Je pense beaucoup ces derniers jours à la phrase de Bernanos «l'homme moderne a la tripe sensible et le coeur dur».
Nous vivons aujourd'hui dans un monde où il est devenu légal de priver de nourriture un malade qui ne souffre apparemment pas (affaire Lambert) ou d'acquitter un médecin qui a tué volontairement sept patients qui lui étaient confiés (affaire Bonnemaison).
Je voudrais avoir la certitude que jusqu'à ma mort je ne serai pas menacé par ceux qui auront la charge de me soigner. Aujourd'hui, je ne peux plus avoir cette certitude.
S'il y a dans le coin de notre tête l'idée que notre médecin pourrait bien aussi être notre bourreau, comment lui faire confiance ?
Nous sommes devenus des bouts de viande avec date de péremption.
Notre monde est terrifiant, glacé.
Addendum
Affaire Lambert : ce que dit vraiment la décision du conseil d'Etat
jeudi, juin 26, 2014
mardi, juin 24, 2014
La manipulation par les sondages
Une technique très courante de manipulation de l'opinion est la suivante (vous la connaissez tous, mais je ressens le besoin d'en décrire clairement la méthode) :
1) La classe jacassante pose un «débat de société», souvent en arguant d'«un vide juridique» qui, je vous le rappelle, ne peut pas exister (en réalité, on en est plutôt au trop-plein juridique).
Elle pose les termes du débat, de manière partiale et biaisée. Les «bons» exemples envahissent, comme par hasard, les journaux.
2) Ensuite on fait des sondages. Il n'est même pas nécessaire que les questions soient orientées (cependant, ça aide).
En effet, il y a trois types de sondés : ceux qui ont une opinion ferme et qui l'affirment, ceux qui ne savent pas, s'en foutent et le disent et, le type le plus intéressant, ceux qui ne savent pas, s'en foutent mais qui, par politesse ou par conformisme, affirment l'opinion qu'ils croient à la mode, c'est-à-dire celle martelée par la classe jacassante.
Ce troisième type suffit à faire les majorités dans les sondages.
3) Le troisième étage de la fusée de manipulation de l'opinion coule de source : la démocratie sondagière, «les Français pensent que ...».
Ce n'est plus la classe jacassante qui parle mais le peuple souverain, contre lequel il serait criminel d'aller. L'effet de conformisme joue alors à plein, il est même socialement recommandé : qui est le vilain petit canard qui ose s'opposer la sainte majorité ?
Cette technique est très efficace.
Son principal ennemi est le temps. Le temps joue pour elle au début, elle grossit puis s'impose comme une évidence. Mais, passé un optimum, on redescend.
Si on laisse aux gens le temps de réfléchir, de s'informer au-delà des apparences, de se forger une opinion propre, de mûrir, elle perd de sa puissance. C'est ce qui s'est passé par exemple lors du référendum de 2005.
C'est pourquoi il est primordial pour les adeptes de ces manipulations de donner à leur opinion force de loi avant que le soufflé ne retombe et que le public ne comprenne qu'il s'est fait bourrer le mou.
D'où la frénésie des nihilistes socialistes de légiférer sur les sujets dits sociétaux. Ils savent que dans quelques années le vent aura tourné mais, si toutes leurs lubies ont été inscrites auparavant dans le droit, ils auront gagné.
Face à cette technique, deux armes :
> l'argumentation.
> les manoeuvres de retardement. C'est pourquoi les parlementaires d'opposition qui se lancent dans des batailles d'amendements, pour ridicules qu'ils puissent quelquefois paraître, font oeuvre utile. Il n'est pas dit que ce qui est à la mode à cette session parlementaire le sera encore à la suivante.
1) La classe jacassante pose un «débat de société», souvent en arguant d'«un vide juridique» qui, je vous le rappelle, ne peut pas exister (en réalité, on en est plutôt au trop-plein juridique).
Elle pose les termes du débat, de manière partiale et biaisée. Les «bons» exemples envahissent, comme par hasard, les journaux.
2) Ensuite on fait des sondages. Il n'est même pas nécessaire que les questions soient orientées (cependant, ça aide).
En effet, il y a trois types de sondés : ceux qui ont une opinion ferme et qui l'affirment, ceux qui ne savent pas, s'en foutent et le disent et, le type le plus intéressant, ceux qui ne savent pas, s'en foutent mais qui, par politesse ou par conformisme, affirment l'opinion qu'ils croient à la mode, c'est-à-dire celle martelée par la classe jacassante.
Ce troisième type suffit à faire les majorités dans les sondages.
3) Le troisième étage de la fusée de manipulation de l'opinion coule de source : la démocratie sondagière, «les Français pensent que ...».
Ce n'est plus la classe jacassante qui parle mais le peuple souverain, contre lequel il serait criminel d'aller. L'effet de conformisme joue alors à plein, il est même socialement recommandé : qui est le vilain petit canard qui ose s'opposer la sainte majorité ?
Cette technique est très efficace.
Son principal ennemi est le temps. Le temps joue pour elle au début, elle grossit puis s'impose comme une évidence. Mais, passé un optimum, on redescend.
Si on laisse aux gens le temps de réfléchir, de s'informer au-delà des apparences, de se forger une opinion propre, de mûrir, elle perd de sa puissance. C'est ce qui s'est passé par exemple lors du référendum de 2005.
C'est pourquoi il est primordial pour les adeptes de ces manipulations de donner à leur opinion force de loi avant que le soufflé ne retombe et que le public ne comprenne qu'il s'est fait bourrer le mou.
D'où la frénésie des nihilistes socialistes de légiférer sur les sujets dits sociétaux. Ils savent que dans quelques années le vent aura tourné mais, si toutes leurs lubies ont été inscrites auparavant dans le droit, ils auront gagné.
Face à cette technique, deux armes :
> l'argumentation.
> les manoeuvres de retardement. C'est pourquoi les parlementaires d'opposition qui se lancent dans des batailles d'amendements, pour ridicules qu'ils puissent quelquefois paraître, font oeuvre utile. Il n'est pas dit que ce qui est à la mode à cette session parlementaire le sera encore à la suivante.
Libellés :
classe jacassante,
démo,
politique
Envoyons la machine Vincent Lambert à la casse (3)
L'arrêt du Conseil d'Etat validant la mort par déshydratation de Vincent Lambert ne me surprend pas : mes fidèles lecteurs savent dans quel mépris je tiens notre société.
Quelques articles et liens (merci Curmu) :
Affaire Vincent Lambert : Y a-t-il urgence à légiférer sur la fin de vie ?
Ce que révèle l'affaire Vincent Lambert des dérives de la médecine
Point de vue : euthanasie, ne touchez pas l'Intouchable !
What is bioethics ?
Harsh Medicine: Chapter one from "Culture of Death"
Enfin, on argue des sondages pour dire que les Français sont en faveur de l'euthanasie. C'te bonne blague !
La technique est toujours la même (très efficace, je dois le reconnaître) : la classe jacassante met un sujet à la mode en le présentant d'une manière partielle et partiale (ici, on nous tympanise de «mourir dans la dignité» sans jamais évoquer l'amélioration des soins palliatifs, qui contribueraient grandement au vivre dans la dignité).
Ensuite, on fait des sondages où, étant donné la présentation manichéenne du sujet («Préférez mourir tout de suite sans douleur ou plus tard dans des souffrances atroces ?», je caricature à peine), on obtient des réponses qui vont dans le sens de la classe jacassante. Et hop, le tour est joué : «Les Français sont majoritairement pour cette "avancée"».
Comme, chacun sait, quand le peuple est d'accord avec la classe jacassante (mais dans ce cas seulement), il est souverain (sinon, il est affreusement populiste qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire).
La ficelle est grosse, mais ça marche, alors pourquoi se gêner ?
Quelques articles et liens (merci Curmu) :
Affaire Vincent Lambert : Y a-t-il urgence à légiférer sur la fin de vie ?
Ce que révèle l'affaire Vincent Lambert des dérives de la médecine
Point de vue : euthanasie, ne touchez pas l'Intouchable !
What is bioethics ?
Harsh Medicine: Chapter one from "Culture of Death"
Enfin, on argue des sondages pour dire que les Français sont en faveur de l'euthanasie. C'te bonne blague !
La technique est toujours la même (très efficace, je dois le reconnaître) : la classe jacassante met un sujet à la mode en le présentant d'une manière partielle et partiale (ici, on nous tympanise de «mourir dans la dignité» sans jamais évoquer l'amélioration des soins palliatifs, qui contribueraient grandement au vivre dans la dignité).
Ensuite, on fait des sondages où, étant donné la présentation manichéenne du sujet («Préférez mourir tout de suite sans douleur ou plus tard dans des souffrances atroces ?», je caricature à peine), on obtient des réponses qui vont dans le sens de la classe jacassante. Et hop, le tour est joué : «Les Français sont majoritairement pour cette "avancée"».
Comme, chacun sait, quand le peuple est d'accord avec la classe jacassante (mais dans ce cas seulement), il est souverain (sinon, il est affreusement populiste qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire).
La ficelle est grosse, mais ça marche, alors pourquoi se gêner ?
lundi, juin 23, 2014
Envoyons la machine Vincent Lambert à la casse (2)
Dans la droite ligne du billet précédent :
L'homme actuel se traite en matériau
La vie humaine une valeur en chute
Et comme certains commentateurs ont évoqué la trahison de leurs devoirs par les médecins, ce commentaire extrait du blog de Philippe Bilger :
L'homme actuel se traite en matériau
La vie humaine une valeur en chute
Et comme certains commentateurs ont évoqué la trahison de leurs devoirs par les médecins, ce commentaire extrait du blog de Philippe Bilger :
Rédigé par : Parigoth | 22 juin 2014 à 15:36
samedi, juin 21, 2014
Envoyons la machine Vincent Lambert à la casse
La loi et la vie
Citons d'abord l'éditorial du Figaro :
***********
De son lit de douleur, celui qui est devenu un symbole et un enjeu pose la question: qu'est-ce qu'une vie? À quoi s'évalue-t-elle? À la capacité de manger, de parler, de ressentir? À partir de quel stade ne vaut-elle plus la peine d'être vécue? Des experts médicaux, l'Académie de médecine et le Comité national d'éthique ont déjà mis en garde le Conseil d'État contre une définition par trop restrictive de la vie, limitée à la seule «conscience».
Cette évolution a quelque chose de glaçant Notre époque, désorientée par l'effacement des repères éthiques, s'est détournée des autorités morales ou religieuses traditionnelles, et préfère s'en remettre en dernier ressort à des juges: en 2014, on ne cherche plus la voix de la sagesse dans les grands textes sacrés mais dans des Codes et des arrêts.
