samedi, mai 05, 2018

Gestion d'Air France et coopération hautement fiable

Voici ce qu'Eric Verhaeghe écrit de la gestion du conflit social chez Air France :

Air France, SNCF: les entreprises publiques sont-elles capables de négocier avec leurs partenaires sociaux ?

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Depuis le début, on s’étonnera quand même du peu de ménagement dont la direction d’Air France semble avoir fait preuve vis-à-vis des pilotes de ligne. On peut bien entendu reprocher à cette catégorie de salariés socialement privilégiée de se comporter à la manière des diva. Il n’en reste pas moins que, lorsqu’on est obligé de passer par un syndicat représentatif, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin. Manifestement, ce n’est pas la première des facultés de la direction d’Air France.

[…]

Dans une entreprise ordinaire, les négociations entre patronat et syndicats ne se passent pas par l’intermédiaire de la presse. Tôt ou tard, la direction y rencontre les représentants élus des salariés et discute avec eux pour trouver un accord.

Manifestement cette méthode de négociation est trop simple pour les brillants cerveaux qui dirigent les entreprises publiques. Ceux-ci préfèrent se lancer dans des billards à quinze bandes dont l’issue laisse dubitatif.

Dans le cas d’Air France, la direction ne semble guère avoir exprimé auprès du SNPL son intention de négocier clairement avec lui. Au contraire, le SNPL a compris que la direction cherchait à le contourner et à le discréditer.

Comme à la SNCF, tout se passe comme si l’élite technocratique à la tête des entreprises publiques gâchait toute possibilité d’évolution collective faute de savoir négocier avec le petit personnel. Comme si jouer le jeu de la négociation avec les syndicats exposait à un ridicule indigne des codes aristocratiques.
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Or, que dit Christian Morel ? Que la coopération hautement fiable, à base d'honnêteté, de réciprocité, d'ouverture et de confiance est indispensable à la sécurité et devrait être étendue au delà de ce domaine en raison de sa contribution décisive à la résilience de l'entreprise.

Cela m'inspire une réflexion : il n'y a rien d'étonnant à ce qu'Air France ne soit pas en tête des classements de sécurité des vols et ne soit pas non plus dans les compagnies à la santé florissante.

On pourra me dire que gestion de l'entreprise et gestion de la sécurité sont séparées. Oui ... mais non. Pas si on vise l'excellence. C'est même la culture de la sécurité, et donc de la coopération, diffusée à tous, y compris aux non-intervenants directs dans le vol, qui fait la différence entre l'excellence et la moyenne.


Extra-territorialité du droit américain : une erreur stratégique ?

Il faut bien distinguer tactique et stratégie.

Tactiquement, l'extra-territorialité du droit américain est brillante.

Elle a permis d'achever la soumission de l'Europe à l'Amérique. General Electric a pu racheter Alstom pour une bouchée de pain et il faut voir comment les dirigeants d'Airbus et des banques européennes sont terrifiés par les juges américains. D'ailleurs, leur mentalité et leur formation font qu'ils sont tout prêts à se rendre sans combattre. C'est la blague américaine : « Quelle est la première phrase qu'on entend d'un Français ? " Ne tirez pas ! On se rend ! "». Les fameux cheese-eating surrender monkeys.

Notons, pour ne pas être entièrement négatifs, que l'alliance d'Airbus et de Bombardier fit une petite (toute petite) nique aux Ricains.

Mais une réussite tactique peut avoir une effet stratégique destructeur. Les succès de Bonaparte ont uni ses ennemis.

Charles Gave croit que l'extra-territorialité du droit américain (entre autres raisons) pousse la Chine et la Russie à remettre en cause la suprématie du roi-dollar.


Evidemment, cela serait une défaite majeure pour les Etats-Unis, bien plus importante dans ses conséquences à long terme que le petit peu plus de soumission européenne obtenue grâce à l'extra-territorialité du droit américain.

A l'inverse, les accords du Plaza de 1985 ont stérilisé la concurrence japonaise de manière durable, exemple de mouvement stratégique efficace.

Nous vivons des temps intéressants.

Petit complément :

L'important se passe en Italie

Pendant qu'on nous amuse avec les casseurs gauchistes, l'important, la vraie révolution possible, c'est en Italie.

