jeudi, septembre 04, 2008

A propos de consensus scientifique ...

Comme j'en ai vraiment marre qu'on me ressorte à chaque fois «le consensus des scientifiques» pour justifier le réchauffisme, ce qui est vraiment l'argument le plus con et le plus anti-scientifique qu'on puisse trouver, je vous ai traduit un extrait d'un discours de Michael Crichton à propos du consensus :

Faisons une pause et parlons de cette notion de consensus et de la montée de ce qu'on appelle la science consensuelle. Je considère la science consensuelle comme un développement extrêmement pernicieux qui doit être repoussé immédiatement. Historiquement, l'argument du consensus est le refuge des escrocs. C'est une manière d'éviter le débat en disant qu'il est déjà fini. Si vous entendez que quelque chose fait consensus chez les scientifiques, surveillez votre portefeuille, parce que vous êtes en train de vous faire avoir.

Soyons clairs : la science n'a aucun rapport avec le consensus. Le consensus, c'est de la politique. La science, au contraire, n'a besoin que d'un seul chercheur qui a raison, ce qui signifie qu'il obtient des résultats vérifiables dans le monde réel. En science, le consensus n'est pas pertinent. Ce qui est pertinent, ce sont les résultats reproductibles. Les plus grands scientifiques sont précisément grands pour avoir briser le consensus.

La science consensuelle, ça n'existe pas. Si il y a consensus, ce n'est pas de la science. Si c'est de la science, il n'y a pas de consensus. Point final.

De plus, laissez moi vous rappeler qu'il n'y a pas de quoi être fier des résultats du consensus. Voici quelques exemples.

Dans les siècles passés, le plus grand tueur de femmes était les fièvres purpérales. Une femme sur six en mourait. En 1795, Alexander Gordon, d'Aberdeen, suggèra que ces fièvres étaient dues à une infection et qu'il pouvait les prévenir. Le consensus le nia. En 1843, Olivier Wendell Holmes prétendit que les fièvres purpérales étaient contagieuses et le prouva. Le consensus le nia. En 1849, Semmelweis démontra que des techniques sanitaires éliminaient les fièvres purpérales dans les établissements qu'il gérait. Le consensus dit qu'il était juif, l'ignora, et le chassa de son poste. En fait, il n'y eut pas d'accord sur les fièvres purpérales avant le début du 20ème siècle. Ainsi, le consensus a mis 125 ans à arriver à la bonne conclusion, en dépit des efforts d'éminents sceptiques à travers le monde, sceptiques qui ont été humiliés et ignorés. Et ce malgré la mort récurrente de femmes en couches.

Nous ne sommes pas à cours d'exemples. Dans les années 20, en Amérique, des dizaines de milliers de personnes, majoritairement des pauvres, mouraient d'une maladie appelée pellagre. Le consensus des scientifiques disait que c'était infectieux et qu'il fallait trouver le microbe de la pellagre. Le gouvernement US demanda à un brillant jeune chercheur, Joseph Goldberg, de trouver la cause. Goldberg conclut que le régime alimentaire était un facteur crucial. Le consensus resta attaché à la théorie du microbe.Goldberger démontra qu'il pouvait provoquer la pellagre à l'aide du régime alimentaire. Il démontra que la maladie n'était pas infectieuse en injectant le sang d'un malade, à lui-même et à son assistant. Eux et des volontaires inhalèrent des débris de patients de la pellagre, aucun ne la contracta. Le consensus continua à nier. Il y avait de plus un facteur social : les états sudistes désapprouvaient l'idée qu'un régime alimentaire pauvre pouvait être la cause, parce qu'elle signifait la nécessité de réformes sociales. Le consensus mit des années à voir la lumière.

Tous les écoliers peuvent constater que l'Amérique latine et l'Afrique s'ajustent grossièrement. En 1912, Alfred Wegener suggéra que les continents avaient dérivé. Le consensus renacla à la dérive des continents pendant 50 ans. La théorie fut vigoureusement combattue par les grands noms de la géologie, jusqu'en 1961, quand il commença à s'avérer que les fonds marins s'étendaient. Résultat : le consensus a mis 50 ans à reconnaitre ce que n'importe quel écolier voit.

Devons nous continuer ? Les exemples peuvent se multiplier à l'infini. Jenner et la variole, Pasteur et les microbes. Saccharine, margarine, fibre et cancer du colon. La liste des erreurs du consensus s'allonge encore et encore.

Finalement, je vous rappellerais dans quelles circonstances le consensus est invoqué. Le consensus est invoqué seulement dans les situations où la connaissance n'est pas assurée. Personne ne dit que le consensus des scientifiques s'accorde sur E=mc². Personne ne dit que le consensus est que le soleil est à 93 millions de miles. Il ne viendrait à l'idée de personne de parler de cette façon.

Grâce à la France des années 2000, je comprends mieux l'Allemagne des années 30

Je me suis souvent demandé comment le peuple le plus cultivé d'Europe, qui dans les années 1900 trouvait l'antisémitisme français tout à fait excessif (1), avait pu basculer dans l'hitlerisme.

Les circonstances sont très différentes et, pourtant, la France des années 2000 me donne quelques indications.

Le conformisme intellectuel y est très étouffant. Une chape de plomb pèse sur la langue et même sur la pensée.

Un ami qui va souvent en Russie me dit qu'à son retour en France, il sent ce climat oppressant. Dans la France actuelle, il ne fait guère de doute que Soljenitsyne aurait eu droit à un procès en antisémitisme (2), mais si cet antisémistisme (fantasmé par ses adversaires) est le prix à payer pour les autres choses bonnes que Soljenitsyne a écrites ?

La liberté de parole a un prix : c'est que certains peuvent dire des atrocités. Mais la censure insidieuse du conformisme a également un prix, bien plus lourd à mes yeux : la mort de la pensée, la vraie, celle qui dérange.

Dans ce climat policier, il y a de moins en moins de discussions et de conversations et de plus en plus de guerres de religion.

Mes fidèles savent que je suis anticonformiste sur deux sujets :

> je suis opposé au mariage homosexuel

> je trouve la lubie réchauffiste et la plupart des idées écologistes à la fois ridicules et dangereuses.

Je me suis exprimé sur des forums. A propos de ma première idée, quelqu'un m'a directement menacé des foudres de la loi contre l'homophobie. A propos de la deuxième, il s'est trouvé des gens pour expliquer que j'étais un ennemi de l'humanité et qu'il fallait me couper la parole. Et à voir comment certains hommes publics indépendants comme Finkielkraut ou Allègre sont attaqués, ce comportement n'est pas exceptionnel mais au contraire de plus en plus répnadu.

