mercredi, février 13, 2019

Éric Zemmour : « Encore un effort pour être antique ! »



Ne le répétez pas : je méprise de plus en plus les femmes qui se veulent modernes, car elles correspondent exactement à la description de Zemmour :

Ainsi va notre jeune Italienne, entre ingénuité et moralisme, anachronisme et aveuglement, sentimentalisme et manque d'envergure intellectuelle : bref, une Occidentale typique, de son époque, de son milieu, de sa génération.






Éric Zemmour : « Encore un effort pour être antique ! »





CHRONIQUE - Une balade avec Jason à la recherche de la Toison d'or. Par une jeune Italienne à la mode, Andrea Marcolongo, plus moderne qu'elle ne le croit.
Andrea Marcolongo fut une adolescente pénible. Les parents vous diront qu'elles le sont toutes. Notre jeune Italienne avait des excuses: sa mère était morte alors qu'elle n'était qu'une enfant. Souffrant d'anorexie, elle teignait en noir sa belle chevelure blonde, et se tatouait la peau, comme pour mieux torturer ce corps qu'elle avait pris en grippe. Elle exaspérait ses camarades de classe en commençant toujours ses phrases par des «Cela vient du grec» ou des: «À mon avis, cela se disait en latin…».
L'arrogance de la première de la classe rend rarement populaire. On connaît la suite. Notre adolescente en souffrance a suivi le fameux conseil de Cocteau: «Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi!» Son premier livre, La Langue géniale(Les Belles Lettres), à la gloire du grec ancien, lui a valu un succès aussi inattendu qu'international.
Enhardie, elle entame cette carrière d'écrivain, dont elle avait rêvé, avec un nouvel ouvrage. Sans doute pour se rassurer - et ne pas effaroucher ses lecteurs - elle confine son inspiration dans les parages de la Grèce Antique ; mais elle évite les destinations trop balisées de l'Iliadeet l'Odyssée, et jette son dévolu sur la - un peu moins - célèbre histoire de la Toison d'or: la quête de Jason, et de ses compagnons de voyage en mer, les Argonautes, qui, après moult aventures initiatiques, reviendra avec le morceau de tissu si précieux, ayant conquis l'amour de la belle et indomptable Médée.


Notre jeune femme d'aujourd'hui vante l'initiation virile du jeune homme d'antan, sans comprendre que les valeurs qu'elle admire sont exactement celles que notre époque vomit comme «virilité toxique»



Notre auteur reprend la méthode qui avait fait son succès. Son livre n'est ni un roman, ni un essai ; plutôt une série de réflexions, anecdotes, commentaires, harmonieusement agencés, des allers-retours permanents entre hier et aujourd'hui, entre l'Antiquité et la postmodernité, entre les héros de la mythologie et le prosaïsme de nos contemporains, entre le charme persistant de la découverte des étymologies et la banalité des morales qu'elle en tire ; un style clair et propre, sans audace ni jargon, plat et scolaire.
Andrea Marcolongo s'attache à un récit au style épique alors qu'elle en manque singulièrement. C'est tout l'intérêt paradoxal de cet objet de grande consommation: l'auteur prétend (et sans doute est-elle sincère) «porter sur le présent le regard antique qui oriente ma vie et mes choix», alors qu'elle fait - peut-être sans le savoir - l'exact contraire, portant sur l'Antiquité, un regard contemporain qui imprègne sa vie et ses choix.
Dès le début, elle nous explique qu'elle a choisi l'histoire de Jason et de ses amis, les Argonautes, et non celle des héros d'Homère, car «comparés à Ulysse ou à Hector, ils sont fragiles, et toutefois plus forts, parce que leurs travaux ne sont pas dictés par la guerre ni la vengeance, mais par le besoin de se mettre avant tout eux-mêmes à l'épreuve». Tout le livre peut être résumé par cette phrase. Les étymologies, anecdotes, récits sont antiques, mais le regard est contemporain, et plus particulièrement féminin ; on baigne dans la religion de l'Amour qui domine l'Occident aujourd'hui ; l'héroïsme guerrier des Anciens est transformé en quête intérieure des Modernes ; l'Antiquité grecque revue et corrigée par le christianisme, la presse féminine et les livres américains de développement personnel.
Andrea Marcolongo confond l'essentiel et l'accessoire: elle croit que la véritable quête de Jason et de ses amis argonautes est l'amour, et non la Toison d'or ; alors que la conquête des femmes - et de la femme - est la récompense de l'exploit de l'homme. C'est bien parce qu'elle se réjouit d'être le trophée que la femme - en l'occurrence Médée - fait tout pour aider son soupirant à remporter la victoire.
Notre jeune femme d'aujourd'hui vante l'initiation virile du jeune homme d'antan, sans comprendre que les valeurs qu'elle admire - force, audace, transgression, indépendance - sont exactement celles que notre époque vomit comme «virilité toxique», pour les femmes et même pour la planète. On se demande même parfois si elle comprend bien cette Antiquité qu'elle dit chérir.


