mardi, septembre 30, 2008

Les Américains m'épateront toujours

Ainsi, le fameux plan Paulson à 700 mds $, qui devait prouver (au nom d'un raisonnement d'ailleurs erroné) que le libéralisme n'est qu'une escroquerie, a été rejeté.

Je ne doute pas qu'un plan où les banques payent un peu plus finira par passer.

Mais on mesure à cette actualité l'abime qu'il y a entre la France et les USA : en France, il ne viendrait à l'idée d'aucun parlementaire d'empêcher l'interventionnisme étatique sous prétexte qu'il se fait aux frais du contribuable.

Faubourg 36

Il y avait longtemps que nous n'étions allés voir un film récent. Nous avons choisi celui-ci parce que c'était le seul qui s'ajustait à nos horaires. Nous avions une certaine méfiance : Jugnot est quelquefois un peu lourd et j'avais trouvé Les choristes insipide.

Nous avons donc eu une bonne surprise avec cette vie d'un music-hall en faillite pendant le front populaire.

Bien sûr, nous n'échappons pas à la caricature politique la plus simplette : le communiste forcément sympa et le fasciste obligatoirement un immonde salaud (1). Le gentil est «solidaire» et le méchant individualiste.

Mais tout cela passe très bien. L'actrice principale, Nora Arnezeder, rachète toutes les petites fautes.

Je ne m'engage pas beaucoup en écrivant qu'on n'a pas fini d'en entendre parler. De plus, elle est très bien servie par des chansons originales, enlevées et émouvantes.

Les auteurs ont visiblement été très bien inspirés par l'époque. Il n'y a pas de gros clins d'yeux cinématographiques snobs style «On est entre nous, cinéphiles», mais on détecte tout de même la trace du goût inoubliable des films des années 30.

Bref, une recommandation. Evidemment pour tout public.

(1) : si tous les fascistes avaient été d'immondes salauds, ce mouvement politique n'aurait pas eu le succès qu'il a eu et si tous les communistes avaient été sympas, les goulags auraient été revendus au Club Med.

vendredi, septembre 26, 2008

Le grand orgasme des anti-libéraux

Fidèles lecteurs de ce blog, vous savez que la crise financière actuelle doit autant, sinon plus, à de mauvaises lois et à une régulation inadaptée qu'à la cupidité privée. Vous redoutez les velléités de réglementation (1) et les possibles interventions étatiques (2).

Vous vous dites que, de toute façon, là où il y a prospérité durable, il y a capitalisme. Tant pis, il faut serrer les dents pendant les crises.

Mais vous êtes des gens raisonnables et intelligents, espèce rare.

Cependant, il en est d'autres individus qui, suivant l'expression populaire, ne se sentent plus pisser. Ce sont les anti-libéraux. Cette crise est leur grand orgasme.

Pour eux, la crise actuelle est enfin, après tant d'attente, la preuve tangible, comme d'ailleurs toutes les crises précédentes, qu'il y a quelque chose de fondamentalement pourri au royaume du capitalisme et que celui-ci va s'écrouler sous le poids de ses vices.

Et vas-y que je pérore sur le «retour de l'Etat», la «fin du capitalisme financier», la «réhabilitation de l'impôt et de l'interventionnisme» et autres fadaises.

Et moi, dans mon coin, je rigole.

Car dans un an, deux ans au plus tard, l'économie américaine sera repartie sur les chapeaux de roue, et nous, nous nous trainerons toujours notre croissance anémique, plombés que nous sommes par l'énormité des dépenses publiques (chez nous, l'Etat ne peut pas être de retour, puisqu'il n'est jamais parti).

Mais ne croyez pas que les anti-libéraux prendront cela pour un désaveu : ils auront promptement tourné la page, traversé pudiquement le fleuve de l'oubli, et nous assommerons toujours autant de leurs tirades anti-libérales, nous promettant comme toujours, la fin de l'économie d'abondance et l'écroulement du capitalisme.

Mais moi, je n'aurai pas oublié, et internet aussi a de la mémoire.

Alors, je ressortirai les articles de tel ou tel grand penseur anti-libéral nous prédisant l'apocalypse. Et je n'ai pas fini de rire.

Je rigole, je vous dis.

(1) : Erik Hurst on the risks of re-regulation

(2) : «Les Etats ont un singulier talent pour transformer une crise, naturelle, en récession aggravée.» Edward C. Prescott (rappelons qu'il y a désormais une quasi-unanimité, je n'ose écrire un consensus, chez les économistes pour attribuer l'aggravation et la prolongation de la crise de 1929 à des interventions étatiques intempestives).

jeudi, septembre 25, 2008

Trois énigmes

Nota : ces énigmes sont posées pour vous faire réfléchir, n'allez pas commencer à me dire «Et comment on se retrouve dans une situation pareille ?»