Je me suis trouvé à table avec des collègues à dire ce que je pensais du réchauffisme. J'aurais pété qu'ils auraient eu le même regard horrifié. Et, évidemment, il n'a pas fallu une minute avant qu'on me réduise au silence à coups de «consensus».

Bref, on ne débat plus, on n'argumente plus, on baillonne. Certains, tout à leur fanatisme de sauveurs de l'humanité, endossent avec joie l'uniforme de matons de Panurge.

La manière dont l'idée réchauffiste, totalement irrationnelle, a pris le pouvoir intellectuel, m'aide à comprendre comment l'eugénisme (puis l'antisémitisme) s'est répandu en Allemagne.

Si le réchauffisme n'a pas pour l'instant d'applications aussi violentes que l'eugénisme, il en partage suffisamment de traits (pseudo-scientificité, simplisme, irrationalité, messianisme, hégémonie, ...) pour que le parallèle soit instructif.

Traitait-on ceux qui osaient contester que les juifs étaient à l'origine de tous les maux de l'Allemagne de «négationnistes», comme cela m'est arrivé à propos du réchauffisme ? Bien sûr que non, puisque le terme n'existait pas encore, et pour cause. Mais je suis bien sûr que l'esprit était le même (3).


(1) : témoignage d'Emmanuel Berl

(2) : procès infondé d'ailleurs

(3) : l'histoire est d'une telle ironie qu'il n'y a qu'une explication : Dieu est un comique. Ce sont ceux qui ont le plus fréquemment le mot «fascistes» à la bouche, qui reprennent dans le domaine intellectuel leurs méthodes.

lundi, septembre 01, 2008

Culture industrielle : tout fout le camp, mon bon monsieur ...

Dialogue entendu ce WE au bar d'un aéroclub. Deux ingénieurs trentenaires discutent à bâtons rompus :

_ Des types comme Dassault, il n'y en a plus.

_ Tu connais Joseph Szydlowski ?

_ Non.

_ C'est le PDG-fondateur de Turboméca. Il pensait turbine, mangeait turbine, rêvait turbine. Ses employés l'avaient surnommé Jojo la turbine.

_ Aujourd'hui, à un type comme ça, dans nos sociétés aéronautiques modernes, on expliquerait qu'il n'y a pas d'avenir dans la technique, qu'il faut qu'il fasse du management ou de la gestion de projet, c'est-à-dire du secrétariat amélioré où on met de belles couleurs dans un tableau Excel. Et si il avait résisté, si il avait persisté à faire de la technique,on l'aurait mis dans un placard.

_ Que peux tu espérer d'un pays qui forme plus de kinés que d'ingénieurs et où la majorité croit que le CO2 est un polluant ?

_ Et après, on s'étonne que l'A380 souffre de «retards», c'est-à-dire, en langage non médiatique, d'erreurs de conception.

vendredi, août 29, 2008

Un peu de culture industrielle : la réussite de Dassault Aviation vue par les Américains

Ce rapport de la Rand Corporation date de 1973 :

A Dassault Dossier

Les Américains s'interrogeaient sur la réussite de Dassault Aviation, qui réussissait à concevoir et à exporter d'excellents avions, assez bon marché avec 6 à 7 fois moins de personnel qu'eux, voire encore moins suivant comment on compte.



Nota sur le film : le Mirage «Balzac» détient toujours à ma connaissance le record de l'avion à décollage vertical le plus rapide du monde (si je suis enduit d'erreur, prière de rectifier).

Ce rapport est intéressant à relire parce qu'il permet par comparaison de constater les évolutions de l'industrie aéronautique en trente ans, pas toujours pour le meilleur. Je mets entre crochets mes commentaires sur les évolutions.

Voici les éléments de la réussite de DAv en 1973 d'après la Rand (tout ce qui est au présent dans les alinéas concerne 1973, tout ce qui est au présent dans les crochets concerne 2008) :

> une culture fanatique du «re-use». Pas de saut technologique d'ensemble. Des évolutions incrémentales, pas de grand bond en avant.Si on change le moteur, on ne fait pas d'évolutions radicales sur la cellule et vice-versa. Problème : cette ambition du «re-use» est celle de toute l'industrie, pourquoi DAv y arrive et pas les autres ? (Réponses dans les points suivants).

> des batiments et des équipements simples, spartiates, mais propres, neufs, et à la pointe de la technologie dans quelques domaines judicieusement choisis. [Ce n'est évidemment pas un hasard si Dassault est à la pointe de la CAO.]

> Dassault s'occupe uniquement de conception, la production est sous-traitée. Par contre, Dassault assure la maitrise de l'ensemble de la conception et ne sous-traite rien dans ce domaine. [C'est exactement l'inverse du mouvement actuel de Boeing et d'EADS avec les «risks partners», sous-traitants, qui assurent la totalité d'un grand sous-ensemble, de la conception à la réalisation. Les déboires de Boeing sur le 787 et d'Airbus sur l'A400 M et l'A380 montrent que l'approche de Dassault, qui était celle de Boeing jusqu'au 787 n'était pas idiote. D'ailleurs, ce partage des tâches est, comme l'indique l'appellation «risks sharers» ou «risks partners», d'origine financière plus que technique.]

De plus, cette attention exclusive à la conception et à sa maitrise explique le refus obstiné de Dassault de participer à des programmes en coopération. [Cette culture est restée, ce qui provoque quelques accrocs sur le premier vrai programme en coopération de Dassault, le drone Neuron.]

> Une montée en charge des équipes très rapide (ce qui permet le croisement d'expérience avec le projet précédent) et une baisse de charge tout aussi rapide (cela évite les couteuses évolutions sans fin, tout simplement parce qu'il n'y a plus personne pour les concevoir, ces évolutions, c'est radical, encore faut-il que les concepteurs soient suffisamment bons pour réussir leur coup au premier essai). [Aujourd'hui, au contraire, les programmes durent, durent, durent. On peut faire toute sa carrière sur un programme.]

> La conception repose sur une équipe très réduite (20 ingénieurs sur le Mirage IV au plus fort de la charge !) d'ingénieurs généralistes sortant de grandes écoles de premier rang (Polytechnique, Centrale, Sup Aéro) qui sont souverains sur de gros morceaux (voilure, fuselage, motorisation, commandes de vol, ...). Ils travaillent beaucoup (dans les 60-70 heures par semaine) et sont très bien payés, notamment des primes liées à la réussite (dont le «re-use»). [Cet idéal, des très bons, très peu nombreux, très bien payés et responsables, était aussi celui de Kelly Johnson, de Lockheed. Mais cette configuration suppose des projets très rapides, sinon la motivation retombe et les coûts restent. Or, pour les raisons que nous verrons au point suivant, notre industrie devient celle des projets qui s'éternisent.]

