Le débat suivant est assez désespérant puisqu'il se conclut sur la double peine qui frappe notre jeunesse (dettes de l'Etat à payer et une formation supérieure qui décline), mais il vaut d'être écouté :
L'Etat peut-il prévoir ?
Volez, c'est bon pour la santé
vendredi, mai 12, 2006
L'Etat et l'industrie, Clearstream et EADS, les services discrets
Je ne me prononce pas sur le fond de l'affaire Clearstream ; par contre, une chose est certaine : elle est liée à la rivalité pour la prise de pouvoir au sein d'EADS entre Noël Forgeard (candidat du clan Chirac) et Philippe Camus (soi-disant candidat de Sarkozy, mais essentiellement candidat de la vision large et à long terme).
Noël Forgeard paraît avoir gagné, mais ce sont surtout les Allemands qui en ont profité, et ce n'est que justice devant cet indécent affrontement d'egos, pour tirer leur épingle du jeu. Gergorin (X, ENA) et Forgeard (X, Mines) donnent l'image de ce qu'un apparatchik à la française peut avoir de plus détestable. Car, malgré l'enrobage qui a fait dire qu'il s'agissait d'une querelle de stratégies, il ne faut pas nous prendre pour des cons.
Au final, il y a une morale : depuis le début de l'année, Boeing a reçu trois fois plus de commandes d'avions commerciaux qu'Airbus. Ce fait est très directement relié à la déstabilisation de la direction qui a duré plusieurs mois : l'A350 est très mal parti au point que le développement est quasi à reprendre à zéro. Si le dernier né avait été la préoccupation principale de la direction, comme cela aurait du, on peut douter que les errements se fussent poursuivis aussi longtemps.
Alors, N. Forgeard a "réussi", il est PDG d'EADS. Mais les dizaines de milliers d'employés et de sous-traitants, qui auront moins de travail parce que la direction n'a pas pas fait son boulot, trop prise par les querelles intestines, qui en parle ?
On y retrouve comme une parabole du chiraquisme :
> un mélange des genres malvenu et néfaste
> une vision à court terme et clanique
> des moyens de pression peu avouables
> en conclusion, l'échec car le principal (l'entreprise) a été négligé au profit de l'accessoire (les places à donner aux copains).
Je ne reproche pas aux gouvernants de magouiller (1), cela fait partie du métier. Je leur reproche de perdre de vue l'essentiel.
Enfin, Alexandre Adler a une proposition frappée au coin du bon sens concernant les services dits secrets (discrets serait plus approprié) : puisque ces services sont politisés, assumons ce fait jusqu'au bout, que les directeurs soient nommés par la majorité et leurs adjoints par l'opposition, bien sûr, ce système ne pourrait être formalisé (c'est dommage pour un pays qui vénère les réglements et les circulaires) mais l'expérience anglaise prouve abondamment que certaines pratiques bénéfiques peuvent exister entre gens de bonne compagnie (2).
Enfin, conclusion ultime : nos hommes politiques ne sont pas des gens bien intéressants (3), sauf d'un point de vue d'entomologiste.
(1) Comme disait Montaigne Le bien public requiert qu'on trahisse, et qu'on mente, et qu'on massacre
(2) Par exemple, c'est toujours un parlementaire de l'opposition qui préside le National Audit Office (un genre de cour des comptes, l'efficacité et le pouvoir en plus). Ce n'est écrit nulle part.
(3) Anecdote : Alain Etchegoyen, philosophe, a travaillé avec C. Allègre, il connaît le couple Jospin qui dîne de temps en temps chez lui. Il est nommé par JP Raffarin à la tête du commissariat au plan. C. Allègre lui fait dire qu'il a choisi la droite. Mme Jospin lui dit que "quand une telle distance nous sépare, il est inutile qu'on se revoit." O bêtise ! Il est vrai que je savais que Jospin était un sectaire. Vraiment, la politique française ressemble parfois à la cour de récréation.
Noël Forgeard paraît avoir gagné, mais ce sont surtout les Allemands qui en ont profité, et ce n'est que justice devant cet indécent affrontement d'egos, pour tirer leur épingle du jeu. Gergorin (X, ENA) et Forgeard (X, Mines) donnent l'image de ce qu'un apparatchik à la française peut avoir de plus détestable. Car, malgré l'enrobage qui a fait dire qu'il s'agissait d'une querelle de stratégies, il ne faut pas nous prendre pour des cons.
Au final, il y a une morale : depuis le début de l'année, Boeing a reçu trois fois plus de commandes d'avions commerciaux qu'Airbus. Ce fait est très directement relié à la déstabilisation de la direction qui a duré plusieurs mois : l'A350 est très mal parti au point que le développement est quasi à reprendre à zéro. Si le dernier né avait été la préoccupation principale de la direction, comme cela aurait du, on peut douter que les errements se fussent poursuivis aussi longtemps.
Alors, N. Forgeard a "réussi", il est PDG d'EADS. Mais les dizaines de milliers d'employés et de sous-traitants, qui auront moins de travail parce que la direction n'a pas pas fait son boulot, trop prise par les querelles intestines, qui en parle ?
On y retrouve comme une parabole du chiraquisme :
> un mélange des genres malvenu et néfaste
> une vision à court terme et clanique
> des moyens de pression peu avouables
> en conclusion, l'échec car le principal (l'entreprise) a été négligé au profit de l'accessoire (les places à donner aux copains).
Je ne reproche pas aux gouvernants de magouiller (1), cela fait partie du métier. Je leur reproche de perdre de vue l'essentiel.
Enfin, Alexandre Adler a une proposition frappée au coin du bon sens concernant les services dits secrets (discrets serait plus approprié) : puisque ces services sont politisés, assumons ce fait jusqu'au bout, que les directeurs soient nommés par la majorité et leurs adjoints par l'opposition, bien sûr, ce système ne pourrait être formalisé (c'est dommage pour un pays qui vénère les réglements et les circulaires) mais l'expérience anglaise prouve abondamment que certaines pratiques bénéfiques peuvent exister entre gens de bonne compagnie (2).
Enfin, conclusion ultime : nos hommes politiques ne sont pas des gens bien intéressants (3), sauf d'un point de vue d'entomologiste.
(1) Comme disait Montaigne Le bien public requiert qu'on trahisse, et qu'on mente, et qu'on massacre
(2) Par exemple, c'est toujours un parlementaire de l'opposition qui préside le National Audit Office (un genre de cour des comptes, l'efficacité et le pouvoir en plus). Ce n'est écrit nulle part.
(3) Anecdote : Alain Etchegoyen, philosophe, a travaillé avec C. Allègre, il connaît le couple Jospin qui dîne de temps en temps chez lui. Il est nommé par JP Raffarin à la tête du commissariat au plan. C. Allègre lui fait dire qu'il a choisi la droite. Mme Jospin lui dit que "quand une telle distance nous sépare, il est inutile qu'on se revoit." O bêtise ! Il est vrai que je savais que Jospin était un sectaire. Vraiment, la politique française ressemble parfois à la cour de récréation.
A quand le boycott de l'Italie ?
L'Italie vient d'élire pour président un communiste. J'attends donc dans les jours prochains l'appel au boycott (je m'imagine déjà privé de San Daniele et d'Amoretto, quelle horreur !).
Je suis plutôt opposé aux boycotts pour cause de déplaisir causé par les résultats d'élections démocratiques dans des pays étrangers.
Mais, comme il paraît que ça se fait chez les grandes âmes à la mode, et que, pour rien au monde, je voudrais être en retard sur la mode, je suis tout fébrile à l'idée de pétitionner contre ce retour du stalinisme (tout comme comme l'arrivée de Haider était le retour du fascisme).
Peut-être que j'aurai la chance de passer à la télé, bonheur suprême, pour expliquer combien il est scandaleux que dans l'Europe démocratique du vingt-et-unième siècle les pires idéologies totalitaires puissent encore exercer quelque pouvoir. Peut-être même, pour faire bon poids, enfouierai-je ma tête dans un sac de cendres (obtenues en brûlant les oeuvres complètes de Marx, Lénine et Mao ; de quoi couvrir de cendres un régiment de cosaques).
Ca sera d'un télégénique ! Je m'en régale d'avance.
Je suis plutôt opposé aux boycotts pour cause de déplaisir causé par les résultats d'élections démocratiques dans des pays étrangers.
Mais, comme il paraît que ça se fait chez les grandes âmes à la mode, et que, pour rien au monde, je voudrais être en retard sur la mode, je suis tout fébrile à l'idée de pétitionner contre ce retour du stalinisme (tout comme comme l'arrivée de Haider était le retour du fascisme).
Peut-être que j'aurai la chance de passer à la télé, bonheur suprême, pour expliquer combien il est scandaleux que dans l'Europe démocratique du vingt-et-unième siècle les pires idéologies totalitaires puissent encore exercer quelque pouvoir. Peut-être même, pour faire bon poids, enfouierai-je ma tête dans un sac de cendres (obtenues en brûlant les oeuvres complètes de Marx, Lénine et Mao ; de quoi couvrir de cendres un régiment de cosaques).
Ca sera d'un télégénique ! Je m'en régale d'avance.
jeudi, mai 11, 2006
L'année du coq, Chinois et rebelles (Guy Sorman)

FFF
Livre agréable à lire sur un sujet tabou : la Chine, la vraie, celle des Chinois et non pas celle dont la dictature au pouvoir donne l'image, si complaisamment acceptée, intégrée par les Occidentaux.
Quelques points saillants :
> le PC est composé d'urbains, les paysans sont quasiment traités comme des noirs du temps de l'apartheid (passeport intérieur, droits réduits, certains urbains réclament des bus séparés car "les paysans puent" !)
> Le PC organise les campagnes de manière à ce que les paysans crèvent la faim (par exemple en leur interdisant de se regrouper en coopératives) et soient obligés d'émigrer vers les villes où ils fournissent une main-d'oeuvre quasi-esclave (le "CPE" local : 2 ans de période d'essai pendant laquelle on n'est pas payé !) Il est donc tout à fait faux de dire que la Chine est un "Far East" libéral et capitaliste : pour des libéraux comme pour des capitalistes, la liberté d'association est fondamentale. Les pratiques vis-à-vis des paysans sont terribles (avortements à huit mois, foetus ébouillantés -fait reconnu par le planning familial chinois sous la pression médiatique comme une "interprétation excessive des consignes" !!! Pour l'anecdote, on se rappellera les cris d'orfraie de la presse bien-pensante quand Berlusconi a dit que les communistes ébouillantaient les enfants - stérilisations forcées, contamination par le SIDA en connaissance de cause, etc.).
> Les banques chinoises accumulent les créances douteuses car le régime distribue les crédits à ses affidés et ne demande le remboursement que si le débiteur a le malheur de déplaire au pouvoir. Ce système subtil, où l'Etat contrôle entièrement l'économie avec une main moins visble, explique que, malgré les apparences (banques, entreprises privées, milliardaires), on puisse toujours à bon droit considérer la Chine comme une dictature communiste.
Pourquoi ces mécanismes ? Parce que le PC a le pouvoir grâce aux villes, il convient donc que l'industrie et les zones urbaines se développent avant tout. Si le développement du peuple chinois lui importait, le PC commencerait par les campagnes, mais ce n'est pas son souci.
Guy Sorman rejoint Simon Leys dans son analyse fondamentale : le gouvernement dictatorial communiste a détruit en grande partie la culture chinoise, bride dramatiquement la créativité et opprime à qui mieux mieux pour garder la pouvoir, le pouvoir communiste est souvent très idiot, mais il utilise bien la complaisance et l'aveuglement volontaire des Occidentaux. Rien de nouveau sous le soleil : on retrouve là les caractéristiques de tous les régimes communistes, passé ou actuels, seules les couleurs locales apportent de la variété (on dit "Lao Gaï" au lieu de "Goulag").
Pour l'instant, il n'y a pas une seule firme occidentale en mesure de prouver qu'elle fait des profits en Chine, on compte sur le futur ("Aujourd'hui, certes ... Mais demain ..."). La Chine, loin d'être un Eldorado capitaliste, semble bien être un marché de dupes, là encore vieille habitude concernant le communisme (Combien ont décrit, ravis, la prospérité, si ce n'est présente, du moins future, de l'URSS ?) Ce faisant, ces investisseurs soutiennent la dictature et non la Chine.
Sorman retombe sur une de mes préoccupations : la comparaison avec l'Inde. La développement indien est plus lent mais plus sûr, car c'est une démocratie. Le député qui oublierait en route le bien-être de ses concitoyens serait vite rappeler à l'ordre par ses électeurs. Rien de tel en Chine. Or, les Européens manifestent des tendances faussement sinophiles, car ils ne s'intéressent pas vraiment à la Chine, mais au discours sur la Chine de la dictature chinoise.
Nous ferions bien mieux de nous préoccuper de l'Inde.
Leave it to me, it's a piece of cake !

Je viens de relire Le Grand Cirque, de Pierre Clostermann, dans sa version 2000, bien plus riche que la version de 1947 que je connaissais (mais malheureusement bourrée de coquilles). Ce livre que je conseille à tous raconte la vie d'un chasseur français dans la RAF. Clostermann, mort récemment, était fier et n'hésitait pas à plaisanter sur son manque de modestie.
Dans la postface, il a quelques mots très durs pour fustiger les commémorations de juin 1995, notamment lorsqu'il met en parallèle nos hommes politiques actuels avec ceux des années 30 : même manque de compétence, de fibre morale, de caractère et de clairvoyance.
Mais, revenons à ce qui compte. Dans un ajout assez comique, Clostermann nous fait vivre sa chute d'avril 1945. En patrouille au-dessus de l'Allemagne, il repère un avion allemand solitaire, un FW-190 "long nez", une merveille de finesse, et annonce modestement à ses coéquipiers : "Leave it to me, it's a piece of cake !" A cette époque, il n'y avait que deux sortes de pilotes de chasse allemands : le jeune pigeon inexpérimenté et le vieux briscard aux milliers d'heures de vol et aux dizaines de victoires. Clostermann tombe malheureusement sur un ennemi de la deuxième espèce.
Il se rapproche pleins gaz par derrière pensant, ne pas avoir été repéré. Au moment où Clostermann va faire feu, l'Allemand, lui, tire une jolie chandelle que le Tempest lancé à pleine vitesse essaie vainement de doubler, se retrouvant ainsi comme un con pendu à son hélice. Pendant ce temps, le FW 190 termine harmonieusement sa boucle et le tire comme à la foire, tout cela avec une grande économie de mouvements, beaucoup d'élégance. Clostermann est recueilli par des Américains qui le délestent de sa montre et de son portefeuille (Clostermann n'a pas oublié les "carpet bombings" en France à l'été 1944, sujet de tension entre Churchill et Rossevelt, et ne rate pas une occasion de dire du mal des Yankees). Quand il revient à sa base, une grande pancarte l'attend, portant "Leave it to me, it's a piece of cake !"
Clostermann exprime un sentiment de communauté avec les chasseurs allemands, qui peut choquer en ces temps d'antifascisme écervelé, démonstratif, incantatoire, retardataire de 60 ans et -faut-il le dire ?- ridicule. C'est probablement très bête de ma part, mais je fais plus confiance en matière d'antifascisme à un homme qui a fait 600 heures de vol de guerre entre 1943 et 1945, dans une arme, les FAFL, ayant subi un taux de pertes de 75 % (1), qu'à un vague bobo défilant au son du Chant des Partisans version techno-rap.
(1) : autre chiffre : la seule RAF a eu plus de pertes que l'ensemble de l'armée américaine en Europe.
Ce que je pense du communisme en 2006
Puisqu'il y a diverses réflexions dans ce blog à propos du communisme, je vais être net (F. Delpla va encore m'accuser de fanatisme, tant pis j'assume) :
> toutes les expériences d'exercice du pouvoir que je peux qualifier de communistes ont été des drames.
Cela fait fort longtemps que je mets Hitler, Staline, Pol Pot, Mao dans la même catégorie, je trouve toutes les nuances qu'on peut introduire entre communisme et nazisme fort intéressantes intellectuellement mais déplacées face à l'extrême violence commune à ces doctrines ; c'est pourquoi je pense que le concept de totalitarisme qui les unit est pertinent.
> Je ne comprends pas comment le communisme appliqué en grand serait mauvais mais les idées communistes utilisées en petit seraient bonnes (pour la France, par exemple).
Pour plus de précisions, je ne peux que renvoyer à l'excellent Le passé d'une illusion, de François Furet, qui n'omet pas d'analyser les raisons de la persistance de l'idée communiste malgré tous les démentis des faits.
J'en tire la conclusion que le communisme n'est pas une solution mais un problème, non pas d'ailleurs le communisme en soi, qui est mort, à part dans la tête de quelques zygotos, mais les idées héritées d'un fond mi-jacobin mi-communiste, qui sont autant de pétitions de principe : l'intérêt général existe, l'Etat est son meilleur défenseur, la solidarité forcée organisée par l'Etat est bonne et généreuse, l'Etat est fondamentalement plus juste et plus intelligent que les individus, la liberté individuelle conduit à la "loi de la jungle", l'épargne est mauvaise et la dépense, au besoin encouragée par l'Etat, est bonne, etc.
Qu'il circule des idées idiotes, mille fois réfutées et démenties, il n'y a pas là de quoi se faire du souci, c'est ainsi. Par contre, je suis chagriné par leur omni-présence au point qu'elles ne paraissent même plus devoir être débattues, ce qui est un comble pour des idées fausses !
Les exemples en sont légion : pas plus tard que ce matin, j'entendais un débat sur le désarroi des classes moyennes en panne d'ascenceur social. Tous les intervenants, de droite comme de gauche, tombent d'accord pour plus de subventions, plus d'aides publiques. J'attendais impatiemment la phrase discordante signalant que ces aides et ces subventions seraient payées par cette même classe moyenne qu'elles sont censées aider, donc que cette logique d'aides et de subventions était absurde. J'ai attendu en vain. Seul moment où un rayon de lumière a réussi à filtrer à travers le lourd couvercle d'idées subventionnophiles : quelques mots pour signaler qu'il y avait un problème d'enseignement et d'orientation professionnelle et qu'il n'était pas seulement (j'aurais plutôt dit "pas principalement") du à un manque de moyens.
Bref, le communisme est mort, mais le cadavre dégage encore une odeur intellectuelle peu ragooutante (oui, je sais, l'image est osée).
> toutes les expériences d'exercice du pouvoir que je peux qualifier de communistes ont été des drames.
Cela fait fort longtemps que je mets Hitler, Staline, Pol Pot, Mao dans la même catégorie, je trouve toutes les nuances qu'on peut introduire entre communisme et nazisme fort intéressantes intellectuellement mais déplacées face à l'extrême violence commune à ces doctrines ; c'est pourquoi je pense que le concept de totalitarisme qui les unit est pertinent.
