mercredi, octobre 31, 2007

«On organise la spoliation des générations futures»

Bernard Spitz, auteur de livres sur l'Etat français, son fonctionnement et ses gaspillages, explique que la réforme en trompe-l'oeil des régimes spéciaux de retraite (on remplace les régimes spéciaux par de nouveaux régimes tout aussi spéciaux), ainsi que globalement, l'absence de véritables réformes, par exemple des universités, sont une manière d'organiser la spoliation des générations futures.

A mes yeux, ce diagnostic est tout à fait clair, seuls ne le voient pas ceux qui, par bêtise ou par égoïsme, ont décidé de ne pas le voir.

Ce qui me pose question est différent : l'argument de Bernard Spitz «Des systèmes sociaux qui ne sont pas en équilibre financier ne sont pas pérennes et préparent donc une spoliation des générations futures, qui paieront pour des systèmes dont elles ne pourront bénéficier» est très exactement celui qui a amené un fort consensus au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Suède pour une réformes des systèmes sociaux, avec une dose plus ou moins forte de libéralisation.

Or, je ne vois pas pourquoi les Français seraient plus bêtes que les Canadiens, les Suédois ou les Kiwis. Je ne comprends donc pas pourquoi un argument suffisamment clair et évident pour faire consensus chez les autres n'a pas de prise chez nous.

On a avancé beaucoup de choses pour expliquer cette singularité : méconnaissance de l'économie, persistance d'un sous-marxisme, religion étatiste, lobby fonctionnaire, aboulie due à l'assistanat, égoïsme des soixante-huitards, veulerie des politiciens etc ...

Tout cela peine cependant à emporter ma conviction.

Banqueroute de l'Etat français : le choix dans la date

«La France est une URSS qui n'a ni vraiment réussi, ni vraiment échoué.»

Sauf que plus le temps passe sans véritable réforme, et par véritable réforme j'entends sans ambigüité un système de retraite par fonds de pension, un tiers de fonctionnaires en moins, un tiers d'impôts en moins et un tiers de dépenses publiques en moins, plus la réussite s'éloigne et plus l'échec se rapproche.

Nous sommes dans la situation de ce type qui se jette du 100ème étage et qui, arrivé au 50 ème, déclare que toutes ses histoires de chute libre et de dangerosité de sauter sans parachute sont grandement surévaluées. Puis, au 20ème étage il ajoute : «Vous voyez. Jusqu'ici, tout va bien. Les "chutelibristes" sont des oiseaux de mauvais augure, une autre physique est possible.»

La banqeroute (qui n'a rien d'inéluctable, je vous le rappelle) approche mais son heure est incertaine, alors examinons quelques dates :

2007 : année où le système de retraite par répartition devient insoutenable sans ajustements d'après des études de 1995.

2011 : année où l'agence de notation Standard & Poors prévoit de baisser la note de la dette de l'Etat français si rien ne change.

2012 : année où la France fait faillite d'après le livre de P. Jaffré.

2013 : année où j'ai longtemps cru, au pifomètre, que le France ferait faillite.

2017 : année où je pense désormais, toujours au pifomètre, que la France fait faillite. Ma confiance dans la capacité des technocrates à tirer toutes les ficelles pour retarder la catastrophe, sans toutefois réformer, s'est accrue. Cela veut dire que l'Etat sera toujours aussi inefficace mais rendra de moins en moins de services.

2020 : année où JP Chevallier prévoit la faillite de la France (système d'assurances sociales + Etat)

Comme vous voyez, le spectre est large, du fait des décisions pouvant être prises d'ici là, accélérant ou ralentissant la chute. L'inertie et la mansuétude de nos partenaires de la zone Euro nous protègent jusqu'à maintenant, cela peut changer.

Mais le déroulement de la banqueroute ne change pas : l'Etat français peine à trouver des créanciers, les taux d'intérêts augmentent, l'Etat est incapable de faire face, le FMI (et les pays de l'Euroland ?) intervient et exige des mesures drastiques, des émeutes commencent, à partir de là, c'est le saut dans l'inconnu.

Scénario rose, à l'anglaise, à la suédoise ou à la canadienne : le pays fouetté dans son orgueil, accomplit enfin les réformes tant retardées.