> Des spécifications légères et un client discret. A la plus grande heure de gloire de Dassault, le client, l'Armée de l'Air, est très concis dans ses demandes : il définit une mission, quelques performances et à Dassault de se débrouiller au mieux avec ça. Bien entendu, cela est d'une grande efficacité mais suppose d'excellentes relations client-fournisseur.

On cite le cas d'un désaccord entre l'Armée de l'Air et Dassault. M. Dassault en personne débarque de sa Rolls à Balard, à la Cité de l'Air, discute une demi-heure avec les militaires, estime qu'ils ont raison et impose à ses équipes de se rendre à leurs arguments. On connait aussi des cas inverses, où Dassault a imposé ses solutions.

[Là encore, cette méthode est en accord avec les préconisations de Kelly Johnson. C'est probablement l'évolution la plus négative de l'industrie aéronautique depuis 30 ans. Le micro-management de micro-spécifications est extrêmement couteux pour tout le monde, clients comme fournisseurs, en temps, en finances, en difficultés de toutes sortes, sans pour autant, j'en suis persuadé, que la qualité des engins en soit véritablement améliorée. Alors, pourquoi cette dérive ?

Les organismes étatiques tendent, comme tous les organismes bureaucratiques laissés à eux-mêmes, à se perpétuer dans leur être et à étendre leur pouvoir. On commence par spécifier et contrôler la voilure et on finit par spécifier et contrôler la vis de 4 qui fixe le porte-gobelet du pilote. De plus, ce mouvement de micro-management va de pair avec la déresponsabilisation : «L'avion est tombé ? Certes, mais il est tombé dans le respect des procédures, car j'avais controlé la vis de 4 du porte-gobelet, donc je suis innocent.»

C'est bien entendu valable pour l'aviation civile avec cette dérive supplémentaire que les organismes étatiques, DGAC, FAA, sont de plus en plus chiants et de plus en plus incompétents : ils délèguent le travail salissant de contrôle à des organismes privés (c'est pourquoi ils perdent en compétence) et se gardent le travail «noble» de réglementation (c'est pourquoi ils sont de plus en plus chiants : il faut bien qu'ils s'occupent). Le comportement des oragnismes étatiques de contrôle aéronautique s'apparente de plus en plus à du parasitisme, et pas seulement en France, même si ce mouvement est particulièrement prononcé dans notre beau pays.].

De plus, Dassault ne conçoit pas spécifiquement pour l'export : il se préoccupe d'abord du client français, puis ensuite décline des versions pour l'export. Il se trouve que la France n'étant pas bien riche, les besoins domestiques collent naturellement assez bien avec les besoins export.

[Aujourd'hui, on est dans l'optique inverse : il parait que les les clients domestiques demanderaient des matériels trop sophistiqués pour l'export. Et il se dit qu'il conviendrait au contraire de concevoir dès le T0 pour l'export.

Je n'ai pas d'avis aussi tranché que mes collègues sur la question : les deux méthodes ont des pour et des contre.]

> Les essais sont réduits au strict minimum consistant à ouvrir le domaine de vol de la mission. [Ca va avec le point précédent : à spécification légère, essais légers. A spécification lourde, essais lourds. Or, les essais sont extrêmement couteux. On retombe sur les problèmes de confiance.]

> Dassault n'est jamais à la pointe de la technologie, mais légèrement en dessous, ce qui lui évite les déboires de l'innovateur radical. Il n'est jamais en retard non plus. Il fait un usage modéré mais judicieux des avancées de la recherche fondamentale des organismes étatiques. [Ce trait est resté : le Rafale est moins bon que le F22 mais meilleur que tous les autres.]

En conclusion, l'efficacité remarquable du Dassault Aviation de 1973 reposait sur un faisceau très cohérent de conditions et de pratiques : unicité de commandement (si je puis dire) dans la conception, confiance client-fournisseur, spécifications légères, essais légers, équipés très compétentes, projets brefs et incrémentaux.

Les conditions de cette efficacité ont disparu : la mode est aux programmes en coopération, aux spécifications détaillées jusqu'au ridicule, et je ne suis pas sûr que la compétence soit aussi grande qu'à l'époque (1).

Nous nous sommes rapprochés des pratiques américaines sans en avoir les moyens financiers. Tant pis pour nous.

Heureusement restent quelques concepteurs qui ont gardé bon esprit :



Malheureusement ils sont aux USA.

(1) : la compétence est cumulative : un ingénieur qui a été à fond sur cinq projets en dix ans a accumulé plus d'expérience et donc de compétence qu'un ingénieur qui n'a connu que le Rafale.

Embuscade en Afghanistan : en attendant le RETEX ...

En attendant le Retex, qui changera peut-être radicalement notre perspective, voici un dernier message sur le sujet :

> les résultats :

La victoire psychologique et politique est incontestablement talibane.

Il est possible que la décision de l'officier de faire débarquer une section en reconnaissance ait sauvé le reste du convoi (il est arrivé en Indochine ou en Algérie qu'une embuscade réussie se solde par la perte de la quasi-totalité des troupes engagées).

Le score, même si il ne signifie pas grand'chose (on peut gagner une bataille avec plus de pertes que le vaincu) s'élève à 4 talibans tués pour 1 Français. C'est faible par rapport aux normes américaines (10 à 20 suivant les circonstances). Cela révèle au moins qu'il y a un problème coté français.

La victoire tactique est coté français mais pas de quoi fanfaronner.

Mon analyse :

> à part quelques forces spéciales, l'armée française a perdu l'habitude de la guerre (souvenez vous de Madeleine Albright : «Nous ferons la guerre et les Européens aideront les vieilles dames à traverser la rue.»)

Jamais peut-être dans l'histoire de France, malgré la première guerre d'Irak, la proportion de cadres ayant connu le feu n'a été si faible.

Or, c'est bête à dire, mais rien ne vaut l'épeuve du feu pour sélectionner les hommes à tous les niveaux. Joffre a envoyé à la retraite la moitié des généraux de 1914 en quelques semaines.

Les politiciens aussi ont perdu l'habitude de la guerre.

> la sueur épargne le sang. L'acier et le fuel aussi.

Déjà en 1944, les militaires français s'étonnaient (sauf Leclerc, qui avait oublié d'être con) des méthodes américaines consistant à engager le matériel, notamment l'artillerie, pour épargner les hommes. Ils trouvaient que ça manquait de panache.

Les Américains répondaient que les méthodes françaises manquaient d'intelligence.

On a l'impression de revivre la même opposition.

Il est clair que quelques drones, un ou deux Dracs par exemple, auraient fait la différence pour éviter l'embucade.