Je pronostique et je souhaite (dans cet ordre) l'éclatement de l'Euro et de l'UE depuis une douzaine d'années (la capacité de résistance, l'acharnement, des européistes m'a beaucoup surpris au début, maintenant je suis habitué).

Je pensais que le Brexit créerait un effet de mode. Mais les négociations se passent si mal, à cause d'une technocratie anglaise qui joue pour le camp d'en face, que ça serait plutôt le contraire.

Pendant que les medias complices nous montent une opposition mélenchono-lepeniste en carton-pâte à Macron, ce qui est évidemment le meilleur moyen de lui garder le pouvoir, l'Italie n'a pas dit son dernier mot. La subversion (l'émission par le gouvernement italien de reconnaissances de dettes échangeables tenant lieu de monnaie parallèle) puis l'éclatement de l'Euro sont dans beaucoup de têtes qui se sont rapprochées du pouvoir suite aux dernières élections.

Bien sûr, la France, qui se croit révolutionnaire, sera, une fois de plus depuis cinquante ans, à la traîne de l'histoire.

Mais les eurotyrans vont se battre et nous savons désormais de quoi ils sont capables.

À ROME, LE SORT DES PEUPLES D’EUROPE EST EN JEU






vendredi, mai 04, 2018

Gustave dépasse le 80

« Black blocks » : exemple de manipulation journalistique

La manipulation journalistiques passe par des choix de vocabulaire qui, pris individuellement sont anodins, et qui permettent de répondre à chaque mise en cause « Vous êtes vraiment un pinailleur, vous n’allez pas nous en chier une pendule pour si peu » mais, qui, mis bout à bout, déforment complètement l’information et dessinent un paysage intellectuel gravement tronqué.

On peut même décrire la post-modernité comme une fuite éperdue devant la réalité et les journalistes comme ses grands prêtres.

Il est important d'identifier et d'analyser ces manipulations du vocabulaire à leur naissance, avant qu'on ne s'y habitue.

L’exemple le plus célèbre est « sans-papiers » pour « immigré illégal ».

Mais le récent « Black blocks » est aussi un bon exemple. Ce choix de vocabulaire obscurcit l’information plutôt qu’il la clarifie et c’est volontaire. Qui comprend vraiment ce que ce terme étrange et étranger désigne ? Alors que « casseur gauchiste » est exact et compréhensible par tous. Bien entendu, c’est pour éviter cette clarté, du fait de leur penchant gauchiste, que les journalistes évitent ce vocabulaire.

Comble de manipulation, « Black » évoque l’extrême-droite.

Le journalisme est devenu un métier méprisable, comme commissaire politique, d’ailleurs c’est la même chose.



jeudi, mai 03, 2018

Les casseurs d'extrême-gauche : c'est pourtant simple à comprendre

Je lis des tas d'articles style prise de tête sur les casseurs d'extrême-gauche.


C'est pourtant simple à comprendre, ça tient en une phrase. Mais comme dit Péguy, il faut savoir voir ce que l'on voit.

Les gouvernements de gauche et de droite, depuis Pompidou, sont plus indulgents pour les violences de gauche que pour les violences de droite, jusqu'au laxisme le plus éhonté.

Tout le reste est bruit avec la bouche. Tant que la justice ne sera pas rétablie, qu'il y aura un deux poids-deux mesures, les imbéciles et les hypocrites continueront à se demander « Diable ! Comment est-ce possible ? ».

mercredi, mai 02, 2018

Les décisions absurdes. L'enfer des règles. Les pièges relationnels (C. Morel)

C'est le troisième tome après Les décisions absurdes : sociologie des erreurs radicales et persistantes et Les décisions absurdes. Comment les éviter.

L'intérêt des livres de Morel, ce sont les exemples de décisions absurdes.

Exemple : une vieille dame à l'agonie dans une maison de retraite demande une oeuf à la coque. Le lendemain, elle meurt sans avoir eu son oeuf à la coque. Mais ne croyez pas qu'elle a été oubliée : le directeur s'est battu, en vain, toute la journée pour obtenir de son cuisinier et de son responsable qualité l'oeuf à la coque en question.