Ainsi va notre jeune Italienne, entre ingénuité et moralisme, anachronisme et aveuglement, sentimentalisme et manque d'envergure intellectuelle : bref, une Occidentale typique, de son époque, de son milieu, de sa génération



Quand elle vante l'hospitalité grecque de jadis pour mieux dénoncer le rejet des migrants d'aujourd'hui (on suppose qu'elle vise l'Italie de Salvini), elle oublie seulement que les «étrangers» qu'on accueillait avec «hospitalité» repartaient chez eux très vite. Et que ses chers Grecs antiques considéraient tous les étrangers comme des «barbares» méprisables. Les anecdotes qu'elle raconte elle-même peuvent d'ailleurs être retournées aisément contre sa démonstration humaniste. Ainsi, ramenés (par un vent capricieux) sur une île qu'ils venaient de quitter, les Argonautes massacrent les habitants qui les avaient pourtant accueillis avec générosité. Comme un avertissement à tous les peuples ouverts et généreux?
De même, sur l'île de Lemnos, les femmes avaient exterminé leurs hommes, bien décidées à les remplacer en tout. Elles n'avaient pas besoin d'eux pour vivre, prétendaient-elles. Mais, lorsque les Argonautes débarquent, elles se jettent au cou de ces étrangers, afin de combler leur fringale sensuelle. Ne demandez pas à notre auteur, pourtant si soucieuse de rapprochement avec notre époque, d'y voir le reflet, il est vrai peu avantageux, des féministes occidentales qui n'ont jamais fini de combattre un patriarcat blanc tandis qu'elles ne soufflent mot lorsque les brutalités, voire les violences, sont le fait d'hommes issus de l'immigration.


- Crédits photo : Les Belles lettres

Ainsi va notre jeune Italienne, entre ingénuité et moralisme, anachronisme et aveuglement, sentimentalisme et manque d'envergure intellectuelle: bref, une Occidentale typique, de son époque, de son milieu, de sa génération. Qui se croit délicieusement passéiste alors qu'elle est furieusement moderne ; qui se croit originale et élitiste alors qu'elle est désespérément banale. Mais qui nous a d'avance pardonné en précisant l'étymologie du mot critique: «Perçue (aujourd'hui) comme une agression, une attaque personnelle, une infamie, la critique signifie simplement savoir diviser les idées avec précision pour mieux les connaître et donc les juger. La critique est donc une attitude profondément humaine qui comporte sagesse, amour, intelligence, scepticisme et surtout prise de responsabilité.» L'étymologie, vous dis-je !




Pendant que les Gilets jaunes s'amusent, les travaux de démolition continuent.


La violence « gratuite » des policiers : une inquiétante dérive milicienne (2)

L’accumulation de témoignages de violences policières produit un effet désastreux, on ne peut plus accuser des dérives individuelles.

Prenons un angle différent des violences physiques. Pour changer.

Sur toutes les videos que j’ai vues cette semaine (je dirais, une douzaine), les policiers (je ne crois pas avoir vu de gendarmes) tutoient les civils, passants ou manifestants (ça commence quelquefois par le vouvoiement et se termine par le tutoiement).

Anecdotique ? Pas du tout.

Quand une personne en situation de force, ce qui est évidemment le cas d’un policier (ou d’un président de la république), tutoie, c’est automatiquement une marque de mépris : ça insiste sur l'infériorité de l'interlocuteur. Quand, en plus, c’est pour donner des ordres, cela devient révoltant : on ne s'adresse plus à un citoyen mais à un sujet. C’est cela, justement, le passage de la police au service de la collectivité à la police au service d’intérêts particuliers, à commencer par le sien propre. Le passage de la police à la milice.

Comme quoi, de simples mots sont révélateurs.

Ces violences marqueront durablement la considération (ou son absence) pour la police, car elles n’arrivent pas à n’importe quel moment. Elles arrivent au moment où une partie des Français se réinvestit dans la politique. Et c’est précisément à ce moment que beaucoup de policiers se comportent comme des cow-boys agressifs et méprisants.

Et les syndicalistes policiers, dont ça serait le boulot de dénoncer ce qui doit l'être, motus ...

Allez donc après cela faire pleurer les Français sur les suicides de policiers, les orphelins de la police ou le « manque de moyens ». Va falloir sortir les rames.




