dimanche, mai 19, 2019

Vincent Lambert : la saloperie par bienveillance.

Personne ne sait ce que ressent Vincent Lambert. Son médecin a annoncé l'arrêt des traitements à partir du 20 mai.

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Tous ces gens bienveillants…

Pourquoi ? Pourquoi tant de gens bienveillants, médecins, juges, ministre de la Santé, veulent-ils autant que cet homme, le plus vulnérable d’entre tous les citoyens français, soit mis à mort ? Parce qu’il est insupportable de ne pas comprendre, de ne pas savoir, de ne rien maîtriser à son état ? Parce que ça coûte trop cher ? Sommes-nous entrés dans l’ère de la mise à mort comptable ? De la gestion administrative et financière de la vie humaine ? Sommes-nous redevenus des barbares ?
On va procéder au lent assassinat de Vincent Lambert. C’est le premier d’entre nous à qui ce traitement est officiellement infligé, avec le concours et le soutien de l’Etat. Les gens bienveillants continueront, et petit à petit, on commencera à se faire à l’idée qu’il est bon et raisonnable de faire disparaître d’autres gens inutiles. Ce meurtre programmé est une honte, un scandale sans fond, comme parfois sont les actes des gens trop bienveillants. Ou le sont-ils vraiment ?

Changer de comportement ?

Elle est gentille, Chantal Delsol : changer de comportement, mais en sont-ils capables ?

Sans sortir de mon bureau, j’ai entendu des propos ahurissants de mépris. Maintenant que les GJ sont en perte de vitesse, que la grande peur bourgeoise s’éloigne momentanément, on retrouve son masque de civilité parce que l’hypocrisie a toujours été instinctive au dominant, mais je suis bien sûr que le mépris et la férocité débridés resurgiront instantanément si le peuple a l’audace de redresser la tête et de faire de nouveau peur aux bourgeois.


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L’un des thèmes centraux de la crise démocratique est celui de la «trahison des élites». L’opposition aux élites est-elle constitutive de la démocratie?
Chantal Delsol : Toute société connaît cette opposition, qui prend à certaines époques une tournure de guerre civile au propre ou au figuré. En démocratie, les élites acceptent d’obéir aux élus du plus grand nombre, ce qui occasionne nombre de frustrations dont on voit aujourd’hui certains effets : les élites polonaises, par exemple, sont meurtries de voir au gouvernement des gens moins civilisés qu’elles.
Une élite démocratique est celle qui représente réellement le peuple qui l’a élue, comprenant et traduisant ses attentes et ses craintes. Le problème que nous rencontrons aujourd’hui est celui d’un peuple qui ne s’estime pas vraiment représenté par ses élites: il a l’impression que celles-ci constituent une caste à part, vivant dans un autre monde où elle trouve ses projets et ses relations. Le sentiment de «trahison» dont vous parlez provient de ce fossé: l’élite est devenue dans nos pays citoyenne du monde, d’où son éloignement ressenti. Elle n’a plus vraiment les mêmes problèmes que le peuple, resté, lui, citoyen de son quartier et de sa ville. Aux moments où apparaît et se développe ce genre de conflit délétère, c’est toujours à l’élite de faire le premier pas, car elle a davantage de moyens, et pour commencer davantage de mots. Elle doit tenter de comprendre (au lieu d’injurier), se mettre elle-même en cause (au lieu d’accuser un bouc émissaire réduit ad hitlerum) et changer de comportement. Faute de quoi, on en arrive à des guerres de classes carrément ignobles, comme lorsque, avant Solon, chez les Athéniens, les oligarques prêtaient ce serment à leur entrée en charge: « Je jure de faire au peuple tout le mal que je pourrai… »

samedi, mai 18, 2019

Narcissisme et légitimité



En plus de la video supra du Buisson chauve, je vous ai mis en note des extraits d'un article d'Atlantico (1). Ils n'apportent rien de nouveau par rapport à ce que je raconte depuis des mois et même des années. Ce sont juste des arguments d'autorité pour assommer les inconscients qui me prendraient pour un con !

Contrairement à Buisson, je pense que le problème de la légitimité est posé en France depuis fort longtemps. Mon carré politique magique, peuple, souveraineté, nation, démocratie (2),  fonde la légitimité politique.

Or, ce carré n'a qu'un seul ennemi, mais très puissant : le narcissisme. Si valent seule ma petite personne, ses désirs, ses pulsions, ses besoins, si rien ne transcende mon petit moi, alors, il n'y a plus ni peuple, ni nation, et donc, ni souveraineté, ni démocratie.

Même la souveraineté sur soi disparaît : il est insupportable dans un monde où seul l'ego compte que mon moi se heurte à un autre moi, il ne me reste donc plus comme ressource pour éviter les frictions que de penser, de dire et de faire comme tout le monde.

Le problème de la légitimité politique se pose donc depuis que le narcissisme travaille à devenir le seul critère de vie. Autrement dit, il n'est pas abusif de penser que le référendum perdu de 1969 est en France la première attaque post-moderne contre la légitimité politique, puisque le Non était clairement une envie infantile d'envoyer balader la politique pour se consacrer sans entraves à la société de consommation.

Remarquons que le problème traverse tout l'Occident: les Anglais ne sont pas empêtrés dans le Brexit sans raison.

Pour l'instant, seul Trump a affronté de face ce problème, puisqu'une de ses déclarations de campagne les plus marquantes est « La question du mur à la frontière, c'est la question de savoir si nous avons un pays ou pas. Si nous n'avons pas de frontière, nous n'avons pas de pays ». Autrement dit, il rétablit la souveraineté, la nation et le peuple en les enfermant par une frontière, au détriment du désir individuel de l'immigré, de l'autochtone qui en aurait profité et du narcissisme de celui qui s'exalte sur l'immigration.


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(1) :
Yves Michaud : La séquence du grand débat a été de la poudre aux yeux. Les dés étaient pipés d’avance. En plus la manière dont Macron s’est imposé dans ce débat a été calamiteuse et a mis en évidence tous ses défauts – narcissisme, « je sais tout », « je découvre le fil à couper le beurre », « je ne savais pas ce qu’il en était ». J’ai été frappé, et je ne suis pas le seul, par la naïveté avec laquelle il a dit découvrir des choses qu’il aurait du savoir s’il avait fait un peu de terrain et s’il avait des conseillers qui ne soient pas des olibrius pas très savants comme Emelien, Castaner ou Griveaux.

Ajoutons ses défauts psychologiques personnels (narcissisme, monsieur « je sais tout », arrogance, ambiguïté des comportements privés – Benalla, les doigts d’honneur des beaux rappeurs) et son manque de formation de terrain (énarque, cabinets, réseaux financiers) et cela donne le rejet vertigineux dont il fait l’objet. Il a tout pouvoir, il n’est pas sympathique et ne connaît ni le job, ni le pays.
Quelle solution serait envisageable ? Pour lui, je crois que c’est désespéré.

