireur puisse s'échapper, il devait bombarder de très haut, donc sans précision, donc grosse cible, donc ville.

Inversement, la torpille sous-marine avait pour but d'attaquer les bases navales. Elle a été écartée pour des motifs de complexité technique.

Stimson comprend mieux que Truman les enjeux de la bombe atomique, il imagine quelque chose qui ressemble à la première doctrine de dissuasion.

Mais il est épuisé (77 ans, des problèmes cardiaques et 4 ans de ministère) et se laisse balader par les militaires (comme pour Dresde).

Mai 1945

Fin mai1945, éclate enfin la nécessaire polémique sur le ciblage de la bombe atomique dans le tout petit cercle des décideurs de Washington.

Malheureusement, les militaires et les scientifiques arrivent à biaiser les choses, notamment en restant très vagues sur les effets de la bombe, de manière à convaincre les politiques que le seul emploi démonstratif de la bombe est sur une ville.

Les solutions alternatives envisagées par Stimson, le communiqué d'avertissement et la démonstration dans le désert, sont rejetées. Stimson finit par se laisser convaincre, contre sa première intuition, que le meilleur moyen d'abréger la guerre est le bombardement atomique d'une ou deux villes.

Potsdam

Lors de la conférence de Potsdam en juillet 1945, Stimson en profite pour visiter les ruines de Berlin. Il est catastrophé « au-delà des mots ». Des signaux favorables venant du Japon, Truman et Stimson demandent au Département d'Etat d'étudier les conditions d'une reddition sans invasion.

Mais les dirigeants de ce ministère, opposés à cette solution, s'arrangent pour la faire échouer.

Une conclusion déprimante

La conclusion est particulièrement déprimante : si Hiroshima et Nagasaki ont été rasées par la bombe atomique, c'est parce que Truman, trop frais dans le poste, et Stimson, au bord de l'effondrement physique (qui viendra en septembre 1945), n'ont pas su remettre à leur place les militaires, les scientifiques et les diplomates.

Il n'y a pas, dans la tradition américaine, cette très saine (à mon avis) défiance européenne des politiques vis-à-vis des militaires (« La guerre est une chose trop sérieuse pour être laissée aux militaires »). Quand on lit ce que Clemenceau, Churchill ou de Gaulle écrivent des militaires, on se dit qu'ils auraient été à l'aise dans une manifestation sur le plateau du Larzac !

Mais c'est aussi que Truman et Stimson n'avaient pas des convictions assez fortes concernant l'usage de la bombe atomique pour s'opposer au fonctionnement inexorable de la machinerie militaire. Au fond, ils ont vraiment cru que les bombardements atomiques étaient le meilleur moyen d'abréger la guerre, dans un contexte de course de vitesse avec les Soviétiques.

Et aujourd'hui ?

Pour ma part, je ne peux pas affirmer que, dans la situation de Truman, j'aurais pris une décision différente de la sienne. Et je peux sans trop de risque dire la même chose de tous les gens qui critiquent les Américains rétrospectivement et sans retenue.

Alors oui, les bombardements atomiques, c'était mal, mais c'était peut-être le moindre mal, pour insatisfaisant qu'il fût. Le vrai mal, c'était la guerre, et elle n'a pas été déclenchée par les Etats-Unis.

Bref, après examen, face à « Ouh là là, les Américains sont des salauds de criminels contre l'humanité du fait des bombardements atomiques », on se retrouve avec un tableau bien plus nuancé.

Et, puisque nous leur devons peut-être nos 80 ans de paix atomique, nous sommes fort mal placés pour critiquer.

On peut en tout cas dire que Ségolène Royal traitant Truman et Stimson de « fous, impulsifs, immatures et bêtement virilistes » est au-delà du ridicule. Il faudrait inventer un mot spécifique rien que pour elle. Je pense que cela n'étonnera personne.

mardi, août 16, 2022

Les maîtres de la manipulation. Un siècle de persuasion de masse (D. Colon).

Connaitre la manipulation de masse : un devoir du citoyen du XXIème siècle

La manipulation, c'est vous entrainer sans votre consentement à adopter un comportement qui profite au manipulateur.

Le psychologue de génie Milton Erickson qui fait arrêter un étudiant de fumer en une heure ne le manipule pas, car il a bien pris le temps de vérifier que celui-ci voulait vraiment arrêter de fumer.

Inversement, la publicité qui vous fait acheter un objet qui restera au placard au bout d'une semaine d'usage vous manipule.

La manipulation de masse est si présente de nos jours que l'honnête homme du XXIème siècle doit connaître son existence (c'est vraiment le minimum) mais également avoir un peu de connaissances de ses techniques.

Le premier point à comprendre : la manipulation de masse n'est pas un sport d'amateurs, c'est un métier de professionnels avec ses techniques et sa doctrine. Ici est l'asymétrie fondamentale : ils sont payés à plein temps (souvent très cher) pour nous manipuler et, en gros, nous l'ignorons (qui est capable de citer le nom d'une seule firme de « relations publiques » ?).

Chaque fois que vous ouvrez la radio, la télévision ou le journal, vous devriez vous dire : « Bon, je vais me faire manipuler ».

Le délire covidiste n'est que cela : de la manipulation de masse du matin au soir depuis dix-huit mois.

Par exemple, je suis prêt à parier un an, ou même dix ans (je m'en fous, j'en suis sûr), de salaire que l'expression « épidémie de non-vaccinés » est sortie d'une de ces officines de « relations publiques » dont Volkoff décrivait déjà il y a vingt ans le rôle très actif dans la guerre du Kosovo.

Mais je n'ai jamais réussi à lire un traité de manipulation jusqu'au bout, ça me brouille vite l'écoute, ce n'est pas mon caractère.

C'est pourquoi j'ai choisi ce livre, plus historique et biographique que technique.

C'est une suite chronologique de portraits de manipulateurs professionnels.

20 portraits

Qu'on les appelle « conseiller en relations publiques », « communicant » ou « publicitaire » et même s'ils vont à la messe tous les dimanches et portent un noeud papillon, les manipulateurs professionnels sont obligatoirement d'immondes salauds, parce qu'ils ont choisi de faire de la tromperie et du mensonge leur métier (souvent très lucratif).

La plupart ont du sang sur les mains (par exemple, Edward Bernays, qui a mis le tabagisme féminin à la mode), bien plus que beaucoup de tyrans (manipulateurs professionnels et tyrans font d'ailleurs très bon  ménage).

On dit qu'il n'y a pas de sot métier. C'est possible, mais il y a des métiers déshonorants, publicitaire et communicant en font partie.

Nous voilà donc devant 20 portraits de manipulateurs (dont Walt Disney, Frank Capra et Mark Zuckerberg). On retrouve bien évidemment Bernays, Goebbels, Lin Biao.

D. Colon montre la généalogie et les liens logiques qui unissent ses monstres : la société fondée par Hill, qui a réussi a transformé des mineurs mitraillés lors d'une grève en coupables aux yeux de l'opinion en 1907, est choisie par la famille royale koweitienne pour « vendre » la première guerre du Golfe en 1990.

On peut voir Hollywood comme une gigantesque machine à biaiser les perceptions et donc à manipuler (en 1945, 70 % des Français estimaient que l'URSS était le principal contributeur de la victoire. En 2020, 70 % estiment que ce sont les Etats-Unis. Hollywood est passé par là (1)).

Il est à remarquer que l'auteur lui-même, professeur à Sciences-Po, est clairement de gauche sans jamais le dire. Manipule-t-il le lecteur ?

Je vous picore quelques portraits au hasard de la lecture.

George Creel

La commission Creel est un tournant très important de la manipulation d'opinion, en quelque sorte son industrialisation.

George Creel est un journaliste démocrate, dénonçant les techniques de manipulation de l'opinion qui devient, à la demande du président Wilson, manipulateur d'opinion.

Il est chargé de « vendre » l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 à une opinion très réticente (quand je vous dis qu'ils ont du sang sur les mains).

Il développe à grande échelle une technique devenue classique (et bien connue de Big Pharma) : jouer sur la paresse des journalistes et leur fournir clés en mains des articles aux apparences factuelles, neutres, objectives, voire scientifiques.

La commission Creel fournira des milliers d'articles de cette sorte.

Il fait aussi feu de tous bois : affiches (la célèbre affiche I want you), chansons, films, conférences ...

Il invente les 4-minute men, 70 000 personnes entrainées à faire des discours de 4 minutes en n'importe quelles circonstances (réunion de boulistes, remise des prix à l'école etc.) pour vanter les mérites de la guerre.

C'est un succès : en moins de six mois, l'opinion américaine est complètement retournée.

Vous serez surpris (ou pas !) d'apprendre que Hitler et Goebbels se sont passionnés pour les travaux de la commission Creel.