De grands vicieux (et de grands malades ?)

JM Blanquer, ci-devant ministre de l’éducation nazionale, impose de mettre un drapeau français dans les classes. Jusque-là, pas grand'chose à dire (à part que c'est ridicule, au vu de la destruction de la France par l'EN).

Mais il y ajoute le drapeau européen, ce qui a été refusé par les Français en 2005 et est inconstitutionnel.

Bien entendu, venant de gens pour qui la France n’existe pas et qui souhaitent la victoire de l’Allemagne (1) préfèrent la langue allemande, nul doute que le premier est un simple accessoire pour faire passer le second.

Le vice à ce point, c’est pathologique. Et comme Blanquer n’est pas le plus con, ce n’est pas le moins vicieux.

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(1) : digression. Il y aurait une psychanalyse à faire sur cette fameuse phrase de Laval : « Je souhaite la victoire de l'Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installerait partout ! ». Elle date du 22 juin 1942. Les Etats-Unis sont entrés en guerre depuis six mois. La victoire de l’Allemagne est devenue quasi-impossible, Laval ne peut l’ignorer. Son entourage, y compris sa fille adorée (grande copine d’Arletty, mais c’est un autre histoire), l’a supplié de la retirer, comprenant bien qu’elle pesait son poids de plomb.

mardi, février 12, 2019

Gustave a de l'imagination et de l'intelligence

Ca a tout de même une autre gueule qu'un discours d'énarque !





La ligue des cons (le « mur des cons » des journalistes)

« Ligue du LOL » : la bande des « harceleurs » qui vous font la morale.

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La magistrature avait son « mur des cons », le milieu hype de la presse branchée a donc aussi le sien, plus actif, plus venimeux, plus bête et plus méchant puisqu’il s’en prenait directement aux personnes afin de les déstabiliser. Dans les deux cas, pourtant, c’est le même ressort psychologique et idéologique : le sentiment d’avoir tous les droits, d’être au-dessus des autres, le sentiment qu’appartenant au camp du Bien on peut tout se permettre, y compris fouler des victimes et des personnes rendues vulnérables au pied.

Que dire, aussi, de cet aspect ricanant propre aux adulescents, en permanence agressif, cynique et tournant tout en dérision, une dérision facile pour jeunes bobos parvenus, où l’on reconnaît par exemple le petit crochet de Vincent Glad, le fondateur de cette ligue des imbéciles malfaisants et désormais journaliste à Libération (spécialisé récemment dans l’activité des gilets Jaunes sur les réseaux sociaux, encore et toujours les réseaux sociaux) – dont il a été mis à pied, hier, à titre conservatoire – et par le Grand Journal de Canal +, grand pourvoyeur d’adulescence devant l’Eternel ?

[…]

Ce petit monde de l’entresoi médiatico-mondain, qui se déclare constamment progressiste, fustigeant sans cesse ceux qu’il jugera insuffisamment féministes ou trop réactionnaires sur les questions sociétales, se retrouve nu. Et, nu, il s’aperçoit, ô surprise, qu’il est comme tous les autres, habité de violence, que l’homme est plutôt naturellement mauvais, animé de pulsions basses. Le même qui critiquera volontiers la morale politique, selon lui douteuse, de ses adversaires, va soudainement découvrir ou feindre de découvrir que l’homme est un loup pour l’homme, enfin, surtout pour la femme, et qu’en meute il est aussi lâche que malveillant. Sale coup pour le progressisme ; LOL pour les autres, qui étaient moins naïfs, moins sournois ou moins hypocrites.
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Notre camarade serial-commentateur Curmudgeon trouve que cette affaire est au-delà du simple vice, que c’est de la perversité.

Je ne conteste pas. Mais les journalistes bien-pensants (1), comme ceux impliqués dans cette affaire, sont déjà tellement enfoncés dans mon mépris que je n’arrive pas à m’en émouvoir.

C’est comme si on me disait qu’Hitler battait son chien (ce qu’il ne faisait pas, d’ailleurs), ce n’est pas gentil mais par rapport à ses autres crimes, c’est négligeable.

Nous parlons de gens qui promeuvent ardemment la destruction de notre société, c’est-à-dire qui travaillent à pourrir la vie de millions de gens. A côté de cela, le harcèlement plus particulier de quelques-uns pâlit un peu. Il faut plutôt regarder la lune que le doigt.

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(1) : il ne faut pas oublier ce qu'est un journaliste en activité en 2019 : un enfoiré qui a un QI d'huitre mazoutée et qui ne recule devant aucun mensonge. Les autres sont au chômage.