Chantal Delsol : Nous sommes aujourd’hui, et je le regrette, dans une logique de classes et même de lutte des classes. Elle est due clairement, et les observateurs l’ont bien montré, à la naissance d’un nouveau « monde » (les mondes étrangers de la mondialisation) dans lequel se sont installées les élites. De cette manière, les élites et les peuples n’appartiennent plus au même « monde ». La situation est analogue à celle vécue par certains pays aux siècles passés (par exemple la Russie, la Roumanie), dans lesquels l’élite parlait quotidiennement une langue étrangère considérée comme plus civilisée (le Français, l’Allemand), pendant que le peuple ne parlait que la langue vernaculaire. Entre l’élite française des grandes villes, polyglotte et voyageuse, et le peuple des villes moyennes, les centres d’intérêts et les aspirations ne sont plus les mêmes – les mots ne sont plus les mêmes. C’est la souffrance de se trouver abandonné en des lieux moins enviables, qui provoque la colère des « gilets jaunes ».
Chantal Delsol : Les Français n’ont jamais été aussi démocrates que les Anglais, les Américains ou les Suisses. La France est toujours davantage une république qu’une démocratie. Aujourd’hui, on peut constater tous les jours que nos élites ne croient plus à la démocratie : elles pensent qu’il faut donner le pouvoir aux compétents, et que le bon peuple ne comprend rien. D’ailleurs l’expression populaire n’est pas vraiment respectée en France. Il est assez inutile de parler du RIC quand on voit que le referendum de Notre-Dame des Landes a été aussitôt retoqué par le gouvernement, quand on se souvient de quelle manière le vote français anti-Maastricht de 2005 est passé par perte et profits, ou quand on entend une partie de l’élite française souhaiter à grands cris que les Anglais votent à nouveau sur le brexit…
Yves Michaud : Je n’utiliserais pas l’expression de « démocratie censitaire », mais celui de confiscation du pouvoir par une oligarchie, une élite de pouvoir (le livre The Power Elite de C.W. Mills fut publié en 1956), qui fonctionne en réseau (Ena, milieux d’affaires, postes politiques avec cumul des mandats, régimes spéciaux de retraite, de primes, d’avantages financiers. Lisez le Who’s Who et voyez les déjeuners du club le Siècle !). Sauf que cette élite de pouvoir  - le terme d’élite devant être relativisé quand on voit l’inintelligence de la plupart de ses membres - est maintenant contestée directement et immédiatement par les moyens d’expression dont bénéficie le peuple – réseaux sociaux, pétitions, informations (y compris fausses), cagnottes, conseils juridiques, etc. Le plus malin sur ce plan a été Trump qui s’est mis à la tête de son propre réseau social en tweetant comme un malade et en court-circuitant totalement les médias dits sérieux. Pour tout dire, je suis très pessimiste sur la suite. Je pense que le commencement du début d’une solution viendra avec la prise au sérieux des mouvements populistes un peu partout en Europe. Ici encore Trump a été « génial » - il est le populiste par excellence. Au lieu d’anathématiser, il faut prendre au sérieux ces mouvements et voir quelles sont leurs revendications authentiques et justifiées. Condamner, par exemple, avec mépris les populismes des pays de l’ex-zone soviétique est une insulte et une sottise : ils ont vécu 60 ans d’une expérience politique totalitaire sans commune mesure avec la notre… Les invectives macroniennes hystériques et surjouées sont ridicules. On verra le 26 mai au soir mais je doute vraiment que ce soit réjouissant pour lui.
(2) : les 4 attaques gauchistes :

la nation =>; le mondialisme.

le peuple => le grand remplacement.

la souveraineté => l'UE.

la démocratie => la dénaturation de la constitution.

Le cas Vincent Lambert

Le neurologue Xavier Ducrocq rétablit la vérité médicale sur le cas Vincent Lambert

Vous rendez vous compte que l'administration se bat pour qu'on ne puisse rien faire pour empêcher un homme de mourir ?

De toute façon, je n'attends rien de cette bureaucratie inhumaine qui est la nôtre, sauf broyer des vies arbitrairement.


Des nouvelles du Brexit

La situation n'a pas bougé d'un pouce depuis la catastrophique dissolution de 2017.

Dans la démocratie parlementaire britannique, pour qu'une certaine politique soit pratiquée, il faut une majorité parlementaire qui approuve cette politique.

Or, il n'y a pas, et de loin, de majorité parlementaire pro-Brexit (le rapport de force est de 3/4-1/4). Même un Premier Ministre très pro-Brexit ne pourrait renverser un tel rapport de forces, ce n'est pas une poignée de pour-cents à faire basculer.

La dissolution est une voie bouchée : des raisons très pratiques (mode de scrutin, découpage des circonscriptions, implantation des partis) font qu'on ne peut espérer la victoire d'un parti pro-Brexit avant plusieurs années.

Même un second référendum ne serait qu'un pis-aller : faire re-voter jusqu'à ce que le peuple vote « bien » est antidémocratique et laisse des traces de long terme (sauf quand on est con comme un Hollandais).

Bref, comme en France, l'opposition entre ceux d'en haut et ceux d'en bas rend un pays occidental ingouvernable.


Un général pour Notre-Dame

Un général pour restaurer Notre-Dame.

Quel cinéma ! Pourquoi est-on allé cherché un général qui n'y connaît rien (ce n'est pas son métier) alors qu'il y a fouletitude d'architectes des bâtiments de France ? Pourquoi une loi spéciale ? Quel cirque là où il devrait y avoir sérénité et recueillement.

Après « un fait divers, une loi », on va avoir droit à « une catastrophe, un général ». Nous sommes dans la pure com, la manipulation émotionnelle, donner l'impression qu'on prend les choses à bras le corps, qu'il y a urgence, que, vite, vite, il faut faire quelque chose, n'importe quoi, mais quelque chose. La course du poulet sans tête.

La saine réaction : un pas en arrière. Y a-t-il urgence ? Non. Y a-t-il besoin d'un général ? Non. Une procédure d'exception se justifie-t-elle ? Non.

La vie étant ce qu'elle est, le général sans objet et la procédure d'exception sans justification risquent de provoquer plus de conneries que de miracles. Quand on fait les mauvaises choses pour de mauvaises raisons ...

La France de 2019 est un naufrage.

vendredi, mai 17, 2019

80 km/h : les abrutis qui nous gouvernent

Le roi radar est nu. La technocratie aussi. Edouard Philippe également ... mais ça ne changera rien, car nos gouvernants sont des abrutis complets, des sourds-dingues, des crétins vaniteux qui croient tout savoir parce qu'ils ont lu des livres (même pas tous) et passé des concours.


Cela a évidemment un étroit rapport avec mon billet précédent : Le problème des élites.

Mais, tout de même, dans le genre abruti autiste qui mérite un bon coup de boule plus quelques gifles et un coup de pied au cul, Edouard Philippe occupe une place à part que seule Theresa May semble en mesure de lui disputer.

Et maintenant que le gouvernement revient sur les 80 km/h [c'est faux, voir l'article suivant], quels éléments pour garantir une meilleure sécurité routière ?

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La plupart du temps, les périodes d’augmentation et de diminution de la mortalité depuis l’entrée en vigueur de cette loi sont liées à la météo. Le beau temps fait augmenter la circulation et donc les accidents, et la limitation à 80 ou 90 km/h ne change rien sur ce point. La limitation est une marotte des personnes de la sécurité routière pour compenser le mauvais état des routes - nous y reviendrons. Il y a nombre de route où on ne peut simplement pas rouler à 80 km/h aujourd’hui. A mon avis, c’est une mesure qui montre une forme d’inutilité parce que les zones qui sont passées à 80 sont moins accidentogènes que prévu. On ne peut pas tirer de bilan hâtif, car il faut plusieurs années pour isoler les causes d’accident. On constate cependant que si la mortalité semble avoir baissé, le nombre d’accident a augmenté.

On a voulu prendre une mesure sans tenir compte des acteurs locaux. Il leur appartient, eux qui doivent gérer l’aménagement des routes, d’apprécier les limitations. Ce sont eux qui sont le mieux placé. Ils connaissent tous les points noirs de leurs secteurs, et peuvent à défaut d’aménager, réduire la vitesse. Ce n’est pas une mauvaise mesure dans le fond, quand c’est fait en connaissance des situations particulières. Le problème vient quand elle est déconnectée des réalités.

