samedi, avril 08, 2017

Premier tour 2017 : mes prédictions (2)

Pour rappel : mes prédictions de la semaine dernière.

A deux semaines du scrutin :

Le Pen 27 % en baisse parce que, bien qu'étant favorite au premier tour, elle ne parvient pas à imposer un thème de campagne. Le temps qui passe l'use.

Fillon : 15 % : décidément, il n'arrive pas à embrayer une dynamique victorieuse. Lui non plus, il n'arrive pas à imposer ses thèmes. Bien sûr, il a les medias contre lui, mais je finis par croire qu'au fond, il n'a pas grand'chose à dire aux Français (à une batterie d'ordinateurs, ça serait différent).

Macron : 17 % : les salauds qui ont intérêt à ce que rien ne bouge et les imbéciles qui se laissent prendre au miroir aux alouettes de ce gendre idéal pourraient bien faire sa victoire. J'attendais son écroulement, il ne vient pas. Peut-être va-t-il réussir, comme Hollande, à repousser l'écroulement, inéluctable, après le vote. Nous aurons alors droit à ce classique en formation : « Nous avons été trompés. Nous ne voulions pas cela ». Nous pourrons traiter cette excuse à deux balles avec le mépris qui convient.

Hamon : 7 %

Remontée des "petits" candidats, le vote protestataire sans engagement.

Plus que jamais, pour Macron et Fillon, la question est la dynamique. Je pense qu'on commencera à avoir une idée solide (je ne parle évidemment pas des fadaises de sondages dont on nous bourre le mou) des qualifiés au second tour le jeudi soir.

Pourquoi je préfère rester chez moi (B. Duteurtre)

J’aime beaucoup Benoît Duteurtre, il a de la finesse.

C’est une sorte de Zemmour qui aurait une sensibilité artistique.

Il prend les choses par le bout de la lorgnette et ouvre des perpectives avec ces petits faits vrais.

Musicologue, amateur d'opérettes, il déplore l’abandon par les scènes officielles et subventionnées du répertoire français antérieur à 1940 pour des auteurs étrangers prétendument à l’avant-garde. On sait ce que c’est : rien ne sombre plus vite dans le ridicule snob qu’une avant-garde.

Pour lui, c'est une manière inconsciente (ou peut-être consciente, d'ailleurs) de punir la France de la défaite de 1940 et de Vichy en oubliant ce qui a existé avant. Il rappelle que Maurice Chevalier était connu aux Etats-Unis et qu'on serait bien en peine de trouver l'équivalent aujourd'hui.

L'usage de l'anglais, langue qui ne sera bientôt plus parlée par aucun pays de l'UE (sauf l'Irlande), comme langue de travail de l'européisme, prouve que l'UE est un mensonge : pas une construction européenne mais un mécanisme de soumission aux Etats-Unis. C'est dans les colonies que la langue commune est une langue étrangère. Ces histoires de langues ne sont pas anecdotiques, souvenez vous du « Volapük intégré ».

Si l'UE était conforme à l'esprit européen, elle serait scandalisée d'utiliser une langue étrangère et ne rechignerait pas au coût, certes conséquent, de la multi-traduction. Ou alors, elle prendrait comme langue commune le latin, ça aurait de la classe.

Il y a aussi un article très bien vu sur la baisse de qualité du son à cause du numérique. Le son du portable et du CD ne vaut pas celui du téléphone analogique et du e vinyle. Duteurtre tire vers la critique du low-cost : le service auparavant considéré comme normal devient une option de luxe. Il en profite pour latter les cars Macron. Bref, le service moyen s'est dégradé. Il aurait pu ajouter tous les inconvénients de la liseuse électronique par rapport au bon vieux livre. Autrement dit, le « progrès » est plutôt, ces derniers temps, une dégradation.

Pour vous dire à quel point Duteurtre est un vicieux à rééduquer d'urgence, il faut vous avouer une chose horrible : c'est un fumeur.

Au fait, pourquoi préfère-t-il rester chez lui ? Parce que, dans notre monde d'autistes narcissiques, l'art de la conversation se perd, on entasse les monologues à plusieurs.

Allez, pour le plaisir : la table du livre.

Je suis Maxime Tandonnet avec une certaine fascination.

Je suis Maxime Tandonnet avec une certaine fascination, car il est symptomatique de ce qui ne va pas dans notre haute administration.

Ex-conseiller immigration de Nicolas Sarkozy, il écrit des articles dans le Figaro et tient un blog.

Il est arrogant : il ne tolère la contradiction qu'à la condition qu'elle ne le contredise pas vraiment ! Je connais au moins deux personnes (Curmudgeon et moi) qui se sont fait censurer pour des commentaires argumentés qui n'avaient pas l'heur de plaire à monsieur. Il m'arrive d'être soupe-au-lait, mais je connais assez Curmu pour savoir que ce n'est pas son cas.

Il se trompe sur tout. Non pas qu'il ait tort sur chaque point de détail, mais sa vision globale est fausse. Par exemple, il critique l'hyper-présidentialisation sans comprendre qu'au contraire, les Français sont en manque d'autorité et que le retour aux poisons et délices du régime des partis, qui, en tant que membre de la caste, le fait bander, ne donnera pas aux Français ce qu'ils attendent, c'est-à-dire un président responsable. Et ainsi du reste.

Il est lui-même responsable, voire coupable. C'est bien beau de trouver délirant que les Français veuillent voter Le Pen ou Mélenchon. Mais on a envie de lui dire : « Dis donc, mon coco, ce n'est pas toi qui faisais partie de l'équipe au pouvoir et qui as contribué à tromper les espoirs des Français, sur l'immigration par exemple, et leur a donné envie de voter pour n'importe qui d'autre que toi et les tiens et tous ceux qui leur ressemblent de près ou de loin ? Alors, avant de prendre les choses de haut, tu devrais te regarder dans le miroir ».

Il ne paraît pas pire qu'un autre, il a au moins le mérite de tenir un blog avec sincérité, et c'est en cela qu'il est intéressant, symptomatique ... et inquiétant. En le lisant, on se dit qu'on est gouverné par une belle bande d'autistes. Sauf que les vrais autistes ne sont pas condescendants.


mercredi, avril 05, 2017

La vie après la mort existe, cette campagne électorale le prouve

Macron, Fillon, débat présidentiel : Philippe Muray avait tout vu


Je ne résiste pas au plaisir de la citation intégrale (au risque de nombreuses années de prison au nom du droit d'auteur) :

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On ne risque pas de le voir sur BFMTV, moins encore de lire ses tweets. Il est pourtant l'analyste indispensable de cette campagne présidentielle. Philippe Muray nous a quittés il y a onze ans et certains jours il nous semble qu'il est là pour tenir le stylo. Se plonger dans ses chroniques, c'est retrouver à chaque ligne l'actualité que l'on voulait fuir et on imagine aisément l'inventeur des Mutins de Panurge écrire devant un meeting d'Emmanuel Macron: « Un bataillon de “helpers” et de “coworkers” distribue des pancartes “Bougeons les lignes” à chacune et chacun des participants. Ils les brandissent quand passe le prophète de bonheur. Les lignes bougent avec lui, son projet est un cri. Le sky est blue. La France frileuse, enfin, pense Printemps. » Ouvrons ses Exorcismes spirituels et suivons ce précieux guide dans le brouillard de cette campagne. Qui est système, antisystème ? « Le nouveau rebelle est très facile à identifier: c'est celui qui dit oui (…) c'est un héros positif et lisse. » Sa révolte? «C'est le langage de l'entreprise qui se veut moderne.»