On ne sert ni n'utilise d'oeufs en coquille dans les maisons de retraite françaises, donc plus de soirées crêpes, ou alors en fraude.

Or, aucun texte n'interdit formellement les oeufs en coquille dans les maisons de retraite, mais les règles sont si contraignantes qu'elles ont été traduites par les responsables qui ne veulent pas avoir d'emmerdes par une interdiction de fait.

Après une analyse superficielle de cette inflation réglementaire, Morel entre dans le vif du sujet : la peur de vivre, avec le risque que cela comporte. C'est pourquoi tous ceux qui baignent dans l'air du temps, qui a cette peur de vivre, participent de cette inflation réglementaire mortifère. Il cite le cas de ces parents qui trouvent qu'il y a trop de règles dans les crèches mais sont les premiers à en demander au moindre problème.

La règle, même absurde, a une grande vertu (maléfique) : elle déresponsabilise. C'est pourquoi tout le monde, de la base au sommet, en réclame. On préfère aller dans le mur sans être responsable que faire des choses intelligentes en étant responsable.

La fonction réelle (et non celle déclarée) de la règle étant de déresponsabiliser, peu importe qu'elle soit absurde ou peu ou mal appliquée, ou appliquée en dépit du bon sens, ou inadaptée. Le fait qu'elle existe et qu'elle permette aux acteurs de se retrancher en cas de pépins suffit.

Il faut une culture de la sécurité particulièrement forte, comme dans l'aviation, pour, quelquefois, remettre en cause la règle en examinant ses résultats réels. Par exemple, la procédure en cas de décrochage a été complètement inversée après l'accident d'AF447. Je constate qu'en aéroclub, sauf si on tombe sur des instructeurs futés, on apprend toujours la procédure précédente (minimiser la perte d'altitude), qui est idiote dans 99 % des cas, plutôt que celle dictée par le bon sens aéronautique (reprendre le contrôle quitte à perdre de l'altitude).

Morel a constaté que, dans les hôpitaux, où l'on s'inspire de l'aéronautique, check-lists et compagnie, les résultats sont loin de ceux attendus. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas la culture qui sous-tend ces procédures.

On fait entrer dans le crâne d'un pilote depuis tout petit que déclarer une erreur est positif et que mettre en commun les compétences est un signe d'intelligence (il y a tout un arsenal d'outils qui permettent à un pilote de déclarer des fautes sans encourir de sanction ou de risque pour sa carrière).

Les chirurgiens-divas ont encore beaucoup à apprendre. Si une hôtesse de l'air déclare un risque pour la sécurité qui empêche le vol de partir, le pilote pensera peut-être « Elle fait chier » mais jamais il ne le dira et il annulera le vol. On n'en est pas là avec l'infirmière et le chirurgien.

Les recettes de Morel pour sortir de l'enfer des règles :

1) La compétence élargie, c'est à dire la capacité à tenir compte du contexte.

2) La coopération hautement fiable. C'est tout simplement le travail de groupe en ayant laissé son ego à la porte et avec un vocabulaire précis et standardisé. Je l'ai vu faire par le passé, c'est redoutablement efficace.

Notons que la coopération hautement fiable ne fonctionne à plein rendement qu'en mettant les règles au second plan ou en les ignorant totalement, de manière à ce que tous les acteurs soient obligés de prendre leurs responsabilités. Ce qui prévaut, c'est la décision prise collectivement et non la règle écrite. Et il faut pouvoir l'assumer jusque devant le juge, le cas échéant. C'est possible si l'on prouve que tous les intervenants ont pu mettre ce qu'ils pensaient sur la table sans pression ni menace, explicites ou implicites, et que, donc, la décision a été prise au mieux de l'information disponible.

Cela suppose un mécanisme de discussion dé-hiérarchisé comme il en existe dans toutes les compagnies aériennes dignes de ce nom. En apparence simple, cette condition n'a rien évident : la réaction instinctive de l'homme est de faire sentir ses galons, quelquefois sans même s'en rendre compte.

En parlant de justice, Morel évalue le traitement de l'erreur dans notre système judiciaire et  le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est ravageuse. Une entreprise qui traiterait ses erreurs comme la justice française les traite serait condamnée par cette même justice française. Le cas n'est pas hypothétique : des psychiatres ont été condamnés pour des erreurs dans leur métier tandis que des experts psychiatriques auprès des tribunaux faisant les mêmes erreurs n'ont eu aucun ennui.

