samedi, juin 04, 2011

Le siècle de Sartre

Article paru dans Le Monde d'aujourd'hui.

Typiquement gauchiste : les gauchistes sont tout à fait disposés à reconnaître leurs erreurs, pourvu que ce soit avec cinquante ans de retard et que ça ne porte plus à conséquence. Nul doute que dans quarante ans, ils nous expliqueront en quoi ils se sont trompés sur les 35h.

Ils tirent même gloire de leur repentance, comme d'un signe d'intelligence. C'est particulièrement irritant pour ceux qui n'ont pas eu «l'intelligence» de se tromper et qui ont été trainés dans la boue («tout anticommuniste est un chien») pour avoir fait immédiatement l'analyse correcte.

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Le siècle de Sartre


Les éditions Grasset ont la bonne idée de publier les entretiens donnés par Jean-Paul Sartre à John Gerassi entre 1970 et 1974. Ces dizaines d'heures d'échanges constituent un document implacable sur le philosophe de Saint-Germain-des-Prés. Ces cinq cents pages se suffisent, en voici quelques pépites.

Sartre avoue ne s'être jamais senti coupable de rien durant toute sa vie ; il confesse avoir été dépressif avant-guerre et s'être fait suivre par des crabes auxquels il parlait dans la rue ; l'expérience de la mescaline puis une consommation d'amphétamines aggraveront les choses ; de façon récurrente, il insulte le général de Gaulle tour à tour "maquereau réac", "merde", "crétin pompeux", "monstre", "foutu salaud", "porc". L'insulte est régulière, Malraux est lui aussi un "porc" et ses travaux sont "de la merde". Il utilise cinq fois le mot "trahison"pour caractériser le remariage de sa mère avec un beau-père haï, honni, et..."gaulliste jusqu'au bout des ongles" ; avant ce funeste jour dans sa vie, le philosophe couchait dans la chambre de sa mère. Il parle de l'insincérité de Beauvoir dans ses Mémoires (on y voit en effet un Sartre "évadé" du stalag, alors qu'il a été libéré, peut-être par intervention de Drieu la Rochelle). Elle signale qu'il n'a écrit qu'une fois en juin 1941 dans Comoedia, une revue collaborationniste, avant de comprendre son erreur, alors qu'il y publie un hommage funèbre à Giraudoux ("antisémite et défenseur de Hitler en 1939" - lire Pleins pouvoirs) le 5 février 1944, etc. Sur sa compagne nécessaire, il ajoute que son livre hagiographique de la Chine maoïste, La Longue Marche, a surtout été écrit en bibliothèque, plus à partir de livres et d'articles que de constats effectués sur place...

Politiquement : Sartre avoue n'avoir pas compris le nazisme en 1933, alors qu'il vivait en Allemagne ; il dit n'avoir pas voté en 1936 et regardé les défilés du Front populaire avec indifférence ; il signale qu'il a défendu l'intervention en Espagne, pourvu qu'on ne lui demande pas d'y participer concrètement ; il a justifié le pacte germano-soviétique ; il a été apolitique au stalag, précise qu'il n'a causé aucun désordre dans le camp, mais qu'il faisait de cette docilité... une "forme d'engagement" ; il dit qu'en 1947 il n'est toujours pas politisé. Il compagnonne ensuite avec les violences révolutionnaires du siècle : il soutient l'URSS, les pays de l'Est, la Chine de Mao, il minimise les victimes de la Révolution culturelle et doute qu'elle ait pu en entraîner ; il publie dix-huit articles favorables à Castro ; il réitère la légende d'une rupture avec le PCF après Prague, mais regrette que le Parti communiste français n'ait pas pris le pouvoir en mai 68 ; il prétend qu'en mai de Gaulle a demandé à Massu de prendre le pouvoir ; il écrit sur Daniel Cohn-Bendit : "Il était loin d'être brillant. Je ne l'aimais pas tellement" ; et sur Raymond Aron : "De toute évidence, il est totalement, complètement, systématiquement de deuxième ordre, fondamentalement c'est un con et un imbécile." Il célèbre l'illégalisme révolutionnaire et fait l'éloge du "bain de sang" pour des raisons politiques ; à propos de Cuba, il extrapole une théorie générale du gouvernement par la terreur : "Pour réussir, une révolution doit aller jusqu'au bout. Pas question de s'arrêter à mi-chemin. La droite utilisera toujours la terreur pour lui barrer la route, donc la révolution doit recourir à la terreur pour l'arrêter." Il légitime et justifie l'usage de la peine de mort pour des raisons politiques ; il soutient les attentats terroristes des Palestiniens en 1972 : "Les Palestiniens n'ont pas d'autre choix, faute d'armes, de défenseurs, que le recours au terrorisme. (...) L'acte de terreur commis à Munich, ai-je dit, se justifiait à deux niveaux : d'abord, parce que tous les athlètes israéliens aux Jeux olympiques étaient des soldats, et ensuite, parce qu'il s'agissait d'une action destinée à un échange de prisonniers."