Cette évolution a quelque chose de glaçant.
On ne sait pas si mardi prochain le Conseil d'État suivra les conclusions de son rapporteur, préconisant l'interruption du «traitement», c'est-à-dire la mort. Mais ce jour-là, chacun devra avoir à l'esprit l'image d'Antigone acharnée à défendre la loi de l'humanité face à celle, implacable, de la cité de Créon.
***********
Glaçant. C'est le mot.
Je suis terrifié. Et deux fois terrifié :
• Terrifié par l'idée qu'il y aurait des vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues. Cette idée me paraît criminelle. La notion sous-jacente que l'homme est une machine et qu'il faut la jeter à la poubelle quand elle ne fonctionne plus correctement m'effraie au delà de tout ce qu'on peut écrire. C'est un blasphème, contre Dieu, contre l'humanité. Si les mots «crime contre l'humanité» ont un sens, ils s'appliquent dans ce cas là.
• Terrifié par la perspective que la décision de savoir si ma vie, ta vie, nos vies méritent d'être vécues puisse être prise par des juges suivant une loi qui est, toujours, passagère et de circonstance.
Le fond de l'affaire, c'est un orgueil démesuré, qui est réellement (je le répète) blasphématoire : la volonté de contrôler la vie d'un bout à l'autre, l'incapacité à admettre que notre destin nous échappe.
A un bout de la vie, avec les avortements et les méthodes génétiques, on essaie de contrôler la naissance au point qu'on va bientôt pouvoir choisir son enfant sur catalogue. A l'autre bout, on veut pouvoir choisir l'heure et les conditions de sa mort et on élimine ceux qui, par leur malheureux destin, montrent que cette ambition n'est qu'une illusion perverse d'un monde ivre de technicité.
Comprenez moi bien. Il s'agit d'une discussion hautement philosophique mais pas seulement : un jour, cela peut être vous, ou votre mère, qu'on décide de débrancher ou pire, dans le cas de Vincent Lambert, de faire mourir de soif et de faim (car c'est bien de cela qu'il s'agit derrière les mots ronflants de «mourir dans la dignité»).
La loi Leonetti protège contre l'acharnement thérapeutique. Est-ce que nourrir un malade inconscient, c'est de l'acharnement thérapeutique ? Soyons sérieux. Si Vincent Lambert s'appelait Michael Schumacher, je ne suis pas sûr que la décision serait identique.
Le doute doit profiter à la vie.
Et j'en ai un peu marre du martèlement univoque de la propagande soi-disant progressiste. On a assez de recul avec l'expérience belge : derrière les grands mots, la réalité est sordide. Les pics d'euthanasie avant les départs en vacances, les héritiers pressés de toucher l'héritage, l'épouse qui veut refaire sa vie, les lits à libérer parce qu'ils coutent cher etc.
En tout cas, je suis bien content de ne pas être immortel : je ne sais pas comment je mourrai, mais notre époque m'inspire un profond dégoût et je ne serai pas malheureux de la quitter (au contraire d'autres êtres et d'autres choses qui me sont chères).
Citons d'abord l'éditorial du Figaro :
***********
De son lit de douleur, celui qui est devenu un symbole et un enjeu pose la question: qu'est-ce qu'une vie? À quoi s'évalue-t-elle? À la capacité de manger, de parler, de ressentir? À partir de quel stade ne vaut-elle plus la peine d'être vécue? Des experts médicaux, l'Académie de médecine et le Comité national d'éthique ont déjà mis en garde le Conseil d'État contre une définition par trop restrictive de la vie, limitée à la seule «conscience».
Cette évolution a quelque chose de glaçant Notre époque, désorientée par l'effacement des repères éthiques, s'est détournée des autorités morales ou religieuses traditionnelles, et préfère s'en remettre en dernier ressort à des juges: en 2014, on ne cherche plus la voix de la sagesse dans les grands textes sacrés mais dans des Codes et des arrêts.
Cette évolution a quelque chose de glaçant.
On ne sait pas si mardi prochain le Conseil d'État suivra les conclusions de son rapporteur, préconisant l'interruption du «traitement», c'est-à-dire la mort. Mais ce jour-là, chacun devra avoir à l'esprit l'image d'Antigone acharnée à défendre la loi de l'humanité face à celle, implacable, de la cité de Créon.
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Glaçant. C'est le mot.
Je suis terrifié. Et deux fois terrifié :
• Terrifié par l'idée qu'il y aurait des vies qui ne vaudraient pas la peine d'être vécues. Cette idée me paraît criminelle. La notion sous-jacente que l'homme est une machine et qu'il faut la jeter à la poubelle quand elle ne fonctionne plus correctement m'effraie au delà de tout ce qu'on peut écrire. C'est un blasphème, contre Dieu, contre l'humanité. Si les mots «crime contre l'humanité» ont un sens, ils s'appliquent dans ce cas là.
• Terrifié par la perspective que la décision de savoir si ma vie, ta vie, nos vies méritent d'être vécues puisse être prise par des juges suivant une loi qui est, toujours, passagère et de circonstance.
Le fond de l'affaire, c'est un orgueil démesuré, qui est réellement (je le répète) blasphématoire : la volonté de contrôler la vie d'un bout à l'autre, l'incapacité à admettre que notre destin nous échappe.
A un bout de la vie, avec les avortements et les méthodes génétiques, on essaie de contrôler la naissance au point qu'on va bientôt pouvoir choisir son enfant sur catalogue. A l'autre bout, on veut pouvoir choisir l'heure et les conditions de sa mort et on élimine ceux qui, par leur malheureux destin, montrent que cette ambition n'est qu'une illusion perverse d'un monde ivre de technicité.
Comprenez moi bien. Il s'agit d'une discussion hautement philosophique mais pas seulement : un jour, cela peut être vous, ou votre mère, qu'on décide de débrancher ou pire, dans le cas de Vincent Lambert, de faire mourir de soif et de faim (car c'est bien de cela qu'il s'agit derrière les mots ronflants de «mourir dans la dignité»).
La loi Leonetti protège contre l'acharnement thérapeutique. Est-ce que nourrir un malade inconscient, c'est de l'acharnement thérapeutique ? Soyons sérieux. Si Vincent Lambert s'appelait Michael Schumacher, je ne suis pas sûr que la décision serait identique.
Le doute doit profiter à la vie.
Et j'en ai un peu marre du martèlement univoque de la propagande soi-disant progressiste. On a assez de recul avec l'expérience belge : derrière les grands mots, la réalité est sordide. Les pics d'euthanasie avant les départs en vacances, les héritiers pressés de toucher l'héritage, l'épouse qui veut refaire sa vie, les lits à libérer parce qu'ils coutent cher etc.
En tout cas, je suis bien content de ne pas être immortel : je ne sais pas comment je mourrai, mais notre époque m'inspire un profond dégoût et je ne serai pas malheureux de la quitter (au contraire d'autres êtres et d'autres choses qui me sont chères).
dimanche, juin 15, 2014
La France est condamnée par manque de libéraux-conservateurs
Tout est dans le titre.
De quelque bord politique que ce soit, nous n'avons que des socialistes qui se plaignent que la France est victime de l'affreux libéralisme.
Les notions de capitalisme de connivence, d'association étatisme et libertarisme, de collusion étatisme et marchandisation de l'homme semblent totalement inaccessibles à notre classe jacassante. Inversement, cette classe jacassante paraît incapable d'envisager la chose la plus naturelle du monde : l'association du conservatisme moral et du libéralisme juridique et économique.
Pourquoi est-ce la chose la plus naturelle du monde ? Parce que c'est notre tradition. Il suffit de faire comme nos ancêtres.
Comme la voie romaine nous est devenue difficile.
De quelque bord politique que ce soit, nous n'avons que des socialistes qui se plaignent que la France est victime de l'affreux libéralisme.
Les notions de capitalisme de connivence, d'association étatisme et libertarisme, de collusion étatisme et marchandisation de l'homme semblent totalement inaccessibles à notre classe jacassante. Inversement, cette classe jacassante paraît incapable d'envisager la chose la plus naturelle du monde : l'association du conservatisme moral et du libéralisme juridique et économique.
Pourquoi est-ce la chose la plus naturelle du monde ? Parce que c'est notre tradition. Il suffit de faire comme nos ancêtres.
Comme la voie romaine nous est devenue difficile.
Libellés :
la France qui coule,
voie romaine
samedi, juin 14, 2014
La relève interdite
Je me permets, une fois n'est pas coutume, de reproduire intégralement un billet de Maxime Tandonnet :
**********
Le plus tragique, dans le camp des républicains modérés, ce n’est pas le retour de la vieille garde, les Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin. On pourrait y voir une solution transitoire, un passage de relais. Non, le plus préoccupant, c’est bien l’absence de relève visible en perspective.
J’en ai fréquenté beaucoup, de près ou de loin, et ils me donnent le sentiment, sans méchanceté, d’être formatés sur le même modèle, celui de bons gestionnaires sans doute, mais fausses intelligences, le crâne vide d’idées, de vision, de perspective, têtes bien pleines plutôt que bien faites : le Maire, Valérie Pécresse, Bertrand, NKM, Chatel, etc. Ils voudraient diriger la France comme on gère une collectivité locale. Face à la faillite d’un pouvoir socialiste qui s’éloigne tous les jours de la France, écartelé entre l’idéologie la plus obtuse sur les questions de société et le conformisme absolu en matière économique, cette nouvelle génération devrait avoir un boulevard devant elle.
Or, elle est tout en fadeur, transparente, inexistante. Elle voit la politique par le petit bout de la lorgnette, se résumant à la course à l’Elysée.
Cette médiocrité à la fois intellectuelle et humaine, absence de caractère, obsession de la "propreté idéologique" vu comme l’arme secrète de la marche vers le Palais a des conséquences dramatiques, notamment celle de priver d’espoir politique la jeunesse ou de pousser une partie d’entre elle vers des pitreries démagogiques. Il existe dans la vie publique française, quelques responsables au sens fort du terme, lucides, à la fois mesurés et fermes dans leurs convictions et prêts à s’engager pour le pays. Mais le monde médiatique les ignore obstinément: même minoritaires, ceux là sont beaucoup trop dangereux à ses yeux. Il faudra que la crise de société qui couve depuis si longtemps explose enfin pour que peut-être, poussés par les circonstances, ils sortent de leur silence et anonymat.
**********
Bien que ne fréquentant pas les politiciens comme Maxime Tandonnet, j'en partage l'analyse. Ce n'est pas pour rien que je labellise La lie mes billets sur la politique.