Les 15 %

Commençons par une note optimiste : bien que je trouve que le mouvement Gilets jaunes prend un tour gauchiste qui me déplait (mais c’est plus médiatique que profond), je partage, avec PY Rougeyron et beaucoup d’autres, une admiration certaine pour la jugeote politique des Gilets jaunes (rond-point et gilet jaune, c’était génial. Refuser le débat faussé, c’est fondamental. Le slogan « On veut pas discuter, on veut décider » me plaît bien, car c'est le problème : en 2005, les Français ont décidé un truc et les politocards ont fait le contraire, c'est à proprement parler un coup d'Etat, car, en France, contrairement à la Grande-Bretagne, le référendum a force de loi).

Rappelons les données numériques du problème : les 0,01 % de l'hyper-classe mondiale (les vrais gagnants de la mondialisation) utilisent les 15 % de mondialistes d’en dessous (qui croient aussi être des gagnants de la mondialisation mais ne le sont pas vraiment, bref des cons). les vrais maitres ne seraient rien sans leurs zélés serviteurs (mes petits copains, mon entourage, je les connais bien) pour tenir les 80 % qui restent (c’est volontairement que mon total ne fait pas 100 % 😀 ).

L’enjeu est simple : convertir les 15 % au nationalisme ou leur faire lâcher prise.

Eric Zemmour a écrit un article pour expliquer que les catholiques français étaient placés devant un choix : leur pays ou leurs intérêts de classe. Je n’ai aucun doute (je ne suis pas sûr qu'Eric Zemmour en ait beaucoup plus) : ils choisiront la seconde option, bien sûr camouflée sous une fausse générosité sans-frontiériste et, comme d'habitude, le pacifisme « raisonnable » : « ne pas heurter », « ne pas choquer », « être dans l'écoute ». Bref, des faux-culs de compétition : intérêts égoïstes maquillés sous coeur d'or. Ils sont gravement décadents. Le temps n’est plus des catholiques qui comprennent les enjeux politiques de leur siècle, comme on en a eu dans notre histoire.

Plus largement, je n’ai guère de souvenirs de la bourgeoisie française ayant préféré son pays à ses intérêts. Peut-être les officiers morts en grand nombre de la première guerre mondiale. Les exemples de 2019 que je connais ne me laissent aucun doute : ça ne vole pas haut, la noblesse ne passera pas par eux. « Fine fleur de chevalerie, coeur d'argent fin », ce n'est pas leur genre.

C’est donc simple : l’issue pacifique étant bouchée, il faut faire lâcher prise aux 15 % par la violence. J’espère que cette violence restera symbolique mais je n’en suis pas sûr. Emmanuel Macron joue l’escalade de la violence physique (le flashball) et symbolique (le faux débat qui ne change rien). Il serait dans l’ordre des choses que Macron et sa bourgeoisie se prennent en retour une violence physique, à côté de laquelle le guillotinage de Jupiter en plastique sur les ronds-points et le cognage d’un CRS par un boxeur paraitront gentillets.

Depuis début décembre 2018, je dis que nos bourgeois incultes et décadents n’ont pas idée des forces qu’ils sont en train de libérer par leur obstination dans l’égoïsme.

Qui sème le vent …


La violence « gratuite » des policiers : une inquiétante dérive milicienne

Rappelons une vérité élémentaire (que beaucoup autour de moi semblent avoir oubliée) : la mission théorique de la police n’est pas de défendre un pouvoir, une classe sociale ou une politique.

Dis encore plus précisément : la mission de la police n’est pas de défendre la bourgeoisie contre le peuple (je connais beaucoup de bourgeois que les blessures des Gilets jaunes font bander). Les textes légaux et réglementaires le rappellent sans ambiguïté. Par exemple, un policier doit porter secours à un manifestant blessé. Ces dernières semaines, des policiers blessant des manifestants, on en a vu une fouletitude ; des policiers portant secours, c’est beaucoup plus rare.

La police manque à ses devoirs. Et très gravement.

Et comme, par hasard, la BAC a beaucoup plus tiré au flashball, cet arme qui éborgne, que les unités spécialisées dans le maintien de l’ordre dans la proportion de 3 pour 1 (statistiques officielles).

Quand on connait la composition ethnique des BAC, la conclusion est facile à tirer.