Scénario noir : le pays se cherche des boucs-émissaires, les spéculateurs, les riches, la mondialisation.Toutes les spoliations, toutes les persécutions, toutes les dérives, y compris l'autarcie et la dictature, deviennent possibles.

En faveur du scénario rose : la population vieillit et la révolution n'est pas un truc de vieux.

En faveur du scénario noir : la mentalité de défiance qui est celle des Français des années 2000. La tradition des boucs-émissaires. Le populisme, l'absence de pragmatisme et de courage des politiciens. Une forte population immigrée qui fournira des boucs-émissaires sur mesure.

Comme je l'ai dit, une fois qu'on a ruiné les institutions qui tiennent un pays en place, c'est le saut dans l'inconnu, nous l'avons vu en 1789 et en 1940. Nombreux sont ceux qui ont essayé de dominer la révolution, Mirabeau,La Fayette, Danton, Robespierre, Seyes, il a fallu attendre Bonaparte.

Même si Churchill, tout à sa francophilie, a écrit que la France avait le don de secréter un sauveur quand on la croyait perdue, ça me semble un pari très risqué à prendre. On ne trouve pas les Henri IV, les Clémenceau et les De Gaulle sous le sabot d'un cheval.

A titre individuel, la solution à ces situations tumultueuses est bien entendu l'émigration, grand classique de l'histoire de France, encore faut-il en avoir les moyens et la volonté.

Hors de l'émigration, le plus sûr est de faire profil bas et de suivre discrètement le troupeau, genre pétainiste en 40, gaulliste en 44.

Bien sûr, il s'agit là de constats qui font l'impasse sur votre caractère et sur vos convictions.

Dans ces périodes de chaos, on est d'autant plus responsable de ce que l'on fait et de ce que l'on ne fait pas.

mardi, octobre 30, 2007

Meuh non, la démagogie n'est la méthode du gouvernement Sarkosyon ...

Sans commentaire (ou presque)

A propos de commentaire, je profiterai du WE prolongé pour vous faire le mien sur le gouvernement.

samedi, octobre 27, 2007

L'économie française n'a pas de problèmes de pouvoir d'achat, contrairement à certains Français


Il y a beaucoup de confusion, et aussi de démagogie, autour de ces histoires de pouvoir d'achat.

L'économie française n' a pas de problèmes de pouvoir d'achat : la consommation se porte bien, les importations aussi !

Les mesures de relance, sempiternelles solutions miracles depuis trente ans, qui n'ont amené que des désastres, sont donc non seulement inutiles mais néfastes, puisqu'elles creusent les déficits publics pour régler un problème inexistant.

Par contre, certains Français ont un réel problème de pouvoir d'achat.

Mais on ne le résoudra pas par plus d'assistanat, car l'assistanat n'est une aide qu'en apparence. Ce qui améliore plus que tout le pouvoir d'achat, c'est la croissance, et l'assistanat tue la croissance.

Si la France avait connu la croissance américaine des dernières décennies, les Français seraient plus riches d'un tiers environ, y compris les plus pauvres ; aucune redistribution, aucune politique d'assistanat, ne peut amener une telle amélioration du niveau de vie.

On me répondra qu'il y a des pauvres aux USA. Certes, mais n'y en a-t-il pas aussi en France ?

A une nuance près : quelqu'un considéré comme pauvre aux USA a tout de même une voiture, un réfrigérateur et une télévision.

Il n'y a pas de solution miracle, pas de pays idéal. Mais, ceux qui veulent bien observer et réfléchir savent qu'on peut améliorer le bien-être des Français en les libérant du carcan administratif et étatique qui les étouffe sous prétexte de les protéger.

Car soyons clairs : les Français ne sont pas plus cons que les autres, il n'y a donc aucune raison que, libérés du poids fiscal de la mauvaise graisse étatique, ils ne fassent pas aussi bien que les Irlandais, les Suédois, les Néo-Zélandais, les Canadiens ...

Les élites de ce pays refusent le libéralisme.