1) Vous êtes enfermé dans une pièce nue (pas d'objets, pas d'outils). Au sol, une bouteille de bière pleine, ouverte, posée au centre d'un tapis. Comment vous faites pour enlever le tapis de dessous la bouteille sans la renverser et sans la toucher ?

2) Vous posez une feuille de journal ordinaire, genre Le Monde ou Le Figaro, par terre. Vous devez y tenir debout en équilibre avec un ami mais sans toucher celui-ci. Comment vous y prenez vous ?

3) Vous lâchez une allumette d'1.24 m de haut. Comment faire pour qu'elle tombe sur la tranche ?

Le développement durable et le grand hamster d'Alsace

J'espère qu'au milieu de toute l'hystérie irrationnelle qui fait le quotidien des medias et donc notre quotidien, au moins partiellement, ce texte vous fera rire (j'ai retiré les pages mathématiques) :

Développement durable et grand hamster d'Alsace


Au fait, je me suis souvent torturé le cervelet pour essayer de trouver une explication au retour de l'irrationnel, du religieux, de la superstition et de la crédulité, qui envahissent la sphère publique au point de rendre tout discours froidement rationnel inaudible (cf la querelle des OGMs).

J'en suis arrivé à une réponse simple : penser et, à plus forte raison, penser rationnellement, scientifiquement, fatigue.

Tant que la pensée sur tout et n'importe quoi était réservée à quelques éminences, ça allait.

Maintenant que chacun se mêle d'avoir un avis, évidemment la majorité se retrouve sur le seul mode de pensée qui convienne à tout le monde, celui qui fatigue le moins : la croyance.

mercredi, septembre 24, 2008

Et si Paulson avait tort ?


David Reilly
THE WALL STREET JOURNAL

Que se passerait-il si le secrétaire d'Etat au Trésor, Henry Paulson, avait tort sur les prix de l'immobilier, et si le marché avait raison ?

Dans un tel scénario, son plan de renflouement de 700 milliards de dollars pourrait s'avérer inefficace et conduire à de lourdes charges pour les contribuables.

Henry Paulson a affirmé mardi devant la commission bancaire du Sénat que son plan "s'attaquerait de façon fondamentale et complète" aux racines de la crise qui ronge les marchés financiers.

Mais cela suppose que les marchés chutent, ou sont gelés, uniquement parce que le pessimisme excessif des investisseurs rend impossible la vente par les banques de leurs actifs - pour retrouver des marges de manoeuvre sur leur bilan - autrement qu'à prix cassés.

En suivant ce raisonnement, les volumes de ventes de logements pâtissent de la difficulté des acheteurs à obtenir des prêts immobiliers des banques, ce qui entraîne les prix à la baisse. Briser ce cerce vicieux conduirait alors à une stabilisation des prix, voire à une hausse.

Les investisseurs de leur côté voient une cause plus intraitable aux maux actuels. Selon eux, l'immobilier est en difficulté car les prix des maisons ont été surévalués et la hausse alimentée par des niveaux d'emprunt insoutenables.

Pour corriger cette aberration, les prix doivent chuter à des niveaux plus conformes à la réalité, ou bien le gouvernement devra augmenter son plan de sauvetage.

Pour l'instant, les marchés ont remporté une manche. Henry Paulson espère que les 700 milliards de dollars injectés changeront les données du problème. Mais même si cela arrive, il n'est pas certain que les prix de l'immobilier repartent à la hausse. Ils pourraient très bien stagner pendant des années.

Ce serait certes mieux qu'une chute supplémentaire. Mais cela pourrait conduire les contribuables à endosser des pertes supplémentaires, alors que certaines banques n'ont pas encore accepté le fait que les prix ne devraient pas rebondir de sitôt.

Les banques et le gouvernement essayent peut être en fait tout simplement de lutter contre le point d'équilibre du marché immobilier. Ce combat est souvent perdu d'avance.

David Reilly, The Wall Street Journal

mardi, septembre 23, 2008

Une critique libérale du plan Paulson

J'avais trouvé un article similaire en Anglais que j'avais (généreusement) commencé à vous traduire. Mais puisque l'institut Hayek se dévoue ...

Une critique libérale du plan Paulson

Afghanistan, la fin de l'unité nationale

Je ne parlerai pas d'esprit munichois, le terme a été tellement galvaudé. Pourtant, l'attitude des socialistes français me met très mal à l'aise.