A part les brigands, avec lesquels ils ont quelquefois des accointances, les politiciens sont la lie de notre société : superficiels, malhonnêtes, incultes, menteurs, égoïstes, lâches, conformistes, cupides, méprisants, indignes.
Il y a bien des raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là et il est possible que ceux qui soutiennent que nous avons les politiciens que nous méritons aient raison.
C'est le point de vue de Montesquieu transposé aux politiciens :
«Ce n'est pas la fortune qui domine le monde : on peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent, ou la précipitent ; tous les accidents sont soumis à ces causes ; et, si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille : en un mot, l'allure principale entraîne avec elle tous les accidents particuliers.»
Il y a sans doute «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons.
En tous les cas, la situation est claire : aujourd'hui, aucun honnête homme ne fait carrière en politique. Tous fuient cette perpective. Et si, par égarement, un honnête homme s'y laisse prendre, il est bien vite rejeté par le système, qui s'entend à ne conserver que la canaille, et retourne à ses occupations antérieures.
Je suis encore plus pessimiste que Maxime Tandonnet.
Je ne crois pas à un renouvellement de la classe politique sous la pression des événements : s'il y a «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons, elles sont très profondes et les événements ne suffiront pas à les bousculer. Une question simple : si Charles De Gaulle ressuscitait, croyez vous qu'il serait élu ?
Il faudra que le peuple dans lequel les causes de la décadence s'enracinent disparaisse, ou subisse une mutation presque aussi forte qu'une disparition, pour qu'elles soient emportées.
Cette quasi-disparition, je la vois dans une phase d'anarchie qui entraine un éclatement de l'Etat et un retour à une forme de féodalité. Je crois que nous suivons la trajectoire de l'empire romain.
On me parle des forces vives de la France comme espoir. C'est vrai au niveau individuel : il y a des Français très bien. Mais ils ont justement perdu la capacité à passer du niveau individuel au niveau collectif, à s'organiser entre eux, pour des raisons sociologiques (la vie urbaine rend anonyme et isolé et 78 % des Français vivent en ville) et pour des raisons bassement financières (après le ratiboisage par le fisc, les Français n'ont plus d'assez d'argent libre pour en consacrer une part significative à des projets collectifs).
**********
Le plus tragique, dans le camp des républicains modérés, ce n’est pas le retour de la vieille garde, les Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin. On pourrait y voir une solution transitoire, un passage de relais. Non, le plus préoccupant, c’est bien l’absence de relève visible en perspective.
J’en ai fréquenté beaucoup, de près ou de loin, et ils me donnent le sentiment, sans méchanceté, d’être formatés sur le même modèle, celui de bons gestionnaires sans doute, mais fausses intelligences, le crâne vide d’idées, de vision, de perspective, têtes bien pleines plutôt que bien faites : le Maire, Valérie Pécresse, Bertrand, NKM, Chatel, etc. Ils voudraient diriger la France comme on gère une collectivité locale. Face à la faillite d’un pouvoir socialiste qui s’éloigne tous les jours de la France, écartelé entre l’idéologie la plus obtuse sur les questions de société et le conformisme absolu en matière économique, cette nouvelle génération devrait avoir un boulevard devant elle.
Or, elle est tout en fadeur, transparente, inexistante. Elle voit la politique par le petit bout de la lorgnette, se résumant à la course à l’Elysée.
Cette médiocrité à la fois intellectuelle et humaine, absence de caractère, obsession de la "propreté idéologique" vu comme l’arme secrète de la marche vers le Palais a des conséquences dramatiques, notamment celle de priver d’espoir politique la jeunesse ou de pousser une partie d’entre elle vers des pitreries démagogiques. Il existe dans la vie publique française, quelques responsables au sens fort du terme, lucides, à la fois mesurés et fermes dans leurs convictions et prêts à s’engager pour le pays. Mais le monde médiatique les ignore obstinément: même minoritaires, ceux là sont beaucoup trop dangereux à ses yeux. Il faudra que la crise de société qui couve depuis si longtemps explose enfin pour que peut-être, poussés par les circonstances, ils sortent de leur silence et anonymat.
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Bien que ne fréquentant pas les politiciens comme Maxime Tandonnet, j'en partage l'analyse. Ce n'est pas pour rien que je labellise La lie mes billets sur la politique.
A part les brigands, avec lesquels ils ont quelquefois des accointances, les politiciens sont la lie de notre société : superficiels, malhonnêtes, incultes, menteurs, égoïstes, lâches, conformistes, cupides, méprisants, indignes.
Il y a bien des raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là et il est possible que ceux qui soutiennent que nous avons les politiciens que nous méritons aient raison.
C'est le point de vue de Montesquieu transposé aux politiciens :
«Ce n'est pas la fortune qui domine le monde : on peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent, ou la précipitent ; tous les accidents sont soumis à ces causes ; et, si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille : en un mot, l'allure principale entraîne avec elle tous les accidents particuliers.»
Il y a sans doute «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons.
En tous les cas, la situation est claire : aujourd'hui, aucun honnête homme ne fait carrière en politique. Tous fuient cette perpective. Et si, par égarement, un honnête homme s'y laisse prendre, il est bien vite rejeté par le système, qui s'entend à ne conserver que la canaille, et retourne à ses occupations antérieures.
Je suis encore plus pessimiste que Maxime Tandonnet.
Je ne crois pas à un renouvellement de la classe politique sous la pression des événements : s'il y a «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons, elles sont très profondes et les événements ne suffiront pas à les bousculer. Une question simple : si Charles De Gaulle ressuscitait, croyez vous qu'il serait élu ?
Il faudra que le peuple dans lequel les causes de la décadence s'enracinent disparaisse, ou subisse une mutation presque aussi forte qu'une disparition, pour qu'elles soient emportées.
Cette quasi-disparition, je la vois dans une phase d'anarchie qui entraine un éclatement de l'Etat et un retour à une forme de féodalité. Je crois que nous suivons la trajectoire de l'empire romain.
On me parle des forces vives de la France comme espoir. C'est vrai au niveau individuel : il y a des Français très bien. Mais ils ont justement perdu la capacité à passer du niveau individuel au niveau collectif, à s'organiser entre eux, pour des raisons sociologiques (la vie urbaine rend anonyme et isolé et 78 % des Français vivent en ville) et pour des raisons bassement financières (après le ratiboisage par le fisc, les Français n'ont plus d'assez d'argent libre pour en consacrer une part significative à des projets collectifs).
Libellés :
la décadence,
Maxime Tandonnet,
voie romaine
vendredi, juin 13, 2014
Une 250 LM à vendre. On se cotise ? (et un mot sur Week-end of a champion)
Ferrari 250 LM : vaut-elle 20 millions d'euros ?
J'ai un faible pour les Ferrari mal aimées : j'ai toujours préféré la 250 LM à 250 GTO (on fait dans l'ultra-luxe !).
La 250 LM c'est la dernière victoire de Ferrari au Mans.
Un film que je vous ai déjà diffusé :
Je vous rappelle que, cinq ans plus tard, Rindt se tue à Monza et devient champion du monde de F1 à titre posthume.
Rindt était un ami de Jackie Stewart, il en parle dans le documentaire de Roman Polanski, Weekend of champion, qui vient de sortir en DVD. Je vous le conseille très vivement.
Polanski suit son copain de fraiche date Stewart pendant tout le week-end du Grand Prix de Monaco 1971, que Stewart gagne. Stewart insiste sur le fait qu'il vaut mieux choisir de passer un virage au rapport supérieur (par exemple en troisième plutôt qu'en seconde) afin que la puissance arrive moins brutalement aux roues.
Comprenez bien : les champions actuels ont fait plusieurs sorties de route sans un bobo. A l'époque de Stewart, un dérapage pouvait être mortel. Pour être champion, il fallait d'abord survivre. François Cevert est probablement mort, coupé en deux par la barrière «de sécurité», d'un dérapage assez banal. Villeneuve avait peut-être l'étoffe d'un Senna, il est mort avant de l'avoir prouvé.
Un entretien à méditer :
Stewart interroge Senna sur ses accidents à répétition
A l'époque de Stewart, c'était plus dangereux, plus mortel, mais aussi plus libre.
Nous mourrons vieux, dans notre lit. Mais nous nous serons moins amusés.
Bande annonce :
J'ai un faible pour les Ferrari mal aimées : j'ai toujours préféré la 250 LM à 250 GTO (on fait dans l'ultra-luxe !).
La 250 LM c'est la dernière victoire de Ferrari au Mans.
Un film que je vous ai déjà diffusé :
Je vous rappelle que, cinq ans plus tard, Rindt se tue à Monza et devient champion du monde de F1 à titre posthume.
Rindt était un ami de Jackie Stewart, il en parle dans le documentaire de Roman Polanski, Weekend of champion, qui vient de sortir en DVD. Je vous le conseille très vivement.
Polanski suit son copain de fraiche date Stewart pendant tout le week-end du Grand Prix de Monaco 1971, que Stewart gagne. Stewart insiste sur le fait qu'il vaut mieux choisir de passer un virage au rapport supérieur (par exemple en troisième plutôt qu'en seconde) afin que la puissance arrive moins brutalement aux roues.
Comprenez bien : les champions actuels ont fait plusieurs sorties de route sans un bobo. A l'époque de Stewart, un dérapage pouvait être mortel. Pour être champion, il fallait d'abord survivre. François Cevert est probablement mort, coupé en deux par la barrière «de sécurité», d'un dérapage assez banal. Villeneuve avait peut-être l'étoffe d'un Senna, il est mort avant de l'avoir prouvé.
Un entretien à méditer :
Stewart interroge Senna sur ses accidents à répétition
A l'époque de Stewart, c'était plus dangereux, plus mortel, mais aussi plus libre.
Nous mourrons vieux, dans notre lit. Mais nous nous serons moins amusés.
Bande annonce :
jeudi, juin 12, 2014
L'aviatrice (BD)
Disons le tout net : c'est une BD de merde.
Le dessin est agréable, c'est la propagande qui me gêne.
Le mécano coco est super sympa, les Camelots du Roi sont super méchants, Pierre Cot est super génial etc...
C'en est grotesque. On croirait lire de la propagande coco des années 30.
Je supporte de moins en moins bien ces âneries.
Le dessin est agréable, c'est la propagande qui me gêne.
Le mécano coco est super sympa, les Camelots du Roi sont super méchants, Pierre Cot est super génial etc...
C'en est grotesque. On croirait lire de la propagande coco des années 30.