Nos gouvernants acceptent de temps en temps quelques solutions d'inspiration libérale, assez inefficaces d'ailleurs, puisqu'elles sont isolées d'une réflexion globale. Mais ils refusent obstinément le cœur du libéralisme, à savoir que les mieux placés pour décider ce qui est bon pour les Français sont les Français eux-mêmes, auxquels on laisserait le maximum de liberté, les lois se contentant d'édicter des principes clairs de cohabitation.

Ce refus borné du libéralisme est à mes yeux une défaite intellectuelle du même ordre que la défaite militaire de 1940 : on a les moyens de savoir, d'anticiper, mais on ne veut pas, on met la tête dans le sable et quand la catastrophe arrivera, on se paiera le luxe de se tromper d'analyse (ça sera évidemment la faute des méchants spéculateurs et du sauvage capitalisme anglo-saxon). C'est rageant.

vendredi, octobre 26, 2007

Dans 20 ans, la fin de l'agriculture française ?


Le «Grenelle» de l'environnement, dont les proposition sont reprises par Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer deux objectifs dont la contradiction porte en elle la fin de l'agriculture française, ni plus ni moins :

> une diminution de l'emploi des pesticides

> un moratoire sur la commercialisation des OGMs

Les paysans n'emploient pas les pesticides pour le plaisir mais parce que c'est utile. Sans les pesticides, il n'y aurait pas eu de pommes de terre en France en 2007, fini le steak-frites.

Or, les OGMs sont le meilleur moyen de diminuer l'emploi de pesticides, là est la contradiction. Si on ne commercialise pas les OGMS, on ne peut diminuer les pesticides significativement.

Et l'agriculture biologique ? C'est un marché de niche. Elle ne peut nourrir une population en quantité suffisante, à un prix raisonnable et à une qualité donnée. J'ai pris l'exemple des pommes de terre. Sans pesticides, on n'en aurait pas eu cette année, mais on peut tout aussi bien se référer à l'histoire : quand l'agriculture «biologique» arrivait à nourrir le pays, 90 % de la population était rurale (ce fantasme champêtre est celui plus ou moins avoué de nombre d'écolos (1) ).

Bien sûr, des techniques biologiques modernes permettent d'améliorer les rendements par rapport au XIXème siècle, mais, au fond, la problématique reste, car on ne peut espérer de miracles.

Il y a une issue : c'est l'importation à cette contradiction. C'est déjà le cas des OGMs. On ne peut en cultiver à des fins commerciales en France, mais on peut en importer.

Mais c'est là aussi contradictoire : on ne peut pas vérifier à l'étranger si il n'y a ni pesticides ni OGMs (2). Bref, loin des yeux, loin de la peur ; on aura juste exporté notre pollution.

Bref, on réussira à tuer notre agriculture sans améliorer significativement la qualité des produits. Bel exemple d'intelligence à la française.

Vous me direz qu'on trouvera bien un moyen terme : moins de pesticides, un peu plus d'OGMs. Certes, il n'y a pas que des imbéciles et des démagogues en France, et il y aussi quelques groupes de pression opposés aux écolos. Mais le temps perdu ne se rattrape pas et les parts de marché perdues non plus (du moins à court terme).

Et maintenant, que faudrait-il faire à mon avis ? C'est simple : lever le moratoire sur la commercialisation des OGMs. Et c'est tout, vraiment tout, pas de nouvelles taxes, pas de nouvelles lois, rien.

(1) : certains ignorent à quel point la vie du temps de l'agriculture "biologique" était plus dure, d'autres le savent mais s'en foutent. Pourtant, tout ce que ce retour à la terre, qui, elle, ne ment pas, c'est bien connu, a de relents devrait inciter à la prudence, même les plus irréfléchis.

(2) : de plus, comme les OGMs ont aussi des applications médicales, il est possible que l'industrie pharmaceutique en prenne un coup au passage.

Ecologisme : je suis cerné mais je ne me rends pas !

Depuis ce matin, je n'entends parler à la radio que du «Grenelle de l'environnement », et qu'il est urgent de taxer, et qu'il est important de règlementer, et qu'il faut obliger à ceci, inciter à cela , prendre des mesures pour ci, légiférer contre ça, etc.

Hé bien, je suis désolé : je persiste. Je n'ai aucun élément m'amenant à juger que l'écologie est un problème national prioritaire et urgent.

Il y a bien quelques problèmes locaux. Mais pas de quoi fouetter un chat au niveau national.