> Je ne comprends pas comment le communisme appliqué en grand serait mauvais mais les idées communistes utilisées en petit seraient bonnes (pour la France, par exemple).
Pour plus de précisions, je ne peux que renvoyer à l'excellent Le passé d'une illusion, de François Furet, qui n'omet pas d'analyser les raisons de la persistance de l'idée communiste malgré tous les démentis des faits.
J'en tire la conclusion que le communisme n'est pas une solution mais un problème, non pas d'ailleurs le communisme en soi, qui est mort, à part dans la tête de quelques zygotos, mais les idées héritées d'un fond mi-jacobin mi-communiste, qui sont autant de pétitions de principe : l'intérêt général existe, l'Etat est son meilleur défenseur, la solidarité forcée organisée par l'Etat est bonne et généreuse, l'Etat est fondamentalement plus juste et plus intelligent que les individus, la liberté individuelle conduit à la "loi de la jungle", l'épargne est mauvaise et la dépense, au besoin encouragée par l'Etat, est bonne, etc.
Qu'il circule des idées idiotes, mille fois réfutées et démenties, il n'y a pas là de quoi se faire du souci, c'est ainsi. Par contre, je suis chagriné par leur omni-présence au point qu'elles ne paraissent même plus devoir être débattues, ce qui est un comble pour des idées fausses !
Les exemples en sont légion : pas plus tard que ce matin, j'entendais un débat sur le désarroi des classes moyennes en panne d'ascenceur social. Tous les intervenants, de droite comme de gauche, tombent d'accord pour plus de subventions, plus d'aides publiques. J'attendais impatiemment la phrase discordante signalant que ces aides et ces subventions seraient payées par cette même classe moyenne qu'elles sont censées aider, donc que cette logique d'aides et de subventions était absurde. J'ai attendu en vain. Seul moment où un rayon de lumière a réussi à filtrer à travers le lourd couvercle d'idées subventionnophiles : quelques mots pour signaler qu'il y avait un problème d'enseignement et d'orientation professionnelle et qu'il n'était pas seulement (j'aurais plutôt dit "pas principalement") du à un manque de moyens.
Bref, le communisme est mort, mais le cadavre dégage encore une odeur intellectuelle peu ragooutante (oui, je sais, l'image est osée).
Le délire étatique français est prédateur et destructeur : l'exemple des véhicules de collection
Je vous ai déjà parlé de ce sujet, mais bien loin que les choses s'améliorent avec le temps, au contraire, l'administration, sentant une résistance, persévère dans l'erreur par refus de reconnaître une quelconque faute de jugement. C'est bien connu, l'administration ne peut avoir tort et publier des décrets aberrants, il faut donc persister pour montrer aux contradicteurs qu'il ne faut pas s'opposer à l'administration et qu'elle est la plus forte.
Idiot, pensez-vous ? C'est que vous n'êtes pas fait pour être haut fonctionnaire !
Vous savez comment ça va finir ? Un long procès devant la Cour Européenne, qui n'est malheureusement pas suspensif d'une mauvaise loi, mauvaise loi qui ne sera pas appliquée mais qui servira d'épée de Damocles pour faire rentrer dans le rang les collectionneurs qui résisteraient à d'autres décisions idiotes et arbitraires de l'administration (ce n'est pas ce qui manque, notamment en matière d'aviation). Finalement, la France perdra.
Ainsi va le respect des droits fondamentaux, du droit de propriété et de la liberté dans notre belle France.


Idiot, pensez-vous ? C'est que vous n'êtes pas fait pour être haut fonctionnaire !
Vous savez comment ça va finir ? Un long procès devant la Cour Européenne, qui n'est malheureusement pas suspensif d'une mauvaise loi, mauvaise loi qui ne sera pas appliquée mais qui servira d'épée de Damocles pour faire rentrer dans le rang les collectionneurs qui résisteraient à d'autres décisions idiotes et arbitraires de l'administration (ce n'est pas ce qui manque, notamment en matière d'aviation). Finalement, la France perdra.
Ainsi va le respect des droits fondamentaux, du droit de propriété et de la liberté dans notre belle France.


mardi, mai 09, 2006
Deux articles
Le premier article est du Figaro, le second des Echos. J'ai beauoup apprécié le titre du deuxième ! On relève ces phrases qui renvoient à d'autre débats de ce blog : Seuls quelques idéologues croient encore que le demi-communisme sauve, là où le communisme total extermine. C'est un étrange contresens historique que la gauche progressiste ait tourné le dos au libéralisme au lieu d'en faire son étendard.
L'immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants
Etat sauvage et liberté providence
Volez, ça fait rêver
L'immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants
Etat sauvage et liberté providence
Volez, ça fait rêver
lundi, mai 08, 2006
Un relent de stalinisme en 2006 : c'est possible
Alors que je ne comprends toujours pas qu'on puisse hurler au fascisme en 2006, sauf à être idiot ou manipulateur, je vois très bien des restes de totalitarisme rouge (je veux dire en plus de Cuba, de la Chine, du Vietnam et de la Corée du nord) :
Négation de la famine ukrainienne
Négation de la famine ukrainienne
Guerre ou pas guerre ?
Voici un extrait d'un article, accompagné de mes commentaires en notes, de F. ewald dans Enjeux-Les Echos, sur le point de savoir si il faut adopter ou non le terme "guerre contre le terrorisme" :
******************
Reste la réalité nue telle que l'exhibe Louis Gautier, ancien conseiller militaire de Lionel Jospin à Matignon dans Face à la guerre. La guerre n'est pas plus une question de rhétorique qu'un débat idéologique : elle est là. La mondialisation ne l'a pas dissoute dans le commerce. Le problème est que, en France comme en Europe, les esprits sont désarmés. Nous ne voulons plus voir la guerre (1), nous refusons de la penser au risque de nous retrouver sans défense (2). Penser la guerre, ce serait remettre la politique sur ses pieds, et sortir les Européens de la crise du 29 mai (3). Un discours gaulliste (4), un discours du sursaut qui dit pourquoi il n'est pas indifférent de refuser ou d'admettre le mot "guerre" pour qualifier la lutte contre le terrorisme.
******************
(1) : c'est un des aspects les plus étranges de la schizophrénie française : bien que les journaux montrent à n'en plus finir que des gens se considèrent en guerre contre nous, nous étant les Occidentaux, les mécréants, au point de se suicider pour gagner cette guerre, nous, Français, faisons comme si nous n'étions pas concernés, comme si la guerre n'était pas là.
Alors que le simple fait que quelqu'un se pense en guerre contre nous nous oblige, sauf si nous arguons de la non-violence et tendons la joue gauche, à nous considérer en guerre contre lui.
Or, il ne me semble pas que ce choix ait été clairement fait : nous ne nous voyons ni comme non-violents ni comme en guerre.
Cette apathie, ce refus de choisir ou même de simplement poser le débat, sont d'une inconséquence folle.
(2) l'absence de politique de défense française est un de mes plus graves sujets d'inquiétude : cela est de peu de conséquence à court terme et dans la vie quotidienne mais très lourd à plus longue échéance et collectivement. Sommes nous devenus si stupides que nous ne soyions plus capables que de penser le proche et l'immédiat ?
(3) La politique, même si lui faut du rêve, s'alimente d'abord de réalités. Loin des songes creux d'un "autre monde" et autres fariboles, néfastes parce que fumeuses, il faudra bien prendre son parti qu'agir dérange, certes, mais que, sinon, on dépérit (le désir de quiétude, de non-action, est une pulsion de mort). C'est pourquoi le lien avec le 29 mai, victoire écrasante des fantasmes et des peurs sur les réalités, ne me paraît pas déplacé.
(4) De tous surnoms donnés à De Gaulle, je trouve que "l'homme des tempêtes" est celui qui lui allait le mieux.
******************
Reste la réalité nue telle que l'exhibe Louis Gautier, ancien conseiller militaire de Lionel Jospin à Matignon dans Face à la guerre. La guerre n'est pas plus une question de rhétorique qu'un débat idéologique : elle est là. La mondialisation ne l'a pas dissoute dans le commerce. Le problème est que, en France comme en Europe, les esprits sont désarmés. Nous ne voulons plus voir la guerre (1), nous refusons de la penser au risque de nous retrouver sans défense (2). Penser la guerre, ce serait remettre la politique sur ses pieds, et sortir les Européens de la crise du 29 mai (3). Un discours gaulliste (4), un discours du sursaut qui dit pourquoi il n'est pas indifférent de refuser ou d'admettre le mot "guerre" pour qualifier la lutte contre le terrorisme.
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(1) : c'est un des aspects les plus étranges de la schizophrénie française : bien que les journaux montrent à n'en plus finir que des gens se considèrent en guerre contre nous, nous étant les Occidentaux, les mécréants, au point de se suicider pour gagner cette guerre, nous, Français, faisons comme si nous n'étions pas concernés, comme si la guerre n'était pas là.
Alors que le simple fait que quelqu'un se pense en guerre contre nous nous oblige, sauf si nous arguons de la non-violence et tendons la joue gauche, à nous considérer en guerre contre lui.
Or, il ne me semble pas que ce choix ait été clairement fait : nous ne nous voyons ni comme non-violents ni comme en guerre.
Cette apathie, ce refus de choisir ou même de simplement poser le débat, sont d'une inconséquence folle.
(2) l'absence de politique de défense française est un de mes plus graves sujets d'inquiétude : cela est de peu de conséquence à court terme et dans la vie quotidienne mais très lourd à plus longue échéance et collectivement. Sommes nous devenus si stupides que nous ne soyions plus capables que de penser le proche et l'immédiat ?
(3) La politique, même si lui faut du rêve, s'alimente d'abord de réalités. Loin des songes creux d'un "autre monde" et autres fariboles, néfastes parce que fumeuses, il faudra bien prendre son parti qu'agir dérange, certes, mais que, sinon, on dépérit (le désir de quiétude, de non-action, est une pulsion de mort). C'est pourquoi le lien avec le 29 mai, victoire écrasante des fantasmes et des peurs sur les réalités, ne me paraît pas déplacé.
(4) De tous surnoms donnés à De Gaulle, je trouve que "l'homme des tempêtes" est celui qui lui allait le mieux.
dimanche, mai 07, 2006
Flight Journal (Corky Meyer)
FFFCorky Meyer a été pilote d'essai de Grumman de 1943 à 1960. A 90 ans passés, il est en pleine forme, l'avion ça conserve, et doté d'un solide humour. Des extraits de son journal sont parus dans Le fana de l'aviation.
Il s'agit du temps d'avant l'ordinateur, où l'avion était dessiné "by guess and by God".
Corky avait quelques règles simples :
> l'avion parle, il faut l'écouter, avant qu'il ne hurle son mécontentement, sous forme de vrilles, de pannes moteurs, de pertes de divers morceaux et d'autres réactions caractérielles.
> il vaut mieux regretter d'être en bas que regretter d'être en haut.
> ce n'est pas parce que l'ingénieur le dit que c'est vrai.
> il ne faut pas "supposer". Si l'on "suppose", c'est que l'on n'a pas posé assez de questions ou pas aux bonnes personnes.
> un pilote d'essai mort et un avion cassé sont beaucoup moins utiles qu'un avion intact et un pilote d'essai vivant.
Corky Meyer était un grand professionnel du vol plané tant il a eu de pannes moteur.
A noter : pour lui, le meilleur avion de la seconde guerre mondiale est le P-47 suivi du FW-190.
D'ailleurs, Grumman s'est largement inspiré du FW-190 pour faire le Bearcat, il y en a un à vendre en ce moment : 2 000 000 $ ; je commence la quête aujourd'hui. (2100 ch pour moins de 4 tonnes à vide : ça grimpe et ça avance !)
OSS 117, Le Caire, nid d'espions
La non-affaire Clearstream, hélas !
A ce stade de l'affaire Clearstream, deux hypothèses :
> D. de Villepin a suscité un corbeau (JL Gergorin ou Imad Lahoud (0)) dénonçant faussement N. Sarkozy puis a chargé le général Rondot de découvrir ce qu'il avait organisé et l'affaire se retourne contre lui.
> D. de Villepin a su qu'il y avait un corbeau (JL Gergorin ou Imad Lahoud(0)) dénonçant faussement N. Sarkozy puis a chargé le général Rondot de découvrir ce qu'il savait déjà et l'affaire se retourne contre lui.
Ce sont les hyopothèses que je fais en l'état actuel du dossier, mais il peut y en avoir bien d'autres.
Cette affaire Clearstream est-elle importante ? Là, je n'hésite plus : non. Qu'y apprenons nous ? Que le pouvoir chiraquien se préoccupe surtout de basses querelles de personnes et que l'exécuteur attitré des sordides magouilles est D. de Villepin. Où est la nouveauté, où est l'information ? Déjà, l'affaire des écoutes miterrandiennes nous avait amplement montré les dérives dont est grosse la mnarchie républicaine à la française. Qu'auncune leçon n'en ait été tirée est une autre histoire (1).
Je pense que cette affaire Clearstream est de la mousse médiatique, une sorte de diversion, qui permet de ne pas parler des authentiques difficultés de la France, sujet qui dérange à peu près tout le monde (2) dans son petit confort douillet (sauf que le confort des RMIstes et des chomeurs n'est pas douillet). Le panurgisme de la presse, passé en peu de mois de Villepin, qui était beau, parlait bien, nageait bien à Villepin, affreux menteur, âme damnée, est lamentable et participe de cet état effrayant de déliquescence intellectuelle.
L'affaire Clearstream, c'est l'orchestre du Titanic.
Ce début de compagne présidentielle 2007 confirme mes pires craintes. Il est intéressant de réfléchir à la manière dont les journalistes choisissent leurs sujets (car ce qui n'est pas dans les médias n'existe pas).
Dans le Figaro d'aujourd'hui, un article dit que nous avons des hommes politiques poltrons parce que les Français sont hors d'état de supporter un homme politique courageux, ils le considéreraient aussitôt comme un brutal, un fanatique (voir Juppé en 1995) ; que les Français accepteront un dirigeant courageux quand ils auront plus peur de la déchéance que du changement.
Je suis assez d'accord avec cette analyse, à laquelle j'ajoute une autre analyse du Monde : les Français ne connaissent pas la France (3), ce qui les empêche de comprendre la situation. Je retombe sur mon exigence de plus de vérité, de lumière.
(0) : que viennent faire ces "industriels" dans cette affaire ? Je mets industriels entre guillemets car ce sont des industriels à la française : plus compétents pour tirer les ficelles de l'Etat et pour faire jouer le carnet d'adresses que pour faire de l'industrie.
(1) : Je suis convaincu que la France est l'un des pays occidentaux dont le fonctionnement est le moins démocratique (absence de contre-pouvoirs, uniformité du personnel médiatico-politique, absence de relais et de "think-tank"). De ce point de vue, je suis un admirateur de nos amis d'outre-Manche.
(2) : au fait, si on remettait vraiment à plat les conservatismes, les clientélismes et les blocages de la société française, en ayant pour balance le bien commun, que deviendrait l'abattement fiscal des journalistes ?
(3) par exemple, dans la récente histoire du CPE, tout le monde ou presque a oublié les "grandes" écoles. Or c'est bien le coeur du problème : un système efficace (et sélectif, efficace car sélectif) cohabite avec un système où la non-sélectivité affichée est un leurre. Privilégier le refus de la sélection à l'entrée de l'université comme le font les syndicats étudiants et, semble-t-il, les Français sondés est une bêtise : la sélection se fait quand même, sauf que les exclus ont perdu un ou deux ans la possibilité de s'orienter dans une voie plus adaptée et le moral. Encore faut-il savoir comment ça marche (pour les sondés) et être de bonne foi (pour les syndicats étudiants).
> D. de Villepin a suscité un corbeau (JL Gergorin ou Imad Lahoud (0)) dénonçant faussement N. Sarkozy puis a chargé le général Rondot de découvrir ce qu'il avait organisé et l'affaire se retourne contre lui.
> D. de Villepin a su qu'il y avait un corbeau (JL Gergorin ou Imad Lahoud(0)) dénonçant faussement N. Sarkozy puis a chargé le général Rondot de découvrir ce qu'il savait déjà et l'affaire se retourne contre lui.
Ce sont les hyopothèses que je fais en l'état actuel du dossier, mais il peut y en avoir bien d'autres.
Cette affaire Clearstream est-elle importante ? Là, je n'hésite plus : non. Qu'y apprenons nous ? Que le pouvoir chiraquien se préoccupe surtout de basses querelles de personnes et que l'exécuteur attitré des sordides magouilles est D. de Villepin. Où est la nouveauté, où est l'information ? Déjà, l'affaire des écoutes miterrandiennes nous avait amplement montré les dérives dont est grosse la mnarchie républicaine à la française. Qu'auncune leçon n'en ait été tirée est une autre histoire (1).
Je pense que cette affaire Clearstream est de la mousse médiatique, une sorte de diversion, qui permet de ne pas parler des authentiques difficultés de la France, sujet qui dérange à peu près tout le monde (2) dans son petit confort douillet (sauf que le confort des RMIstes et des chomeurs n'est pas douillet). Le panurgisme de la presse, passé en peu de mois de Villepin, qui était beau, parlait bien, nageait bien à Villepin, affreux menteur, âme damnée, est lamentable et participe de cet état effrayant de déliquescence intellectuelle.
L'affaire Clearstream, c'est l'orchestre du Titanic.
Ce début de compagne présidentielle 2007 confirme mes pires craintes. Il est intéressant de réfléchir à la manière dont les journalistes choisissent leurs sujets (car ce qui n'est pas dans les médias n'existe pas).
Dans le Figaro d'aujourd'hui, un article dit que nous avons des hommes politiques poltrons parce que les Français sont hors d'état de supporter un homme politique courageux, ils le considéreraient aussitôt comme un brutal, un fanatique (voir Juppé en 1995) ; que les Français accepteront un dirigeant courageux quand ils auront plus peur de la déchéance que du changement.
Je suis assez d'accord avec cette analyse, à laquelle j'ajoute une autre analyse du Monde : les Français ne connaissent pas la France (3), ce qui les empêche de comprendre la situation. Je retombe sur mon exigence de plus de vérité, de lumière.
(0) : que viennent faire ces "industriels" dans cette affaire ? Je mets industriels entre guillemets car ce sont des industriels à la française : plus compétents pour tirer les ficelles de l'Etat et pour faire jouer le carnet d'adresses que pour faire de l'industrie.