En Afghanistan (ailleurs dans le monde aussi), il y a des hommes qui nous considèrent comme leurs ennemis, que nous soyions chez eux ou non, et qui sont même prêts à mourir pour nous tuer.

De fait, ils sont en guerre contre nous. Nous pouvons choisir de ne pas nous défendre, ça ne les empêchera pas de nous attaquer.

Il se trouvent que ces hommes, qui, pour la plupart ne sont pas Afghans, trouvent refuge en Afghanistan, en Iran, au Pakistan, au Yemen, peut-être dans une moindre mesure en Syrie et en Arabie Saoudite.

Nous avons choisi en 2001 d'attaquer leur sanctuaire principal, qui était l'Afghanistan, (et, sans le dire, de laisser les Américains tenter de controler le Pakistan).

Tout cela, nos socialistes semblent l'avoir oublié, obnubilés qu'ils sont par le désir de contredire Nicolas Sarkozy. Puéril ? Mesquin ? Idiot ? Criminel ? Lâche ? Probablement un peu de tout cela.

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Afghanistan : le PS peu résistant face aux djihadistes

Yan Rioufol 22 septembre

Le parti socialiste a prévenu: il ne validera pas, ce lundi après-midi, la stratégie de Nicolas Sarkozy en Afghanistan, à l'issue des débats parlementaires. Hier, Arnaud Montebourg laissait présager un vote négatif. Ce matin, Bruno Le Roux suggérait une abstention. Pour autant, le PS ne devrait pas plaider pour un retrait immédiat des troupes françaises. Bref, un grand flou enveloppe les positions de la gauche, prioritairement soucieuse de coller à une opinion majoritairement hostile à un engagement militaire de la France. Or, ce peu de goût du PS pour une résistance face au djihadisme international laisse voir une démobilisation et un manque de solidarité avec les démocraties, qui risque d'être perçue comme une première victoire pour les talibans.

"La guerre contre le terrorisme ne peut être gagnée", répètent les socialistes qui oublient que Barack Obama, leur modèle, appelle à le "combattre" et à "éradiquer les terroristes qui mettent en péril notre sécurité en Afghanistan". Il est évident que la guerre n'est pas une fin en soi et qu'une telle option doit aussi développer des soutiens aux populations et engager des reconstructions. C'est cette stratégie qui est en train de porter ses fruits en Irak, où 79 milliards de dollars vont être consacrés à la reconstruction en 2009, grâce aux hausses du pétrole. Hier, un appel aux investisseurs a même été lancé pour construire, à Bagdad, le premier complexe touristique de luxe avec golf, spas et hôtel six étoiles. George W. Bush peut réussir son pari d'un Irak démocratique [Etant favorable initialement à l'intervention américaine en Irak, j'ai eu ensuite beaucoup de doutes, maintenat, j'en viens à croire que j'avais peut-être raison].

Ce que je dis là est inaudible, je le sais. D'autant que la situation irakienne est encore fragile. Il n'empêche : c'est bien la poursuite de la guerre engagée par Bush contre les "islamo-fascistes", après le 11 septembre 2001, qui est de plus en plus comprise comme une évidence par les dirigeants européens. Aussi, quand le PS refuse de voir la France devenir le "supplétif des Américains" et cautionner encore davantage l'Otan, le parti persiste à juger ce conflit à travers un anti-atlantisme qui n'a plus de sens, à l'heure où l'Occident est appelé à faire front commun pour défendre ses valeurs. Cette guerre passe actuellement par l'Afghanistan. Le monde libre, auquel aspirent nombre de musulmans, ne peut se permettre de la perdre.



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Afghanistan, la fin de l'unité

L'éditorial du Figaro, Paul-Henri du Limbert, 23 septembre.

«Dans les circonstances présentes, nous devons veiller plus que jamais à maintenir notre unité nationale autour des valeurs du pacte républicain. Ce sont précisément ces valeurs que le terrorisme veut nier.» C'était le 3 octobre 2001 à l'Assemblée nationale, et l'orateur s'appelait Lionel Jospin, alors premier ministre de Jacques Chirac. Sept semaines plus tard, les premières troupes françaises étaient envoyées en Afghanistan. Sept ans plus tard, c'en est donc terminé de l'«unité nationale».

Pour justifier leur non à la prolongation du mandat des forces françaises en Afghanistan, les socialistes ont usé d'arguments qui n'ont rien d'anodin et que chacun a bien en tête, à gauche comme à droite. Les risques d'engrenage ? Les risques d'enlisement ? Bien entendu qu'ils existent. Comme ils existaient lorsque François Mitterrand, jugeant que la France ne pouvait pas «être le faux frère de l'Occident», avait décidé que le pays serait de la première guerre du Golfe et que ses soldats agiraient sous commandement américain. Personne à gauche - à part le fracassant Jean-Pierre Chevènement - n'avait alors parlé de «dérive atlantiste». L'«insulte», si c'en est une, est aujourd'hui lancée à la tête de Nicolas Sarkozy.