Il défend la "bande à Baader" : "D'un point de vue moral et révolutionnaire, les enlèvements et les meurtres d'industriels allemands commis par le groupe sont absolument justifiés", et ceci : "Le groupe Baader-Meinhof se conduisait tout à fait bien. Ils n'ont jamais tué un seul innocent. Ils traquaient les porcs vicieux à l'intérieur de leur société, et les colonels américains qui rampaient devant eux" ; il fait de Claude Lanzmann "un bon bourgeois" qui "chante les louanges d'Israël"sans voir "ce qui arrive aux pauvres Palestiniens, chassés de leur terre, leurs maisons saisies sans indemnisation, leurs enfants chassés des écoles, harcelés du matin jusqu'au soir, battus par des étrangers armés jusqu'aux dents. Lanzmann voit les Israéliens comme des victimes de l'Holocauste. Et pour lui quiconque critique la politique israélienne est antisémite. Point". Il légitime le "revanchisme"comme fondement de la justice populaire : "L'idée de vengeance est une idée morale." Il défend Kim-Il-Sung, le dictateur nord-coréen ; il affirme que ne pas écrire contre la répression de la Commune, c'était se faire le complice des Versaillais puis, parlant de Goncourt et Flaubert, qu'"on aurait dû les abattre" - sans préciser qu'il n'écrivit pas contre l'occupation allemande et qu'on n'a pas intérêt à relire aujourd'hui Paris sous l'Occupation ("Situations", III), un texte de 1945 qui manifeste plus d'empathie pour les officiers allemands, tellement aimables qu'ils"offraient, dans le métro, leur place aux vieilles femmes, ils s'attendrissaient volontiers sur les enfants et leur caressaient la joue", que pour les aviateurs alliés qui mettaient la sécurité des civils en question. Le philosophe trouve qu'en entretenant leurs locomotives pour qu'elles soient en état de marche, d'une certaine manière, les cheminots collaboraient : "Le zèle qu'ils mettaient à défendre notre matériel servait la cause allemande"...

La conclusion de Gerassi à ce livre d'entretiens est la suivante : "Sartre n'est pas seulement le plus grand moraliste de ce siècle. C'est également son plus grand prophète." Sans commentaire...

Article paru dans l'édition du 05.06.11

La double nationalité, l'équipe de France de foot et l'universalisme

La composition de l'équipe de France de foot (y a-t-il trop de noirs ?) et la polémique actuelle sur la double nationalité posent la question de l'universalisme.

Tous les hommes ont-ils également vocation à devenir Français indépendamment de leur race, de leur culture et de leur religion ? Les universalistes répondent par l'affirmative et, comme ce sont eux qui font les lois depuis deux siècles, les lois aussi.

Le bon sens répond négativement. Car le bon sens sait que les hommes ont des racines, des origines, une culture, un mode de vie. Le bon sens, au fond, pense comme Barrès : «Des hommes ? Je n'en ai jamais vu. J'ai vu des Français, des Italiens, des Allemands.»

Bien sûr, il ne faut pas aller trop loin dans le particularisme : les hommes ont des choses en commun. Mais pas quand on parle de politique.

C'est cela le fond de la polémique sur l'équipe de France de football : une équipe composée à 80 % de noirs dérange parce qu'une France composée à 80 % de noirs ne serait plus la France.

Bien sûr, le matraquage universaliste a été si intense depuis trois ou quatre décennies qu'il y a une auto-censure, alors, au lieu de dire la phrase toute simple que je viens d'écrire ci-dessus, on se perd dans des arguties techniques sans intérêt.

La victoire des universalistes est là : on n'ose même plus ouvrir la bouche pour les contester.