Mais pourquoi ce jeune rebelle sourit-il sans cesse ? «C'est un sourire près de chez vous, un sourire qui n'hésite pas à descendre dans la rue et à se mêler aux gens», poursuit Muray : « C'est un sourire qui descend du socialisme à la façon dont l'homme descend du cœlacanthe, mais qui monte aussi dans une spirale de mystère vers un état inconnu de l'avenir où il nous attend pour nous consoler de ne plus ressembler à rien. »

Muray ne nous renseigne pas seulement sur Macron, il nous éclaire aussi sur la violence médiatique du « Penelopegate ». Le choc entre l'atmosphère chabrolienne de la vie de François Fillon et la morale scandinave qui s'installe dans notre pays rejoint toute sa réflexion sur la disparition du romanesque. Le roman, expliquait-il, est rendu impossible par l'installation de « l'empire du Bien » qui trie le bon grain de l'ivraie et dissipe le clair-obscur par un éclairage sans ombre. Pas de Balzac, sans secret (« Nos études sont des égouts qu'on ne peut curer », dit le notaire Derville dans Le Colonel Chabert ), sans arrangements discrets, sans persienne.

Dans Purification éthique, il y a vingt cinq ans, Muray écrivait: « Par le dévoilement des turpitudes de la vieille société (en l'occurrence de “la classe politique”) -, l'homme de l'époque actuelle se découvre encore plus propre qu'il ne croyait, encore plus beau, plus sain, plus réconcilié, plus colorisé, plus innocent et plus moral (…). La télé est pure, nous sommes purs. Vous êtes formidables. Quelques salauds, pour le contraste, défilent sur l'écran. C'est la grande purge. »

Mais c'est surtout cette incroyable profusion de débats qui réalise sa prophétie. Ces débats où les intervenants débattent de la question de savoir si le deuxième débat était à la hauteur du premier et s'il est nécessaire d'en organiser un troisième. « Le débat est devenu une manie solitaire qu'on pratique à dix », écrivait-il dans un célèbre texte intitulé « Il ne faudrait jamais débattre ». Il dénonçait un univers où l'on proclame le dialogue et la controverse mais où l'insulte - Christine Angot face à François Fillon -, la dérision - le passage obligé des candidats devant comiques et imitateurs - l'emportent sur la réflexion. Des pratiques démocratiques, équitables et qui pourtant évacuent les inquiétudes qui nous hantent. Le système éducatif qui « dénature complètement les idéaux de l'école républicaine et qui ne transmet plus rien de la France » (Augustin d'Humières*) ? 

Vous avez une minute trente. Les perturbateurs endocriniens et le terrorisme islamiste, la construction européenne et le statut des attachés parlementaires… Allez ! On enchaîne: sans transition et sans hiérarchie. On se contentera du coup d'éclat de Philippe Poutou ou d'un trait de Jean-Luc Mélenchon. On se demandera si cette « punchline » aura de l'influence sur les prochains sondages dont on remettra en cause, lors d'un débat, la fiabilité.

Et l'école, la culture, l'intégration, les villes moyennes qui s'éteignent une à une ? Rien ou si peu. Le réel est toujours reporté à une date ultérieure. Muray encore une fois: « On convoque les grands problèmes et on les dissout au fur et à mesure qu'on les mouline dans la machine de la communication. Et plus il y a de débat, moins il y a de réel. Il ne reste, à la fin, que le mirage d'un champ de bataille où s'étale l'illusion bavarde et perpétuelle que l'on pourrait déchiffrer le monde en le débattant ; ou, du moins, qu'on le pourra peut-être au prochain débat. »

*Un petit fonctionnaire (Grasset).
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Allons plus loin que Vincent Trémolet de Villiers.

Certes, Philippe Muray avait tout vu. Mais, en réalité, c'est lui qui organise toute cette campagne depuis là-haut, et il doit bien rigoler.

Donc cette campagne électorale 2017, par ailleurs désastreuse, a eu moins une utilité : elle prouve qu'il y a une vie après la mort. C'est déjà pas mal.

mardi, avril 04, 2017

Le charme de Macron et la grande pitié des politiciens

Macron, le séducteur fantôme. L’homme-tout-et-rien

Je comprends qu'on puisse trouver du charme à Emmanuel Macron.

C'est souvent le cas de certains types à la sexualité ambigüe (on n'est pas obligé de croire la mise en scène de son hétérosexualité avec une femme qui pourrait être sa mère). Marlon Brando avait ce genre de charme quasiment irrésistible qui a lui permis de collectionner les coups d'un soir (ce n'était pas un sentimental) tant avec des hommes qu'avec des femmes par centaines. Bien sûr, il n'y a qu'une certaine humanité qui s'y laisse prendre.

Le problème, c'est que personne n'a jamais envisagé Brando comme président de la république.

C'est ce hiatus de la forme sans fond qui fait à la fois la popularité de Macron et sa grande fragilité. Je n'ai aucun doute qu'un jour, une majorité écrasante de Français seront convaincus que ce type est creux, comme aujourd'hui ils le sont pour Hollande. La seule question est : ce jour arrivera-t-il avant ou après le 23 avril 2017 ?

La première video a été retirée de Youtube à la demande de LCI suite à une plainte de Macron, mais comme internet ne perd jamais rien, elle a resurgi (bien sûr, à faire tourner sans modération) :







Meeting Macron Marseille : Fuite massive du... par LMDB5


Mais Dalrymple fait un article sur le cercle vicieux politique. Plus les politiciens sont nuls, plus les hommes de bien fuient la politique, plus etc. Et, en plus, les politiciens ont une vie difficile par certains cotés.

Pity the Poor Politicians







lundi, avril 03, 2017

4 des 10 premières fortunes de France soutiennent Macron, c’est beau le progrès ploutocratique !

Dans l’ordre : Bernard Arnault (n° 1), François Pinault (n° 4), Patrick Drahi (n° 5), Xavier Niel (n° 9). Serge Dassault (n° 3) ne se prononce pas mais dit le plus grand bien d’Yves Le Drian qui soutient Emmanuel Macron. On peut y ajouter Pierre Bergé propriétaire de presse.

Comment dit-on ? Ah oui, ploutocratie : la ploutocratie (du grec ploutos : richesse et kratos : pouvoir) consiste en un système de gouvernement où la richesse constitue la base principale du pouvoir politique.