Albert Lasker

Alors, lui, c'est un gratiné.

Il perfectionne les techniques de Creel.

Notamment, il invente la boucle publicitaire : sortir une publicité et faire des sondages pour mesurer comment elle est reçue.

En matière de sang sur les mains, il se pose un peu là : en tant que chef de la propagande républicaine, il est directement responsable de la non-ratification du traité de Versailles par l'Amérique, donc indirectement responsable de la seconde guerre mondiale.

Et il est le premier grand publicitaire de l'industrie du tabac.

Il est d'une particulière malhonnêteté, il n'hésite pas à répondre de purs mensonges.

On notera que, longtemps, ses adversaires démocrates ignorent même son existence.

Edward Bernays

Lui, c'est pourri de chez pourri.

Double neveu de Freud, par son père et par sa mère, il utilise les théories de son oncle pour faire du fric en manipulant le public. Celui-ci lui a écrit plusieurs fois qu'il désapprouvait son choix professionnel.

Exemple : il comprend que la cigarette est un symbole phallique. Pour faire fumer les femmes, il présente le tabagisme féminin comme une conquête sur les hommes. Il subventionne  les féministes, qui, incidemment, popularisent la cigarette. Succès total.

C'est un enculé de première grandeur : ils payent des médecins pour vanter les bienfaits de la cigarette (hé oui, les médecins sont corruptibles. Etonnant, non ?) et discréditer ceux qui parlent de cancer. Il prétendra toute sa vie qu'il n'était pas conscient des méfaits du tabac et, pourtant, il a très fortement découragé son épouse de fumer.

Sa spécialité, c'est l'indirect, l'association ou la société écran, l'argument d'autorité, faussement neutre, faussement scientifique. Il ne vante jamais le produit mais créée une mode qui va faire vendre le produit.

Commandité par une société de bacon, il embauche des médecins pour faire la pub du petit déjeuner copieux. Commandité par une société qui fabrique des filets pour cheveux, il fait une campagne sur la sécurité au travail.

D'ailleurs,  en nos temps de COVID, nous connaissons cette technique indirecte par coeur : qu'est-ce que l'OMS, si ce n'est une organisation écran, faussement neutre et faussement technique, qui justifie par son « expertise », le délire vaccinolâtre de nos gouvernants au service de Pfizer et compagnie ?

« Faut vous vacciner. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'OMS. » Je suis désolé que beaucoup de mes contemporains crédules tombent dans ce panneau. Les « complotistes » sont sensibles à d'autres manipulations, Style Qanon, mais, au moins, ils n'ont pas cette naïveté.

Bernays est un des pères de l'expression « la fabrique du consentement ».

David Ogilvy

Le pape de l'économétrie en publicité : sondages, panels, tests, etc.

Il introduit la technique A/B : 100 000 exemplaires d'un magazine avec une publicité A, 100 000 exemplaires avec une publicité B et on mesure laquelle fonctionne le mieux grâce à une petite différence dans le bon de commande.

Cette technique est omniprésente sur internet : quand nous nous connectons à un site, il est probable que nous n'avons pas exactement la même interface que notre voisin et qu'on mesure la différence de réactions entre nous deux.

Ogilvy a une particularité notable dans le monde des publicitaires : il utilise les produits de ses clients ! Et refuse les clients qui ne lui plaisent pas.

Autre chose : Ogilvy considérait que la télévision comme une menace pour la démocratie.

C'est le seul manipulateur presque honnête de tous ces portraits.

John Hill

Encore un enculé de niveau olympique.

C'est lui que les marchands de tabac embauchent en 1953 pour contrer les gens qui disent que le tabac provoque le cancer.

Il décide de la stratégie consistant à ne pas s'opposer frontalement, à tout embrouiller, à semer le doute, à l'aide de médecins corrompus (oh ! Quelle surprise ! Les médecins sont corruptibles !).

Il a des milliers de morts sur ce qui lui tient lieu de conscience.

Sa firme Hill & Knowlton existe toujours et est l'une des plus prospères. La crime paye.

Mark Zuckerberg

David Colon est sans aucune ambiguïté : Mark Zuckerberg est la plus grand manipulateur de l'histoire.

Pour plusieurs raisons :

1) sa manipulation est la plus cachée. Quelqu'un de pas trop bête peut avoir conscience d'être manipulé par Goebbels ou par un publicitaire, mais il est douteux que les utilisateurs de Facebook se connectent en se disant « Allons faire un tour dans les griffes du plus grand manipulateur de l'histoire ».

Comme Google, sa manipulation la plus puissante est totalement invisible : le tunnel relationnel, la bulle mentale, qui est une authentique prison. Facebook et Google ne nous font jamais des propositions neutres. Ils nous proposent toujours des choses adaptées à nos goûts.

Si mon copain facho et mon copain mélenchoniste recherchent « Zemmour » sur Google, ils n'obtiendront pas le même résultat, Facebook ne leur proposera pas les mêmes articles.

A cela, je mets un bémol : il y a beaucoup de gens qui n'ont pas Face de Bouc, parce que, sans faire un raisonnement aussi précis sur la manipulation, ils sentent que c'est un truc vicieux fait par des vicieux.

2) Ses outils sont les plus puissants jamais conçus. Une enquête sénatoriale a révélé que Facebook est capable de tracer certains de vos clics même quand vous n'y êtes pas connecté. Quand à tracer toutes vos allers-et-venues, c'est un jeu d'enfant.

La masse de données de Facebook est non seulement la plus étendue et la plus individualisée de l'histoire, mais les outils pour l'exploiter sont perfectionnés en permanence.

3) Sa cible est de très très loin la plus vaste de toute l'histoire.


Richard Thaler

C'est l'inventeur du nudge, le coup de pouce. Il a eu un prix Nobel d'économie pour cela.

Cela consiste à faire adopter un comportement aux gens en modifiant leur perception.

L'exemple typique, c'est de rapprocher les arbres au bord des routes à l'approche des intersections, pour donner une impression d'accélération et inciter les gens à ralentir.

L'ausweis sanitaire comme incitation à la vaccination est tellement grossier que ce n'est plus du nudge mais du bon vieux chantage.

Le nudge, comme toutes les techniques de manipulation est une grosse dégueulasserie.

Reprenons l'exemple des arbres resserrés aux carrefours. Qui peut être contre cette incitation indolore au ralentissement  bienvenu ?

Bin ... Moi.

C'est une atteinte au libre arbitre, à la liberté, un mépris subtil mais bien réelle des autorités pour le citoyen, traité comme un enfant. 100 nudges comme cela et nous ne sommes plus libres, 1 000 nudges comme cela et nous sommes des animaux.


Willy Muzenberg

Il n'est pas dans ce livre et c'est un gros manque. C'est pourquoi je l'ajoute.

Manipulateur en chef du Komintern, il a probablement été exécuté en France (suicide très très bizarre) par un agent soviétique (le procès instantané de 9 mm).

Voici ses 4 règles, (je vous laisse juger de leur actualité) :

 1) L'émotion l'emporte toujours sur la raison.

Il faut choisir des activités à forte charge émotionnelle comme le secours et des instruments qui font la part belle à l'image comme la photo et le cinéma. Le noyautage des milieux culturels est extrêmement efficace pour créer et diffuser des impressions et des sentiments utiles à la cause.

2) Le mensonge en communication est à égalité avec la vérité. Il ne faut pas hésiter à mentir et à décrire des situations rêvées qui n'ont aucune relation avec la réalité.

Pendant que la dékoulakisation et la collectivisation de l'agriculture entraînaient une famine épouvantable et des millions de morts, la propagande du Komintern relayée par la presse communiste, amie ou achetée décrivait un véritable paradis.

3) Mieux vaut faire parler des « compagnons de route » que des militants.

Des dizaines d'organisations faux-nez ou noyautées ou faussement indépendantes permettront de faire passer le message soviétique comme s'il s'imposait aux grandes consciences occidentales.

La pénétration des universités a été systématique, notamment au Royaume-Uni, permettant de se cacher toujours derrière l'avis d'un « grand scientifique ». Le faire à l'échelon mondial permet des jeux de miroirs et le renforcement de l'argument d'autorité.

Müzenberg organisait des comités, des congrès et des mouvements internationaux comme un prestidigitateur sort des lapins de son chapeau : Comité pour l'Aide aux Victimes du Fascisme, Comité de Vigilance, Congrès de la Jeunesse, que sais-je encore ?

4) Le débat est inefficace : il faut écraser la contestation. L'adversaire doit être vilipendé pour que sa parole voire sa personne soient déconsidérées.

On mobilise tous les milieux noyautés et les compagnons de route ainsi que toutes les sources d'influence pour saper la crédibilité d'un intellectuel ou d'un opposant. Jusqu'au renversement de perspectives de 1932, les socio-démocrates sont des socio-fascistes.

