vendredi, juin 22, 2007
Le bac, monument en péril
Evidemment, le problème fondamental est que l'éducation est nationale. Si les méthodes imposées nationalement sont bonnes, tout va bien ; si, comme actuellement, elles sont mauvaises, c'est la catastrophe nationale.
J'ai trouvé cela sur le blog de JP Brighelli (de même que les livres parlent aux livres, les blogs parlent aux blogs) :
Le Bac, monument en péril
J’ai trouvé sur le site de Sauver les Lettres (http://www.sauv.net/ctrc.php?id=842), qui rassemble en ce moment les témoignages les plus divers sur l’Epreuve Anticipée de Français (EAF, en jargon de l’Education), le témoignage suivant, signé « Y.Z. » :
« Je suis allé à la réunion d’harmonisation pour l’écrit de l’EAF avec un paquet de 90 copies, comme plusieurs collègues de l’académie de Lille dont je suis. Evidemment, j’ai aussi 70 candidats à l’oral, et j’ai eu des surveillances à faire après réception des copies et des descriptifs. C’est donc fatigué mais désireux de faire au mieux pour les élèves que je suis allé à cette réunion, dont je tiens absolument à publier les moments les plus significatifs.
« Les collègues chargées de l’animer (1) ont ouvert le bal en précisant qu’on leur avait demandé de bien insister sur le fait que l’orthographe n’était qu’un critère d’évaluation parmi d’autres. Le document académique d’aide à la correction commence lui aussi par cette idée que « l’orthographe n’est qu’une composante de la correction de l’expression ». Quelques collègues osent rappeler qu’il s’agit d’un écrit de français. On sort alors l’artillerie lourde : notre matière, nous rétorque-t-on, est en danger (j’en conviens aisément), comme le latin ou l’allemand. Un collègue ironise, demandant si le français va devenir une langue facultative.
« On nous explique que c’est parce que nous ne savons pas valoriser le travail des élèves. Ainsi nous explique-t-on comment corriger cette épreuve écrite : les professeurs chargées de préparer l’harmonisation ont demandé à des collègues pendant leur réunion de préparation de leur lire des copies à voix haute. Dans ce cas, on est beaucoup plus attentif aux qualités de la copie, on se rend compte qu’il y a des idées, des raisonnements parfaitement logiques… Certains collègues protestent, disent qu’il est ubuesque pour une épreuve écrite de faire abstraction précisément de l’écrit, et qu’on peut alors utiliser une écriture phonétique... Rien n’y fait, notre matière est en danger, par notre faute.
« On nous rappelle encore que pour le commentaire littéraire, il est hors de question de s’attendre à ce qu’il soit composé, cela ne concernant que les concours d’entrée aux ENS. Il y a bien longtemps, nous dit-on d’un air triomphant, que cela n’existe plus, et on devrait le savoir.
« La dissertation peut quant à elle se présenter sous la forme d’un catalogue de genres littéraires, sans réflexion.
« Quant à l’écriture d’invention, elle ne doit pas nécessairement comporter d’arguments.
« Les copies soumises à l’évaluation de tous sont abordées. Evidemment, les notes qu’on nous propose sont toujours au-dessus de la moyenne, et c’est le commentaire qui va déclencher le pugilat. On nous propose tout simplement 20/20. Des collègues avaient noté ce commentaire à 6/16, moi à 7/16. Les collègues sont priés de se justifier sur le champ, vraiment on ne comprend pas. Sauf que si le texte est compris, le commentaire consiste en un montage de citations qui ne sont pas intégrées dans des phrases, et pas toujours commentées. Il y a bien sûr plusieurs fautes, mais on nous a déjà dit de faire lire les copies par un collègue pour ne pas les voir.
« C’en est trop, je prends la parole, je dis qu’il en est du bac comme du brevet, que c’est la même fumisterie, que les directives de correction sont là pour faire monter les notes sans aucun discernement, et que dans ce cas-là on ferait mieux de s’épargner les corrections et de donner le bac à tout le monde sans le faire passer. Je précise que si notre matière est en danger, c’est bien à cause des méthodes qu’elles proposent, et parce que le français se dissout dans l’appréciation d’idées, ou d’une culture vague alors que nous ne sommes ni sociologues, ni historiens des idées.
On essaie de m’interrompre, on n’est pas d’accord du tout (mais les collègues présents approuvent pour la plupart, le disent ou le font bien sentir). Le ton monte, et l’on conclut ainsi « on n’est quand même pas des constipés de la note ! » Cette copie devrait susciter notre « jubilation », et les copies qu’on va trouver dans nos paquets devraient nous le faire comprendre.
« Je ne dis plus rien, je rentre écoeuré, et je passe la nuit sans dormir. Je me console en pensant qu’on nous a promis à l’oral que les IPR passeraient, bien décidés à ce qu’on procède par « écoute active, évaluation positive » ! Qu’on se le tienne pour dit, sinon gare… »
Pourquoi tant de colère, mon cher Y.Z. ? Le Bac — qu’il s’agisse des épreuves anticipées de Première ou de celles de Terminale — a été entraîné ces dernières années, par excès de pédagogie constructiviste, dans une spirale de déconstruction avancée. Et vous avez parfaitement raison lorsque vous dites qu’« il en est du bac comme du Brevet » : encore faudrait-il en tirer les conséquences, et faire passer le Bac comme on fait passer le Brevet.
Puisqu’après tout, l’un comme l’autre ne valent plus grand’chose.
Le Bac est l’étalon le plus sûr de la sempiternelle « baisse de niveau », dont il est vrai qu’elle est invoquée depuis l’âge des cavernes. Je ne sais pas ce qu’est un niveau qui baisse, parce qu’il est vrai que l’on arguera toujours, avec la meilleur mauvaise foi du monde, que les lycéens d’aujourd’hui ont d’autres compétences que ceux d’hier, patati-patata (2). Mais je sais ce que vaut un examen, parce que c’est le marché qui nous le dit.
Avec le Brevet des années 60, on entrait — sur concours — dans une Ecole Normale, où en trois ans, on vous apprenait le métier d’instituteur, tout en vous amenant au Bac : on se retrouvait donc à enseigner le b-a-ba — sauf quelques illuminés qui commençait déjà à détruire les gosses avec la méthode globale — à 18 ans.
Aujourd’hui, on passe le Bac, puis la Licence, on entre — sur concours — dans un IUFM, où, en deux ans (Bac + 5 !) on vous apprend à devenir « professeur des écoles » — sauf que la plupart (demandez à Rachel Boutonnet !) ne connaissent rien au b-a-ba (3)…
Je suis donc fondé à dire qu’en termes de marché, un Bac 1965 vaut un Bac + 5 actuel — en admettant, même si c'est une fiction, que les compétences finales soient les mêmes. Le Bac est un examen aujourd’hui totalement dévalué — et il permettrait systématiquement d’entrer en université ? Mais des universités enfin autonomes vont y regarder à deux fois avant de combler leurs amphis avec des élèves d'un niveau Cinquième 1965 !
D’autant que plus de 50% des formations post-Bac ne recrutent pas sur le Bac, mais sur le livret scolaire : demandez donc aux BTS, IUT, ou aux classes préparatoires comment ça se passe !
Serait-il donc si scandaleux d’entériner le fait que le Bac n’est plus qu’un examen de fin d’études, bien plus qu’un passeport vers la vie professionnelle ? Serait-il donc si scandaleux d’intégrer une part de contrôle continu dans cet examen aujourd’hui bradé — en multipliant, comme on le fait déjà dès la Seconde, et avec la bénédiction des parents, des « devoirs communs », des « Bacs blancs » — en fait, des compositions trimestrielles qui n’osent pas dire leur nom : chassez le passé, il revient au galop.
Ne passeraient alors d’épreuves finales que ceux qui ne seraient pas parvenus à une moyenne calculée sur deux ou trois ans — un moyen comme un autre d’obtenir trois ans durant de la motivation, du sérieux dans les classes, et du silence dans les rangs !
Je ne parle que pour mémoire de à-côtés pratiques : le Bac coûte aujourd’hui, selon les estimations, entre 40 et 200 millions d’euros. Surtout, il mobilise les enseignants, ferme les lycées, et envoie les élèves dans la rue — ou à la plage — au grand dam des familles. J’ai toujours trouvé que la semaine d’un lycéen était considérable, et les temps de récupération, ou d’activités annexes, ridiculement courts. En calculant une année scolaire sur huit mois réels, et non plus sept comme aujourd’hui (compte tenu des diverses vacances, et de ce mois de juin passé aux pertes plus qu'aux profits), on pourrait sans doute alléger considérablement la charge de travail hebdomadaire, ou mieux répartir les programmes — des programmes qu’il est par ailleurs urgent de modifier de fond en comble, mais c’est une autre histoire.
Jean-Paul Brighelli
PS. Un réalisateur ami cherche des témoignages immédiats sur les pressions exercées sur les correcteurs pour le Bac. Si vous êtes prêt(e) à témoigner devant une caméra, contactez donc Emmanuel Amara, emanamara@hotmail.com
(1) Les enseignants qui transmettent ainsi à leurs collègues les consignes rectorales et / ou ministérielles sont désormais assurés d’avancer « au grand choix », et sont bien placés pour passer à la « hors-classe », Graal de tout fonctionnaire, qui se décroche dorénavant en fonction de « l’investissement administratif », et non plus selon ses mérites pédagogiques… C’est dire à quel point ils font du zèle.
(2) L'université de Québec, confrontée comme les universités françaises à un niveau orthographique catastrophique, a décidé d'enlever un point par faute pour tout travail réalisé chez soi. En deux semaines, nos cousins canadiens ont éradiqué les scories que les étudiants laissaient traîner sur leurs devoirs. La carotte, certes, mais le bâton, pourquoi pas ?
(3) Rachel Boutonnet, Journal d’une institutrice clandestine, Ramsay, 2003.
mardi, juin 19, 2007
Moralement correct (J. Sévillia)

FF
Un livre qui prend la peine de s'étonner qu'une candidate à l'élection présidentielle puisse être mère de famille et pas mariée ne peut être entièrement mauvais.
La thèse de ce livre est que la destruction des valeurs traditionnelles a laissé un vide moral extrêmement dangereux pour la société française.
Que penser de ce prof de ZEP qui explique que certains de ses élèves ont des comportements d'hommes de Cro-Magnon se battant pour un morceau de viande ?
Sévillia fait quelques réflexions intéressantes sur le fait que la fin du tiers des mariages en divorces ne peut être anodine.
Bien sûr que ça n'est pas anodin, mais on préfère jeter un voile pudique sur la question et tourner la tête.
Insister malgré tout, c'est encourir le risque d'être taxé d'archaïsme pour empêcher la conversation.
lundi, juin 18, 2007
Premières impressions du Bourget 2007
Pas de nouveautés.
> Démonstrations en vol :
Le Rafale, toujours sous-motorisé, évite les verticales trop marquées.
A 380 : silence et vol à grande incidence très impressionnants.