Pourquoi cette intervention explicite des ploutocrates dans le processus électoral, ils sont d'habitude plus discrets ?

Pour une raison fort simple : tous ces gens ont besoin que le capitalisme de connivence continue (attribution des fréquences de téléphone, facilités pour les fusions-acquisitions, circuits mondialisés, contrats d’armements, subventions à la presse, arrangements fiscaux, …). Ce mouvement démarre avec le « tournant de la rigueur » en 1983. Il est intimement lié à l’européisme.

Le problème pour les ploutocrates est que l’inverse est vrai. Toute régression de l’européisme et tout retour du protectionnisme mettent à mal leur construction pour pomper les peuples occidentaux. Je ne vous fais pas un dessin : Trump, Brexit, ça chauffe pour eux. Panique à bord. Adieu discrétion. Il y a donc une alliance assez voyante, profitable pour les deux parties, entre les politiciens européistes (« l’européisme est la dernière conviction des politiciens qui ne croient plus à rien ») à la Hollande et les ploutocrates.

Le scénario idéal pour ces gens est évidemment de gagner cinq ans en poussant au pouvoir leur marionnette Macron, jeune et immature, manipulable à souhait (plus que le pourtant pas très farouche Fillon).

Pourquoi cette manœuvre cousue de fil blanc ne rencontre-t-elle que peu d’opposition ?

1) Marine Le Pen espérant affronter Macron au second tour, elle n’a pas intérêt à sortir l’artillerie tout de suite. Elle ne veut pas mouiller sa poudre.

2) La droite molle trempant dans ce système (voire espérant le prolonger à son profit), elle est peu crédible pour le dénoncer. Au besoin, quelques dossiers envoyés au Canard Enchainé calmeraient le jeu. D’ailleurs ça n’est même pas nécessaire, l’auto-censure suffit.

3) Les journalistes sont en-dessous de tout.

Bref, comme d’habitude, le peuple français est seul, abandonné par sa classe dirigeante.

Cependant, les ploutocrates ont trois ennemis. Je ne suis pas sûr qu’ils parviennent à les vaincre : l’usure (ça fait maintenant 35 ans que la politique les favorise, j’ai cru comprendre que les peuples n’en étaient pas entièrement satisfaits), la mode (qui est au changement, conséquence de l’usure), la défiance (les peuples obéissent de moins en moins aux prescriptions de ceux qui parlent dans le poste).

Bien sûr, les ploutocrates comptent sur l’apathie : peu importe que les gens soient désespérés si cela les incite à s’abstenir, l’abstention joue pour la continuation de leur système. Mais les sondeurs voient apparaître les « plus rien à foutre » : les gens prêts à voter aux extrêmes en se foutant de conséquences immédiates.

Qui sème le vent récolte la tempête. Depuis le référendum de 2005, la politique française devrait être à la re-nationalisation. Par divers artifices, la ploutocratie alliée à la technocratie européiste a empêché cette expression démocratique, en arguant plus ou moins ouvertement que le peuple était con de vouloir ce qu’il voulait et qu’on allait continuer à faire comme avant. Si ça lui pète à la gueule, qui la plaindra ?

Là où ça devient marrant, c’est que les riches se sortent toujours des changements de politique, alors qu’ils ne se sortent pas toujours des révolutions. Pour éviter un changement de politique, ils prennent le risque d’une révolution, ça n’est pas très rationnel de leur part. Il est vrai que la culture historique ne doit pas faire partie des choses qui alourdissent un Arnault ou un Drahi.

Mais, bon, s’il y a deux ou trois ploutocrates pendus au réverbère, je n’irai pas les pleurer.

De saines lectures :

Macron, Estrosi, Unedic: les élites françaises au bord de la crise de nerf

Le vrai scandale Macron : l’argent sale des inspecteurs des finances, par Sébastien Laye

François-Xavier Bellamy: « Le discours inquiétant de Macron à Marseille »


dimanche, avril 02, 2017

Fillon, le "cabale-héros"

Petit billet juste pour clarifier un point que certains semblent avoir du mal à comprendre :

1) Oui, il y a bien une cabale contre François Fillon. La preuve en est publique et visible de tous : le timing des révélations et des poursuites. Rappelons que nous parlons d'affaires qui remontent à plusieurs années.

Il n'y a même pas besoin de complot en bonne et due forme : la justice et la presse étant outrageusement partisanes, l'impulsion initiale suffit à lancer la machine. La presse et la justice pourraient être discréditées de se laisser ainsi instrumentaliser pour saper la sincérité d'une élection, mais, heureusement, cela fait bien longtemps qu'elles ont perdu tout crédit.

Il n'empêche que, et ce n'est pas contradictoire :

2) Fillon a été mauvais comme un cochon :

a) En se rendant vulnérable par cupidité. Ce n'est pas parce que beaucoup le font que c'est bien.

b) En ne déminant pas. Stéfanini a reconnu une grosse faute. Pourtant, un tweet de Rachida Dati il y a quelques mois aurait du leur mettre la puce à l'oreille (c'est ce tweet qui a servi ensuite à détourner de l'Elysée les soupçons des crétins).

c) En réagissant mollement et avec un grand retard. Le manque de préparation et de combativité était patent. Sur ce sujet, Marine Le Pen lui a donné une leçon.

d) En faisant de sa prétendue probité (Mongénéral mis en examen ...) un argument contre Sarkozy.

Il n'y a pas de contradiction entre 1 et 2 mais, hélas pour Fillon, complémentarité.

Premier tour 2017 : mes prédictions

Puisque nous sommes à trois semaines du premier tour, voici mes prédictions (que j'essaie de distinguer de ce que je souhaite) :

Le Pen   30 %

Fillon 20 % C'est la grosse inconnue, Fillon peut autant faire 20 que 10. Mon pari est risqué : pour qu'il atteigne 20 %, il faudrait que Fillon soit bon et ce qu'il nous a montré jusqu'à maintenant ... Il manque à Fillon l'instinct électoral d'un Chirac ou d'un Sarkozy.

Macron 15 % Je ne crois pas à Macron. Il a toutes les caractéristiques de la bulle médiatico-sondagière et on sait ce que deviennent ces bulles en ce moment. Certes, il a un socle électoral constitué par les bobos, crétins (qui ne voient pas que c'est un Hollande-bis) ou malhonnêtes (qui font semblant de ne pas voir que c'est un Hollande-bis ou qui sont contents de Hollande), mais je doute que cela suffise.

Mélenchon 15 %.

Hamon 10 %.



samedi, avril 01, 2017

Je n'arrive pas à détester Stendhal

Je n'arrive pas à détester Stendhal.

C'est assez étrange car Henri Beyle a tout pour me déplaire : nombriliste, vain, précieux, pour ne pas dire maniéré, snob, sentencieux, poseur, souvent ridicule, aux idées politiques et religieuses stupides (je vais être voué à l'enfer par les beylistes), petit bureaucrate, il n'a guère de qualités qui le rachètent à mes yeux.

Son oeuvre ? Ses romans sont inachevés, fourmillent d'invraisemblances et ne sont pas toujours très bien construits.