Pour résumer, les paras français se sont bien battus, mais ils ont été victimes de leur inexpérience (1), de leur sous-équipement et de la relative légèreté de leur commandement, elle-même reflet de la négligence des politiciens depuis des années.

(1) : la pseudo-polémique sur l'âge des soldats est totalement stupide. A-t-on jamais fait la guerre avec autre chose que des jeunes gens ?

jeudi, août 28, 2008

Nous avons un président socialo-communiste

Nous nous en doutions depuis un certain temps, maintenant, c'est sûr.

Le RSA est une bonne idée, mais pourquoi le financer par un impot nouveau, qui plus est sur le capital ?

Il n'y a rien de plus fluide que le capital et la France en manque déjà, alors qu'il y avait à portée de mains la longue liste des gaspillages de l'administration, c'est absurde.

Pourquoi ne pas réduire les dépenses du RMI par exemple (l'assistanat est profondément immoral) en contrôlant qu'il y a bien tentative d'insertion ?

C'est absurde, sauf dans une logique socialo-communiste : c'est encore plus d'argent controlé par l'Etat.

Sarkozy, prochain secrétaire du PS ?

Mon pronostic Présidentielles américaines : courte victoire Mc Cain

L'élection américaine tourne autour d'Obama. Une victoire Mc Cain serait en fait une défaite Obama.

Or, je crois qu'Obama souffre, à un moindre degré il est vrai, du même problème que S. Royal : les qualités qui l'ont fait choisir par les militants ne sont pas celles qui sont appréciées par l'électeur moyen.

Les militants s'achétent une image de tolérance à et de progressisme à deux balles en votant pour un noir (progressisme à deux balles que l'électeur lambda n'est pas forcémentprêt à suivre). Ce faisant, ils oublient son inexpérience, son manque d'enracinement (1) et, au fond, son relatif manque de substance.

Obama peut gagner : il a malgré tout un réel talent et l'alternance ne serait pas un mal. Mais, pour l'instant, je parierais plutôt Mc Cain.

(1) : cela risque de lui être fatal, ce coté candidat qui sort de nulle part. Surtout que les rares fois où il a essayé de se comporter en Américain de base, il s'est ridiculisé.

samedi, août 23, 2008

Quand une sélection extrême améne des résultats contre-intuitifs ...

J'ai trouvé cet article de Freakonomics intéressant, je vous le résume.

Quand on aborde des échantillons de population très sélectionnés, on obtient des résultats surprenants (il n'y a rien de plus trompeur pour l'intuition que la statistique) :

> on a plus de chances d'être élu sénateur aux USA si l'on est millionnaire, et pourtant les sénateurs non-millionnaires ont plus de chances d'être ré-élus.

> on a plus de chances de réussir au golf si l'on est blanc, et pourtant, le champion des champions, Tiger Woods est noir.

> Les universitaires moyens aux tests de QI ont plus de chances de réussir à décrocher de gros salaires que les très bons à ces tests.

L'explication est simple mais il fallait y penser.

L'échantillon est très restreint. Les sénateurs non-millionnaires qui ont échoué à se faire élire une fois sont éliminés, les noirs qui ont abandonné le golf ne sont pas pris en compte.

Comme il ne reste que ceux qui ont réussi à contre-courant de la statistique, cela veut dire qu'ils ont du montrer bien plus de qualités, autres que la qualité considérée (être millionnaire, être blanc, ...) pour compenser ce handicap initial et explique leur réussite supérieure à ceux qui avaient le bon profil.

On notera qu'Alain Prost décrivait sa carrière exceptionnelle de cette manière : il n'était pas un pilote intuitivement doué comme Senna ou Mansell, il était obligé de travailler et de réfléchir, ce qui, au bout du compte, a tourné à son avantage.

Les pilotes de chasse sont généralement en pleine forme, pourtant, l'un des plus grands as anglais était cul-de-jatte, Douglas Bader.

Ce qui pose une question sur le mode de sélection : si, par exemple, au golf, on décidait d'éliminer les noirs parce qu'ils sont noirs et que statistiquement les noirs échouent, on n'aurait pas Tiger Woods.

En aviation (mais aussi dans d'autres domaines, rien de plus obtus qu'un bureaucrate), les raisonnements que tiennent nos bien-aimées administrations ne sont quelquefois pas loin de celui-ci.

Par exemple, la FAA a déclenché aux USA une vague de protestations en voulant imposer aux pilotes de ligne un âge de retraite avancé (on n'imagine pas cela en France, des manifs contre l'avancement de l'âge de la retraite !). Mais on peut au contraire penser que les pilotes qui réussissent les tests d'aptitude malgré leur âge sont d'autant meilleurs.

Pour l'instant, la FAA a reculé.

En poussant cette ligne de raisonnement, il y a toutes les chances qu'un pilote, vieux, cul-de-jatte et borgne et qui pourtant arrive encore à démontrer son aptitude à piloter soit un très bon pilote.

vendredi, août 22, 2008

Afghanistan : la déplorable tradition de la «furia francese» a encore frappé

Il est une ancienne et très dommageable tradition de l'armée française : celle de croire, ou de feindre de croire, que les qualités de courage et d'allant suppléent à tout ; à l'entrainement insuffisant, au mauvais matériel, à la doctrine inadaptée, à l'absence de stratégie, au commandement incompétent.

Cette tradition est très confortable pour les états-majors et les politiciens : elle ménage les budgets et ne fatigue pas trop les cerveaux. Elle se paye au prix du sang, mais c'est celui du troufion de base, alors est-ce si grave ?

Nous avons vu les résultats de cet état d'esprit en 1870, en 1914 (1), en 1940. Que de succès mémorables ...

Rassurez vous, il est rare que les généraux soient virés pour incompétence ou pour négligence.

Même si tout n'est pas clair, il apparait probable que la récente embuscade qui a fait dix morts en Afghanistan soit une occurrence de cette erreur traditionnelle. En attendant le RETEX, voici les premiers éléments tels qu'on peut les lire dans la presse :

> pas d'éclairage aérien (drônes ou autres)

> appui aéroporté quasiment inexistant

> blindés hors d'âge et inadaptés (un antique VAB HOT ou une des tourelles téléopérés que l'armée attend depuis si longtemps aurait peut-être limité les dégâts)

> équipements et dotation individuelles insuffisants

> méthode d'approche inappropriée

Un autre élément circonstanciel explique l'impression d'amateurisme : l'armée française a perdu l'habitude d'avoir des adversaires coriaces et organisés, autrement dit d'affronter des guerriers, de faire la guerre.

J'en veux pour preuve que les premiers touchés ont été l'officier, le sous-officier et le radio.