On n'ose même plus dire, par exemple, qu'un Sarkozy est un peu moins français qu'un paysan auvergnat depuis vingt générations. Et pourtant, c'est ainsi.

Où doit-on fixer la frontière légale, qui a un effet prépondérant ? Pour moi, devrait être français qui est né de deux parents français. Pas de double nationalité. Et on ne pourrait devenir français que par le sang versé ou par un séjour de trente ans (vingt ans pour les Européens) et après enquête d'intégration (notamment, travailler et être propriétaire en France serait indispensable).

Déchéance de nationalité et expulsion des étrangers criminels dans les vingt ans suivant leur naturalisation.

Droits sociaux réservés aux Français (en contrepartie, les étrangers n'ont pas à cotiser). Je pense que cette mesure ferait sauter nos systèmes d'assistanat : on s'apercevrait vite que les étrangers, obligés de passer par des assurances privées, auraient un meilleur rapport qualité / prix que les assurances étatisées des Français.

La logique de tout cela ? A l'époque des flux migratoires raisonnables, nous pouvions avoir une politique de nationalité fofolle. A l'ère des migrations par millions, nous sommes obligés à la rigueur, sous peine de perdre notre pays.

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Les aphorismes de BFM

Ce matin, François Lenglet et Marc de Scitivaux étaient en pleine forme sur BFM.

Quelques aphorismes avec lesquels je suis en plein accord :

> Lagarde au FMI ? La génération européiste a failli. DSK a été un directeur du FMI exécrable. Trichet propose un ministre des finances européen, il n'a toujours pas compris qu'on ne forcerait pas les Grecs à se transformer en Allemands, il propose de persister dans l'erreur. Cette génération pourrait au moins avoir la décence de reconnaître son erreur et de passer la main. Il faut un Chinois au FMI : on ne confie pas la banque à l'entreprise en faillite qui a besoin d'argent, on la confie à ceux qui ont l'argent.

> 30 Md € pour la Grèce ? Et pourquoi pas 500 Md € ? Comme cela, les taux d'intérêts atteindront 40 % et le chômage 60 % ! La Grèce ne s'en sortira pas sans dévaluation : elle sortira de l'Euro. Puis le Portugal, puis l'Espagne, puis la France. L'Euro est fini.

Le mieux serait d'en tirer les conséquences le plus vite possible, mais les peuples vont payer très cher, par une prolongation inutile de leurs souffrances, le sauvetage de face des politiciens qui ont mis cet Euro en place et qui sont toujours au pouvoir.

> Le PDG de Google dit «I Screwed up» (j'ai merdé). Voilà encore une exception française. Nous avons un modèle social en faillite, ça ne nous empêche pas de le proposer au monde entier. En France, quand on merde, on est content de soi.

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vendredi, juin 03, 2011

Les partisans du nucléaire sont-ils des irresponsables ?

Il n'y a que deux arguments des adversaires du nucléaire que je ne trouve pas ridicules et inconsistants :

1) L'argument libertaire : une centrale nucléaire est par nécessité un quasi-site militaire. Le nucléaire civil oblige donc à entretenir un Etat imposant.

2) L'argument générationnel : le nucléaire n'est pas plus dangereux que d'autres industries humaines (par exemple, la seule catastrophe chimique de Bhopal a fait bien plus de victimes que tout le nucléaire civil). Certains produits chimiques sont bien plus nocifs à doses égale que les produits radioactifs. En revanche, les effets nocifs des produits de fission durent bien plus longtemps (plusieurs milliers d'années dans les cas les plus extrêmes) et le nucléaire est donc un pari sur l'avenir trop risqué.

Le premier argument se tient incontestablement. Mais, sauf à être un libertarien, on ne souhaite pas la disparition de l'Etat. On peut donc conserver un Etat minimal, réduit aux fonctions régaliennes, dont la protection du nucléaire fait partie.

Le second argument est plus vicieux, moins franc du collier. En effet, tout le monde peut faire parler les générations futures, c'est facile : elles ne sont pas encore là pour nous contredire. C'est tout de même bien pratique.

Exemples :

> les générations futures nous en voudront à mort de leur avoir laisser des stocks de déchets radioactifs.

> les générations futures nous en voudront à mort d'avoir renoncé au nucléaire, de nous être laissés bouffer par les Chinois et d'avoir financé les pétro-monarchies à cause de déchets nucléaires qui ne leur poseront aucun problème.