(1) : Je suis convaincu que la France est l'un des pays occidentaux dont le fonctionnement est le moins démocratique (absence de contre-pouvoirs, uniformité du personnel médiatico-politique, absence de relais et de "think-tank"). De ce point de vue, je suis un admirateur de nos amis d'outre-Manche.
(2) : au fait, si on remettait vraiment à plat les conservatismes, les clientélismes et les blocages de la société française, en ayant pour balance le bien commun, que deviendrait l'abattement fiscal des journalistes ?
(3) par exemple, dans la récente histoire du CPE, tout le monde ou presque a oublié les "grandes" écoles. Or c'est bien le coeur du problème : un système efficace (et sélectif, efficace car sélectif) cohabite avec un système où la non-sélectivité affichée est un leurre. Privilégier le refus de la sélection à l'entrée de l'université comme le font les syndicats étudiants et, semble-t-il, les Français sondés est une bêtise : la sélection se fait quand même, sauf que les exclus ont perdu un ou deux ans la possibilité de s'orienter dans une voie plus adaptée et le moral. Encore faut-il savoir comment ça marche (pour les sondés) et être de bonne foi (pour les syndicats étudiants).
Vu d'ailleurs : vu de Chine
Citation d'un industriel chinois :
"L'Europe ressemble de plus en plus au tiers-monde : non seulement vous vous posez de mauvaises questions -constitution, Etat providence, retraites, mais en plus vous y apportez de mauvaises réponses."
Je ne sais pas si un Chinois est vraiment bien placé pour faire ce genre de leçon, il n'empêche que je suis amené, pour diverses raisons, à avoir un oeil extérieur sur l'Europe et qu'elle donne l'impression de rester figée dans une attitude frileuse, nombriliste et passéiste alors que le monde bouge autour d'elle.
Le psychodrame récent sur le CPE n'est pas pour me démentir : le gouvernement et ses opposants se sont complus dans l'onanisme déclamatoire, dans le médiocre pinaillage, dans la grandiloquence creuse. Et, pendant ce temps, l'Iran prépare sa bombinette et l'Inde a sorti de ses universités une nouvelle fournée de milliers d'ingénieurs.
Ayons une vision planétaire et internationale : parlons de l'affaire Clearstream.
(1) : extrait d'un article Eric Le Boucher sur le commerce mondial du coton :
Parmi les autres leçons de choses que donne l'académicien [Erik Orsenna], celles adressées aux belles âmes "tiers-mondistes" ne sont pas ouattées. Les amis de José Bové ignorent que 40 % du coton mondial provient des OGM, à quoi sert de bloquer la recherche en France ? Le commerce "équitable", si à la mode cette semaine ? Tant mieux pour l'Africain se réjouit Orsenna. Mais il ajoute :"Je ne peux m'empêcher de penser à l'ouvrier agricole brésilien. Est-ce sa faute si le mode de production auquel il participe n'est pas homologué équitable ? ". Quant aux 35 heures, l'ancien conseiller de François Mitterrand tape dur : "le travail n'a plus chez nous la valeur qu'il a ailleurs. N'est-ce pas ainsi qu'ont commencé tous les déclins ? ".
La dureté américaine, le féroce appétit chinois, la détermination brésilienne montrent combien le coton n'a rien d'un jeu d'enfants de coeur. La mondialisation est un combat.
Mais au rebond des balles et au fil des pages, on note deux leçons particulières. La première est qu'il existe toujours des marges de manoeuvre. L'organisation coopérative des producteurs maliens, étatisée, est désuète, celle du Burkina Faso, sur un mode associatif, devrait servir de modèle. Tous les Africains doivent découvrir le marketing : produire ne suffit pas pour vendre.
Il y a des dizaines de sortes de coton, il faut s'adapter à la demande des clients, elle change. Orsenna revient à son point de départ : "l'Europe devrait les aider pour cela".
La deuxième leçon est plus étonnante : l'avenir du coton est en blouse blanche. Amérique et Brésil pour l'amont, Europe et Chine pour l'aval (habillement), se ruent dans les labos. Le Gossypium d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec la graine ancestrale. En introduisant un gène des méduses phosphorescentes dans certaines graminées et les mélangeant avec de la poudre explosive, Neale Stewart, professeur de génétique botanique de Knoxville, parvient à les illuminer. "Semez les dans un champ de mines et vous détecterez les engins de mort". La science n'en est qu'à ses balbutiements. Elibio Rech, autre charmant savant, brésilien lui, veut transférer la force des fils d'araignées dans le coton. Patrick Decouvelaere, scientifique devenu patron d'une entreprise textile de Lépange-sur-Vologne, dans les Vosges, vient de déposer un brevet d'une technique qui permet aux tissus de lin ou de coton de garder les formes en mémoire. Adieu les froissages.
Plus de recherche-développement, plus de travail, des marges de manoeuvre existent. Même dans les Vosges. La mondialisation bouscule tout. Elle force à prendre la route. Elle ne tue que les immobiles.
"L'Europe ressemble de plus en plus au tiers-monde : non seulement vous vous posez de mauvaises questions -constitution, Etat providence, retraites, mais en plus vous y apportez de mauvaises réponses."
Je ne sais pas si un Chinois est vraiment bien placé pour faire ce genre de leçon, il n'empêche que je suis amené, pour diverses raisons, à avoir un oeil extérieur sur l'Europe et qu'elle donne l'impression de rester figée dans une attitude frileuse, nombriliste et passéiste alors que le monde bouge autour d'elle.
Le psychodrame récent sur le CPE n'est pas pour me démentir : le gouvernement et ses opposants se sont complus dans l'onanisme déclamatoire, dans le médiocre pinaillage, dans la grandiloquence creuse. Et, pendant ce temps, l'Iran prépare sa bombinette et l'Inde a sorti de ses universités une nouvelle fournée de milliers d'ingénieurs.
Ayons une vision planétaire et internationale : parlons de l'affaire Clearstream.
(1) : extrait d'un article Eric Le Boucher sur le commerce mondial du coton :
Parmi les autres leçons de choses que donne l'académicien [Erik Orsenna], celles adressées aux belles âmes "tiers-mondistes" ne sont pas ouattées. Les amis de José Bové ignorent que 40 % du coton mondial provient des OGM, à quoi sert de bloquer la recherche en France ? Le commerce "équitable", si à la mode cette semaine ? Tant mieux pour l'Africain se réjouit Orsenna. Mais il ajoute :"Je ne peux m'empêcher de penser à l'ouvrier agricole brésilien. Est-ce sa faute si le mode de production auquel il participe n'est pas homologué équitable ? ". Quant aux 35 heures, l'ancien conseiller de François Mitterrand tape dur : "le travail n'a plus chez nous la valeur qu'il a ailleurs. N'est-ce pas ainsi qu'ont commencé tous les déclins ? ".
La dureté américaine, le féroce appétit chinois, la détermination brésilienne montrent combien le coton n'a rien d'un jeu d'enfants de coeur. La mondialisation est un combat.
Mais au rebond des balles et au fil des pages, on note deux leçons particulières. La première est qu'il existe toujours des marges de manoeuvre. L'organisation coopérative des producteurs maliens, étatisée, est désuète, celle du Burkina Faso, sur un mode associatif, devrait servir de modèle. Tous les Africains doivent découvrir le marketing : produire ne suffit pas pour vendre.
Il y a des dizaines de sortes de coton, il faut s'adapter à la demande des clients, elle change. Orsenna revient à son point de départ : "l'Europe devrait les aider pour cela".
La deuxième leçon est plus étonnante : l'avenir du coton est en blouse blanche. Amérique et Brésil pour l'amont, Europe et Chine pour l'aval (habillement), se ruent dans les labos. Le Gossypium d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec la graine ancestrale. En introduisant un gène des méduses phosphorescentes dans certaines graminées et les mélangeant avec de la poudre explosive, Neale Stewart, professeur de génétique botanique de Knoxville, parvient à les illuminer. "Semez les dans un champ de mines et vous détecterez les engins de mort". La science n'en est qu'à ses balbutiements. Elibio Rech, autre charmant savant, brésilien lui, veut transférer la force des fils d'araignées dans le coton. Patrick Decouvelaere, scientifique devenu patron d'une entreprise textile de Lépange-sur-Vologne, dans les Vosges, vient de déposer un brevet d'une technique qui permet aux tissus de lin ou de coton de garder les formes en mémoire. Adieu les froissages.
Plus de recherche-développement, plus de travail, des marges de manoeuvre existent. Même dans les Vosges. La mondialisation bouscule tout. Elle force à prendre la route. Elle ne tue que les immobiles.
mardi, mai 02, 2006
Etonnante Amérique du sud, leçon pour la France ?
Par un coup de verge de la providence, l'Amérique du sud semble ces temps-ci abonnée aux expérimentations gauchistes. Résumons les scores :
> Cuba : un désastre
> Venezuela : Chavez est peut-être très heureux, les Vénézuéliens beaucoup moins.
> Brésil : Lula a déçu les anti-mondialistes, il se comporte de manière reponsable ; mais ce n'est pas encore le nirvana.
> Bolivie : Morales, en bon démagogue, nationalise les ressources naturelles. On fait le bilan dans dix ans.
Ce qu'il y a de confortable pour l'esprit en Amérique du sud, c'est que, quoi qu'on fasse, quoi qu'on décide, le coupable de tous les désastres est connu d'avance : l'impérialisme yankee.
Remarquez bien que, de ce point de vue, il y a une forte parenté avec la scène intellectuelle et politique française, n'avons nous pas, nous aussi, notre coupable prêt à répondre de tous les crimes, de toutes les erreurs, de toutes les mensonges, à nous décharger de toute responsabilité ? A savoir le libéralisme (ultra, forcément ultra), buveur du sang des honnêtes travailleuses-travailleurs.
Friedrich Hayek pensait que le combat pour les idées était plus important que le combat politique, qu'il valait mieux financer un "think tank" qu'un parti politique. Combien j'approuve !
Je ne souffre pas tant aujourd'hui que tous ne partagent pas mes idées, c'est la vie, que de
l'indigence intellectuelle des collectivistes. Que voulez vous discuter avec des gens qui ne sont même pas capables d'articuler trois faits en une vision cohérente ?
Prenons un exemple. Chez nos grandes âmes, une expression est à la mode : "sécurisation du parcours professionnel". Or, loin d'être une invention merveilleuse, la "sécurisation du parcours professionnel" existe déjà, c'est la Sécu, l'assurance-chomage, les fonds de reconversion, le système de retraites. Que ces choses soient imparfaites, je n'en disconviens pas. Alors va-t-on analyser ce qui ne marche pas dans l'existant pour faire mieux ? Fouiller dans les piles de rapports pour en extraire des idées ? Que nenni ! A la moindre évocation d'un changement d'un de ces systèmes, c'est la hurlade au "bradage des avantages acquis". On demande juste une couche supplémentaire d'impots et de réglementations sans même s'apercevoir que c'est ce qu'on fait depuis vingt ans, avec les résultats que l'on connaît. Comment discuter avec des gens qui fuit la confrontation avec la réalité ?
C'est pourquoi je demande de la lumière, de la vérité.
Autre exemple de mensonges, combien y a-t-il d'éléphants du PS qui ont mis leurs enfants dans le privé (1) ? Je ne le leur reproche pas. Ce que je leur reproche, c'est de refuser toute réforme de l'Education Nationale, pour les enfants des autres, puisqu'ils ont bien pris soin que leurs propres enfants ne souffrent pas des difficultés de l'EN. Les enfants des autres peuvent bien "être au coeur du système", "développer eux-mêmes leurs savoirs", leurs propres enfants "subissent" les méthodes "archaïques" qui ont fait leurs preuves.
Comment discuter avec des gens qui font dans le privé l'opposé de ce qu'ils proclament en public ?
Mehr Licht !
Pour moi, aujourd'hui, en France, le mensonge vient de gauche et le silence complice de droite.
Puisque JF Revel, bien meilleur connaisseur et amoureux de l'Amérique latine que les castristes germanopratins (2), est mort récemment, suicidé à l'alcool interprètent certains, citons le :
Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. A l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie. Ayant combattu les régimes totalitaires, je n'admets pas d'être traité d'homme de droite par les hommes qui les ont soutenus, par ceux qui encensent encore Fidel Castro. Si trouver Castro répugnant, c'est être de droite, alors je veux bien être de droite. Ces gamineries témoignent de la sclérose intellectuelle la plus totale. Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses progressistes.
[...]
A la différence de beaucoup d'esprits réputés de gauche, j'applique réellement le marxisme, qui veut que seule l'expérience valide la théorie. Si donc le socialisme n'a marché nulle part, c'est qu'il est vicieux dans son principe.
Encore faut-il que l'idéologie cède le pas à la réalité :c'est affaire d'information. Au VIIe siècle avant notre ère, Archiloque de Paros écrivait : « Le renard sait beaucoup de choses ; le hérisson en sait une seule, mais capitale. »
Moins aussi, à cet égard je suis hérisson, je sais une seule chose : les hommes libres sont plus ingénieux que ceux qui comptent sur l'Etat. Pour le reste, je suis probablement un imbécile, mais ce point là, j'en suis sûr.
(1) comme Mmes Royal et Aubry par exemple
(2) tout comme Simon Leys connaissait mieux la Chine que les maoïstes (le communisme, plus on le connaît, moins on l'aime ?)
> Cuba : un désastre
> Venezuela : Chavez est peut-être très heureux, les Vénézuéliens beaucoup moins.
> Brésil : Lula a déçu les anti-mondialistes, il se comporte de manière reponsable ; mais ce n'est pas encore le nirvana.
> Bolivie : Morales, en bon démagogue, nationalise les ressources naturelles. On fait le bilan dans dix ans.
Ce qu'il y a de confortable pour l'esprit en Amérique du sud, c'est que, quoi qu'on fasse, quoi qu'on décide, le coupable de tous les désastres est connu d'avance : l'impérialisme yankee.
Remarquez bien que, de ce point de vue, il y a une forte parenté avec la scène intellectuelle et politique française, n'avons nous pas, nous aussi, notre coupable prêt à répondre de tous les crimes, de toutes les erreurs, de toutes les mensonges, à nous décharger de toute responsabilité ? A savoir le libéralisme (ultra, forcément ultra), buveur du sang des honnêtes travailleuses-travailleurs.
Friedrich Hayek pensait que le combat pour les idées était plus important que le combat politique, qu'il valait mieux financer un "think tank" qu'un parti politique. Combien j'approuve !
Je ne souffre pas tant aujourd'hui que tous ne partagent pas mes idées, c'est la vie, que de
l'indigence intellectuelle des collectivistes. Que voulez vous discuter avec des gens qui ne sont même pas capables d'articuler trois faits en une vision cohérente ?
Prenons un exemple. Chez nos grandes âmes, une expression est à la mode : "sécurisation du parcours professionnel". Or, loin d'être une invention merveilleuse, la "sécurisation du parcours professionnel" existe déjà, c'est la Sécu, l'assurance-chomage, les fonds de reconversion, le système de retraites. Que ces choses soient imparfaites, je n'en disconviens pas. Alors va-t-on analyser ce qui ne marche pas dans l'existant pour faire mieux ? Fouiller dans les piles de rapports pour en extraire des idées ? Que nenni ! A la moindre évocation d'un changement d'un de ces systèmes, c'est la hurlade au "bradage des avantages acquis". On demande juste une couche supplémentaire d'impots et de réglementations sans même s'apercevoir que c'est ce qu'on fait depuis vingt ans, avec les résultats que l'on connaît. Comment discuter avec des gens qui fuit la confrontation avec la réalité ?
C'est pourquoi je demande de la lumière, de la vérité.
Autre exemple de mensonges, combien y a-t-il d'éléphants du PS qui ont mis leurs enfants dans le privé (1) ? Je ne le leur reproche pas. Ce que je leur reproche, c'est de refuser toute réforme de l'Education Nationale, pour les enfants des autres, puisqu'ils ont bien pris soin que leurs propres enfants ne souffrent pas des difficultés de l'EN. Les enfants des autres peuvent bien "être au coeur du système", "développer eux-mêmes leurs savoirs", leurs propres enfants "subissent" les méthodes "archaïques" qui ont fait leurs preuves.
Comment discuter avec des gens qui font dans le privé l'opposé de ce qu'ils proclament en public ?
Mehr Licht !
Pour moi, aujourd'hui, en France, le mensonge vient de gauche et le silence complice de droite.
Puisque JF Revel, bien meilleur connaisseur et amoureux de l'Amérique latine que les castristes germanopratins (2), est mort récemment, suicidé à l'alcool interprètent certains, citons le :
Je n'ai jamais cessé de me considérer comme étant de gauche. A l'origine, être de gauche, c'est lutter pour la vérité et la liberté, et pour le maximum de justice sociale. Mais une justice sociale établie selon des méthodes qui marchent, pas selon des méthodes qui échouent, comme la redistribution à tout-va qui ne fait qu'affaiblir l'économie. Ayant combattu les régimes totalitaires, je n'admets pas d'être traité d'homme de droite par les hommes qui les ont soutenus, par ceux qui encensent encore Fidel Castro. Si trouver Castro répugnant, c'est être de droite, alors je veux bien être de droite. Ces gamineries témoignent de la sclérose intellectuelle la plus totale. Ce qu'on appelle la gauche n'est plus aujourd'hui qu'un clan, une espèce de tribu, un ensemble de spécialistes de l'escroquerie dans les relations publiques, de manipulateurs habiles, qui ont l'art de présenter des idées et des théories qui ont amené les plus grandes catastrophes dans l'histoire de l'humanité comme étant des choses progressistes.
[...]
A la différence de beaucoup d'esprits réputés de gauche, j'applique réellement le marxisme, qui veut que seule l'expérience valide la théorie. Si donc le socialisme n'a marché nulle part, c'est qu'il est vicieux dans son principe.
Encore faut-il que l'idéologie cède le pas à la réalité :c'est affaire d'information. Au VIIe siècle avant notre ère, Archiloque de Paros écrivait : « Le renard sait beaucoup de choses ; le hérisson en sait une seule, mais capitale. »
Moins aussi, à cet égard je suis hérisson, je sais une seule chose : les hommes libres sont plus ingénieux que ceux qui comptent sur l'Etat. Pour le reste, je suis probablement un imbécile, mais ce point là, j'en suis sûr.
(1) comme Mmes Royal et Aubry par exemple
(2) tout comme Simon Leys connaissait mieux la Chine que les maoïstes (le communisme, plus on le connaît, moins on l'aime ?)
dimanche, avril 30, 2006
Jean-François Revel est mort
Quel meilleur hommage que le discours qui l'accueillit chez les immmortels ? (On notera en passant que Le Monde, dans sa perfidie -Le Monde est un journal chattemite qui use beaucoup de perfidie- met en contre point de ce discours une critique acide du Voleur dans la maison vide).