Mais peut-on parler de «dérive atlantiste» lorsque des soldats de trente-neuf pays, dont vingt-cinq de l'Union européenne, sont engagés sur le théâtre afghan ? Au nom de quelle logique condamnable faudrait-il, comme l'a souligné François Fillon, «laisser à nos partenaires le soin de combattre pour nous» ? Parmi ces pays, beaucoup ont un avis très négatif sur les deux mandats de George Bush, mais ça ne les empêche pas de participer à l'«effort de guerre» contre le terrorisme international. Surtout, ils ont entendu John McCain et Barack Obama annoncer qu'en cas de victoire en novembre prochain la politique américaine en Afghanistan serait maintenue, voire amplifiée. Eux savent que le problème, ce n'est pas George Bush, mais bien les talibans.

Les socialistes répondent à tous ces arguments en expliquant qu'ils ne demandent pas un retrait immédiat des troupes françaises, mais un calendrier sur la durée de leur mission. Certes, mais, dans une guerre, doit-on annoncer à l'ennemi à quel moment on cessera de le combattre ?

Dans cette affaire, qui est une affaire grave puisqu'il s'agit de la guerre, les socialistes agissent avec un brin de légèreté. Lucides, quelques-uns parmi eux ont tenté de mettre en garde contre une position qui «ferait la part belle» aux talibans. Ils n'ont malheureusement pas été entendus par leurs camarades qui, comme souvent depuis mai 2007, ont trouvé dans ce débat une nouvelle mauvaise raison de cibler Nicolas Sarkozy. Oubliant au passage les appels à l'«unité nationale» lancés par Lionel Jospin il y a sept ans dans ce même Hémicycle. La situation en Afghanistan a changé depuis ? Peut-être, mais, malheureusement, la guerre contre le terrorisme n'est pas encore finie.

lundi, septembre 22, 2008

C'est clair, l'Etat français est au service de la Nation

«Christian Poncelet, président du Sénat, laisse la place. Son successeur sera désigné dans les prochains jours. Pour services rendus au Sénat davantage qu’à la patrie, Christian Poncelet va aménager dans un appartement de 200 m2 que la deuxième chambre a acheté tout exprès pour lui dans le 6° arrondissement de Paris. Selon les informations disponibles, l’ancien président du Sénat pourra occuper cet appartement « à vie », expression dont on aurait pu penser qu’elle n’avait pas cours dans la République française.»

JM Aphatie

dimanche, septembre 21, 2008

Une réponse à Pedro à propos du pétrole

A propos du livre The bottomless well, Pedro pose la question suivante :

«Comment explique-t-il que les réserves de pétrole sont encore très abondantes ?»

Peut-être n'ai je pas été très clair dans mon compte-rendu.

La thèse principale des auteurs, thèse qu'ils défendent très efficacement, est que plus on extrait d'énergie de notre environnement, plus on est capable d'en extraire.

S'agissant du cas particulier du pétrole, ils décomposent la chose comme suit :

> nous ne manquerons pas de pétrole, même si il est un peu plus cher, à l'horizon de deux ou trois décennies. Même les plus pessimistes en conviennent.

> Pendant ce temps, le nucléaire et le charbon prendront progressivement le relais. Personne ne prédit une pénurie de charbon ou d'uranium.

> il est simple (sauf sur le plan financier : ça coûte très cher en investissement) de transformer du charbon en pétrole (procédé Fischer-Tropsch) :

«Au début de 1944, le Reich produisait quelque 124 000 barils/jour de combustibles à partir de charbon, ce qui représentait plus de 90% de ses besoins en essence d'aviation et plus de 50% du besoin total du pays en combustibles . Cette production provenait de 18 usines de liquéfaction directe mais aussi de 9 petites usines FT, qui produisaient quelque 14 000 barils/jour. [...] Cependant après structuration du marché pétrolier, et la forte baisse des prix, les États-Unis ont abandonné les recherches et le procédé Fischer-Tropsch est tombé en désuétude. Au cours des années 1950, il a cependant retrouvé de l'intérêt en Afrique du Sud : ce pays, disposant d'abondantes ressources de charbon, a construit des mines hautement mécanisées (Sasol) qui approvisionnent des unités CTL, [...] En 2006, ces unités couvrent environ un tiers des besoins sud-africains, et la société Sasol est devenue l'un des spécialistes mondiaux en la matière. [...] Depuis 2006, un B52 de l'US Air Force réalise des essais avec du carburant Fischer-Tropsch, en mélange à 50% ou pur. Pour l'instant, c'est un succès qui va permettre à l'armée américaine de retrouver une indépendance stratégique pour son carburant militaire. [...] Le rendement énergétique global de cette technologie demeure également un point faible.»