La parenté des techniques de Muzenberg avec celles des réchauffistes (le GIEC), des wokes et des covidistes (l'OMS) n'est absolument pas un hasard.

En conclusion ?

Si, simplement, quand vous ouvrez le journal, la radio, la télévision ou internet, vous vous dites « Attention, je vais me faire manipuler », c'est déjà bien.

Le mieux, c'est quand même de n'ouvrir ni le journal, ni la radio, ni la télévision, ni internet (pour ma part, j'ai bon sur les 3 premiers, mais je pèche sur le 4ème).

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(1) : il n'y a pas photo : l'URSS a eu 60 (!!!!) fois plus de morts que les USA et a mis hors de combat 7 fois plus d'Allemands.

Alors, certes, la contribution américaine a été importante mais à la question relative « Quel est la plus gros contributeur ? », la réponse est évidente. Et ce n'est pas celle que donne Hollywood.

vendredi, août 12, 2022

Fossil future (Alex Epstein)

J'ai adoré l'intelligence du livre The bottomless well il y a quinze ans.

Je vous en rappelle la conclusion : les deux énergies de l'avenir sont le charbon et le nucléaire, sauf si les politiques s'en mêlent avec leurs gros doigts boudinés et prennent des décisions catastrophiques.

Ce livre-ci est moins subtil mais il fait la même analyse : nous ne manquerons jamais d'énergie et même jamais d'énergie dite fossile (1).  C'est dommage que le titre soit erroné (l'énergie n'est pas « fossile ». En tout cas, ce n'est pas si sûr qu'on le dit).

Malheureusement, l'auteur croit au réchauffisme carbophobe mais cela n'affecte pas trop son analyse.

Que dit-il (je note mes commentaires et ajouts entre crochets) ?

1) Les hydrocarbures sont une énergie si bon marché et si pratique qu'il est irrationnel de s'en passer volontairement.

Se passer des hydrocarbures est suicidaire, au sens littéral : si les politique Net Zero étaient appliquées, elles feraient des millions de morts, notamment parmi les pauvres, plus vulnérables [en réalité, c'est un des buts recherchés : l'écologisme, le veganisme et le réchauffisme sont des formes extrêmes de lutte des classes, justifiant la mise à mort de millions de pauvres].

Alex Epstein décrit la vie en Gambie, où les pénuries d'énergie font partie de la vie quotidienne. Notamment, une mortalité infantile catastrophique (il décrit un accouchement difficile dans une maternité sans électricité).

Je ne peux résister au plaisir de ce dessin sur Net Zero :



La limitation autoritaire de la consommation d'énergie hydrocarbure est juste une pulsion de mort, un suicide collectif. [La docilité avec laquelle les peuples occidentaux acceptent cette pulsion masochiste est révélatrice d'une faille psychologique majeure. Hypothèse : les humains ne sont peut-être pas faits pour vivre trop longtemps dans le confort, quand une société humaine a été trop prospère trop longtemps, elle s'auto-détruit.

Tous les récits malthusiens et déclinistes sont ancrés non dans la réalité mais dans un archétype très ancien : l'homme mauvais qui, par ses excès, suscite la colère de la Nature, bonne mais franchement soupe-au-lait].

2) La consommation d'hydrocarbures provoque un réchauffement climatique [c'est faux] mais elle offre aussi les moyens de combattre les effets de ce réchauffement. Cette énergie abondante, pratique et bon marché permet l'irrigation, la climatisation, la construction et toutes sortes de bienfaits.

Des experts en erreurs

L'auteur explique pourquoi lui, Alex Epstein simple particulier, est légitime à contester le (prétendu) consensus des experts. Son argumentaire est carré et rend encore plus terrifiante la lubie, qui traine dans l'air, du « gouvernement apolitique des experts » :

1) Dans l'histoire, le « consensus des experts » a toujours justifié toutes les saloperies du moment : esclavage, colonialisme, racisme, eugénisme, etc. Les nazis et les bolchéviques n'ont jamais manqué d'une majorité d'experts pour justifier scientifiquement leurs atrocités.

[2) Qu'est-ce qui fait un expert ? La validation de son expertise par d'autres experts.

Autrement dit, un expert est par nature conformiste, il doit plaire aux autres experts. Un anti-conformiste a beaucoup moins de chances d'être désigné par ses pairs.

Bien sûr, un expert estampillé peut virer à l'anti-conformiste au cours de sa carrière, c'est même ainsi que la science avance. Mais, comme les poissons-volants, ce n'est pas la majorité de l'espèce.

3) Un expert vit de son expertise. Pour lui, ce n'est donc pas une très bonne idée de froisser ses financeurs. « 97 % des chercheurs sont d'accord avec leurs financeurs » n'est pas seulement une plaisanterie, c'est une nécessité de la vie.

4) Un expert vit aussi, en nos temps télévisuels, indirectement mais de manière très substantielle, de sa popularité. Il a donc tout intérêt à dire les choses qui font passer à la télévision.

« Circulez, il n'y a rien à voir, tout se passe comme d'habitude, vous vous inquiétez pour rien » ne fait pas passer à la télévision.]

Alex Epstein, encore une fois timoré (même si je salue le courage de sa démarche), choisit de faire confiance aux experts et de commencer à ce qui est pour moi le point 5, d'où ma longue interpolation ci-dessus.

5) Quels que soient les avis des experts, honnêtes, biaisés, solides, fragiles, ils sont toujours multiples (en science, il n'y a jamais de consensus). Ceux-ci ne parviennent pas bruts au grand public (dans lequel il faut inclure les décideurs). Ils passent par des intermédiaires, des corps constitués (académies des sciences, CNRS, GIEC ...).

C'est un premier filtre : ces intermédiaires déforment. Encore plus quand ils sont politiquement contrôlés, ce qui est très souvent le cas, presque toujours en fait. Par exemple, le GIEC « oublie » toujours un chiffre très simple : en un siècle, le nombre de victimes d'événements météorologiques, les « victimes du climat » supposées, a diminué de 97 %.

6) Il y a un deuxième filtre : les médias.

Le très regretté Michael Crichton parle de l'effet Gell-Mann (du nom d'un de ses amis physiciens). Vous lisez un article sur un sujet que vous maitrisez : vous pestez, vous gueulez que c'est un tissu de conneries. Vous tournez la page du même journal et vous lisez un article sur la Palestine ou sur la bourse et là, vous croyez le journaliste sur parole.

7) En conclusion : l'état de la connaissance peut être à l'opposé total de l'image qu'en a le plus grand public à travers les différents filtres.

Alex Epstein pointe le fait que les experts sélectionnés par les medias ne sont pas contre les hydrocarbures mais contre toute forme d'énergie pratique et abondante, puisqu'ils sont aussi contre le nucléaire et contre les barrages hydro-électriques, ce qui signe qu'ils ont d'autres buts et d'autres motivations que ceux qu'ils affichent.

Le nécessaire filtre politique

L'avis des experts (réels ou supposés) ne doit en aucun cas s'imposer, parce que les sociétés humaines sont régies par des facteurs multiples qui ne sont pas tous techniques ou quantifiables ou réductibles à un seul angle d'analyse.

Les slogans « Croire la science » ou « Suivre la science » ou équivalents, sont, en plus d'être fondamentalement erronés (la vrai science n'est pas monolithique, elle ne délivre pas des avis définitifs telle un oracle), par essence totalitaires, car ils veulent réduire l'humain à un seul axe, à une seule perspective. Ils sont inhumains.

L'avis des experts doit être jugé en morale. Alex Epstein prend l'exemple facile (aujourd'hui) de l'eugénisme. Même si les experts avaient raison sur le fait que l'intelligence était héréditaire, la stérilisation forcée des bas QI était quand même immorale et devait être interdite.

Sur l'interdiction des hydrocarbures, la transposition est évidente : est-il moral de plonger des millions de gens dans une misère certaine et immédiate pour des avis d'experts portant sur un futur incertain ?

Anti-humains

Ce n'est pas la partie la plus longue mais celle où la formation philosophique d'Alex Epstein s'exprime le mieux.

Il prend l'exemple de l'expérimentation sur les animaux : ceux qui veulent interdire l'expérimentation sur les animaux à tout prix, y compris en se privant des bénéfices de cette expérimentation pour la santé humaine, sont anti-humains, ils font passer la santé des animaux avant celle des hommes, même s'ils dissimulent souvent cette hostilité derrière des arguments fallacieux.

De même, ceux qui nient les bénéfices des hydrocarbures (et, plus généralement, les bénéfices d'une énergie abondante) pour n'en voir que les inconvénients sont anti-humains, tant les bénéfices des hydrocarbures contribuent au bien-être des hommes.