Je supporte de moins en moins bien ces âneries.
mercredi, juin 11, 2014
Rome, du libéralisme au socialisme (P. Fabry)
Une certaine mode, dans les milieux conservateurs, consiste à renvoyer dos à dos socialisme et libéralisme, sous le prétexte qu'ils auraient la même racine horriblement individualiste et matérialiste. Puis à insister plus lourdement contre le libéralisme que contre le socialisme.
Des exemples très connus de cette tendance sont Eric Zemmour, Natacha Polony et, à peu près l'ensemble de nos politiciens, dont Marine Le Pen.
Les gens qui tiennent ce raisonnement sont en général brillants. Je suis désolé, je n'accroche pas. Ca vole trop haut pour moi. Il y a trop d'idées et pas assez de glèbe.
Ca doit être mon coté ingénieur, il me faut des trucs qu'on puisse taper avec un marteau.
Ce que je vois, c'est qu'il y a eu en Europe de l'ouest des pratiques très anciennes de liberté personnelle et qu'on ne s'en portait pas plus mal. Bien sûr, cela ne s'appelait pas encore libéralisme. Mais il ne faut pas nous prendre pour des couillons et jouer sur les mots : il y a dans la culture occidentale un fond d'individualisme, qui resurgit de siècle en siècle.
Tous ces gens qui se disent conservateurs détestant le libéralisme et qui se complaisent dans l'abstraction comme le premier théoricien marxiste venu me font bien marrer.
Je préfère de très loin un Burke, qui arrive à être libéral au nom de la conservation de la tradition, cela me paraît bien plus subtil. Les théoriciens le taxent d'incohérence, je pense que la réalité d'une société est plus complexe que ce que les théoriciens, avec leur grosse logique et leurs gros sabots, peuvent comprendre.
J'ai un faible pour les expérimentateurs face aux théoriciens : je préfère Curie à Einstein.
Ce long préliminaire achevé, passons au sujet de ce billet.
Fabry remet au goût du jour la thèse, un peu oubliée, de Montesquieu : la grandeur des Romains vient de leur liberté et leur décadence de la perte de celle-ci.
Fabry n'hésite pas à employer les mots de libéralisme, de capitalisme de connivence et de socialisme.
Il a conscience de leur part d'anachronisme et se livre à un jeu des différences. Ces allers-retours entre passé et présent sont intéressants.
Pour Fabry, Rome a grandi comme les Etats-Unis du XIXème siècle et a péri comme l'URSS du XXème. Il fait remarquer que les épreuves subies par Rome en son enfance n'étaient pas moins terribles que celles qui ont entraîné sa chute. Dans un cas, elles furent surmontées, pas dans l'autre. Pourquoi ? Les Romains avaient changé.
A la naissance de la république romaine, le libéralisme juridique a motivé les citoyens pendant leurs guerres défensives. C'est ainsi qu'Hannibal croyait que Rome s'écroulerait dès son entrée en Italie, mais les alliés de Rome préféraient le joug romain relativement libéral au joug carthaginois. C'est ainsi qu'Hannibal se piégea lui-même en Italie en s'enfonçant toujours plus avant sans obtenir les ralliements qu'il espérait. Foin des trop fameux délices de Capoue.
On ne saurait trop insister sur la forte motivation de citoyens éduqués à vivre libres pour défendre leur liberté.
Malheureusement, l'élan romain, par inertie, passa des guerres défensives aux guerres de conquête, qui enrichirent Rome de manière phénoménale, les possessions de Rome doublant à chaque siècle jusqu'à l'Empire.
Mais cette richesse était collective, il fallait donc la partager. C'est ainsi que se mit en place le socialisme par le haut, le capitalisme de connivence. Un transfert de richesses à la socialiste caviar, pas du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Le mécanisme est toujours le même : les pertes sont collectivisées, prises en charge par l'Etat (en l'occurrence, le coût des guerres de conquête) mais les profits sont privatisés, les biens en cour se partagent les butins. Dans ce butin, des esclaves bon marché : un Romain (dont le nom m'échappe) est devenu le Bill Gates de l'esclavage. Il a créé des écoles pour esclaves de façon à en faire augmenter la valeur.
Les petits paysans libres romains, équivalent de notre classe moyenne, furent laminés par la concurrence des grandes exploitations avec leurs esclaves acquis à bon marché. Evidemment, ce chômage de masse de citoyens romains, fruit vénéneux du capitalisme de connivence, crée une demande pour l'assistance de la collectivité. Les chômeurs furent réduits à dépendre de l'Etat et avilis, d'où panem et circenses. C'est le socialisme par le bas.
Ensuite, chaque avancée du socialisme par le haut est compensée par une concession au socialisme par le bas, et vice-versa. Le cercle vicieux de l'étatisation de la société est en place. Les textes fondateurs peuvent bien demeurer identiques (Auguste a conservé le Sénat) la pratique a changé du tout au tout (voir Minogue).
Ainsi, Auguste ne touche pas aux textes définissant la puissance consulaire et la puissance tribunitienne. Il se contente de les réunir en sa personne. Mais comme l'une était conçue pour faire contrepoids à l'autre, son action les vide de leur raison d'être.
Les conservateurs qui, comme par hasard, sont libéraux puisqu'ils veulent la restauration des libertés antiques, sont broyés par la conjonction des deux socialismes. Caton d'Utique se suicide.
Alors que la république était plus que légère en fonctionnaires, elle était minarchiste (1), l'empire crée une bureaucratie qui lui assure une clientèle de demi-intellectuels gratte-papiers indéboulonnables.
Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas fortuite.
Plus intéressant encore. Certains attribuent la chute de l'empire romain au moindre progrès technique.
Or, on a un cas documenté où l'empereur a refusé une innovation amenant un gain de productivité pour ne pas mettre des gens au chômage. Il y a là une piste de recherches : jusqu'à quel point le ralentissement du progrès technique ne serait-il pas volontaire ? Je connais un certain ministre socialiste français qui a dit il y a quelques mois préférer l'innovation lente. Et je connais un président radical-socialiste qui a constitutionnalisé la peur de l'innovation.
Ensuite ? L'Etat ayant mangé la société, c'est la guerre civile pour conquérir le sommet de l'Etat, dont tout dépend.
De plus en plus, les citoyens deviennent des objets, comme dans toute bonne société socialiste qui se respecte. L'édit de Caracalla qui fait de tous les hommes libres de l'empire des citoyens romains les transforme par la même occasion en contribuables.
Puis se mettent en place des juridictions arbitraires, où le célèbre droit romain est complètement vidé de sa substance. L'arbitraire collectiviste n'est plus borné par les droits individuels. L'Etat de droit se transforme en droit de l'Etat : tout ce que l'Etat juge souhaitable devient aussitôt légal (si cela vous rappelle des déclarations de nos socialistes contemporains, c'est pure coïncidence ... comme de bien entendu).
Les conquêtes permettant de financer le socialisme ne sont plus possibles, faute de victimes potentielles. Après que Trajan s'est emparé des mines de Dacie, il n'y a plus rien d'intéressant à conquérir : l'Ecosse ? Le Sahara ? Le socialisme vit de l'argent des autres, il s'arrête quand les autres n'ont plus d'argent (M. Thatcher). La vitalité romaine faiblit.
Fabry a des mots frappants d'actualité à propos du redécoupage technocratique de l'empire ne tenant aucun compte de l'histoire et des populations. Remarquons qu'Hitler, avec ses Gau (d'où les Gaulaiter) s'est livré au même exercice.
Le coût exorbitant du socialisme étant ce qu'il est, l'armée croît car tout totalitarisme est militariste mais on fait une armée au rabais en y incorporant des immigrés de fraiche date.
Mais la raison principale de la chute de Rome (on estime que les Goths n'étaient pas 200 000, femmes, enfants et vieillards compris) est le manque de motivation pour la défense. Entre des barbares et une Rome oppressive et tyrannique, l'écart n'était pas si grand qu'il faille en mourir. Les Goths étaient autrement moins menaçants qu'Hannibal, ce sont les Romains qui ne voulaient plus se défendre.
Dans ces conditions, pourquoi a-t-il alors fallu quatre cents ans pour que l'empire finisse par s'écrouler ?
Le problème, c'est que l'empire se raccroche jusqu'au dernier moment, pressurant, imposant, entrainant le reste du monde dans sa chute. C'est la thèse que je soutiens depuis le début de notre crise : les Etats sont des monstres froids qui ne reculent devant aucune malhonnêteté, aucun crime, aucune saloperie, pour assurer leur survie. C'est un premier facteur de prolongement des souffrances.
Le deuxième, c'est le temps pour que se diffuse le socialisme clientéliste dans tout l'empire. Il est resté longtemps cantonné à l'Italie qui vivait des impôts récoltés sur les provinces plus libérales. Une fois le poison socialiste bien diffusé, quelques décennies ont été nécessaires pour qu'il sape la base de l'altruisme, l'opinio necessitatis, l'idée qu'on fait quelque chose parce que cela se fait. A partir du moment où on commence à poser des questions «Ca ne me rapporte pas, je ne vois pas pourquoi je le ferai», tout fout le camp.
Ensuite ? Après la chute ? Comme pour l'URSS, les anciens apparatchiks se partagent les dépouilles et rétablissent des pouvoirs locaux autour de relations de fidélité, elles aussi locales, c'est la féodalité.
Fabry décrit un mécanisme qu'il soupçonne universel : libéralisme, plus grand dynamisme, conquêtes, butin à partager, capitalisme de connivence, socialisme, chute.
La seule limitation est géographique : quand la conquête n'est pas possible, comme dans le cas suisse, ce mécanisme infernale ne s'enclenche pas.
Un phénomène dont Fabry ne parle pas mais qui est sous-entendu lors du passage de la république à l'empire : l'effet de taille, bien décrit par Taleb. Un grand pays n'est pas un petit pays en plus grand. Les Etats-Unis ne sont pas la Suisse en plus grand. Du fait de l'éloignement du pouvoir, de l'éloignement des citoyens entre eux, de l'excès de moyens, de la mégalomanie de diriger un si grand pays, il peut s'y passer des folies impossibles dans un pays plus petit, folies comme le socialisme.
Fabry pense que ce mécanisme est entré, aux Etats Unis, dans sa phase «capitalisme de connivence et renforcement symétrique du socialisme d'en bas». La prochaine étape est la tyrannie au nom de «l'Etat américain a tous les droits». L'affaire BNP peut être vue comme un symptôme inquiétant.
Fabry trace un parallèle impressionnant entre l'histoire de Rome et celle des Etats-Unis. Toute la question est de savoir si le mécanisme romain est inévitable.
Je trouve ce parti-pris d'anachronisme assumé courageux car il permet d'éveiller des réflexions passionnantes. En 150 pages, il dit plus que beaucoup en des tomes entiers.