Voyez comme il est aisé de faire parler les générations futures.

Revenons à quelques questions simples.

Maitrisons nous aujourd'hui les déchets nucléaires ? Oui.

Y-t-il un risque de que nous perdions cette maîtrise ? Oui, la tiers-mondisation de notre pays : substitution démographique par des populations arriérées, corruption des élites, déliquescence de l'Etat ...

Si l'on pense que la France de 2100 ressemblera à l'Afrique du Sud de 2010, mieux vaut en effet renoncer dès aujourd'hui au nucléaire.

Finalement, je trouve une cohérence cachée aux écolos : ils sont contre le nucléaire et partisans forcenés de l'immigrationnisme. Les écolos cohérents, c'est rare !


Hassan II et l'intégration



Quelle découverte ! Les hommes ont des racines, une culture, une histoire, ils ne sont pas interchangeables.

Alors, on me dira : et les Polaks ? Et les Ritals ? Hé bien justement : ils avaient presque les mêmes racines, la même culture et la même histoire que nous et pourtant leur intégration n'a pas été si facile. Alors, quand nous n'avons en commun que cent ans de colonisation et mille ans de guerres de civilisation ...


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jeudi, juin 02, 2011

Mon scénario pour AF 447

Voici la synthèse que je fais de mes lectures (dont quelques excellentes contributions sur pprune). Les événements sont exposés chronologiquement, ce qui est clair mais n'est sans doute pas la meilleure manière de tirer les leçons :

1) le CdB va se reposer avant d'entrer dans des turbulences ordinaires.

2) Les pitots sont bouchés par des cristaux de glace. Les vitesses chutent puis les ordinateurs rendent la main aux pilotes en passant en alternate law.

3) Le trim se déroule (pour compenser la chute des vitesses ? Erreur logicielle ?). L'avion est monté jusqu'à 38 000 pieds et décroche sans vibrer.

4) Le PF, inconscient qu'il est déjà décroché, applique la manoeuvre pour contrer une amorce de décrochage : moteurs à fond et manche à cabrer. Or, si cette manoeuvre empêche un décrochage qui ne s'est pas encore produit, elle entretient le décrochage s'il s'est déjà produit.

5) AF 447 est donc dans la situation d'un décrochage entretenu : trim à cabrer, moteurs sous les ailes (donc couple cabreur) à fond. Les pilotes ne comprennent pas que c'est le trim (sur un avion de ligne moderne, le trim est plus puissant que la gouverne) et les moteurs qui les foutent dans la merde.

6) Le PF reste contracté sur son manche, d'autant que la situation lui est incompréhensible : chaque fois qu'il pousse sur le manche, les vitesses redevenant valides, l'alarme de décrochage couine. L'avion trompe les pilotes.

7) Quand, dépassé par les événements, le PF passe les commandes aux PNF, il est trop tard.

On comprend que cet accident dérange beaucoup de monde, tout le monde est mouillé : Thales (2), Air France (quasiment toutes les étapes), Airbus (3, 6), les pilotes et leur formation (1, 4, 5, 6) et enfin, les autorités de certification.

Bien sûr, tout cela n'est qu'hypothèses tant que le rapport final n'est pas sorti (et même quand il sera sorti, connaitrons nous la vérité ?).

Lers relations entre Air France et Airbus vont être tumultueuses durant le procès.

Une note plus philosophique : les avions ont une personnalité et un destin. Il y a des avions bien nés et des avions mal nés. L'A330 est un avion mal né (un crash mortel en essais tout de même).

A propos des déclarations de Luc Ferry



Je invite à lire (ou à relire) Les ballets roses, de Benoit Duteurtre.

Vous noterez une allusion à DSK tout à fait savoureuse avec ce qu'on sait aujourd'hui.
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La conquête



Denis Podalydès est remarquable en Sarkozy. Le film est un peu long.

On perçoit bien à quel point les politiciens modernes sont des comédiens creux dans lesquels chacun peut nicher ses fantasmes politiques.

C'est pourquoi peu importe qu'ils soient de droite ou de gauche. L'essentiel est qu'ils aient le moins de pouvoir possible.

Nucléaire : pendant ce temps-là, en Arabie Saoudite ...

L'Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, prévoit un plan de construction de 16 réacteurs nucléaires d'ici 2030.