Donc, tant que nous ne manquerons pas de charbon, nous ne manquerons pas de pétrole. Et ensuite ? Hé bien, la question n'a pas de sens. Si ce procédé nous permet d'être approvisionnés en énergie avec les connaissances actuelles pour deux siècles, que demander de plus ? Il est totalement insensé d'essayer de se projeter deux siècles en avance sur les questions techniques. Qu'aurait pu concevoir un homme de 1808 de nos besoins ?

Une remarque importante : les auteurs ne font appel pour leur raisonnement qu'à des réserves et à des procédés connus, ils ne font pas de plans sur la comète. Donc toute innovation technologique, par essence imprévisible donc pas prise en compte dans leurs prévisions, ne peut que renforcer ce raisonnement.

Une remarque annexe : les réchauffistes seront sans doute épouvantés de constater qu'on n'est pas près d'arrêter de bruler des hydrocarbures. Tant pis pour eux.

Il faut bien comprendre que ce qui agitent les foules géopolitiques, ce n'est pas le pétrole en général, dont nous ne manquons pas ni ne risquons de manquer dans un avenir proche (même sans charbon ni procédé FT, d'ailleurs).

Ce qui tracasse nos décideurs, c'est le pétrole bon marché, celui qui coûte moins de 20 $/baril à extraire. Mais ce n'est pas un problème économique, c'est un problème politique.

En effet, aux cours actuels, le coût d'extraction représente 20 % du prix du pétrole brut, qui lui même ne représente qu'une fraction du prix des produits raffinés. Un doublement du coût d'extraction, doublement qui permet de faire bien des choses et d'exploiter des gisements laissés en friches, représenterait donc une augmentation de 20 % du prix du pétrole brut, et moins encore pour les produits raffinés.

Le récent yoyo des cours du pétrole prouve largement qu'une telle évolution n'aurait qu'un impact limité sur l'économie.

En revanche, l'impact politique serait considérable :

> la géopolitique en serait changée. Le Canada se placerait au premier rang des producteurs au détriment de pays plus chauds, dans tous les sens du terme. Certains soupçonnent même, sans preuves mais non sans raisons, le gouvernement américain de ne pas s'être battu pour empêcher la récente hausse du pétrole, justement pour favoriser ce «rebelotage» de la donne géostratégique. Sans l'argent du pétrole, comment l'Arabie saoudite et l'Iran financeraient-ils les terroristes ?

> la politique intérieure également. Les études d'opinion montrent que les citoyens, qui font le plein de leur voiture très régulièrement, sont hypersensibles au prix des carburants.

Politiques intérieure et étrangère sont souvent en contradiction. Mais on peut voir assez clairement un politique américaine se dessiner : assurer l'approvisionnement du pétrole bon marché à court terme, mais se positionner de manière à ce que le pétrole cher favorise les USA (ce n'est nullement un hasard si l'endroit du monde où se concentrent le plus de recherches pour un monde avec pétrole cher s'appelle la Californie).

Un point de vue libéral sur les interventions du gouvernement américain

Going for broke

Bad debt

samedi, septembre 20, 2008

La guerre d'Algérie a-t-elle été perdue ?

Ces dernières semaines, j'ai lu dans des blogs et dans des journaux qu'il faudrait s'inspirer en Afghanistan des méthodes de la guerre d'Algérie.


Le raisonnement se présente ainsi : certes, la guerre d'Algérie a été politiquement perdue, mais l'ALN a été étouffée, c'est donc une victoire militaire, dont il ne faut pas oublier les leçons.

Ce raisonnement me parait très douteux.

La stratégie ne vit pas pour soi, mais pour permettre la victoire politique. Une défaite politique est donc, obligatoirement, une défaite militaire.

Soit que la stratégie militaire ait été insuffisante, soit que la victoire n'était tout simplement pas possible dans les conditions qui prévalaient, auquel cas c'est une erreur militaire majeure de s'engager dans une guerre qu'on ne peut pas gagner (Sun Tsu doit s'en retourner dans sa tombe).

Je transpose à l'Afghanistan de la manière suivante :

il y a peut-être quelques tactiques inspirées de la guerre d'Algérie qui seraient efficaces en Afghanistan, mais comme la tactique est liée à la stratégie et que la stratégie algérienne a échoué, il va falloir y réfléchir à deux fois.