Alors ?

D'abord, il y a le style, le goût du mot juste, de la phrase parfaite.

Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur.

Remplacer successeur par héritier jure . Ou inversez César et Alexandre, ce qui correspond à la chronologie, et la phrase dissone.

Julien Gracq est aussi un styliste (lui qui se courrouçait qu'on pût contester l'existence de Jésus alors qu'il y a dans les Evangiles un style Jésus que, selon Gracq, seuls les grossiers sont incapables de reconnaître) et c'est, ma foi, bien agréable.

Mais, il y a chez Stendhal, des traits sociaux inégalés :

Il fut bien étonné quand Coffe lui dit :

« Vous les avez mécontentés, ils vous trouveront de la hauteur.

— De la hauteur ? dit Leuwen étonné.

— Sans doute. Vous avez eu des idées, ils ne vous ont pas compris. Vous avez eu cent fois trop d’esprit pour ces animaux-là. Vous tendez vos filets trop haut. Attendez-vous à des figures étranges à déjeuner. Vous allez voir mesdemoiselles de Riquebourg. »


Stendhal n'est pas mon auteur préféré, mais il y a une connivence entre les amis de Montaigne, de Stendhal et de Saint-Exupéry, qui sont des auteurs manquant de profondeur mais ni d'agrément, ni d'intelligence. On retrouve dans cette confrérie Jean Prévost et Simon Leys (quoique j'ignore son opinion de Saint Exupéry).






vendredi, mars 31, 2017

Enfin une raison positive de voter Fillon

Tout le monde connaît la raison négative de voter Fillon : faire barrage (expression à la mode) à Emmanuel Hollande.

Mais je n'en connaissais pas de positive (je vous rappelle que je considère qu'aucun candidat n'est digne de confiance, donc j'attache peu d'importance à ce qu'ils disent et je regarde leur entourage).

Or, je viens de m'apercevoir que Malika Sorel, pour qui j'ai le plus grand respect, fait partie de cet entourage.

Est-ce que cela suffit à trancher mon choix (Le Pen, Fillon ou abstention) en faveur de Fillon ? Non. Hélas pour le forcené de la Sarthe, mon choix reste plutôt entre les deux autres propositions, mais Fillon remonte.

Macron, héritier de Hollande : enfin !

La grande manœuvre : comment Hollande pousse secrètement Macron

Ca fait des semaines que j'attendais ce genre d'articles.

Je ne comprends pas pourquoi l'équipe de Fillon ne se répand pas sur la toile avec ça, ne fait pas le « buzz ». Ou plutôt si, je comprends : il n'y a pas d'équipe Fillon.

François Fillon est un homme seul, il se retrouve bien malgré lui opposant au Système alors que ses soutiens supposés en sont des piliers. Ils font donc le service minimum. Beaucoup des prétendus soutiens de Fillon seraient finalement moins gênés d'une victoire de Macron que du risque que les choses changent.


Je trouve souvent que la réflexion de Finkielkraut manque de finesse, mais là, il faut juste avoir la franchise de dire ce que l'on voit, il est parfait :

Alain Finkielkraut : « Il ne s'agit plus, en votant, de choisir, mais d'obéir »

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LE FIGARO. - À trois semaines du premier tour, que pensez-vous de cette élection présidentielle ? Qu'est-ce qui la caractérise ?

Alain FINKIELKRAUT. - Jamais une ambiance aussi lourdement prescriptive n'a pesé sur une élection présidentielle. On n'attend pas comme naguère le verdict des urnes, on attend la confirmation dans les urnes d'un verdict déjà rendu. Les citoyens que nous sommes sont mis en demeure de valider ce scénario écrit d'avance: éliminer au premier tour le candidat de la droite et du centre discrédité par les affaires, puis élire au second le candidat d'En marche! pour faire barrage au Front national. Il ne s'agit plus, en votant, de choisir, mais d'obéir.

Rien de tel ne serait arrivé, me dira-t-on, et nous n'étoufferions pas sous le règne humiliant de cette injonction permanente, si Fillon n'avait pas lui-même dérogé à son image d'homme irréprochable. Il a fallu l'accaparement familial de son enveloppe parlementaire et les largesses consenties à son épouse par la Revue des deux mondes pour que se mette en place le scénario de l'élection obligatoire. C'est vrai. Ayant moi-même été très choqué de l'entendre dire: « Qui imaginerait le général de Gaulle mis en examen ? », car cette phrase ne respectait ni la présomption d'innocence ni la séparation des pouvoirs dans la mesure où elle conférait à la justice le soin d'arbitrer sa rivalité avec Nicolas Sarkozy, je me suis remémoré, dans les premiers jours du « Penelopegate » ce sage proverbe africain: « Quand on monte au cocotier, il vaut mieux avoir le cul propre.»

Mais je me demande aujourd'hui ce qui rend la justice si expéditive et les journalistes si hargneux. Parce qu'il ne disposait pas d'éléments assez graves et concordants pour renvoyer François Fillon devant un tribunal correctionnel, le parquet national financier a confié le dossier à trois magistrats instructeurs. Saisis le 24 février, soit deux jours avant l'entrée en vigueur de la loi qui aurait provoqué la prescription de la plupart des faits incriminés, ces juges ont épluché le dossier pendant le week-end, alors même que les policiers n'avaient pas eu le temps de produire un rapport de synthèse, ce qui, selon le journal Le Monde lui-même, est très inhabituel en procédure. Dès le lundi, c'est-à-dire sans avoir procédé à la moindre investigation, les magistrats envoyaient une lettre recommandée aux époux Fillon en vue d'une mise en examen. Et François Fillon était convoqué le 15 mars, soit deux jours avant la clôture des parrainages. Cette précipitation n'a pas été plus critiquée que la médiatisation instantanée des procès-verbaux des auditions. On y a même vu un acte de salubrité publique. Peu importe le respect des règles : tout devait être fait pour empêcher la vénalité d'entrer à l'Élysée. C'est le mandat moral que s'est assigné la plus grande partie de la presse. Ainsi, le lendemain de la mise en examen de Penelope Fillon, a-t-on appris au journal télévisé de France 2 qu'elle risquait dix ans de prison pour ses abominables forfaits.

[…] je me suis dit que ce qui se joue dans l'affaire Fillon ce ne sont pas les infractions qu'il a pu commettre. On déteste en lui non les médiocres magouilles ni l'argent qu'il a amassé (Macron s'est enrichi beaucoup plus et beaucoup plus vite), mais le côté vieille France. Nos sociétés se partagent désormais entre planétaires et sédentaires, globaux et locaux, hors sol et autochtones, ouverts à toutes les innovations et attachés aux traditions. Du fait même de leur mode d'être et d'agir, la majorité des journalistes appartiennent à la première catégorie et Fillon, aussi geek, aussi connecté qu'il se veuille, représente à leurs yeux le monde d'avant. C'est à ce monde qu'à travers lui ils ont le sentiment de donner tous ensemble le coup de grâce.