La coopération hautement fiable passe par une verbalisation concise, explicite et sans ambiguïté « Je sors un cran de volets », « Je ne comprends pas la situation météo » ...

Morel insiste aussi sur l'importance des pots, barbecues et autres apéros. Il a même été prouvé par une comparaison de bars d'escadrille sans alcool (bin ouais, ça existe. Sûrement dans des populations exotiques, Martiens, Vénusiens ...) et avec alcool qu'une consommation (raisonnable) d'alcool (après le vol, pas avant) améliorait la sécurité.

Morel insiste aussi sur plusieurs points :

♘ Éliminer les pommes pourries, donc l’importance du recrutement et de la prise en compte du caractère. Si on doit sanctionner, que les critères qui séparent l’erreur, qui ne doit en aucun cas être sanctionnée, de la faute soient clairs (mauvaise intention, négligence pas due à une surcharge de travail, erreur répétée sans action corrective etc.).

♘ L’organisation joue son rôle. L’armée mexicaine, ce n’est pas l’idéal.

♘ L’efficacité du binôme égalitaire. A tel point que ça vaut le coup de travailler en binôme de manière systématique (pour ne pas doubler les effectifs, il faut confier au binôme deux fois plus d'affaires qu'à un individu).

♘ Evidemment, ne pas punir (de manière ouverte ou dissimulée) celui qui dit la vérité mais, au contraire, le récompenser. Inversement, punir la dissimulation.

Et toujours : verbaliser, verbaliser, verbaliser. Et apprendre à verbaliser de façon non-ambiguë et concise. Cultiver l’honnêteté. Cette honnêteté va jusqu'à refuser le politiquement correct : dans la check-list des guides de haute montagne suisses, un item est « Y a-t-il une femme dans votre groupe ? » (parce qu'on a constaté que les hommes prenaient plus de risques en présence d'une femme).

Conclusion : la culture juste de la sécurité n’est pas seulement utile pour les entreprises travaillant dans des domaines dangereux. Elle augmente aussi la résilience des organisations ordinaires. Par exemple, on peut très bien traiter son marché concurrentiel comme un environnement dangereux et y appliquer les mêmes méthodes. Mais cette démarche n’est pas intuitive, ou pas complètement. Elle s’apprend et se cultive. Elle suppose une direction forte.




mardi, mai 01, 2018

Brexit : la démocratie anglaise à l'épreuve

Les Lords viennent de voter un amendement (pas de Brexit sans accord) qui, s'il était confirmé par les Communes, viderait le Brexit de sa substance, en mettant en permanence la Grande-Bretagne en position d'infériorité durant les négociations avec les tyrans technocratiques de Bruxelles.

Certains (c'est mon cas) considèrent cet amendement comme une trahison.

Mais le problème est plus large. D'un point de vue strictement juridique, le référendum sur le Brexit était consultatif, il n'a pas force de loi (contrairement au referendum de 2005 en France, et on a vu ce qu'il en est advenu).

Donc rien n'impose formellement aux institutions de respecter le résultat du référendum. Le seul vrai moyen carré d'obtenir un Brexit véritable selon la tradition britannique, c'est d'avoir au Parlement une majorité pro-Brexit, ce qui n'est pas le cas.

La question devient passionnante. Depuis des siècles, la Grande-Bretagne, en concurrence avec la Suisse, est citée comme un exemple de démocratie. Mais va-t-on respecter l'esprit (il est clair que le peuple anglais est pour le Brexit, les Remainers sont d'ailleurs en moyenne moins anglais que les autres) ou la lettre (pas de majorité parlementaire pro-Brexit) ?

Je connais beaucoup de pessimistes qui pensent que la question est déjà tranchée. Je n'en suis pas si sûr.


La route sauvage

L'Amérique pauvre, qu'on n'aime pas forcément mais qu'on ne déteste pas. Des parents irresponsables (bientôt, Hollywood va nous sortir des films pour dire qu'un père, c'est bien, et le divorce, c'est mal. Je plaisante). Un gamin qui grandit tout seul. Un cheval. Cataclop, cataclop dans les magnifiques paysages américains.

lundi, avril 30, 2018

Camerone


La mort de Staline

Le film le plus anti-communiste que j'ai jamais vu. C'est évidemment un gros compliment.