Les statistiques annoncent régulièrement une baisse des morts sur la route, mais j'en doute fortement. A titre d'exemple, alors que les autorités avaient annoncé qu'entre 2003 et 2013, 36 000 vies avaient été sauvées grâce aux radars ; l'Insee a déclaré -pour sa part- que les radars n'avaient épargné qu'un millier de vies… Ainsi il en va de même pour les variations de limitation de vitesse : elles ajoutent bien plus aux risques qu'elles n'en retirent. Modifier sans cesse les limitations de vitesse prévues par le code de la route n'apporte aucune réponse en matière de sécurité routière. Bien au contraire, comme je le disais plus haut, ce type de variations perturbent le conducteur, le déconcentrent devenant ainsi la source d'accidents supplémentaires. Aujourd'hui, il y a des réelles mesures à prendre. Encore une fois, il s'agit d'améliorer l'état des routes et d'augmenter le nombre de policiers et des gendarmes postées sur celles-ci. Or à présent, alors que notre réseau routier est l'un des plus mauvais d'Europe, rien de concret n'est fait. Les mesures technocrates s'accumulent mais les résultats ne sont tristement pas à la hauteur. Il convient donc de repenser tout ceci.
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La polémique sur le 80 km/h rebondit

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Par le biais de ce nouvel amendement qui devrait être adopté, c’est la ligne d’Édouard Philippe qui s’impose. En dépit de quelques déclarations laissant croire à un fléchissement, le premier ministre a toujours défendu le 80 km/h qui doit sauver 400 vies par an, selon les experts. « Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière », avait-il déclaré en avril.
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Le 80 km/h attise à nouveau les colères

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Pour embrouiller encore un peu plus les automobilistes au sein d’un millefeuille de limitations et rendre encore un peu plus incompréhensible la réglementation, des abaissements ponctuels à 70 km/h seront possibles dans les zones jugées dangereuses des départementales.

Le gouvernement s’est placé dans une impasse. Le voici de nouveau contraint de gérer une nouvelle polémique, faute d’avoir tiré les leçons de la colère des Français dont l’origine se trouve dans la limitation à 80 km/h. Une mesure qui devait, selon les éternels experts cités par la sécurité routière, économiser 400 vies par an. Cette évaluation est-elle fondée ? Malgré la destruction de la grande majorité des radars par les gilets jaunes fin 2018, aucune explosion de la mortalité routière n’a été constatée depuis. Le roi-radar serait-il nu ? Pendant ce temps, les chirurgiens orthopédiques n’en peuvent plus d’opérer les blessés consécutifs aux accidents de trottinettes.
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Le problème des élites

Ce problème me hante.

La classe dirigeante ploutocratique (dont E. Macron est un specimen), issue de l’hyper-classe mondialisée, a échoué à remplir ses devoirs vis-à-vis des peuples. Ces gens-là se sont révélés être de fausses élites.

Un pays ne peut vivre sans vraies élites.

Les Gilets jaunes butent sur cette question : on voit bien qu’il est très difficile de faire émerger de nouvelles élites de la société.

Une explication rassurante serait que les anciennes élites n’ont pas encore fait place nette et que la nouvelle élite ne peut apparaître.

Hélas, je n’y crois pas beaucoup. Je privilégie une autre explication beaucoup plus inquiétante : l’effondrement de l’éducation au sens large, à la fois familiale et sociale, fait que le réservoir d’élites cachées est très restreint.

L'élite doit être morale et intellectuelle.

Pour la morale, je n'ai pas trop d'inquiétude. Il y a toujours eu des hommes au caractère supérieurement généreux et courageux. Malgré le narcissisme ambiant, tous les Français ne sont pas des arrivistes ridicules comme Macron ou des escrocs sordides comme les Niel, Pinault, Drahi.

Par contre, je ne vois pas d'où pourrait provenir l'élite intellectuelle. L'instinct ne suffit pas. Il y faut toute une organisation alliant avec subtilité rigueur et liberté. Cela a été détruit, la transmission est coupée. De mon temps, un instituteur faisant des fautes d'orthographe était un scandale et une exception. Aujourd'hui, les institutrices (puisque le métier est devenu presque exclusivement féminin) écrivant sans fautes sont très rares.

Il y a trente ans, le niveau des élèves baissait. Conséquence logique, c'est aujourd'hui le niveau des professeurs qui a baissé.

Dans ces conditions, entre une fausse élite faillie et une vraie élite introuvable, nous ne sommes pas à la sortie du tunnel.

Certes, nous ne sommes pas les seuls à avoir ce problème :

Pour Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, l’islam fait partie de l’Europe « depuis 2000 ans ».

Ca ne me console pas.


jeudi, mai 16, 2019

Un jeune homme plein de bon sens




Et un touit de Maïsto :





Que contestent les Gilets jaunes ? Les bobards qu’on nous raconte depuis quarante ans : l’Europe c’est bien, « les nationalismes » c’est mal (alors qu’il n’y a que le nationalisme allemand qui pose problème parce que l'Allemagne est trop grosse par rapport à ses adversaires européens) ; l’immigration c’est bien le « repli » c’est mal ; « les religions » c’est mal (alors qu’il n’y a qu’une religion qui pose problème : l’islam) ; la mondialisation c’est le pied, la France c’est moisi ; il faut se serrer la ceinture pour payer nos dettes ; hors de l’Euro, point de salut, l’écologie doit punir les habitudes des pauvres ; l’égalité hommes-femmes est un vrai problème etc.

Or, tout cela est une question de pouvoir brut : si la classe dominante perd le pouvoir de définir le Bien et le Mal, le pouvoir d’imposer son vocabulaire, elle perd le pouvoir tout court. Il est donc essentiel, les bourgeois ne se trompent pas, d’éclater la gueule des Gilets jaunes pour qu’ils la ferment.








mercredi, mai 15, 2019

Vide intérieur et kapos du politiquement correct

Il me semble que c'est Bertrand Vergely dans Atlantico qui faisait cette remarque très juste : les déchristianisés qui font la police de la pensée n'ont plus de vie intérieure, plus de recul, donc tout ce qui est extérieur, ce qui se passe à la surface d'eux-mêmes, les atteint dans toute leur profondeur puisqu'ils n'ont plus qu'une vie d'apparence, qu'ils n'ont plus aucune profondeur.

D'où leurs crises d'hystérie pour des choses qui apparaissent aux sages comme futiles.

Notons que l'islam, tout en extériorité (à part quelques tendances groupusculaires comme le soufisme), est une religion très adaptée à ces abrutis, ce qui, vu leur nombre, ne laisse pas de m'inquiéter.

Mon épineux problème de style en littérature

J’aime lire Hugo, Stendhal, Duteurtre, Gracq … Ce sont des stylistes. Mais je ne sais pas définir le style.

Je n’aime pas Genevoix (sauf Ceux de 14) parce qu’il y a trop d’adjectifs (souvent abscons) et trop d’adverbes. Ni Proust : les phrases à rallonge m’endorment encore plus vite qu’un discours de Macron. Ce sont des exceptions : en général, j’ai du mal à définir précisément pourquoi je n’aime pas le style de tel ou tel auteur. Je ne suis jamais vraiment intéressé à la question du style.

Dans une démarche scientifique, j’ai vaguement essayé de mesurer la longueur des phrases ou des mots, mais ce n’est pas cela.

Bref, mystère.

mardi, mai 14, 2019

Une époque formidable

Une émission anglaise à succès est arrêtée. Elle consistait à retourner le couteau dans la plaie des secrets de famille à coups de tests ADN et de détecteur de mensonge. Un invité s'est suicidé.

Et après, on me dira « Meuh non, tu exagères, nous ne vivons pas une époque d'atroce décadence et de répugnante immoralité ».