Quel mythe profond activent-ils pour faire passer leur pulsion anti-humaine ?

Le mythe de « la nourricière fragile ».

La nature serait notre nourricière indispensable et dans un équilibre fragile, que la moindre activité humaine peut perturber.

Or, c'est un double mensonge. Ce n'est pas la nature qui nous nourrit mais l'activité et l'ingéniosité humaines. Et la nature est souvent notre ennemie et, en tout cas, elle est loin d'être fragile : c'est un système très complexe qui bénéficie de beaucoup de boucles d'adaptation.

La terre inhabitable à cause d'un réchauffement, ça n'existe pas, ça n'existera jamais, c'est un fantasme. Nous savons qu'il a déjà fait bien plus chaud par le passé et ça n'a pas empêché la vie.

Comme pour toutes les pulsions anti-humaines, le mensonge est consubstantiel à la carbophobie.

Les politiques décroissantes, carbophobes, véganes sont génocidaires par nature. On ne s'en aperçoit pas (ça se voit tout de même comme le nez au milieu de la figure, mais il ne faut pas trop demander à nos temps de bêtise universelle) tant qu'elles restent des lubies de bourgeois dépravés ridicules. Mais on a le précédent horrible du Grand Bond en Avant maoïste : entre 15 et 55 millions de morts en 4 ans.

Un long plaidoyer pour les hydrocarbures

S'en suit un long plaidoyer pour les hydrocarbures. C'est la partie la plus fouillée du livre, où j'ai appris le plus.

On fait souvent le raisonnement « La Terre est finie, la quantité d'hydrocarbures est finie ». Or, ce raisonnement n'a en réalité aucune utilité, puisqu'on ne sait pas si on a consommé 90 %, 50 % ou 1 % des hydrocarbures disponibles (même cette notion d'hydrocarbures disponibles est biaisée puisqu'elle évolue avec les progrès techniques). De plus, il y a toujours la solution de transformer le charbon, très abondant, en pétrole.

il est probable que nous ne manquerons jamais d'hydrocarbures, nous serons passés à d'autres formes d'énergie avant.

Les hydrocarbures, solution contre le réchauffement climatique

Chaleur, sècheresse, montée des eaux : une économie rendue rendue très efficace par les hydrocarbures peut faire face aux conséquences d'un éventuel réchauffement, pas une économie qui se prive volontairement des hydrocarbures.

Plus de gaz carbonique

Alex Epstein va jusqu'au bout de sa logique :

1) le gaz carbonique est bon pour les plantes

2) les hydrocarbures permettent de faire face aux conséquences d'un éventuel réchauffement

Il  faut donc produire plus de gaz carbonique.

[Dans quel but, la folie carbophobe ?

Mettre la rate des gens au court-bouillon pour un truc dans 100 ans est un moyen manipulatoire de les détourner des vrais problèmes d'aujourd'hui. C'est un truc de prestidigitateur qui détourne l'attention du public pendant qu'il fait son tour de magie.

Le tour de magie de la Caste, c'est « Vous n'aurez plus rien et vous serez heureux [et nous, les riches, continuerons à jouir sans entraves] ».

Se priver volontairement des hydrocarbures, c'est comme le Grand Bond en Avant maoïste : ça ne peut que semer la misère, la désolation et la mort pour des millions d'hommes. Sans hydrocarbures, nous sommes ramenés en 1800, avec certes bien des connaissances en plus mais qui ne changent pas grand'chose pour la vie quotidienne.

Et les connards écologistes sincères qui tombent dans ce panneau sont les petits soldats de gens qui n'en ont rien à foutre d'eux mais les utilisent pour notre plus grand malheur.]

Liberté et optimisme

Le point fondamental, c'est la liberté individuelle. Si vous laissez les gens faire ce qu'ils veulent, jamais ils ne se soumettront en masse aux délires carbophobes dans les décisions les concernant. Il n'y aura qu'une poignée de bourgeois-bolchéviques pour se faire chier à rouler en corbillards à batteries.

Les réchauffistes l'ont bien compris, qui tentent de mettre par tous les moyens la coercition étatique de leur côté.

Alex Epstein conseille aux climato-réalistes de ne pas se laisser embarquer dans des discussions techniques mais de préempter le terrain moral. La vie bonne pour le maximum de gens, c'est grâce aux hydrocarbures. De toute façon, le nucléaire offre une source d'énergie bon marché et infinie pour toutes les applications non-transport.

Il est optimiste parce qu'il pense que le bon sens prévaudra à mesure qu'on s'apercevra à quel point l'alarmisme climatique est dénué de fondement. Je pense exactement le contraire : chaque mensonge accepté sert de base au mensonge suivant.


Mon appréciation

Même si j'ai trouvé ce livre brouillon et mal écrit, je l'ai apprécié. Ca fait du bien quelqu'un qui remet de la rationalité et de l'intelligence dans ce délire collectif de plus en plus irrationnel et bête, mais bête ...

Cependant (Alex Epstein en a peu conscience, me semble-t-il), la carbophobie n'est qu'un des moyens que l'Occident a choisis pour son suicide.

Il serait bien que l'Occident se réveille de son hypnose avant qu'il soit trop tard.

Mais, le plus probable est que ce qui restera de l'Occident passera à autre chose après des millions de morts. Parce que c'est toujours ainsi que finissent les hallucinations collectives.





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(1) : l'origine fossile des hydrocarbures fait partie (comme le réchauffement climatique anthropique) de ces prétendues évidences qui sont en réalité très fragiles, voire carrément fausses. Or, cette origine fossile sert à justifier que le pétrole est en quantité limitée, rare et cher.

Dans le classement de Pareto (les affirmations vraies et utiles, les affirmations vraies et inutiles, les affirmations fausses et utiles, les affirmations fausses et inutiles), l'origine fossile des hydrocarbures pourrait bien appartenir à la troisième catégorie.

De plus en plus, l'Occident sécrète ces affirmations fausses mais utiles (utiles à ceux qui en tirent des fortunes colossales, mais catastrophiques pour les autres), signe évident de notre effondrement intellectuel collectif.

First Man (James R. Hansen)

 Voici ce que j'écrivais en 2018 à propos du film qui a été tiré de ce livre :

« J'ai un faible pour Neil Armstrong. C'était un taiseux à l'ancienne, loin du blabla obligatoire pour magazines féminins des hommes « sensibles ». C'était un homme de peu de mots. Bien que cela ne soit pas tout le thème du film, on pense à Milan Kundera : « les misogynes n'aiment pas la féminité. Les machistes aiment la féminité mais ne s'y soumettent pas ». Armstrong est un mec classe, le type du decent man, common man. Il ne ramène pas sa fraise, il fait son devoir, y compris quand il consiste à risquer sa vie.

C'était un pilote extraordinaire, d'un sang-froid à la limite de la distraction. Il n'a pas été choisi pour être le premier homme sur la Lune simplement parce qu'il avait une bonne tête. »

On surnommait Steve Mac Queen Mister Cool, mais le vrai Mister Cool, c'était Armstrong.

Trois moments de sa carrière où il montre un sang-froid hors du commun, comme s'il n'avait pas de nerfs : quand il pose son avion endommagé sur son porte-avions pendant la guerre de Corée, quand la capsule Agena se met à tournoyer sur elle-même de plus en plus vite et qu'il se dit « J'ai 3 minutes pour trouver la solution avant de m'évanouir » et, bien sûr, la descente vers la Lune (il se pose avec 10 secondes de carburant en réserve).

Bizarrement, il était jugé un peu nerveux par ses premiers instructeurs et il conduisait fort mal, très distrait. Il avait besoin d'un avion complexe pour mobiliser ses capacités.




vendredi, juillet 29, 2022

Tintin & l'histoire (Bob Garcia)

Lecture de vacances.

Cet ouvrage recense toutes les allusions historiques dans les albums de Tintin. On voit qu'Hergé se documentait minutieusement.

Un peu déçu : par exemple, l'auteur ne signale pas que Laszlo Carreidas ressemble comme deux gouttes d'eau à Marcel Dassault.

Je ne pensais pas qu'Hergé avait été si marqué par la guerre (deux ans d'indignité nationale).

vendredi, juillet 22, 2022

Réparer l'eau (Olivier Rey)

Olivier Rey est vraiment très bon.  C'est un mathématicien chrétien (espèce plutôt rare).

Réparer l'eau. Pas comme un plombier, mais au sens « faire réparation » comme un duel pour injure.

L'eau était maitresse du monde. Un des quatre éléments primordiaux, source d'inspiration pour les poètes.

La modernité l'a réduite à n'être que « H2O ».

Vous avez compris, Rey nous parle du désenchantement du monde. Thème rebattu mais qu'il traite avec élégance.

