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vendredi, mai 18, 2018

Gaza : un peu d'intelligence

Décidément, j'aime beaucoup Mme Ingrid.

Gaza : des images… et des mots

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Mais ce qui a retenu mon attention ces derniers jours, durant les émeutes de Gaza, c’est le silence des journalistes quand ils recevaient des responsables israéliens. Les questions posées étaient toujours les mêmes, sur la disproportion entre la nature de l’agression et la riposte militaire. Les termes qui revenaient pour décrire l’attitude des Palestiniens sont les suivants, j’ai noté : « manifestation pacifique », « des femmes et des enfants », « marcher le long de la frontière en ce jour de commémoration de la Nakba ». En fait, les émeutes du 14 mai, c’était un équivalent de la Manif Pour Tous. Devions-nous croire.

Les autorités israéliennes répondaient en parlant de « terroristes », d’« assauts contre la clôture de sécurité », de « grenades », de « cocktail molotov » et de « cerfs-volants enflammés ».

Et nos journalistes ne disaient rien, ne répondaient rien, ne répliquaient pas même quelque chose comme « ce n’est pas ce qu’on voit sur les images » ou « avez-vous la preuve de ce que vous avancez ? ». Ils laissaient dire. Et c’est cela qui sème le doute. Comme si leur interlocuteur disait une chose qu’ils savaient vraie mais qu’ils étaient décidés à ne pas dire eux-mêmes.

[…]

Il ne s’agit pas, face à la thèse dominante qui présente Israël en persécuteur et les Palestiniens en victimes, de soutenir par principe la version contraire. Seulement de rappeler qu’une guerre est une guerre, et qu’une foule fanatisée a peu à envier à la puissance d’une armée, surtout quand elle a pour elle la force des images. Et celle d’un enfant mort peut avoir un impact diplomatique aussi puissant qu’un missile.
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samedi, mars 31, 2018

Terrorisme : le faux problème du passage à l’acte

Décidément, j'aime beaucoup Mme Ingrid :

Terrorisme : le faux problème du passage à l’acte

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Je pense même que [cette focalisation exclusive sur le passage à l'acte ] est dangereuse parce qu’on en arrive à se convaincre que toute la solution réside dans l’anticipation et l’empêchement de ce passage à l’acte. Et voilà qui est grave et inquiétant. Voilà qui témoigne d’une résignation collective contre laquelle il est impératif de lutter. En effet, cette focalisation exclusive signifie que la même idéologie qui a poussé le terroriste à cet acte, pour peu qu’elle s’impose sans violence, ne rencontrera aucune résistance. Autrement dit, derrière la question obsessionnelle du passage à l’acte se cache l’acceptation tacite de la fin et la seule contestation des moyens.

Ainsi, par la manière même dont on se pose la question (cf. l’image de la bascule), on s’oblige à dissocier l’état théorique et la phase pratique comme s’ils n’entretenaient aucun rapport. On se refuse à envisager que le passage à l’acte soit, dans une certaine mesure au moins, une mise en acte, autrement dit, l’aboutissement d’un cheminement logique ; une manière de se mettre en cohérence avec ses propres principes. Il y a quelques jours, FrançoisXavier Bellamy signait dans le Figaro une belle tribune consacrée au sacrifice d’Arnaud Beltrame, texte qu’il est venu présenter également dans la matinale de France Inter et que l’on peut lire sur son blog. Le geste d’Arnaud Beltrame, explique-t-il, n’est pas l’impulsion d’un instant ; il a été préparé par toute une vie, par un parcours personnel et une adhésion profonde et totale à certains principes. Je suis tout à fait d’accord. Mais j’ajoute : pareil pour Radouane Lakdim. Et c’est sans doute là que réside le vrai problème, le véritable sujet d’interrogation et d’inquiétudes légitimes.
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S'est-on jamais interrogé sur le « passage à l'acte » des nazis ?