Houellebecq et Duteutre sont tombés d'accord (dans l'entretien à propos des vaches) pour dire que les hommes d'aujourd'hui ne sont peut-être pas pires et certainement pas meilleurs que leurs ascendants, mais qu'ils sont sans doute aucun moins intéressants. Ils auraient tout de même pu ajouter que la société s'ingénie à promouvoir les hommes et les instincts les plus bas.

lundi, mai 13, 2019

Politiciens français : un témoignage

Les aventures de deux naïfs en terre politique

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Le monde politique est d’abord incroyablement mal organisé. En tant qu’homme d’affaires, ma première réaction a été d’être stupéfait de l’amateurisme de ces organisations. Aucun plan, aucune idée, aucune stratégie, aucun suivi. Une entreprise qui serait gérée comme cela disparaitrait en six mois. Ces partis sont en fait des tentatives pour se créer des situations sans risques en capturant une partie de l’électorat français, ce qui leur garantit une rente versée par le contribuable. J’en ai conclu que la première des choses à faire serait d’interdire tout financement de ces partis par l’Etat. Subventionner des incapables avec de l’argent public ne me semble pas être une aussi bonne idée que cela.

La personnalité des gens que j’ai pu y rencontrer et cela bien avant ma récente mésaventure est très curieuse. Par exemple, le but des personnes qui y sévissent n’est pas de défendre des idées ou des convictions mais apparemment de passer, eux, dans les médias. Et le plus stupéfiant est qu’aujourd’hui ces médias sont détestés par le public et que ces gens ne se rendent pas compte que pour être élu aujourd’hui il faut faire campagne contre les media.

Ce monde est aussi est apparemment rempli de personnes qui se surestiment et qui emploient des mots au sens vague. Par exemple, ces gens, qui seraient incapables de gérer une baraque à frites, veulent être les chefs d’un « Etat Stratège », ce qui me laisse pantois. Quand je vois monsieur Lemaire vouloir refonder le capitalisme, je me tapote le menton. Quand j’écoute notre le Président expliquer qu’il faut transformer la France en une start-up, je suis un peu étonné quand je sais que cet homme n’a jamais rien créé de sa vie…
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Comme le témoignage de Juan Branco, celui de Charles Gave est intéressant parce qu’il met des circonstances sur des idées générales. Je méprise nos politiciens sans retenue, une opinion basée sur des faits (on juge l'arbre à ses fruits) non sur des sentiments.

La classe politique est la lie de la France d'en haut comme la racaille des banlieues est la lie de la France d'en bas. Rien d'étonnant à ce qu'il y ait entre eux tant d'affinités.

Je connais un type psychologique assez consternant : le laquais dans l'âme. Pour lui, le chef (donc le gouvernant) est forcément « brillant ».

Mais il y a un type plus intéressant : le laquais dans l'âme intelligent. Il vous décrit tous les défauts du chef (Macron, par exemple), vous vous attendez à une conclusion ravageuse et il conclut que le chef est ... « brillant » (quoi que ce mot creux veuille dire).

Les psys en feraient une batteuse sur le thème de la figure trop forte du père, mais cette obséquiosité est sans doute un reste de nos origines de primates vivant en bandes très hiérarchisées.

Pourquoi en parler ? Parce ce sont les laquais dans l'âme qui font les tyrans. Le jeune La Boétie l'expliquait fort bien dans la Discours de la servitude volontaire. Si nos politiciens étaient traités par tous avec le respect qui leur est du (proportionnel à leurs résultats), c'est-à-dire aucun (à part l'honneur d'un gigantesque coup de pied au derrière), la France se porterait mieux.






dimanche, mai 12, 2019

Mort aux bombardopiquistes !




Comment des gens qui n’ont même pas le courage de nommer l’ennemi (islamiste) peuvent ils être pris au sérieux quand ils prétendent nous protéger (avec l’argent de nos impôts : en fait, je soupçonne que l'essentiel est là, trouver un prétexte, n'importe lequel, pour nous piquer notre flouse) ?

Le problème est plus général :


Il y a toute une littérature, notamment au début de l'ère moderne, sur le sujet de l'abstraction qui rend idiot, on connait (plutôt, on connaissait) le « J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers » de Montesquieu. C'est dommage qu'on l'ait oubliée, elle est plus que jamais d'actualité.

Je lis A propos des vaches, de Benoit Duteutre, ça m'évade. Je n'apprécie pas outre mesure Alain Finkielkraut, que je trouve compliqué et d'intellect assez grossier, mais je suis touché qu'il ait choisi une tête de vache pour son épée d'académicien.

Nos politiciens passeraient plus de temps à traire les vaches, ils auraient moins la tête aux bêtises. Allez, prenez cinq minutes pour vous imaginer Emmanuel Macron trayant Marguerite, vache normande. Je suis sûr que que votre soirée en sera illuminée.






Trop de chats, je ne sais pas. Mais trop de gros cons, c'est sûr.

Le chat est-il en train de devenir un animal nuisible ?




Mon commentaire :


Franck Boizard
Il y a une petite différence entre le chat et l'homme, toute petite, minuscule : les hommes sont nos semblables, nos frères, nos devoirs les plus hauts sont envers eux.
"La planète", ce nouveau fétiche, n'a aucune valeur sans hommes pour y vivre. Que ceux qui proposent si légèrement d'exterminer l'humanité pour sauver "la planète" commencent donc par montrer l'exemple.
sur Le chat est-il en train de devenir un animal nuisible?


Mon problème est le suivant. J'aimerais bien pouvoir me retirer sur mon Aventin et songer philosophiquement : « Bah ! Des cons, il y en a toujours eu. Si on doit se préoccuper de ce que pensent les abrutis, on ne s'en sort plus ... » et passer à des choses plus intéressantes que les lubies des cons.

Malheureusement, les cons sont fanatiques de leur connerie, ils en sont entichés et ils veulent me l'imposer. Ils ne me laissent pas vivre en paix sur mon Aventin. Hors de question de me laisser rouler au diesel et fumer des clopes.

S'il y a bien quelque chose qui caractérise le monde occidental en général et la France en particulier en 2019, c'est la prise de pouvoir des cons. Et de plus en plus cons d'année en année. Quiconque aurait imaginé Anne Hidalgo maire de Paris il y a cent ans aurait fini à l'asile.

J'ai vraiment l'impression que toutes les amarres traditionnelles qui empêchaient les cons de trop ramener leur fraise ont cédé : la décence, le bon sens, la retenue, l'habitude, l'usage, la vergogne, la honte de sentir qu'on est con ...

Maintenant, c'est la grande fête de la connerie tous les jours, à jets continus, 24 heures sur 24, sans interruption, en direct live, sur écran géant, en duplex, en triplex, en quadruplex, en millioniplex. Tournez manèges, embrassons nous Folleville ... « _ Ah ! Monsieur, je viens de trouver une bien grosse connerie, vous m'en direz des nouvelles. _ Pas aussi grosse que la mienne, Madame ...  (ad lib) ».

Bon, d'accord, je sais, l'intelligence des occidentaux s'effondre. Je n'en connais pas les causes (télé, écrans, génétique, école, esprit laxiste de l'époque, parents démissionnaires ... un peu de tout ça ?).

Toujours est-il que l'abrutissement généralisé est pénible à vivre.

Finalement, les chats sont moins cons. Dommage pour les oiseaux (à qui va ma préférence).









Les deux France

La France du sacrifice… et l’autre ! (Christain Venneste)

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L’opération de libération des otages enlevés à la frontière du Bénin et du Burkina Faso a pris une dimension évidemment symbolique. Elle a opposé deux France. Il y a celle de la tradition puissante de notre pays, un pays guerrier, où l’honneur et la bravoure guidaient les comportements, où l’accomplissement du devoir s’accompagnait de panache ! C’était la France depuis Bouvines jusqu’à la bataille de la Marne, celle de Leclerc et de de Lattre de Tassigny, celle du Commandant Hélie de Saint-Marc, résistant, déporté, combattant d’Indochine et d’Algérie, puis rebelle par fidélité à la parole donnée aux harkis, celle du 18 Juin qui n’accepte pas la défaite. Et puis, il y a l’autre France, celle des petits comptes et des menus plaisirs, celle où l’on s’offre une vie facile à partir d’une profession paisible et monotone, traversée de voyages qui donnent l’illusion de l’aventure, sans penser le moins du monde à la nation et à son avenir, celle de « l’homo festivus » décrit par Muray. Que la première ait toujours vécu à côté de la seconde en la protégeant, non sans parfois en recevoir mépris et sourires narquois, n’est pas une nouveauté. Simplement, c’est le tableau qui impressionne : deux membres de la première France sont morts pour permettre à deux représentants de la seconde de reprendre leur petite vie. Ils n’ont pas tiré les premiers pour préserver les otages.