BA609 : tiltrotor assez rigolo.
Le F 18 armé (c'est la nique au Rafale et au Typhoon : "Messieurs, moi je suis un vrai avion d'armes pas un avion en dévelopement") pousse tellement fort au décollage qu'il déclenche les alarmes des voitures garées devant les chalets.
Mig 29 OVT : c'était le seul truc vraiment hors du commun (et encore ...). Les évolutions sont étonnantes mais je doute de leur utilité opérationnelle : elles dégradent considérablement l'énergie, après un "cobra", le Mig est "scotché" dans le ciel. Les missiles réalisent mieux et à meilleur profit un fort dépointage.
Les hôtesses : rien qui m'empêche de dormir. Mais, demain, j'y retourne.
Les victuailles : une assiette de macarons appétissants m'est passée sous le nez sans que j'ai le temps d'y toucher, à un chalet que je ne nommerai pas, j'en ai ruminé ma frustration toute l'après-midi. Par contre, le bar (le poisson) était bon.
dimanche, juin 17, 2007
Bercy chiffre la TVA « sociale»
Bien que jugeant inappropriée cette augmentation, je n'ai aucune confiance dans ce chiffrage :
> les fonctionnaires du ministère des finances ont leurs propres opinions et leurs propres objectifs, ce chiffrage n'est en rien impartial et objectif, il est seulement hypocrite, couvrant de la froideur technicienne une chaleur partisane, Bercy, c'est l'anti-omelette norvégienne de la statistique (je rappelle, pour les béotiens que, dans l'omelette norvégienne, le chaud est dehors et le froid dedans) .
> en économie, il est pratiquement impossible de faire des prédictions chiffrées, l'exercice est vain. Si une décision repose sur des principes justes, il n'y a aucune raison que ses conséquences ne soient pas justes. Hors de cela, on tombe vite dans l'affabulation statistique et le délire prévisionniste.
Alors, si je ne fais pas confiance à Bercy, à qui fais-je confiance ? A personne.
Je crois en la confrontation des opinions et des analyses. Je préférerais que dix « think tanks » donnent leur avis et que, les confrontant, je me fasse ma propre opinion, qui vaudra ce qu'elle vaudra, c'est-à-dire pas grand'chose, étant donné le peu de fiance que j'ai dans toutes prévisions économiques, à commencer par les miennes.
samedi, juin 16, 2007
Les égarements du gouvernement Sarkoy (suite) : la TVA dite sociale. La France souffre-t-elle de ne pas avoir touché le fond ?
Faut-il augmenter la TVA pour diminuer les charges qui pèsent sur le travail ? C'est la question qui nous est posée.
Pourquoi pas ? Mais, de toute façon, le problème est plus fondamental, c'est celui du coût de notre système social, indépendamment des ficelles plus ou moins grosses qu'on emploie pour le financer.
Etatiser la protection sociale, c'est de l'anti-libéralisme pur.
Nous retombons sur les tabous français. Le système le moins mauvais à mes yeux est un système d'assurances (chomage, maladie, vieillesse) individualisé et donc privatisé avec un filet de protection collectiviste réduit au minimum.
C'est par exemple le système allemand d'assurance maladie.
Mais Sarkozy n'aura pas ce courage. Donc, nous continuons à accumuler les risques induits sur la société par l'Etat.
Le Cri du contribuable sur l'augmentation de la TVA
Jean-Pierre Chevallier : la TVA sociale est une Sarkonnery
Ce dernier article est simple et clair, mais il dit ce qu'il ne faut pas dire.
Plus largement, je m'interroge.
Discutant avec un collègue de ce que j'estime être de mauvaises décisions du gouvernement Sarkozy, je m'entendis répondre tout à trac : « J'aurais préféré que Ségolène Royal gagne, au moins nous aurions vraiment touché le fond et nous aurions pu ensuite faire de vraies réformes. »
Je n'aime pas la politique du pire, pourtant, il convient de constater que, effectivement, nous ne sommes pas encore arrivés au désastre qu'était la Grande-Bretagne quand Mme Thatcher a conquis le pouvoir.
Il est de plus en plus probable que Sarkozy va se révéler un Chirac bis, médiatique, agité,vélleitaire, mais ne réformant que cosmétiquement, reculant dès qu'il s'agit d'entrer « dans le dur ».
Le choc à envisager est, comme en Grande Bretagne, du même ordre que la sortie du communisme des pays de l'est. Totalement refaire le système éducatif et le système de recherche, réintégrer les banlieues dans la société demandera autant d'efforts que la réunification allemande.
Il y a les pays qui ont choisi la méthode graduelle, comme la Pologne, et qui traînent leurs difficultés, et les pays qui ont choisi la méthode rapide et décisive, comme la Lituanie, qui se portent aujourd'hui très bien.
La pierre de touche qui permet de juger les réformes en France est la diminution ou non de 20 à 30 % du nombre de fonctionnaires.
Tout le reste est un brouillard de mots.
vendredi, juin 15, 2007
La violence à l'école
Je suis persuadé du contraire : à savoir que la complexité n'est que la raison qu'on se donne pour baisser les bras.
Je ne nie pas certaines situations complexes mais le problème est en réalité simple dans son fondement.
Les enfants sont naturellement violents, hier comme aujourd'hui. Comme le disait un pédiatre, vous donneriez un revolver à un bébé, il tuerait pour avoir du lait.
C'est l'objet de l'éducation, de la civilisation, de la galanterie par exemple, de canaliser, de sociabiliser, cette violence.
Mais, pour cela, il y faut de l'autorité, grande malade de notre époque. Pourtant, les adultes sont légitimes à exercer l'autorité.
Une fois que l'on a compris cela, la panoplie des moyens est vaste, allant jusqu'à l'exclusion du fautif.
Or, que vois-je ? Lors d'un reportage de l'émission C dans l'air, l'interviewée, une enseignante, se fait bousculer par un élève, que croyez vous qu'elle fasse ? Elle éclate de rire en disant : « Vous voyez, c'est comme ça que ça se passe ici. »
J'en suis resté béat !
N'oublions pas que François Bayrou a gagné sa popularité en 2002 en filant une taloche méritée à un gosse qui lui faisait les poches. Incroyable exploit qui a stupéfait les journalistes et suscité commentaires et analyses pendant plusieurs jours.
On nous a expliqué en long, en large et en travers que l'homme traditionnel, qui a des poils, qui pue, qui fume des Gauloises, qui chasse la gueuse de 5 à 7 et qui flanque une trempe aux enfants désobéissants, c'était mal, pire- dépassé, démodé.
Maintenant, l'homme doit s'épiler, entretenir sa peau, se parfumer, être non fumeur militant, amoureux fidèle et transi, papa poule, attentionné, toujours patient. C'est-à-dire que, en gros, l'homme doit devenir une femme.
Mais voilà, l'homme viril, représentant l'autorité, quelquefois jusqu'à en être obtus, perdant aisément patience vis-àvis des enfants turbulents,avait peut-être son utilité sociale et éducative ? (1)
J'entends de plus en plus que les enfants ne supportent plus la moindre contrariété, la moindre frustration, le plus léger retard à l'assouvissement de leurs désirs. Est-ce vraiment sans rapport avec la négation du rôle autoritaire des pères ? Poser la question, c'est y répondre.
On m'a raconté l'histoire d'une mère qui se fait couramment gifler par son fils de 3 ans. Que fait elle dans ces cas là ? Une leçon de morale. Que fait le père ? Il rigole, comme d'une bonne blague, et joue avec l'enfant.
C'est grâce à de tels comportements que la civilisation fait un grand bond ... en arrière.
Après, on nous bassinera avec les crises d'adolescence et les « incivilités» (ie le vandalisme de jeunes voyous). Mais ne les a-ton pas préparées de très loin ?
Cependant, que raconté-je de nouveau ?
« Je trouve que noz plus grands vices prennent leur ply de nostre plus tendre enfance, et que nostre principal gouvernement est entre les mains des nourrices. C'est passetemps aux meres de veoir un enfant tordre le col à un poulet, et s'ésbatre à blesser un chien et un chat. Et tel pere est si sot, de prendre à bon augure d'une ame martiale, quand il voit son fils gourmer injurieusement un païsant, ou un laquay, qui ne se defend point : et à gentillesse, quand il le void affiner son compagnon par quelque malicieuse desloyauté, et tromperie. Ce sont pourtant les vrayes semences et racines de la cruauté, de la tyrannie, de la trahyson. Elles se germent là, et s'eslevent apres gaillardement, et profittent à force entre les mains de la coustume.
Et est une tres-dangereuse institution, d'excuser ces villaines inclinations, par la foiblesse de l'aage, et legereté du subject.
Premierement c'est nature qui parle ; de qui la voix est lors plus pure et plus naifve, qu'elle est plus gresle et plus neufve.
Secondement, la laideur de la piperie ne depend pas de la difference des escutz aux espingles : elle depend de soy. Je trouve bien plus juste de conclurre ainsi : Pourquoy ne tromperoit il aux escutz, puis qu'il trompe aux espingles ? que, comme ils font ; Ce n'est qu'aux espingles : il n'auroit garde de le faire aux escutz.
Il faut apprendre soigneusement aux enfants de haïr les vices de leur propre contexture, et leur en faut apprendre la naturelle difformité, à ce qu'ils les fuient non en leur action seulement, mais sur tout en leur coeur : que la pensee mesme leur en soit odieuse, quelque masque qu'ils portent. »
Montaigne, Essais, liv. I, chap. XXII, 1595
(1) : bien entendu, cette négation du père atteint son sommet avec ces histoires ridicules d'adoption par des couples homosexuels.
Modifié le 16/06
Créon, Antigone et Nicolas
Itv Elisabeth Borrel
Ces réflexions ne sont pas loin, sur un cas particulier, de révéler l'essence du libéralisme.
jeudi, juin 14, 2007
Une prétention bruyante et bavarde
Que fais-je d'autre, tenant ce blog, que de manifester cette prétention bruyante et bavarde ?
Notre temps est prompt à la leçon de morale, aussi superficielle qu'hypocrite.
Ainsi, un des problèmes fondamentaux de notre temps serait la mariage des couples homosexuels et l'adoption d'enfants par ceux-ci. On croit rêver !
Une époque qui appelle les enfants d'immigrés des « Français issus de la diversité » (ne sommes nous pas tous issus de la diversité d'un homme et d'une femme ?), un sourd « un malentendant », un coiffeur« un visagiste », un alcoolique « un éthlylodépendant », un chanteur populaire « un leader d'opinion » pour ne vous citer que les absurdités qui me viennent à l'esprit, ne peut être que prétentieuse, bruyante et bavarde
Bien évidemment, noyés dans cette soupe de mots mots insipides, nous en oublions les fondements de notre civilisation, la liberté et la responsabilité.
Nous serions choqués que l'Etat nous imposât la marque de notre voiture ou la couleur de notre téléphone, mais nous ne sommes pas émus le moins du monde qu'il dirige tout le système scolaire, qu'il décide ce qui doit être enseigné à nos enfants.