*************
(1) : la jeune Rome était ce que nous appellerions minarchiste. Il n'y avait pas d'impôts permanents (!!!), ceux-ci étaient levés uniquement en cas de guerre. Les quelques fonctionnaires étaient payés par des péages et des taxes. On estime que l'équivalent de nos policiers étaient ... une vingtaine.
(2) : c'est ainsi que nous croyons vivre en Vème république, mais ce n'est en plus vrai, en réalité.
Des exemples très connus de cette tendance sont Eric Zemmour, Natacha Polony et, à peu près l'ensemble de nos politiciens, dont Marine Le Pen.
Les gens qui tiennent ce raisonnement sont en général brillants. Je suis désolé, je n'accroche pas. Ca vole trop haut pour moi. Il y a trop d'idées et pas assez de glèbe.
Ca doit être mon coté ingénieur, il me faut des trucs qu'on puisse taper avec un marteau.
Ce que je vois, c'est qu'il y a eu en Europe de l'ouest des pratiques très anciennes de liberté personnelle et qu'on ne s'en portait pas plus mal. Bien sûr, cela ne s'appelait pas encore libéralisme. Mais il ne faut pas nous prendre pour des couillons et jouer sur les mots : il y a dans la culture occidentale un fond d'individualisme, qui resurgit de siècle en siècle.
Tous ces gens qui se disent conservateurs détestant le libéralisme et qui se complaisent dans l'abstraction comme le premier théoricien marxiste venu me font bien marrer.
Je préfère de très loin un Burke, qui arrive à être libéral au nom de la conservation de la tradition, cela me paraît bien plus subtil. Les théoriciens le taxent d'incohérence, je pense que la réalité d'une société est plus complexe que ce que les théoriciens, avec leur grosse logique et leurs gros sabots, peuvent comprendre.
J'ai un faible pour les expérimentateurs face aux théoriciens : je préfère Curie à Einstein.
Ce long préliminaire achevé, passons au sujet de ce billet.
Cincinnatus abandonne sa charrue pour dicter les lois de Rome
Fabry remet au goût du jour la thèse, un peu oubliée, de Montesquieu : la grandeur des Romains vient de leur liberté et leur décadence de la perte de celle-ci.
Fabry n'hésite pas à employer les mots de libéralisme, de capitalisme de connivence et de socialisme.
Il a conscience de leur part d'anachronisme et se livre à un jeu des différences. Ces allers-retours entre passé et présent sont intéressants.
Pour Fabry, Rome a grandi comme les Etats-Unis du XIXème siècle et a péri comme l'URSS du XXème. Il fait remarquer que les épreuves subies par Rome en son enfance n'étaient pas moins terribles que celles qui ont entraîné sa chute. Dans un cas, elles furent surmontées, pas dans l'autre. Pourquoi ? Les Romains avaient changé.
A la naissance de la république romaine, le libéralisme juridique a motivé les citoyens pendant leurs guerres défensives. C'est ainsi qu'Hannibal croyait que Rome s'écroulerait dès son entrée en Italie, mais les alliés de Rome préféraient le joug romain relativement libéral au joug carthaginois. C'est ainsi qu'Hannibal se piégea lui-même en Italie en s'enfonçant toujours plus avant sans obtenir les ralliements qu'il espérait. Foin des trop fameux délices de Capoue.
On ne saurait trop insister sur la forte motivation de citoyens éduqués à vivre libres pour défendre leur liberté.
Malheureusement, l'élan romain, par inertie, passa des guerres défensives aux guerres de conquête, qui enrichirent Rome de manière phénoménale, les possessions de Rome doublant à chaque siècle jusqu'à l'Empire.
Mais cette richesse était collective, il fallait donc la partager. C'est ainsi que se mit en place le socialisme par le haut, le capitalisme de connivence. Un transfert de richesses à la socialiste caviar, pas du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Le mécanisme est toujours le même : les pertes sont collectivisées, prises en charge par l'Etat (en l'occurrence, le coût des guerres de conquête) mais les profits sont privatisés, les biens en cour se partagent les butins. Dans ce butin, des esclaves bon marché : un Romain (dont le nom m'échappe) est devenu le Bill Gates de l'esclavage. Il a créé des écoles pour esclaves de façon à en faire augmenter la valeur.
Les petits paysans libres romains, équivalent de notre classe moyenne, furent laminés par la concurrence des grandes exploitations avec leurs esclaves acquis à bon marché. Evidemment, ce chômage de masse de citoyens romains, fruit vénéneux du capitalisme de connivence, crée une demande pour l'assistance de la collectivité. Les chômeurs furent réduits à dépendre de l'Etat et avilis, d'où panem et circenses. C'est le socialisme par le bas.
Ensuite, chaque avancée du socialisme par le haut est compensée par une concession au socialisme par le bas, et vice-versa. Le cercle vicieux de l'étatisation de la société est en place. Les textes fondateurs peuvent bien demeurer identiques (Auguste a conservé le Sénat) la pratique a changé du tout au tout (voir Minogue).
Ainsi, Auguste ne touche pas aux textes définissant la puissance consulaire et la puissance tribunitienne. Il se contente de les réunir en sa personne. Mais comme l'une était conçue pour faire contrepoids à l'autre, son action les vide de leur raison d'être.
Les conservateurs qui, comme par hasard, sont libéraux puisqu'ils veulent la restauration des libertés antiques, sont broyés par la conjonction des deux socialismes. Caton d'Utique se suicide.
Alors que la république était plus que légère en fonctionnaires, elle était minarchiste (1), l'empire crée une bureaucratie qui lui assure une clientèle de demi-intellectuels gratte-papiers indéboulonnables.
Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas fortuite.
Plus intéressant encore. Certains attribuent la chute de l'empire romain au moindre progrès technique.
Or, on a un cas documenté où l'empereur a refusé une innovation amenant un gain de productivité pour ne pas mettre des gens au chômage. Il y a là une piste de recherches : jusqu'à quel point le ralentissement du progrès technique ne serait-il pas volontaire ? Je connais un certain ministre socialiste français qui a dit il y a quelques mois préférer l'innovation lente. Et je connais un président radical-socialiste qui a constitutionnalisé la peur de l'innovation.
Ensuite ? L'Etat ayant mangé la société, c'est la guerre civile pour conquérir le sommet de l'Etat, dont tout dépend.
De plus en plus, les citoyens deviennent des objets, comme dans toute bonne société socialiste qui se respecte. L'édit de Caracalla qui fait de tous les hommes libres de l'empire des citoyens romains les transforme par la même occasion en contribuables.
Puis se mettent en place des juridictions arbitraires, où le célèbre droit romain est complètement vidé de sa substance. L'arbitraire collectiviste n'est plus borné par les droits individuels. L'Etat de droit se transforme en droit de l'Etat : tout ce que l'Etat juge souhaitable devient aussitôt légal (si cela vous rappelle des déclarations de nos socialistes contemporains, c'est pure coïncidence ... comme de bien entendu).
Les conquêtes permettant de financer le socialisme ne sont plus possibles, faute de victimes potentielles. Après que Trajan s'est emparé des mines de Dacie, il n'y a plus rien d'intéressant à conquérir : l'Ecosse ? Le Sahara ? Le socialisme vit de l'argent des autres, il s'arrête quand les autres n'ont plus d'argent (M. Thatcher). La vitalité romaine faiblit.
Fabry a des mots frappants d'actualité à propos du redécoupage technocratique de l'empire ne tenant aucun compte de l'histoire et des populations. Remarquons qu'Hitler, avec ses Gau (d'où les Gaulaiter) s'est livré au même exercice.
Le coût exorbitant du socialisme étant ce qu'il est, l'armée croît car tout totalitarisme est militariste mais on fait une armée au rabais en y incorporant des immigrés de fraiche date.
Mais la raison principale de la chute de Rome (on estime que les Goths n'étaient pas 200 000, femmes, enfants et vieillards compris) est le manque de motivation pour la défense. Entre des barbares et une Rome oppressive et tyrannique, l'écart n'était pas si grand qu'il faille en mourir. Les Goths étaient autrement moins menaçants qu'Hannibal, ce sont les Romains qui ne voulaient plus se défendre.
Dans ces conditions, pourquoi a-t-il alors fallu quatre cents ans pour que l'empire finisse par s'écrouler ?
Le problème, c'est que l'empire se raccroche jusqu'au dernier moment, pressurant, imposant, entrainant le reste du monde dans sa chute. C'est la thèse que je soutiens depuis le début de notre crise : les Etats sont des monstres froids qui ne reculent devant aucune malhonnêteté, aucun crime, aucune saloperie, pour assurer leur survie. C'est un premier facteur de prolongement des souffrances.
Le deuxième, c'est le temps pour que se diffuse le socialisme clientéliste dans tout l'empire. Il est resté longtemps cantonné à l'Italie qui vivait des impôts récoltés sur les provinces plus libérales. Une fois le poison socialiste bien diffusé, quelques décennies ont été nécessaires pour qu'il sape la base de l'altruisme, l'opinio necessitatis, l'idée qu'on fait quelque chose parce que cela se fait. A partir du moment où on commence à poser des questions «Ca ne me rapporte pas, je ne vois pas pourquoi je le ferai», tout fout le camp.
Ensuite ? Après la chute ? Comme pour l'URSS, les anciens apparatchiks se partagent les dépouilles et rétablissent des pouvoirs locaux autour de relations de fidélité, elles aussi locales, c'est la féodalité.
Fabry décrit un mécanisme qu'il soupçonne universel : libéralisme, plus grand dynamisme, conquêtes, butin à partager, capitalisme de connivence, socialisme, chute.
La seule limitation est géographique : quand la conquête n'est pas possible, comme dans le cas suisse, ce mécanisme infernale ne s'enclenche pas.
Un phénomène dont Fabry ne parle pas mais qui est sous-entendu lors du passage de la république à l'empire : l'effet de taille, bien décrit par Taleb. Un grand pays n'est pas un petit pays en plus grand. Les Etats-Unis ne sont pas la Suisse en plus grand. Du fait de l'éloignement du pouvoir, de l'éloignement des citoyens entre eux, de l'excès de moyens, de la mégalomanie de diriger un si grand pays, il peut s'y passer des folies impossibles dans un pays plus petit, folies comme le socialisme.
Fabry pense que ce mécanisme est entré, aux Etats Unis, dans sa phase «capitalisme de connivence et renforcement symétrique du socialisme d'en bas». La prochaine étape est la tyrannie au nom de «l'Etat américain a tous les droits». L'affaire BNP peut être vue comme un symptôme inquiétant.