Et lorsque nos soldats regagnent la France, ils voient celle-ci telle qu’elle devient : une France qui se décompose en communautés, d’une part grâce à une immigration accueillie les bras ouverts et les yeux fermés, d’autre part, par un repli sur soi narcissique, où disparaît le patriotisme indispensable à la survie d’un pays. Ce patriotisme est la flamme qui animait Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, et qui animera toujours leurs compagnons d’armes. ***********




Rap à la cathédrale ?



On ne m'ôtera pas de l'idée que ceux qui insistent pour pratiquer dans les églises des activités qui n'y ont pas leur place veulent les profaner (consciemment ou inconsciemment, mais l'inconscient est souvent une bonne excuse à la saloperie).

Il y a aussi les imbéciles (pardonnons les, ils ne savent pas ce qu'ils font ?) donnant des raisons techniques, comme une bonne acoustique ou même l'argument plus fallacieux (car il ne manque pas de salles vides en France) comme quoi l'église du village serait la seule salle disponible.

Que ceux là s'interrogent donc : pourquoi l'acoustique de l'église est-elle bonne ? Pourquoi est-ce la plus grande salle du village ?

Je suis surpris qu'il y ait un évêque français pour résister un tant soit peu, même si c'est la moindre des choses. D'habitude, ce sont d'abominables carpettes. ils sont complices, connivents ou  passifs devant toutes les profanations. La seule chose à laquelle ils résistent habituellement, et avec quelle énergie, pour le coup, c'est à la résistance contre la colonisation de la France par des musulmans.

samedi, mai 11, 2019

De Gaulle 1969. L'autre révolution (A. Teyssier)

Livre passionnant.

Arnaud Teyssier retourne le récit devenu classique des dernières années du gaullisme : De Gaulle, vieilli, fatigué, dépassé, est surpris par Mai 1968 et se suicide politiquement en s'entêtant quasi-sénilement sur la participation et sur la régionalisation.

Au contraire, d'après Teyssier, De Gaulle, visionnaire, aurait pressenti mieux que les autres les ravages de l'individualisme débridé, du capitalisme sans morale et sans frontières et de la technique enivrée de sa toute-puissance.

Mais il n'a pas été capable de traduire ce pressentiment en politique, les institutions de la Vème République étant arrivées trop tard. La France, ce pays politiquement immature, a cherché pendant 170 ans des institutions stables.

170 ans, c'est beaucoup, c'est trop. De Gaulle aurait fait 1958 en 1946, peut-être que dix années décisives auraient été gagnées.

Les arguments de Teyssier, basés sur des témoignages et discours, sont convaincants.

A coté, les adolescents en crise genre Cohn-Bendit (« un nom de machine à laver », Bernard Franck) qui font le jeu du capitalisme consumériste apparaissent pour ce qu'il sont : minables parce qu'immatures (eux aussi) essayant de péter plus haut que leur cul.

Georges Pompidou n'a pas le beau rôle : s'il reste fidèle au gaullisme en apparence, il en trahit l'esprit et on peut même se demander s'il le comprend vraiment. C'est le reproche que lui firent certains fidèles d'entre les fidèles. Il fut si habile en 1968, parce qu'il était allégé d'une vision qu'il l'aurait contraint.

Teyssier ne rechigne pas à quelques piques plus contemporaines.

Cette enflure radicale-socialiste de Chirac, qui a tant souillé le gaullisme, va bientôt crever, mon chagrin sera très modéré et ma joie difficile à cacher. Nous allons avoir droit aux imbécilités sur « Chirac sympa ». Teyssier rappelle que, à la grande indignation de Séguin, il a fait retirer, à la demande du gouvernement canadien, un timbre célébrant « Vive le Québec libre ! » : pas de couilles, pas d'embrouilles. Ce genre de petits faits, justement parce que les enjeux sont faibles et qu'ils sont traités par dessous la jambe, révèle la vérité d'une politique. A qui sait voir, la guerre d'Irak fut non pas le symbole de la politique chiraquienne mais, au contraire, l'arbre rebelle qui cache la forêt de la soumission.

Politique étrangère

En 1969, De Gaulle poursuivit sa politique étrangère, originale au point que beaucoup ne la comprennent toujours pas. Il ne se faisait aucune illusion sur la puissance de la France mais il pensait qu'une politique subtile permettait d'acquérir une place dépassant la seule puissance matérielle (c'est aussi pourquoi le slogan des européistes « l'union fait la force » lui paraissait relever d'une pensée grossière, sans finesse).

Nos gouvernants actuels prônent tous de renoncer à la France pour se fondre dans un magma européiste sur le seul critère matériel (population, PIB, etc). Ils sont tous parfaitement incapables de comprendre la politique gaullienne, qui ne s'en tenait d'ailleurs pas aux discours mais reposait sur des actes bien concrets.

Au passage, De Gaulle favorisait, éventuellement et mollement (car, depuis l'échec du traité de l'Elysée, il se méfiait comme de la peste de toute idée d'union européenne, d'où les voyages lointains, Mexique, Cambodge, Canada, ...) « l'Europe des Etats », et non, comme on dit trop souvent, « l'Europe des nations ».

Citons pour l'anecdote le recrutement d'un conseiller diplomatique : diner avec une douzaine de convives au cours duquel sa culture générale est mise à l'épreuve comme au plus redoutable des concours, puis, l'admissibilité acquise, entretien en tête-à-tête.

Economie

En 1958, De Gaulle a accepté une dévaluation massive (20 %) pour faire passer ses réformes. En 1969, il a refusé la dévaluation, avec un tour pendable : il a fait courir la rumeur d'une dévaluation et a pris tous les spéculateurs à revers. La situation ne justifiait pas la dévaluation, un effort raisonnable suffisait.

Le jeune secrétaire d'Etat au budget Chirac propose une augmentation (refusée par De Gaulle lui-même) des impôts sur les ménages. On ne se refait pas !

Parenthèse contemporaine : ceux qui ne veulent pas sortir de l'Euro et dévaluer pour réformer sont soit des imbéciles (qui croient réellement qu'on peut réformer sans sortir de l'Euro, mais, dans ce cas, ce sont des sadiques méritant une psychothérapie lourde) soit des hypocrites (qui ne veulent pas réellement réformer). En revanche, sortir de l'Euro pour éviter les réformes est une trahison, tout à fait possible.

Les institutions

Le référendum perdu de 1969 portait sur la régionalisation et le sénat. Il a été mal compris parce que, il faut l'avouer, mal présenté. L'idée était trop complexe et trop ambitieuse pour un référendum à la va-vite.

De Gaulle sentait les institutions fragiles et il avait raison puisque les minus et les salauds qui lui ont succédé les ont totalement perverties (Eric Zemmour pique une colère chaque fois qu'on lui dit que la Vème république ne fonctionne plus en répondant que, à force des réformes constitutionnelles, les institutions n'ont plus rien à voir avec ce que voulait De Gaulle et que c'est un mensonge de faire semblant de croire que n'avons pas, de fait, changé de régime depuis 1969).