Par exemple, dans cette courte video de violence on ne peut plus gratuite (je rappelle qu’il n’est pas interdit de filmer un policier, même si ça l’emmerde), l’accent du policier est sans ambiguïté (le contraste entre l’accent zyva du policier et celui très versaillais d’une des passantes est même assez comique) :



Zemmour : « les forces de l’ordre se vengent de leurs frustrations banlieusardes sur les Gilets jaunes »

Bon, OK, l’affaire est entendue : les policiers issus de notre riante diversité se font des blancs. Comme le dit PY Rougeyron, la BAC s’est hybridée avec la racaille (comme le gouvernement d'en haut : Mimi Marchand, Benalla, ... C'est le signe des systèmes tyranniques), parce qu’il n’y a que les violents qui vont dans la BAC, les autres policiers font tout ce qu’ils peuvent pour éviter ces unités.

Et on retombe sur le problème politique : comment se fait-il que le pouvoir politique emploie contre les Gilets jaunes ces unités franchement dangereuses dans ce contexte ? Le problème est bien politique : on emploie plus de violence contre des Français honnêtes (GJ arrêtés : casiers vierges) que contre des racailles homologuées (il y a aussi une part de lâcheté : quand Mouloud perd un oeil, ses copains n'ont pas la même réaction que quand c'est Jérôme).

J’entends de cruels crétins contents qu’on tape sur les Gilets jaunes. Je connais aussi des gens qui ont bien compris ce que signifie que des Gilets jaunes prennent plus lourd pour des manifestations interdites que des violeurs.

Pourquoi tout ça ? C’est simple : parce qu’à l’inverse de ce que j’écris au début de ce billet sur la police théorique, la police de 2019 est devenue une police politique : elle défend un pouvoir, une certaine ligne politique, et non l’ordre du pays (pour être juste, cette dérive a commencé sous Nicolas Sarkozy. Patrick Buisson s'en vante dans La cause du peuple). C’est ce qu’on appelle couramment une milice.

J’espère que Macron et Castaner auront à en répondre en Haute Cour.

lundi, février 11, 2019

L'appel du 18 juin 1940 (F. Delpla)

Il s'agit d'une relecture de circonstance car elle est adaptée aux événements actuels, mais je m'aperçois que je n'en avais pas fait la recension au premier passage.

Delpla démontre que, contrairement à la légende gaulliste d'une totale indépendance de l'appel, De Gaulle a du négocier pied à pied avec un cabinet anglais peuplé de beaucoup d'appeasers « raisonnables » (ce n'est pas pour rien qu'un livre de GM Benhamou sur les premiers Résistants s'intitule C'était un temps déraisonnable) et dans lequel Churchill, pas vraiment en position de force, ne pouvait le soutenir à fond.

D'où le fait que le fameux message a été lancé le 18, et non le 17 après celui de Pétain comme il eut été logique, et contient cet appel étrange (qui m'a toujours intrigué jusqu'à cette lecture de Delpla) aux « officiers et soldats, ingénieurs et ouvriers de l'armement » plutôt qu'à l'ensemble du peuple français.

Au fond, c'est la même histoire qu'avant guerre. Les partis politiques ont joué la légalité « pour mettre les nazis dans leur tort » plutôt que la légitimité et se sont fait baiser en beauté. Les appeasers jouaient le calcul, le compromis, la politique classique, et étaient sur le point de se faire baiser en beauté eux aussi.

Churchill et, dans une moindre mesure, De Gaulle ont mis fin à cette pente infernale en posant le « non » d'abord et en faisant la politique adaptée ensuite. Churchill a dit  à Pétain : « Vous croyez avoir à faire à Bismarck, vous avez à faire à Gengis Khan ».

Ce qui nous ramène à notre temps.

Un ami (dont je tais évidemment le nom) me dit souvent que les Gilets jaunes doivent sortir de la légalité et se montrer violents car l'usage qui est fait de légalité contre eux est illégitime (le gouvernement répond à une contestation politique par des coups de LDB dans la gueule, il n'y a pas plus illégitime que cela dans un pays qui se veut démocratique). Cette position ne peut être que renforcée par le sadisme et la méchanceté du parti de l'ordre et de la légalité (1). Elle n'est pas belle à voir et à entendre, la bourgeoisie, en ce moment.

J'ai une position plus nuancée, ou plus timorée, comme on voudra, mais la dérive tyrannique du gouvernement, qui considère à l'évidence que tous les coups sont permis, surtout les plus bas, m'incite à durcir ma position.

Dans la querelle entre légitimité et légalité, la position haute (celle qu'il faut toujours choisir, d'après De Gaulle, parce que c'est la moins encombrée), c'est la défense de la légitimité.

Quand tout va bien, la légitimité et la légalité sont à peu près unies. Quand tout va mal, comme aujourd'hui, elles divorcent. Et ça permet de distinguer ceux qui ont du coeur de ceux qui ont des intérêts.

Pour paraphraser Churchill, on peut dire de Macron « Vous croyez avoir à faire à Félix Gaillard, vous avez à faire à Adolphe Thiers ».