Le premier impératif me semble donc être de définir des buts de guerre tels que la victoire soit possible (1).

Le seul but de guerre qui me parait accessible, c'est d'empêcher des terroristes de se réinstaller confortablement en Afghanistan.

Tout le reste, amener la paix et la démocratie et patati et patata, je n'y crois pas. Je ne crois pas non plus à la théorie des complotistes sur ce fameux oéloduc qui serait la seule et unique véritable raison de l'intervention occidentale en Afghanistan. Pour une raison simple : le pétrole n'est pas une denrée rare (2) !

(1) : on peut raisonner à l'inverse : définir les buts de guerre d'abord puis se donner les moyens de la victoire. Mais, en Afghanistan, où l'on sent bien que les moyens seront de toute façon limités, mieux vaut commencer par définir des buts de guerre limités en fonction des moyens.

(2) : je sais ce que cette affirmation a d'iconoclaste, pourtant, c'est la pure vérité : les sources de pétrole sont abondantes et diversifiées. Je sais aussi que le pétrole occupe une position fantasmatique dans l'imaginaire politique qui fait que les décisions le concernant sont souvent éloignées de la rationalité.

jeudi, septembre 18, 2008

Question d'histoire : que sont devenus les politiciens de 1940 ?

Quelqu'un saurait-il où je pourrais trouver des infos sur la carrière postérieure des ministres et députés de 1940 ?

Combien ont été résistants ? Pétainistes ? Ont disparu de la circulation après 1945 ? Ont continué dans la politique ?

J'ai des exemples : Blum qui s'est relancé mais a été arrêté par Guy Mollet, Paul Reynaud, qui est revenu comme si de rien n'était mais sans retrouver son importance d'antan ...

J'aimerais bien une étude, quelques statistiques ...

Sans commentaire : JM Aphatie, la dette et la Poste

«Jean-Paul Bailly [président de la Poste, partisan d'une privatisation partielle]assure qu’il a besoin de trois milliards d’euros pour maintenir La Poste à flot, et la muscler face à la situation de concurrence. Dans un premier mouvement, on pourrait lui conseiller de s’adresser à son actionnaire, la puissance publique, et à lui demander à elle les 3 milliards d’euros. Inutile de changer le statut juridique et de commencer à diluer le capital public s’il s’agit seulement d’un besoin financier, très certainement légitime.

J’écris cela mais nous savons tous que c’est idiot puisque l’Etat français, un grand pays la France, n’a plus de sou, ses caisses sont vides, sa dette est colossale, les intérêts qu’il acquitte pour la financer faramineux. La dette, l’endettement, personne n’en parle et tout le monde s’en fout. Mais nous voyons dans ce dossier de La Poste une conséquence directe et concrète de ce boulet qui nous fera trébucher si nous n’y prenons garde.

Voilà une entreprise publique, rendant à l’évidence un service au public, incapable de trouver son financement auprès d’une puissance publique qui dépense chaque année plus de mille milliards d’euros. Cette affaire dit bien la sclérose qui s’installe et l’asphyxie qui menace. L’ouverture du capital de La Poste devient indispensable parce que l’Etat devient incapable.

Vous, je ne sais pas, mais moi ce type de constat m’insupporte. Et notre passivité collective face à cette situation aussi.

C’est dans ce contexte que se pose la question du référendum à propos de l’ouverture du capital. La Poste représente une réalité inscrite aussi bien dans le quotidien de chaque français que dans l’imaginaire collectif d’une Nation si longtemps fière de ses services publics. L’entreprise aujourd’hui publique appartient au patrimoine de la France. L’opération d’ouverture du capital est assez justement présentée comme une nécessité technique. Elle se trouve être aussi un acte symbolique qui peut justifier la réunion du corps électoral pour en trancher l’issue.

A force de différer les débats et de camoufler la réalité de la situation financière de l’Etat sous des discours volontaristes mensongers, les responsables politiques pourraient bien se trouver devant cette difficulté que peu de monde comprenne et partage les enjeux réels qui existent autour de La Poste pour cette seule raison que jamais personne, parmi les autorités de la République, ne les a vraiment expliqués.

En un mot comme en cent, nous paierons cher, un jour, le prix de notre médiocrité.»

Extrait du billet quotidien du blog de JM Aphatie le 19 septembre 2008

Lehman, le climat et le consensus

Lehman and consensus

Quand la France prend exemple sur le Danemark et la Hollande ...

Sans offense pour nos amis danois ou bataves, la France tend à devenir, sur la scène internationale, un acteur du même niveau que le Danemark ou la Hollande.

En tout cas, c'est très clairement l'avenir que nos dirigeants préparent à notre beau pays.