L'Allemagne prévoit, elle, d'arrêter ses réacteurs nucléaires d'ci 2022.

La population de l'Allemagne diminue et celle de l'Arabie augmente, certes. Mais, tout de même, entre l'Allemagne et l'Arabie Saoudite, un des deux se trompe très lourdement.

mercredi, juin 01, 2011

La rumeur de pédophilie de Jack Lang (ou d'un autre)

Luc Ferry a lancé un pavé dans la mare en faisant publiquement état de la rumeur de pédophilie d'un misnistre(sans le citer).



Je suis amusé que l'on dise que les témoins de cette sortie étaient «horrifiés». Horrifiés par quoi ? Par la rumeur ou par le fait de la rendre publique ?

Les témoins, qui font partie des «sachant», ne pouvaient ignorer cette rumeur de pédophilie si il s'agit de Jack Lang : tout Blois, dont Jack Lang a été maire, la connaît et on ne peut pas dire, même si j'y suis né, que Blois est le centre du monde. Alors si Blois la connaît, Paris aussi.

Si il ne s'agit pas de Jack Lang, il y a donc au moins deux ministres que la rumeur dit pédophiles (Jack Lang et un autre).

On tombe sur ma seconde hypothèse : les témoins ne furent pas horrifiés par la rumeur, qu'ils connaissaient, mais par le fait qu'un membre du microcosme ose dévoiler au public une rumeur réservée aux initiés.

Comme dans l'affaire DSK, il y a la caste, qui sait, respecte l'omerta et fait à sa guise, et nous, les couillons, qui sommes tenus dans l'ignorance mais avons l'obligation de payer abondance d'impôts pour faire vivre ces parasites.

Je ne sais pas si la rumeur est fondée. Ce que je sais, c'est que je la tiens pas pour incroyable : Jack Lang est à mes yeux un sale type, immoral.

Le procès, si procès il y a, permettra peut-être d'y voir clair. Cependant, le plus probable est que toute cette histoire tourne en eau de boudin. Dans ces affaires nébuleuses, la question «avez vous des preuves ?», prononcée sur un ton menaçant est un bon moyen de faire taire celui qui dérange. Mais absence de preuves ne signifie évidemment pas absence de faits.

On peut tout de même s'interroger : alors que l'on porte plainte sur un oui sur un non, que les journaux enquêtent sur n'importe quoi, là personne pour s'avancer et dire : «j'ai enquêté, ça ne repose sur rien», comme si s'intéresser aux comportements privés des puissants était une faute de goût.

Allons plus loin : le simple fait que l'accusation de Luc Ferry ne fasse pas éclater de rire tout le plateau, qu'elle ne soit pas ridicule, pose problème. On la prend au sérieux, c'est donc qu'elle est vraisemblable. On peut tout de même se faire quelque souci de savoir qu'un ministre pédophile participant à des partouses avec des petits garçons, ça paraît du domaine du possible (il faut dire qu'il y a un pédophile revendiqué ministre en exercice).

Comprenez moi bien : je ne suis pas un Savonarole, les ministres ne sont que des hommes (je me souviens de l'affaire des ballets roses) et je n'aime pas la manière dont les harpies féministes se sont emparées de l'affaire DSK. Raison de plus pour que les ministres se montrent un peu exemplaires, de manière à ne pas donner prise à ces fous qui veulent transformer l'homme en femme comme les autres.

Alors, Luc Ferry a-t-il eu tort ? Non. Au stade de déliquescence de notre système politique, il faut faire la lumière tant que possible. Pour s'en convaincre il suffit de lire la déclaration de ce salaud de Joffrin «Luc Ferry est un type que je n'aurais pas aimé connaître sous l'Occupation». Quand la bien-pensance en est réduite à confondre pédophiles et Résistants, il est temps de donner un coup de pied dans la fourmilière.

mardi, mai 31, 2011

Adieu vieille Europe, que le diable t'emporte ...

Le Pélicastre nous prédit un destin à la sud-africaine et fait l'éloge de l'apartheid.

L'Europe se suicide en se laissant coloniser, que dis-je, en encourageant sa colonisation, par ses anciens colonisés arriérés (nos anciens colonisés un peu développés, c'est-à-dire les asiatiques, nous les encourageons beaucoup moins : c'est normal, ils ont tendance à voter à droite et à se passer de l'assistanat étatique. Mépriser l'Etat ... On n'a pas idée).