Tous les fantassins du monde savent que, dans une patrouille, les officiers, les radios (et les infirmiers) sont des cibles de choix et qu'il convient qu'ils se fassent le plus discrets possible (pas de signe distinctif, ni galons ni matériel genre jumelles, comportement ordinaire, etc ...).

Les fantassins français aussi le savent, il ne s'agit pas d'incompétence. Simplement, en temps de paix, on ne cache pas ses galons, on ne fait cela qu'en temps de guerre.

Je n'ai presque (2) aucun scrupule à me montrer sévère pour une raison simple : l'Afghanistan est en guerre de puis des années et ce qui y fonctionne sur le plan militaire (3) est bien connu. C'est même en grande partie disponible sur internet. Par exemple, la tactique russe pour faire progresser un convoi en montagne consistait à héliporter des commandos à chaque col du parcours pour, justement, prévenir les embuscades.

Les militaires français connaissent ces choses, il y en a des placards pleins dans les bureaux. Mais, d'une part, il faut avoir conscience que l'on est en guerre pour les appliquer, d'autre part, il faut en avoir les moyens humains et matériels.

Sur le premier point, aucun souci : les soldats risquent leur peau et l'avertissement a été assez rude, ils ont compris qu'ils sont en guerre. Sur le deuxième point, c'est beaucoup plus problématique : certes, nous sommes les as du «système D» mais on ne peut pas tout faire avec «sa bite et son couteau» et l'ingéniosité ne suffit pas à rattraper des années de négligence sur tous les plans.

D'un point de vue plus général, un Etat (4) qui néglige sa défense, la première des missions régaliennes, est un Etat malade. Je n'arrive pas à trouver de contre-exemple à cette afirmation.

En tous les cas, dans l'histoire de France, c'est net.

Toutefois, n'oublions pas non plus que, comme disait Henri IV qui a passé sa vie sur cul sur la selle, à la guerre, il faut laisser beaucoup de choses au hasard.

(1) : rappelons que la moitié des morts de la première guerre mondiale coté français a eu lieu lors de la première année, vous savez, quand nous chargions avec ces si élégants uniformes, tellement français, poitrines offertes aux mitrailleuses (Ah, ça, le bidasse de 1914 savait se battre à la baïonette, malheureusement, il lui fallait survivre à une course de 2000 m sous le feu des mitrailleuses avant de prouver sa supériorité. Ne rigolez pas, ce sont de brillants Poyltechniciens qui avaient conçu une doctrine si futée).

(2) : ce «presque» introduit le bémol suivant : je ne suis pas sûr de disposer de suffisamment d'informations.

(3) : la politique, c'est une toute autre affaire.

(4) : je parle bien entendu d'un Etat qui a des ambitions, je ne parle pas du Costa Rica qui n'a pas d'armée, ni du Vatican, qui a pour lui l'armée des anges.

jeudi, août 21, 2008

Five Days in London : May 1940 (J. Lukacs)

Livre d'autant plus passionnant qu'il est concentré : il traite des cinq jours, entre le 24 mai et 28 mai 1940, où Winston Churchill s'est débrouillé pour ne pas perdre la guerre.

En effet, au contraire de l'imagerie courante, finalement rassurante, « Hitler était un fanatique condamné à perdre la guerre par sa propre folie », la recherche historique de ces dernières années présente un tableau très sombre : Hitler était certes un fanatique, mais intelligent et habile, il a été à deux doigts de gagner la guerre à la fin mai 1940 et le seul obstacle sur sa route s'est appelé Winston Churchill.

Rappelons que Churchill, au moment de son accession au pouvoir quasi-miraculeuse le 10 mai 1940, était considéré par beaucoup comme un politicien brouillon, fantasque et rien moins que fiable. Et ces discours que nous admirons aujourd'hui paraissaient souvent emphatiques et grandiloquents.

C'était Lord Halifax, partisan de l'arrangement avec Hitler, qui était favori pour le poste et qui l'a refusé en pensant que Churchill serait insupportable dans son gouvernement. Il a donc laissé la place de Premier Ministre à celui-ci en calculant qu'il se discréderait rapidement (tout en faisant une partie du sale boulot) et que les choses rentreraient vite dans l'ordre, c'est-à-dire, lui, Lord Halifax Premier Ministre, et Winston Churchill à la retraite.

Leur désaccord est simple à exprimer mais pas simple à comprendre puisque certains historiens et la plupart des commentateurs ne le comprennent toujours pas soixante-dix ans après :

> Halifax pensait que si une chance de paix avec Hitler préservant au moins en partie l'empire et l'indépendance britanniques se présentait, il fallait la saisir plutôt que risquer l'anéantissement. Halifax pensait qu'il pouvait y avoir un choix entre la paix et l'anéantissement.

> Churchill pensait qu'une paix avec Hitler préservant l'indépendance britannique était une illusion : si on faisait la paix avec Hitler, celui-ci en profiterait pour pousser toujours plus son avantage, il serait impossible de mobiliser à nouveau le peuple pour reprendre la guerre et, à terme, c'en serait fini de l'indépendance britannique. Churchill ne voyait de choix qu'entre la victoire et l'asservissement.

Le recul du temps permet de constater que Churchill avait entièrement raison : Hitler a largement démontré qu'il n'était pas homme à rentrer tranquillement chez lui et à ne pas pousser ses pions.

L'histoire de ces quelques jours est captivante de plusieurs points de vue :

> pour l'emporter, Churchill a joué de la temporisation, qu'on pourrait croire contraire à son caractère, et de l'appui de Neville Chamberlain, un ex-adversaire « appeaser », qui, ayant été trompé en long en large et en travers par Hitler, et revenu de ses illusions, épaulait la défiance churchillienne vis-à-vis de toute offre de paix pouvant venir de Berlin.

> cette période charnière au sein du cabinet britannique a été occultée. Extrêmement peu de gens,et certainement pas le public, ont été conscients de ces tensions pourtant essentielles au sein du gouvernement. Hitler pour sa part n'en a vraiment pris conscience que début juin, c'est-à-dire alors que le débat était déjà tranché.

> on notera que si Hitler n'avait probablement pas d'informations sur ces tensions au moment où elles se produisaient, son instinct politique lui avait fait sentir que la position de Churchill n'était pas assurée.

> la suite des événements ayant tranché dans le sens que vous savez, tous les acteurs ont fait l'impasse dans leurs mémoires sur cette querelle. Les uns parce qu'ils s'étaient trompés, les autres pour ne pas briser le mythe de l'unanimité. Comme d'habitude, les mémoires de Churchill sont aussi révélateurs par ce qu'ils taisent que par ce qu'ils disent : des neuf conseils de cabinet entre le 24 et le 28 mai, il n'en raconte que cinq.