Bon, on le savait, les journalistes français, il faut marcher dedans du pied droit, ça porte bonheur.




dimanche, novembre 19, 2017

Des individus, et une société, malades de narcissisme

Exécution médiatique

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Peut-être faudrait-il aussi réflé­chir à cette étrange société qui se met en place, où le ressenti de chacun devient un absolu. Suffit-il de se sentir brusqué par un professeur pour transformer cela en traumatisme éternel qui justifierait une vengeance sans fin ?

Fabriquons-nous une humanité exagérément fragile et vengeresse ?
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Ingrid Riocreux, toujours très pertinente, à propos d'un reportage, évidemment laudateur, sur les « transgenres ».

Transgenres sur M6 : le sexe en zone trouble


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Derrière le ton guilleret et enthousiaste de la voix off, malgré les grandes musiques envahissantes censées nous tirer des larmes d’attendrissement bienveillant, ce reportage est donc particulièrement triste. Et l’on a l’impression d’être invité à se réjouir d’assister à autant de suicides qu’il y a de témoins. D’abord le suicide symbolique : le changement de prénom qui s’accompagne de propos du type « cette personne n’existe plus ». L’automutilation avec les sévices infligés au corps, soit directement (« Iris » racontant les douleurs que lui impose la nécessité de faire disparaître son sexe d’homme quand il s’habille), soit par une intervention que l’on peut difficilement qualifier de médicale (« ils ont un corps sain, nous leur donnons un corps imparfait », dit le médecin). Et au bout, parfois, l’auto-éradication réelle et absolue : « le taux de suicide est plus élevé que la moyenne chez les jeunes transgenres » (45:36). Et l’on nous donne l’exemple d’un ado qui s’est suicidé… parce que son école refusait son changement de prénom !

« Respecte mon choix » = approuve ou ferme ta gueule !

De fait, on ne peut qu’être dérangé par l’obsessionnel besoin que manifestent ces personnes d’être approuvées dans leurs choix. Choix de changer de sexe, de prénom, choix d’être opéré, choix de n’être pas opéré. Or, faire un choix, c’est toujours s’exposer à la critique. L’expression « respecter le choix de quelqu’un » n’a aucun sens : si l’on doit évidemment respecter tout le monde, on n’est absolument pas tenu d’approuver les choix de chacun. On est même parfaitement libre de les critiquer, de les réprouver, de les juger dégradants, de considérer que justement, le respect que l’on doit à toute personne humaine nous interdit de cautionner ce que ces gens se font à eux-mêmes. Et à leur entourage, contraint de les « accepter tels qu’ils sont », ou de passer pour méchant.

Et en observant les témoins choisis, on se prend à se demander si cette focalisation sur une hypothétique « dysphorie de genre » ne cache pas autre chose : un besoin maladif d’exister dans le regard d’autrui (« Laura » se filme en permanence) ou une manière détournée de surmonter une disgrâce physique (« Isaac » est obèse, « Cédric » et « Iris » souffrent manifestement de problèmes dermatologiques). En définitive, ce « problème » semble un moyen d’absorber tous les autres soucis de la vie, une version morbide du divertissement pascalien : oubliant tout, persuadées de tenir la clef de leur bonheur, ces personnes sacrifient leur vie à devenir, toujours plus, autres qu’elles-mêmes.

Je ne suis pas en train de nier la réalité de ce que ressentent ces gens. Sans entrer dans les détails, je dirai qu’il n’est pas facile de se construire en tant que femme auprès d’une mère qui dit « Quel dommage que ce soit fixé d’avance ! Il faut vivre le plus longtemps possible en faisant comme si on avait le choix ». C’est une institutrice qui m’a appris que j’étais une fille et je suis longtemps restée persuadée que ce verdict n’avait rien de définitif. Mais un jour, on se dit que ce qui est formidable, c’est justement le fait qu’on n’ait pas le choix, donc que le problème est réglé et qu’on peut se consacrer à des choses plus importantes. Tellement plus importantes que le petit moi-même.