Fabry trace un parallèle impressionnant entre l'histoire de Rome et celle des Etats-Unis. Toute la question est de savoir si le mécanisme romain est inévitable.
Je trouve ce parti-pris d'anachronisme assumé courageux car il permet d'éveiller des réflexions passionnantes. En 150 pages, il dit plus que beaucoup en des tomes entiers.
*************
(1) : la jeune Rome était ce que nous appellerions minarchiste. Il n'y avait pas d'impôts permanents (!!!), ceux-ci étaient levés uniquement en cas de guerre. Les quelques fonctionnaires étaient payés par des péages et des taxes. On estime que l'équivalent de nos policiers étaient ... une vingtaine.
(2) : c'est ainsi que nous croyons vivre en Vème république, mais ce n'est en plus vrai, en réalité.
lundi, juin 09, 2014
samedi, juin 07, 2014
Jour J : l'hommage faussé
D‐Day : n'oublions pas les soldats d'aujourd'hui !
D‐Day : quand l'émotion médiatique remplace l'histoire
Dans les commémorations du débarquement en Normandie comme dans celles de 1914, je suis frappé, au-delà des mesquines saloperies gouvernementales, de voir à quel point nous ne comprenons plus les combattants auxquels nous rendons hommage.
A cause de notre obsession nazie (1), nous comprenons encore que l'on puisse risquer sa vie pour combattre cette idéologie mortifère et seulement celle-là (mourir pour combattre le communisme semblerait incongru), mais nous ne comprenons plus qu'on puisse mourir pour la patrie. Nous considérons cela comme une marque de stupidité et de naïveté, de manque de finesse.
Alors, nous faisons des soldats de pauvres victimes, des agneaux bêlants. La victimisation, ça, nous comprenons.
Hé bien non, les combattants de 1914, comme ceux de 1940, comme ceux de 1944, faisaient la guerre pour bien des raisons, leurs motivations sont toujours complexes, mais ils ne se voyaient certainement pas comme des victimes. Ils voulaient crever du Boche. Oui, tuer, ou, du moins, combattre.
Notre erreur de perspective est-elle grave ? Je ne peux dire mieux que Jean-Pierre Le Goff :
FigaroVox: Qu'est-ce qui vous choque dans la manière dont est célébré l'anniversaire du débarquement aujourd'hui ?
Jean-Pierre Le Goff : Après tant d'années, il est normal et juste de reconnaitre les victimes civiles de la bataille de Normandie. Mais certains commentaires médiatiques m'ont rendu mal à l'aise. Je suis moi-même originaire de Normandie, ma jeunesse a baigné dans les récits et les souvenirs de la Libération qu'on racontait dans les familles, les visites dominicales des premiers musées des plages du débarquement. Des membres de ma famille ont été «pris sous les bombardements» en cherchant à se réfugier dans la campagne ; on évoquait avec douleur et tristesse les terribles bombardements de Caen et de Saint-Lô qui ont fait tant de victimes civiles. Mais je n'ai jamais entendu à l'époque des commentaires comme ceux d'aujourd'hui. Si la guerre était considérée comme un mal, c'était un mal nécessaire pour chasser l'occupant, et le fait qu'il y ait des victimes civiles était quelque chose de douloureux et tragique, mais ce tragique s'intégrait aux conditions mêmes de la guerre et à une conception de la vie qui donnait sa place au sacrifice, affrontait la mort comme une donnée de la condition humaine. Le contraste est frappant entre cette conception et la relecture de la bataille de Normandie à l'aune du nouveau monde du XXIe siècle et du nouvel individualisme victimaire.
En quoi cette nouvelle mentalité est- elle problématique? Finalement, cette nouvelle sensibilité aux victimes de l 'histoire n'est- elle pas une bonne nouvelle?
Il me semble que ce nouvel ethos est problématique dans la mesure où nous sommes confrontés au développement du terrorisme et de nouvelles menaces. Le contraste est là aussi frappant entre cette mentalité sentimentale, pacifiste, et ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine ou en Syrie. La déconnection de l'histoire, avec ce qu'elle implique de tragique, et la dépolitisation nous désarment face aux nouveaux défis du XXIè siècle. On ne reviendra pas en arrière, mais je crois qu'il est important de porter un regard critique sur cette lame de fond sentimentaliste et victimaire qui concerne non seulement la France, mais une bonne partie des pays de l'Union Européenne. Pour cela, il ne faut pas craindre d'affronter la nouvelle bien-pensance et le nouvel ordre moral médiatique. C'est la condition d'un renouveau d'une dynamique démocratique qui ne fonctionne pas à l'émotion mais trouve ses ressources dans une citoyenneté éclairée à l'aune de la raison, en s'appuyant sur l'héritage précieux de ceux qui ont combattu et sont morts pour la liberté. .
*************
(1) : extrait de l'article de Redeker : «Notre culture est paralysée par l'ombre portée du nazisme. La défaite militaire du nazisme a été paradoxale. Elle s'est transformée en victoire non pas idéologique mais psychologique. Sa défaite militaire fut la condition de sa victoire psychologique. Preuve en est la référence constante au nazisme, à Hitler, la fréquence de la reductio ad hitlerum dans les discours politiques, journalistiques et, hélas, intellectuels. Hitler et le nazisme restent omniprésents dans l'époque actuelle, qui craint son retour, ou qui fait mine de le craindre, qui s'affole de ce retour, alors qu'il s'agit de réalités historiques mortes depuis 70 ans ! Le souvenir du nazisme contamine tout ce dont le nazisme s'est servi, l'armée, la guerre, l'uniforme, le drapeau, la nation, provoquant un amalgame répulsif entre ces réalités et l'idéologie nazie. La haine de soi dont souffre la France fait partie de cette victoire psychologique du nazisme. Dans leur opposition à tout ce qui relève de l'ordre du militaire, de la puissance, de la nation, de la guerre, dans leur pacifisme autant que dans leur haine de soi, nos contemporains se révèlent psychologiquement dépendants du nazisme.»
D‐Day : quand l'émotion médiatique remplace l'histoire
Dans les commémorations du débarquement en Normandie comme dans celles de 1914, je suis frappé, au-delà des mesquines saloperies gouvernementales, de voir à quel point nous ne comprenons plus les combattants auxquels nous rendons hommage.
A cause de notre obsession nazie (1), nous comprenons encore que l'on puisse risquer sa vie pour combattre cette idéologie mortifère et seulement celle-là (mourir pour combattre le communisme semblerait incongru), mais nous ne comprenons plus qu'on puisse mourir pour la patrie. Nous considérons cela comme une marque de stupidité et de naïveté, de manque de finesse.
Alors, nous faisons des soldats de pauvres victimes, des agneaux bêlants. La victimisation, ça, nous comprenons.
Hé bien non, les combattants de 1914, comme ceux de 1940, comme ceux de 1944, faisaient la guerre pour bien des raisons, leurs motivations sont toujours complexes, mais ils ne se voyaient certainement pas comme des victimes. Ils voulaient crever du Boche. Oui, tuer, ou, du moins, combattre.
Notre erreur de perspective est-elle grave ? Je ne peux dire mieux que Jean-Pierre Le Goff :
FigaroVox: Qu'est-ce qui vous choque dans la manière dont est célébré l'anniversaire du débarquement aujourd'hui ?
Jean-Pierre Le Goff : Après tant d'années, il est normal et juste de reconnaitre les victimes civiles de la bataille de Normandie. Mais certains commentaires médiatiques m'ont rendu mal à l'aise. Je suis moi-même originaire de Normandie, ma jeunesse a baigné dans les récits et les souvenirs de la Libération qu'on racontait dans les familles, les visites dominicales des premiers musées des plages du débarquement. Des membres de ma famille ont été «pris sous les bombardements» en cherchant à se réfugier dans la campagne ; on évoquait avec douleur et tristesse les terribles bombardements de Caen et de Saint-Lô qui ont fait tant de victimes civiles. Mais je n'ai jamais entendu à l'époque des commentaires comme ceux d'aujourd'hui. Si la guerre était considérée comme un mal, c'était un mal nécessaire pour chasser l'occupant, et le fait qu'il y ait des victimes civiles était quelque chose de douloureux et tragique, mais ce tragique s'intégrait aux conditions mêmes de la guerre et à une conception de la vie qui donnait sa place au sacrifice, affrontait la mort comme une donnée de la condition humaine. Le contraste est frappant entre cette conception et la relecture de la bataille de Normandie à l'aune du nouveau monde du XXIe siècle et du nouvel individualisme victimaire.
En quoi cette nouvelle mentalité est- elle problématique? Finalement, cette nouvelle sensibilité aux victimes de l 'histoire n'est- elle pas une bonne nouvelle?
Il me semble que ce nouvel ethos est problématique dans la mesure où nous sommes confrontés au développement du terrorisme et de nouvelles menaces. Le contraste est là aussi frappant entre cette mentalité sentimentale, pacifiste, et ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine ou en Syrie. La déconnection de l'histoire, avec ce qu'elle implique de tragique, et la dépolitisation nous désarment face aux nouveaux défis du XXIè siècle. On ne reviendra pas en arrière, mais je crois qu'il est important de porter un regard critique sur cette lame de fond sentimentaliste et victimaire qui concerne non seulement la France, mais une bonne partie des pays de l'Union Européenne. Pour cela, il ne faut pas craindre d'affronter la nouvelle bien-pensance et le nouvel ordre moral médiatique. C'est la condition d'un renouveau d'une dynamique démocratique qui ne fonctionne pas à l'émotion mais trouve ses ressources dans une citoyenneté éclairée à l'aune de la raison, en s'appuyant sur l'héritage précieux de ceux qui ont combattu et sont morts pour la liberté. .
*************
(1) : extrait de l'article de Redeker : «Notre culture est paralysée par l'ombre portée du nazisme. La défaite militaire du nazisme a été paradoxale. Elle s'est transformée en victoire non pas idéologique mais psychologique. Sa défaite militaire fut la condition de sa victoire psychologique. Preuve en est la référence constante au nazisme, à Hitler, la fréquence de la reductio ad hitlerum dans les discours politiques, journalistiques et, hélas, intellectuels. Hitler et le nazisme restent omniprésents dans l'époque actuelle, qui craint son retour, ou qui fait mine de le craindre, qui s'affole de ce retour, alors qu'il s'agit de réalités historiques mortes depuis 70 ans ! Le souvenir du nazisme contamine tout ce dont le nazisme s'est servi, l'armée, la guerre, l'uniforme, le drapeau, la nation, provoquant un amalgame répulsif entre ces réalités et l'idéologie nazie. La haine de soi dont souffre la France fait partie de cette victoire psychologique du nazisme. Dans leur opposition à tout ce qui relève de l'ordre du militaire, de la puissance, de la nation, de la guerre, dans leur pacifisme autant que dans leur haine de soi, nos contemporains se révèlent psychologiquement dépendants du nazisme.»