On pense immédiatement au Dictateur de Chaplin, même si on n'atteint pas ce niveau.

Ce qui fait la qualité de ce film, c'est qu'il met en lumière le grotesque du communisme et fait rire (jaune, ou rouge) sans s'éloigner des faits historiques.

Bon, ça exécute beaucoup, c'est normal, c'est le communisme. Mais dans la joie et la bonne humeur.

La conclusion qu'on tire, c'est que communisme était (est) une bouffonnerie et les communistes des bouffons. Criminels, affreusement criminels, dangereux, très dangereux, mais bouffons quand même.

Ce film est donc le pastiche d'une bouffonnerie.

Place publique

Le sens de la fête, en plus aigre et en moins attachant.




dimanche, avril 29, 2018

Alfie n'était pas un enfant syrien

Les Grands-Bretons, en pleine hystérie anti-russe, ont bombardé la Syrie au nom d'enfants morts dans une hypothétique attaque chimique.

Au même moment, la justice britannique a condamné le petit Alfie Evans à être débranché et à mourir.

L'actualité a quelquefois une ironie qui dévoile les Tartuffe de ce monde.

Je suis effrayé par ce monde où l'Etat peut décider, sans que vous soyez coupable de rien sinon d'exister, que votre vie ne mérite pas d'être vécue, la plupart du temps pour raisons économiques.

Et on va nous en faire des tartines sur l'horreur nazie. Mais on agite ce vieil épouvantail pour nous détourner des saloperies du présent. Car, sous l'emballage compassionnel et dégoulinant de mièvrerie, nos Etats sont-ils si loin de l'inhumanité nazie ?

Nota : extrait de l'article du Figaro :

Egalement au Royaume-Uni, les parents du petit Ashya King avaient défié en 2014 les médecins en enlevant d'un hôpital leur enfant atteint d'une tumeur au cerveau, l'emmenant à Prague pour qu'il y reçoive un traitement aux protons, non disponible en Grande-Bretagne. Le petit garçon a été déclaré guéri.

samedi, avril 28, 2018

Presse française : surtout, ne rien croire

MACRON CHEZ TRUMP : VALEURS PARTAGÉES, VALEURS BAFOUÉES

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Il y a quelques années, pour se faire une idée point trop partiale des événements, il suffisait de croiser Le Monde et Le Figaro, les plus méfiants jetant à la rigueur un coup d’œil sur L’Huma et Présent.

Aujourd’hui, la grande presse française vante de manière unanime la réussite de la visite de Macron aux États-Unis, la chaleur de l’accueil et l’importance de l’événement. Et, naturellement, il ne faut rien en croire. L’actuel président étant soutenu par la quasi-totalité des médias, ce qui n’était sans doute arrivé à aucun chef d’État depuis Napoléon III, ces dithyrambes étaient prévisibles.

Il fallait donc se tourner vers la presse américaine pour en savoir un peu plus. Et là, surprise, le New York Times, grand journal de référence s’il en est, ne parle pas de cette visite, sauf un dessin très méchant pour Macron le deuxième jour, les dépêches de Reuters, très factuelles, n’étant reproduites que sur le site. Le reste de la presse anglo-saxonne a été fort discrète. Pour la plupart des Américains, dût notre fierté nationale en souffrir, cette visite aura été un non-événement.
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Pendant des années, les journalistes ont fait partie, avec les politiciens, sondage après sondage, des professions les moins respectées.

Depuis quelques temps, on est monté d'un cran : c'est une des professions, toujours avec politicien, les plus détestées.

Et c'est parfaitement justifié : comme le démontre Ingrid Riocreux, la mission véritable des journalistes n'est pas de nous informer mais d'être les grands prêtres de la morale qui justifie l'existence de l'hyperclasse mondiale. Ils sont la police politique qui protège les idées qui nous tuent. Idées mortelles qui sont mises en application sans faiblir par les politiciens. Il est donc tout à fait logique, dans l'ordre des choses, de les détester à mort de manière égale.