De plus, ça vous fera du bien de lire sur ce blog un discours en français pur, sans les barbarismes, solécismes et fautes d'orthographe habituel.
Réponse de M. Marc Fumaroli au discours de M. Jean-François Revel
DISCOURS PRONONCÉ DANS LA SÉANCE PUBLIQUE
Le jeudi 11 juin 1998
PARIS PALAIS DE L’INSTITUT
Il n'est pas fréquent, Monsieur, qu'un jeune homme aussi gaillard que vous ait déjà publié ses Mémoires, peu de temps avant d'être élu à l'Académie. C'est la première fois, si je ne me trompe, qu'un tel cas se produit. Vous avez ainsi rendu très difficile le plaisir de vous y accueillir. Je ne mesurais pas l'obstacle le jour où, dans un élan d'amitié et d'estime, j'ai accepté l'honneur que vous m'avez fait en me demandant de vous répondre.
Un discours de réception est une sorte de miroir de Venise dans lequel le nouvel académicien, après avoir remercié ses pairs et fait l'éloge de son prédécesseur, est invité à se regarder en grande cérémonie : dans l'image que lui propose l'un de ses confrères, il se voit une dernière fois en simple mortel, au moment où il fait son entrée en immortalité. Cette épreuve du miroir n'est pas exactement l'heure de vérité : l'enceinte académique n'a rien d'une plaza de toros ni du tribunal de l'Éternité, ni à plus forte raison de ce plateau de télévision où vous vous êtes un jour trouvé en butte aux injures d'un Georges Marchais ; mais enfin, c'est un grand moment de face à face public avec soi-même, et la pompe qui entoure nos anciens rites oratoires le rend mémorable pour leur nouvel initié.
Mais vous, vous avez pris les devants : vous vous êtes si bien montré vous-même au naturel dans vos Mémoires que le discours de réception est déjà tout fait. Il est seulement un peu long. Résumez-moi, me direz-vous. Là commence la difficulté : comment réduire en portrait de style académique le héros truculent, guerroyant et picaresque du western d'aventures et d'action que vous avez intitulé : Le voleur dans la maison vide ? Vous aviez une caméra-stylo et je n'ai qu'un pinceau.
Ce projet de portrait d'apparat, unique chance que vous m'ayez laissée de vous représenter après vous à vous-même, a dû très vite évoluer vers le portrait de groupe. Dans vos Mémoires, vous vous êtes donné l'avantage de la narration et qui plus est, de la narration à la première personne. Ces deux techniques donnent une forte impression d'unité. Sans doute, Revel raconte Ricard, Ricard juge Revel, le montage narratif entremêle les lieux et les temps, mais on entend toujours la même voix qui a mué autrefois et qui a mûri depuis. C'est la réussite littéraire de votre livre. Mais moi, à force de relire vos ouvrages, d'entendre vos amis si divers m'entretenir de vous, à force de vous faire poser vous-même à une excellente table de la rue du Cardinal Lemoine, à mi-chemin de mon bureau du Collège et de l'île Saint-Louis où vous habitez, j'ai dû me rendre peu à peu à l'évidence : j'accueille aujourd'hui, au nom de notre Compagnie, dans un même et unique fauteuil, non pas un seul personnage, signataire de livres nombreux et célèbres, auteur notamment de Mémoires, mais bien plusieurs académiciens sous une seule identité et un seul habit brodé de vert.
Faute de pouvoir, comme vous, les fondre dans un même récit haletant de drôlerie et de vie, je vais être obligé de les peindre l'un après l'autre, l'un à côté de l'autre, en espérant que vous vous reconnaîtrez cependant, tenant successivement tous les rôles, dans cette réunion de poètes, d'artistes et de philosophes à la Fantin-Latour, dont les Quarante, sous le seul nom de Revel, reçoivent aujourd'hui le renfort collectif.
Cette société d'âges, d'activités et de loisirs différents, vous-même, je la représenterais volontiers autour d'une table très bien servie, car les festins d'un Revel ne sont pas, comme on sait, que de paroles. À côté des verres, parmi les bouteilles et les plats, la pile de vos livres atteste la fécondité de vos nombreux avatars.
Au bas bout de la table, je ferai voir d'abord un tout jeune Massilien des années 1938-1941. Il aurait pu être un élève de Quintilien, au iii e siècle, ou un personnage adolescent de notre très regretté confrère Marcel Pagnol, sur l'autre versant de ce siècle-ci.
Cet adolescent est mince, robuste, chevelu. Un corps bref et musclé, un visage en lame de couteau ; c'est un caractère entier, fidèle en amitié, violent dans ses admirations et ses irritations, prompt aux amours passionnées comme aux voluptés de passage. Ce garçon intrépide promet d'être un grand vivant, il l'est déjà. Si nous pouvions l'entendre, sa belle voix grave serait peut-être encore, dans ces années profondes, colorée d'accent provençal, avec un imperceptible arrière-fond d'exotisme, car une enfance à Maputo, au Mozambique, avait fait du portugais sa première langue maternelle.
Ce jeune Latin de teint clair est né en Provence en 1924, d'un père lyonnais et d'une mère enracinée dans une Franche-Comté autrefois espagnole. Depuis le retour de ses parents du Mozambique, en 1929, il a grandi dans une belle et ancienne villa provençale, « La Pinède », au milieu d'un parc du quartier Sainte-Marguerite, à Marseille.
À l'automne, cet adolescent accompagne à la chasse, dans la Crau, son père, son oncle et leurs amis ; l'été il pêche en bateau dans le lac de Saint-Point, comme ses lointains ancêtres que représentent les mosaïques du palais de l'empereur Maximien, à Piazza Armerina, en Sicile. Cette Provence encore romaine est tout aussi bien celle de Marius et César : les chasseurs de la Crau, le lendemain de leurs exploits, les racontent et les miment pour le public du « Rendez-vous des chasseurs », sur le Vieux Port de Marseille ; un fusil de bois est à leur disposition pour appuyer leurs galéjades de l'éloquence du geste.
Le jeune garçon étudie en externe, chez les jésuites, à l'école libre de Provence, les auteurs latins et grecs, l'histoire, la philosophie. Le sens du péché n'inquiète pas son tempérament précoce : ses cousines de « La Pinède » et les baigneuses de la Corniche ne lui sont pas, de son propre aveu, farouches. Entre les études et les amours, il a une autre ressource, la bibliothèque et la conversation paternelles. Au banquet de toute une vie, je ne puis manquer de faire figurer, aux côtés de l'adolescent Jean-François Ricard, Joseph-MarieThéophile, son père. Il lui doit les premières nourritures inédites qui irritent souvent contre lui ses régents jésuites, attachés aux auteurs du programme scolaire.
Ce père, à sa manière lettré, n'a pourtant pas fait beaucoup d'études, il est né dans une famille modeste qui compte des dessinateurs pour l'industrie textile lyonnaise. Ancien combattant de 14-18, officier de réserve, deux fois croix de guerre, il doit, comme son frère, à un beau mariage d'être entré dans la moyenne bourgeoisie industrielle. Comme ses amis, il lit L'Action française. Le maurrassisme avait poussé dans l'entre-deux-guerres de profondes racines en Provence, dont Maurras, natif de Martigues, est originaire.
Lire L'Action française, c'était pour M. Ricard un choix politique, ce fut aussi, pour ce petit industriel doué pour les mathématiques plus encore que pour les affaires, une initiation littéraire, à la fois classique par ses références à la Grèce et à la Rome antiques, et très moderne grâce à la liberté des meilleurs critiques dont Maurras s'était entouré. Marcel Proust, correspondant de Maurras, a pu écrire peu avant sa mort, à peu près au temps où Jean-François Ricard venait au monde :
« Ne pouvant plus lire qu'un journal, je lis L'Action française. Je peux dire qu'en cela je ne suis pas sans mérite [...]. Mais dans quel autre journal le portique est-il décoré à fresque par Saint-Simon lui-même, j'entends Léon Daudet ? Plus loin [...] la colonne lumineuse de Bainville. Que Maurras [...] donne sur Lamartine une indication générale, et c'est pour nous mieux qu'une promenade en avion, une cure d'altitude mentale. »
Amateur de poésie et de prose modernes, M. Ricard père était aussi à sa façon un mécène, accueillant chez lui un peintre provençaliste, Audibert, achetant ses tableaux, l'emmenant avec sa famille, en 1938, à Genève, pour admirer une exposition des chefs-d'œuvre du Prado, que le gouvernement républicain espagnol avait mis à l'abri en Suisse.
Les germes des nombreuses curiosités que Jean-François Revel cultivera plus tard avec science et bonheur, les critères d'humanité selon lesquels il jugera les milieux et les cités nombreuses dont il aura fait sont déposés alors chez cet adolescent ardent. Il parlera plus tard, avec reconnaissance et nostalgie, de la « civilisation marseillaise » de sa jeunesse.
Il a déjà l'esprit frondeur et un instinct pour la presse : en classe d'humanités, la seconde de nos lycées, il crée avec une subvention familiale une revue dont il est le directeur et l'unique rédacteur, Le Catalyseur. Il y raille le préfet des études, le père Moille, dont la soutane est trop bien remplie, sous le nom de « Baleine ». Cela vaudra de sérieuses persécutions au journaliste en herbe, que « Baleine » n'appellera plus à son tour que « le Carotteur ». Pour autant, ce mauvais esprit reconnaissait volontiers en privé la science de latiniste hors de pair du vindicatif jésuite.
Il avait aussi trouvé moyen d'entrer en correspondance avec le poète Max Jacob, ce qui laisse entendre à quel point il était déjà intérieurement libre et vis-à-vis de son père et vis-à-vis de ses bons maîtres.
Dès 1941, de vives dissensions politiques explosent entre le père et le fils. Le jeune Jean-François quitte Marseille pour entrer dans l'hypokhâgne du lycée du Parc à Lyon, réputée la meilleure de tout le Sud-Est. C'est maintenant un étudiant indépendant dont le destin échappe à sa famille et qui embrasse, mais à sa manière, celui de sa propre génération.
Au lycée du Parc, il retrouve les belles-lettres telles qu'on les cultive à L'Action française, en la personne du professeur Victor-Henri Debidour, ou à travers l'influence qu'a exercée au lycée de Clermont, sur plusieurs de ses camarades hypokhâgneux venus d'Auvergne, le jeune Pierre Boutang. L'Action française elle-même, directeur en tête, est d'ailleurs alors repliée à Lyon. Mais le choix de l'étudiant est fait en sens inverse. Il est entré comme courrier dans un réseau de résistance où son supérieur direct est un autre professeur, Auguste Anglès, futur auteur d'une érudite histoire de la première N.R.F.
Il évolue dans le milieu de la revue Confluences, que dirigent René Tavernier et Jean Thomas. Il y croise le futur introducteur de Heidegger en France, le philosophe Jean Beaufret. S'il a pris le parti politique opposé à celui de son père, cet engagement ne l'a pas éloigné, pas plus qu'Auguste Anglès, de la littérature. Sous le pseudonyme de François Fontenay, il publie dans Confluences de janvier 1943 une élégie qui ne doit rien aux sombres circonstances :
« Ce sommeil étranger contre le mien dont mon épaule a gardé la forme et dont nous laissions trace à terre Ce bonheur lent de nos deux mains je les avais aimés en toi, au premier soleil dans la nappe de feu, et cette fleur de lumière prête à jaillir de tes yeux. Maintenant je pars à la trace de ton chemin . »
Cette même année 1943, reçu de justesse au concours de l'École normale, le jeune résistant et poète « monte » à Paris, où cette fois son supérieur de réseau est un autre professeur, Pierre Grappin, ami d'Auguste Anglès.
Le destin de sa génération se précipite. Aussi bien à l'École que dans les cercles de la Résistance, la défaite enfin évidente du totalitarisme nazi pousse à l'autre extrême idéologique la jeunesse pensante, qui entre en grand nombre, avec la foi grave du charbonnier, dans les rangs de la secte communiste.
Le jeune normalien, dont ses courageux états de service dans la Résistance avaient fait un chargé de mission auprès d'Yves Farge, commissaire de la République à Lyon, ne cherche pas à en tirer un parti de carrière. Tout au plus a-t-il fait jouer cette autorité éphémère en faveur de son père, qu'il va tirer à Marseille d'un très mauvais pas.
Est-ce ébrouement après une trop forte tension ? Est-ce déception des espoirs conçus dans la Résistance ? Est-ce réaction vitale à l'entrechoquement des fanatismes ? Ou bien est-ce tout simplement cette « ligne d'ombre » dont parle Conrad, et qu'il est si difficile de traverser entre jeunesse et maturité ?
Loin d'entrer en politique, l'archicube Ricard ne se préoccupe même pas de suivre l'autre chemin tout tracé qui se propose à lui : l'agrégation de philosophie. Dans mon portrait de groupe, à côté de l'adolescent gallo-romain et de l'étudiant résistant, fait son entrée un jeune bohème à la recherche d'une identité, quoiqu'il soit déjà chargé de famille.
Il tâtonne dans diverses voies de traverse. Elles n'ont qu'un attrait commun : échapper à tous les enrégimentements pédantesques, qu'il s'agisse d'une préparation de concours, ou de la mise en carte de l'intelligence dans le stalinisme ou le stalino-sartrisme.
Ce bohème, qui se frotte, en même temps que beaucoup d'excellents esprits (un Peter Brook, un Louis Pauwels), à Gurdjieff et à ses « méthodes d'éveil », ou qui vagabonde en Égypte en compagnie d'un fils de famille fantasque et subtil, préfigure dès les années 1946-1949 les errances à la Kerouac et à la Ginsberg, dont il se fera plus tard, dans Ni Marx ni Jésus, l'observateur sceptique, mais attentif, dans l'Amérique des années soixante. C'est au cours de cette période qu'il va se lier à André Breton, dont il restera l'ami jusqu'à la mort de ce grand poète.
Il se laisse tenter par l'Algérie. Cette terre formait encore trois « départements français ». Elle connaissait alors sa dernière embellie, avant que ne s'y déclenche le mécanisme tragique dont nous ne voyons toujours pas la fin aujourd'hui. J'aurais souhaité faire surgir ici, à l'arrière-plan de mon portrait de groupe, le génial, généreux et insupportable Marc Zuorro, qui avait fasciné Sartre et Simone de Beauvoir, avant qu'ils ne le couvrent de sarcasmes. Zuorro, d'origine maltaise, né en Algérie, grand lettré qui n'écrivait pas, et homme d'influence, soutenait la politique du gouverneur général Chataigneau : rapprocher l'élite libérale musulmane et l'élite libérale de la colonisation ; il recrutait pour le gouverneur des jeunes gens de qualité. C'est lui qui convainquit Jean-François Ricard d'accepter un poste à la médersa de Tlemcen. Le limogeage de Chataigneau, l'arrivée à Alger de son successeur Marcel-Edmond Naegelen, les élections truquées du printemps 1948 persuadèrent le jeune professeur de démissionner. Son contrat moral n'avait pas été rompu de son chef. Il savait que cela ne lui faciliterait pas la vie. Mais son éducation politique, commencée pendant la Résistance et la Libération, se poursuivait.
Toujours rebelle aux sentiers battus, après quelques mois difficiles à Paris, il obtient en 1950 un poste à l'Institut français de Mexico. Il ajoute à ses activités de professeur celle d'animateur d'un ciné-club de haute tenue, qui lui permet entre autres de révéler aux Mexicains les premiers chefs-d'œuvre surréalistes, qu'ils ignoraient, de Luis Bunuel, installé pourtant depuis 1938 au Mexique. Il fait l'expérience des réalités de l'Amérique latine. Il se lie aux plus lucides intelligences du continent, un Octavio Paz, un Mario Vargas Llosa. Une étude au vitriol sur la société mexicaine, prise depuis près d'un demi-siècle dans les rets d'un « Parti révolutionnaire institutionnel », est publiée dans la revue Esprit. Cet article impitoyable l'introduit, mais sous un pseudonyme, dans le grand journalisme.
Par ces voies de traverse, le bohème fait son miel. Il apprend sur le tas ce que l'on ne trouve ni dans les livres ni dans les salles de cours. Il ne sera jamais un pédant. Et comme, de surcroît, ni les livres, ni les bons maîtres ne lui ont manqué, ce polyglotte gyrovague peut amorcer de loin, au Mexique, sa vraie carrière, celle d'essayiste, de journaliste et d'écrivain.
Le voici cependant de nouveau professeur, maintenant agrégé, mais non pas docteur, pendant les quatre années fertiles qu'il passe à Florence, à l'Institut français et à la faculté de lettres, de 1952 à 1956.
Il est redevenu célibataire, il a des loisirs pour écrire, pour voyager, souvent en compagnie de son collègue André Fermigier, historien de l'art et fin lettré. C'est à Florence qu'il compose ses premiers manuscrits de longue haleine. C'est aussi à Florence qu'il devient, par l'expérience directe des œuvres, dans la conversation des experts, et la préparation de cours, un historien de l'art sans diplôme, mais dont la suite des événements attestera les compétences. « On ne parvient à la culture, lit-on dans les Mémoires de notre multiple confrère, que par des voies obliques par rapport à l'enseignement officiel, quoique directes par rapport à la culture même. »
Ces écoles buissonnières vont porter leurs fruits dès le retour à Paris du professeur Ricard, en 1956. L'année suivante, après publication en bonnes feuilles dans la revue qui avait été celle des Hussards, La Parisienne, dirigée désormais par François Nourissier et où caracole Jean d'Ormesson, le pamphlet Pourquoi des philosophes ? fait, comme on dit en Provence, « un malheur ». Publiée par René Julliard la même année, l'Histoire de Flore, portrait de femme et roman semi-autobiographique, tombe à plat. L'homme de lettres débutant eût sans doute préféré le contraire. Le batailleur est comblé.
Le nom de Jean-François Revel est devenu célèbre, mais dans le tintamarre : les doctes que son pamphlet a maltraités y contribuent par leur mauvaise humeur ; journaux et hebdomadaires se bousculent pour obtenir sa signature ; le flair des politiques subodore dans ce talent pamphlétaire un allié souhaitable. Encore quelques années, et le succès va lui permettre, en 1963, de quitter l'Éducation nationale et de vivre de sa plume. La ligne d'ombre est franchie, la vie de bohème terminée. Un grand journaliste et écrivain vient s'asseoir à notre table.