L'univers d'un homme d'avant la modernité était beaucoup moins plat : le Ciel ne pouvait pas tomber sur la Terre, c'était deux univers séparés. L'homme et la femme avaient des rôles bien séparés et ne pouvaient être confondus. Et ainsi du reste.

Il prend comme guides Léonard de Vinci et Francis Ponge. On peut choisir pire. Lycéen, j'avais mal compris Ponge, même si j'avais bien senti qu'il était intéressant.

Il parle réparer l'eau mais en fait, il s'agit de réparer l'homme.

Il a fait une excellente conférence (volontairement un peu à côté de la plaque pour ne pas dévoiler totalement son livre) :

mercredi, juillet 13, 2022

Science, politics and gnoticism (Eric Voegelin)

Livre de 1959 toujours d'actualité.

Les deux religions

Synthétisons : en Occident, il n'y a que deux religions : celle du Christ et la Gnose (je traduis gnosticism par Gnose car gnosticisme est vraiment horrible). La plupart des prétendus athées sont des gnostiques sans le savoir, ils ont les idées gnostiques sans avoir apposé un tampon Gnose dessus.

Comme j'ai déjà pas mal écrit suite aux livres de Jean-Louis Harouel, vous pouvez vous y reporter.

Christ : Dieu s'est fait homme, il est mort sur la croix pour tous les hommes. C'est donc une religion de l'incarnation et de la Vérité (« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par Moi »).

Gnose : Dieu est caché et connu seulement des initiés (beaucoup de gens qui se disent « agnostiques » sont en réalité ... « gnostiques » ! Ils croient à une vague divinité mais qu'ils ne peuvent pas connaitre). Le corps est méprisable, on peut donc l'avilir de mille façons, le tatouer (le tatouage est le signe infaillible d'un cerveau en fromage blanc), le prostituer, le faire changer de sexe, etc. C'est une religion de la désincarnation et du relativisme. C'est profondément une religion du Mensonge et de la haine de la vie.

Digression

Chesterton : l'homme est une machine à dogmes.

Celui qui dit « Je ne crois en rien » (très à la mode) est un imbécile qui ne sait même pas en quoi il croit (en fait, il croit au relativisme, il croit que tout se vaut, que toutes les opinions se valent, et c'est pour lui un dogme incontestable. Mais c'est juste une croyance, qu'il est facile de réfuter).

L'Etranger

Voegelin fait une synthèse limpide du point commun de tous les courants gnostiques : « L'homme est étranger à ce monde mauvais, qui est une vallée de larmes ».

C'est directement opposé au christianisme : Dieu crée le monde et « Dieu vit que cela était bon » (Génèse 1:10) et Dieu nous aime tellement qu'il nous a donné son fils.

L'opposition de ces deux visions du monde a des conséquences très concrètes.

Si le monde est mauvais et si l'homme y est étranger, la vie vaut-elle d'être donnée ? Rémi Brague analyse longuement les conséquences de cette vison du monde sur l'effondrement de la natalité (les gnostiques à l'ancienne étaient de farouches partisans du sexe récréatif et de la stérilité).

Bien  sûr, les gens qui décident ou non de faire des enfants se posent rarement ces questions philosophiques. Mais ils baignent dans une société qui, du fait de ces représentations, favorise et valorise tel ou tel comportement. Notre société exalte la stérilité (voir aussi le délire homosexualiste).

Le parallèle entre gauchisme sociétal et gnose est impressionnant : haine des différences homme-femmes ; haine du mariage et de la procréation ; éloge de l'homosexualité ; préférence pour le déviant, pour le criminel, pour l'ennemi, pour l'Autre absolutisé ; existence d'une avant-garde éclairée, d'initiés séparés des hommes ordinaires ; individualisme exacerbé s'affranchissant de toute morale ordinaire ; mélange de débauche et de puritanisme ; haine de la fécondité ; et last but not least anti-judaïsme obsessionnel ...

Les 6 caractéristiques de la Gnose

Même si la généalogie de la pensée gnostique a été remontée par les érudits jusqu'à l'époque du Christ (il semble que la Gnose ait légèrement précédé le christianisme), de nos jours (contrairement au passé), elle ne s'annonce jamais comme telle. Il faut donc savoir la reconnaitre :

1) Le gnostique n'est pas satisfait de sa situation.

Jusque là, c'est très commun.

2) Cette insatisfaction est due à l'état du monde.

Première originalité. Dans les croyances traditionnelles, l'état du monde est parfait (même si nous ne le comprenons pas totalement), car donné par Dieu (ou équivalent), c'est l'homme qui est imparfait et doit travailler sur lui-même.

3) Le Salut par rapport à cet état du monde imparfait est possible.

Complètement opposé au christianisme, où le Salut est individuel et n'a rien à voir avec l'état du monde.

4) Ce Salut vient parce qu'on peut changer l'état du monde à travers un processus historique.

Là encore, en opposition complète avec les croyances traditionnelles, où l'état du monde est fixe (ou cyclique) et l'homme doit faire sa vie au mieux dans ce monde donné.

5) Ce changement historique de l'état du monde est réalisable par l'effort des hommes.

6) Les gnostiques (quel que soit leur nom : communistes, écologistes, etc.) ont le savoir qui leur permet de faire advenir ce perfectionnement du monde.

Ici commencent les caractéristiques réellement plaisantes de ce tendre système de pensée : l'existence d'une élite éclairée qui sait ce qu'il faut faire et méprisent les autres, l'extermination des méchants, c'est-à-dire tous les non-gnostiques.

Quiconque connait bien des écologistes ou des communistes sait que leur engagement politique est l'expression de leurs frustrations et de leurs névroses (non, je ne parle pas seulement de Sandrine Rousseau).

Le Mensonge

La Gnose (et donc la modernité) repose sur un mensonge à propos de la condition humaine, et tous les « ismes » qui en découlent aussi.

L'homme nait, vit et meurt. Il n'a pas le pouvoir de changer sa condition. Il appartient pleinement à ce monde où, comme lui, toutes choses, les plantes et les animaux, naissent, vivent et meurent. L'homme est soumis à l'ordre divin et il est bien qu'il en soit ainsi (Socrate : « Si l'homme est la mesure de toute chose, qu'est-ce qui mesurera l'homme ? »).

L'essence de la Gnose, c'est l'interdiction de certaines questions sur le réel. La réalité est l'ennemi intime de la Gnose. Cela porte un nom que nous connaissons tous : l'idéologie. Le réel doit se conformer à la théorie et non l'inverse.

A l’inverse, la Gnose multiplie les questions absurdes d’un point de vue réaliste.

«  Qu'est-ce qui vous dit qu'une femme ne peut pas être un père ? », «  Qu'est-ce qui vous dit qu'un Malien ne peut pas être un Français ? » ne sont pas des aberrations du point de vue gnostique, c'est le cœur de la Gnose, qui se rattache fondamentalement à «  Qu'est-ce qui vous dit que, moi, je suis né un jour et que je mourrai un jour ? »

Voegelin passe en revue la liste des questions interdites par chaque idéologie (Marx, Nietzsche, Freud).

Le mensonge de Marx sur l'auto-engendrement (l'homme peut se créer lui-même) invalide sa philosophie historique qui suppose que l’homme peut être amélioré. Voegelin dit (avec un certain humour, me semble-t-il) que « l’homme socialiste est l’homme qui ne pose aucune question sur la nature humaine ».

Pour Nietzsche, c'est très clair : il fait passer, sous de multiples masques, la « mort de Dieu » pour le produit d'une réflexion philosophique alors que c'est en réalité une nécessité psychologique personnelle (pas étonnant qu'il ait fini à l'asile). Voegelin explique comment Nietzche ment à ses lecteurs sur ses motivations, présentant comme le fruit d'un raisonnement, ce qui était en réalité son point de départ.

L'essence de la modernité, c'est la Gnose.

Les « ismes » modernes (marxisme, freudisme, fascisme, communisme, progressisme etc. Aujourd’hui, on peut ajouter réchauffisme et covidisme) sont des héritiers de la Gnose.

Cette généalogie, parfois alambiquée, est bien tracée par les érudits.

La plus grande gnose est cependant la franc-maçonnerie.

La Gnose moderne est une révolte contre l’œuvre de Dieu et une soif de pouvoir inextinguible qui se traduit par :

1) un programme sans limite de transformation donc de transgression (il s’agit toujours de faire advenir l’Homme Nouveau, la Race Supérieure, l’Ecologie Intégrale, la Société du Bonheur etc …)

2) une déification de l’Homme, de ses idées, de ses désirs, de son pouvoir

On remarque que, de nos jours, l’Eglise catholique est beaucoup plus séduite par les hérésies gnostiques que l’Eglise orthodoxe.