Etrange conception du monde !
Bien sûr, vous me direz qu'il y eut en 1984 de grandes manifestations pour sauver l'enseignement dit libre. Mais il avait fallu que le pouvoir pousse la volonté hégémonique jusqu'à l'absurde pour en arriver là.
Heureusement, il reste toujours le refuge intérieur et l'amitié de quelques livres. D'ailleurs, consciente de l'existence intolérable de ce dernier espace de liberté, l'école étatique entreprend d'éradiquer systématiquement, méticuleusement, tout goût de la lecture.
La technique la plus simple, mais remarquablement efficace, consiste à ne pas apprendre à lire aux élèves, puis, pour les rebelles qui auraient tout de même réussi à apprendre à lire, grâce à leurs parents par exemple (des bourgeois), à ne proposer que des ouvrages sans intérêt (littérature jeunesse, romans de gare, autobiographies de présentateurs de télévision, etc ...) de manière à les dégouter irrémédiablement de toute lecture.
Mais, bien évidemment, cet abêtissement, fidèle à son époque, s'accomplit dans la plus grande prétention, avec force bavardages, dans un grand bruit, on n'en finit plus « des observations réfléchies de la langue», « des apprenants», « des locuteurs», « des instanciations», « des égalités des chances», « des remédiations» etc ...
lundi, juin 11, 2007
Contre la proportionnelle
Depuis la maternelle, nous savons tous qu'une Constitution, sous quelque latitude que l'on se trouve, est une mécanique de précision. Sitôt sa première bouchée de Blédichef ou de tout produit correspondant, on apprend cela. Parvenus au seuil de la vieillesse qui était peut-être en l'occurrence l'antichambre de la sénilité, des responsables politiques influents ont oublié cette vérité première. Nous en constatons les dégâts ce matin. Une vague bleue aussi artificielle que dérangeante. L'UMP a été mesurée correctement au soir du premier tour de l'élection présidentielle. 31% des suffrages. Tout le reste n'est que démesure. Il faudra vivre avec.
La Constitution est une mécanique de précision. Il faudra le répéter à ceux qui pensent que la proportionnelle est une réponse au problème que nous constatons. Ceux là, comme ceux qui les ont précédés, racontent n'importe quoi.
Si une Constitution poursuit un objectif, c'est bien de permettre à un exécutif de gouverner. Organiser l'impuissance ne peut pas être tenu pour un but, même si l'on a vu par le passé, et si l'on constate encore aujourd'hui, que certains esprits se complaisent dans ce genre de raisonnement. Donc, la proportionnelle pour désigner une Assemblée dans un pays aussi divers que le notre ne peut pas être majoritaire, encore moins intégrale. Sinon, c'est le bazar assuré, la multiplication des partis, la dissolution des mœurs politiques, l'instabilité du gouvernement.
S'il s'agit d'en mettre environ 20%, alors les courants périphériques n'auront que des miettes puisque 95% des 20% seront captés par les partis dominants. La nature du problème demeurera, comme les insatisfactions qu'il provoque.
Remettre tout à plat alors, comme le suggèrent les apôtres de la VI° République, déjà contestés par ceux qui réfléchissent à la VII° ? Il faudrait solliciter des psychanalystes plutôt que des philosophes pour tenter de cerner les raisons qui amènent un pays à redessiner aussi souvent ses Institutions? Est-ce l'effet d'une relation malsaine au pouvoir? La poursuite chimérique d'un idéal politique? La marque d'une immaturité ou bien, tant qu'on y est, d'une nostalgie?
Les problèmes de la France s'accumulent. Les déficits, une tendance lourde à la désindustrialisation, un manque de compétitivité que traduit le déficit du commerce extérieur, tant d'autres choses qu'aucunes institutions ne pourront résoudre. Et pourtant, nous en revenons toujours là. Heureusement que nous sommes le peuple le plus intelligent de la terre.
Où en serions-nous, sinon ?
Ajout du 15/06, et maintenant, maître Eolas :
Pourquoi je ne voterai pas dimanche
dimanche, juin 10, 2007
Le cri ducontribuable : Sarkozy doit baisser massivement les dépenses publiques
La nécessaire baisse des dépenses publiques
J'en profite pour répondre à une objection, paraît-il qu'il ne faut pas "que j'oppose les gens". Hé bien si, je ne suis pas le Christ, mais il faut bien séparer le bon grain de l'ivraie. De plus, ce n'est pas les gens que j'oppose et que je critique, mais les institutions et les organisations.
L'argument consensuel, fusionniste, est l'arme du conservatisme : les oppositions, les privilèges existent réellement, s'interdire de les dénoncer, c'est s'assurer que rien ne bouge.
Réchauffisme : les paradoxes de l'effet de serre
Dans la controverse dont on ne sait si elle est idéologique ou scientifique autour de l’émission de CO2, laissons parler quelques statistiques. L’économie la plus polluante au monde, c’est la Russie, si l’on compare la quantité de CO2 émise avec la production nationale. Pour produire 1 000 $, la Russie émet 5 millions de m3 de CO2.
La Chine vient en second avec 3,1 millions. Tous les pays développés, des Etats-Unis à la France, se situent entre 0,3 et 0,7. La Russie et la Chine sont donc les deux pays qui gaspillent le plus d’énergie pour une production médiocre.
Pour la Chine, on savait. Le cas de la Russie est plus surprenant : la reprise économique russe, incontestable, opère toujours selon le modèle soviétique, en gaspillant le pétrole et le gaz, surabondants, sans innover dans les procédés industriels.
Une autre lecture des statistiques place évidemment les Etats-Unis au sommet de l’émission totale de CO2 (5,9 milliards de tonnes de CO2), suivis par la Chine, avec 4,7 et la Russie avec 1,6. La France est à 0,4. Mais la Chine, quatre fois plus peuplée que les Etats-Unis, produit quatre fois moins ; pareil pour la Russie, ce qui confirme l’inefficacité énergétique de ces deux puissances de modèle soviétique.
En clair, le capitalisme est plus parcimonieux en énergie en raison de l’économie de marché qui incite par les prix à sauvegarder l’énergie, de la démocratie et des ONG qui font également pression dans ce sens. Donc, pour réduire les gaz à effet de serre, la démocratie et l’économie de marché s’avéreraient plus efficaces que des quotas d’émission de CO2.
Exil fiscal : la parabole de la bière
Il était une fois… Dix hommes ont l'habitude de se retrouver au café. Chaque jour leur facture totale de bière atteint 100€.
S'ils payaient leurs bières comme ils paient leurs impôts, voilà ce qui se passerait : Les 4 hommes les plus pauvres ne paieraient rien, le 5ème paierait 1€, le 6ème 3€, le 7ème 7€, le 8ème 12€, le 9ème 18€ et le plus riche paierait 59€. C'est ce qu'ils décidèrent.
Au bout d'un moment, le cafetier déclara : "Comme vous venez tous les soirs, j'ai décidé de réduire votre facture de 20€. "Les bières ne vous coûteront donc plus désormais que 80€".
Afin de répercuter la ristourne le plus justement possible les 10 hommes décidèrent que dorénavant chacun paierait comme suit : Les 5 hommes les plus pauvres : rien, le 6ème paierait 2€ à la place de 3€ (réduction de 33%). Le 7ème paierait 5€ à la place de 7€ (réduction de 28%). Le 8ème paierait 9€ à la place de 12€ (réduction de 25%). Le 9ème paierait 14€ à la place de 18€ (réduction de 22%). Le plus riche paierait 49€ à la place de 59€ (réduction de 16%).
Cependant le 6ème homme déclara en montrant l'homme le plus riche: "J'économise seulement 1€ et lui 10€ !" Le 5ème homme renchérit : "C'est vrai, il économise 10 fois plus que moi ! Le 7ème renchérit à son tour : "Pourquoi aurait-il 10€ quand moi je n'en ai que 2 ?"
Le soir suivant l'homme le plus riche ne vint pas au café. Les 9 autres burent leurs bières sans lui. Au moment de payer ils se rendirent compte de quelque chose d'important : ils n'avaient pas assez d'argent pour payer la moitié de la facture...
samedi, juin 09, 2007
Margaret Thatcher : de l'épicerie à la chambre des Lords

FFF
Biographie de Margaret Thatcher par un Français.
Je mets en bleu les passages portant des leçons encore actuelles pour la France. Elles le sont presque toutes, mais j'ai fait un tri.
Né dans un milieu très croyant, elle en garda toute sa vie une morale très ferme : l'homme est libre et responsable. Toutes les formes d'irresponsabilité, dont l'assistanat, lui faisaient horreur.
Du fait d'être née dans une épicerie bourgeoise, elle a gardé la notion que le commerce est une chose utile et honorable (1), ou, comme écrivait Adam Smith, "le boulanger ne fait pas le pain pour faire plaisir à ses concitoyens, il le fait pour son profit, et pourtant, ce faisant, il leur rend service." Elle n'avait pas cette répulsion de nos élites pour le commerce, qui en fait un mal nécessaire, nécessaire mais mal tout de même.
Son passage comme ministre de l'éducation (hé oui), de 1970 à 1974, mérite qu'on s'y arrête. Il n'a pas donné beaucoup de résultats mais elle en a tiré d'importantes leçons pour l'avenir.
Jeune ministre, elle est peu soutenue par le gouvernement conservateur.
En effet, elle essaie de préserver l'élitisme des meilleurs établissements publics, qui l'ont formée, mais les dirigeants conservateurs, tous formés dans des écoles privées, s'en contrefoutent et font de la démagogie à bon compte en cédant à l'égalitarisme niveleur.
Cela me rappelle tous ces socialistes français de 2007 qui tempêtent contre toute sélection et tout élitisme, voire toute exigence, à l'école publique et mettent leurs enfants à l'école alsacienne.
Elle en profite pour bousculer le mammouth. Ses hauts fonctionnaires la piègent en lui présentant comme une mesure de saine économie de supprimer la distribution gratuite de lait dans les écoles, puisque celui-ci part pour les trois quarts à la poubelle. Aussitôt, une campagne médiatique la présente comme une affameuse d'enfants.
Elle en retiendra deux leçons :
> les hauts fonctionnaires ont leur propre programme et leurs propres objectifs (et les autres fonctionnaires, pas seulement hauts, également d'ailleurs). Il faut absolument ne leur accorder aucune confiance et ne pas prendre pour argent comptant leurs dossiers et leurs suggestions. Il faut toujours être en position de force dans la connaissance des dossiers vis-à-vis d'eux, ce qu'une Thatcher bourreau de travail arrivait à faire, ce qu'un ministre français cumulard n'a absolument pas le temps de faire.