Crime et utopie (F. Rouvillois)
Le fait que le nazisme soit plus condamné que le communisme vient simplement du fait que le communisme s'est retrouvé dans le camp des vainqueurs en 1945.
Les enculés qui prétendent le contraire, ne pouvant montrer que les crimes du nazisme sont pires que les crimes du communisme, arguent souvent des «meilleures intentions» des communistes. C'est évidemment à pleurer : que pèsent les intentions d'une doctrine qui conduit au meurtre de dizaines de millions de personnes ?
Néanmoins, Frédéric Rouvillois veut tuer définitivement cet argument spécieux. Il montre que les nazis, eux aussi, avaient de «bonnes intentions».
En faisant cela, il compte démontrer qu'il y a équivalence entre utopie et crime de masse. L'utopie mène au crime de masse pour faire advenir un homme qui n'existe pas. Réciproquement, le crime de masse ne peut être causé que par une utopie régénératrice, sinon les moyens ordinaires de la politique, pour violents qu'ils soient, suffisent.
Rappelons ce qu'est une utopie : c'est la tentative, toujours vouée à l'échec, de faire advenir sur terre un monde idéal qui ne peut exister que dans le ciel.
Bien sûr, Rouvillois réussit sa démonstration. Le nazisme est une «bonne» utopie : dans le monde idéal remis en ordre par les nazis, même les races inférieures sont heureuses (une fois éliminés les gêneurs), dans un système qui n'est pas sans rappeler les castes indiennes.
Pour parvenir à cette démonstration, il s'est plongé dans les textes nazis. Certains ont des échos actuels, souvent inquiétants, quelquefois risibles.
Par exemple, l'hygiénisme, les premières campagnes anti-tabac et les premières interdictions de fumer, sont nazies.
On sait que Hitler et Himmler étaient végétariens et anti-alcooliques. Je ne peux m'empêcher de penser à l'inénarrable Aymeric Caron en lisant cet extrait du journal de la SS expliquant que le végétarien est plus fanatique que le mangeur de viande et fait donc un meilleur SS. Pour bien mettre les points sur les i, il y a une Maison de l'Alimentation qui informe et, au besoin, rééduque les récalcitrants. Himmler a-t-il inventé les slogans «Manger-bouger» et «5 fruits et légumes par jour» ? Non. Mais il aurait pu.
On trouve aussi dans le nazisme un festivisme que ne renieraient pas Jack Lang, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo.
Les arguments nazis en faveur de l'euthanasie semblent sortis mot pour mot de la bouche de ses partisans de 2014 (à part ceux ayant trait à la pureté de la race).
L'eugénisme et l'avortement sélectif ont des échos trop actuels pour ne pas mettre très mal à l'aise.
Enfin, il y a une lutte constante, farouche, contre l'Eglise catholique, qualifiée de repères de pédérastes, et contre l'enseignement catholique. Il y a notamment une déchristianisation de toutes les fêtes, à commencer par Noël. On notera avec satisfaction que cette lutte se solda par une défaite nazie. En effet, la campagne anti-chrétienne entraîna un discrédit du régime dans les régions catholiques.
Les parallèles entre le nazisme et notre époque sont trop nombreux pour être balayés d'un revers de main comme de simples coïncidences. C'est une question qui m'angoisse depuis longtemps : je pense qu'Hitler a perdu la guerre militaire mais que, sous certains aspects, il a gagné la guerre politique.
La victoire psychologique posthume du nazisme se lit aussi dans le destin français : comme le signale Jean-Pierre Robin, la France est en train de prendre exactement la place que lui assignait Hitler dans ses fantasmes, celle d'un pays décadent, ayant renoncé à toute grandeur et même à faire sa propre histoire, qui sert de parc touristique, Disneyland géant, pour le repos des guerriers et des conquérants qui, eux, continuent à faire l'histoire.
Finissant d'écrire ce billet, je tombe sur cet article, comme quoi l'idée qu'Hitler a gagné la guerre (psychologique ou politique ?), par l'intermédiaire même de ceux qui se disent anti-fascistes, est dans l'air.
C'est particulièrement flagrant avec notre gouvernement actuel. Les points communs avec le nazisme (ou avec le communisme) ne sont pas un hasard : une Taubira, un Peillon, une Vallaud , une Rossignol assument leurs idées utopiques mortifères. Les autres socialistes sont plus faux-jetons mais pas moins illuminés. La politique moderne est telle qu'elle finit par ne plus attirer que les psychopathes et les déséquilibrés. Les hommes normaux, équilibrés, ne trouvent aucun intérêt dans la boursouflure de l'ego que suppose le métier de politicien.
Le judéocide signe l'utopie nazie. Conformément à son génie, l'Allemagne a choisi une méthode de mort industrielle. La mobilisation de moyens et la perte de main d'oeuvre qui en résulte sont des aberrations économiques, surtout en pleine guerre : une telle indifférence aux réalités les plus élémentaires est symptôme d'utopie.
Dans sa recherche de perfection terrestre, l'utopie est toujours obligée d'éliminer les sous-hommes, quelle que soit la définition qu'en donne l'idéologie qui gouverne l'utopie en question.
Sur un plan plus profond et en remontant plus loin dans le temps, on finit par comprendre que le nazisme, comme le communisme, trouve son origine dans l'idée de progrès humains. Si l'homme s'améliore, pourquoi ne pas précipiter cette amélioration en éliminant ceux qui la freinent ?
On comprend pourquoi le christianisme est considéré par les deux totalitarismes utopistes (pléonasme) comme un ennemi mortel.
Les enculés qui prétendent le contraire, ne pouvant montrer que les crimes du nazisme sont pires que les crimes du communisme, arguent souvent des «meilleures intentions» des communistes. C'est évidemment à pleurer : que pèsent les intentions d'une doctrine qui conduit au meurtre de dizaines de millions de personnes ?
Néanmoins, Frédéric Rouvillois veut tuer définitivement cet argument spécieux. Il montre que les nazis, eux aussi, avaient de «bonnes intentions».
En faisant cela, il compte démontrer qu'il y a équivalence entre utopie et crime de masse. L'utopie mène au crime de masse pour faire advenir un homme qui n'existe pas. Réciproquement, le crime de masse ne peut être causé que par une utopie régénératrice, sinon les moyens ordinaires de la politique, pour violents qu'ils soient, suffisent.
Rappelons ce qu'est une utopie : c'est la tentative, toujours vouée à l'échec, de faire advenir sur terre un monde idéal qui ne peut exister que dans le ciel.
Bien sûr, Rouvillois réussit sa démonstration. Le nazisme est une «bonne» utopie : dans le monde idéal remis en ordre par les nazis, même les races inférieures sont heureuses (une fois éliminés les gêneurs), dans un système qui n'est pas sans rappeler les castes indiennes.
Pour parvenir à cette démonstration, il s'est plongé dans les textes nazis. Certains ont des échos actuels, souvent inquiétants, quelquefois risibles.
Par exemple, l'hygiénisme, les premières campagnes anti-tabac et les premières interdictions de fumer, sont nazies.
On sait que Hitler et Himmler étaient végétariens et anti-alcooliques. Je ne peux m'empêcher de penser à l'inénarrable Aymeric Caron en lisant cet extrait du journal de la SS expliquant que le végétarien est plus fanatique que le mangeur de viande et fait donc un meilleur SS. Pour bien mettre les points sur les i, il y a une Maison de l'Alimentation qui informe et, au besoin, rééduque les récalcitrants. Himmler a-t-il inventé les slogans «Manger-bouger» et «5 fruits et légumes par jour» ? Non. Mais il aurait pu.
On trouve aussi dans le nazisme un festivisme que ne renieraient pas Jack Lang, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo.
Les arguments nazis en faveur de l'euthanasie semblent sortis mot pour mot de la bouche de ses partisans de 2014 (à part ceux ayant trait à la pureté de la race).
L'eugénisme et l'avortement sélectif ont des échos trop actuels pour ne pas mettre très mal à l'aise.
Enfin, il y a une lutte constante, farouche, contre l'Eglise catholique, qualifiée de repères de pédérastes, et contre l'enseignement catholique. Il y a notamment une déchristianisation de toutes les fêtes, à commencer par Noël. On notera avec satisfaction que cette lutte se solda par une défaite nazie. En effet, la campagne anti-chrétienne entraîna un discrédit du régime dans les régions catholiques.
Les parallèles entre le nazisme et notre époque sont trop nombreux pour être balayés d'un revers de main comme de simples coïncidences. C'est une question qui m'angoisse depuis longtemps : je pense qu'Hitler a perdu la guerre militaire mais que, sous certains aspects, il a gagné la guerre politique.
La victoire psychologique posthume du nazisme se lit aussi dans le destin français : comme le signale Jean-Pierre Robin, la France est en train de prendre exactement la place que lui assignait Hitler dans ses fantasmes, celle d'un pays décadent, ayant renoncé à toute grandeur et même à faire sa propre histoire, qui sert de parc touristique, Disneyland géant, pour le repos des guerriers et des conquérants qui, eux, continuent à faire l'histoire.
Finissant d'écrire ce billet, je tombe sur cet article, comme quoi l'idée qu'Hitler a gagné la guerre (psychologique ou politique ?), par l'intermédiaire même de ceux qui se disent anti-fascistes, est dans l'air.
C'est particulièrement flagrant avec notre gouvernement actuel. Les points communs avec le nazisme (ou avec le communisme) ne sont pas un hasard : une Taubira, un Peillon, une Vallaud , une Rossignol assument leurs idées utopiques mortifères. Les autres socialistes sont plus faux-jetons mais pas moins illuminés. La politique moderne est telle qu'elle finit par ne plus attirer que les psychopathes et les déséquilibrés. Les hommes normaux, équilibrés, ne trouvent aucun intérêt dans la boursouflure de l'ego que suppose le métier de politicien.
Le judéocide signe l'utopie nazie. Conformément à son génie, l'Allemagne a choisi une méthode de mort industrielle. La mobilisation de moyens et la perte de main d'oeuvre qui en résulte sont des aberrations économiques, surtout en pleine guerre : une telle indifférence aux réalités les plus élémentaires est symptôme d'utopie.
Dans sa recherche de perfection terrestre, l'utopie est toujours obligée d'éliminer les sous-hommes, quelle que soit la définition qu'en donne l'idéologie qui gouverne l'utopie en question.