Ma chance aura sans doute été de ne jamais rencontrer, durant mon enfance et mon adolescence, personne qui me parle de « personnalité à genre fluide » ou de « transgenre » (« Isaac » a un déclic le jour où elle tombe sur ce mot en surfant sur le web), de n’avoir pas internet, de ne pas me monter la tête en regardant, comme le fait « Cédric », les vidéos des youtubeurs trans. Sinon, qui sait, peut-être que moi aussi, aujourd’hui, je serais quelque chose entre le cobaye de labo et la bête de foire, et vous me verriez choisir la taille de mon phallus comme « Laura » celle de ses seins, tout en déplorant au micro d’M6, que le monde se montre si peu compréhensif envers moi.
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jeudi, septembre 14, 2017

Dans le cochon, tout est bon (dans certaines religions, par contre ...)


Décidément, Madame Ingrid est en forme.




Soumission ordinaire sur BFM TV : Salhia Brakhlia et les interdits alimentaires


oeil de salhia5Je sentais que cette Salhia Brakhlia avait un gros potentiel. Elle ne m’a pas déçue.
Elle nous a offert ceci :

On voit qu’elle a été formée au Petit Journal, son transfert lui a d’ailleurs valu un portrait perfide signé Libération : Salhia, c’est la fille qui « lâche des banalités » et enchaîne les « poncifs dignes des plus grands champions de la langue de bois politicienne », et qui trouve que tout le monde est « super sympa ». Apparemment, les gens qui vont à la fête du cochon, non, elle ne les trouve pas super sympas.
Comme d’habitude, j’ai attendu un peu de voir qui allait en dire quoi. Je m’attendais à ce que Riposte LaïqueBoulevard VoltaireRésistance Républicaine et TV Libertés en parlassent.
Mais j’attendais surtout l’article du Monde, de Médiapart, du Huffington Post ou que sais-je encore qui titrerait : « Déchaînement raciste contre une journaliste de BFM TV » et nous expliquerait que les méchants fachos s’en prenaient à une gentille fifille qui n’avait fait que son travail.
Toutefois, cet article tarde à venir et sans doute ne viendra-t-il pas. Pourquoi ?
La réponse est dans cette image :
oeil de salhiaJean-Baptiste Boursier n’est pas très à l’aise avec le document de Salhia. C’est qu’il n’est pas bête et il a fort bien compris ce que n’importe qui peut constater en regardant ce reportage : ce qui gêne Salhia, c’est bien moins le FN que le cochon.
Ce n’est pas d’emblée évident : « des fêtes du cochon, il y en a plusieurs en France, c’est normal ! », dit Salhia (00 :12)
Notez, elle a bien dit : « c’est normal ». J’ai envie de lui demander pourquoi, selon elle, c’est normal. Parce qu’elle va ensuite s’évertuer à montrer le contraire.
Salhia Brakhlia indique que la spécificité gênante de la fête d’Hayange, c’est son caractère excessivement politisé. Pour l’instant, pas de problème. Elle ne semble pas vouloir s’en prendre à la fête du cochon en soi mais seulement à sa récupération politique. J’adhère.
Mais dans ce cas, comment se justifie la séquence qui va de 00 : 26 à 01 :07 ?
Logiquement la mascotte, c’est un cochon… qui met de l’ambiance, hein ? Et non, ils n’ont pas fait dans la lourdeur : après les affiches, le ballon gonflable. On a vu un traiteur à la tête de cochon. Au menu, justement, bière et tout ce qui peut être comestible dans le cochon. Et pour le dessert, on reste dans la thématique avec des viennoiseries tête de cochon et des éclairs en forme de cochon.
Moi, les images m’ont mis l’eau à la bouche et j’ai trouvé génial qu’ils aient joué la carte du cochon jusque dans le sucré. Mais le ton moqueur de Salhia Brakhlia suggère de sa part une forte désapprobation, comme le confirme sa mine :
oeil de salhia2Pourtant, on n’a pas encore vu de néo-nazi. On n’a vu que des cochons.
Juste pour info, les cochons roses du pâtissier ne sont pas des « éclairs », M’dame Salhia : c’est de la pâte d’amande fourrée (les fameux « petits cochons de la St Antoine »). C’est délicieux. Et vous pouvez en manger, vous savez, Salhia, parce que ce n’est pas vraiment du cochon, c’est juste en forme de cochon. Mais il y en a qui font du zèle, apparemment, (et il faut croire que notre Salhia est du nombre). J’ai trouvé ceci sur un forum :
oeil de salhia4Notez que « on lui as bien expliquer que c’était autoriser ». Donc c’est pas interdit.
Là où cela devient vraiment gênant pour Salhia, c’est quand elle demande à un charcutier ce qu’on peut manger à la fête du cochon quand on n’aime pas le cochon ; elle demandera ensuite au maire FN s’il compte organiser une fête du maqrouth à Hayange.
Et non, pas de fête du maqrouth prévue à Hayange. Salhia pas contente.
Vous trouvez ça débile ? Moi, je crois que Salhia Brakhlia vient d’élaborer un concept d’émission perpétuellement déclinable. Elle doit pouvoir tenir toute l’année comme ça :
Au fest-noz de Brest : quoi, vous ne servez pas de choucroute alsacienne ?
A la fête du foie gras de Pau : pas de moules à la normande ?
A la fête de l’escargot de Bourgogne : comment, vous ne proposez pas de calissons d’Aix ?