Voegelin écrit (en 1959 c’était visionnaire par rapport à ce que nous vivons) que la Gnose moderne se caractérise par la vie dans le virtuel, le fantasme.

Son plus gros mensonge est le meurtre de Dieu, la négation de part spirituelle de l’homme, la négation d’un ordre divin qui ne dépend pas de l’homme.

L'essence de la modernité, c'est la Gnose. Et l'essence de la Gnose, c'est l'idéologie.

Dieu est mort

Pour que l'homme puisse se laisser aller à son délire narcissique d'auto-engendrement, il faut qu'il ne dépende pas d'un ordre supérieur extérieur, ce qu'on appelle l'ordre divin dans la culture occidentale (mais il y a l'équivalent dans toutes les cultures).

Comment tuer Dieu ? En proclamant que c'est une invention des hommes : une nécessité de la sociologie, un fruit de l'imagination poétique, une consolation psychologique.

Hegel pervertit la philosophie en prétendant tout inventer de zéro, faire système, alors que la philosophie honnête est l'observation d'un ordre qui nous pré-existe.

Amusant : Auguste Comte, l'inventeur du positivisme, crée le mot « altruisme » pour remplacer « amour » trop connoté chrétien. L'altruisme, c'est la fraternité sans père : toujours le meurtre du père, de Dieu. Ordre et Progrès, la devise (anti-phrase !) du Brésil est directement comtienne.

Les trois âges

Joachim de Flore, un moine du XIIème siècle, est le père de la Gnose moderne (le cardinal de Lubac a écrit un gros pavé La postérité spirituelle de Joachim de Flore).

Il postule qu'il y a trois âges : celui du Père, celui du Fils et celui du Saint-Esprit (post-chrétien) ce qu'on a traduit en Antiquité, Moyen-Age et Modernité. On retrouve ce mythe de la progression, de l'homme qui change le monde.

On retrouve bien d'autres symboles de Joachim de Flore dans notre paysage intellectuel. Intéressant que ce moine quasi-inconnu ait pu laisser tant de traces.

Les utopies

Les utopies jouent un rôle majeur dans la propagande gnostique. Elles justifient le pouvoir de l'intellectuel prophète qui sait comment devrait être le monde.

Ils s'agit toujours de juger les imperfections de ce monde à l'aune d'un monde idéal qui n'existera jamais car il ment sur un point fondamental de la condition humaine.

A tout seigneur, tout honneur. Thomas More, dans Utopia, invente le mot. Il imagine un monde dépourvu de propriété privée, dont il reconnait l'impossibilité totale, l'homme étant ce qu'il est (c'est-à-dire ayant besoin de se rassurer et de paraitre avec des objets).

On peut s'interroger sur la santé mentale d'un homme qui passe des années sur un ouvrage pour conclure qu'il raconte n'importe quoi. Shelling a forgé le mot (peu heureux) de « pneumopathologie » pour désigner cette maladie de l'âme (pneuma : souffle, esprit) qui consiste à s'inventer un monde menteur.

Hobbes, lui, imagine la guerre de tous contre tous, avec l'Etat tout-puissant en arbitre, parce qu'il refuse (il le dit explicitement) la pulsion de l'homme vers le bien commun (pulsion plus ou moins présente, voire absente dans certains individus extrêmes, mais suffisamment généralisée pour ne pouvoir être comptée pour rien sans mentir).

Hegel ment en laissant croire que l'homme sait l'histoire qu'il fait (là dessus Marx a raison : l'homme fait l'histoire mais ne sait pas l'histoire qu'il fait).

La psychologie gnostique

Pour préférer, à une vérité incertaine, une mensonge certain, pour refuser d'assumer la condition humaine, il faut une psychologie particulière.

Ariane Bilheran, à propos du délire covidiste, a bien analysé cette psychologique totalitaire idéologique (car c'est bien de cela qu'il s'agit). Elle a bien décrit cette faille psychologique qui consiste à refuser d'assumer sa finitude.

Voegelin remarque que le christianisme est très exigeant : il demande d'avoir foi en des trucs fantastiques (un seul Dieu en trois personnes, la présence réelle du Christ dans l'hostie consacrée ...). Et cet état de fait favorise par opposition la fuite vers la Gnose.

Pour Voegelin, c'est le rôle de la science d'éclairer cette faille psychologique.

La Gnose dans nos vies

Il n'y a aucun parti gnostique. Aucun ambitieux ne proclame « Je suis gnostique ».

La Gnose nous tue à travers des vecteurs : le marxisme, le communisme, la psychanalyse, le fascisme et le nazisme. On peut y ajouter ces fadaises que Voegelin a eu le bonheur de ne pas connaitre : le réchauffisme et l'hygiénisme.

Et ces véhicules de la Gnose sont aujourd'hui plus présents que jamais dans nos vies.

La Gnose a vaincu : nous sommes devenus le Mensonge. Nous mentons et nous nous mentons sur tout. Notamment, sur les fondamentaux de la vie (on nait d'un homme et d'une femme, on vit dans un monde donné dont l'ordre nous est extérieur, on souffre et on meurt). L'escamotage de la mort a atteint un niveau si stratosphérique qu'il suffit d'un rhume pour déclencher une panique collective.

La Gnose façonne nos vies, d'où notre préférence pathologique pour les simulacres, l'irréalité, les modèles, les fantasmes, les images virtuelles.

Notre asile à ciel ouvert

Ma conclusion à moi : la modernité est un asile à ciel ouvert.

Le moderne est un matérialiste fanatique (l’homme n’est qu’un amas d’atomes, l’esprit n’existe pas. Pas de Dieu, pas d’âme, que des objets) qui a une phobie pathologique de toutes les expressions de la matérialité de l’homme (le sexe fixé par la nature, la naissance, la mort, la maladie, la viande, la pollution même légère, même hypothétique…).

Le gauchisme est une maladie mentale.

Le moderne est, littéralement, fou à lier.



Les vegans, les covi-nazis, les trottinetteurs, les anti-nucléaires, les teslanautes et compagnie ont une place dans une société saine : cette place, c’est enfermés dans une cellule capitonnée (ou alors dans des fermes, pour leur faire retrouver le contact de la matérialité). De toute façon, la plupart sont irrécupérables.

Pour le bien de la société, il faudrait les isoler de toute urgence (il parait qu'il y a de l'espace à Cayenne). Ce n'est pas ce qui se passera.

Mais la réalité pourrait bien être terrible pour les modernes. J'attends, sans impatience mais avec intérêt, le combat des hommes-soja et des mangeurs de viande.

lundi, juin 27, 2022

L’effroyable vérité (Bruno Riondel)

J’ai beaucoup apprécié la biographie de l’ignoble pourriture Jean Monnet par Bruno Riondel.

Bruno (l’indicatif radio de Bigeard) est le fils d’un rescapé de Dien Bien Phu, ligoté avec Pierre Schoendorffer (ça crée ... des liens).

Il a été scandalisé par l’affaire Boudarel : un tortionnaire français des camps Vietminh protégé par les enculés de l’intelligentsia universitaire gauchiste (pléonasme).

Devenu historien, il rend cet hommage à son père de faire une synthèse honnête de l’histoire du communisme. Il doit être tout retourné de la popularité du commissaire Mélenchonov.

Il remet les points sur les i.

Lénine, Trotsky, Staline, Mao se valent, pas un pour rattraper l’autre. Des fous furieux, de vrais psychopathes, sadiques et pervers, assoiffés de sang, dont la place était enchaînés au mur d’une cellule capitonnée.

L’effroyable vérité

L’effroyable vérité, que Bruno Riondel martèle, est qu’il n’y a jamais eu de dérive du communisme. Le communisme a toujours été la politique des envieux aigris et des mal-dans-leur-peau, avec un potentiel sectaire génocidaire assumé dès l’origine.

La prétendue générosité de l’idéal communiste n’est que de la propagande à l’usage des gogos et un alibi pour les sadiques. Le communisme est la politique de l’envie et de la haine.

Riondel cite des textes de Lénine, avant la prise de pouvoir, qui ne laisse aucun ambiguïté sur le charme primesautier de ce sympathique personnage : il y est question d’insectes à écraser.

Molotov, bien placé pour le savoir, disait que Staline était doux en comparaison de Lénine.

Il n’y a rien à sauver du communisme, comme il n’y a rien à sauver du nazisme.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les communistes actuels sont les produits inhumains d’un monde inhumain.

Aucun doute : un Melenchonov ou une Clémentine Autaine  ou une Alice Coffin feraient de parfaits tortionnaires de masse.

Bien sûr, le communisme descend directement de la modernité, qui est le Mensonge (mes fidèles lecteurs connaissent cette rengaine).

Le mensonge est consubstantiel au communisme. Les communistes mentent sur tout. Et quand il leur arrive de ne pas mentir, c’est juste un artifice dans la construction du mensonge. Soljenitsyne a des pages tranchantes comme des lames à ce sujet.