> enfin, Churchill a essayé sans succès dans cette période de ramener au gouvernement Llyod George, un admirateur déclaré d'Hitler. Sans doute pour mieux le surveiller, mais aussi pour préparer une solution de rechange pour son pays si la défaite s'avérait inéluctable. C'est à ces « détails » qu'on reconnait un homme d'Etat.

John Lukacs défend très bien son point de vue comme quoi, entre le 24 et le 28 mai 1940, Churchill a réussi l'exploit, quasiment seul, de ne pas perdre la guerre (le parallèle avec C. De Gaulle est évident). Après le 28 mai, Hitler n'avait pas perdu, mais il ne pouvait plus gagner. Cette affirmation paraitra très audacieuse alors que l'évacuation de Dunkerque était incertaine et qu'on était encore à trois semaines de la capitulation française.

Pourtant, on a un témoin de luxe pour étayer cette thèse : nul autre qu'Adolf Hitler lui-même. Car, en recoupant ses propos sur le sujet, il est clair qu'il a considéré a posteriori avoir raté un tournant décisif en ce printemps 1940 et qu'il en attribuait la faute à Churchill.

A force d'entendre nos imbéciles de gauche traiter le moindre conservateur de « fasciste » (scoop : N. Sarkozy n'est pas fasciste et JM Le Pen, non plus), nous utilisons le mot et le concept dans un sens affadi. On en oublie que, dans les années 30, le fascisme était une alliance révolutionnaire, originale, et séduisante, de mouvements de masse et d'ordre.

Le fascisme, plus encore que le communisme, avait le vent en poupe et le risque était bien réel de le voir s'installer durablement. C'est la particularité de Churchill d'avoir compris cela.

mercredi, août 20, 2008

La mort de dix parachutistes français en Afghanistan

Les informations sur cette embuscade sont très parcellaires, et il ne faut pas oublier Montaigne : «La vérité est la première victime de la guerre.» Cependant, il semble à peu près certain que cette embuscade a eu lieu de nuit.

Or, des indications concordantes (blogs militaires, brèves dans les rubriques spécialisées des journaux, etc ...) m'amènent à penser que les fantassins français sont bien entrainés mais sous-équipés. Dans un combat de nuit, la proportion d'équipements de vision nocturne et de radios individuelles change évidemment tout. Les Américains tendent à même à privilégier les batailles nocturnes car ils y bénéficient d'une plus grande supériorité sur leurs adversaires.

De plus, les troupes françaises sont peu protégées par des blindés, officiellement pour ne pas se couper de la population. Mais c'est hypocrite, c'est faire de nécessité vertu. En réalité, si les troupes utilisent peu les blindés, c'est qu'il y en a peu. Une des victimes, d'après ce qu'on lit, a été tuée lorsque son VAB (Véhicule à l'Avant Blindé, autrement dit, le reste ne l'est pas) s'est renversé.

Ce n'est qu'une hypothèse de ma part qui demande à être infirmée ou confirmée, mais il serait dommage, pour le moins, que des militaires français aient été indirectement victimes de l'incurie budgétaire répétée gouvernement après gouvernement depuis des années.

lundi, août 18, 2008

Crise économique : incorrigibles politiciens français

Plus encore que dans les USA de 1980, dans la France de 2008, l'Etat n'est pas la solution, c'est le problème.

Pour des raisons prétendument incompréhensibles, qui tiennent en fait à cette place excessive de l'Etat, sujet tabou qu'il est inconvenant de mettre sur la table, la crise «pire que 1929», qui devait châtier les USA de leurs excès capitalistes, va surtout toucher l'Europe.

Luc Chatel, secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation (son titre lui-même est ridicule), ne trouve rien de mieux que de nous dire «qu'il n'y aura pas de plan de rigueur». Et tous, journalistes, politiciens, «économistes», «experts», de s'en réjouir en chœur, sacrifiant ainsi au complètement démodé vaudou keynésien.

Pas un seul ne s'est trouvé pour répliquer : «C'est complètement absurde, c'est au contraire le moment de rendre l'Etat efficace, de serrer dépenses publiques et impots.»

Ils sont incorrigibles, je vous dis.

lundi, août 04, 2008

Denenez mes élèves (les veinards)

Vous voulez pratiquer un jeu vachement intellectuel, devenez mes élèves :

Devenez élèves de Boizours

Le jeu est simple : vous choisissez un adversaire plus petit et plus faible et vous le lattez.

dimanche, juillet 27, 2008

70 ans

70 ans : c'est la durée qu'il faudra pour ramener les déficits publics à zéro si, toutes choses égales par ailleurs, les réductions d'effectifs fonctionnaires continuent au rythme actuel.

Un tel chiffre rend bien le ridicule de la politique sarkozyenne. Plus timoré, tu meurs.

Mais, bien entendu, les choses ne restent jamais égales par ailleurs. En réalité, dans 70 ans, soit notre Etat aura fait banqueroute depuis longtemps (probablement avant 2015), soit le pays se sera redressé suite à une réforme d'ampleur de l'Etat (comprendre : une coupe claire dans les effectifs de fonctionnaires).

vendredi, juillet 25, 2008

The Hitler-Hess deception (Martin Allen)

Comme je ne vais pas toujours vous mâcher le boulot, je vous explique juste de quoi cause ce livre en vous conseillant de le lire.

Il s'agit de la manipulation («deception» est un faux-ami) pour aboutir à une paix séparée entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne (ou faire croire à telle paix), qui conduisit Rudolf Hess à voler jusqu'en Ecosse pour prendre contact avec des éléments très hauts placés dans le gouvernement et l'aristocratie anglaise.

Et comment les Britanniques ont éliminé la plupart des preuves (mais heureusement pas toutes) qui mettaient en cause l'image du pays uni dans la guerre au nazisme (et aussi pour d'autres raisons, mais il faut lire le livre).

Lindbergh, l'ange noir (B. Marck)

Bernard Mack avait déjà commis une biographie d'Hélène Boucher, maintenant Charles Lindbergh. Les personnalités sont symétriques, autant celle de la «fiancée de l'air» est lumineuse, le meilleur résumé de sa carrière est : un trait de lumière dans le ciel (1), autant celle de Lindbergh est sombre.

Le titre est très bien trouvée : Lindbergh est très pur, il est de ces pilotes comme Mermoz qui semblent en état de grâce aux commandes d'un avion, qui mènent machines et hommes au-delà de tout ce qu'on croyait possible.

Sa traversée de l'Atlantique est élégante de simplicité : un monomoteur, peu d'instruments, pas d'équipage.