[…]

Si aujourd'hui vous avez le malheur de dire que dans tel ou tel domaine la situation empire, les choses se dégradent, le journaliste qui vous questionne vous regarde interloqué et s'exclame: « Vous n'allez tout de même pas prétendre que c'était mieux avant ! » C'était mieux avant est la phrase que la doxa vous interdit de prononcer sous peine de passer pour le dernier des cons. Pangloss mène la danse et persécute la nostalgie. Macron est le candidat de Pangloss. À l'heure où la langue française dépérit, où la nation se disloque, où l'école s'effondre, où la production animale remplace l'élevage fermier et fait disparaître veaux, vaches, cochons, couvées, il explique doctement que le vieux clivage droite-gauche doit être remplacé par l'opposition des progressistes et des conservateurs.

Et qu'est-ce que le progrès pour Emmanuel Macron ? C'est d'abord de ne jamais oublier de dire « celles et ceux » quand il désigne une pluralité d'individus, c'est ensuite la dissolution de toute permanence, la liquidation de tout ce qui est solide, la libération de tous les flux. Les flux contre l'identité, la circulation contre l'héritage, l'avenir ubérisé contre l'expérience partagée, la diversité et la mobilité contre l'idée même d'une culture française et d'un art français : avec ses « helpers », ses « coworkers » et son « pôle event », Emmanuel Macron ne conçoit pas la France comme une nation, il la voit comme un open space.

Mais il n'est pas seul en cause. J'ai été frappé par l'indigence du premier débat présidentiel sur la question éducative. Aucun candidat n'a pris la mesure du désastre. François Fillon a certes insisté sur la nécessité de revenir «aux fondamentaux», mais ce mot, «fondamentaux», est un éteignoir bureaucratique. Il faut nommer les choses pour prendre conscience de leur disparition.

[…]

Mais qu'advient-il à la civilisation quand deux corporations se soustraient à l'obligation de rendre des comptes ? Des juges et des journalistes peuvent saccager des vies, il ne leur arrive rien, ils ne répondent de rien, et si l'on s'avise de s'interroger sur leurs pratiques, on tombe dans la trumpisation. Un nouveau syllogisme est à l'œuvre: Trump critique les médias, Trump critique les magistrats ; critiquer les médias et les magistrats, c'est donc se ranger sous la bannière du mégalomane infantile qui met la planète en danger. C'est trop facile. Et pour ma part, je ne vois rien de trumpiste dans la volonté de connaître l'origine des fuites qui ont déclenché l'affaire Fillon. Une telle information ne peut en aucun cas lui servir d'excuse, mais, comme dit Edwy Plenel, nous avons le droit de savoir. La démocratie ne saurait s'accommoder d'une investigation à géométrie variable. Cessons donc de dénoncer le complotisme pour justifier l'incuriosité et laissons Trump là où il est. Imaginez, en effet, qu'il émette demain un jugement négatif sur Staline ou Pol Pot. Faudra-t-il, pour montrer de quel bois on se chauffe, envisager leur réhabilitation ?
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jeudi, mars 30, 2017

La joie par l'ordre

L'homme est un noeud de liens. Liens dans le temps, vers le passé et vers l'avenir ; liens dans l'espace.

Certains liens sont hérités et généralement irrévocables (patrie, famille, culture, ...). D'autres sont transmis (paternité, maternité, ...). D'autres encore sont choisis, certains irrévocables (mariage, ...), d'autres choisis et révocables (liens contractuels).

Notre société, à la suite d'une évolution commencée à la Renaissance, considère aujourd'hui que les seuls liens admissibles sont de type contractuel : choisis et révocables. Elle traite donc tous les liens comme s'ils étaient de ce type, jusqu'au ridicule. Inutile que j'insiste, l'actualité est pleine d'exemples.

Je ne peux que citer Philippe Bénéton :

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Qui es-tu ? À cette question, un homme d'autrefois n'avait guère de peine à répondre: je suis François M, fils de Jacques M et de Suzanne D, époux de Jeanne D, père de deux enfants, natif de Normandie, citoyen français, de religion catholique (ou protestante, ou juive)…

Mais que doit répondre un homme d'aujourd'hui s'il se conforme à l'esprit du temps ? Qui je suis, mais je suis Moi, un être qui se fait tout seul et ne doit rien à personne... Mais quel est ce Moi insaisissable ? Où s'accrocher quand les rôles traditionnels (de fils, de père, de mari...) ont perdu leur force ? À quoi se dévouer, se donner quand tout se vaut ? Qu'est-ce qui mérite d'être respecté quand la grossièreté et la vulgarité dégoulinent sur les écrans ? Que faut-il opposer aux fanatiques de l'Islam qui dénoncent cet Occident qui n'est que débauche et faiblesse, qui exhibe des corps en rut et ne voit rien qui mérite de risquer sa vie ?
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Mais ce comportement d'enfant dans le fantasme de la toute-puissance et de l'auto-engendrement rend les hommes malheureux. Pas malheureux style « Je vais prendre une deuxième part de clafoutis et ça ira mieux », malheureux style « Je vais m'abrutir avec tout ce que je peux, télévision, radio, réseaux sociaux, petites pilules, etc. Ma vie est vide ? Hé bien, je vais la remplir de grands riens et de petits riens ... et je serai encore plus malheureux mais je n'aurai pas le temps de m'en apercevoir ». Le divertissement pascalien puissance dix.

Pour une raison fort simple : ne prendre que les liens révocables est une amputation. A la fin, l'homme meurt : les liens irrévocables (patrie, culture, famille, ...) sont ceux qui lui survivent. Si même ces liens sont révocables, il n'est plus qu'une bulle de savon, il est né de rien et ne laisse rien derrière lui.

C'est un grand désordre dans la nature humaine.

Rétablir l'ordre ramène la joie.

L'ordre, ce sont des choses simples, qui passent souvent par la loi tellement nos moeurs ont perdu la tête : ne pas choisir n'importe quel prénom pour ses enfants, assumer ses responsabilités, filiales (ne pas se débarrasser de mémé), matrimoniales (ne pas divorcer sur un coup de tête), parentales (ne pas laisser ses enfants à eux-mêmes), locales mais aussi nationales. Parler une langue correcte (ce qui ne veut pas pas dire châtiée !), ne pas manger n'importe quoi n'importe quand (il y a de plus en plus d'humains touchés par une maladie qui s'apparente au foie gras des canards !) ...

Les exemples sont légion.

Mais il y a aussi l'ordre collectif qui naît des liens assumés : la sécurité à l'intérieur et à l'extérieur, la justice, le respect ...

Là où il y a un désordre, il y a un ordre à rétablir.

Comprenez moi bien, je ne parle pas de l'ordre superficiel des sociétés totalitaires. Je parle de cette ordre profond qui fait que chaque homme est à sa place, avec ses droits et ses devoirs (et pas seulement ses droits).