Notamment, elle constate que les hauts fonctionnaires ont une technique très efficace pour arrêter les réformes qui leur déplaisent : ils ne s'opposent pas, ils disent au ministre ce qu'il veut entendre, mais multiplient les questions techniques détaillées, de manière à présenter une réforme simple comme un monstre de complexité qu'il vaut mieux abandonné. Si cela ne suffit plus, ils préconisent de préférence des mesures douloureuses, susceptibles de cristalliser les oppositions, de préférence à des mesures plus indolores, qu'ils gardent sous le coude.
> Tant qu'à subir des attaques, que ça soit sur des points essentiels et non accessoires.
Elle a eu quelques bonnes intuitions, sur le nivellement par le bas, sur les méthodes pédagogistes, sur les grands ensembles, mais, en politique avisée et soucieuse de sa carrière, elle a compris que, sans le soutien du premier ministre, elle n'arriverait à rien.
Elle est donc devenue un ministre comme les aiment les syndicats d'enseignants, bonne pour les profs, mauvaise pour l'éducation, privilégiant la quantité et les dépenses, à la qualité et au travail pédagogique. Elle a même été acclamée dans des congrès de profs.
Mais, jurant qu'on ne la reprendrait pas à agir contre ses convictions, elle en a conclu la nécessité d'avoir un gouvernement avec une politique claire et qu'une politique consensuelle est souvent aussi mal avisée que facile.
Enfin, lorsque le gouvernement Heath est tombé après avoir tout céder à ses adversaires suite à une grève de mineurs minoritaires mais très violents (situation qui n'est pas sans rappeler les grèves de 1995 en France), elle a décidé que, vraiment, ça ne rapportait rien aux conservateurs de céder aux socialistes.
Elle apprit une leçon décisive sur les élites : toujours prêtes à en découdre dans les discours, toujours prêtes à transiger dans l'épreuve (c'est un portrait de Chirac ?).
Il fallait aux tories un chef convaincu, prêt à se battre, et non à jouer les membres de club avec les travaillistes à la buvette du parlement.
Ce chef, évidemment, ce fut elle.
Un de ses cotés sympathiques est qu'elle remplaça petit à petit les vieux lords conservateurs qui se croyaient un talent inné à gouverner par des techniciens travailleurs.
Les premiers budgets qu'elle présenta, impôts indirects augmentés, impôts directs et dépenses publiques baissés, soulevèrent une tempête jusqu'à dans son propre camp. Les usines fermaient, chômage augmentait, c'était un drame, même si elle pensait probablement que les chômeurs, anesthésiés par l'assistanat, ne se battaient pas pour retrouver un emploi autant qu'ils auraient du. Mais elle tint bon, quasi seule contre tous, et y gagna un surnom TINA : "There is no alternative" et aussi, moins aimable, de TBW : That Bloody Woman (cette satanée bonne femme).
La Guerre des Malouines rendit la fierté à son peuple et à elle la popularité et le temps nécessaire aux réformes.
Mais voilà : elle avait raison, de 13 % en 1982, le chômage était de 5,8 % en 1990.
Pourtant, une pétition de 364 universitaires et anciens ministres expliquait en 1981 que cette politique ne pouvait pas marcher, qu'elle était dépourvue de base théorique et idiote, voire criminelle. Ceci ne fit que renforcer la méfiance de Maggie vis-à-vis des intellectuels.
Elle a eu la sagesse, contrairement à une légende française, de préserver l'assurance chômage et l'assurance maladie collectivistes, même si ce fut peut-être contre ses convictions morales.
Pour son célèbre bras de fer avec le syndicat des mineurs (un peu l'équivalent de notre SNCF), elle s'est préparée plusieurs années à l'avance, jusque dans les détails.
Elle a fait voter des lois qui n'avaient l'air de rien mais qui permettaient de mettre fin aux actions illégales des syndicats. Ella a veillé à ce qu'il y ait des stocks de charbon près des consommateurs et loin des mineurs, à ce que les dockers ne gênent pas l'importation de charbon par solidarité, etc ...
D'un point de vue plus anecdotique, mais bien révélateur de sa fibre morale, elle pouvait se montrer très dure avec les puissants, mais était toujours d'une grande attention vis-à-vis du personnel.
Elle avait demandé à ne pas avoir quelqu'un à son service en permanence, de manière à ne pas imposer à un employé ses horaires. Ainsi, elle préparait elle-même son petit-déjeuner et son dîner, ce qu'un préfet chez nous n'envisagerait pas. Cela explique peut-être que le 10 downing Street n'employait qu'une centaine de personnes tandis que Matignon en emploie cinq fois plus.
Il lui arrivait aussi de faire des oeufs (brouillés, sur le plat, ...) à ses ministres lors des réunions tardives.
La monarchie n'est pas du coté de la Manche que l'on croit.
Elle manquait d'humour, mais à propos de la gauche huppée, elle écrivit, ce qui irait si bien à nos bobos : "Ils avaient des remords d'avoir reçu trop d'argent et s'en guérissaient en payant des impôts."
Enfin concluons : elle a eu une de la chance (une guerre qui relance sa popularité, des oppositions caricaturales, etc ...) mais elle a su en profiter, saisir les bonnes occasions par les cheveux.
Elle a été aussi d'une patience et d'une ténacité admirables, n'hésitant pas à avaler des couleuvres quand elle ne se sentait pas en position de force quitte à vaincre d'un coup plus tard.
Elle ne fut pas en manque de courage, y compris physique vis-à-vis de l'IRA. Si elle sut ne pas céder au chantage (2), elle ouvrit aussi les négociations qui finirent par aboutir à la situation pacifiée actuelle (elle n'était pas que dureté, elle savait manoeuvrer).
Pour résumer, elle fut un chef de gouvernement exceptionnel.
Au fond, je suis d'accord avec les socialistes français : le blairisme n'est qu'une forme abatardie de thatcherisme. Pour eux, c'est une insulte ; pour moi, c'est un compliment.
Pas convaincus ? Le niveau de vie moyen des Anglais était de 30 % inférieur au nôtre en1978, il est aujourd'hui, plus élevé de 10 %. Bien sûr, tout le monde n'en a a pas profité également, les 10 % les plus pauvres en ont moins profité que les autres, mais 90 % de la population en a bien profité, c'est tout de même remarquable.
Que voulez vous ? Je préfère l'inégalité dans la prospérité à l'égalité dans la pauvreté. C'est un intéressant sujet de réflexion pour nos archéo-socialistes.
(1) : le fait d'être né dans une famille commerçante qui a su s'adapter sans rien demander à la collectivité, passant de la vente de charbon à la vente de fuel, de la vente de fuel aux déménagements et au transport de marchandises n'est probablement pas pour rien dans mon libéralisme.
(2) concernant la grève de la faim fatale de Bobby Sands : "Je fais mon devoir, on lui présente trois repas par jour." A noter qu'elle avait laissé à la famille de Bobby Sands la possibilité de demander l'alimentation forcée et que celle-ci ne l'a pas utilisée.
Le PS est une coquille vide
Le PS est une coquille vide
Cet article me semble mettre en exergue la formidable inertie des institutions politiques : en effet, tous les socialistes ne sont pas des imbéciles, même si, ces derniers temps, on a surtout entendu les cons (1) (le blog de Guy Birenbaum en est un bon exemple).
Pourtant, la mutation du PS semble toujours aussi éloignée.
Pour mémoire, le Labour anglais a passé 18 ans dans l'opposition durant les années Thatcher. A ce compte là, si on prend comme point de départ 2002, on a Sarkozy ou un de ses disciples jusqu'en 2020. Courage, camarades !
(1) : pourquoi les intellectuels (médiatiques ou universitaires) sont à la pointe de la connerie gauchiste (Sarko-danger-pour-la-démocratie est passé et il n'y a toujours pas de chars d'assaut sur la place de la Concorde, je m'étonne). ? Je crois que c'est parce qu'ils sont par métier irresponsables : un ingénieur qui fait des avions qui tombent, un avocat qui perd ses procès, ça se voit, il est soumis à l'épreuve des faits, il est responsable, obligé de se remettre en cause.
Un intellectuel qui raconte n'importe quoi, qui cela dérange ? D'où vient l'épreuve des faits ? Il suffit de savoir enrober les faits dans un joli discours avec un ruban autour et l'on a toujours raison, même si on a pu errer par le passé. Se renier à intervalle régulier est plutôt bénéfique pour l'image. Sartre a passé sa vie à vénérer des dictatures sanguinaires, les unes après les autres, ça a plutôt pas mal réussi à sa carrière.
jeudi, juin 07, 2007
PS : pendant le naufrage, la synthèse continue
Si elle réussissait, ça serait la pire chose qui pourrait arriver à ce vieux parti. Elle n'a ni le goût pour les jeux d'appareil ni le talent pour idées nécessaires pour mener à bien la rénovation de ce parti.
Or, une opposition saine est indispensable à la démocratie. Je suis donc inquiet.
Voici ce qu'en pense Nicolas Baverez
Trois obstacles se présentent devant cette refondation. D’abord, le carcan des conservatismes intellectuels et de la culture de la radicalité au sein de la gauche qui, toute à ses certitudes morales et historiques, a cessé de réfléchir à l’évolution du monde et de la France depuis plusieurs années, offrant une symétrie parfaite avec la congélation de la pensée politique à droite durant la période post-gaulliste. Ensuite, les pesanteurs sociologiques et électorales comme les structures des vieilles alliances qui compliquent tout rapprochement avec le centre. Enfin et surtout, la violence des affrontements pour le leadership.
À peine le résultat du second tour connu, Ségolène Royal a publiquement confirmé sa volonté de poursuivre sa conquête de la présidence de la République. Elle reste trop déterminée et trop forte dans l’opinion pour être contrée par les éléphants. Mais il n’est pas certain, en dépit des avancées qu’elle a réalisées au cours de sa campagne, qu’elle soit à même de conduire la rénovation du Parti socialiste et de la gauche. En raison de sa filiation mitterrandiste d’abord, qui accorde un primat absolu à la manœuvre politique sur les principes. En raison de son tropisme pour la communication et de son peu d’intérêt pour les débats théoriques ou les idées. À l’inverse, ses concurrents sont très loin pour l’heure de disposer de son charisme et d’une stratégie alternative crédible. C’est bien dans le divorce potentiel entre la capacité de leadership et la capacité de renouvellement intellectuel que réside actuellement le plus grand péril pour la gauche française.
Pour trancher ces dilemmes, deux expériences politiques européennes méritent d’être méditées. La première est celle du Labour sous Madame Thatcher, prisonnier d’une spirale déclinante où la dérive gauchiste et les échecs électoraux se confortaient mutuellement. La seconde est celle de la gauche italienne qui, écrasée par Silvio Berlusconi, a réussi à éviter l’enfermement dans la violence et la radicalité comme à compenser le manque de charisme de son leader, Romano Prodi, pour revenir au pouvoir avec un programme et une organisation rénovés. À l’image de la France dans son ensemble, la gauche doit désormais se convertir à la rupture et s’administrer une thérapie de choc.
Gouvernement Sarkozy mal parti (2ème épisode) : la réforme des universités
Autrement dit : on ne règle pas les deux problèmes essentiels, je dirais même existentiels, de l'université française : c'est gratuit et tout le monde peut y aller, ça veut dire que ça ne vaut rien.