Sur un plan plus profond et en remontant plus loin dans le temps, on finit par comprendre que le nazisme, comme le communisme, trouve son origine dans l'idée de progrès humains. Si l'homme s'améliore, pourquoi ne pas précipiter cette amélioration en éliminant ceux qui la freinent ?
On comprend pourquoi le christianisme est considéré par les deux totalitarismes utopistes (pléonasme) comme un ennemi mortel.
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vendredi, juin 06, 2014
Islamisme en prison : à qui la faute ?
Islamisme en prison : à qui la faute ?
On peut épiloguer sur les étapes de la déchristianisation des classes populaires en France, contre-réforme, révolution, propagande de l'école de la «raie publique», 1905 etc.
Il y a donc un terrain à reconquérir, à évangéliser à nouveau. Je ne sais pas si cela se fera, mais je l'espère.
On peut épiloguer sur les étapes de la déchristianisation des classes populaires en France, contre-réforme, révolution, propagande de l'école de la «raie publique», 1905 etc.
Il y a donc un terrain à reconquérir, à évangéliser à nouveau. Je ne sais pas si cela se fera, mais je l'espère.
jeudi, juin 05, 2014
Le débarquement de Normandie : sans les Normands
Les Normands exclus des commémorations du débarquement, c'est anecdotique. Pourtant, je ne peux m'empêcher d'y voir un symbole.
L'hyperclasse mondiale festoie dans l'entre-soi, loin du petit peuple qui pue des pieds et qui dérange (mais qui paye les salaires de ces messieurs-dames). Il pourra voir tout cela à la télé.
On invoque la sécurité. Je crois que c'est un mauvais prétexte.
Je diviserais la sécurité par dix et tant pis si un président (ou plusieurs) est assassiné. Vous pouvez me traiter d'irresponsable, mais, sur le long terme, qu'est-ce qui est le plus irresponsable ? Une sécurité allégée ou des dirigeants qui vivent sur une autre planète, comme des Martiens ?
En pleine guerre d'Algérie, De Gaulle n'avait que quatre garde du corps.
Je rappelle que les rois de France, tout lieutenants de Dieu sur terre qu'ils étaient, devaient être en théorie visibles et accessibles à tous et, en pratique, l'étaient très souvent (1). Ils avaient sûrement compris quelque chose que nos dirigeants préfèrent oublier. Le sens du devoir et le respect du peuple ?
************
(1) : quelqu'un pourrait-il retrouver un de mes billets sur le sujet ? Je ne parviens pas à remettre la main dessus.
L'hyperclasse mondiale festoie dans l'entre-soi, loin du petit peuple qui pue des pieds et qui dérange (mais qui paye les salaires de ces messieurs-dames). Il pourra voir tout cela à la télé.
On invoque la sécurité. Je crois que c'est un mauvais prétexte.
Je diviserais la sécurité par dix et tant pis si un président (ou plusieurs) est assassiné. Vous pouvez me traiter d'irresponsable, mais, sur le long terme, qu'est-ce qui est le plus irresponsable ? Une sécurité allégée ou des dirigeants qui vivent sur une autre planète, comme des Martiens ?
En pleine guerre d'Algérie, De Gaulle n'avait que quatre garde du corps.
Je rappelle que les rois de France, tout lieutenants de Dieu sur terre qu'ils étaient, devaient être en théorie visibles et accessibles à tous et, en pratique, l'étaient très souvent (1). Ils avaient sûrement compris quelque chose que nos dirigeants préfèrent oublier. Le sens du devoir et le respect du peuple ?
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(1) : quelqu'un pourrait-il retrouver un de mes billets sur le sujet ? Je ne parviens pas à remettre la main dessus.
mercredi, juin 04, 2014
Et si on décentralisait la connerie ?
Ca y est, François Hollande est encore engagé dans une pseudo-réforme, qui n'est rien d'autre qu'un tripatouillage improvisé.
Soit on veut supprimer les régions, c'est une décision nationale et ça se décide à Paris.
Soit on veut fusionner les régions, c'est une décision locale et cela doit se décider au niveau local et si, finalement, rien ne se fait, c'est que personne n'y trouve d'intérêt, mais le débat aura eu lieu.
Si on décide des fusions à Paris, il faut alors avouer que les régions comptent pour du beurre et que ce ne sont des sinécures supplémentaires pour les copains payées par ces couillons des moutontribuables.
Charles Wyplosz est cinglant quand il évoque Poutine, il n'est pas très loin de la plaque.
Alain Madelin sur BFM insiste sur l'idée que, sans rien toucher au découpage administratif, il est possible de préciser les compétences et les ressources de chaque couche de manière plus stricte, entrainant des économies importantes.
Le principe fondamental est la subsidiarité, c'est-à-dire la méthode consistant à traiter les sujets au plus près de la base et à ne remonter un sujet qu'en cas d'absolue nécessité. Or, s'il arrive que l'administration française invoque la subsidiarité, c'est comme une prostituée invoquant la chasteté. On fait toujours tout remonter, ne serait-ce que pour faire le beau, pour faire parler de soi à l'échelon supérieur et pour ne pas prendre de responsabilité (en gros, au niveau local, on ne s'occupe plus que des horribles ronds-points : Décentralisation : la gabegie des baronnies locales).
La fusion des régions est l'exemple de la fausse bonne idée. Toute la classe jacassante est pour. Cette unanimité suspecte suffirait à susciter des doutes. La vraie bonne idée, ce n'est pas de réorganiser l'administration, mais qu'elle se désengage. La subsidiarité est un outil pour ce désengagement.
Bref, Hollande passe encore à coté de l'essentiel.
Ce n'est pas un hasard : Malraux disait, parlant de Jeanne d'Arc et de De Gaulle, que le génie des grands hommes était d'aller à l'essentiel.
Jeanne d'Arc est entrée dans l'histoire avec quelques phrases qui ne font pas plus de cent mots «Vous êtes vrai roi de France et serez sacré à Reims.» « Les hommes d'armes combattront et Dieu donnera la victoire.»
Mais aller à l'essentiel, c'est faire des choix, se fermer des options, créer des mécontentements et donc des mécontents. Or, il y a au moins un truc que tout le monde a compris de la psychologie de François Hollande : il déteste choisir, il veut se garder des options le plus longtemps possible, comme avec ses greluches.
Bref, on sait que, Hollande étant ce qu'il est, tout ce qu'il proposera sera une diversion, un enfumage, une petite magouille de conseil général.
Notons une idée qui me paraît bonne dans ce débat : décaler les dates de chacune des élections régionales de manière à ce que chacune soit une élection partielle, que l'enjeu national en soit réduit et que les discussions se recentrent sur les sujets locaux.
Pour ma part, je supprimerais assez volontiers les régions.
Soit on veut supprimer les régions, c'est une décision nationale et ça se décide à Paris.
Soit on veut fusionner les régions, c'est une décision locale et cela doit se décider au niveau local et si, finalement, rien ne se fait, c'est que personne n'y trouve d'intérêt, mais le débat aura eu lieu.
Si on décide des fusions à Paris, il faut alors avouer que les régions comptent pour du beurre et que ce ne sont des sinécures supplémentaires pour les copains payées par ces couillons des moutontribuables.
Charles Wyplosz est cinglant quand il évoque Poutine, il n'est pas très loin de la plaque.
Alain Madelin sur BFM insiste sur l'idée que, sans rien toucher au découpage administratif, il est possible de préciser les compétences et les ressources de chaque couche de manière plus stricte, entrainant des économies importantes.
Le principe fondamental est la subsidiarité, c'est-à-dire la méthode consistant à traiter les sujets au plus près de la base et à ne remonter un sujet qu'en cas d'absolue nécessité. Or, s'il arrive que l'administration française invoque la subsidiarité, c'est comme une prostituée invoquant la chasteté. On fait toujours tout remonter, ne serait-ce que pour faire le beau, pour faire parler de soi à l'échelon supérieur et pour ne pas prendre de responsabilité (en gros, au niveau local, on ne s'occupe plus que des horribles ronds-points : Décentralisation : la gabegie des baronnies locales).
La fusion des régions est l'exemple de la fausse bonne idée. Toute la classe jacassante est pour. Cette unanimité suspecte suffirait à susciter des doutes. La vraie bonne idée, ce n'est pas de réorganiser l'administration, mais qu'elle se désengage. La subsidiarité est un outil pour ce désengagement.
Bref, Hollande passe encore à coté de l'essentiel.
Ce n'est pas un hasard : Malraux disait, parlant de Jeanne d'Arc et de De Gaulle, que le génie des grands hommes était d'aller à l'essentiel.
Jeanne d'Arc est entrée dans l'histoire avec quelques phrases qui ne font pas plus de cent mots «Vous êtes vrai roi de France et serez sacré à Reims.» « Les hommes d'armes combattront et Dieu donnera la victoire.»
Mais aller à l'essentiel, c'est faire des choix, se fermer des options, créer des mécontentements et donc des mécontents. Or, il y a au moins un truc que tout le monde a compris de la psychologie de François Hollande : il déteste choisir, il veut se garder des options le plus longtemps possible, comme avec ses greluches.
Bref, on sait que, Hollande étant ce qu'il est, tout ce qu'il proposera sera une diversion, un enfumage, une petite magouille de conseil général.
Notons une idée qui me paraît bonne dans ce débat : décaler les dates de chacune des élections régionales de manière à ce que chacune soit une élection partielle, que l'enjeu national en soit réduit et que les discussions se recentrent sur les sujets locaux.
Pour ma part, je supprimerais assez volontiers les régions.
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Les conneries de Hollande
lundi, juin 02, 2014
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(...)
Tout aussi fermement, le rapport de neuf pages réaffirme que «le droit de la personne à l'alimentation et aux mesures appropriées à la qualité de vie», comme la kinésithérapie, l'hygiène et la prévention des escarres, ne peut être «subordonné à sa capacité relationnelle», qu'«aucun médecin ne peut l'accepter». Pourtant, Vincent Lambert, depuis fin 2012, ne bénéficie plus de kiné ni d'orthophonie.
En d'autres termes, peu importe le degré de conscience ou de communication, un médecin «a mission de soigner», dit l'Académie en précisant ne pouvoir «souscrire» à une «distinction entre état végétatif chronique et état de conscience minimal».
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/05/15/01016-20140515ARTFIG00014-affaire-lambert-le-rappel-a-l-ordrede-l-academie-de-medecine.php
De quoi rassurer les patients potentiels qui se demandent parfois si, rentrant à l’hôpital par la porte des urgences, ils n'en sortiront pas par la cheminée de l'incinérateur sur un caprice d'un médecin de garde pressé de partir en congés.