Mais ce nouveau venu nous rejoint avec l'expérience et la conscience professionnelle du professeur, métier qu'il a exercé pendant plus de dix ans en France et à l'étranger, et dont il écrira dans ses Mémoires qu'il l'a « adoré ». Des cours ou de la classe, il dira avoir préféré la seconde, « plus humaine et plus technique », et qui fait du professeur un entraîneur parmi un groupe de jeunes gens dont il connaît chaque individualité, et dont il accompagne la maturation singulière. Chaque professeur de collège et de lycée est un peu Socrate parmi la jeunesse d'Athènes.
Encore faut-il que naisse, dans la salle de classe, cette passion commune d'apprendre, que l'élève Ricard avait connue chez les jésuites de l'école libre de Provence, et qu'il avait retrouvée autour de lui au lycée Faidherbe de Lille et au lycée Jean-Baptiste Say à Paris. Si ce désir naturel et élémentaire de croître ensemble est faussé ou même prévenu par un confort intellectuel préfabriqué et prématuré, l'Université, de haut en bas, est menacée de ne plus mériter son beau nom d'Alma Mater. La République, elle aussi, peut connaître cette paralysie de l'esprit.
Le professeur Ricard ne s'était pas heurté à cette paresse hargneuse dans ses classes de lycée. L'essayiste et journaliste Revel va la découvrir peu à peu, et la combattre courageusement de front dans un milieu parisien dont la bonne conscience hautaine protège, comme une carapace, les idées reçues et les calculs de prudence. Sur le forum, face à des adversaires qui savent mordre en meute, il va se montrer, avec d'autant plus de pugnacité qu'il a affaire à des retors, ce Socrate en action dont il avait d'abord exercé l'ironie avec bienveillance, parmi ses élèves.
Les réactions à son premier livre le prévinrent de ce qui l'attendait, et peut-être, le mirent en appétit. Pourquoi des philosophes ? a provoqué une véritable Querelle. Ses adversaires dénoncent une provocation de circonstance : la grosse colère affectée par un inconnu qui se fait connaître aux dépens d'illustres docteurs. Comme Molière écrivant La Critique de l'École des femmes, Revel publie deux ans plus tard, sous le titre La Cabale des dévots, un bilan goguenard de la Querelle dont son livre a été l'objet.
En réalité, anticipant sur les savantes études de Pierre Hadot, la question centrale qui gouverne ce pamphlet est simple et forte. Relayée par Hadot, elle fera son chemin dans l'esprit de Michel Foucault et de Paul Veyne. La philosophie est-elle un mécano de concepts, que l'on monte ou que l'on démonte, comme la théologie pour les docteurs scolastiques, ou bien est-elle une méthode expérimentale qui enseigne à savoir se gouverner soi-même et éventuellement à savoir orienter la Cité, comme le voulaient les écoles antiques du Lycée ou du Portique, et après elles, un Montaigne, un Molière ? Le premier coup d'éclat de l'essayiste, sous sa tonitruance, rappelait au Quartier latin et à ses régents que Massilia, Agrigente, Athènes en avaient su beaucoup plus long qu'eux sur la vie bonne, et sur les chemins qui y conduisent.
Les compliqués d'époque tardive qui, du haut de leur pensoir, échappent à la vérité et manquent la substance savoureuse des choses, avaient essuyé déjà la verve du pamphlétaire. On la retrouve, cette verve, dans l'autre livre, conçu lui aussi à Florence, qu'il publiera en 1960 : Sur Proust. Ce n'est pas un pamphlet. C'est un chef-d'œuvre d'analyse et d'ironie. Proust est en effet devenu l'idole des compliqués. Quel régal de roi de montrer que la Recherche, véritable exercice au sens de Pierre Hadot, est le contraire de ce que ses idolâtres croient savoir de Proust, et que, de surcroît, semble confirmer sa correspondance maniérée ! Le poète de la Recherche, libérateur de Proust, pasticheur de Proust, regarde la vie en face, avec un sens comique aussi robuste que celui de Plaute ou de Molière. Il nous a légué, de sa chambre de malade, parmi ses fumigations, un merveilleux viatique de gai savoir.
Le séjour florentin, le tourisme d'art dans l'Italie profonde ont été une corne d'abondance. En 1958, avait paru, non sans scandale des deux cotés des Alpes, Pour l'Italie. Là encore, un poncif des raffinés volait en éclats : il venait d'être tout fraîchement ravivé par des livres, Tempo di Roma d'Alexis Curvers, La Modification de Butor, et par un film, Vacances romaines. L'Italie de De Sica et de Rossellini était furieusement à la mode.
En solide Latin qui sait ce qu'est la vie civile, l'auteur de Pour l'Italie s'est régalé à faire voir dans ce livre semi-autobiographique une société italienne pathétique et ridicule, corsetée par la bigoterie et la pruderie, déboutonnée par la sous-administration, gâchée par la corruption. Le livre fut bientôt traduit en italien. Il a eu un succès durable dans la péninsule, prompte à se désoler d'elle-même. Il faut l'avouer : cette satire provocante, et vraie à son heure, de l'Italie démocrate-chrétienne d'après-guerre, a vieilli. Elle ne faisait pas assez pressentir, sous la surface, la santé essentielle d'un peuple très expérimenté, et beaucoup plus avisé qu'il ne semble à l'admiration convenue ou à la condescendance des Français. Le professeur à l'Institut de Florence, de retour à Paris, était lui-même la preuve vivante de sa propre partialité : cette Italie qu'il démystifiait si âprement lui avait porté bonheur.
Un autre personnage est venu dans l'intervalle prendre place dans mon portrait de groupe : Revel militant politique. Il tient à la main son premier pamphlet « engagé » : Le Style du Général, publié en 1959, et honoré par un bloc-notes acide de François Mauriac. À l'arrière-plan de ce mousquetaire, décidé à en découdre avec le pouvoir personnel, se dessine peu à peu une silhouette à large feutre noir. Même dans l'ombre, nul ne manquera de reconnaître le singulier sourire de celui que l'on surnomme, depuis longtemps, « le Florentin ». Il est en train d'écrire Le Coup d'État permanent, qui paraîtra en 1964. Il fait figure alors de champion du libéralisme politique et de la construction européenne, face à l'État U.N.R.
Les deux hommes, pour des motifs bien différents, se sont rapprochés en 1961. La nouvelle vedette de la presse et de l'édition avait été révulsée par les conditions et par le programme du retour du Général au pouvoir et il l'avait fait hautement savoir. Le déjà vieux routier de la politique, quant à lui, avait flairé dans ce malaise, partagé au centre comme à gauche de l'échiquier politique, sa chance d'opposer un jour rassemblement à rassemblement, et d'emporter la partie.
Le généreux est séduit, jusqu'à un certain point, par le très habile politicien. Il entre dans son gouvernement fantôme, au titre de ministre de la Culture. Il se réjouit du ballottage inespéré de 1965, qui pose François Mitterrand, au second tour des présidentielles, en David de l'opposition contre de Gaulle-Goliath, ce qui fait de cet heureux candidat battu le chef de l'opposition, de préférence à Mendès, à Defferre, à Lecanuet. Revel se présente même à la députation en 1967, sur l'une des listes F.G.D.S. les moins promises au succès, à Neuilly-Puteaux.
Dès 1972, il s'éloigne du tentateur. Le contre-rassemblement sur lequel François Mitterrand, après ses déboires en 1968, compte pour conquérir le pouvoir, n'est plus du tout ancré au centre, comme c'était encore le cas dans les dix années précédentes : il veut maintenant engranger le poids électoral des communistes ; son programme commun, pour l'essentiel, est celui que lui a dicté le parti stalinien.
L'éducation politique de l'écrivain Revel s'achève. Il s'est rapproché à la fois du Raymond Aron de L'Opium des intellectuels (1957) et du Jean-Jacques Servan-Schreiber du Défi américain (1967). Dès octobre 1972, il a l'audace de dénoncer, dans un éditorial de L'Express, les « scellements ignorés » qui rattachent en France la pesanteur des idéologies dominantes, l'arbitraire de l'État et l'information biaisée dont souffre le public. Désormais, les assis de gauche voient en lui un affreux trublion.
Les livres qu'il va publier exposent avec une impardonnable vigueur dialectique les conclusions libérales auxquelles l'ont conduit ses nombreux voyages et séjours dans les pays de l'Est, en Amérique latine et en Amérique du Nord, et son expérience des coulisses de la vie politique française. La Tentation totalitaire, en 1976, est suivie, après quelques mois, par La Nouvelle Censure, un exemple de mise en place de la mentalité totalitaire où l'auteur, analysant les réactions furieuses à son livre, démonte les mécanismes de défense des chiens de garde de l'orthodoxie progressiste et range les rieurs de son côté. Le Rejet de l'État en 1984, Le Regain démocratique en 1992, scandent un long et patient effort pédagogique pour déniaiser les élites françaises, et les convaincre que l'État envahissant, de quelque nom dont on le pare, colbertiste, keynésien ou marxiste, n'est plus qu'un dinosaure: la liberté d'entreprendre est encore, ou de nouveau, la meilleure chance de vitalité et d'avenir pour les sociétés de la fin du siècle.
Pourtant, l'essayisme politique est très loin de résumer son existence. Tout en livrant, sur le forum, cette bataille de longue haleine, et qui n'est toujours pas gagnée, le lettré a publié des essais étincelants dans les colonnes de France- Observateur et du journal Arts : ils ont été réunis depuis sous le titre Contrecensures. Il dirige chez Pauvert la collection « Libertés » qui publie ou réédite plusieurs courts chefs-dœuvre du pamphlet : La Trahison des clercs de Benda, La Littérature à l'estomac de Gracq, Nouvelle critique, nouvelle imposture de Raymond Picard. Plusieurs brûlots ont été ainsi lancés dans le bunker de la pensée captive du Quartier latin.
Un autre Revel, amateur et historien de l'art, fait traduire chez René Julliard les classiques américains, anglais et italiens de la discipline, et il écrit lui-même de nombreuses études dans L'Œil et dans Connaissance des arts ; elles viennent d'être réunies cette année même dans un beau recueil intitulé : L'Œil et la connaissance.
L'agrégé de philosophie n'oublie pas pour autant sa vocation première : dans Descartes inutile et incertain, il dénonce une célèbre tentative française de faire coïncider la pensée théologique avec la science, et il poursuit sa pointe dans une Histoire de la philosophie occidentale qui se refuse à la technicité et vise un large public.
Le poète qu'il fut, le correspondant de Max Jacob dans ses années de collège, l'admirateur et ami de Breton après la guerre, a fait paraître une Anthologie de la poésie française. Ni Voltaire, ni Péguy, ni Claudel, n'y figurent. Mais on y trouve, parmi d'admirables chefs-d'œuvre lyriques connus ou moins connus, le sonnet d'Oronte et de Georges Fourest, un « Pseudo sonnet africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille ».Voici le second tercet :
« Makoko reste aveugle à tout ce qui l'entoure : Avec conviction ce potentat savoure Le bras de son grand-père et le juge trop cuit . »
Comme vous le voyez, mon portrait de groupe s'est accru tout à coup de nombreux convives. Je n'aurai garde de manquer d'y faire figurer aussi le gastronome éclaire et le connaisseur des grands crus. Cet autre Revel a écrit un chef-d'œuvre d'érudition élégante et de succulentes saveurs : Un festin en paroles. On le dirait traduit du latin dAulu-Gelle ou d'Apulée. Son auteur est membre du club des Cent, une académie de Lucullus qui hérite d'une tradition parisienne remontant au club de la Fourchette, puissance occulte et déterminante, sous la monarchie de juillet, dans les élections à notre propre Académie.
Les Cent se réunissent une fois par semaine, leur jeudi concurrent du nôtre, autour d'un déjeuner organisé, surveillé et expérimenté à l'avance par un brigadier. Le brigadier Revel a fait triompher, au cours de l'un de ces plantureux déjeuners, une recette romaine, le canard d'Apidus. Canard poché dans un bouillon salé et aromatisé, puis rôti, après avoir été nappé d'une couche de miel et d'épices variées, poivre, coriandre, cumin, assa fetida, servi avec un vin de Banyuls, faute du Falerne cher à Horace. Ce chef-d'œuvre de l'Antiquité est encore au menu d'un des grands restaurants de Paris, repris par le même maître queux qui l'avait mitonné d'abord sous la direction experte de notre nouveau confrère.
L'homme, public et privé, des années soixante-dix, est-il parvenu à ce dosage équilibré entre loisir lettré, luttes du forum, et sagesse personnelle vers lequel il n'a, au fond, cessé de tendre depuis sa crise de jeunesse ?
Il s'en est beaucoup rapproché. Mais il a encore besoin de batailles publiques pour absorber le surcroît de sa prodigieuse vitalité et donner libre cours à son goût du défi. Peu à peu, il est passé du statut de grand journaliste, à France- Observateur, puis à L'Express, où il était entré comme éditorialiste de la section « livres » en 1966, à celui de capitaine de presse. Imaginez-le, tel qu'il apparaît alors, entre deux avions, deux conseils de rédaction, deux bouclages sur le marbre, deux coups de téléphone, deux révélations sensationnelles et soigneusement préparées, depuis qu'il est devenu en 1978 directeur de la rédaction de l'hebdomadaire fondé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, et maintenant propriété de Jimmy Goldsmith. L'éditorialiste politique de L'Express est Raymond Aron. Pour le voir, pour l'entendre, évoluant entre ces deux personnalités de grand format et de style entièrement différent, souvenez-vous des pages les plus mouvementées de ses Mémoires. C'est Athos entre un Porthos des affaires et un Aramis de la pensée.
La rupture avec L'Express en 1981, l'entrée l'année suivante au Point, l'hebdomadaire rival fondé par Claude Imbert en 1972, inaugurent la longue saison dorée de Jean-François Revel. Elle dure depuis presque deux décennies déjà, fertiles et sereines à l'intérieur, toujours pugnaces à l'extérieur.
À Claude Imbert, vous pourriez dire, cher Jean-François, paraphrasant Virgile : Amicus haec otia fecit. Depuis que Le Point vous permet d'exercer le journalisme sans rompre tous les jours en visière les démons de la communication, que vous avez si courageusement dénoncés dans La Connaissance inutile, votre devise n'est-elle pas le mot de Sénèque : Otium sine litteris mors est, et vivi hominis sepultura ?
Ces longues années au Point ont fait de vous un magistrat de la presse et des lettres et un sénateur à vie de la politique française.
Faute de siège au Sénat de la République, récompense des hommes de parti, votre indépendance s'est tournée vers nous. Notre Compagnie, qui est faite d'une conjonction de singularités, l'a reconnue volontiers pour sienne et vous reçoit aujourd'hui, avec tous ceux que vous avez été tour à tour et à la fois, depuis votre enfance à « La Pinède », à la table de son propre banquet d'Immortels.
Il est dommage que David, le néo-classique David, n'ait pas dessiné pour l'Institut un costume à l'antique, toge à vastes draperies et couronne de lauriers. Il vous siérait beaucoup mieux encore que notre moderne habit vert. Vous êtes, dans votre plus récente Incarnation, un parfait modèle pour l'un de ces sculpteurs romains qui ont porté au très grand art le portrait individuel des hommes publics, ou pour l'un de leurs splendides héritiers français du siècle des Lumières, Bouchardon ou Pajou. Et ce n'est pas seulement par des affinités physiognomoniques que vous appartenez à la Rome de l'empereur Hadrien, ou à celle qu'habitait, pour y méditer sur la grandeur et la décadence, Charles de Secondat de Montesquieu.
C'est aussi, et c'est surtout, par votre amour de la sagesse, de la liberté, de la vérité, par votre allergie aux dieux, par votre culte de l'amitié, par votre culture nourrie d'auteurs latins et de poètes français. Parmi tous ces traits d'ancien Romain et de Français des Lumières, je voudrais isoler et rapprocher, pour achever ce portrait, votre religion de l'amitié et votre inimitié pour les religions.
Vos Mémoires (mais aussi ma propre enquête et ma propre expérience) attestent votre don d'attirer à vous, sous tous les cieux, des amis de qualité, et de les garder. Ils sont nombreux aujourd'hui dans cette enceinte pour vous faire fête. En filigrane, votre autobiographie est un véritable traité De amicitia. Mais elle ne cache pas, c'est le moins que l'on puisse dire, votre éloignement pour les Églises, pour leurs dogmes, pour le socle sacré sur lequel elles affirment toutes jalousement reposer.
Ce culte de l'amitié et cette répulsion pour les cultes sont l'avers et le revers d'un même humanisme laïc parvenu à maturité. Vos prédilections vont aux époques, comme celle de Cicéron et de Sénèque, ou celle de Montesquieu et de Voltaire, où les dieux anciens sont morts, et où le Dieu nouveau reste encore caché. Dans ces parenthèses de l'histoire religieuse des hommes, la terre et non le ciel, la société et non l'après-vie, l'instant qui fuit et non l'éternité, sont le terrain d'exercice, pour des élites éclairées, d'un art de vivre ici-bas. Mais sommes-nous à l'époque des élites éclairées ? Vous avez démontré vous-même que les religions séculières peuvent être plus aveugles et plus féroces — et j'ajouterais beaucoup moins fécondes — que les religions de la transcendance.
On a pu s'étonner que, l'année dernière, dans un dialogue intitulé Le Moine et le Philosophe vous ayez semblé rompre avec le Tanturn religiosuasit malorum de Lucrèce. Le succès de ce dialogue a démontré l'intérêt croissant pour le bouddhisme qui se manifeste en France comme dans tout l'Occident euro-américain. Il est vrai que, dans cet entretien qui a pour objet le bouddhisme tibétain, vous avez pour interlocuteur votre propre fils, Matthieu, qui fut l'un des meilleurs élèves à l'Institut Pasteur de notre confrère François Jacob. Contre toute attente, et d'abord contre vos propres vœux, Matthieu Ricard s'est soudain détourné de la brillante carrière scientifique qui lui était promise. Il est devenu le meilleur disciple du moine bouddhiste tibétain Dilgo Khyendsé, et maintenant un très proche collaborateur du dalaï-lama. Il est vrai aussi que votre horreur des États exterminateurs ne peut que vous rendre solidaire du Tibet, soumis par la Chine communiste à un génocide lent, mais radical, et éveiller votre bienveillance pour l'ancienne et savante religion qui est l'âme de ce peuple martyr. Malgré tout, vous tenez bon dans ce dialogue la cause agnostique de la science et de la philosophie. La compréhension que vous accordez au bouddhisme s'adresse à une sagesse analogue au stoïcisme et à l'épicurisme antiques qui vous sont chers ; vous y reconnaissez une méthode pour approfondir la conscience verticale de l'instant, et non pas une religion de salut. L'amitié évidente qui vous unit à votre fils n'a pas fait de cet échange l'amorce de votre conversion : entre Jean-François et Matthieu, c'est l'expérience partagée du jardin de Candide, une conversation d'intelligences diversement orientées, et qui tient en respect, aussi longtemps qu'elle peut durer, le fanatisme et la terreur.