Il est vrai que, pendant que l'on parle de ces fadaises, on ne parle pas d'autre chose.

jeudi, octobre 25, 2007

La constitutionnalisation du principe de précaution est-elle irréversible ? J'en ai bien peur

Le fameux principe de précaution m'a toujours heurté comme réactionnaire et rétrograde. Je suis d'accord avec l'article de Claude Bébéar (lire aussi les commentaires).

Mais c'est assez difficile à expliquer : la plupart des gens confondent la nécessité de prévenir et le fait de donner valeur constitutionnelle à l'immobilisme.

On dit souvent, pour défendre ce principe : «Il ne faut pas faire n'importe quoi». Comme si avant l'instauration du principe de précaution, on pouvait faire n'importe quoi ! Bien sûr que non, toutes les lois sur la responsabilités et les dommages sont là pour empêcher de «faire n'importe quoi».

Quoiqu'en disent certains, il n'y a pas aujourd'hui de rupture qui nécessiterait l'édiction de nouveaux principes.

Ce que dit le principe de précaution, c'est qu'en cas de risques non évalués, il ne faut rien faire (car faire des études supplémentaires, c'est dans la plupart des cas simplement repousser l'action aux calendes grecques) ; mais comme ne rien faire comporte aussi des risques non évalués, c'est totalement idiot et contradictoire.

D'ailleurs, si le principe de précaution avait été appliqué au principe de précaution, il ne serait pas dans le constitution.

Alors quoi ? C'est en réalité fort simple : comme toute existence humaine induit des risques, tant dans l'action que dans l'inaction, qu'il est impossible la plupart du temps d'évaluer et donc de hiérarchiser, on est dans l'impasse si on est rationnel.

Pour sortir de l'impasse, il suffit très simplement d'être irrationnel. Les risques sont non plus hiérarchisés par l'analyse, mais par les émotions, les images chocs, le discours le plus émouvant, le groupe de pression le plus efficace.

En ce sens, le principe de précaution est une défaite de la pensée, et très lourde.

Je connais suffisamment l'histoire de l'aviation pour avoir une certitude : si le principe de précaution avait existé du temps des frères Wright et de Blériot, on en serait encore aux avions en papier.

Car les risques n'étaient pas là où on les croyait, et ils étaient aussi là où on ne les croyait pas. Et il n'y avait qu'un seul moyen de savoir, qui est toujours la devise des pilotes d'essai "Y aller voir".

Mais finalement, à l'échelle de l'humanité, ce n'est pas grave : les découvertes dont la France se privera seront faites par d'autres qui n'auront pas nos lubies. Par contre, s'agissant de la France ...

Mais, après tout, pourquoi vouloir à tout prix que ce pays ait un avenir ?

mercredi, octobre 24, 2007

Le boniment durable

Le "Grenelle" de l'environnement prend fin : encore une grand'messe étatiste (aux frais du contribuable) achevée.

Je n'attache pas une haute priorité à l'écologie : la nature, c'est bien, mais l'homme premier servi.

L'écologie est un problème de pays riches. C'est d'ailleurs ainsi que le voient les pays pauvres.

Comme nous sommes dans un pays riche, discutons-en :

> le concept de développement durable (sous-entendu contraint) ne repose pas sur grand'chose : dans une société de marché libre, le développement est spontanément durable (contrairement à ce qui s'est passé en URSS), puisque la raréfaction d'un produit entraine une hausse de son prix qui diminue son utilisation (le pétrole est un excellent exemple : si il n'est pas plus cher et très employé, c'est tout simplement qu'il est abondant).

> Quant à la pollution, soit elle dérange et un bon procès règle le problème ; soit elle ne dérange pas, et il n'y a pas de problème.

Bien sûr, mon raisonnement ne tient la route que si marchés, producteurs et consommateurs sont en constante évolution, si ils s'adaptent. Et, justement, c'est ce que montre l'expérience.

On m'accusera, je vois ça d'ici, de simplisme et d'idéalisme.

Mais il est extrêmement facile de retourner l'accusation : n'est-ce pas plutôt les malthusiens qui croient tout fixe, ressources, techniques, croissance de la population, et dont les prédictions catastrophistes se sont toujours révélées fausses, qui font preuve de simplisme et de manque de pragmatisme ?