Salhia n’ira pas à la fête de l’escargot demander ce qu’on peut y déguster si l’on n’aime pas les escargots. Pourtant, les escargots, c’est beaucoup plus discriminant que le cochon : il faudrait faire une enquête d’opinion, mais je suis certaine que les mangeurs d’escargots sont bien moins nombreux que les mangeurs de porc. Donc le vrai scandale est à la fête de l’escargot, pas à la fête du cochon. Comme dit Salhia : « ça écarte pas mal de gens ».
J’ai cherché à savoir si la consommation d’escargots est halal. J’ai lu des kilomètres de forums musulmans sans trouver la réponse. Et puis, j’ai trouvé cette vidéo et là… je n’ai rien compris :
C’est dommage parce que j’aimerais bien savoir.
Salhia dit au charcutier qu’elle « n’aime pas le cochon ». Là, j’ai envie de lui dire comme aux enfants : « comment peux-tu savoir que tu n’aimes pas, si tu n’y as pas goûté ? ». Par exemple, moi, je sais que je n’aime pas les escargots de Bourgogne. Mais Salhia Brakhlia ne sait pas si elle aime le travers de porc. Elle est juste cochonophobe par principe.
Quand elle dit que « ça écarte pas mal de gens », elle précise : « je pense par exemple aux musulmans ou aux personnes de confession juive, pour ne citer qu’eux ». J’adore « personnes de confession juive » : ça doit écorcher la bouche de dire « les Juifs ». Ça me fait penser aux cathos qui disent « personnes homosexuelles » pour ne pas réduire les gens à leur vice. Salhia, c’est pareil, elle ne veut pas réduire les Juifs à leur vice qui est d’être juifs. En revanche, les « musulmans » ne sont pas des « personnes de confession musulmane ».
On remarque qu’elle ne pense pas aux végétariens. Elle n’y pense même pas du tout puisqu’elle a demandé au charcutier ce qu’elle pouvait manger « comme viande » si elle ne prenait pas de cochon. Les végétariens ne peuvent pas manger de viande du tout, donc la fête de Salhia ne leur conviendrait pas mieux. Et puis les personnes allergiques au gluten, elle y a pensé, Salhia ? Eux, ce sont les desserts qu’ils ne peuvent pas manger à la fête du cochon. Pareil pour les gens allergiques aux œufs. Et puis, imaginons qu’on ait prévu un stand pour les cochonophobes, je pense que Salhia ne serait pas plus satisfaite parce que les steaks ne seraient pas forcément certifiés halal. Du coup, « ça écarte pas mal de gens ».
Bon ensuite, Salhia n’est pas contente parce qu’elle n’arrive pas à trouver une oreille compatissante pour son problème: « ça vous dérange pas? » On remarque que les gens sont polis: ils acceptent de lui répondre, en dépit de son regard que l’on devine chargé tout à la fois de sarcasme, de mépris et de détestation. Les gens lui répondent, et avec le sourire, même les gros costauds tatoués. Pourtant, ils auraient des raisons de s’énerver. Alors que Juifs et végétariens ne se sentent tout simplement pas concernés par la fête du cochon, Salhia, elle, est dans une posture militante, celle de l’intimidation : il s’agit de susciter la honte chez ceux qui osent manger du porc quand d’autres ont fait le choix de n’en pas manger, de leur faire sentir que cette fête, parce qu’elle est discriminante, ne devrait pas exister.
Elle n’est pas contente non plus quand elle entend le maire dénoncer le terrorisme et faire ovationner les féministes algériennes qui refusent le burkini. Là, pourtant, on ne voit pas le problème.
Quant à la séquence du salut nazi, voici ce que j’en pense :
  1. Salhia Braklia confond la droite et la gauche puisqu’elle dit que le monsieur faisant le salut nazi est à droite sur l’image, alors qu’il est à gauche.
  2. Ce monsieur doit être un nazi débutant : il lève le bras gauche au lieu du droit. Décidément.
  3. Pour que j’y croie, il me faut cinq ou six bonshommes qui font des saluts nazis. Dans ce type de reportages, je me méfie énormément : souvent, il ne s’agit pas de montrer ce qu’on voit mais de trouver ce qu’on est venu chercher. Salhia est venue pour filmer un salut nazi. Faute de mieux, elle a trouvé un nazi à deux balles qui se trompe de bras. Mais peut-être a-t-elle embauché un de ses potes pour jouer les nazis, c’est une pratique très courante. J’avais déjà eu l’occasion de parler du faux nazi introduit par des journalistes allemands dans une section régionale du FN et maladroitement « outé » par un journaliste de C8 infiltré au même moment dans la même section.
Le métier de Salhia est difficile. Trouver chaque jour de nouvelles idées pour sa rubrique, oh lala ! Alors, je pense que nous pouvons l’aider en lui suggérant des événements intéressants pour elle, parce qu’elle n’aurait pas à se fatiguer : elle pourrait refourguer exactement le même reportage. Ce qu’il faut, c’est des traditions françaises bien islamo-incompatibles… et la probabilité de rencontrer quelques néo-nazis ou assimilés. Que cette probabilité soit faible importe peu : elle a l’œil, Salhia ! Alors, je suggère : la fête des vendanges, la fête du cognac, la fête de l’armagnac, le champagne en fête, la fête du cidre et du calva, les fêtes vertes et or de la chartreuse, le festival du vin de Bordeaux, le festival des vins d’Alsace, la fête des vins et terroirs, la cérémonie de la tripière d’or, le mondial du saucisson, la fête du porc noir, la foire au jambon, la fête du boudin, la fête de la charcuterie et bien sûr… le festival du cochon.
Festival_du_cochon_de_Sainte-Perpétue