Après, qu'on ne se s'étonne pas qu'une part importante des étudiants se comporte comme des touristes et qu'il y ait un taux d'échec hors du commun dans les premières années, où se fait la sélection qui aurait du se faire à l'entrée.
Pourquoi fait on en deux ans ce qui pourrait se faire en une semaine de concours ? Au nom de quoi fait-on perdre tout ce temps à tant de gens ?
Pas au nom d'une conception supérieure de l'homme et du savoir, non, pas du tout. On fait cela au nom d'un conservatisme mou mais très résistant, d'une idée reçue : en France, il y aurait un tabou sur la sélection à l'entrée de l'université.
Elle est belle, l'intelligence française !
lundi, juin 04, 2007
Pourquoi le Modem de Bayrou est condamné à n'être qu'un feu de paille
Mais, au fond, cet extrême-centre n'est qu'une version présentable du vote protestataire stérile qu'on retrouve à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite. Toujours la même façon de prendre les compromis pour des compromissions.
Heureusement, le Modem est doublement condamné à l'échec :
> par le mode de scrutin, qui induit, sagement, une bipolarisation éliminant les partis centristes. Tous ceux qui parlent d'introduire une dose de proportionnelle poursuivent d'autres buts que la bonne marche des institutions.
> par la nature de la politique. Gouverner, c'est choisir. Les illusions de "Ni droite, ni gauche" peuvent être séduisantes pour l'intellect mais elles n'ont aucune vertus politiques. On finit toujours par se retrouver pour ou contre le gouvernement, et par la force des choses, soit à droite, soit à gauche. Et c'est heureux, sinon on participe au mouvement qui consiste à faire prendre les vessies pour des lanternes.
dimanche, juin 03, 2007
Le strausskahnisme est fini avant d'avoir commencé

DSK m'est plutôt sympathique, mais il n'a aucun avenir politique (si tant est qu'une phrase aussi définitive ait un sens en France, pays des ressuscités politiques) :
> raison fondamentale : si la social-démocratie strausskhanienne est trop avancée pour le PS, parti dont l'archaïsme fait rire jusque dans les services de gériatrie, elle est totalement dépassée dans le monde actuel. C'est une politique des années 50.
> raison circonstancielle : ce brave DSK n'a pas montré un grand talent pour les jeux d'appareil, et on ne gagne pas une élection sans parti.
samedi, juin 02, 2007
La gauche la plus bête du monde (suite du feuilleton, hélas très long)
Pour une gauche girondine
Les ténèbres retombent :
La gauche et le jogging
Une indignation très sélective
La secte heureuse de la social-médiocratie
Un dernier point sur la gauche la plus bête du monde. Ca me chagrine sans vraiment me surprendre : les plus en pointe sont les intellectuels.
vendredi, juin 01, 2007
Un tabou quasi-insurmontable ?
Je ne vois vraiment pas en quoi : sélectionnés sur dossiers pour entrer en classes préparatoires, puis par concours pour entrer en écoles d'ingénieurs, mes camarades et moi avons toujours trouvé naturel que nous n'ayons pas tous les mêmes talents et les mêmes capacités en maths, en physique, en Anglais, en Français et que mesurer et utiliser ces différences de talents pour sélectionner à l'entrée d'écoles où nous ferions surtout des maths, de la physique, de l'Anglais et du Français était du pur bon sens.
Ce qui n'empêchait d'ailleurs pas qu'il y eut au sein d'une classe ou d'une promotion une hiérarchie des caractères qui ne recoupait pas la hiérarchie académique.
Et ainsi dans tous les domaines académiques : je ne comprends vraiment pas pourquoi je peux, sans entraves académiques, m'inscrire avec mon "bac"en faculté de droit, métier pour lequel je n'ai aucun appétit ni aucun talent.
Aurais-je même l'appétit, à quoi cela servirait-il si je n'ai pas les capacités ? A me faire perdre mon temps, mes illusions, et à gaspiller mon argent et celui de la collectivité ?
Alors je ne vois pas dans la sélection à l'entrée de l'université de tabou, mais une simple intelligence des choses de la vie.
Tout le reste est démagogie, mensonges et tromperie.
Remors : j'ai oublié de préciser une chose. Au fond, il y a, à mes yeux, dans ce combat pour l'interdiction de la sélection à l'entrée à l'université, la haine du savoir et de sa transmission qu'on retrouve sous d'autres formes dans le primaire et dans le secondaire. C'est compréhensible : ce combat est livré par les mêmes personnes.
jeudi, mai 31, 2007
L'alcool et le tabac
L'alcool et le tabac ont de nombreux points communs :> ce sont des des drogues
> leur action sur la santé est très nocive (évaluation : 45 000 morts par an en France pour l'alcool, hors accidents de la route, 60 000 morts pour le tabac)
> ils ont des effets d'accoutumance et de dépendance très forts.
> ils sont acceptés culturellement, en vente libre, et fortement taxés.
> ils font des victimes indirectes (tabagisme passif dans un cas, accidents et violences dans l'autre)
Pourtant, ces deux fléaux font l'objet de traitements par les pouvoirs publics très différents : le tabac est victime d'une stigmatisation, d'une guerre sans relâche, ce qui est très loin d'être le cas pour l'alcool.
mardi, mai 29, 2007
Le rail bien parti ?
Quand la SNCF découvre la concurrence
La SNCF découvre peu à peu, après avoir abusé de son monopole, les joies de la concurrence. Le marché du fret est déjà ouvert à la concurrence et des trains privés commencent à circuler, tandis que le marché voyageur va s’ouvrir bientôt : la SNCF devra vraiment apprendre à « nous faire aimer le train », par une politique qui prenne plus en compte les clients, au niveau du service comme à celui des prix, sans parler de la question des grèves que nous examinons par ailleurs.
Mais il y a un élément auquel la SNCF ne s’attendait pas du tout et qui l’a beaucoup surprise : c’est l’effet de la concurrence sur le personnel, sur les cheminots. Les nouveaux entrants, non contents de prendre des parts de marché à la SNCF, essaient aussi de lui prendre ses cheminots. En effet, jusqu’à la période récente, en raison de l’ancien monopole, aucune formation n’existait en dehors de la SNCF pour la conduite des trains. De plus, depuis le temps des machines à vapeur, les cheminots prennent leur retraite à 55 ans et même à 50 ans pour « les roulants », cela fait partie des avantages « acquis ». Et que font désormais ces jeunes retraités ? Ils vont travailler dans le secteur privé, pour conduire des trains privés !
Mieux encore, les nouvelles entreprises essaient maintenant d’attirer ceux qui sont encore en activité à la SNCF, leur permettant de mieux valoriser les compétences. De quoi rendre la SNCF furieuse, elle qui était habituée à son tranquille monopole. D’où sa réaction pour essayer de freiner le mouvement.
En effet, comme le raconte notre confrère Les Echos, qui publie cette information, ce sont les meilleurs qui s’en vont et qui permettent aux concurrents de la SNCF d’être plus compétitifs. Du coup, la SNCF, pour garder ses cheminots, va leur demander de s’engager à rester au moins cinq ans dans l’entreprise ou sinon de rembourser leur formation. Mieux encore, elle va chercher à se protéger du départ de ses cadres les plus expérimentés, dans le domaine des matériels, de l’infrastructure ou de l’ingénierie, en leur faisant signer une clause de non-concurrence d’une durée de un an. Mais il ne sera possible de les introduire que dans les contrats des nouveaux embauchés.
Tout cela n’est pas très fair play de la part de la SNCF, mais elle a été tellement habitué au doux cocon du monopole, qu’elle est toute surprise des rigueurs de la concurrence. Quand aux salariés, s’ils découvrent enfin que la concurrence leur est favorable, plus que le statut public, ils devraient s’intéresser moins aux discours de la CGT ou de Sud-rail…
Le PS est décidément mal parti
Entretien JMA Delanöe
A voir que le gouvernement est plutôt mal parti (message précédent) et que le PS part en eau de boudin, il y a de quoi s'inquiéter.
Le gouvernement Sarkozy mal parti ?
Cela se traduisait pour l'une par un grand vide parfumé de quelques pincées de maternage étatique, le vent avait une odeur de rose, pour l'autre par des déclarations aussi tranchantes que contradictoires.
Je rappelle brièvement mon analyse :
> La France souffre d'un problème d'offre, c'est-à-dire principalement d'investissement et d'organisation de l'économie, et non d'un problème de demande, c'est-à-dire de pouvoir d'achat.
C'est pourquoi toute augmentation de la consommation fait le bonheur des importateurs de produits asiatiques et non de l'industrie française.
> L'Etat est le principal boulet de la France, et le principal facteur de risques. Son fonctionnement et la rigidité qu'il fait peser sur l'économie marchande expliquent pour une grande part, mais pas totalement, le problème d'offre mentionné ci-dessus.
> La réduction des déficits est un levier politique d'amélioration de la productivité de l'Etat. Si l'Etat était aussi productif que le privé, la dette ne serait pas un problème puisqu'on aurait face une infrastructure ou un service de même valeur.
La dette n'est un problème que parce qu'on n'en a pas pour notre argent, parce que, quand on met 1 € dans l'Etat, on obtient un service qui vaudrait 0,75 € si il était rendu efficacement (si on allait jusqu'au bout du raisonnement, il faudrait que 1 € mis dans l'Etat génère un service valant 1,04 € pour payer les intérêts d'emprunt) (1).
Les deux priorités qui en découlent sont :
> Réduction de tous les impôts, entraves, règlements qui pèsent sur l'investissements et les profits.
> réorganisation de l'Etat dans le but de gains de productivité et, par la même occasion, de plus de justice (le Portugal réduit les effectifs publics de 25 % cette année avec un objectif à 40 % et en profite pour passer les fonctionnaires en contrats de droit privé).
Voilà schématiquement comment je perçois la situation.
Or, que fait le gouvernement Fillon depuis qu'il est nommé ?
D'une part, il fait tout un barnum autour des heures supplémentaires et de la réduction des impôts des particuliers, c'est à dire une politique de la demande, très peu payante électoralement (2) et totalement néfaste économiquement.
D'autre part, il suggère d'enterrer le combat contre les déficits, ce qui ne me gênerait pas si ce n'était à mes yeux le signe annociateur d'un enterrement en catimini de la réforme radicale de l'Etat, dont la France a besoin.
Bref, les augures ne sont pas bons.
S'agissant de la suppression de la carte scolaire, on en est au même recul : la suppression devient ajournement.
Tous ceux qui jouaient à se faire peur avec Sarkozy, les profiteurs du système, les abrités (3), les subventionnés, les fonctionnaires, les retraités "spéciaux" et tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change parce qu'ils ne sont pas si mal dans la France d'aujourd'hui (4) avaient bien tort.
Pendant la campagne électorale, la question se posait de savoir si Sarkozy ferait la politique de Chirac ou celle de Thatcher.