Votre humanisme laïc, que je situerais volontiers dans la tradition d'Alain, avec plus de chaleur généreuse dans votre cas, ne s'oppose pas à la science. Au contraire, il a besoin d'elle, elle a besoin de lui, il la complète dans l'ordre des mœurs. Il vise comme elle à rendre ici-bas plus commode, plus raisonnable, moins douloureux et moins bref.
Vous venez de nous tracer un magnifique portrait d'homme de science, qui était aussi à sa manière un saint laïc, Étienne Wolff.
J'ai rencontré pour la première fois Étienne Wolff à Rouen, au lycée Corneille, où il avait fait ses études secondaires, et où il présidait les célébrations du tricentenaire du poète dramatique, qui avait fait ses études dans les mêmes murs élevés au dix-septième siècle pour recevoir un grand collège de Jésuites. L'illustre savant, timide, intimidant, était resté ce jour-là sur la réserve. En réalité, j'eus plusieurs fois l'occasion, lorsque j'étais candidat au Collège de France, dont il a été un sage et vigilant administrateur, vous venez de le rappeler, puis à l'Académie française, où il occupait le fauteuil de La Fontaine, de découvrir que j'avais obtenu d'emblée, sans le savoir, son estime, sa sympathie, son soutien, et ce soutien était de poids. J'eus souvent l'occasion depuis de m'entretenir avec lui, et de mieux deviner, sous la pudeur, une profonde sensibilité qu'un cruel veuvage avait endolorie, et de frémissantes antennes tournées vers autrui.
Pour lui, les lettres étaient une consolation, mais il voyait aussi en elles le socle sur lequel la science moderne s'était édifiée. Aussi était-il intimement persuadé qu'entre les deux étages de la connaissance, l'un recourant aux seules langues naturelles, l'autre faisant appel aux langages symboliques, la conversation était beaucoup plus naturelle et plus fertile que ne l'avait prétendu, dans un essai trop célèbre, intitulé Les Deux Cultures, le professeur C.P. Snow. Lui-même était la preuve vivante de cette complémentarité.
Ce n'était pas seulement par sa fréquentation quotidienne des auteurs classiques, qu'il avait appris à aimer au lycée. Il lisait les modernes, les contemporains. Il demandait aux écrivains de maintenir en alerte son imagination et la fine pointe de son esprit. Biologiste et tératologue, il était aussi grand botaniste, zoologue et géologue. Il disait volontiers que dans ces sciences, la précision de la langue est le point de départ et d'arrivée de toute recherche. Linné était ainsi parent proche de Littré. Il réunissait en lui Linné et Littré dans les séances du Dictionnaire, ou il resta assidu jusqu'à ses derniers jours, avec son extraordinaire mémoire des mots rares et son aptitude aux définitions nettes et concises. Nous vous sommes tous reconnaissants de l'éloge que vous venez de prononcer à sa mémoire. Nous l'aimions tous chèrement. Vous l'avez fait apparaître devant nous tel qu'il vit toujours dans nos cœurs.
J'aurai rempli moi aussi mon office dans ce rite d'accueil si, en échange, j'ai le moins du monde réussi à faire sentir à tous que l'inspiration de vos diverses vies, de vos multiples talents, de vos convictions, de vos colères et de votre ironie critique, est en dernière analyse cette même bonté qui était l'âme de votre prédécesseur. C'était aussi, pour les Romains, la définition de l'orateur : vir bonus dicendi peritus, et pour nous celle de l'académicien français.
Le Ciel, parmi toutes les béatitudes qu'il dispense aux hommes à sa guise, a choisi, pour notre bonheur, de vous pourvoir sans compter de cette bonté qui fonde et qui anime le talent d'écrire. C'est pourquoi notre Compagnie vous accueille aujourd'hui à bras ouverts.
Réponse de M. Marc Fumaroli au discours de M. Jean-François Revel
DISCOURS PRONONCÉ DANS LA SÉANCE PUBLIQUE
Le jeudi 11 juin 1998
PARIS PALAIS DE L’INSTITUT
Il n'est pas fréquent, Monsieur, qu'un jeune homme aussi gaillard que vous ait déjà publié ses Mémoires, peu de temps avant d'être élu à l'Académie. C'est la première fois, si je ne me trompe, qu'un tel cas se produit. Vous avez ainsi rendu très difficile le plaisir de vous y accueillir. Je ne mesurais pas l'obstacle le jour où, dans un élan d'amitié et d'estime, j'ai accepté l'honneur que vous m'avez fait en me demandant de vous répondre.
Un discours de réception est une sorte de miroir de Venise dans lequel le nouvel académicien, après avoir remercié ses pairs et fait l'éloge de son prédécesseur, est invité à se regarder en grande cérémonie : dans l'image que lui propose l'un de ses confrères, il se voit une dernière fois en simple mortel, au moment où il fait son entrée en immortalité. Cette épreuve du miroir n'est pas exactement l'heure de vérité : l'enceinte académique n'a rien d'une plaza de toros ni du tribunal de l'Éternité, ni à plus forte raison de ce plateau de télévision où vous vous êtes un jour trouvé en butte aux injures d'un Georges Marchais ; mais enfin, c'est un grand moment de face à face public avec soi-même, et la pompe qui entoure nos anciens rites oratoires le rend mémorable pour leur nouvel initié.
Mais vous, vous avez pris les devants : vous vous êtes si bien montré vous-même au naturel dans vos Mémoires que le discours de réception est déjà tout fait. Il est seulement un peu long. Résumez-moi, me direz-vous. Là commence la difficulté : comment réduire en portrait de style académique le héros truculent, guerroyant et picaresque du western d'aventures et d'action que vous avez intitulé : Le voleur dans la maison vide ? Vous aviez une caméra-stylo et je n'ai qu'un pinceau.
Ce projet de portrait d'apparat, unique chance que vous m'ayez laissée de vous représenter après vous à vous-même, a dû très vite évoluer vers le portrait de groupe. Dans vos Mémoires, vous vous êtes donné l'avantage de la narration et qui plus est, de la narration à la première personne. Ces deux techniques donnent une forte impression d'unité. Sans doute, Revel raconte Ricard, Ricard juge Revel, le montage narratif entremêle les lieux et les temps, mais on entend toujours la même voix qui a mué autrefois et qui a mûri depuis. C'est la réussite littéraire de votre livre. Mais moi, à force de relire vos ouvrages, d'entendre vos amis si divers m'entretenir de vous, à force de vous faire poser vous-même à une excellente table de la rue du Cardinal Lemoine, à mi-chemin de mon bureau du Collège et de l'île Saint-Louis où vous habitez, j'ai dû me rendre peu à peu à l'évidence : j'accueille aujourd'hui, au nom de notre Compagnie, dans un même et unique fauteuil, non pas un seul personnage, signataire de livres nombreux et célèbres, auteur notamment de Mémoires, mais bien plusieurs académiciens sous une seule identité et un seul habit brodé de vert.
Faute de pouvoir, comme vous, les fondre dans un même récit haletant de drôlerie et de vie, je vais être obligé de les peindre l'un après l'autre, l'un à côté de l'autre, en espérant que vous vous reconnaîtrez cependant, tenant successivement tous les rôles, dans cette réunion de poètes, d'artistes et de philosophes à la Fantin-Latour, dont les Quarante, sous le seul nom de Revel, reçoivent aujourd'hui le renfort collectif.
Cette société d'âges, d'activités et de loisirs différents, vous-même, je la représenterais volontiers autour d'une table très bien servie, car les festins d'un Revel ne sont pas, comme on sait, que de paroles. À côté des verres, parmi les bouteilles et les plats, la pile de vos livres atteste la fécondité de vos nombreux avatars.
Au bas bout de la table, je ferai voir d'abord un tout jeune Massilien des années 1938-1941. Il aurait pu être un élève de Quintilien, au iii e siècle, ou un personnage adolescent de notre très regretté confrère Marcel Pagnol, sur l'autre versant de ce siècle-ci.
Cet adolescent est mince, robuste, chevelu. Un corps bref et musclé, un visage en lame de couteau ; c'est un caractère entier, fidèle en amitié, violent dans ses admirations et ses irritations, prompt aux amours passionnées comme aux voluptés de passage. Ce garçon intrépide promet d'être un grand vivant, il l'est déjà. Si nous pouvions l'entendre, sa belle voix grave serait peut-être encore, dans ces années profondes, colorée d'accent provençal, avec un imperceptible arrière-fond d'exotisme, car une enfance à Maputo, au Mozambique, avait fait du portugais sa première langue maternelle.
Ce jeune Latin de teint clair est né en Provence en 1924, d'un père lyonnais et d'une mère enracinée dans une Franche-Comté autrefois espagnole. Depuis le retour de ses parents du Mozambique, en 1929, il a grandi dans une belle et ancienne villa provençale, « La Pinède », au milieu d'un parc du quartier Sainte-Marguerite, à Marseille.
À l'automne, cet adolescent accompagne à la chasse, dans la Crau, son père, son oncle et leurs amis ; l'été il pêche en bateau dans le lac de Saint-Point, comme ses lointains ancêtres que représentent les mosaïques du palais de l'empereur Maximien, à Piazza Armerina, en Sicile. Cette Provence encore romaine est tout aussi bien celle de Marius et César : les chasseurs de la Crau, le lendemain de leurs exploits, les racontent et les miment pour le public du « Rendez-vous des chasseurs », sur le Vieux Port de Marseille ; un fusil de bois est à leur disposition pour appuyer leurs galéjades de l'éloquence du geste.
Le jeune garçon étudie en externe, chez les jésuites, à l'école libre de Provence, les auteurs latins et grecs, l'histoire, la philosophie. Le sens du péché n'inquiète pas son tempérament précoce : ses cousines de « La Pinède » et les baigneuses de la Corniche ne lui sont pas, de son propre aveu, farouches. Entre les études et les amours, il a une autre ressource, la bibliothèque et la conversation paternelles. Au banquet de toute une vie, je ne puis manquer de faire figurer, aux côtés de l'adolescent Jean-François Ricard, Joseph-MarieThéophile, son père. Il lui doit les premières nourritures inédites qui irritent souvent contre lui ses régents jésuites, attachés aux auteurs du programme scolaire.
Ce père, à sa manière lettré, n'a pourtant pas fait beaucoup d'études, il est né dans une famille modeste qui compte des dessinateurs pour l'industrie textile lyonnaise. Ancien combattant de 14-18, officier de réserve, deux fois croix de guerre, il doit, comme son frère, à un beau mariage d'être entré dans la moyenne bourgeoisie industrielle. Comme ses amis, il lit L'Action française. Le maurrassisme avait poussé dans l'entre-deux-guerres de profondes racines en Provence, dont Maurras, natif de Martigues, est originaire.
Lire L'Action française, c'était pour M. Ricard un choix politique, ce fut aussi, pour ce petit industriel doué pour les mathématiques plus encore que pour les affaires, une initiation littéraire, à la fois classique par ses références à la Grèce et à la Rome antiques, et très moderne grâce à la liberté des meilleurs critiques dont Maurras s'était entouré. Marcel Proust, correspondant de Maurras, a pu écrire peu avant sa mort, à peu près au temps où Jean-François Ricard venait au monde :
« Ne pouvant plus lire qu'un journal, je lis L'Action française. Je peux dire qu'en cela je ne suis pas sans mérite [...]. Mais dans quel autre journal le portique est-il décoré à fresque par Saint-Simon lui-même, j'entends Léon Daudet ? Plus loin [...] la colonne lumineuse de Bainville. Que Maurras [...] donne sur Lamartine une indication générale, et c'est pour nous mieux qu'une promenade en avion, une cure d'altitude mentale. »
Amateur de poésie et de prose modernes, M. Ricard père était aussi à sa façon un mécène, accueillant chez lui un peintre provençaliste, Audibert, achetant ses tableaux, l'emmenant avec sa famille, en 1938, à Genève, pour admirer une exposition des chefs-d'œuvre du Prado, que le gouvernement républicain espagnol avait mis à l'abri en Suisse.
Les germes des nombreuses curiosités que Jean-François Revel cultivera plus tard avec science et bonheur, les critères d'humanité selon lesquels il jugera les milieux et les cités nombreuses dont il aura fait sont déposés alors chez cet adolescent ardent. Il parlera plus tard, avec reconnaissance et nostalgie, de la « civilisation marseillaise » de sa jeunesse.
Il a déjà l'esprit frondeur et un instinct pour la presse : en classe d'humanités, la seconde de nos lycées, il crée avec une subvention familiale une revue dont il est le directeur et l'unique rédacteur, Le Catalyseur. Il y raille le préfet des études, le père Moille, dont la soutane est trop bien remplie, sous le nom de « Baleine ». Cela vaudra de sérieuses persécutions au journaliste en herbe, que « Baleine » n'appellera plus à son tour que « le Carotteur ». Pour autant, ce mauvais esprit reconnaissait volontiers en privé la science de latiniste hors de pair du vindicatif jésuite.
Il avait aussi trouvé moyen d'entrer en correspondance avec le poète Max Jacob, ce qui laisse entendre à quel point il était déjà intérieurement libre et vis-à-vis de son père et vis-à-vis de ses bons maîtres.
Dès 1941, de vives dissensions politiques explosent entre le père et le fils. Le jeune Jean-François quitte Marseille pour entrer dans l'hypokhâgne du lycée du Parc à Lyon, réputée la meilleure de tout le Sud-Est. C'est maintenant un étudiant indépendant dont le destin échappe à sa famille et qui embrasse, mais à sa manière, celui de sa propre génération.
Au lycée du Parc, il retrouve les belles-lettres telles qu'on les cultive à L'Action française, en la personne du professeur Victor-Henri Debidour, ou à travers l'influence qu'a exercée au lycée de Clermont, sur plusieurs de ses camarades hypokhâgneux venus d'Auvergne, le jeune Pierre Boutang. L'Action française elle-même, directeur en tête, est d'ailleurs alors repliée à Lyon. Mais le choix de l'étudiant est fait en sens inverse. Il est entré comme courrier dans un réseau de résistance où son supérieur direct est un autre professeur, Auguste Anglès, futur auteur d'une érudite histoire de la première N.R.F.
Il évolue dans le milieu de la revue Confluences, que dirigent René Tavernier et Jean Thomas. Il y croise le futur introducteur de Heidegger en France, le philosophe Jean Beaufret. S'il a pris le parti politique opposé à celui de son père, cet engagement ne l'a pas éloigné, pas plus qu'Auguste Anglès, de la littérature. Sous le pseudonyme de François Fontenay, il publie dans Confluences de janvier 1943 une élégie qui ne doit rien aux sombres circonstances :
« Ce sommeil étranger contre le mien dont mon épaule a gardé la forme et dont nous laissions trace à terre Ce bonheur lent de nos deux mains je les avais aimés en toi, au premier soleil dans la nappe de feu, et cette fleur de lumière prête à jaillir de tes yeux. Maintenant je pars à la trace de ton chemin . »
Cette même année 1943, reçu de justesse au concours de l'École normale, le jeune résistant et poète « monte » à Paris, où cette fois son supérieur de réseau est un autre professeur, Pierre Grappin, ami d'Auguste Anglès.
Le destin de sa génération se précipite. Aussi bien à l'École que dans les cercles de la Résistance, la défaite enfin évidente du totalitarisme nazi pousse à l'autre extrême idéologique la jeunesse pensante, qui entre en grand nombre, avec la foi grave du charbonnier, dans les rangs de la secte communiste.
Le jeune normalien, dont ses courageux états de service dans la Résistance avaient fait un chargé de mission auprès d'Yves Farge, commissaire de la République à Lyon, ne cherche pas à en tirer un parti de carrière. Tout au plus a-t-il fait jouer cette autorité éphémère en faveur de son père, qu'il va tirer à Marseille d'un très mauvais pas.
Est-ce ébrouement après une trop forte tension ? Est-ce déception des espoirs conçus dans la Résistance ? Est-ce réaction vitale à l'entrechoquement des fanatismes ? Ou bien est-ce tout simplement cette « ligne d'ombre » dont parle Conrad, et qu'il est si difficile de traverser entre jeunesse et maturité ?
Loin d'entrer en politique, l'archicube Ricard ne se préoccupe même pas de suivre l'autre chemin tout tracé qui se propose à lui : l'agrégation de philosophie. Dans mon portrait de groupe, à côté de l'adolescent gallo-romain et de l'étudiant résistant, fait son entrée un jeune bohème à la recherche d'une identité, quoiqu'il soit déjà chargé de famille.
Il tâtonne dans diverses voies de traverse. Elles n'ont qu'un attrait commun : échapper à tous les enrégimentements pédantesques, qu'il s'agisse d'une préparation de concours, ou de la mise en carte de l'intelligence dans le stalinisme ou le stalino-sartrisme.
Ce bohème, qui se frotte, en même temps que beaucoup d'excellents esprits (un Peter Brook, un Louis Pauwels), à Gurdjieff et à ses « méthodes d'éveil », ou qui vagabonde en Égypte en compagnie d'un fils de famille fantasque et subtil, préfigure dès les années 1946-1949 les errances à la Kerouac et à la Ginsberg, dont il se fera plus tard, dans Ni Marx ni Jésus, l'observateur sceptique, mais attentif, dans l'Amérique des années soixante. C'est au cours de cette période qu'il va se lier à André Breton, dont il restera l'ami jusqu'à la mort de ce grand poète.
Il se laisse tenter par l'Algérie. Cette terre formait encore trois « départements français ». Elle connaissait alors sa dernière embellie, avant que ne s'y déclenche le mécanisme tragique dont nous ne voyons toujours pas la fin aujourd'hui. J'aurais souhaité faire surgir ici, à l'arrière-plan de mon portrait de groupe, le génial, généreux et insupportable Marc Zuorro, qui avait fasciné Sartre et Simone de Beauvoir, avant qu'ils ne le couvrent de sarcasmes. Zuorro, d'origine maltaise, né en Algérie, grand lettré qui n'écrivait pas, et homme d'influence, soutenait la politique du gouverneur général Chataigneau : rapprocher l'élite libérale musulmane et l'élite libérale de la colonisation ; il recrutait pour le gouverneur des jeunes gens de qualité. C'est lui qui convainquit Jean-François Ricard d'accepter un poste à la médersa de Tlemcen. Le limogeage de Chataigneau, l'arrivée à Alger de son successeur Marcel-Edmond Naegelen, les élections truquées du printemps 1948 persuadèrent le jeune professeur de démissionner. Son contrat moral n'avait pas été rompu de son chef. Il savait que cela ne lui faciliterait pas la vie. Mais son éducation politique, commencée pendant la Résistance et la Libération, se poursuivait.