Je pense à ce chant souvent repris dans ses films par Schoendoerffer «Adieu vieille Europe, que le diable t'emporte ...» Lisant l'intégrale de Lartéguy, je prends conscience à quel point nos anciens d'Indochine et d'Algérie avaient perçu lucidement cette décadence européenne, cette sortie volontaire de l'histoire, cette lassitude de vivre et donc de se battre, puisque la vie est un combat.

Je comprends mieux l'étrange volontariat pour Dien Bien Phu : alors que la cuvette était déjà perdue, un tas de militaires s'est porté volontaire pour sauter.

Pas tous des guerriers, il y avait des employés de bureau, des planqués. La garde à Waterloo : «Sentant qu'ils allaient mourir dans cette fête ... » Peut-être les volontaires de Dien Bien Phu ont-ils senti que c'était la dernière fête de l'Occident où ils pourraient être des hommes, avant que de devenir des consommateurs et des «citoyens», c'est-à-dire l'exact contraire des citoyens athéniens. Des robots, des larves ...

Peut-être est-il temps de retourner au Vietnam. Non plus pour coloniser, mais parce que c'est le pays (d'après les sondages, qui valent ce qu'ils valent) le plus optimiste du monde. En tout cas, un pays qui n'a pas peur de vivre.

Nucléaire : verts de peur

La décision allemande d'arrêter le nucléaire civil me fout la trouille.

Ca veut dire qu'en démocratie, sous la pression de l'opinion publique conne comme ses pieds, on peut prendre des décisions totalement néfastes (1) sur des sujets fondamentaux de long terme.

Les Verts sont surtout verts de peur : quand ce n'est pas du CO2, c'est du nucléaire. Et avec ces peurs, ils gouvernent les foules.

Si Angela Merkel avait dit : «Le nucléaire présente des dangers, il faut renforcer la sécurité», j'aurais compris. J'aurais probablement trouvé qu'elle en faisait trop, mais je n'aurais pas trouvé cela absurde.

L'irrationalité politique et économique que nous avons sous les yeux me tracasse. Je ne sais même pas quoi en dire et en faire, à part m'en désoler.

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(1) : ce n'est pas le sujet de ce billet. Mais que cette décision soit néfaste ne fait aucun doute.

dimanche, mai 29, 2011

AF 447 : la philosophie Airbus

Dans mes précédents billets sur AF 447, j'évoque la philosophie Airbus. Il est probablement nécessaire que j'explicite.

La philosophie Airbus tient en ceci : dans les conditions habituelles, le plus grand danger pour l'avion, c'est le pilote. Il faut donc protéger l'avion du pilote. Mais, dans les conditions inhabituelles, quand l'ordinateur est dépassé par les événements, on est bien forcé de lui redonner l'autorité. Autrement dit, les Airbus ont une différence fondamentale de comportement entre le domaine normal et le hors-domaine.

Ceci fait que la loi de secours, la fameuse «alternate law» que vous trouvez dans tous les rapports, est radicalement différente de la «normal law». Par exemple, en «normal law», le manche en butée latérale donne un taux de roulis constant et limité (je ne me souviens plus bien des chiffres : 5°/s ?). La même action en «alternate law» donne le taux de roulis maximal (30 °/s ?). Deux actions identiques, deux réactions différentes, c'est anti-ergonomique au possible. Mais c'est la conséquence inévitable de la philosophie Airbus.

Et ça marche : depuis les années 70, arrivée d'Airbus sur le marché, le taux d'accidents s'est écroulé.

Et en plus, ça arrange beaucoup de monde : en «normal law», on n'a plus besoin de pilotes mais de gestionnaires de système. C'est plus facile à trouver.

Un gestionnaire de système, c'est un petit con qui sort d'école d'ingénieur et qu'on forme en 200 h de vol (dont la moitié de simulateur) et on peut le mettre aussitôt sur un parcours intercontinental alors qu'un pilote coûte 350 h de vrai vol et qu'il y a une progression dans l'expérience (court courrier, moyen courrier, long courrier). J'ai déjà évoqué ce problème de formation.

Les compagnies aériennes n'ont tout simplement plus les moyens de s'offrir de vrais pilotes. C'est la contrepartie du fait que l'avion est le moyen de transport le moins cher au kilomètre sur grandes distances.