La régionalisation et la suppression du sénat avait pour but ultime de rendre impossible la re-féodalisationde la France (que fera la décentralisation mitterandienne - Mitterrrand n'est pas un ennemi de De Gaulle pour rien) et d'amoindrir les partis politiques.

C'est très dommage qu'il ait échoué.

Le temps et le tragique

Teyssier se défie de Cétait De Gaulle. Il trouve le De Gaulle de Peyrefitte éloigné de celui que l'on connaît par ailleurs, trop blagueur et trop expansif. C'est à mon sens une erreur d'analyse. De Gaulle jouait pour la postérité avec Peyrefitte, dont il savait qu'il prenait de notes.

Son humour caustique nous est connu, pas besoin de Peyrefitte, et il a sans doute éprouvé la nécessité, non de fendre l'armure, attitude trop nombriliste, trop basse, mais de montrer la politique dans un contexte plus familier, dans toute la complexité de ses différents plans.

Cette digression sur la complexité parce qu'il va être question dans ce chapitre d'un fondement original du gaullisme.

De Gaulle a une conception très « fractale » du temps, à la Taleb et à la Mandelbrot. Le temps humain, le temps de l'histoire, ne s'écoule pas linéairement, il connaît des périodes d'accélération et de périodes de calme. Il y a eu plus de bouleversements entre 1789 et 1815 qu'entre 1815 et 1914. C'est ce qui fait le tragique de l'histoire.

Banalité, me direz vous. Certes, mais banalité qui n'est pas comprise par tous. Surtout, il est extrêmement rare qu'un acteur en tire les conséquences.

Or, De Gaulle excelle à changer de tempo en fonction de cet élasticité du temps. Il peut choisir une rupture fondamentale en quelques jours en 1940 ou se mettre en retrait pendant 12 ans entre 1946 et 1958.

On peut analyser sa dernière année au pouvoir comme une perte de la maitrise du temps. Il avait bien compris que la France se dirigeait vers la décadence mais il n'a pu reprendre le dessus. S'il ressuscitait, il serait sans doute surpris par bien des aspects de l'actuelle tiers-mondisation de la France mais non par l'esprit qui y conduit.

C'est, me semble-t-il, le fondement de son désaccord avec Pompidou. Tout intelligent qu'il était, Pompidou n'a pas subi dans sa vie pépère le tragique de l'histoire. Il fait une place au tragique en théorie, dans ses écrits par exemple, mais, en pratique, il gouverne comme s'il n'existait pas.

Au contraire, De Gaulle vit dans le tragique, il a toujours en tête la catastrophe possible. Il garde toujours en réserve ceci ou cela, tel ou tel, au cas où ... C'est d'ailleurs en grande partie à cause de cette catastrophe possible qu'il rechigne aux abandons de souveraineté. Qui sait si telle souveraineté, abandonnée bien légèrement dans les temps heureux, ne nous manquera pas cruellement à l'heure du péril  ?

Aujourd'hui, par exemple, ceux qui poussent la France à abandonner ses possessions d'outremer savent parfaitement ce qu'ils font, le mal que cela peut être dans le futur. Par exemple, s'il y a une guerre entre la Chine et les Etats-Unis, ne regretterons nous pas la Nouvelle-Calédonie ?

Pour conclure

Teyssier cite Yourcenar :

Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont une civilisation finit par finir. Ce n'est pas par des abus, des vices et des crimes, qui sont de tous les temps. Les maux dont on meurt sont plus spécifiques, plus complexes, plus lents, parfois plus difficiles à découvrir ou à définir.

Mais nous avons appris à reconnaître ce gigantisme, qui n'est que la contrefaçon malsaine de la croissance, ce gaspillage qui fait croire à l'existence de richesses qu'on n'a déjà plus, cette pléthore si vite remplacée par la disette à la moindre crise, ces divertissements ménagés d'en haut, cette atmosphère d'inertie et de panique, d'autoritarisme et d'anarchie, ces réaffirmations pompeuses d'un grand passé au milieu de l'actuelle médiocrité et du présent désordre, ces réformes qui ne sont que des palliatifs et ces accès de vertu qui ne se manifestent que par des purges, ce goût du sensationnel qui finit par faire triompher la politique du pire, ces quelques hommes de génie mal secondés perdus dans la foule des grossiers habiles, des fous violents, des honnêtes gens maladroits et des faibles sages.

Il y a plus pénible que de se croire à Bamako ou à Alger quand on est à Paris.

C'est de sentir que l'Etat est devenu le pire ennemi de la France, celui qui pousse notre pays à la dissolution, et que nos dirigeants travaillent sans relâche à notre perte.

Aujourd'hui, la Foi seule permet vraiment de croire en la continuation de la France en péril. Il s'avère souvent que la France est supérieure aux Français, que ceux-ci semblent d'une médiocrité irrémédiable et que pourtant celle-ci se relève.

1969 fut une occasion manquée.

La charpente de Notre-Dame de Paris : état des connaissances et réflexions diverses.

Le premier plaisir de cet article, c'est, tout simplement, d'avoir à faire à un spécialiste qui semble connaître son sujet (je me suis permis  -je sais, c'est mal- de remplacer deux ou trois mots d'universitaire abscons qui m'arrachaient les yeux, comme bio-sourcé par naturel).

On a entendu tellement de conneries ces derniers temps que cela en devenait insupportable et faisait perdre patience (comme ce journaliste , repéré par Ingrid Riocreux, qui croyait que Mgr Aupetit était fétichiste, qu'il priait la cathédrale elle-même !).

Voilà des propositions qui paraissent pas trop connes, notamment faire du chantier de la reconstruction à l'identique une attraction touristique. Mais les mégalos Narcisse-Jupiter 1er et Annie Dingo sont-ils capables d’entendre quoi que ce soit ?

Rappelons que les chantiers du Batavia en Hollande, de l’Hermione et de Guédelon en France furent d’immenses succès populaires.

Au passage, on découvre (on découvre peut-être -après tout, nul n'est obligé d'être aussi inculte qu'un journaliste ou qu'un ministre) que nos ancêtres, obscurantistes, forcément obscurantistes, savaient parfaitement gérer des forêts et construire rapidement des charpentes. Avec toutes nos procédures super-méga intelligentes, nous sommes incapables d’aller au tiers de leur vitesse. C’est beau le progrès.


La charpente de Notre-Dame de Paris : état des connaissances et réflexions diverses autour de sa reconstruction.


Par Frédéric Epaud, chercheur CNRS (LAT CITERES, UMR 7324, Tours)

Suite à l’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame, de nombreux commentaires contradictoires voire ubuesques ont circulé à propos de la charpente disparue, des bois qu’il fallait sécher plusieurs années pour être utilisés et des forêts entières qu’il fallait raser pour la construire ou la reconstruire.



Cathédrale de Paris, charpente de la nef, Cl. F. Epaud

Il est donc utile de faire un état des connaissances sur la charpente et les bois utilisés à Notre-Dame au XIIIe siècle ainsi que sur les possibilités de reconstruire une charpente en bois selon les techniques en vigueur au Moyen Âge.

Quels sont les études faites sur la charpente gothique de Notre-Dame ?

Fort heureusement, des relevés architecturaux précis des structures médiévales avaient été réalisés en 2015 par R. Fromont et C. Trentesaux, dont une courte synthèse a été publiée en 2016 dans la revue Monumental, en complément de ceux faits en 1915 par H. Deneux et d’un mémoire de DEA réalisé en 1995 par V. Chevrier portant sur la dendrochronologie.

De plus, un scanner de la charpente a été effectué en 2014 par l’entreprise Art Graphique et Patrimoine (150 scans). Le relevé complet et précis de la charpente a donc bien été réalisé.

La disparition de cette charpente représente néanmoins une immense perte scientifique pour la connaissance des constructions en bois du XIIIe siècle car son analyse archéologique, tracéologique et dendrologique restait à faire.