La meilleure défense de la langue française, c'est l'attaque


J'aime décidément beaucoup ce qu'écrit Ingrid Riocreux.




Je voglio nicht spiké globish


P1010707Si l’on m’avait dit qu’un jour je rédigerais la recension d’un livre signé Brighelli, moi qui appartiens à la génération des « crétins »…
C’est le français qu’on assassine se lit avec plaisir : le souvenir de Du Bellay (Deffence et illustration de la langue françoyse, 1549) et de Rivarol (Discours sur l’universalité de la langue française, 1784) irrigue un texte qui allie le sérieux didactique de l’essai avec le mordant du pamphlet. Brighelli s’efface parfois pour donner à entendre ici un poème, là un extrait de roman ou une tirade, qu’il commente, qu’il dissèque, qu’il étudie avec autant de rigueur que d’humour, à vous donner le goût de la littérature. Son style est chatoyant et varié, ne répugnant pas à employer, où il s’impose, le subjonctif imparfait, ni le mot bas où il est sûr de faire effet, ni tel autre signe d’oralité bienvenu qui vient conférer au texte sa force expressive et confirme ce que l’on sent tellement : que l’auteur a mis tout son cœur dans cette défense du français qui est aussi (la casse du titre, intégralement en majuscules, autorise cette lecture), une défense du Français, le vrai, celui qui sait « affiner les mots comme on affine un fromage, et les offrir à déguster à ses amis ».