Une jouissance sadique : le Mal banalisé.

Dans sa pratique, le communisme est une jouissance sadique.

Riondel fait un résumé (un tiers du livre) des atrocités communistes contre les ouvriers, contre les paysans, contre les soldats, contre les enfants (le décret 00486 du 15 août 1937 institutionnalise la déportation des enfants et l’exécution des plus de 12 ans. Toutes les saloperies soviétiques furent légales. Tous les faibles et tous les salauds qui défendent ou appliquent les lois COVID sous prétexte qu’elles sont légales devraient y réfléchir. S’ils sont capables de réfléchir ...), contre les intellectuels, bref contre tout le monde.

Nous avons l’habitude de considérer le nazisme comme le mal absolu mais, dans l’horreur, les nazis passent pour des amateurs dépourvus d’imagination par rapport aux communistes.

Riondel, après les grosses masses, s’attachent à quelques exemples de bourreaux particulièrement imaginatifs.

C’est le défilé des horreurs. Les victimes dans des tonneaux cloutés à l’intérieur qu’on fait dévaler sur une pente, les concours de torture (ça consiste à forcer un prisonnier à torturer un autre prisonnier, dans l’idéal son meilleur ami, dans l’espoir d’une libération), les enfants découpés en morceaux ou enfermés avec des rats affamés …

Il cite quelques femmes complètement hystériques qui terrorisaient même leur entourage criminel et qui comptent des dizaines de milliers de victimes à leur actif. J’imagine bien quelques militantes woke visiblement détraquées (qui ont pourtant micro ouvert dans les médias) dans ce rôle (un nom me vient à l'esprit mais je ne veux pas risquer le procès en le citant).

Les expériences médicales

Notre coupable biais pro-communiste nous fait ignorer le Mengele soviétique, Maïranovsky.

Pourtant, les expériences communistes furent mille fois pires que les expériences nazies.

Le centre de test de poisons sur des milliers de détenus, presque banal.

Bien sûr aussi, les détenus échelonnés autour des explosions nucléaires.

Plus original, les enfants des « ennemis du peuple » tués et bouillis pour servir d’engrais par les Chinois.

Mais, l’art étant dans la simplicité, la palme revient aux khmers rouges : l’autopsie sur des détenus vivants.

A ceux qui croiraient que ces horreurs appartiennent au passé, n’oubliez pas que, en Chine actuelle (où fut probablement fabriqué cet iPhone), on prélève toujours les organes des condamnés.

Au fait, les premières exterminations par chambres à gaz, ce n’est pas l’Allemagne mais le NKVD en 1937.

Le goulag

Dans tous les pays communistes , il y a des goulags ou équivalents.

Juste deux mentions :

1) les Américains ont matériellement aidé à l’établissement du goulag, en fournissant des machines (notamment la puissante famille Harriman. Pamela Harriman fut ambassadeur en France, le Tout-Paris lui a léché la pomme). On n’a pas connaissance que cela les ait empêchés de dormir.

Rappelons aussi que la haute finance américaine fait aujourd’hui des profits sur des produits fabriqués dans des camps de concentration chinois ou vietnamiens.

2) Yakovlev, chargé par Gorbatchev de faire le bilan des atrocités communistes, a rencontré des gardiens du goulag. Non seulement ils n’exprimaient aucun remords (Yakovlev en était très mal à l’aise) mais beaucoup exprimaient leur frustration que cette belle époque ait pris fin.

Les bourreaux communistes sont des psychopathes au sens littéral, qui relèvent de la psychiatrie lourde ou, plus simplement, de la peine de mort.

Maintenant, prenez deux minutes de réflexion pour considérer ce que signifie pour le fonctionnement d'une société que la plupart de ces bourreaux, au sens propre, pas au sens figuré, soient montés dans la hiérarchie et aient eu des responsabilités politiques.

C’est le phénomène décrit par Andrew Lobaczewki dans Ponérologie politique : la sélection inverse par la bureaucratie, la sélection des plus tordus, des plus détraqués, des plus psychopathes.

La France est, depuis 40 ans de délire socialiste, victime du même phénomène (heureusement, à un niveau de violence bien moindre) : la sélection inverse des dirigeants. Chirac et Sarkozy étaient clairement déséquilibrés, Hollande et Macron sont d’authentiques psychopathes (pour Macron, c’est tellement évident qu’il est inutile d’insister. Quant à Hollande, il ne faut pas se laisser tromper par son aspect bonhomme. Son fils a dit de lui « Il est mystérieux, il est incompréhensible, il est sans affect ». Le fils de Staline aurait probablement dit la même chose  de son père s’il n’était pas mort dans un camp de prisonniers allemand. Le passage en force a été institutionnalisé par Hollande, pas par Macron).

Les collabos

Les anti-communistes avaient raison : le Parti Communiste Français (PCF) fut toujours le parti de l’étranger, sans relâche.

Dirigé en réalité par Eugen Fried (« le camarade Clément »), il exécutait fidèlement les ordres de Moscou, à un point qu’on imagine difficilement aujourd’hui. Comme disait Coluche, le téléphone avec Moscou n’avait que l’écouteur. Coluche plaisantait, c'était vrai.

Pour bien comprendre, l’appellation de parti politique est trompeuse. Le PCF avait le fonctionnement d’une secte, d’où la soumission totale de ses membres ou le déchirement des repentis (on ne comprend pas le communisme si on ne comprend pas que c’est une religion sectaire et sanguinaire).

Aujourd'hui, les ex-cocos, maoïstes et compagnie se sont reconvertis : ils sont toujours aussi féroces et malfaisants, mais ils ont appris les vertus de la patience. Ce qu'ils faisaient par la violence, ils le font par l'infiltration et l'insinuation.

« Bobo » ne signifie « bourgeois bohème » que pour les imbéciles. Les autres ont compris : « bourgeois bolchévique ».

Les juifs bolchéviques

Riondel aborde courageusement un sujet très délicat : la sur-représentation (incontestable, bien documentée) des juifs parmi les bourreaux soviétiques. Comme c'est un argument des nazis (« le judeo-bolchevisme »), on est obligé d'en parler avec des pincettes.

Riondel a l'habilété de ne citer que des auteurs juifs. Il ressort que cette sur-représentation est le fruit :

1) d'une revanche sur la judéphobie de la société russe.

2) plus important, d'un messianisme juif meutrier, cousin du millénarisme chrétien. Si on tue suffisamment de méchants, on fait advenir le Messie pour mille ans.

Le mondialisme, c'est le communisme des Fabiens

La société fabienne est une association anglaise du XIXème siècle, placée sous le patronage du consul Quintus Fabius Maximus Cunctator (« le temporisateur »), qui s'est donnée pour but de faire advenir le communisme non par la révolution mais par la grignotage.

Tel patriote, prêt à mourir pour arrêter l'Armée Rouge, ne donne pas sa vie pour empêcher la facilitation du divorce.

Beaucoup d'intellectuels fumeux furent ou sont explicitement fabiens (HG Wells, GB Shaw, ...). Mais la plupart des intellectuels fumeux sont fabiens sans le savoir, tant la société idéale du communisme exerce d'attrait sur ce type de personnalités.

Or, une des particularités les plus frappantes de notre monde malade est l'extraordinaire multiplication des intellectuels fumeux (voir l'analyse très pertinente de Christopher Lasch). D'où le succès mécanique de la logique fabienne.

Riondel cite un texte de HG Wells décrivant la société future : c'est le monde de 2022 !

La complicité entre le rothschildien Macron et le trotskyste Mélenchon se comprend mieux quand on sait que Léon Trotsky a vécu a New-York en 1917, dans l'entourage des Rothschild (on dit qu'il jouait aux échecs avec le baron), et que les Américains ont financé et organisé son voyage vers la Russie en ébullition. 

L'URSS n'aurait pas pu exister et continuer sans l'aide massive et persévérante des Américains, notamment de Wall Street (cf Anthony Sutton).

En voyage en URSS, Ronald Reagan emmène un très vieux banquier, Armand Hammer. Les jeunes loups soviétiques sont tout surpris de voir les dignitaires du Soviet Suprême traiter celui-ci avec une grande déférence. Ils se renseignent : c'est le dernier homme à avoir connu Lénine.

Les affinités ?

Le matérialisme, la haine du vieux monde chrétien, l'ambition mondiale dévorante, le refus des limites morales et matérielles. Bref, la psychopathie.

On peut voir l'URSS comme un super cas d'opposition contrôlée (même si elle a un peu échappé à ses maitres par moments !). 