Toujours rebelle aux sentiers battus, après quelques mois difficiles à Paris, il obtient en 1950 un poste à l'Institut français de Mexico. Il ajoute à ses activités de professeur celle d'animateur d'un ciné-club de haute tenue, qui lui permet entre autres de révéler aux Mexicains les premiers chefs-d'œuvre surréalistes, qu'ils ignoraient, de Luis Bunuel, installé pourtant depuis 1938 au Mexique. Il fait l'expérience des réalités de l'Amérique latine. Il se lie aux plus lucides intelligences du continent, un Octavio Paz, un Mario Vargas Llosa. Une étude au vitriol sur la société mexicaine, prise depuis près d'un demi-siècle dans les rets d'un « Parti révolutionnaire institutionnel », est publiée dans la revue Esprit. Cet article impitoyable l'introduit, mais sous un pseudonyme, dans le grand journalisme.
Par ces voies de traverse, le bohème fait son miel. Il apprend sur le tas ce que l'on ne trouve ni dans les livres ni dans les salles de cours. Il ne sera jamais un pédant. Et comme, de surcroît, ni les livres, ni les bons maîtres ne lui ont manqué, ce polyglotte gyrovague peut amorcer de loin, au Mexique, sa vraie carrière, celle d'essayiste, de journaliste et d'écrivain.
Le voici cependant de nouveau professeur, maintenant agrégé, mais non pas docteur, pendant les quatre années fertiles qu'il passe à Florence, à l'Institut français et à la faculté de lettres, de 1952 à 1956.
Il est redevenu célibataire, il a des loisirs pour écrire, pour voyager, souvent en compagnie de son collègue André Fermigier, historien de l'art et fin lettré. C'est à Florence qu'il compose ses premiers manuscrits de longue haleine. C'est aussi à Florence qu'il devient, par l'expérience directe des œuvres, dans la conversation des experts, et la préparation de cours, un historien de l'art sans diplôme, mais dont la suite des événements attestera les compétences. « On ne parvient à la culture, lit-on dans les Mémoires de notre multiple confrère, que par des voies obliques par rapport à l'enseignement officiel, quoique directes par rapport à la culture même. »
Ces écoles buissonnières vont porter leurs fruits dès le retour à Paris du professeur Ricard, en 1956. L'année suivante, après publication en bonnes feuilles dans la revue qui avait été celle des Hussards, La Parisienne, dirigée désormais par François Nourissier et où caracole Jean d'Ormesson, le pamphlet Pourquoi des philosophes ? fait, comme on dit en Provence, « un malheur ». Publiée par René Julliard la même année, l'Histoire de Flore, portrait de femme et roman semi-autobiographique, tombe à plat. L'homme de lettres débutant eût sans doute préféré le contraire. Le batailleur est comblé.
Le nom de Jean-François Revel est devenu célèbre, mais dans le tintamarre : les doctes que son pamphlet a maltraités y contribuent par leur mauvaise humeur ; journaux et hebdomadaires se bousculent pour obtenir sa signature ; le flair des politiques subodore dans ce talent pamphlétaire un allié souhaitable. Encore quelques années, et le succès va lui permettre, en 1963, de quitter l'Éducation nationale et de vivre de sa plume. La ligne d'ombre est franchie, la vie de bohème terminée. Un grand journaliste et écrivain vient s'asseoir à notre table.
Mais ce nouveau venu nous rejoint avec l'expérience et la conscience professionnelle du professeur, métier qu'il a exercé pendant plus de dix ans en France et à l'étranger, et dont il écrira dans ses Mémoires qu'il l'a « adoré ». Des cours ou de la classe, il dira avoir préféré la seconde, « plus humaine et plus technique », et qui fait du professeur un entraîneur parmi un groupe de jeunes gens dont il connaît chaque individualité, et dont il accompagne la maturation singulière. Chaque professeur de collège et de lycée est un peu Socrate parmi la jeunesse d'Athènes.
Encore faut-il que naisse, dans la salle de classe, cette passion commune d'apprendre, que l'élève Ricard avait connue chez les jésuites de l'école libre de Provence, et qu'il avait retrouvée autour de lui au lycée Faidherbe de Lille et au lycée Jean-Baptiste Say à Paris. Si ce désir naturel et élémentaire de croître ensemble est faussé ou même prévenu par un confort intellectuel préfabriqué et prématuré, l'Université, de haut en bas, est menacée de ne plus mériter son beau nom d'Alma Mater. La République, elle aussi, peut connaître cette paralysie de l'esprit.
Le professeur Ricard ne s'était pas heurté à cette paresse hargneuse dans ses classes de lycée. L'essayiste et journaliste Revel va la découvrir peu à peu, et la combattre courageusement de front dans un milieu parisien dont la bonne conscience hautaine protège, comme une carapace, les idées reçues et les calculs de prudence. Sur le forum, face à des adversaires qui savent mordre en meute, il va se montrer, avec d'autant plus de pugnacité qu'il a affaire à des retors, ce Socrate en action dont il avait d'abord exercé l'ironie avec bienveillance, parmi ses élèves.
Les réactions à son premier livre le prévinrent de ce qui l'attendait, et peut-être, le mirent en appétit. Pourquoi des philosophes ? a provoqué une véritable Querelle. Ses adversaires dénoncent une provocation de circonstance : la grosse colère affectée par un inconnu qui se fait connaître aux dépens d'illustres docteurs. Comme Molière écrivant La Critique de l'École des femmes, Revel publie deux ans plus tard, sous le titre La Cabale des dévots, un bilan goguenard de la Querelle dont son livre a été l'objet.
En réalité, anticipant sur les savantes études de Pierre Hadot, la question centrale qui gouverne ce pamphlet est simple et forte. Relayée par Hadot, elle fera son chemin dans l'esprit de Michel Foucault et de Paul Veyne. La philosophie est-elle un mécano de concepts, que l'on monte ou que l'on démonte, comme la théologie pour les docteurs scolastiques, ou bien est-elle une méthode expérimentale qui enseigne à savoir se gouverner soi-même et éventuellement à savoir orienter la Cité, comme le voulaient les écoles antiques du Lycée ou du Portique, et après elles, un Montaigne, un Molière ? Le premier coup d'éclat de l'essayiste, sous sa tonitruance, rappelait au Quartier latin et à ses régents que Massilia, Agrigente, Athènes en avaient su beaucoup plus long qu'eux sur la vie bonne, et sur les chemins qui y conduisent.
Les compliqués d'époque tardive qui, du haut de leur pensoir, échappent à la vérité et manquent la substance savoureuse des choses, avaient essuyé déjà la verve du pamphlétaire. On la retrouve, cette verve, dans l'autre livre, conçu lui aussi à Florence, qu'il publiera en 1960 : Sur Proust. Ce n'est pas un pamphlet. C'est un chef-d'œuvre d'analyse et d'ironie. Proust est en effet devenu l'idole des compliqués. Quel régal de roi de montrer que la Recherche, véritable exercice au sens de Pierre Hadot, est le contraire de ce que ses idolâtres croient savoir de Proust, et que, de surcroît, semble confirmer sa correspondance maniérée ! Le poète de la Recherche, libérateur de Proust, pasticheur de Proust, regarde la vie en face, avec un sens comique aussi robuste que celui de Plaute ou de Molière. Il nous a légué, de sa chambre de malade, parmi ses fumigations, un merveilleux viatique de gai savoir.
Le séjour florentin, le tourisme d'art dans l'Italie profonde ont été une corne d'abondance. En 1958, avait paru, non sans scandale des deux cotés des Alpes, Pour l'Italie. Là encore, un poncif des raffinés volait en éclats : il venait d'être tout fraîchement ravivé par des livres, Tempo di Roma d'Alexis Curvers, La Modification de Butor, et par un film, Vacances romaines. L'Italie de De Sica et de Rossellini était furieusement à la mode.
En solide Latin qui sait ce qu'est la vie civile, l'auteur de Pour l'Italie s'est régalé à faire voir dans ce livre semi-autobiographique une société italienne pathétique et ridicule, corsetée par la bigoterie et la pruderie, déboutonnée par la sous-administration, gâchée par la corruption. Le livre fut bientôt traduit en italien. Il a eu un succès durable dans la péninsule, prompte à se désoler d'elle-même. Il faut l'avouer : cette satire provocante, et vraie à son heure, de l'Italie démocrate-chrétienne d'après-guerre, a vieilli. Elle ne faisait pas assez pressentir, sous la surface, la santé essentielle d'un peuple très expérimenté, et beaucoup plus avisé qu'il ne semble à l'admiration convenue ou à la condescendance des Français. Le professeur à l'Institut de Florence, de retour à Paris, était lui-même la preuve vivante de sa propre partialité : cette Italie qu'il démystifiait si âprement lui avait porté bonheur.
Un autre personnage est venu dans l'intervalle prendre place dans mon portrait de groupe : Revel militant politique. Il tient à la main son premier pamphlet « engagé » : Le Style du Général, publié en 1959, et honoré par un bloc-notes acide de François Mauriac. À l'arrière-plan de ce mousquetaire, décidé à en découdre avec le pouvoir personnel, se dessine peu à peu une silhouette à large feutre noir. Même dans l'ombre, nul ne manquera de reconnaître le singulier sourire de celui que l'on surnomme, depuis longtemps, « le Florentin ». Il est en train d'écrire Le Coup d'État permanent, qui paraîtra en 1964. Il fait figure alors de champion du libéralisme politique et de la construction européenne, face à l'État U.N.R.
Les deux hommes, pour des motifs bien différents, se sont rapprochés en 1961. La nouvelle vedette de la presse et de l'édition avait été révulsée par les conditions et par le programme du retour du Général au pouvoir et il l'avait fait hautement savoir. Le déjà vieux routier de la politique, quant à lui, avait flairé dans ce malaise, partagé au centre comme à gauche de l'échiquier politique, sa chance d'opposer un jour rassemblement à rassemblement, et d'emporter la partie.
Le généreux est séduit, jusqu'à un certain point, par le très habile politicien. Il entre dans son gouvernement fantôme, au titre de ministre de la Culture. Il se réjouit du ballottage inespéré de 1965, qui pose François Mitterrand, au second tour des présidentielles, en David de l'opposition contre de Gaulle-Goliath, ce qui fait de cet heureux candidat battu le chef de l'opposition, de préférence à Mendès, à Defferre, à Lecanuet. Revel se présente même à la députation en 1967, sur l'une des listes F.G.D.S. les moins promises au succès, à Neuilly-Puteaux.
Dès 1972, il s'éloigne du tentateur. Le contre-rassemblement sur lequel François Mitterrand, après ses déboires en 1968, compte pour conquérir le pouvoir, n'est plus du tout ancré au centre, comme c'était encore le cas dans les dix années précédentes : il veut maintenant engranger le poids électoral des communistes ; son programme commun, pour l'essentiel, est celui que lui a dicté le parti stalinien.
L'éducation politique de l'écrivain Revel s'achève. Il s'est rapproché à la fois du Raymond Aron de L'Opium des intellectuels (1957) et du Jean-Jacques Servan-Schreiber du Défi américain (1967). Dès octobre 1972, il a l'audace de dénoncer, dans un éditorial de L'Express, les « scellements ignorés » qui rattachent en France la pesanteur des idéologies dominantes, l'arbitraire de l'État et l'information biaisée dont souffre le public. Désormais, les assis de gauche voient en lui un affreux trublion.
Les livres qu'il va publier exposent avec une impardonnable vigueur dialectique les conclusions libérales auxquelles l'ont conduit ses nombreux voyages et séjours dans les pays de l'Est, en Amérique latine et en Amérique du Nord, et son expérience des coulisses de la vie politique française. La Tentation totalitaire, en 1976, est suivie, après quelques mois, par La Nouvelle Censure, un exemple de mise en place de la mentalité totalitaire où l'auteur, analysant les réactions furieuses à son livre, démonte les mécanismes de défense des chiens de garde de l'orthodoxie progressiste et range les rieurs de son côté. Le Rejet de l'État en 1984, Le Regain démocratique en 1992, scandent un long et patient effort pédagogique pour déniaiser les élites françaises, et les convaincre que l'État envahissant, de quelque nom dont on le pare, colbertiste, keynésien ou marxiste, n'est plus qu'un dinosaure: la liberté d'entreprendre est encore, ou de nouveau, la meilleure chance de vitalité et d'avenir pour les sociétés de la fin du siècle.
Pourtant, l'essayisme politique est très loin de résumer son existence. Tout en livrant, sur le forum, cette bataille de longue haleine, et qui n'est toujours pas gagnée, le lettré a publié des essais étincelants dans les colonnes de France- Observateur et du journal Arts : ils ont été réunis depuis sous le titre Contrecensures. Il dirige chez Pauvert la collection « Libertés » qui publie ou réédite plusieurs courts chefs-dœuvre du pamphlet : La Trahison des clercs de Benda, La Littérature à l'estomac de Gracq, Nouvelle critique, nouvelle imposture de Raymond Picard. Plusieurs brûlots ont été ainsi lancés dans le bunker de la pensée captive du Quartier latin.
Un autre Revel, amateur et historien de l'art, fait traduire chez René Julliard les classiques américains, anglais et italiens de la discipline, et il écrit lui-même de nombreuses études dans L'Œil et dans Connaissance des arts ; elles viennent d'être réunies cette année même dans un beau recueil intitulé : L'Œil et la connaissance.
L'agrégé de philosophie n'oublie pas pour autant sa vocation première : dans Descartes inutile et incertain, il dénonce une célèbre tentative française de faire coïncider la pensée théologique avec la science, et il poursuit sa pointe dans une Histoire de la philosophie occidentale qui se refuse à la technicité et vise un large public.
Le poète qu'il fut, le correspondant de Max Jacob dans ses années de collège, l'admirateur et ami de Breton après la guerre, a fait paraître une Anthologie de la poésie française. Ni Voltaire, ni Péguy, ni Claudel, n'y figurent. Mais on y trouve, parmi d'admirables chefs-d'œuvre lyriques connus ou moins connus, le sonnet d'Oronte et de Georges Fourest, un « Pseudo sonnet africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille ».Voici le second tercet :
« Makoko reste aveugle à tout ce qui l'entoure : Avec conviction ce potentat savoure Le bras de son grand-père et le juge trop cuit . »
Comme vous le voyez, mon portrait de groupe s'est accru tout à coup de nombreux convives. Je n'aurai garde de manquer d'y faire figurer aussi le gastronome éclaire et le connaisseur des grands crus. Cet autre Revel a écrit un chef-d'œuvre d'érudition élégante et de succulentes saveurs : Un festin en paroles. On le dirait traduit du latin dAulu-Gelle ou d'Apulée. Son auteur est membre du club des Cent, une académie de Lucullus qui hérite d'une tradition parisienne remontant au club de la Fourchette, puissance occulte et déterminante, sous la monarchie de juillet, dans les élections à notre propre Académie.
Les Cent se réunissent une fois par semaine, leur jeudi concurrent du nôtre, autour d'un déjeuner organisé, surveillé et expérimenté à l'avance par un brigadier. Le brigadier Revel a fait triompher, au cours de l'un de ces plantureux déjeuners, une recette romaine, le canard d'Apidus. Canard poché dans un bouillon salé et aromatisé, puis rôti, après avoir été nappé d'une couche de miel et d'épices variées, poivre, coriandre, cumin, assa fetida, servi avec un vin de Banyuls, faute du Falerne cher à Horace. Ce chef-d'œuvre de l'Antiquité est encore au menu d'un des grands restaurants de Paris, repris par le même maître queux qui l'avait mitonné d'abord sous la direction experte de notre nouveau confrère.
L'homme, public et privé, des années soixante-dix, est-il parvenu à ce dosage équilibré entre loisir lettré, luttes du forum, et sagesse personnelle vers lequel il n'a, au fond, cessé de tendre depuis sa crise de jeunesse ?
Il s'en est beaucoup rapproché. Mais il a encore besoin de batailles publiques pour absorber le surcroît de sa prodigieuse vitalité et donner libre cours à son goût du défi. Peu à peu, il est passé du statut de grand journaliste, à France- Observateur, puis à L'Express, où il était entré comme éditorialiste de la section « livres » en 1966, à celui de capitaine de presse. Imaginez-le, tel qu'il apparaît alors, entre deux avions, deux conseils de rédaction, deux bouclages sur le marbre, deux coups de téléphone, deux révélations sensationnelles et soigneusement préparées, depuis qu'il est devenu en 1978 directeur de la rédaction de l'hebdomadaire fondé par Jean-Jacques Servan-Schreiber, et maintenant propriété de Jimmy Goldsmith. L'éditorialiste politique de L'Express est Raymond Aron. Pour le voir, pour l'entendre, évoluant entre ces deux personnalités de grand format et de style entièrement différent, souvenez-vous des pages les plus mouvementées de ses Mémoires. C'est Athos entre un Porthos des affaires et un Aramis de la pensée.
La rupture avec L'Express en 1981, l'entrée l'année suivante au Point, l'hebdomadaire rival fondé par Claude Imbert en 1972, inaugurent la longue saison dorée de Jean-François Revel. Elle dure depuis presque deux décennies déjà, fertiles et sereines à l'intérieur, toujours pugnaces à l'extérieur.
À Claude Imbert, vous pourriez dire, cher Jean-François, paraphrasant Virgile : Amicus haec otia fecit. Depuis que Le Point vous permet d'exercer le journalisme sans rompre tous les jours en visière les démons de la communication, que vous avez si courageusement dénoncés dans La Connaissance inutile, votre devise n'est-elle pas le mot de Sénèque : Otium sine litteris mors est, et vivi hominis sepultura ?
Ces longues années au Point ont fait de vous un magistrat de la presse et des lettres et un sénateur à vie de la politique française.
Faute de siège au Sénat de la République, récompense des hommes de parti, votre indépendance s'est tournée vers nous. Notre Compagnie, qui est faite d'une conjonction de singularités, l'a reconnue volontiers pour sienne et vous reçoit aujourd'hui, avec tous ceux que vous avez été tour à tour et à la fois, depuis votre enfance à « La Pinède », à la table de son propre banquet d'Immortels.
Il est dommage que David, le néo-classique David, n'ait pas dessiné pour l'Institut un costume à l'antique, toge à vastes draperies et couronne de lauriers. Il vous siérait beaucoup mieux encore que notre moderne habit vert. Vous êtes, dans votre plus récente Incarnation, un parfait modèle pour l'un de ces sculpteurs romains qui ont porté au très grand art le portrait individuel des hommes publics, ou pour l'un de leurs splendides héritiers français du siècle des Lumières, Bouchardon ou Pajou. Et ce n'est pas seulement par des affinités physiognomoniques que vous appartenez à la Rome de l'empereur Hadrien, ou à celle qu'habitait, pour y méditer sur la grandeur et la décadence, Charles de Secondat de Montesquieu.