Bref, je suis opposé à toute politique publique à caractère écologiste.

Par contre, ça ne m'empêche pas à titre individuel de préférer ne pas polluer. Mais vous comprenez bien que c'est totalement différent d'un règlement qui m'imposerait de ne pas polluer.

mardi, octobre 23, 2007

Pourquoi il ne faut pas faire de virage engagé ni monter dans un avion piloté par un casse-cou

Regardez ce petit film :



Edifiant, non ?

Hé bien, la cause de l'accident (Fairchild Air Base crash), qui a provoqué la mort de tout l'équipage, sous les yeux de la famille et des amis venus pour une fête qui devait se tenir après le vol, est un bête virage engagé à 250 ft sol par un pilote (Bud Holland) réputé casse-cou (il était
déjà passé à 30 ft sol -il ne manque pas de 0- avec un B-52).

L'intéressant dans cet accident est le coté facteurs humains : le pilote avait un long passé de hors-la-loi mais personne n'avait osé le sanctionner (l'expérience, la réputation, les relations, la grande gueule, le «Y a pas mort d'homme»). Après, tout le monde a pensé, mais un peu tard, qu'il aurait du être interdit de vol depuis longtemps.

Cela pose aussi le problème du recrutement des pilotes de combat : il faut des types qui n'ont pas froid aux yeux mais qui respectent toujours les règles, sauf quand il y a une bonne raison de les enfreindre. Un rien contradictoire, n'est-ce pas ?

Ce film plus long est un montage des séquences filmés où il a outrepassé les limites de l'avion :



Ca rappelle Docteur Folamour ?

L'enquête a fait remarquer que le pilote cow-boy garait toujours sa voiture dans la zone de stationnement interdit de la base. C'est dit, promis, craché, juré, je ne monte plus en avion avec un pilote de l'aéroclub mal garé (j'ai les noms).

Pas de rupture pour la société de défiance

Lisez ces deux articles à la suite, et vous comprendrez pourquoi le manque de vraie rupture du gouvernement Sarkozy m'inquiéte :

La société de défiance


Compromis, ce mot qui commence si mal

lundi, octobre 22, 2007

Henri, pire que Cécilia ?


Il était d'usage jusqu'à récemment de plaisanter en disant que le plus gros problème politique de Nicolas Sarkozy était Cécilia. La question semble dorénavant réglée.

Mais, en fait, le plus gros problème de Nicolas Sarkozy semble être Henri Guaino, son éminence grise.

J'ai déjà eu l'occasion de vous dire tout le mal que je pense de ce personnage.

J'ai participé à une discussion sur le blog de Guy Sorman.

De Guaino, sachez :

> qu'il est un séguiniste, c'est-à-dire un type qui croit que la France est une île. Etre patriote, ce n'est pas tenir absolument à ce que la France fasse autrement que les autres, c'est faire que la France se porte au mieux, et il est idiot de refuser des idées sous prétexte qu'elles seraient anglo-saxonnes, comme si les bonnes idées avaient une étiquette.

> que Juppé le tenait en grande méfiance. Or, si Alain Juppé n'est pas un modèle d'habileté politique, on ne peut lui retirer qu'il tient la route intellectuellement.

> qu'il a été Commissaire au Plan (je ne me suis toujours pas remis de cet article des Echos que je vous rabache où il n'avait rien trouvé de mieux que de mettre en face de la dette public l'épargne des particuliers)

> qu'il se définit comme "barresien" mais qu'il est à mon avis maurrassien.

> qu'il est à l'origine de la lecture de la lettre de Guy Moquet dans les lycées, initiative que je trouve, présentée telle qu'elle l'a été, déplacée, même si, par ailleurs, je juge puérile l'attitude certains profs contestataires ( 'faut suivre, ' y a des nuances !).

Il est l'archétype du technocrate : de vagues idées générales avec lesquelles il croit ordonner le monde, quelques compétences administratives pointues (il est économiste de formation) et aucune expérience en dehors de l'Etat et des gros machins bureaucratiques.

Au final, son lyrisme n'a d'égal que le flou de ses analyses : grande gueule, petites idées et aucune rigueur. Bon à rien mais prêt à tout. Bref, à peu près le contraire de ce que je crois nécessaire.