Mais, me direz vous, les gens regardent BFM TV, LCI, CNN et compagnie.

Ce paradoxe nous mine. Je rencontre souvent des gens qui me disent « Je n'en crois pas un mot ». D'où ma réaction, « Alors, pourquoi regardes-tu ? ». En général, la réponse est assez vaseuse, du genre « Pour être informé ». Oui, mais quel sens ça a d'être informé par des informations qu'on ne croit pas ? La vraie réponse que je n'entends jamais parce qu'elle est trop difficile à avouer est « Parce que c'est plus fort que moi. Si je ne m'abrutissais pas avec les infos, où il se passe toujours quelque chose, je serais obligé de contempler le vide de ma vie où il ne se passe rien ». C'est le divertissement pascalien dans toute sa splendeur. Ressentir la vie contemplative comme vide est une aberration, mais on ne va pas refaire ces gens.

Bref, la majorité est accro à des infos qu'elle ne croit pas. D'où le complotisme : plutôt que l'indifférence, on prend le contrepied des infos, comme si l'inverse du mensonge était la vérité alors cela peut être un autre mensonge.



mercredi, avril 25, 2018

Son Amérique à lui

Lors d'une émission un peu barbante où BHL s'est montré égal à lui-même (je déteste le personnage et ses idées) et Alain Finkielkraut aussi (j'apprécie le personnage mais ne tiens pas ses analyses en haute estime, il parle compliqué mais ses idées sont convenues, grossières, et souvent erronées), Eric Zemmour a conseillé à tous les atlantistes de lire, dans les mémoires de guerre de Mongénéral, sa conversation avec Harry Hopkins.

Bien qu'ayant lu plusieurs fois les dits mémoires, je ne voyais pas à quoi il faisait allusion, et pour cause : je ne suis pas atlantiste, les propos gaulliens me sont une évidence et j'avais oublié qu'ils pouvaient provenir d'ailleurs que de ma petite tête.

Voici cette conversation :

De Gaulle - Hopkins

L'Amérique n'est pas notre amie. Elle est, occasionnellement, notre alliée et, trop souvent, notre rivale ou notre maitresse (pas du tout dans le sens amoureux, ou alors sado-maso).

Elle poursuit ses intérêts et elle a bien raison. Nous sommes coupables quand nous nous mentons en prétendant qu'ils coïncident avec les nôtres systématiquement et qu'en suivant servilement l'Amérique nous ne trahissons pas l'intérêt national français.

Bien sûr, quand on est, comme Macron et tant d'autres young leaders, corrompu dès la jeunesse par l'Amérique, par sa propagande, par sa mythologie et par son argent, on refuse de voir ces choses en face. On se comporte obséquieusement, quémandant une attention, un geste flatteur du maître, qui, quelquefois, parce qu'il n'est pas trop chien, y condescend. On fait le guignol à Washington et on est grotesque.

J'aime l'Amérique par certains cotés, mais je ne l'idéalise pas, n'en fais pas un absolu et ni même un modèle. J'ai honte que mon pays se subordonne à l'Amérique comme j'aurais honte qu'il se subordonnât à n'importe quel autre pays, l'Allemagne (ah non, merde, celui-là aussi, on y est subordonné), l'Algérie (ah non, merde, celui-là aussi, on y est subordonné), l'Angleterre (ah non, merde, celui-là aussi, on y est subordonné), le Zimbabwé, l'Ouganda ou Monaco (on n'est pas subordonné à Monaco, au moins ?).

Addendum

mardi, avril 24, 2018

Brexit : frontière irlandaise et trésorerie américaine

Ceux qui suivent un peu les événements savent que les gnomes de Bruxelles utilisent le levier de la question de la frontière irlandaise pour pourrir les négociations du Brexit.

Seulement, la république irlandaise voit, suite à la politique de Trump, fuir massivement la trésorerie des entreprises américaines qui retourne au pays.

Donc il se pourrait que les Britanniques soient bien plus en position de force que l'impression qu'on en a.

Malheureusement, en Grande-Bretagne comme partout, les élites font sécession et la classe dirigeante trahit sa mission. Les Anglais sont dirigés par des gens qui ne croient pas au Brexit, comme Theresa May, voire sont de francs opposants, comme les Lords.