« Démissions scolaires »

C’est ma vie que raconte Brighelli quand il parle de ces « quelques millions d’enfants nés entre 1985 et 2017 », victimes de l’« effet Meirieu » et de l’idéologisation croissante de l’école. J’ai sans doute été plus épargnée que d’autres, parce que j’ai dû tomber sur quelques profs qui « continuaient à appliquer ce qu’ils savaient faire ».
Tout de même, j’ai subi un nombre considérable de « projets pédagogiques » débiles assortis de leurs heures perdues au CDI (perdues pour les apprentissages, pas pour les bons moments entre copines, cela va de soi). Le programme d’histoire-géo du CM2 qui allait « jusqu’à nos jours » s’est achevé pour moi avec Louis XIV, notre classe ayant été choisie pour participer au Parlement des Enfants (renseignez-vous sur cette ineptie chronophage), ce qui fut aussi l’occasion de mon premier passage à la radio et de ma première rencontre avec des journalistes. Je n’ai jamais entendu parler de Napoléon durant ma scolarité puisqu’il était au programme de quatrième et que je me trouvais dans cette classe en 1999, année de naissance de l’Euro. Toute l’année fut donc consacrée à des exposés, films, projets, rencontres, recherches au CDI, visites et interventions diverses en mode glorification enthousiaste, sur le thème de la monnaie unique. Napoléon était aussi au programme de seconde mais dans une perspective « problématisée et non narrative, reposant sur l’étude de documents », aussi n’en ai-je évidemment rien retenu. À un mois du bac de français, je confondais encore Voltaire et Verlaine, Malraux et Marot et n’avais, de manière générale, aucune notion d’histoire littéraire, les grands auteurs flottant en complet désordre dans un passé brumeux ; ce qui ne m’empêchait pas d’être abonnée aux félicitations du conseil de classe. « Ce n’est pas le niveau qui a baissé, ce sont les ambitions », dit fort bien Brighelli. Et cela oblige à des prouesses : l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle fut pour moi une divine surprise puisque l’arrêt momentané des cours, justifié par l’impératif de la lutte antifasciste, me permit de me plonger dans le Lagarde et Michard de mon père et d’ingurgiter en deux semaines ce que les enfants de son temps apprenaient en sept ans ! Ce Lagmich dont Brighelli dit qu’il lui paraissait naguère « franchement un peu limité » est, comme il le constate, devenu « un monument de résistance à la paupérisation culturelle ».
Mais j’ai eu une chance, énorme, outre celle d’avoir appris à lire dès la grande section de maternelle avec la plus pure méthode syllabique : c’est d’avoir des institutrices qui, sans échapper aux vogues et défauts de notre temps, étaient restées très attachées à l’enseignement de la langue, à l’ancienne. Je me souviens des exercices d’analyse (nature-genre-nombre-fonction, pour chaque mot d’une longue phrase) occupant des après-midis entiers ; j’aimais cela follement. Et les verbes à conjuguer à tous les temps de tous les modes, y compris le conditionnel passé deuxième forme. J’en redemandais. C’est de cela que sont privés les élèves d’aujourd’hui, et Brighelli donne à voir la triste condition de ces crétins fabriqués à la chaîne, et le sombre sort qui en découle pour notre pays et même, notre humanité.
C’est dramatique et grotesque à la fois : on rit en lisant les aberrations débitées par les IPR (inspecteurs pédagogiques régionaux) afin de convaincre les professeurs d’appliquer la réforme Belkacem. Et, malin, Brighelli signale qu’il peut « identifier nommément les auteurs de ces calembredaines ». Que quiconque mettrait en doute l’authenticité des citations se le tienne pour dit !