J'aime bien cette citation de Pierre-Jakez Heliaz :

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La politesse paysanne qui fut la mienne consiste à donner à chacun son dû et à lui réclamer le nôtre. Aimer les gens à leur place exacte dans les familles et les petites sociétés rurales, ce n’est pas un jeu mais une justice. Il ne s’agit pas de rendre les rapports humains plus faciles mais de les maintenir ou de les établir comme ils doivent être. (…) Quand chacun se conduit comme il faut, il y a honneur. Quand une faute est faite, il y a honte. Des deux côtés.
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Ainsi, on retombe sur ce bon vieux Péguy :

« L'ordre, et l'ordre seul, fait en définitive la liberté, le désordre la servitude ».



mercredi, mars 29, 2017

La sortie de l'européisme : un problème de compétences

Le coût d’un maintien dans l’euro

La BCE ne pourra pas maintenir continuellement la zone euro sous perfusion

La fin de l'Euro et de l'UE, que je souhaite, et que je crois inévitable à un horizon que je n'arrive pas à évaluer, posera un problème simple mais ardu, comme les Britanniques viennent de le constater avec le Brexit : le manque de compétences pour gouverner.

A force de déléguer sa souveraineté à Bruxelles, les compétences finissent par manquer pour le travail gouvernemental de haut niveau.

Oh, bien sûr, la bureaucratie française sera toujours la meilleure du monde pour nous sortir des règlements pinailleurs et des circulaires à la con afin de pourrir la vie des petites gens. C'est facile. C'est même une honteuse facilité. Mais il ne s'agit pas de cela.

Non, il s'agit des questions de guerre et de paix, de négociation des traités.

Evidemment, il est plus facile d'emmerder un smicard parce que son chauffe-eau n'est pas aux normes que d'aller affronter la Chine.

mardi, mars 28, 2017

C'est français, monsieur !

Talbot Lago T150-C, une « Goutte d'eau » sur les rives du lac de Côme








Vers une union des droites ?

Patrick Buisson prétend qu'il y a une baisse tendancielle de la droite molle. J'ai donc fait l'exercice sur les scores présidentiels (en pourcentages) de premier tour (un peu audacieusement, puisque j'y ai mis de Villiers, ce qui ne lui ferait pas plaisir) :

















La tendance n'est pas flagrante. En revanche, dès qu'on compare aux scores de la vraie droite, la différence saute aux yeux :
















Plusieurs remarques :

♘ La droite est majoritaire en France (si l'on fait l'hypothèse que droite dure et droite molle peuvent s'additionner).

♘ Avec le recul, on constate que la création de l'UMP (les hommes du RPR avec les idées de l'UDF) fut une imbécilité. Alain Juppé, principal instigateur de cette catastrophe, mérite amplement son statut de plus con d'entre eux.

♘ 2007 fut une élection singulière et la trahison de Sarkozy une occasion manquée dont on parlera peut-être dans quelques années de la même façon qu'on parle de l'occasion manquée de la remilitarisation de la Rhénanie. L'histoire ne repasse pas les plats.

♘ François Fillon ayant été connivent à la trahison du séguinisme que fut la création de l'UMP et ayant plus que sa part dans la trahison des électeurs de droite de 2007, il y a une justice à ce qu'il en soit aujourd'hui la victime.

Tout cela peut aussi se déduire de la sociologie : le centre mou et la gauche mondialiste parleront toujours mieux aux vainqueurs de la mondialisation que le droite molle. Le FN parlera toujours mieux aux vaincus de la mondialisation que la droite molle. Bref, la droite molle n'a plus beaucoup d'espace.

Finalement, je me demande s'il ne faut pas souhaiter pour la France un second tour Macron - Le Pen, quitte à prendre le risque de la victoire d'Emmanuel Macron (nullement certaine). Cela permettrait une recomposition de la droite, à condition que Marine Le Pen sache accueillir les nouveaux venus, ce qui n'est vraiment pas gagné (se souvenir de l'épisode Mégret).

Le principal obstacle à une union des droites, l'UE et l'Euro, est en train de s'estomper. L'UE est de moins en moins populaire et il ne manque pas grand'chose pour qu'un éclatement de l'Euro apparaisse comme inévitable.

Qui relèvera la fortune de France ?

Une bande d'individus moralement faillis (1) a porté atteinte d'une manière inadmissible à la sincérité du scrutin du printemps. Les faits manquent de preuves, c'est vrai, mais on a cependant un tableau assez complet.

Nous nous dirigeons vers un scrutin confisqué par la France d'en haut (2) avec la complicité du quart de Français qui se foutent de la France et privilégient leur petit confort. (Jérôme Sainte-Marie : « Macron, révélateur du vote de classe »).

Les responsabilités politiques sont partagées : la droite molle n'a jamais fait dans la magistrature et dans la presse le ménage qu'il était de son devoir de faire et n'a jamais combattu pied à pied les magouilles de la gauche, pensant qu'un jour les mêmes techniques pourraient lui servir.

Il n'en demeure pas moins que la prochaine élection présidentielle est désormais frappée  d'illégitimité.

Le coeur de la démocratie est l'acceptation par les minoritaires de la légitimité de l'élu de la majorité, parce que les procédures ont été respectées et les choix clairement posés.

Après tant de magouilles et de parti-pris d'organismes censés garantir la bonne marche des institutions et la sincérité de l'élection, 49 % des Français auront de solides raisons, pas seulement des fantasmes et de la rancoeur, de considérer que qu'ils ne sont pas tenus d'accepter les décisions de la nouvelle majorité. C'est une catastrophe.

Et après ?

En mai, nous aurons un président mal élu (et j'en veux à tous les acteurs et à tous les commentateurs qui n'ont pas fait preuve de droiture) et qui aura ou n'aura pas de majorité parlementaire en juin. A moins que l'élu (aujourd'hui, les plus probables sont Fillon, Le Pen ou Macron - dans l'ordre alphabétique) révèle des capacités exceptionnelles, son quinquennat sera celui de l'impuissance, de l'anarchie et de décisions étroitement partisanes, assez semblable au quinquennat Hollande.

La France pourra-t-elle le supporter sans graves dommages ?

Qu'il me soit permis de m'en inquiéter.

Ensuite, la place sera dégagée pour Marine Le Pen (si ce n'est pas elle qui est élue dans deux mois). Donc la situation qui se dessine, c'est Le Pen, en 2017 ou en 2022 ? Mais c'est une justice : puisque personne ne règle les problèmes qui font monter Marine Le Pen (lire C. Guilluy), il est bien normal qu'elle finisse par arriver au pouvoir et qu'on voit enfin si elle est capable de les régler. Personne ne détient en démocratie le pouvoir de droit divin et il est normal que ceux qui ont échoué soient remplacés par ceux qui n'ont pas encore échoué et qui pourraient réussir.

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(1) : François Hollande mérite la Haute Cour, certains magistrats la révocation et la presse la suppression de ses subventions (Fillon, Macron : un traitement médiatique à deux vitesses). Et je ne parle pas du CSA ou de la HATVP. Je sais bien que rien de cela n'arrivera pas, mais il faut garder en tête ce qui est juste, même si le monde est un vase d'iniquité.