L'évolution va être intéressante à suivre. La suite logique consiste évidemment à supprimer le pilote. On n'a pas fini de s'empoigner dans de violentes polémiques.

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Nota : je ne comprends pas l'ordre à cabrer du pilote d'AF447 après que les pitots se soient fait malle. Cet ordre provoque le décrochage fatal, mais pourquoi cet ordre ? Bien sûr, le BEA, fidèle à son habitude de soumission aux puissants, présente les choses de manière à tout mettre sur le dos des pilotes. Ce n'est pas si clair.

samedi, mai 28, 2011

AF 447 : danger de mort pour Air France

Synthétisons : un incident bénin (1) conduit à perdre un avion et tous ses passagers, avec cette circonstance extraordinaire que trois pilotes n'ont pas réussi pendant 3'30 à comprendre la situation.

Il sera facile d'incriminer les pilotes, mais la conception de l'avion est fondamentalement en cause : c'est toute la philosophie Airbus qui est touchée.

Comme je le disais précédemment, tout le monde est atteint par la merde qui gicle du ventilateur : avionneur, certificateur, autorité de contrôle, formateur et exploitant.

Mais le plus atteint risque d'être Air France :

> les autorités sont payées avec nos impôts, le fait d'être discréditées ne les empêche pas de vivre (et pourtant, de tous les acteurs du drame, je me demande si ce ne sont pas elles les plus fautives, même si leur rôle frappe moins le grand public).

> Airbus est protégé par son duopole avec Boeing et par le fait que les avions Boeing ne sont guère différents dans leur philosophie. Donc les compagnies n'ont pas vraiment d'alternative, c'est bonnet blanc et blanc bonnet.

> en revanche, Air France est en danger de mort. En effet, les compagnies aériennes sont les organes de l'aviation commerciale les plus fragiles économiquement. Il suffirait que 15 % des passagers actuels décident de ne plus voyager sur AF pour raisons de sécurité, décision radicale mais pas infondée, pour que s'enclenche une pente possiblement fatale : moins de passagers, moins d'investissements, moins de réputation, moins de passagers, faillite. C'est ce qui est arrivé à Swiss Air. Or, après Concorde, Toronto et AF447, le bilan sécurité d'AF sur les dix dernières années n'est pas brillantissime, on sent bien qu'AF est au bord du gouffre question réputation.

C'est en fonction de ces enjeux qu'il faudra lire les différentes déclarations des prochains jours.

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(1) : perdre un pitot n'empêche pas plus un avion de voler que perdre votre indicateur de vitesse n'empêche votre voiture de rouler.

DSK : collusion avec les journalistes, c'est encore pire que ce que je croyais

Et pourtant, je croyais bneaucoup ...

Déjeuners secrets avec la presse : l’autre scandale de l’affaire DSK ?

AF447 : le sens de l'air

Le sens de l'air, «airmanship» en anglais, est cette qualité du pilote qui sent la situation.

Cela peut commencer dès le sol. Le pilote qui dit «je n'y vais pas», alors que les conditions prévues sont volables. Mais une dégradation imprévue arrive. Le pilote serait bien incapable d'expliquer d'expliquer comment il a senti cet imprévu.

Ou le pilote qui sauve son avion avec un moteur qui tournent sur trois cylindres au lieu de six dans le mauvais temps en prenant à chaque étape la bonne décision.

Le sens de l'air est une qualité fugitive. On la sent quand on l'a en face de soi, mais on ne peut la mettre en équations. Elle dépend de l'expérience, mais il y a des pilotes expérimentés dont le sens de l'air est restreint.

Les pilotes de l'AF447 ont à l'évidence manqué de sens de l'air. Mais c'est justement ce qu'on leur apprend : il y a eu beaucoup d'accidents de pilotes qui se sont fiés à tort à leur sens de l'air. Donc on apprend aux pilotes de ligne modernes à se fier aux instruments et à appliquer les procédures (ce qu'un ordinateur ferait mieux).

C'est pourquoi le manque de sens de l'air des pilotes d'AF447 ne peut leur être entièrement imputé et que l'explication «erreur de pilotage» est une attitude de déni face à une problématique qui touche toute l'aviation commerciale.

Affaire DSK : les sondeurs nous trompent

Les sondeurs nous racontent que l'affaire DSK n'affecte pas à l'image du PS. Qui peut y croire ?