C'est aussi, et c'est surtout, par votre amour de la sagesse, de la liberté, de la vérité, par votre allergie aux dieux, par votre culte de l'amitié, par votre culture nourrie d'auteurs latins et de poètes français. Parmi tous ces traits d'ancien Romain et de Français des Lumières, je voudrais isoler et rapprocher, pour achever ce portrait, votre religion de l'amitié et votre inimitié pour les religions.
Vos Mémoires (mais aussi ma propre enquête et ma propre expérience) attestent votre don d'attirer à vous, sous tous les cieux, des amis de qualité, et de les garder. Ils sont nombreux aujourd'hui dans cette enceinte pour vous faire fête. En filigrane, votre autobiographie est un véritable traité De amicitia. Mais elle ne cache pas, c'est le moins que l'on puisse dire, votre éloignement pour les Églises, pour leurs dogmes, pour le socle sacré sur lequel elles affirment toutes jalousement reposer.
Ce culte de l'amitié et cette répulsion pour les cultes sont l'avers et le revers d'un même humanisme laïc parvenu à maturité. Vos prédilections vont aux époques, comme celle de Cicéron et de Sénèque, ou celle de Montesquieu et de Voltaire, où les dieux anciens sont morts, et où le Dieu nouveau reste encore caché. Dans ces parenthèses de l'histoire religieuse des hommes, la terre et non le ciel, la société et non l'après-vie, l'instant qui fuit et non l'éternité, sont le terrain d'exercice, pour des élites éclairées, d'un art de vivre ici-bas. Mais sommes-nous à l'époque des élites éclairées ? Vous avez démontré vous-même que les religions séculières peuvent être plus aveugles et plus féroces — et j'ajouterais beaucoup moins fécondes — que les religions de la transcendance.
On a pu s'étonner que, l'année dernière, dans un dialogue intitulé Le Moine et le Philosophe vous ayez semblé rompre avec le Tanturn religiosuasit malorum de Lucrèce. Le succès de ce dialogue a démontré l'intérêt croissant pour le bouddhisme qui se manifeste en France comme dans tout l'Occident euro-américain. Il est vrai que, dans cet entretien qui a pour objet le bouddhisme tibétain, vous avez pour interlocuteur votre propre fils, Matthieu, qui fut l'un des meilleurs élèves à l'Institut Pasteur de notre confrère François Jacob. Contre toute attente, et d'abord contre vos propres vœux, Matthieu Ricard s'est soudain détourné de la brillante carrière scientifique qui lui était promise. Il est devenu le meilleur disciple du moine bouddhiste tibétain Dilgo Khyendsé, et maintenant un très proche collaborateur du dalaï-lama. Il est vrai aussi que votre horreur des États exterminateurs ne peut que vous rendre solidaire du Tibet, soumis par la Chine communiste à un génocide lent, mais radical, et éveiller votre bienveillance pour l'ancienne et savante religion qui est l'âme de ce peuple martyr. Malgré tout, vous tenez bon dans ce dialogue la cause agnostique de la science et de la philosophie. La compréhension que vous accordez au bouddhisme s'adresse à une sagesse analogue au stoïcisme et à l'épicurisme antiques qui vous sont chers ; vous y reconnaissez une méthode pour approfondir la conscience verticale de l'instant, et non pas une religion de salut. L'amitié évidente qui vous unit à votre fils n'a pas fait de cet échange l'amorce de votre conversion : entre Jean-François et Matthieu, c'est l'expérience partagée du jardin de Candide, une conversation d'intelligences diversement orientées, et qui tient en respect, aussi longtemps qu'elle peut durer, le fanatisme et la terreur.
Votre humanisme laïc, que je situerais volontiers dans la tradition d'Alain, avec plus de chaleur généreuse dans votre cas, ne s'oppose pas à la science. Au contraire, il a besoin d'elle, elle a besoin de lui, il la complète dans l'ordre des mœurs. Il vise comme elle à rendre ici-bas plus commode, plus raisonnable, moins douloureux et moins bref.
Vous venez de nous tracer un magnifique portrait d'homme de science, qui était aussi à sa manière un saint laïc, Étienne Wolff.
J'ai rencontré pour la première fois Étienne Wolff à Rouen, au lycée Corneille, où il avait fait ses études secondaires, et où il présidait les célébrations du tricentenaire du poète dramatique, qui avait fait ses études dans les mêmes murs élevés au dix-septième siècle pour recevoir un grand collège de Jésuites. L'illustre savant, timide, intimidant, était resté ce jour-là sur la réserve. En réalité, j'eus plusieurs fois l'occasion, lorsque j'étais candidat au Collège de France, dont il a été un sage et vigilant administrateur, vous venez de le rappeler, puis à l'Académie française, où il occupait le fauteuil de La Fontaine, de découvrir que j'avais obtenu d'emblée, sans le savoir, son estime, sa sympathie, son soutien, et ce soutien était de poids. J'eus souvent l'occasion depuis de m'entretenir avec lui, et de mieux deviner, sous la pudeur, une profonde sensibilité qu'un cruel veuvage avait endolorie, et de frémissantes antennes tournées vers autrui.
Pour lui, les lettres étaient une consolation, mais il voyait aussi en elles le socle sur lequel la science moderne s'était édifiée. Aussi était-il intimement persuadé qu'entre les deux étages de la connaissance, l'un recourant aux seules langues naturelles, l'autre faisant appel aux langages symboliques, la conversation était beaucoup plus naturelle et plus fertile que ne l'avait prétendu, dans un essai trop célèbre, intitulé Les Deux Cultures, le professeur C.P. Snow. Lui-même était la preuve vivante de cette complémentarité.
Ce n'était pas seulement par sa fréquentation quotidienne des auteurs classiques, qu'il avait appris à aimer au lycée. Il lisait les modernes, les contemporains. Il demandait aux écrivains de maintenir en alerte son imagination et la fine pointe de son esprit. Biologiste et tératologue, il était aussi grand botaniste, zoologue et géologue. Il disait volontiers que dans ces sciences, la précision de la langue est le point de départ et d'arrivée de toute recherche. Linné était ainsi parent proche de Littré. Il réunissait en lui Linné et Littré dans les séances du Dictionnaire, ou il resta assidu jusqu'à ses derniers jours, avec son extraordinaire mémoire des mots rares et son aptitude aux définitions nettes et concises. Nous vous sommes tous reconnaissants de l'éloge que vous venez de prononcer à sa mémoire. Nous l'aimions tous chèrement. Vous l'avez fait apparaître devant nous tel qu'il vit toujours dans nos cœurs.
J'aurai rempli moi aussi mon office dans ce rite d'accueil si, en échange, j'ai le moins du monde réussi à faire sentir à tous que l'inspiration de vos diverses vies, de vos multiples talents, de vos convictions, de vos colères et de votre ironie critique, est en dernière analyse cette même bonté qui était l'âme de votre prédécesseur. C'était aussi, pour les Romains, la définition de l'orateur : vir bonus dicendi peritus, et pour nous celle de l'académicien français.
Le Ciel, parmi toutes les béatitudes qu'il dispense aux hommes à sa guise, a choisi, pour notre bonheur, de vous pourvoir sans compter de cette bonté qui fonde et qui anime le talent d'écrire. C'est pourquoi notre Compagnie vous accueille aujourd'hui à bras ouverts.
Entendu à la radio
"Les immigrés, dans le système social français (35 h, beaucoup de vacances, beaucoup d'impots) qui favorise une grande productivité qu'ils n'ont pas par la force des choses, sont condamnés à la mendicité ou au vol. On critique les petis boulots d'autres pays, mais ils sont un excellent, le seul, moyen d'intégrer les immigrés sans formation."
La remarque peut sembler brutale, mais elle est vraie (que sont le RMI et allocs sinon une mendicité collective ?) : le lien entre notre soi-disant "modèle" social et les difficultés d'intégration des immigrés ne fait aucun doute.
La remarque peut sembler brutale, mais elle est vraie (que sont le RMI et allocs sinon une mendicité collective ?) : le lien entre notre soi-disant "modèle" social et les difficultés d'intégration des immigrés ne fait aucun doute.
La générosité du communisme ? Quelle tristesse !
Dans un commentaire, je m'affligeais des scores électoraux des communistes en France et du traitement différent du communisme et du nazisme, alors qu'à mes yeux, ils se valent dans l'horreur.
François Delpla me répond :
"quelque chose est malgré tout de bon aloi et imprégné de valeurs positives (générosité, humanisme, refus des humiliations, goût pour la liberté, souci des humbles etc.) chez ceux [les communistes d'aujourd'hui] que vous citez et qui, je vous l'accorde, ne brillent pas toujours par la cohérence et le réalisme"
Je trouve ce propos choquant et usé jusqu'à la corde. La "théorie" communiste serait généreuse, seule la "pratique" pêcherait, c'est oublier un peu vite que :
> la "théorie" est d'une grande violence (dictature du prolétariat, désignation d'un ennemi, le bourgeois, quête d'un "homme nouveau" avec ce que cela suppose de violence et de contrainte) Sa supposée générosité est toute relative ! Le terrain est glissant. Après tout, le nazisme était très généreux, en "théorie", pour le peuple allemand, non ?
> le marxisme s'est toujours réclamé de la praxis. Il est donc particulièrement malhonnête d'opposer la théorie et la pratique communistes, surtout que, partout et toujours, la prise de pouvoir des communistes a tourné au drame.
Je crois que la faveur dont jouit encore le communisme dans l'électorat français vient du manque de travail de mémoire, bloqué par l'intelligentsia qui n'a jamais complètement renié le marxisme de sa jeunesse.
Des survivants du goulag parcoureraient les collèges et les lycées pour témoigner comme le font les survivants des camps nazis, les choses changeraient, mais justement ça ne se fait pas.
Nos intellectuels et semi-intellectuels, notamment ceux de l'éducation nationale, font au fond encore leur la phrase stupide de Sartre : "Tout anti-communiste est un salaud."
Ca ne serait pas grave si la persistance d'une vision marxiste simpliste dans la politique française (patron méchant, ouvrier gentil, Etat bon) n'empêchait pas le débat clair, franc, mais complexe que j'appelle de mes voeux.
François Delpla me répond :
"quelque chose est malgré tout de bon aloi et imprégné de valeurs positives (générosité, humanisme, refus des humiliations, goût pour la liberté, souci des humbles etc.) chez ceux [les communistes d'aujourd'hui] que vous citez et qui, je vous l'accorde, ne brillent pas toujours par la cohérence et le réalisme"
Je trouve ce propos choquant et usé jusqu'à la corde. La "théorie" communiste serait généreuse, seule la "pratique" pêcherait, c'est oublier un peu vite que :
> la "théorie" est d'une grande violence (dictature du prolétariat, désignation d'un ennemi, le bourgeois, quête d'un "homme nouveau" avec ce que cela suppose de violence et de contrainte) Sa supposée générosité est toute relative ! Le terrain est glissant. Après tout, le nazisme était très généreux, en "théorie", pour le peuple allemand, non ?
> le marxisme s'est toujours réclamé de la praxis. Il est donc particulièrement malhonnête d'opposer la théorie et la pratique communistes, surtout que, partout et toujours, la prise de pouvoir des communistes a tourné au drame.
Je crois que la faveur dont jouit encore le communisme dans l'électorat français vient du manque de travail de mémoire, bloqué par l'intelligentsia qui n'a jamais complètement renié le marxisme de sa jeunesse.
Des survivants du goulag parcoureraient les collèges et les lycées pour témoigner comme le font les survivants des camps nazis, les choses changeraient, mais justement ça ne se fait pas.
Nos intellectuels et semi-intellectuels, notamment ceux de l'éducation nationale, font au fond encore leur la phrase stupide de Sartre : "Tout anti-communiste est un salaud."
Ca ne serait pas grave si la persistance d'une vision marxiste simpliste dans la politique française (patron méchant, ouvrier gentil, Etat bon) n'empêchait pas le débat clair, franc, mais complexe que j'appelle de mes voeux.
samedi, avril 29, 2006
Cet Etat qui tue la France (N. Lecaussin)
FF
Le sujet du livre est dans le titre. N. Lecaussin travaille pour l'IFRAP.
Le diagnostic est, hélas, simplissime et tient en deux chiffres et un constat :
> le pourcentage de fonctionnaires et assimilés tourne autour de 25 % de la population active en France contre 14 à 17 % dans les pays comparables (GB, Allemagne, USA, Suède, Irlande, Canada, etc.)
> Les dépenses publiques sont à 55 % contre du PIB contre 34 à 45 % pour les pays comparables (sauf Suède, mais qui, justement a fait un gros effort d'efficacité)
> or, on constate que, dans aucun domaine, même pas la santé, la France n'est première, sauf dans celui des dépenses étatiques.
La France souffre d'hypertrophie étatique grave. Aujourd'hui, un gouvernant responsable ne devrait pas se demander "Que faire ?" mais "Que ne pas faire ? Quel pouvoir redonner aux individus ? Quelle réglementation abolir ? Quel impot supprimer ? Quels ministères liquider ?"
Comment arriver à cela ? Très simple : par la lumière, par la vérité, par la démocratie.
Aujourd'hui, des intérêts puissants s'efforcent de brouiller le débat ; c'est ainsi, contre toute décence, qu'on voit des fonctionnaires assurés de leur emploi manifester contre la précarité ou les mêmes s'ériger, non seulement sans légitimité aucune, mais en dépit d'un flagrant conflit d'intérêts, en défenseurs du service public.
Autre exemple de brouillage du débat : Nicolas Sarkozy vient de déclarer qu'on ne retenait pas de partir les immigrés qui n'aiment pas la France. Aussitôt, on l'accuse de lepénisme. Mais c'est un détournement d'attention : la formulation n'est pas choquante et le débat mérite mieux que cela (1).
Moins de tabous, d'anathèmes, plus de vérité, plus de lumière.
(1) : quand quelqu'un, que j'ai plus ou moins invité, débarque chez moi et m'explique qu'il me hait et que ma maison est moche comme tout, il est légitime que je me pose des questions et que je ne me contente pas de "Ne réponds pas, mon chéri, c'est rien : il est juste un peu énervé."
Le sujet du livre est dans le titre. N. Lecaussin travaille pour l'IFRAP.
Le diagnostic est, hélas, simplissime et tient en deux chiffres et un constat :
> le pourcentage de fonctionnaires et assimilés tourne autour de 25 % de la population active en France contre 14 à 17 % dans les pays comparables (GB, Allemagne, USA, Suède, Irlande, Canada, etc.)
> Les dépenses publiques sont à 55 % contre du PIB contre 34 à 45 % pour les pays comparables (sauf Suède, mais qui, justement a fait un gros effort d'efficacité)
> or, on constate que, dans aucun domaine, même pas la santé, la France n'est première, sauf dans celui des dépenses étatiques.
La France souffre d'hypertrophie étatique grave. Aujourd'hui, un gouvernant responsable ne devrait pas se demander "Que faire ?" mais "Que ne pas faire ? Quel pouvoir redonner aux individus ? Quelle réglementation abolir ? Quel impot supprimer ? Quels ministères liquider ?"
Comment arriver à cela ? Très simple : par la lumière, par la vérité, par la démocratie.
Aujourd'hui, des intérêts puissants s'efforcent de brouiller le débat ; c'est ainsi, contre toute décence, qu'on voit des fonctionnaires assurés de leur emploi manifester contre la précarité ou les mêmes s'ériger, non seulement sans légitimité aucune, mais en dépit d'un flagrant conflit d'intérêts, en défenseurs du service public.
Autre exemple de brouillage du débat : Nicolas Sarkozy vient de déclarer qu'on ne retenait pas de partir les immigrés qui n'aiment pas la France. Aussitôt, on l'accuse de lepénisme. Mais c'est un détournement d'attention : la formulation n'est pas choquante et le débat mérite mieux que cela (1).
Moins de tabous, d'anathèmes, plus de vérité, plus de lumière.
(1) : quand quelqu'un, que j'ai plus ou moins invité, débarque chez moi et m'explique qu'il me hait et que ma maison est moche comme tout, il est légitime que je me pose des questions et que je ne me contente pas de "Ne réponds pas, mon chéri, c'est rien : il est juste un peu énervé."
jeudi, avril 27, 2006
Que nul pilote n'est un surhomme ...
Il y a quelques années, une équipe militaire d'une nation amie venait faire de l'initiation au planeur en montagne. Parmi les invités, un pilote de chasse à plusieurs dizaines de milliers d'heures de vol et quelques victoires aériennes, bref un as. Un monsieur comme ça, on ne lui fait pas l'affront de le mettre dans un planeur biplace, on le met directement dans un monoplace.
Tout le monde décolla. Et, au bout d'un certain temps, on entendit hurler à la radio dans une langue bizarre : c'était l'as qui appelait sa mère dans sa langue natale.
Il s'était perdu dans un environnement inhabituel et avait saturé (1). Ce jour-là, il s'est trouvé quelqu'un pour lui causer dans sa langue natale et le ramener.
Comme quoi ça peut arriver à tout le monde (même à moi).
(1) : saturation mentale : quand le stress est très intense, on perd ses facultés mentales, au point que faire "2+2" devient difficile, jusqu'à un niveau tel qu'on arrive à saturation, qu'on ne peut plus faire le moindre effort de réflexion et qu'on a des réactions très régressives. La bonne technique est évidemment de respirer, de faire les choses méthodiquement (les ailes à plat, garder la vitesse, etc.) de manière à faire baisser le stress, mais, justement, quand on sature, c'est qu'on n'est plus capable de ce genre de démarche raisonnée.
Tout le monde décolla. Et, au bout d'un certain temps, on entendit hurler à la radio dans une langue bizarre : c'était l'as qui appelait sa mère dans sa langue natale.
Il s'était perdu dans un environnement inhabituel et avait saturé (1). Ce jour-là, il s'est trouvé quelqu'un pour lui causer dans sa langue natale et le ramener.
Comme quoi ça peut arriver à tout le monde (même à moi).
(1) : saturation mentale : quand le stress est très intense, on perd ses facultés mentales, au point que faire "2+2" devient difficile, jusqu'à un niveau tel qu'on arrive à saturation, qu'on ne peut plus faire le moindre effort de réflexion et qu'on a des réactions très régressives. La bonne technique est évidemment de respirer, de faire les choses méthodiquement (les ailes à plat, garder la vitesse, etc.) de manière à faire baisser le stress, mais, justement, quand on sature, c'est qu'on n'est plus capable de ce genre de démarche raisonnée.
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