Defence Analysis est une lettre mensuelle britannique spécialisée dans les questions de défense qu'il m'arrive de parcourir de temps en temps et que je trouve généralement très pertinente.

Son étude de la réforme actuelle des armées françaises se conclut par cette phrase radicale : «Paris is actually abandoning the capability to pursue serious war fighting». Autrement dit, en langue de Molière : «Paris est réellement en train d'abandonner toute capacité à mener une vraie guerre».

C'est clair, c'est net, c'est ce que je redoute depuis un certain temps. Et c'est totalement irresponsable. Cette démission est l'aboutissement de la politique de défense menée depuis vingt ans.

Sans la menace de la force armée, la diplomatie n'est qu'aboiement de roquet.

Finis la place dans le monde, l'indépendance et la sécurité, vive le protectorat américain. Bien sûr, on ne nous le dit pas si franchement, il y a des pudeurs et des susceptibilités à ménager, mais c'est bien de cela qu'il s'agit.

Le Danemark et la Hollande, vous dis-je.

Travailler plus pour payer plus d'impôts

J'emprunte cet excellent titre, bien sûr détournement humoristique du sarkozien «travailler plus pour gagner plus», à Nicolas Baverez.

Il résume assez bien ma pensée sur le gouvernement actuel.

Ronald Reagan, grand pédagogue, avait deux ou trois slogans qu'on peut utiliser pour analyser la politique française :

1) Le socialisme, c'est : si ça bouge, taxe ; si ça bouge encore, réglemente ; si ça ne bouge plus, subventionne.

2) L'Etat n'est pas la solution, c'est le problème.

3) La phrase la plus terrifiante dela langue [française] est : «Je viens de la part de l'administration pour vous aider».

Il est clair qu'à l'aune de la première phrase, toute la classe politique française, à de rarissimes exceptions, est socialiste. Chaque politicien français se sent le devoir de se mêler de la vie de la société, d'orienter, de contraindre, de taxer, d'aider, mais surtout pas de laisser vivre.

Il n'y en a aucun qui envisage que le devoir d'un politicien puisse être de s'abstenir, de ne pas toucher, de faire confiance.

Et l'instrument favori de ces madame-sans-gêne est la fiscalité (toujous haussière bien entendu, puisque les baisses ne sont que temporaires tandis que les hausses sont permanentes).

La deuxième phrase, reformulée à la française, permet d'exprimer toutes les nuances de notre spectre politique avec sept lettres et deux parenthèses. Je m'explique :

La droite pense : «L'Etat est la solution de presque tous vos problèmes.»

La gauche pense : «L'Etat est la solution de (presque) tous vos problèmes.»

L'extrême-gauche, plus brutale, pense : «L'Etat est la solution de tous vos problèmes.»

Bien entendu, il n'en est pas un pour envisager les choses à la manière reaganienne.

Enfin, la troisième phrase décrit le piège dans lequel les étatistes nous ont enfermé. L'assistanat étouffe l'économie par l'intermédiaire des impots, provoque des drames, qui nécessitent encore plus d'assistanat, qui étouffe l'économie par l'intermédiaire des impots, qui provoque des drames, et ainsi de suite.

Il est extrêmement difficile de rompre avec l'assistanat, puisqu'on a dégradé la morale et les personnes au point que certains pensent désormais être indépendants quand ils ne dépendent plus que des subventions étatiques.

Le RSA, qui se révélera un RMI bis, les bénéficiaires n'étant pas plus actifs que les RMIstes ne sont insérés, n'est qu'une étape de cette logique folle.

Pour conclure, je suis fermement convaincu que, dans les arides comptes d'une nation, carrefour de tant de relations, on lit sa vie et que, dans les comptes de la France, on lit le je-m'en-foutisme, l'imprévoyance, l'insouciance, la servilité,le mépris, l'égoïsme, l'irresponsabilité, l'incompétence, la corruption des mœurs politiques.

La fameuse rupture tant promise devrait se lire dans les comptes publics, on ne l'y voit pas. C'est donc qu'elle n'existe pas. Tout le reste est pirouettes de saltimbanques pour épater les badauds.

mercredi, septembre 17, 2008

La crise financière actuelle (telle que je l'ai comprise)

Certains me demandent des explications sur la crise financière actuelle. Je ne suis pas sûr que d'avoir tout compris, mais je vais essayer d'expliquer ce que j'ai compris.

Des banques, essentiellement américaines mais également européennes, suisses et allemandes notamment, ont prêté à des gens ou à des organismes qui s'avèrent aujourd'hui incapables de rembourser, ou ont acheté des créances douteuses, ce qui revient au même.