« Je plaide pour le français, mais je plaide aussi pour l’anglais »

Brighelli dénonce ce qu’il appelle la « trahison linguistique », qu’une citation de Valérie Pécresse, en épigraphe de chapitre donne à entendre sans ambiguïté : « oui, l’anglais nous a envahis, alors cessons de le considérer comme une langue étrangère ! » Mais, démontre Brighelli, ce n’est pas l’anglais qui nous a envahis, plutôt une espèce de sabir bâtard qui, combiné à la dégradation de l’orthographe et de la syntaxe, est en passe de faire ressembler notre langage à celui de Salvatore dans le Nom de la rosed’Umberto Eco !
Il fustige la tendance actuelle des distributeurs de films à ne plus traduire les titres, ou bien, ce qui est peut-être pire, à substituer au titre anglais original un titre en globish. Ainsi The Hangover devint-il Very Bad Trip et Wild Things, Sexcrimes. Il dénonce la réécriture simplifiée des romans d’Enyd Blyton, non seulement dans leur traduction française mais également dans leur version originale. Défense du français, le livre de Brighelli est aussi une déclaration d’amour à la langue de Shakespeare : dans ses pages, Corneille, Mallarmé et Flaubert côtoient James Joyce et Virginia Woolf.

Les patries en danger

Quelle agaçante schizophrénie que celle dont s’offusque Brighelli : l’hypocrisie de cette Europe obsédée par le retour à l’unité linguistique d’avant Babel, et qui prône dans le même temps le développement des langues régionales. Tout particularisme linguistique, des patois locaux au parler banlieue, devient ainsi digne d’être valorisé, pour peu qu’il ne soit pas national, pour peu, en réalité, que sa valorisation contribue à démembrer la nation. Diviser pour faire régner le globish. La tâche d’unification linguistique que s’était assignée la Révolution française est ainsi méthodiquement ruinée. J’ai récemment appris que j’avais quelques gènes en commun avec l’un des grammairiens qui ont collaboré à cette mission révolutionnaire. Je ne sais ce qui ferait le plus de peine à Etienne Molard, petit instituteur parti en croisade contre les régionalismes : découvrir que mon mari emploie « déprofiter », un « lyonnoissisme » par lui condamné dans son ouvrage de 1792, que mon père utilise « beurziller », un verbe qu’il n’aurait pas manqué de proscrire s’il eût été breton plutôt que lyonnais, ou bien s’apercevoir que tous les Français ont délaissé « stationnement » au profit de « parking », un mot qui n’est pas même anglais, rappelle Brighelli.
La langue de l’Europe, la langue de la paix, ce ne peut être le globish qui n’est la langue de personne. C’est la polyglossie (ou multilinguisme) qui suppose l’effort du mouvement vers l’autre.