Installer Guaino à l'Elysée me paraît aussi sensé que de donner les clés d'une armurerie à un tueur en série.

Et il a déjà sévi : il est à l'origine avec Raymond Soubie de la concession (1) faite aux conducteurs de trains. Cette capitulation fait que la réforme des régimes spéciaux ne sera pas pour eux. L'équité, la justice, l'anticipation, qui sont les motivations de cette réforme, on s'en fout.

Le drame, c'est que, contrairement à un couple complémentaire où les qualités de l'un compensent les défauts de l'autre, Nicolas Sarkozy a exactement les mêmes défauts : sa campagne électorale a révélé un grand flou dans ses idées. Etatiste, le lundi ; Européen, le mardi ; souverainiste, le mercredi ; presque libéral le jeudi ; interventionniste, le vendredi ; et après c'est week-end, on prend des photos sur la plage avec p'tit Louis.

Un dernier mot, je pense que l'opposition, la vraie, pas celle des Besancenot et consorts qui, par leur jusqu'au boutisme, ne font que renforcer le conservatisme, l'opposition de gouvernement, a un boulevard ouvert devant elle. Mais je pense également qu'elle ne saura pas en profiter : trop bête, trop prisonnière de ses habitudes, trop repliée sur son électorat traditionnel.

Nicolas Sarkozy est bien parti pour être au pouvoir jusqu'en 2017 ; il sera peut-être le président de la banqueroute de l'Etat français et il ne me paraît pas avoir les idées justes pour faire face.

Il sera alors temps de rappeler à Henri Guaino ses discours et ses responsabilités.

(1) : primes intégrées au calcul de pension et compte épargne-temps ajouté à la retraite garantissant un départ à 50 ans.

dimanche, octobre 21, 2007

Demain, la lettre de Guy Moquet

Demain 22 octobre, les professeurs d'histoire dans les lycées, appliquant les consignes de leur ministre, devraient lire en classe la lettre d'adieu de Guy Moquet.

Cette lettre ne me semble pas le choix le plus judicieux, passons.

J'ai parcouru sur le forum du journal Le Monde les réactions consacrées à ce sujet. Si les gens qui s'y disent enseignants le sont vraiment, je suis atterré, c'est essentiellement des propos dignes d'adolescents attardés : «Je ne le ferai pas parce qu'on me le demande, je n'ai d'ordres (1) à recevoir de personne, et surtout pas d'un gouvernement "fasciste".»

Alors que le ministre offre une solution simple aux contestataires : mettre cette lettre dans son contexte, et là, ils peuvent dire tout ce qu'ils ont sur le cœur, y compris d'ailleurs des conneries.

A moins que les lycéens actuels soient dans l'incapacité de comprendre un contexte complexe, ce qui, au vu des quelques lycéens que je connais, n'est pas impossible.

J'entends souvent dire que le niveau des enseignants baisse. J'espère que le forum du Monde n'est pas représentatif car il illustre à merveille la boutade d'Einstein : «Deux choses sont infinies : l'univers et la bêtise humaine. Pour l'univers, j'ai encore un doute.»

(1) : vous savez ce que j'en pense : tout employé est susceptible de recevoir des ordres de qui le paye. Quand on est dans un système d'éducation étatique, on s'expose donc à la possibilité de recevoir des ordres du ministre de l'éducation. Ceux à qui ça ne plait pas peuvent enseigner dans le privé hors contrat.

samedi, octobre 20, 2007

La connaissance inutile : une plaie toujours suintante du débat démocratique

JF Revel expliquait que l'idéologie était le déni de la réalité, gouverné par le précepte : «Si les faits contredisent vos idées, niez, maquillez, ignorez les faits.»

Revel avait écrit à ce propos un ouvrage qui mérite encore lecture : La connaissance inutile. On sait, mais on fait comme si on ne savait pas, par idéologie.

La grande idéologie des années Revel était de prétendre que le modèle soviétique n'était pas inférieur au modèle libéral.

Aujourd'hui, on nous explique que les idéologies sont mortes.

Je suis sûr du contraire, sinon, comment pourrait-on avoir traité pendant la campagne électorale Nicolas Sarkozy de «fasciste» ?