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(1) : j'ai tout de même entendu des choses à faire saigner les oreilles : « Tant pis s'il y a des morts », « Les éborgnés l'ont bien cherché », « De toute façon, ce sont des abrutis ». Je me demande si les gens qui disent tout cela ont bien conscience de se condamner eux-mêmes, de se montrer sous un jour rien moins que reluisant, puisque c'est leur devoir de « supérieurs » de porter aide et assistance aux « inférieurs » et que, bien loin de remplir ce devoir envers eux, ils demandent qu'on leur tape dessus.

Sans compter les videos peu flatteuses pour la police qui circulent, où insultes et violences gratuites tiennent une large place.


dimanche, février 10, 2019

La grande pitié qui est au peuple français en 3 tweets







Et la meilleure pour la fin qui, à mes yeux, clôt le débat sur ce que sont devenues les grandes écoles :

Green book

Ca fait partie de ces films que je vais voir avec crainte, mais des fois qu'il y aurait une bonne surprise ...

En 1962, un chauffeur tout rital bien bourrin trimballe dans le Vieux Sud un artiste noir noir, nègre quoi : je m'attendais au pire des clichés politiquement corrects. Il y en a quelques uns, mais pas tant que ça.

Franchement, c'est un bon film.

La répression, ça marche ... pour le moment.

Les Gilets jaunes ont remporté la première manche : manifester l'existence de la France périphérique dans le débat public et ralentir le macronisme.

Mais ils sont en train de perdre la deuxième manche. Ils s'enlisent. Macron remonte (un peu) dans les sondages, va sans doute gagner les européennes sur la division de ses adversaires et il a recommencé à tracer son sillon anti-France. La répression a réussi à lui faire gagner du temps sans rien céder sur l'essentiel.

Je ne fais pas de pronostics. Je me borne à constater qu'un mouvement de l'ampleur des GJ ne peut disparaître sans laisser de traces. Mais Lesquelles ? Je n'en sais rien.

Corporatisme






Aujourd'hui, il y a moins de différences sur tous les plans : sociaux, culturels, financiers, idéologiques, entre deux élus pris au hasard qu'entre ces mêmes élus et n'importe quel Français de base.

Ils constituent (pour les plus bêtes, sans le savoir) LA CASTE.

C'est bien tout le problème des Gilets jaunes.



samedi, février 09, 2019

Désespérant (2)

Un manifestant se fait arracher la main dans par une grenade lancée par la police. Tout est désespérant dans cette histoire. D'ailleurs, c'est la situation actuelle de la France qui pousse au désespoir :

Un pouvoir volontairement sourd, arcbouté sur sa politique en complète illégitimité.

Une France d'en haut qui le soutient, tous partis confondus. Qui fait preuve d'une morgue, d'un mépris et d'une méchanceté qui la déshonorent pour une génération.

Des policiers qui se comportent de plus en plus en ennemis du peuple.

Des Gilets jaunes incohérents, noyautés, qui ne se renouvellent pas.

Nous payons 40 ans d'errements, de lâchetés, de manquements à nos devoirs, de stupidité, de bêtise.

Nous avons tous trahi à notre manière.

Et les chefs beaucoup plus que les autres, tout simplement parce qu'ils sont plus responsables.

Certains chefs ont encore plus trahi : comme l'explique Christian Combaz, la France ne se suicide pas, elle est assassinée.

Bon, ce n'est pas le tout de se lamenter. Maintenant, que faire ?

Les provocations policières, ça n'existe pas. C'est du complotisme, tout le monde le sait.

vendredi, février 08, 2019

Grands écoles : qu’est-ce qui déconne ?

Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Edouard Philippe, Emmanuel Macron : HEC, Normale Sup, ENA.

Ces écoles font partie de nos meilleures, paraît-il.

Or, les zozos que je viens de vous citer sont des nullités intellectuelles : d’un conformisme à pleurer, même leurs audaces sont convenues. Ils pensent ce que tout le monde pense dans leur milieu.

Zéro imagination, zéro humanité, zéro richesse intellectuelle, zéro sensibilité, zéro courage, on a l’impression qu’ils n’ont rien lu, rien vu, rien vécu, rien appris depuis des décennies, qu’ils sont restés bloqués à ce qu’ils savaient en sortant de leur école.

Je travaille pour une conférence sur Churchill et De Gaulle, la comparaison est un peu rude, mais tout de même : il y a plus d’intelligence dans l’ongle du petit doigt d’un des deux monstres que dans tous ces technocrates mis en tas.