La France de 2022 est mûre pour le totalitarisme communiste

La France est déjà prête pour une tyrannie totalitaire communiste, le boulot est fait (le délire covidiste est  un test réussi) : mise en place d'une technocratie toute-puissante (l'ENA créée par le ministre Maurice Thorez en 1945), abolition des contre-pouvoirs, police politique, milice qui terrorise la population (la racaille), surveillance généralisée, peur partout (matraquage médiatique), coupures des liens organiques (destruction de la famille et des communautés villageoises), dépendance de l'Etat (sécurité sociale), abrutissement et endoctrinement (plan Langevin-Wallon pour l'éducation nationale), dissolution de la souveraineté dans des « machins », processus de décision secret, (conseil de défonce), habituation à des comportements inhumains (ségrégation, muselière, gestes clownesques, ...).

Il n'y a plus qu'à pousser. Et des gens pour pousser au communisme, ce n'est pas ce qui manque.

En ces temps où Macron et LFI font mine de s'opposer, il convient de rappeler que leur opposition est du pur théâtre.

Ils sont d'accord sur l'essentiel : le communisme. Ils ont en commun les caractéristiques de l'espèce bolchevique : jaloux, méchants, méprisants, liberticides, rusés, menteurs, jusqu'auboutistes, totalitaires ...

La droite la plus bête du monde, qui s'est racontée pendant des années qu'elle avait « gagné la bataille des idées », est le dindon de cette farce sinistre, de cet affrontement factice (l'opposition contrôlée, un grand classique du Kominterm encore plus que de Washington). La France n'a jamais été si proche du régime communiste totalitaire (à part les quelques mois de Terreur) avec toutes ses caractéristiques inhumaines.

Le communisme, c’est toujours le Mal absolu

Alain Besançon disait qu’au début du XXème siècle l’Eglise analysait mieux les raisons philosophiques et théologiques qui faisaient du communisme le Mal absolu, qu’ensuite elle s’est attaché à des condamnations de la mise en œuvre du communisme et que son analyse est devenue plus circonstancielle et plus superficielle.

Aujourd’hui, je crains que l’Eglise, qui a en grande partie renié le Christ, ait adopté, sans vraiment s’en rendre compte (l’intelligence de l’Eglise connaît un effondrement dramatique), bien des axiomes philosophiques du communisme.

A la fin de sa vie, délivré de son garde-chiourme du KGB Elsa Triolet, le poète stalinien Louis Aragon, qui a chanté une ode aux tueurs de la GEPEOU (comment peut-on ... ?), a reconnu à avoir gâché sa vie pour une cause criminelle.

Ca aurait été bien de s'en rendre compte au début de sa vie, et non à la fin.

Une fois de plus, il faut qu'il y ait des gardiens de l'humanité qui résistent et sauvent l'essentiel, face à tous les Aragon de la terre.

Lire  Riondel est un début : le devoir de mémoire véridique (donc qui renvoie nazisme et communisme dans la même case de l'horreur inhumaine) est une bonne base.

mardi, mai 10, 2022

Qui a gagné la guerre de 14 ? (Jean-Michel Steg)

Jean-Michel Steg est un financier (il dit lui-même qu'il n'a aucun mérite : n'importe qui entré dans la finance dans les années 90 finissait par faire fortune) devenu historien.

Il a commencé par l'histoire quantitative. J'ai apprécié son livre sur le 22 août 1914, la journée la plus meurtrière de l'histoire de l'armée français (27 000 morts : la guerre d'Algérie en une journée).

A travers 6 11 novembre (11 novembre 1941, 1918, 1919, 1938, 1945, 2018), l'auteur multiplie les perspectives.

Comme tous ceux qui s'intéressent à l'histoire, il est scandalisé de la bêtise de nos contemporains qui consiste à présenter la guerre comme une sorte de catastrophe naturelle, un tremblement de terre ou une épidémie, ce qui est parfaitement idiot (mais nous vivons l'époque des crétins).

Les Poilus étaient parfaitement conscients de l'aspect politique de la guerre. Certaines lettres ouvertes par le contrôle postal sont étonnantes de ce point de vue. On n'imagine pas un tonnelier de village faire des réflexions sur la solidité de l'alliance entre l'Allemagne et l'Autriche et pourtant ...  Il faut dire que les Français de 1918 étaient autrement charpentés intellectuellement que les produits de la fabrique du crétin de 2022.

Si vous êtes féru d'histoire et de politique, ce livre ne vous apprendra pas grand'chose. Mais il peut constituer une introduction originale.

Au fait, qui a gagné la guerre de 14 ? Les Français (l'armée française de 1918 est une machine de guerre remarquable dans tous les domaines, qui vaut bien la Grande Armée de 1805). Qui a gagné la paix, malgré ce qu'ils en ont dit ? Les Allemands, avec l'aide des Ricains et des Rosbifs.

samedi, mai 07, 2022

Mémoires sans concessions (Yves Rocard)

Yves Rocard est le père de Michel, un tout autre calibre que son fils.

Michel lui-même raconte que, lorsqu'il apprit à son père qu'il ferait Sciences Po, celui-ci a répondu : « Tu vas apprendre à emmerder les autres, je te coupe les vivres ». Ce qui témoigne d'un solide bon sens.

Presque sourd depuis l'âge de 5 ans, c'est un semi-autodidacte, puisqu'il n'entendait que la moitié de ce que les enseignants disaient. Cela ne l'empêche pas d'intégrer Normale Sup et d'être l'un des pères, éloignés, de la bombe atomique française.

Il alterne entre la recherche et l'industrie.

Il s'intéresse aux lampes des postes de radio. Suite à un déraillement mystérieux en pleine ligne droite, aux interactions entre les roues de locomotive et les rails (tout le problème est dans le fait que les roues de locomotive ne sont pas exactement cylindriques mais légèrement coniques).

Visiblement, c'est un calculateur pougneux, s'enthousiasmant pour l'alignement de calculs de plusieurs centaines de lignes. Il se détend avec le latin et le grec.

Touche à tout, il s'attaque ensuite à l'aéroélasticité, à la transmission radio et à un tas de sujets. Il est trop éclectique pour mener une recherche jusqu'au bout, il ouvre des pistes intéressantes mais aucune découverte ne porte son nom.

Son expertise est très appréciée dans la Résistance.

Après la guerre, il reprend le laboratoire de physique de l'ENS et se met à la physique atomique (bin, ouais, il y a bien des gens qui mettent au vélo tardivement). Il a un certain talent pour utiliser ses relations dans l'industrie au profit de son laboratoire.

Il crée le site de radio-astronomie de Nançay avec deux radars de DCA allemands de récupération, puis le laboratoire atomique de Buyères-le-Chatel (futur CEA), et  l'accélérateur d'électrons d'Orsay. Ces sites sont toujours en activité.

Il met au point les premiers détecteurs d'explosions atomiques américaines avec un système de tuyaux de chauffage et de membranes (les techniques à leur naissance sont toujours relativement peu coûteuses et progressent rapidement : le premier avion coûte beaucoup moins à mettre au point que le Concorde, le premier iphone que l'iphone 13 etc).

Il se spécialise dans les mesures d'explosions atomiques sous toutes les formes imaginables, acoustique, lumineuse, électromagnétique sismique ... C'est un vrai physicien, il fait preuve d'une inventivité débordante pour aller à l'essentiel d'un phénomène physique. Il transforme des sismographes en barographes  ultra-sensibles simplement en posant un oreiller de plage en plastique dessus !

On ne connait pas le père exact de la bombe H française.

La bombe à fission, une bombe A, sert d'allumette à une bombe à fusion, une bombe H. Toute la difficulté est de trouver la configuration physique qui optimise cet allumage. Des pontes du CEA ont revendiqué cette paternité, mais l'ingénieur du fin fond d'organigramme qui a fait le calcul correct est resté anonyme.

Rocard a des idées bien arrêtées : il trouve que le passage du recrutement de 20 à 40 élèves par an en section scientifique à Normale Sup a beaucoup fait baisser la qualité. De même le passage de thurnes à 5/6 à des thurnes à 2. Il faut dire qu'il a une définition simple du normalien : « un esprit apte à se développer indéfiniment » (ce n'est vraiment pas l'impression que me fait Alain Juppé, mais il était en section littéraire).

Sur la fin de sa vie, il étudie les magnétiseurs et les sourciers, ce qui lui vaut bien entendu le mépris et les sarcasmes du monde académique, des notables et des notoires. Lui-même reconnaît qu'il a certes fait quelques avancées mais qu'il n'est pas arrivé à grand'chose de concluant.

Bref, un physicien dans l'âme comme on n'en fait plus.

Enfin, il termine son livre en 1989 sur une remarque qui résonne à nos oreilles de 2022. Il trouve que le consensus devient de plus en plus lourd et qu'il est de plus en plus difficile d'exprimer et de publier une pensée scientifique vraiment originale.