Comme je l'ai déjà dit, on pourra commencer à porter un jugement en septembre 2007, mais, tout de même, les premiers signes n'encouragent pas à l'optimisme.
Je suis en train de lire une biographie fort intéressante de Margaret Thatcher. Elle n'avait pas la brutalité qu'on lui caricaturalement attribué en France, mais elle savait ce qu'elle voulait, elle avait une analyse de la situation très nette.
On a du mal à savoir ce que le nouveau président veut. A l'aune de Clémenceau : "La politique, c'est savoir ce que l'on veut, dire ce que l'on veut et faire ce que l'on dit.", Sarkozy pose problème.
J'ai bien peur que la France ne reste le pays où les tabous (5) protègent les statuts privilégiés.
En tous les cas, nous sommes à des kilomètres des réformes fondamentales qui ont réussi ailleurs.
"Ce n'est parce que c'est difficile que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que c'est difficile." (Sénèque)
(1) : je dis tout cela de manière rapide, je sais qu'il est difficile de chiffrer ce que valent exactement les services étatiques.
(2) : tous les gouvernements précédents depuis vingt ans ont fait peu ou prou une politique de la demande, ce qui ne les a pas empêché d'être systématiquement battus.
(3) : pour l'anecdote, je fais partie des abrités. Mais je ne pense pas qu'à moi !
(4) : et tant pis pour les pauvres si le niveau de vie moyen pourrait être d'un bon tiers plus élevé avec des réformes libérales (je ne sors pas ce chiffre d'un chapeau, mais des exemples canadiens, suédois, kiwis, grands-bretons etc ...).
(5) : exemple : pourquoi ne peut-on licencier un fonctionnaire pour raison économique ? "Monsieur, nous sommes désolés, votre poste va disparaître et nous n'avons pas de place pour vous ailleurs."
lundi, mai 28, 2007
Petit exemple de malhonnêteté médiatique
Ce court article Le changement climatique loin de nos medias se moque de cette tendance en recensant un certain nombre d'épisodes exceptionnellement froids qui ont eu lieu cette année et qui n'ont donné naissance à aucun article dans les grands journaux.
Disons le tout net : dans un domaine de tant de variabilité et de tant de dispersion que la climatologie, la propension de nos medias à voir dans tout épisode chaud une confirmation d'un réchauffement climatique global (si cette expression a un sens) est parfaitement idiote.
Mais l'inverse est également vrai : ce n'est pas une recension de froids qui permet de conclure à l'absence de réchauffement global .
Je vois un certain nombre d'explications, d'ailleurs complémentaires :
> les journalistes sont paresseux
> les journalistes sont manipulateurs
> les journalistes sont moutonniers
Au cours d'une discussion avec un ami travaillant dans un domaine totalement différent du mien, constatant à quel point la presse généraliste rend très mal compte de nos spécialités respectives, nous en sommes venus à la question : « Mais, enfin, qu'apprennent-ils dans les écoles de journalisme ?»
Leur monte-t-on la tête sur le fameux 4ème pouvoir ? Cela expliquerait au moins le coté manipulateur.
Quelquefois, le simple bon sens devrait suffire à éviter les bourdes les plus grossières. Mais il y a parfois de parfaites malhonnêtetés, c'est après en avoir relevées un certain nombre dans le journal Le Monde que j'ai cessé de l'acheter.
Sur ce blog, il m'arrive aussi de déraper, mais je sais qu'un commentateur me reprendra, d'ailleurs il y en a qui me reprennent même quand je ne dérape pas.
Mais si je devais publier dans un journal, je tournerais sept fois mon doigt sur le clavier, je serais plus prudent, plus travailleur, je recouperais mes sources, bref j'essaierais d'en faire un métier.
JMA sur le jour férié travaillé de la Pentecôte
Voici un extrait du blog de JM Aphatie :
Xavier Bertrand, ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité, était l'invité de RTL, ce matin, à 7h50.
Nous sommes le lundi 28 juin, jour de la Pentecôte. Selon la dénomination officielle, ce jour de Pentecôte, lundi de Pentecôte, est un jour férié travaillé. Admirable créativité de la machinerie française! Un jour férié travaillé. Cela existe-t-il dans un autre pays au monde? Ou bien sommes nous les seuls, encore une fois, à bénéficier de ces jours sublimes qui disent le raffinement de notre civilisation?
Un jour férié travaillé. Que l'appellation est belle. Bientôt, grâce aux progrès conceptuels que la France réalise jour après jour depuis la nuit des temps devant la stupéfaction admirative des pays qui ne nous arrivent pas à la cheville, ni aux genoux, nous dirons dans la rue: "Vois-tu cet homme grand petit?" Ou encore: "Dis bonjour à la dame blonde brune." Ou encore: "Cet homme droite gauche s'appelle François Bayrou." Ou encore: "Il fait nuit jour, je vais me coucher."
Jour férié travaillé. Pourquoi donc avons-nous inventé cette merveille? Officiellement, pour venir en aide aux personnes âgées et dépendantes. La canicule 2003, qui fut mortelle pour 15.000 personnes, démontra l'obsolescence du système sanitaire français. Ni le budget, plombé par les déficits, ni la fiscalité, déjà trop forte, ne pouvaient aider à résoudre le problème. Alors, sur une idée originale et originelle d'Alain Juppé, la politique française inventa ce jour férié travaillé, qui n'est pas autre chose, en réalité que la tentative manquée de déclassement du lundi de Pentecôte, la tentative de départ étant de mettre tout le monde au travail un jour supplémentaire, de prélever ainsi sur la richesse produite une taxe devant servir à alimenter un fonds spécial pour remettre maisons de retraites et hôpitaux au niveau suffisant pour pouvoir assumer les conséquences sanitaires du vieillissement de la population. Les difficultés furent telles, notamment dans l'administration, qu'après trois ans de pratique, le lundi de Pentecôte est devenu un immense bazar qui voit la SNCF rouler en service réduit, les écoles refuser les élèves, les grandes entreprises accorder des jours de RTT, la palme du grotesque revenant aux entreprises de transports routiers qui doivent travailler mais qui ne peuvent pas mettre les camions sur les routes au motif qu'il faut préserver la sécurité des usagers qui font le pont.
Où donc, dans quel autre pays, la civilisation a-t-elle atteint un tel raffinement?
J'ai posé une dernière question sur Hervé Morin, ministre de la Défense, sur les cinq membres de sa famille, son attaché de presse, sa secrétaire et son chauffeur, qui se présentent tous aux élections législatives. Mon but, en réitérant cette question aujourd'hui, après l'avoir déjà posé vendredi, est de souligner la conscience civique de notre ministre de la Défense qui n'hésite pas à mobiliser famille et connaissance pour la réussite de ces élections législatives.
Est-ce cela la rupture que l'on nous a promise? Peut-être. En tout cas, à ma connaissance, avant Hervé Morin, aucun ministre de la défense n'avait porté à ce point culminant d'incandescence fériée travaillée l'idéal démocratique de la République travaillée fériée française.
vendredi, mai 25, 2007
Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet
Publié par Le Figaro le 19 mai 2007
Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP.
Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.
Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.
Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.
Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire.
mardi, mai 22, 2007
Question sur le cumul des mandats
Pourquoi les politiciens des autres pays démocratiques ne cumulent-ils pas les mandats et pourquoi les nôtres le font-ils ?
Je ne trouve pas de réponse qui me satisfasse.
Votre avis ?
Pierre-Gilles de Gennes est mort
PARIS, 22 mai (Reuters) - Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991, est décédé vendredi 18 mai à Orsay, dans l'Essonne, a-t-on appris mardi auprès de la municipalité.
Considéré comme un chercheur hors normes, Pierre-Gilles de Gennes, 74 ans, avait été distingué par l'académie Nobel pour ses travaux sur les cristaux liquides et les polymères, un prix couronnant trente années de recherches.
De Gennes s'est appliqué à réunir dans une même équipe des gens, expérimentateurs et théoriciens, de plusieurs disciplines différentes. Leurs travaux ont souvent donné naissance à de multiples applications industrielles, comme les écrans cristaux liquides.
Par son enseignement et ses fréquentes visites dans les établissements scolaires, Pierre-Gilles de Gennes s'était efforcé de populariser la physique et plus généralement les sciences auprès de la population française [hélas, peut-être pas avec une grande réussite].
Une fois "nobélisé", il avait entrepris pendant 18 mois la tournée de 150 établissements scolaires, rencontrant des milliers de lycéens.
Dans les colonnes du Monde, le chercheur avait publié un virulent plaidoyer pour une rénovation de l'enseignement.
Il y expliquait qu'un "élément important de la formation à 15 ans consiste à travailler dans un garage pour y apprendre de la mécanique mais aussi les rapports humains". [Entièrement d'accord : la mécanique est suffisamment simple et concrète pour ne pas rebuter, et c'est jouissif d'être autorisé à se salir, et suffisamment complexe pour être instructive. Quant aux rapports humains, ce n'est évidemment pas à l'école qu'on en apprend toute la palette, quoique la fréquentation des classiques y aide, mais les classiques, de nos jours, sont négligés par l'école.]
Aux enseignants, "très mal informés de la vie moderne", il conseillait de passer six mois ou un an en entreprise. [Je croyais que ce genre de propos faisait de moi un réactionnaire obsessionnel ne connaissant au merveilleux corps enseignant, au moins, nous voilà deux !]
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, a salué la mémoire d'"une figure de proue qui aura marqué la science française" et "un humaniste militant".
"Pionnier de ce qu'il appelait lui-même la physico-chimie de la matière molle, Pierre-Gilles de Gennes a marqué des générations de chercheurs et d'étudiants", dit un communiqué.
"Au-delà de la recherche, la transmission de la connaissance était au coeur de son engagement, ajoute la ministre. "Avocat passionné de la science jusqu'au dernier jour, Pierre-Gilles de Gennes a plaidé sans relâche la cause de la science auprès des jeunes."
lundi, mai 21, 2007
Premier mauvais point pour Sarkozy
Je pense que le cumul des mandats est une tare gravissime de notre système.
Je vous avais dit que j'étais d'accord avec ce Canadien déclarant que, à l'exemple de JF Coppé, maire de Meaux, député, conseiller général, ministre, porte-parole du gouvernement, nos ministres n'étaient pas des professionnels se consacrant à leur tâche mais plutôt des amateurs cumulant les hobbies.
Cette prétention de nos ministres à être des surhommes, dotés d'ubiquité et indispensables partout est proprement ridicule.
Voilà un domaine où, hélas, trois fois, hélas, il n'y aura pas de rupture sarkozienne. Aujourd'hui, en plein état de grâce, cela passe quasi inaperçu, cela n'enlève rien au coté dommageable de l'affaire.
Devenez boucher
Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne et auteur de Jeunes, on vous ment ! parle de cette affiche chez son boucher de la rue Monge.
Le texte en est d'une simplicité biblique : "Devenez boucher, études payées, pas de chômage".