L’humanité en péril

Rien n’est dispensable ni inutile dans le fonctionnement d’une langue, des combinaisons phoniques aux compositions syntaxiques en passant par son lexique. Elle a son génie propre : ce que la plupart des gens se contentent de dire sans trop y croire ni le comprendre, Brighelli le démontre, exemples à l’appui. Or, les programmes reposent sur l’idée que les enfants d’aujourd’hui sont nés plus stupides que ceux d’hier et ne seraient, par conséquent, plus en mesure d’apprendre ni de comprendre les subtilités de leur langue. Brighelli aurait pu dire un mot de la pénible atteinte à l’estime de soi qui en résulte : on vit mal quand on a l’impression d’avoir volé son bac et j’avoue éprouver des difficultés à donner du « cher collègue » à des professeurs qui disposaient sans doute, avant même de commencer à enseigner, d’une culture bien plus vaste que la mienne le sera jamais.
Parce que la langue articulée, conceptuelle et subtile est ce qui arrache l’homme à son animalité, négliger son enseignement est une catastrophe pour l’humanité. Brighelli prononce deux grands mots :
  • « Racisme ». « Pourquoi l’indigène n’aurait-il pas le droit d’apprend la langue qu’ont maîtrisée Senghor, Hampâté Bâ, Césaire ou Ben Jelloun, sinon parce qu’on le méprise foncièrement ? » Notre auteur va plus loin et accuse les pédagos de complicité objective dans la résurgence du djihad :
« On comprend mieux, écrit-il, comment l’islam rigoriste, qui exige de connaître l’arabe classique, a développé ses arguments. Face à une langue française en lambeaux, l’islam wahhabite impose une langue rigoriste, donnée de surcroît comme divine », quand la nôtre est réduite à des « compétences langagières qui appartiennent davantage au verbiage incontrôlé qu’au bon usage ».
Et ce professeur de s’offusquer que l’on valorise la propension des élèves à « s’exprimer », fût-ce par le bavardage (un IPR fait l’éloge du « papotis » !), alors qu’il faudrait « se taire pour apprendre ».
  • « Fascisme ». Brighelli exhume la réforme de l’éducation accomplie par Mussolini en 1923, dont les principes rappellent furieusement ceux qui ont dicté nos récentes réformes :
« en finir avec l’austérité des enseignements traditionnels, expurger l’école de ses éléments dogmatiques et livresques, valoriser les activités récréatives pour laisser s’épanouir l’expression spontanée de chacun, privilégier l’enseignement fonctionnel destiné à faciliter l’insertion professionnelle ».
Déjà, « la haine de l’intelligence ». Et ce fut le philosophe communiste Gramsci qui protesta du caractère libérateur de l’école « désintéressée » et exigeante qui seule rend l’enfant capable d’apprendre à réfléchir afin de diriger sa vie de manière responsable et autonome.
« L’UMP condamne cet acte de barbarisme sans nom »
Cette phrase, placée en tête d’un chapitre, a été prononcée par Jean-François Copé après un attentat suicide en Afghanistan, qui a fait quatre morts et cinq blessés parmi les soldats français. Il faut croire que cet acte n’avait pas de nom, en effet, puisqu’on le réduit à une faute de langue. Mais la confusion lexicale de Jean-François Copé est intéressante car, de fait, l’appauvrissement du lexique, l’assèchement de la syntaxe, l’accumulation des barbarismes, des impropriétés et des trahisons linguistiques sont bien les signes d’un glissement vers la barbarie. Mais la nôtre. Et l’on pense au mot de Sternberger à propos des nazis : « Leur langue est leur barbarie et leur barbarie est leur barbarisme, car parler et penser ne font qu’un ». Tant il est vrai que la dégradation de la langue constitue un coup porté à la civilisation.
Qui osera dire que Brighelli exagère ? Conséquence directe de l’incapacité à mener le combat par les mots, la violence gangrène notre société. L’illettrisme galopant engendre des comportements agressifs. La loi du plus fort reprend ses droits. L’illettrisme n’est pas l’analphabétisme : est illettrée une personne qui, bien qu’ayant été scolarisée, demeure incapable de lire et d’écrire avec aisance. Obtiennent donc leur bac aujourd’hui, et parfois même avec mention, des gens qui sont, à proprement parler, des illettrés. L’illettrisme est une frustration. L’école qui le produit trahit sa mission, son engagement, la confiance des parents, la soif d’apprendre des petits. Elle engendre de la bestialité et, loin de permettre la fermeture des prisons comme le voulait Hugo, cette école causera bien des guerres. Freud disait que la civilisation avait commencé le jour où l’on avait substitué l’insulte à la pierre. Brighelli propose bien quelques solutions et semble fonder quelques espoirs dans la nomination de Jean-Michel Blanquer. N’étaient ces lueurs dans la nuit, son livre apparaîtrait fort comme la chronique d’un retour à l’âge de pierre.










mercredi, août 31, 2016

Le chaud et le froid : climatologie médiatique

Le chaud et le froid : climatologie médiatique

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Comme dans le cas du Brexit, je tiens à souligner mon absence totale de compétence sur la question de l’avenir climatique de la planète. Mais je ne pense pas que les journalistes, nos gentils « chiens de garde » (Serge Halimi), aient un avis plus valable que le mien à ce sujet. La différence entre eux et moi, c’est qu’ils se sentent investis d’une mission d’évangélisation réchauffiste. Alors que moi, réchauffement ou pas, cela ne me fait ni chaud ni froid.
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