Ils gâchent donc leurs atouts. Dommage.

Le salut pourrait venir d'Italie (rappelons qu'aux dernières élections, les europhiles ont fait seulement un quart des voix).

De qui Salah Abdeslam est-il l'échec ?

De qui Salah Abdeslam est-il l'échec ?

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À Molenbeek, l'ancien bourgmestre Philippe Moureaux (PS) a institué un véritable système de clientélisme électoral et religieux ...

[…]

Et une partie du personnel politique entretient donc ce communautarisme, il l'alimente même. Des élus se rendent dans les mosquées, ils mettent aussi à disposition des locaux publics pour que les imams puissent enseigner le Coran. Le voile, bien sûr, est omniprésent, mais ce qui est bien plus grave, on observe surtout une montée de l'antisémitisme qui est trop souvent toléré par les autorités: des politiques participent presque toujours aux manifestations contre Israël, alors même que dans ces cortèges on voit surgir des inscriptions antisémites, quand ce n'est pas tout simplement le drapeau d'Israël qui est recouvert d'une croix gammée! La Shoah n'est d'ailleurs plus toujours enseignée à l'école, alors qu'elle fait partie du programme scolaire. Et cette tolérance ne s'arrête pas là: le jour de la fête de l'Aïd el-Kébir, la plupart des écoles de la commune sont désertées.

[…]

Non, la thèse sociologique classique du djihadisme qui prospère sur la misère sociale ne résiste pas à l'épreuve des faits : Salah Abdeslam en est le contre-exemple le plus flagrant !

Comme son père, il a travaillé à la STIB, l'équivalent bruxellois de la RATP. La famille Abdeslam avait des revenus de 104 k€ par an, et pourtant bénéficiait d'un logement social ; du reste, et c'est tout de même significatif, le frère de Salah Abdeslam travaillait pour la commune et le bourgmestre.

La radicalisation de Salah Abdeslam ne résulte pas de conditions de vie difficiles ou misérables, c'est d'abord une conversion spirituelle. L'enracinement religieux de ses convictions est si fort qu'elles n'ont rien perdu en intensité malgré sa captivité, et il a encore publiquement réaffirmé sa foi lors de son procès.

Cette radicalisation, même si elle ne va pas toujours jusqu'au djihadisme, se manifeste chez de nombreux individus du quartier au travers de trois points fondamentaux qui vont à l'encontre de nos valeurs: l'antisémitisme, l'inégalité homme-femme, et l'interdiction d'apostasier sa foi. Du reste, quelques élus musulmans refusent de serrer la main des femmes. Cette semaine encore, Redouane Ahrouch, le président du parti «Islam» - et oui cela existe - et candidat aux élections communales a refusé de regarder la chroniqueuse qui le questionnait lors d'une émission de télévision.

[…]

Cela pose surtout la question de la responsabilité d'Angela Merkel : il est temps à présent que soient révélées au grand jour les conséquences désastreuses de l'ouverture massive des frontières européennes qu'elle a délibérément orchestrée. La chancelière allemande est donc directement responsable de l'arrivée d'un million de migrants, et bientôt plusieurs autres millions grâce au regroupement familial contre lequel nous ne pouvons pratiquement rien faire tellement la jurisprudence de la CEDH verrouille ce sujet. Elle est responsable de la montée de l'antisémitisme dans les quartiers concernés par cette immigration massive, qui a vu arriver des personnes ayant souvent grandi dans des environnements nettement hostiles aux juifs. Elle est responsable de l'apparition de partis de droite radicale, comme l'AfD en Allemagne. Elle est responsable du rejet par les Britanniques de la politique migratoire européenne, qui a contribué à provoquer le Brexit. Elle est responsable enfin d'avoir divisé l'Europe, non seulement entre l'Est et l'Ouest, mais à l'intérieur même des pays entre les tenants de l'immigration et ceux qui la rejettent fermement, en polarisant les débats sur ce sujet.

En somme, le bilan d'Angela Merkel pour l'Europe est, à bien des égards, désastreux.
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Delamarche, Gave, Sabatier

Une synthèse de beaucoup de choses que j'ai déjà écrites ici. D'autres inédites. La conclusion n'est pas sans rappeler le billet précédent :