On peut reprocher tout ce qu'on veut à Nicolas Sarkozy, le qualificatif de «fasciste» ne correspond pas à ce qu'on sait de lui.

L'actualité récente m'a fourni par deux fois l'occasion de me heurter au mur de la connaissance inutile :

> à propos du prix Nobel d'Al Gore. Voici quelqu'un que j'estime, pas méchant. Je parle de réchauffement climatique, ce en quoi j'ai tort : je sais par expérience que, dans neuf cas sur dix, je vais me heurter à un mur.

Vous connaissez mes opinions sur le sujet. Hé bien, ça n'a pas raté : ce monsieur ne voulait pas savoir, et ce qu'il savait déjà, il préférait l'ignorer. Dans ce cas là, mieux vaut couper court à la conversation : ça se terminerait en fâcherie ou en humiliation, ou les deux.

> deuxième sujet, les retraites. Pour certaines personnes, le vieillissement de la population n'existe pas, ou c'est tout comme. En tout cas, il n'a aucun rapport avec les systèmes de retraite.

J'ai trouvé une parade très amusante : vous convenez avec ces gens qu'il est effectivement scandaleux d'élever l'âge de départ à la retraite. Puis vous envisagez qu'il serait mieux que tout le monde parte à la retraite à 55 ans. Puis, au fil de la conversation, vous abaissez le seuil. Il est ainsi possible avec un peu d'entrainement de tomber d'accord que 45 ans comme âge de départ à la retraite, il faudrait sérieusement y penser.

jeudi, octobre 18, 2007

Qui finance les régimes de retraites spéciaux ?

Cet article est uniquement à l'usage des naïfs, les autres connaissent la réponse depuis longtemps.

Qui finance les régimes de retraites spéciaux ?

mardi, octobre 16, 2007

L'Etat trahit-il les bénéficiaires de régimes de retraite spéciaux ?

On entend souvent cet argument : par la réforme des retraites, l'Etat trahirait la parole donnée aux bénéficiaires de régimes de retraite spéciaux.

Hé bien, je suis entièrement d'accord avec cet argument. L'Etat trahit sa parole vis-à-vis des bénéficiaires de régimes de retraite spéciaux comme il l'a fait vis-à-vis des bénéficiaires du régime général il y a quelques années.

Mais c'est l'inconvénient du système de retraite par répartition : on ne peut pas lui faire confiance. C'est un système collectiviste, il est sous contrôle de la politique et soumis aux aleas de celle-ci.

On ne peut pas choisir et défendre un système vicieux et anti-économique et ensuite se plaindre de ses défauts.

lundi, octobre 15, 2007

Notre société de défiance

J'ai cru comprendre que se moquer des «avantages acquis» des (feignasses (1) de) conducteurs de TGV de la SNCF était faire preuve de conservatisme débridé.

Alors, pour me racheter, je cite un journal qui ne peut que me placer à la pointe du progressisme social, loin de mon inclination naturelle à cirer les pompes des 200 familles : Libé.

EADS et le modèle social français

Puisque le corporatisme, l'étatisme et la technocratie sont les legs de Vichy les plus prenants sur notre société de 2007, je ne peux m'empêcher de repenser à Jean Bichelonne et à cette blague de taupin, hélas trop juste dans son cas : «Quelle est la différence entre un train et un X ? Le train, quand il déraille, il s'arrête, lui.»


(1) : étant donné qu'ils sont très bien payés pour un boulot pas trop stressant, pour pas beaucoup d'heures hebdomadaires et pour un retraite précoce (sauf quand ils se recyclent comme cunsultants ferroviaires), le qualificatif me paraît aisé à défendre.

dimanche, octobre 14, 2007

La France de la peur et la Défense

Les témoignages de la Commission du Livre Blanc sur la Défense sont très intéressants.

L'Armée de l'Air décroche (signalé par Secret Défense) :

Le témoignage duLt-Col Foussard


Un témoignage de journalistes très décapant, je vous laisse juger :

Allémonière et Guisnel

Ca ne donne pas une idée terrible de la France et de sa politique de Défense.

vendredi, octobre 12, 2007

Les piliers du temple de la croissance molle

J'entendais ce matin une interview d'Yvon Gattaz. C'est toujours rafraichissant d'entendre cet homme qui a créé, avec son frère, alors qu'ils étaient tout jeunes, une entreprise qui est maintenant implantée dans le monde entier.