De nombreuses études complémentaires auraient méritées d’être faites pour comprendre le fonctionnement des structures, les procédés de mise en œuvre et de levage, les types d’assemblage, les phases de construction et de reprises, l’organisation du chantier et sa progression.

Les datations dendrochronologiques effectuées en 1995 restent imprécises et devaient être affinées pour dater à l’année près les différentes campagnes du chantier et les restaurations.

L’étude dendrologique méritait aussi d’être réalisée pour connaître la provenance des bois, le profil des chênes abattus (morphologie, âge, croissance…) et par là même l’état des forêts exploitées au XIIIe siècle.

Cette étude reste donc à faire à partir des documents existants et des restes calcinés.

Cette perte est d’autant plus grande que ce n’est pas une mais trois charpentes gothiques qui ont disparu :

-celle construite sur le chœur vers 1220,

-celle qui appartenait à la première charpente des années 1160-1170 dont les bois furent réemployés,

et

-celle de la nef (1230-1240 ?) qui était bien plus perfectionnée que celle du chœur.

Celles des deux bras du transept, de la flèche et les travées du vaisseau central limitrophes à la flèche dataient des travaux de Lassus et Viollet-le-Duc au milieu du XIXe siècle. Le bois d’œuvre et la forêt exploitée au XIIIe siècle Les documents à notre disposition et les études des autres grandes charpentes du XIIIe siècle permettent de répondre à certaines questions.

Les bois utilisés dans les charpentes médiévales ne furent jamais séchés pendant des années avant d’être utilisés mais taillés verts et mis en place peu après leur abattage.

Il s’agissait de chênes provenant des forêts les plus proches appartenant vraisemblablement à l’évêché.

Chaque poutre est un chêne équarri (tronc taillé en section rectangulaire) à la hache en conservant le cœur du bois au centre de la pièce.

La scie n’était pas utilisée au XIIIe siècle pour la taille des poutres. Les chênes abattus correspondaient précisément aux sections recherchées par les charpentiers et leur équarrissage se faisait a minima au plus près de la surface du tronc avec peu de perte de bois. Les bois ainsi taillés ont une meilleure tenue que les bois sciés qui se déforment en séchant.

Les courbures naturelles du tronc étaient donc conservées à la taille ce qui n’était en rien un handicap pour les charpentiers du XIIIe siècle.

On estime que la construction de la charpente gothique de la nef, du chœur et du transept de Notre-Dame a consommé autour de 1000 chênes. Environ 97 % d’entre eux étaient taillés dans des fûts d’arbres de 25-30 cm de diamètre et de 12 m de long maximum. Le reste, soit 3 % seulement, correspondait à des fûts de 50 cm de diamètre et de 15 m maximum pour les pièces maîtresses (entraits).

Ces proportions sont similaires à celles mesurées dans les charpentes du XIIIe siècle des cathédrales de Lisieux, Rouen, Bourges, Bayeux.

Outre leur faible diamètre, la majorité de ces chênes étaient jeunes, âgés en moyenne de 60 ans avec des croissances rapides d’après les études dendrochronologiques menées sur la plupart des charpentes du XIIIe siècle du Bassin parisien.

On est donc bien loin de l’image d’Epinal des énormes chênes au tronc épais et vieux de plusieurs siècles.

Ces arbres jeunes, fins et élancés provenaient de hautes futaies où la densité du peuplement était maximale et où la forte concurrence entre les chênes les a contraints à pousser très rapidement vers la lumière en hauteur, non en épaisseur.

Ces futaies médiévales, gérées selon une sylviculture spécifique qui était basée sur une régénération par coupe à blanc et recépage, et sur l’absence d’éclaircie pour conserver l’hyperdensité du peuplement, produisaient massivement et rapidement des chênes parfaitement adaptés à la construction en bois et aux techniques de taille à la hache.

Pour ces raisons, les surfaces forestières sollicitées par ces grands chantiers ne représentaient que quelques hectares seulement : à peine 3 hectares pour les 1200 chênes de la charpente de la cathédrale de Bourges.

On est donc là encore bien loin des légendaires défrichements de forêts entières pour la construction des cathédrales gothiques… La structure de la charpente Au début du XIIIe siècle, les maîtres charpentiers étaient confrontés à des difficultés jusqu’alors inédites, liées au gigantisme des cathédrales gothiques et surtout aux difficultés d’adapter la charpente à des murs minces percés de grandes verrières et à la forte poussée des vents sur des toitures de plus en plus hautes et pentues.

Ce défi était d’autant plus ardu que les charpentes dites à chevrons-formant-fermes de l’époque généraient d’importantes poussées latérales sur les murs et que les bois utilisés étaient fins et donc flexibles.

Le maître charpentier de NotreDame a su relever ce défi avec brio en concevant une structure complexe mais équilibrée, stable pour elle-même et pour les murs, avec de nombreux dispositifs de raidissement au sein des fermes, des renforcements des entraits, un doublement de la triangulation, des systèmes de moises pour soulager les bois lourds, des travées courtes pour réduire les poussées latérales des fermes secondaires sur les murs, des reports de charges de ces dernières sur les principales par des liernes latérales et axiales, une pente forte et d’autres techniques pour rendre la structure stable et répartir de façon homogène les charges sur les murs.

Il n’a pas hésité à charger la structure de tous les dispositifs nécessaires avec des centaines de pièces secondaires, la rendant bien plus dense que la plupart des charpentes de son temps ce qui lui a donné sur surnom de « forêt ».

Le maître d’œuvre a su faire une parfaite synthèse de toutes les expérimentations réalisées sur les grands chantiers en cours de son époque.

Il fut certainement l’un des plus grands et des plus audacieux maîtres charpentiers de son temps. La charpente du XIIIe siècle de ND figurait parmi les plus grands chefs d’œuvre de la charpenterie gothique française par sa complexité technique et son exceptionnel état de conservation.

Le temps nécessaire à la réalisation d’une charpente à chevrons-formant-fermes est connu et n’est pas si important que l’on imaginerait. La construction de la charpente du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges aurait réclamé seulement 19 mois de travail pour une équipe de 15-20 charpentiers, de l’équarrissage des 925 chênes au levage des fermes.

Quid des vestiges ?

A l’heure actuelle, un collectif de chercheurs regroupant spécialistes des charpentes, anthracologues, dendrologues, écologues, climatologues, biogéochimistes s’est attelé à la mise en place d’un projet de recherche destiné à collecter et étudier les restes calcinés de la charpente, le jour où ceux-ci seront accessibles. Il est d’ores-et-déjà dans l’esprit de tous, services patrimoniaux, architectes, élus et chercheurs que les vestiges de la charpente seront préservés après étude à des fins conservatoires.

Reconstruire aujourd’hui une charpente du XIIIe siècle ?

S’il est indécent aujourd’hui de parler de reconstruction alors même que le cadavre calciné de la charpente gît encore sur les voûtes, il nous semble toutefois nécessaire de présenter quelques faits et suggestions qui serviront peut-être au débat plus tard.

Cette question revêt trois aspects :

les bois, la structure et les techniques.

Avec quels bois ?

Concernant le bois d’œuvre nécessaire. Comme dit plus haut, les bois utilisés au XIIIe siècle à ND sont pour 97 % de faible diamètre (25-30 cm) et de 12 m de long maximum ce qui correspond à des « petits » chênes, facile à trouver.

L’abattage de 1000 chênes ne représente pas un inconvénient puisque le pays dispose de la plus grande forêt d’Europe avec 17 millions d’ha de forêts dont 6 millions en chênaies, en constante augmentation depuis des années.

Le prélèvement ne se ferait certainement pas par coupe rase comme on l’avait souvent répété puisque les futaies actuelles sont différentes de celles du XIIIe siècle (dont 3 ha suffisaient) et que ces « petits » chênes sont dispersés dans les peuplements actuels.