Certes, pour réussir à un concours en France, il faut être conformiste à donf. Grand moment de démagogie et de malhonnêteté, à vomir, de la présidente du jury de l’ENA : elle se plaint du conformisme des candidats. Mais, soyez bien assurés que, si un candidat original se présentait, il n’aurait aucune chance d’entrer.

Peut-être que le plus important est avant la grande école : Ginette, Janson-de-Sailly, Louis-le-grand, Henri IV, La Providence (1) … Des bons petits bourgeois qui ne sont jamais sortis de la bourgeoisie, dans ce qu’elle a de plus étroit (il y a aussi des bourgeois curieux, avides de connaissances, mais ce ne sont pas les mêmes), passés par des boites à bachotage qui ont stérilisé en eux toute fantaisie et toute affectivité (n’oublions pas que les années lycée et prépas sont celles où on apprend la vie sentimentale et si on rate cet apprentissage, il manque toute la vie. Pendant que les autres draguaient, eux pougnaient. L’exemple le plus pathologique est évidemment E. Macron dont le développement affectif est figé à 15 ans pour les raisons que l’on sait (1)), pétrifiés dans leurs certitudes du berceau à la mort. On se retrouve avec des sociopathes, des handicapés de la vie, des abrutis des dossiers sans recul, dont le meilleur exemple est leur ainé à tous, Alain Juppé.

Eric Delbecque dit ça d’une manière rigolote : « Mettre à la tête de l’Etat ces carencés en tout,  qui sont allés à l’école jusqu’à ce qu’elle ferme, c’est comme donner un flingue à un enfant de cinq ans en lui disant ’Fais toi plaisir’ ».

Et la question qui me turlupine. Puisque ces élites sont frelatées, où sont les vraies ?

Charles Gave  fait la même critique et tresse des louanges à l'Université. Je ne connais pas bien, mais pour le peu que j'en sais, il ne me semble pas qu'il y ait là une alternative.

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(1) : un ami ayant ses enfants à Stanislas m'a dit des jésuites : « Ils apprennent à mes enfants à devenir des fayots ».

(2) : sauter sa prof, ça aurait du être un exploit dont il se serait légitimement vanté auprès de ses copains et rien de plus. Pas un truc qui dure.

jeudi, février 07, 2019

Politique politicienne : pourquoi François-Xavier Bellamy va échouer aux élections européennes

Le candidat LR aux prochaines élections européennes, François-Xavier Bellamy, me semble un bon petit gars assez respectable, mais il va échouer à remonter LR.

Il se dit conservateur mais Trump a montré que ce qui marche n'est pas le « discours des valeurs » seul, mais de l'associer à une politique économique ouvertement anti-mondialiste et protectionniste. Sans quoi, le « discours des valeurs » apparaît comme une simple incantation, ça ne coûte pas cher de se payer de mots.

De plus, pour sceller cette volonté de rupture avec l'ordre progressiste-mondialiste, il faut refuser le magistère moral des médias, ces nouveaux curés. Un journaliste vous agresse ? Coup de pied où je pense, coup de boule, coup de boule et coup de pied dans le ventre quand il est à terre.

Bref, sur les trois points majeurs, valeurs, protectionnisme, médias, il en manque au moins deux à Bellamy.

Le problème est plus profond que ses idées : il faut un tueur, un guerrier, un Trump, un Salvini, un type qui jette sur l'ennemi tout ce qui lui tombe sous la main, pas un gentil philosophe qui remportera des succès d'estime mais aucun succès politique, les seuls qui comptent ... quand on fait de la politique.


Youpi ! Les guerres d'Italie reviennent !

Grâce à Macron, encore un grand moment d'amitié entre les peuples européens, une politique fine et judicieuse comme on les aime :

La France rappelle son ambassadeur en Italie

Si ça se passe comme d'habitude (c'est une pratique française ancestrale. Charles VIII, François 1er, Bonaparte, Napo III), ça va être le pied.

Après quelques escarmouches pour mettre du piment, nous allons culbuter des Italiennes, souvent consentantes, nous vautrer dans des paysages et des villes superbes, ramener des trésors artistiques et prendre des habitudes pittoresques. Sans compter quelques recettes savoureuses.

Bon, à la fin, nous perdrons, mais, entre-temps, quel pied !

Montaigne, Stendhal, à moi !

J'en salive d'avance.