Le bonheur du patriotisme

On ne parle plus jamais de patriotisme. On en a même honte.

C'est bien dommage, car le patriotisme résoudrait bien des problèmes de nos sociétés occidentales.

En effet, le patriotisme soulage de nombreux maux. Quels que soient ses échecs et ses difficultés personnels, le patriote se retrouve dans une grande entité, liée affectivement, qui a une culture, une histoire et un destin, à laquelle il peut s'identifier et dans laquelle il peut se projeter.

Le patriotisme peut aussi contribuer à augmenter la vertu civique.

Quand on sait que l'homme moderne souffre de se sentir isolé au milieu de la foule, cela vaut le coup d'y réfléchir.

Sans doute pas un hasard si les Etats-Unis, un des pays occidentaux les plus patriotes, est aussi un des plus à l'aise dans la mondialisation.

Je ne raconte rien de nouveau : tout cela était bien connu, mais l'abus du patriotisme au XXème siècle a transformé ses qualités en vices : la solidarité est devenu le panurgisme, l'identification la soumission, le dévouement le sacrifice, la préférence nationale la haine raciste.

Cependant, les années ont passé et l'excès, sous le coup de la culpabilisation, d'une propagande et d'une infiltration gauchisantes, est allé en sens inverse. Nous avons versé dans l"universalisme et la xénophilie jusqu'à les vivre sur un mode pathologique où toute affirmation de soi par des blancs est vécu comme un insupportable racisme.

Il serait temps de retrouver un peu de mesure : trop de patriotisme tue de mort violente, pas assez de patriotisme tue de mort lente. Nous agonisons.

Un bon retour de patriotisme nous ferait le plus grand bien. Je ne le vois nulle part, sauf au Front National.

Comme la nature a horreur du vide, nous voyons monter un patriotisme de substitution, local et étriqué : le régionalisme. Il n'est, à l'évidence, pas à la hauteur des enjeux.

Vive la France !

vendredi, mai 27, 2011

A propos d'AF447 (2)

Certains pisse-copies en mal de sensationnel parlent «d'erreur de pilotage». Ca n'est ni vrai ni faux. C'est tout simplement à coté de la plaque (de Reason, bien sûr).

Pour y voir plus clair je vous invite à relire mon billet du 12 juin 2009, qui n'a pas pris une ride : AF 447 : le BEA et les plaques de Reason.

Je devine que cet accident pourrait amener de grandes remises en cause tant dans la conception des avions modernes que dans la formation des pilotes : quand tout est dit, l'A330 est resté en décrochage pendant plus de deux minutes, c'est loin d'être anodin.

J'ai tendance à penser à une erreur d'analyse : les instruments indiquent aux pilotes qu'ils sont en décrochage, mais comme les instruments viennent de leur jouer un sale tour, ils décident de ne pas s'y fier et de se fier plutôt à leurs sens. Hélas, l'oreille interne est l'organe le moins fiable qui soit : ils ont pu se croire en piqué et tirer le manche, entretenant ainsi le décrochage.

En fait, je me demande si un avion style Airbus, conçu autour de la méfiance vis-à-vis des pilotes, ne serait pas plus sûr sans pilote. Ca ne serait au fond que l'aboutissement de la démarche d'Airbus depuis l'origine.

jeudi, mai 26, 2011

Zemmour et Naulleau virés de chez Ruquier

Rien de surprenant : c'est dans la ligne de la dictature de la bien-pensance, ouverte, tolérante et respectueuse à la condition qu'on soit totalement d'accord avec elle. La caste se sert les coudes : la principale critique vis-à-vis de Z&N était de ne pas faire dans la flagornerie face aux prestigieux invités, qui ont tous des salades à vendre.

La vraie surprise est qu'ils aient duré si longtemps.

Comme nos politiciens, les microcosmiques de télé, genre Ruquier, sont condamnés par internet. On peut très bien imaginer Zemmour faisant des podcasts à la Claude Reichman avec des centaines de milliers d'auditeurs.

Le succès de fdesouche est de bon augure.

On comprend donc que nos dirigeants, comme leurs homologues chinois, aient pour priorité le contrôle d'internet. Pour la télé, ils n'ont pas ce souci : les journalistes sont tellement soumis qu'il n'y a pas de mauvaises surprises à en attendre.