Mais c'est un caractère noir dans sa pureté.

Son passage comme figure de proue du fascisme américain, sous couvert d'isolationnisme, est bien connu (2). La réalité est moins nette, mais c'est ce qu'a retenu le public.

La célébrité souvent insupportable (3), l'horrible meurtre de son bébé et le procès qui a suivi ont contribué à cette noirceur.

L'existence de ses deux (!!!) familles allemandes, qui vécurent en parallèle de sa famille américaine et ne fut rendue publique qu'après sa mort, accroit le malaise.

Et pourtant quelle personnalité : véritable héros de la guerre du Pacifique bien que son passé pro-nazi et sa célébrité lui aient interdit le combat, auteur de recherches en cardiologie que les spécialistes estiment de valeur, écologiste sur le tard (4).

L'histoire de l'aviation est riche de ses personnages cumulant courage physique et courage intellectuel.

Le film avec James Stewart se laisse voir, mais il fut un flop : la page Lindbergh était tournée pour le public et il traina sa réputation sulfureuse, même atténuée.

Dans ce cadre général, revenons sur quelques points :

> le «fascisme» de Lindbergh. Il a bien tenu quelques propos antisémites, extrêmement rares, et reçu des mains de Goering une décoration nazie. Mais cela ne suffit pas à faire de lui un fasciste.

En fait, il a commis la même erreur que nombre de pétainistes qui ont cru avoir à faire à un conflit classique où la «realpolitik» était de mise. Dans cette optique, la position isolationniste de Lindbergh se comprend : laisser les Européens se battrent entre eux sans s'en mêler était la meilleure option pour les USA afin de sortir encore plus forts de ce conflit qui les auraient épargnés.

Il faut cependant dire que, si ses convictions humanistes ne sont pas en cause, il se trouve que sa promotion de l'isolationnisme jouait très directement dans la main d'Hitler à cette époque.

Comme beaucoup de pétainistes, quand il a compris son erreur, Lindbergh s'est bien rattrapé.

> Alexis Carrel : le cas est intéressant et hélas pas vraiment en notre honneur. Carrel et Lindbergh étaient amis et ont mené leurs recherches en cardiologie ensemble. Carrel, prix Nobel de médecine, était un génie du calibre de Pasteur, il a notamment réussi à faire vivre un coeur de poulet 23 ans, nettement plus longtemps qu'un poulet, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives sur l'étude du vieillissement.

Carrel a promu l'eugénisme et a travaillé avec le gouvernement pétainiste dans le domaine médical, mais il était opposé au nazisme sans aucune ambiguité, ces écrits sont très clairs, et il a aidé des résistants.

Malgré cela, en dépit des protestations d'éminents médecins, toutes les rues et universités de France portant son nom ont été débaptisées. Il semble que notre époque, confite dans sa bonne conscience prétentieuse, soit inapte à la nuance et, pour tout dire, à l'intelligence.

> Lindbergh dans la guerre du Pacifique : cas probablement unique à cette époque, il était un civil participant à des missions aériennes de combat. En théorie, il menait une étude sur les performances des avions, qu'il a considérablement améliorées en changeant certaines procédures, mais il en profitait pour participer à des missions de combat. Bien que de vingt ans plus agé que ses compagnons d'armes, il s'est révélé plus endurant, plus habile et plus précis, bref meilleur. Sa réputation de pilote exceptionnel s'est à nouveau vérifiée.

> la vie familiale : Lindbergh était un despote maniaque, tout le temps en voyage et qui terrorisait la maisonnée par ses minutieuses exigences lors de ses retours impromptus. Il est clair que ce n'était pas un sentimental, c'est le moins qu'on puisse sire, la chaleur et l'affection n'étaient vraiment pas ses points forts et, ce faisant, il était très difficile à vivre. Ces immenses qualités intellectuelles n'avaient pas pour pendant des qualités sociales du même tonneau.

Considérons à sa décharge que le rapt et le meurtre de son premier enfant très médiatisés, alors même que son mariage était sa première aventure sentimentale, l'ont probablement meurtri à jamais et ont arrêté net son épanouissement affectif.

> la mort de Lindbergh. Atteint d'un cancer, Charles Lindbergh meurt en 1974. De l'avis unanime de ceux qui y ont assisté, Lindbergh a préparé son voyage dans l'au-delà avec autant de minutie qu'il a préparé sa traversée de l'Atlantique, le parallèle a frappé tous les observateurs. Il s'est réconcilié avec un de ses fils avec lequel il était fâché depuis des années. Rarement un homme est entré dans la mort avec autant de lucidité, allant jusqu'à demander à un ami «Est-ce que je meurs bien ?». Comme il n'y a jamais eu chez lui de forfanterie, ça ne peut être que l'ouvrier consciencieux qui demande si le travail est bien fait. Le récit est très impressionnant.

(1) : quand elle est morte, elle volait depuis trois ans, avait accumulé des prix, des records, des premières, et pourtant, elle avait à peine plus d'heures de vol que moi (c'est le genre de comparaison qui me remettrait à ma place si j'avais des velleités de grosse tête).

(2) : Philip Roth a écrit un excellent roman, Le complot contre l'Amérique, où, en décalant avant les élections un authentique discours de Lindbergh prononcé après celles-ci, il imagine que Lindbergh remporte les présidentielles face à Roosevelt, entrainant les USA dans un fascisme local teinté d'antisémitisme. C'est irréaliste dans la mesure où c'est justement son isolationnisme qui a fait perdre sa popularité à Lindbergh, mais c'est un roman.

(3) : l'incroyable popularité de Lindbergh est un peu oubliée aujourd'hui.

(4) : j'ai remarqué une nette tendance à l'écologie chez certains pilotes, peut-être parce que l'avion donne un point de vue plus élevé ! Mais il est vrai que l'écologisme est une misanthropie et que Lindbergh virait grognon.

jeudi, juillet 24, 2008

Des moeurs édifiantes

Affaire Khadafi : comment les palaces genevois gèrent leurs clients difficiles

Qu'est-ce que l'ultra-libéralisme ?

Le libéralisme, vous voyez à peu près ce que c'est. Mais vous entendez régulièrement parler d'ultralibéralisme et ça reste pour vous un mystère.

Vous êtes bien sûr de ne l'avoir jamais rencontré dans notre belle France où les dépenses publiques font 55 % du PIB.

Grâce à La Lime™, vous allez enfin apprendre ce qu'est l'ultralibéralisme.

L'ultralibéralisme est un être imaginaire destiné à faire peur aux enfants (1), à l'instar des ogres, des dragons et de Chantal Goya. Il est le descendant direct du déjà très horrible libéralisme.