Je ne dis pas que tous les jeunes Français doivent devenir bouchers, mais, enfin, on vit dans un paradoxe infernal : la France a un taux relativement bas d'étudiants supérieurs qui achèvent correctement leurs études et les métiers manuels et artisanaux sont délaissés.
Autrement dit, il y a des palanqués d'étudiants ratés qui se retrouvent sur le carreau, certains pouvaient devenir fonctionnaires surqualifiés dans des emplois subalternes, mais la porte se ferme.
Si quelques uns de ceux qui glandouillent à la Sorbonne, à Assas, à Nanterre ou ailleurs pour profiter des avantages sociaux du statut d'étudiant se lançaient dans la boucherie, ils y trouveraient le moyen de remplir une tâche utile et en plus de libérer de la place et des moyens pour ceux qui ont vraiment une vocation et des capacités aux études supérieures.
J'entends certains proclamer "bac + X" comme un titre de gloire, et alors ? Mieux vaut avoir "bac-X" dans un métier qui marche avec l'espoir réaliste d'être un jour son propre patron que "bac + X" au chômage dans une filière sans avenir.
Je m'exprime peut-être durement, mais comme JR Pitte, je trouve qu'on a trop menti, et qu'il convient de rappeler certaines vérités.
dimanche, mai 20, 2007
Marie-Madeleine Fourcade, un chef de la Résistance (M. Cointet)
FFFFCet ouvrage était évoqué par la NRH pour rappeler que la Résistance n'était en rien, vraiment en rien, l'exclusivité de la gauche.
Cependant, c'est une biographie qui n'a absolument aucune vocation polémique, écrite par une proche mais sans complaisances .
Marie-Madeleine Méric (Fourcade est son nom de remariage d'après-guerre), ravissante jeune femme de 33 ans, mère de famille, issue des milieux d'extrême-droite, se retrouve chef du réseau d'espionnage Alliance après l'arrestation de Georges Loustaunau-Lacau dont elle était l'adjointe.
On y retrouve, comme dans la biographie de Lucie Aubrac, la difficulté d'être mère et de vivre dans la clandestinité.
Le cas de Marie-Madeleine Fourcade est d'autant plus remarquable qu'elle se révéla en pratique douée pour la fonction de chef de réseau. Pourtant, elle n'eut pas l'honneur d'être faite compagnon de la Libération, misogynie de l'époque ?
En tous les cas, un livre passionnant à lire.
Le mémorial d'Alliance est disponible sur internet. Il y a notamment le discours d'hommage racontant la vie dans la clandestinité.
Ajout du 21/05 : dans ma distraction, j'ai oublié de vous signaler un point important, qui est la seule véritable allusion de cette biographie à la France contemporaine.
Dans la conclusion, l'auteur nous rappelle, suivant les mots de Lucie Aubrac, que la Résistance, dont Alliance, a témoigné de l'extraordinaire vitalité de la société française, notamment de la classe moyenne, qui fut souvent négligée par l'historiographie (on devine là une allusion au mythe de la Résistance propriété de la gauche). Marie-Madeleine Fourcade qui, pour bien les connaître, se méfiait des politiciens et des généraux, de la politique en général, s'est appuyée en toute confiance sur des Français courants.
Malicieusement, Michèle Cointet conclut que la France de Marie-Madeleine Fourcade n'est pas la France qui tombe.
Ces mots de la fin ne peuvent que faire chaud au coeur au libéral que je suis : si je crois, comme N. Baverez, que l'Etat est un boulet pour la France, je sais aussi qu'il y a dans le pays des ressources qui ne demandent qu'à être libérées. Il n'y a de richesses que d'hommes.
Irina Palm
La femme fatale

FF
Ségolène Royal a tenté de faire interdire ce livre sous prétexte d'atteinte à la vie privée.
La façon qu'elle a eu de demander à ses enfants de choisir entre elle et leur père n'est pas très glorieuse.
En fait, le plus gênant pour elle est ailleurs : son caractère exécrable (1) et la désorganisation de sa campagne, ou, plus exactement, l'erreur d'organisation : l'équipe de campagne ressemblait plus à une équipe publicitaire (2) qu'à une équipe politique.
On comprend que Sarkozy, avec son équipe organisée comme une machine de guerre, ne pouvait rêver meilleur adversaire, et qu'il fera ce qu'il peut pour qu'elle lui soit opposée en 2012, car certains traits fondamentaux de SR rendent son élection très difficile : le mysticisme ("Je suis habitée" dit-elle), la défiance vis-à-vis du PS, le mépris des compromis, la croyance au primat de l'image sur la politique, l'incapacité à mener un travail d'équipe, le peu de goût pour l'approfondissement des dossiers et des idées ...
Elle peut changer sur tous ces points, mais ce n'est pas le plus probable.
Deux points subalternes : il se confirme que Julien Dray, que je n'ai jamais aimé,
est un néfaste, un fouteur de merde, le genre d'amis qu'il vaut mieux ne pas avoir avec soi. SR et son équipe ont fait pression sur les journalistes pour empêcher certains articles, faire muter certains journalistes, les pressions sur la presse ne sont pas une exclusivité sarkozienne.
(1) : elle est rancunière, or, c'est un défaut très grave en politique, car les adversaires d'aujourd'hui peuvent être les alliés de demain.
(2) : son équipe a paru par moments "gentillette", naïve et à d 'autres moments exagérément agressive, parce qu'il lui manquait une direction politique permettant de trier les priorités et les messages.
vendredi, mai 18, 2007
Maître Eolas nous parle du nouveau gouvernement
Voici quelques avis sur la politique récente :
Un gouvernement de prix
Grotesque François Hollande
Brèves considérations sur notre nouveau gouvernement
La gauche en perte d'hégémonie idéologique
La gauche a durablement perdu son hégémonie idéologique [Je n'en suis pas sûr : nombreux sont les Français qui continuent à considérer que l'argent public n'est pris nulle part et que celui-ci se répand sur l'économie comme une pluie bienfaisante]. La victoire de Nicolas Sarkozy met en lumière la déconnexion de ses gourous. Tel Emmanuel Todd, par exemple, qui assurait à la vieille du premier tour ( L’Humanité, 5 avril) que le candidat avait « assez peu de chance d’y faire un gros score » [E. T. est pour moi une des plus grosses déceptions de ces dernières années : de jeune démographe prometteur, il est devenu un vieux con pontifiant de la gauche auto-satisfaite et donneuse de leçons]. Désemparées, les bonnes consciences en sont à suggérer que les Français sont devenus idiots. C’est à peu près ce que soutient ce membre du Conseil scientifique d’Attac ( Libération, mardi), Susan George, en constatant : « Ainsi, en France, en 2007, l’on peut faire voter les gens contre leurs intérêts ». [C'est toute la beauté de la démocratie : les illuminés qui croient qu'ils ont raison contre la majorité doivent soit convaincre et devenir une majorité soit changer d'idées soit, enfin, renoncer au pouvoir.]
Public-Privé : j'avoue, j'ai tort
Mais les avenirs sont différents. « Lorsque vous avez un siège et un traitement qui vous attend au Conseil d’État, vous n’êtes pas à plaindre, explique un haut fonctionnaire, bien sûr vous perdez les primes de cabinet, qui peuvent représenter une plus-value de 30 % à 40 %, mais vous n’êtes pas chômeur. »
Les anciens salariés du privé ne perçoivent aucune indemnité. Pour eux, c’est l’incertitude, et parfois l’angoisse de se retrouver au chômage. Il n’y a guère que le ministre, son directeur de cabinet et l’adjoint de ce dernier qui reçoivent un salaire pendant six mois. « C’est très dur, raconte un conseiller technique de Philippe Bas à la Santé, l’administration vous réclame même le remboursement d’une partie du dernier salaire. Après, on se demande pourquoi la société civile ne s’engage pas plus en politique ! »
Lisant cela, j'ai compris : la sur-représentation des fonctionnaires en politique, qu'on peut exprimer aussi en disant qu'il y a une sous-représentation des 80 % de Français qui ne sont pas fonctionnaires, n'est pas le simple fruit comme je le pensais à tort de la stratification de règlements divers, mais une stratégie délibérée, sous couvert de règlements, visant à traiter tous les non-fonctionnaires comme des intrus en politique, il faut rester entre soi, c'est-à-dire, entre fonctionnaires.
jeudi, mai 17, 2007
La cérémonie du sacre de nos rois et la fête de la Fédération
Je ressens la même impression pénible à entendre certains, de gauche bien évidemment, nous expliquer que le discours de Nicolas Sarkozy au bois de Boulogne est une «intolérable récupération» de la Résistance.
Ces gens-là se sont-ils laissés prendre par leurs propres mensonges ? A force de hurler «Sarko facho» et de diffuser le Chant des Partisans à fond de sono à la moindre manifestation d'un groupuscule gauchiste, ont-ils fini par croire que le nouveau président est réellement un fasciste et que la Résistance appartient exclusivement à la gauche ?
Remettons les choses en place, la Résistance est à tout le monde et transcende les partis politiques.
Honoré d'Estienne d'Orves, Henri Frenay, le colonel Rémy, Passy et tant d'autres n'étaient certainement pas de gauche, c'est le moins qu'on puisse dire. Est-il besoin d'insister ?
Le choix du bois de Boulogne est particulièrement bienvenu puisque de jeunes communistes et de jeunes chrétiens y sont morts côte à côte.
Quant à la lettre de Guy Moquet, elle ne contient pas un mot de politique.
Qu'on ait voté pour lui ou non, le président de la République est légitime de parler au nom de tous les Français, surtout dans un domaine, qui, quoi que semblent en penser les critiques que j'évoque, fait partie de l'histoire nationale, et pas seulement de l'histoire d'un parti.
Je suis peiné de devoir rappeler ces évidences.
Seul bémol : la demande, qui est un ordre, du Président de la République de lire le lettre de Guy Moquet chaque année dans les écoles me drange. Non que le geste me choque, mais le fait qu'il s'impose. C'est un effet naturel de l'étatisation de l'enseignement, dont vous savez tout le mal que j'en pense, et c'est un autre sujet.
mercredi, mai 16, 2007
Supprimons le ministère de la culture
Marc Fumaroli, dans L'Etat culturel, une religion moderne, a suffisamment décrit les maux de l'immiction de l'Etat dans les affaires culturelles pour qu'il soit utile d'y revenir (le compte-rendu de ce livre sur Catallaxia est extrait du blog de votre serviteur mais je n'ai pas réussi à le retrouver. Bien sûr, il s'agit d'une traîtrise des outils informatiques et non d'une mienne défaillance !).
Résumons en disant que le ministère de la culture, c'est cher payer une entreprise de stérilisation de la culture par le moyen la croissance démesurée de la mauvaise herbe des chasseurs de subventions.
L'idée de Marc Fumaroli est que la seule chose que l'Etat puisse et doive faire pour la culture
s'est d'assurer la meilleure éducation possible, afin de préserver le public de lettrés et de gens de goût qui est le terreau de la culture.