(2) : j'ai dit à quel point j'étais surpris qu'il ne se trouve pas en France des hommes de bien, au-dessus des intérêts partisans, pour dénoncer la cabale contre François Fillon. A ma connaissance, parmi ceux qui sont en désaccord politique avec Fillon, seuls Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Jacques Julliard ont eu un mot de soutien (et pas tous sans arrière-pensée). C'est peu, et c'est aussi un signe que notre pays est très malade.

Serge Galam : Le Pen peut gagner

Je pense que je suis un des premiers (un peu d'auto-congratulations ne fait pas de mal) à avoir suivi Serge Galam. Il a prédit la défaite de Juppé et l'élection de Trump.

Un des points les plus importants de son modèle sociophysique est qu'il prend en compte le temps, contrairement à la plupart des autres. Si la campagne dure six mois ou deux ans, le résultat n'est pas le même. Or, j'ai souligné, à propos de Trump, à quel point la gestion du calendrier me paraissait essentielle à la réussite d'une campagne électorale (une des défaites de Fillon est qu'il se fait imposer son tempo par les affaires).

Or, ne voilà-t-il pas qu'il nous explique qu'il est possible d'envisager une victoire de Marine Le Pen sans faire d'hypothèses tirées par les cheveux ?

Pourquoi et comment Marine Le Pen peut gagner avec moins de 50% d’intentions de vote

Moi-même, j'évolue. Je suis beaucoup moins hostile à une victoire de Marine Le Pen que je ne l'étais il y a quelques mois.

François Fillon a confirmé toutes les craintes politiques qu'on pouvait avoir sur lui (« le Rotary à l'heure de l'apéritif ») et Emmanuel Macron se révèle dans toute sa nocivité. Une victoire de Marine Le Pen en devient, par comparaison, beaucoup plus acceptable.



lundi, mars 27, 2017

Jutice : un président ne devrait pas faire ça

Je vous incite à passer un peu de temps sur le blog de Castelnau. Il est instructif.




JUSTICE : UN PRÉSIDENT NE DEVRAIT PAS FAIRE ÇA


Genèse d’une bombe à fragmentation involontaire

Les journalistes d’investigation se considèrent comme une sorte d’aristocratie de la profession. Ils ont tendance à toiser leurs confrères rubricards, comme les conducteurs de l’Eurostar le font avec leurs collègues du TGV Sud-Est. Ce n’est pourtant pas un métier bien compliqué, il suffit d’avoir le numéro de portable de quelques policiers, voire d’obtenir celui d’un magistrat pour devenir « enquêteur » comme le Monde qualifie ses prestigieux Plic & Ploc. Le fait d’écrire avec ses pieds et l’analphabétisme juridique ne sont pas des handicaps, au contraire. Tous ces gens publient force livres, vite faits, vite lus, vite oubliés qui témoignent de la culture qui leur est commune : une fascination pour les képis. « Bienvenue place Beauvau » sous-titré « Police : les secrets inavouables d’un quinquennat » n’échappe pas à la règle avec la description minutieuse des agissements de « l’État profond » dans ses pratiques barbouzardes accompagné d’un name-dropping considérable. Tout ceci n’aurait rien eu de spécialement original si ce n’est l’existence de trois facteurs qui font de cette publication, une bombe à fragmentation. Tout d’abord si ce que l’on nous raconte est vrai, François Hollande qui nous avait bassinés avec sa normalité, apparaît comme un manipulateur sans morale, sans scrupule et sans aucun principe. Ensuite, les auteurs, probablement involontairement, nous font la démonstration de l’instrumentalisation de la justice à des fins bassement politiciennes. Enfin, la publication survient en pleine campagne présidentielle au moment du déferlement politico-médiatico-judiciaire contre François Fillon. Donnant complètement corps à l’accusation d’une opération téléguidée visant à favoriser l’accès de Macron héritier de François Hollande, à la Présidence de la République. À la lumière de ces trois éléments, la lecture en devient saisissante.
Dès la préface les auteurs démarrent fort et nous préviennent : « comme leurs prédécesseurs, mais avec moins de talent et de rouerie, Hollande, Valls, Cazeneuve et les autres ont joué avec l’appareil judiciaire à des fins souvent électorales. » Il faut quand même se foutre du monde pour prétendre que cette attitude aurait été absente dans la conduite politique et judiciaire de l’affaire Fillon. Tout d’un coup, les trois manipulateurs précités auraient été touchés par la grâce ? Et pourtant, mesurant tardivement l’impact politique meurtrier de tout ce qu’ils racontent les journalistes n’ont pas hésité à des rétro-pédalages pathétiques sur tous les plateaux. En fait, on peut penser qu’habitués aux manipulations policières du pouvoir d’État, et dépourvus d’une véritable culture juridique et judiciaire, ils n’avaient pas mesuré le caractère dévastateur de ce qu’ils écrivaient.

Cabinet noir or not ?

Et d’ailleurs après la préface ça continue. Le premier chapitre décrit avec force détails comment Hollande a travaillé à récupérer la police considérée comme toujours dans la main de Nicolas Sarkozy. Il nous apprend que l’existence d’un « cabinet noir » est  probable : « il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troublants, de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes, et dont le rayon d’action ne serait pas cantonné aux seuls renseignements territoriaux ».
On ne saurait être plus clair, surtout que la description continue avec l’endroit : « pour orchestrer les affaires judiciaires il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit….. la plupart des affaires judiciaires qui ont empoisonné Sarko et les siens ont trouvé leurs racines ici dans cet immeuble ultra sécurisé du neuvième arrondissement de Paris ». La recette maintenant, comment instrumentaliser la justice : « afin d’allumer la mèche d’une affaire politique ou financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction, et la transmettent officiellement la justice. Ou officieusement un service enquêteur qui se chargera de mener « une enquête d’initiatives » avant qu’un magistrat ne la reprenne à son compte. »
 Donc, si l’on comprend bien les fonctionnaires d’État mâchent le boulot, et quand la soupe est prête on va donner le dossier au parquet pour qu’il saisisse un juge d’instruction. Mais qui sont les magistrats saisis ? Il faut savoir que les juges d’instruction sont des juges du siège qui doivent instruire à charge et à décharge et donc leur impartialité doit être insoupçonnable. Et il existe un principe fondamental dans le fonctionnement de la justice, celui « qu’on ne choisit pas son juge ». Mais avec Hollande et sa fine équipe, si si, nos enquêteurs nous disent qu’ils les choisissent :
« chaque fois, ce sont les mêmes juges d’instructions qui sont désignées pour les affaires qui intéressent le Château ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy… six magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire .» Dont on comprend qu’ils sont toujours les mêmes aussi.  Bigre, amis journalistes– enquêteurs, il est difficile d’être plus clair, mesurez-vous le caractère déshonorant pour le président normal que cette description ? Personnellement, j’éprouve une certaine satisfaction en me rappelant comment j’ai prêché dans le désert en relevant l’acharnement judiciaire manipulatoire contre Nicolas Sarkozy dans ces colonnes. Et, pourquoi le cacher une certaine jubilation pour avoir décrit à l’avance ce qui allait arriver à François Fillon, ce qui m’a valu force qualifications de « complotiste », nouveau point Godwin du camp du bien.