Leur abattage se ferait donc par furetage avec des coupes individuelles ciblées au sein des futaies, limitant ainsi l’impact écologique sur les écosystèmes forestiers.

Rappelons que la fabrication du bateau L’Hermione a prélevé par furetage 2000 chênes, soit le double que pour Notre-Dame, sans que cela n’ait causé le moindre souci environnemental.

La reconstruction d’une charpente en chêne permettrait de valoriser la filière forestière française qui connaît aujourd’hui des difficultés en raison de la sous-exploitation des futaies et de l’exportation massive du bois brut notamment vers la Chine.

Aujourd’hui, l’emploi d’un matériau naturel, travaillé selon des techniques traditionnelles, serait un signe fort de notre époque dans le choix d’une gestion raisonnée et écologique de nos ressources naturelles et d’une économie verte tournée vers le savoir-faire artisanal. Quelle charpente restituer ?

Avant de proposer une reproduction à l’identique, il est nécessaire de savoir si les maçonneries peuvent supporter à nouveau une charpente de poids identique avec les mêmes modalités de répartition des charges sur les murs.

Par le passé, la reconstruction des charpentes incendiées sur les cathédrales a souvent reproduit à l’identique l’originale du XIIIe siècle comme sur les cathédrales de Meaux en 1498, de Rouen en 1529 puis en 1683, de Lisieux en 1559 ou au XIXe siècle sur de nombreux monuments historiques.

Certes, il existe tout autant des charpentes refaites à neuf sans tenir compte de l’originale pour des raisons économiques. La restitution de la « forêt » gothique est possible puisque le relevé complet et précis de la charpente existe même s’il reste encore à définir les rajouts ultérieurs pour restituer son aspect originel.

La structure de la flèche est également connue grâce à une maquette des compagnons charpentiers. Techniquement, la possibilité est donc offerte. Le choix d’apposer l’empreinte de notre temps sur Notre-Dame est aussi légitime comme le rappelle l’article 9 de la Charte de Venise tant qu’elle respecte l’harmonie et la composition de l’ouvrage.

Si l’ambition des maîtres d’œuvre a toujours été de magnifier la cathédrale par des réalisations remarquables, il faut reconnaître que pour les charpentes l’exercice ne fut pas toujours une réussite. Les charpentes récentes utilisent des bois sciés dans des structures pragmatiques, économiques et sans aucune réelle beauté comparée à celles du XIIIe siècle.

Les charpentes en métal de la cathédrale de Chartres et en béton de celle de Reims peuvent être considérées comme de beaux ouvrages mais la question de leur pérennité reste à prouver et celle de la transmission du savoir-faire technique des « bâtisseurs » des cathédrales se pose encore plus, sachant que d’autres monuments contemporains peuvent y répondre sans poser de problème éthique, comme les gares ou les aéroports.

Outre le matériau et la forme, le débat doit surtout prendre en compte les techniques à utiliser.

Quelles techniques mettre en œuvre aujourd’hui ?

Si les formes des charpentes ont évolué de siècle en siècle, les techniques de taille manuelle à la hache, dites traditionnelles, sont restées quant à elles identiques du Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle.

Contrairement à une idée largement répandue, ces techniques ne sont quasiment plus utilisées aujourd’hui dans les grandes entreprises de charpenterie du fait de la modernisation nécessaire et de l’amélioration des outils d’usinage numériques et des machines outils électriques.

Les entreprises des Monuments Historiques et les compagnons charpentiers n’équarrissent plus les bois à la hache et s’approvisionnent directement en scierie.

Seules quelques rares entreprises artisanales pratiquent encore la taille à la doloire, cherchant à maintenir la transmission d’un savoir-faire pluriséculaire et l’essence même de leur métier par la maîtrise de toute la chaîne opératoire : de la sélection de l’arbre en forêt, sa taille manuelle, à sa pose.

Ces techniques traditionnelles sont pourtant économiquement viables et rentables pour ces petites entreprises. La différence entre un ouvrage fait selon la tradition et les techniques industrielles est pourtant sans équivoque puisque les bois équarris à la hache sont plus solides et de meilleure tenue que ceux sciés, ils se déforment bien moins au séchage, les bois courbes sont employés, les pertes sont minimes, l’ouvrage est plus beau en respectant les formes naturelles du tronc et, surtout, les charpentiers y retrouvent l’amour de leur métier.

Ceci explique le succès des chantiers traditionnels comme Guédelon ou ceux des « charpentiers sans frontières » qui réunissent jusqu’à 60 charpentiers professionnels venus du monde entier pour restaurer un ouvrage.



Depuis peu, des conservateurs des Monuments Historiques et des architectes réclament que les bois soient travaillés selon les techniques traditionnelles à la doloire pour la restauration de charpentes anciennes comme pour l’Aître Saint-Maclou à Rouen mais peu d’entreprises peuvent encore y répondre.

Elles ont besoin de formation pour réapprendre ces techniques, ce qui est justement proposé par le projet de loi du gouvernement pour la restauration de Notre-Dame.

Dans l’hypothèse où les choix de restauration se porteraient sur une charpente en bois, on peut imaginer un chantier-école de ce type sur le parvis de Notre-Dame, avec des dizaines de charpentiers équarrissant à la hache des grumes et taillant les bois manuellement selon les règles ancestrales du métier, qui permettrait aux entreprises de renouer le lien avec un savoir-faire pluriséculaire, dans l’esprit et la continuité des chantiers des cathédrales.

Un tel chantier serait sans nul doute spectaculaire et très émouvant auprès du grand public car il témoignerait du respect de notre époque pour un patrimoine gestuel et technique qui se doit d’être préservé comme élément de notre identité culturelle et encore plus sur l’un des monuments les plus chers à la nation.

Quant au type de charpente, un compromis entre une structure en bois d’inspiration médiévale et contemporaine, employant les techniques de la charpenterie traditionnelle héritée du XIIIe siècle mérite réflexion, ce qui permettrait en même temps de valoriser nos ressources forestières selon une éthique écologique très ancrée dans le XXIe siècle.

Bibliographie :

Chevrier V., La charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris à travers la dendrochronologie, mémoire de DEA, Université de Paris-Sorbonne, Paris IV, 1995.

C.R.M.H., Charpentes XIIIe siècle, vol. 2, Ministère de la Culture, Direction du Patrimoine, Paris, 1982.

Deneux H., 1927, « L’évolution des charpentes du XIe au XVIIIe siècle » dans L’Architecte, p. 49-53, 57-60, 65-68, 73-75 et 81-89.

Epaud F. (A paraître 2019) « Les forêts et le bois d’œuvre au Moyen Âge dans le Bassin parisien » dans La forêt au Moyen Âge, Les Belles Lettres, Paris.

Epaud F., La charpente de la cathédrale de Bourges. De la forêt au chantier, PUFR, Coll. Perspectives historiques », Tours, 2017.

Epaud F., De la charpente romane à la charpente gothique en Normandie, Publications du CRAHM, Caen, 2007.

Fromont R. et Trenteseaux C., « Le relevé des charpentes médiévales de la cathédrale NotreDame de Paris : approches pour une nouvelle étude » dans Monumental, Semestriel 1, Editions du patrimoine, Paris, 2016, p. 70-77.

Hoffsummer P. (dir.), Les charpentes du XIe au XIXe siècle, typologie et évolution en France du Nord et en Belgique, Cahiers du Patrimoine n° 62, 2002.

Le Port M., « Évolution historique de la charpente en France » dans Encyclopédie des métiers, La charpente et la construction en bois, t. 1, Librairie du Compagnonnage, Paris, 1977, p. 379- 610.



vendredi, mai 10, 2019

Morts pour la France




Si des Français sont encore prêts à mourir pour servir, c'est que la France n'est pas tout à fait morte, non ?