Que disait-il (avec mes commentaires en notes) ?

Les Français, aidés par leus politiciens, ont élevé à un temple de la croissance molle. Les Français disent "Croissance, croissance, croissance" en sautant comme des cabris, mais, au fond, ils n'y croient pas vraiment, qu'une croissance forte résoudra 99 % de leurs problèmes économiques et sociaux (1). Ils sont bien dans leur petit confort, et si il y a des Français qui ne sont pas si bien, pauvres, chomeurs, c'est la faute de la mondialisation, de la météo, du vilain capitalisme, mais pas d'une mauvaise politique, pas de l'absence de croissance.

Dans le temple français de la croissance molle, il y a deux cultes principaux.

Le premier est le culte de l'ourson : il est petit, doux, affectueux, on a envie de le materner. Mais, si il grandit, il devient un gros ours dégueulasse. En France, on aime et on protège les petits jusqu'à outrance : petites entreprises, petits producteurs, petits artisans, petits employés, petits commerces ... Mais si ils essaient de grossir, si ils essaient de devenir grands producteurs, industriels, grandes surfaces, gare ! Ils deviennent alors des salauds de patrons, de sales capitalistes. (2)

Or, c'est justement le "Mittelstand", les "Middle Size Companies" qui font la fortune de l'Allemagne et des USA.

En France, on a bien d'énormes entreprises, celles qui ont réussi à grossir à force d'implantations à l'étranger et de rapports incestueux avec l'Etat, mais d'ETM, ces Entreprises de Taille Moyenne de quelques centaines à quelques milliers d'employés, pas la queue d'une, en tout cas, pas prospère, rentable, en croissnce continue.

Le deuxième culte dans le temple français de la croissance molle est la vénération de l'IAA. L'IAA, c'est l'Inamovibilité des Avantages Acquis. La roue tourne, le temps passe, les conditions de vie s'améliorent, l'économie change, mais les AA restent là au milieu de la place, tels qu'en eux-mêmes l'éternité les change (3) et ils paralysent toute évolution, toute adaptation. L'exemple des 35 h est affolant : tout le monde les trouve mauvaises pour l'économie en général et pour pas mal de gens en particulier, et pourtant, on ne revient pas dessus (4).

Ces deux cultes suffisent amlement à expliquer la stagnation économique, sociale et politique (car ces trois marchent ensemble : un pays peu prospère vit mal et n'exerce guère d'influence) de notre merveilleux pays.

(1) C'est pourtant ce que montre tous les exemples étrangers, notamment un pays que j'apprécie comme j'apprécie la Guinness : l'Irlande. Mais les Français sont si supérieurement intelligents qu'il n'est pas digne d'eux de regarder, modestement, pragmatiquement, sans théorisation excessive, ce qui s'est fait ailleurs, n'est-ce pas ? Je rappelle juste que, sur 20 ans la différence entre 2 % de croissance annuelle (chiffre que la France peine à atteindre) et 3.5 % est 35 % de richesse en plus. Aucune politique de redistribution, aucune politique de "pouvoir d'achat", aucune politique de "patriotisme économique", ne peut atteindre un tel chiffre.

(2) : La France est le seul pays au monde où des lois empêchent les entreprises de grossir (la fameuse barrière des 50 employés). J'ai connu un "savant fou" qui créait une entreprise dès qu'il avait une idée intéressante et rentable, il en a eu quelques unes. Mais il s'arrêtait systématiquement d'embaucher à 49 employés. Pas optimal, non ?

(3) Exemple risible tellement il est caricatural : les conducteurs de TGV touchent une prime de charbon.

(4) Le pompon en matière d'avantage acquis est bien sûr la fonction publique. Notamment, il est quasiment considéré comme un du que les effectifs augmentent toujours.

La blague de l'année

Al Gore et le GIEC viennent d'obtenir la prix Nobel de la Paix.

Si vous n'avez pas compris pourquoi j'en ai une crise de fou rire :

Le réchauffisme sur La lime