 Les amis qu’on ménage

La lecture du livre met également en lumière la pratique de la mansuétude ciblée, qui consiste à épargner à certains des poursuites judiciaires, en pensant à l’avenir. Certains ralliements à Emmanuel Macron sont de ce point de vue savoureux. « Le Château est passé maître dans l’art de pousser ou ralentir le feu sous les casseroles judiciaires. Pour enterrer sans classer, il suffit de donner consigne de continuer à creuser en préliminaire ad vitam aeternam. Dans ce cas le dossier reste sous contrôle direct de la chancellerie ». On cite Jean-Louis Borloo, ou Dominique de Villepin dont on annonce le ralliement imminent à Emmanuel Macron aurait paraît-il bénéficié de certaines complaisance : « les enquêteurs n’ont pas cru bon d’entendre ce bibliophile avisé qui, ces dernières années a empoché 5 millions d’euros pour la seule vente de ses livres. De même qu’aucune des procédures dans lesquelles Villepin apparaît à l’étranger ne semble susciter la curiosité des magistrats français. » Tout le livre n’est qu’un long florilège des outils et de l’exécution de ces basses œuvres. On en ressort édifié, sur l’imposture Hollandienne en matière de respect des principes et des libertés publiques.
Croyant lui trouver des excuses les auteurs enfoncent François Hollande un peu plus : « l’impréparation, la méconnaissance de l’appareil policier et judiciaire ainsi que les circonstances ont très vite amené François Hollande à renier ses principes et à adopter des méthodes qui n’ont rien à envier à celle de ses prédécesseurs. » La nullité, comme excuse des turpitudes, il fallait oser. Le problème, est que cette fois-ci, ces méthodes sont utilisées pour fausser sans vergogne l’élection principale de la Ve République. Privant désormais, son résultat de toute légitimité démocratique. Ceux qui ont pris cette responsabilité devront en répondre.

Il faudra répondre de tout cela

En répondre parce que nous prenons connaissance dans ce livre, non seulement d’affirmations mais d’accusations très graves dirigées contre l’institution judiciaire. Il n’y a pas beaucoup d’illusions à se faire sur l’attitude des organisations syndicales de magistrats dont on est à peu près sûr, qu’elles vont rester muettes.
Et parce que des élus LR auraient fait au PNF et au parquet de Paris, à propos du livre ce qu’on appelle un « signalement article 40 » par référence à l’article du code de procédure pénale qui fait obligation aux agents publics de signaler au procureur tous faits dont ils ont eu connaissance et susceptibles de recevoir une qualification pénale. L’épisode va être intéressant, car si les auteurs ont dit vrai, c’est en nombre que se comptent les infractions pénales établies. La présentation dans un tableau des extraits du livre au regard des incriminations possibles donne la mesure de la gravité du scandale. Et on ne voit pas comment autre chose qu’une procédure judiciaire pourra séparer le vrai du faux et dégager une vérité opératoire.
Pour avoir lu l’ouvrage, je sais qu’il y a beaucoup d’autres infractions. Le PNF s’est saisi en une heure de l’affaire Fillon sur la base d’un article du Canard enchaîné, pour lancer une enquête TGV multipliant les actes qui se sont bien sûrs immédiatement retrouvés dans la presse. Pour l’instant, huit jours après l’ouverture de l’enquête sur Bruno Le Roux, a priori il ne s’est strictement rien passé. Normal, Le Roux n’est candidat à rien. Le même PNF reste obstinément muet concernant Emmanuel Macron malgré une collection de faits éminemment suspects. Pas beaucoup d’illusions, il y a encore de la honte à boire.
Espérons simplement que le parquet de Paris sauvera l’honneur et fera son devoir.




















Obamacare : qu'il est con, ce Trump !

On dirait que Donald Trump a une capacité inépuisable à faire tomber dans le panneau nos bien-pensants et nos intellos (1).

La bataille de l'Obamacare

Trump and Healthcare

Pour l'instant, Trump n'a pas montré grand'chose. Patientons.

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(1) : Alain Finkelkraut se ridiculise une fois de plus en disant, telle une vieille rombière choquée par un manant, que Trump « ne sait qu'éructer ». Il est vrai que mon jugement sur Finkielkraut est fait depuis longtemps : l'homme est plus estimable que le penseur. Un type qui est capable d'écrire un bouquin sur Péguy en expédiant sa conversion au catholicisme en une ligne ne mérite pas qu'on s'attarde trop sur les fulgurances de sa pensée. Il n'a pas un gramme de cet esprit de finesse vanté par Pascal. Il convient bien à notre époque bavarde et prétentieuse.












Emmanuel Macron et le mensonge technocratique

Les ralliements à Emmanuel Macron sont d'une ampleur spectaculaire mais le fond en est très ordinaire.

Le fond d'Emmanuel Macron, c'est le mensonge technocratique. L'idée, erronée, que la politique est une impasse, que la droite et la gauche ne comptent pas, que le gouvernement moderne est une question de technique et qu'il suffit de laisser les commandes aux meilleurs techniciens (sélectionnés comment ?) pour que les choses aillent mieux.

Cette idée remonte aux années 30 et a trouvé sa concrétisation dans le gouvernement de Vichy. Depuis les années 70, c'est l'idéal qu'on nous sert : Giscard et Barre, Fabius et Bérégovoy, Juppé, Macron lui-même nous ont été présentés comme de super-techniciens du gouvernement.

Mais c'est un mensonge : le gouvernement technocratique est aussi un choix politique, et non technique. Et ça fait quarante ans qu'on nous emmerde avec ça.

C'est pourquoi Emmanuel Macron rassemble à la fois ceux qui ont quelque chose à perdre et ceux qui sont trop lâches pour assumer en face la nature intrinsèquement conflictuelle de la politique, ce sont souvent les mêmes (le blog de P. Bilger m'a beaucoup servi pour le comprendre). La modération politique est le paravent du cynisme et du conservatisme.

On fait semblant de ne pas trancher, de ne pas être brutal, d'être modéré, de se borner à la technique, pour dissimuler un vrai choix politique, qui est en réalité aussi brutal que tout autre choix politique : « La situation actuelle me va bien, je n'ai pas envie qu'on y touche, sauf pour de la cosmétique. Et si des gens en souffrent, si le pays en souffre, c'est bien dommage pour eux, mais je m'en fous, ma priorité c'est de ne pas prendre le risque de perdre mon confort ».

Voilà ce que signifient les ralliements à Macron des Bayrou, Mercier, Madelin et compagnie.

Est-ce que les Français le comprendront en nombre suffisant ? Je n'en désespère pas.

Allez rions un peu :