Vous retrouvez là l'heureuse idée de Nicolas Sarkozy (fasciste, forcément fasciste) de fusionner ministère de l'éducation et ministère de la culture, avec, je l'espère, disparition du second à la clé.
Bien sûr, d'hypocrites vampires d'argent public viendront nous expliquer, la colère dans la voix et les larmes aux yeux (ils sont comédiens par profession), que fermer le ministère de la culture, c'est tuer la culture en France et que, bien entendu, sempiternelle ritournelle des prébendiers étatiques, ils ne luttent pas pour eux-mêmes afin de conserver leur gagne-pain subventionné mais pour la grande cause de la culture, pardon, de la Culture.
Allons, vous saurez quoi en penser.
mardi, mai 15, 2007
Supprimons le statut de la fonction publique
Passons les fonctionnaires sous contrat de droit privé. Voilà d'un coup un bon paquet d'injustices supprimées (sécurité de l'emploi, retraites, salaires, avancement, facilités diverses ...).
Cela s'est fait dans la plupart des pays d'Europe.
J'entendais ce matin un journaliste suédois se dire scandalisé par le statut de la fonction publique en France. Et d'expliquer que parler de justice sociale est hypocrite quand une partie de la population a plus de droits que les autres.
Il n'a pas prononcé le mot "immoral", mais je l'écris car c'était clair dans son propos. Il estimait sans ambiguïté que cette bizarrerie française qu'est le statut de la fonction publique n'était pas à notre honneur.
C'est tout juste s'il ne nous a pas accusé d'avoir un seuil de tolérance aux injustices très très haut ; en prenant justement l'exemple du statut de la fonction publique. N'étant pas étranger, je peux me permettre d'être plus affirmatif : nous avons un seuil de tolérance aux injustices, pourvu qu'elles viennent de l'Etat, beaucoup trop haut. Certains en accusent Louis XIV, je ne sais.
Malheureusement, la suppression du statut de la fonction publique n'étant pas dans le programme du fasciste Sarkozy, ce n'est pas la peine d'y compter.
lundi, mai 14, 2007
Le PS n'est pas sorti de l'auberge
Toujours rien compris à la défaite. Il faut dire que Ségolène Royal qui essaie, dans le plus pur style confusioniste, de faire passer la défaite pour une victoire, ça n'aide pas.
Le problème, c'est qu'il y a une vie au-delà des "sympathisants du PS", il y a même des électeurs, et ceux-là, ils n'ont pas la foi royaliste qui sauve, on ne leur fait pas prendre des vessies pour des lanternes.
Extrait des Echos :
"Incapable de suppléer sur son centre à la déroute de sa gauche, [le PS] se dirige vers une contraction de ses performances électorales. Encombré d'une ex-candidate qui s'acharne à faire passer sa défaite pour une victoire, il semble bien destiné, bon gré mal gré, à ne pas pouvoir contourner sa championne. L'hommage émouvant que lui a rendu le nouvel élu à l'Elysée au soir de sa victoire montre d'ailleurs qu'il l'escompte bien lui-même. En ayant pris la mesure, il l'affronterait à nouveau sans déplaisir..."
Bref, Sarko jusqu'en 2017.
dimanche, mai 13, 2007
La crise des années 30 est devant nous (F. Lenglet)

FFF
Petit livre terrifiant : l'auteur y dresse, à coup de citations frappantes, un parallèle entre notre époque et les années 30 qui ne peut qu'inquiéter.
Examinons la chose dans l'ordre des chapitres :
1) Retournements
a) La finance : comme le dit l'adage boursier, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Déjà dans les années 20, il y a eu des théories sur la "nouvelle économie" expliquant que les krachs étaient choses du passé. On sait ce qu'il en est advenu.
On peut d'ailleurs noter qu'internet est bien moins révolutionnaire que ne le furent en leur temps le chemin de fer et le télégraphe.
Il est certain qu'il va y avoir un krach boursier, je suis d'accord avec Lenglet, nous sommes entre deux krachs boursiers, et un krach immobilier.
Le tout est de savoir quelles en seront les conséquences. Or, même si celui de l'an 2000 n'était pas le "vrai" krach, l'économie a plutôt bien résisté.
Le problème actuel est que les risques financiers sont très répartis et, en grande partie, inconnus. Cela rend le système économique résistant, mais, si il cesse de résister, la crise risque d'être très profonde.
b) L'Europe : elle se désagrège à grande vitesse et peu d'espoir est permis de ce coté.
c) La géopolitique : le risque d'une guerre mondiale partant d'Asie est très important. De tous les risques recensés par cet ouvrage, celui-ci me paraît aussi probable que le krach. La France est devenue tellement provinciale que l'Asie ne l'intéresse que dans la mesure où elle est directement concernée. Pour elle, l'Asie, c'est les T-shirts à 1 € et les lecteurs de DVD à pas beaucoup plus.
Pourtant, c'est aussi une région en proie à une course aux armements débridée, aux nationalismes pas du tout apaisés et aux rancoeurs tenaces.
Je parierais bien que quelques temps (années ? Mois ?) après l'euphorie éphémère des JO de Pékin, la question taïwanaise redeviendra brûlante, avec une guerre pas du tout froide en perspective.
Taiwan risque d'être notre Dantzig.
2) Régressions françaises :
a) Elites en crise : comme dans les années 30, le peuple a les élites politiques et économiques qu'il mérite. Certaines pages de Marc Bloch ou de Bertrand de Jouvenel sont d'une actualité inquiétante.
Les élites économiques renient de plus en plus souvent leur patrie (par exemple, Franck Riboud a déclaré que la question de la nationalité de Danone n'était plus pertinente).
Quant aux élites politiques, le moins que l'on puisse dire est qu'elles n'éclairent pas la voie.
b) Le populisme : le populisme consiste à dire que le peuple, le "pays réel", sait mieux que les experts, que les dirigeants. Inutile d'y insister au sortir d'une campagne électorale où tous les camps ont utilisé la populisme à doses de cheval.
c) La crise d'identité : là encore, comme dans les années 30, tout s'articule : immigration, tensions internes et doutes sur notre place internationale.
Un des signaux les plus inquiétants est, là encore comme dans les années 30, l'abandon par les socialistes de leur internationalisme, comme Dominique Réynié le rappelait d'ailleurs quelques semaines après le NON au TCE, dans Le vertige social nationaliste. A l'époque, Léon Blum, s'avouant "épouvanté", avait fait barrage à Adrien Marquet, ultérieurement frappé d'indignité nationale pour faits de collaboration (1). On cherche encore le Blum d'aujourd'hui (2).
d) Les illusions économiques : non, pas plus que dans les années 30, la France n'est pas aujourd'hui un ilôt qui serait préservé par on ne sait quel miracle des vents du large de l'économie mondiale.
e) Eclipse des Lumières : sur ce point, en bon libéral, je suis de fer, voire d'acier, le relativisme ne passera pas par moi. Hélas, on ne peut pas dire la même chose de tous, y compris de quelqu'un qui fut Président de la République pendant les douze dernières années.
Or, le relativisme est mortel pour la démocratie : elle repose sur l'idée que certaines valeurs, fondamentales, sont applicables à tous car la condition humaine est la même pour tous. C'est le fameux "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".
Ce n'est pas pour rien qu'André Malraux, qui avait vécu la crise des années 30, a plus tard déclaré "La France n'est jamais plus grande que quand elle parle pour tous les hommes."
Pour conclure, la crise des années 30, en France, a, au fond, les mêmes causes que notre crise actuelle, le refus des réalités, articulé au refus de l'universalisme : une France volontairement aveugle et sans ambitions, maladie dont la cause était, déjà, d'après Alfred Sauvy, dans le vieillissement de la population.
Gardons cependant à l'esprit que comparaison n'est pas raison et que l'histoire ne se répète jamais, même sous forme de farce (décidément, je ne suis pas marxiste).
L'histoire est très chaotique au sens physique du mot, une petite différence initiale peut résulter en une grande différence finale : une baïonnette levée de quelques centimètres et Charles De Gaulle meurt en 1916, un obus quelques mètres à droite ou à gauche et le caporal Hitler se transforme en chaleur et en lumière, des Boers un peu plus précis et Winston Spencer Churchill trouve une mort de jeune héros.
Espérons que, l'histoire portant leçon, nous ne commettons pas les mêmes erreurs que les hommes des années 30. C'était d'ailleurs ma raison de voter Sarkozy : certes, il est populiste ; certes, il a fait des promesses contradictoires, mais tout de même, il refuse moins de regarder le monde en face, il refuse moins de laisser deviner un projet, que son adversaire, mais que c'est étriqué par rapport aux enjeux !
Sera-ce suffisant ? J'en ai l'espoir, non la certitude.
(1) : un petit aparté : la gauche actuelle se présentant comme le camp du Bien oublie sa propre histoire. Nombre de socialistes se sont ralliés à la Révolution Nationale du Maréchal. Et si il n'y avait pas de camp du Bien, mais seulement des options politiques ?
(2) : je scrute la vie du PS car ce parti me paraît très malade et je m'en inquiète.
La science des ânes
Je préfère de beaucoup le point de vue du mathématicien Laurent Lafforgue, qui est que l'orthographe, la syntaxe et la grammaire constituent la première forme de pensée structurée. Or, une structure de pensée, de raisonnement, est indispensable au développement de l'intelligence.
Il est vrai que les pédagogistes, obsédés jusqu'à la bêtise d'égalitarisme, sont fondamentalement ennemis de l'intelligence et du savoir, qui sont toujours des outils de distinction.
De plus, la deuxième obsession des pédagogistes, chasser l'ennui de l'école et rendre l'apprentissage ludique, achève de ruiner l'instruction. Comme le dit Audiard avec son humour dans Mélodie en sous-sol, "Le travail, c'est comme un handicap, quand on l'a de naissance ou très jeune, on en prend l'habitude, on ne le remarque pas, mais si on ne l'a pas eu tout petit, après, c'est trop tard."
Je rapproche sans hésitation l'orthographe déplorable que je rencontre chez les jeunes ingénieurs et une confusion de la pensée et de l'expression qui n'est pas sans m'inquiéter.
Il peut y avoir des fautes d'inattentions (il y en a aussi sur ce blog !), mais, de plus en plus fréquemment, il y a des fautes lourdes qui témoignent de véritables contresens, d'une incapacité à construire un raisonnement et à l'exposer de manière claire.
Pour achever de vous démoraliser, vous lirez au début de la conférence de presse de L. Lafforgue cette lettre d'un ouvrier agricole ayant eu son "certif" dans les années 50. Aucun des bacheliers que je connais n'est capable d'écrire aussi clairement, sans même évoquer l'orthographe parfaite.
Mais bien sûr, rappelez cela, c'est être"réactionnaire" ! Peut-être ai-je tort, peut-être que, le progrès faisant rage, l'expression claire et le mot juste sont devenus inutiles, n'est-ce pas ?