Dès qu'il arrive malheur à des prébendiers de l'Etat, ou même qu'ils sont simplement menacés d'un éventuel malheur si lointain qu'eux seuls le devinent, c'est la faute au méchant ultralibéralisme, dont j'abrège le patronyme en UL pour la suite de ce message.

Comme un exemple vaut mieux qu'un long discours, je vais vous parler de l'école.

Les résultats de l'école primaire et secondaire se dégradent lamentablement depuis trente ans, il y a quasi-unanimité sur la question.

Comme cette école est étatisée à 99 %, soit directement (public) soit indirectement (privé sous contrat), vous croyez bien qu'UL n'y est rien. Détrompez-vous. Vous n'avez rien compris, vous êtes un naïf, un innocent, ou pire, un infâme suppôt d'UL.

L'école a été détruite par des syndicalistes de gauche imposant le pédagogisme, lui aussi venu de la gauche ? Peu importe : la gauche ne saurait être coupable tandis qu'UL ne saurait être innocent. C'est donc de la faute d'UL.

Comment cela ? Voyez le machiavélisme d'UL : il a encouragé les gauchistes sous hypnose à saper les fondements de l'école républicaine pour mieux pouvoir la privatiser.

Les ministres qui, terrifiés par les grèves à répétition, ont lâchement laissé la bride sur le cou des gauchistes pédagogistes ? Des alliés objectifs d'UL qui s'ignorent (ou peut-être même pas).

Les expérimentations débiles en ZEPs ? Encore un effet du complot d'UL, d'autant plus redoutable qu'il est dissimulé.

Les parents qui veulent, ô sacrilège, ô infamie, ô cabane sur le chien, avoir leur mot à dire sur l'école de leurs enfants ? De vils consuméristes, suppôts d'UL.

Les boites de cours privés pour compenser les dégâts des néfastes de l'éducation nationaze ? Arghh, d'affreux sectateurs d'UL.

Vous avez compris. Armés de ce principe cardinal «La gauche ne saurait être coupable, l'ultralibéralisme ne saurait être innocent», vous pourrez à titre d'exercice expliquer vous mêmes : le phyllloxera, la rage, le sida, la peste et le choléra, l'obésité ici et la faim ailleurs, la bourse qui descend, la température qui monte, le travail des Chinois, la paresse des Français, l'équipe de France de foot, le tour de France, la misère, les abeilles malades ...

Ensuite, une fois bien rôdé sur des cas généraux, vous pourrez passer à votre cas personnel et démontrer que l'ultralibéralisme est coupable de votre vie ennuyeuse, de votre salaire trop bas, de votre mariage raté et de votre divorce réussi, des enfants qui se barrent, de votre Renault qui tombe en panne, du chien du voisin qui pisse sur votre paillasson, des impots trop lourds, des raideurs qui se déplacent, de vos mauvais numéros au Loto, de la machine à laver qui fuit, du lave-vaisselle bouché ...

(1) : ou aux adultes qui pensent comme des enfants.

mercredi, juillet 23, 2008

Les deux blogs

Le fait d'avoir été obligé de déserter le blog de JP Brighelli sous la pression des matons de Panurge m'a conduit à transformer ma réflexion qui couvait en action.

Comme il y a deux types de conversations (voir De l'art de conférer, de Montaigne, auquel je n'ai parait-il rien compris), il y a deux types de discussion sur les blogs :

> le mauvais : la discussion consiste en une querelle d'egos, avec une pincée d'étalage narcissique de ses connaissances. On ne cherche pas la vérité mais à avoir raison, il faut abattre son adversaire ou au moins l'impressionner, quitte, sans même quelquefois s'en rendre compte, à être de mauvaise foi.

Dans ces circonstances, il n'est pas incongru de l'insulter ou de le diaboliser. Un grand classique : «Ces idées réactionnaires qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire ...»

Généralement, ces blogs tournent en rond (Oui ! Non ! Mais oui ! Mais non ! Noir ! Blanc ! Vous en êtes un autre, monsieur etc ...), on y utilise mille mots quand cent suffisent, on s'écoute beaucoup parler mais on n'entend pas les autres, et si, dans ce fatras, il y a trois idées valables, c'est bien de la chance. Des montagne de tchatche et zéro idée neuve.

Ce sont, suivant le mot d'un commentateur, des blogs «de premiers de la classe qui se mesurent la quéquette intellectuelle».

> le bon : la discussion est une collaboration pour découvrir ensemble la vérité. C'est difficile car cela suppose qu'on laisse son ego sur le seuil du blog, qu'on «rende les armes à la vérité d'aussi loin qu'on la voit s'approcher». Et pour y accéder, il faut pratiquer l'humilité en public, attitude peu commune et qui nécessite d'y travailler. C'est d'autant plus ardu qu'il ne faut pas passer de l'humilité à la servilité : si vous ne voyez pas la vérité s'approcher, ne rendez pas les armes.

Pour que la discussion se passe bien, il y faut ce que j'appelle la présomption d'intelligence (un autre nom du respect ?) : commencez par envisager que votre contradicteur a raison, pour bien comprendre ses arguments et ses raisons.

L'agréable de ce genre de blogs est d'être concis, clair et direct, car on n'y parle que si l'on a quelque chose à dire et on y dit que ce qu'on a à dire. Et les discussions n'y tournent pas en rond : en trois ou quatre messages, les termes du débat sont en général posés ; libre ensuite à l'humeur vagabonde des intervenants de dériver sur autre chose.

Il y a effectivement comme le remarque Epicier Vénéneux un ratio longueur des messages/nombre de messages qui mesure approximativement la qualité des discussions (à condition que les messages ne soient pas trop longs, sinon, ça devient verbeux).

Or, de même qu'une pomme pourrie suffit à pourrir le panier entier, un malotru suffit à pourrir un fil de discussion. Le blog Secret Défense a perdu beaucoup de son intérêt depuis que JD Merchet modère a posteriori : trop de hors sujets et de commentaires creux. Il y a un effet d'éviction : les mauvais commentaires chassent les bons.

C'est le rôle du propriétaire des lieux de virer le malappris comme le bon jardinier vire les doryphores.

C'est pourquoi je n'ai aucun scrupule à demander une identification et si ça ne suffit pas, comme le laisse entendre Matthieu, je n'hésiterai pas à recourir à la modération a priori, sachant que je suis plus enclin à censurer le ton et le vocabulaire que les idées.

Qu'on se le dise.

Le génie américain du siècle dernier




L'usine de Willow Run, près de Detroit, faisait 5 km de long, employait 14 000 personnes et était conçue pour sortir 1 B24 par heure. Elle en produisit finalement 8 685.