C'est la menace qui pèse sur les banques depuis la nuit des temps (enfin, depuis que les banques existent en tout cas). Normalement, les banques trop aventureuses font faillite, ça fait la joie de leurs concurrents, le malheur de leurs clients et on passe à autre chose.

A quoi tient la crise actuelle ? Essentiellement à trois phénomènes, dont on remarquera que les deux premiers sont d'origine étatique ou para-étatique (1) :

> une époque de taux de crédits bas qui n'a pas peu contribué à gonfler la bulle immobilière

> les fameuses subprimes. Une loi américaine oblige les banques à faire des prêts immobiliers hypothécaires aux particuliers à qui le bon sens et la prudence bancaires déconseillent de prêter de l'argent, d'où l'expression «subprime», c'est-à-dire en-dessous de l'acheteur solvable dit «prime». On comprend bien l'intérêt démagogique d'une telle loi.

Comme les banquiers ne sont pas des philanthropes, il leur faut trois incitations pour vendre ces emprunts que l'instinct de survie devrait leur faire fuir : l'hypothèque, un taux d'intérêt plus élevé que le prime et la garantie des réassureurs para-publics Freddie Mac et Fanny Mae (organismes au statut batard : privés à garantie publique).

Quand tout va bien (c'est-à-dire quand le prix de l'immobilier monte) , tout va bien, les banquiers s'en mettent plein les poches. Mais quand tout va mal (quand le prix de l'immobilier descend), ça va très mal : les emprunteurs sont étranglés, les hypothèques ne suffisent plus à couvrir les créances et les réassureurs se trouvent surchargés de créances douteuses (c'est pourquoi l'Etat américain est venu au secours de Freddy et de Fanny : sans cette garantie, le marché immobilier s'écroulait).

Résumons où nous en sommes : taux d'intérêt bas + cupidité privée + loi démagogique + garantie publique = bulle spéculative gigantesque.

> c'est là qu'intervient le seul phénomène véritablement privé de toute cette affaire : les CDO (Collateralised Debt Obligations). Ces instruments financiers complexes ont permis de refiler un peu de créances subprime à tout le monde. Avantage théorique : on partage les profits et les risques. Inconvénient : c'est tellement compliqué qu'on ne sait plus qui à quoi, donc qui est exposé à quel risque. Bref, tout le monde est suspect d'avoir la chtouille.

Or, les banques et les assureurs passent leurs journées à se prêter de l'argent. Mais si vous souçonnez vos copains d'avoir la chtouille, c'est-à-dire de ne plus être solvables, vous arrêtez de leur prêter votre précieux argent. Et le système financier mondial, qui a besoin de cette circulation d'argent, est paralysé.

Les plus fragiles font face à une crise de liquidités : ils ne trouvent plus les prêts d'argent à court terme qui leur permettent d'attendre les rentrées à long terme.

Vous voyez aisément le cercle vicieux : les plus fragiles tombent, leurs créanciers souffrent de défauts de paiement, la défiance augmente, le prix des actifs baisse, l'activité ralentit, un nouveau cercle de plus fragiles tombe et ainsi de suite.

C'est pourquoi les banques centrales ont prêté à court terme de manière à maintenir cette circulation d'argent.

La crise s'arrêtera quand suffisamment de créances douteuses auront été annulées et que suffisamment de canards boiteux auront calanchés.

Bien entendu, cette crise n'est pas la fin du capitalisme, ni même du capitalisme financier, comme le proclament les imbéciles. Les entreprises sont globalement saines et point trop endettées, elles peuvent donc passer une période de ralentissement sans trop de casse.

Bien sûr, il y a toujours possiblité du cercle vicieux activité ralentie-faillites-chomage-activité ralentie, mais, pour l'instant, les autorités américaines ont remarquablement réagi à cette crise dont elles portent une grosse part de la responsabilté.

L'Europe et l'Asie sont inexistantes.

A la fin, les «strong hands» auront pris le contrôle des «weak hands»

(1) : désolé, ça met à mal la thèse à la mode comme quoi la crise actuelle serait due seulement aux folies du capitalisme dérégulé.

En lisant Commentaire : sur l'enseignement des sciences économiques au lycée

L'arrivée de Commentaire dans la boite aux lettres est toujours une joie.

Pour vous encourager à le lire voici un extrait :

Sur l'enseignement des sciences économiques au lycée


C'est accablant : programmes mal conçus, manuels approximatifs et entachés d'idéologie (1).

(1) : bien entendu, vous devinez de quelle idéologie il s'agit, pas de l'ultralibéralisme forcené. Meuh, non, l'Education nazionale n'est pas aux mains des gauchistes ;-)