Le piège américain : la guerre économique en action


L’usage que les Américains font de l’extraterritorialité juridique leur permet de prendre le contrôle des entreprises européennes en leur imposant leurs normes de compliance et en les espionnant. La guerre économique fait usage de la guerre du droit pour imposer sa victoire : gagner des marchés, racheter des entreprises. L’ancien directeur d’une branche d’Alstom, Frédéric Pierucci, a raconté son aventure dans un livre qui vient de paraître Le piège américain, qui est un témoignage de première main sur cette guerre économique qui échappe encore à trop d’acteurs. Il est arrêté en avril 2013 à New York, au moment où il descend de l’avion qui arrive de Singapour, la ville où il réside et où il travaille. Il ne le sait pas encore, mais il passera plus d’un an en prison, à Wyatt, un pénitencier hautement sécurisé. Il découvre que des faits de corruption lui sont reprochés, qui remontent au début des années 2000, lors de la signature d’un contrat d’Alstom en Indonésie. Il découvre surtout que son arrestation est une prise d’otage qui sert à faire pression sur Patrick Kron, alors PDG d’Alstom, pour accélérer la vente de l’entreprise à General Électrique. Resté plusieurs jours sans information, il apprend les événements au compte-goutte et découvre sur le tas le fonctionnement du système judiciaire américain, très différent du nôtre. Alors que le système judiciaire français est l’héritier de l’Inquisition, qui repose sur l’enquête (inquisitio), la recherche de preuves, la confrontation de l’accusé et de l’accusateur et la présomption d’innocence, le système américain est accusatoire. Il faut donc se reconnaître coupable pour pouvoir ensuite négocier sa peine.

L’extraterritorialité, une arme de guerre

La guerre du droit que mènent aujourd’hui les États-Unis découle de la loi Foreign corrupt practices act (FCPA), édictée en 1977 à la suite du Watergate. Cette histoire est certes celle du cambriolage de l’immeuble de campagne des démocrates, mais aussi le financement occulte et la corruption d’agents publics étrangers. De nombreuses entreprises américaines ont versé des pots-de-vin à des intermédiaires et à des responsables étrangers pour obtenir des contrats. Le nouveau président élu, Jimmy Carter, décide donc d’agir et de faire voter une loi pour interdire cela. Les compagnies américaines se voient interdites de payer des commissions à des agents publics étrangers. Deux agences sont chargées de faire respecter cette loi : le DOJ (Department of justice) et la SEC (Security exchange commission), qui attaque les entreprises soupçonnées d’avoir falsifié leurs comptes pour masquer les dépenses liées aux pots-de-vin. La SEC n’intervient que si l’entreprise est cotée sur un marché américain. Le projet est tout à fait louable : il s’agit de lutter contre la corruption, de rendre les affaires davantage éthiques et morales, de mettre un terme à l’usage de « consultants », c’est-à-dire d’agents corrompus et corrupteurs chargés de payer des responsables publics pour obtenir des contrats. Le problème, c’est que la loi ne vaut que si tout le monde la respecte. Les entreprises américaines ne peuvent pas être les seules à refuser la corruption si des entreprises d’autres pays la pratiquent.

Les majors américaines critiquent donc cette loi, considérant qu’elle les handicape sur le marché mondial, les autres pays n’étant pas soumis aux mêmes règles de lutte contre la corruption. En France, il était possible de déclarer les pots-de-vin à un service du ministère des Finances afin de pouvoir les déduire de l’impôt sur les sociétés, ce qu’a fait Alstom jusqu’au milieu des années 2000. De fait, très peu d’entreprises américaines sont sanctionnées par le FCPA : vingt et une entre 1977 et 2001.

En 1998, le Congrès modifie la loi afin de la rendre extraterritoriale. Les États-Unis peuvent désormais poursuivre toute entreprise qui a commercé en dollar, qui a fait usage de mail via des serveurs basés aux États-Unis (type Gmail et Hotmail), ou stocké des données sur des serveurs US (le cloud). Avec cet amendement, cette loi qui pouvait fragiliser l’économie américaine devient un outil d’ingérence et de guerre économique. Au cours des années 2000, le DOJ et la SEC testent l’extraterritorialité et attaquent de plus en plus d’entreprises, en commençant par celles du secteur pharmaceutique.

Le Patriot Act de 2003 donne de nouvelles compétences aux agences américaines. La NSA, la CIA et le FBI ont désormais le droit d’enquêter et d’espionner les salariés des entreprises étrangères, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Les grandes entreprises du numérique partagent leurs informations avec les agences de renseignement américaines (affaire PRISM, 2013).

Les États-Unis militent aussi auprès de l’OCDE pour que les États membres se dotent d’une législation anticorruption. Mais les pays d’Europe n’ont pas les moyens de promulguer des lois extraterritoriales. Ils sont donc piégés. En ayant adhéré à la convention anticorruption de l’OCDE, ils ont autorisé de facto les États-Unis à poursuivre leurs propres entreprises, sans s’être dotés de moyens juridiques pour attaquer en représailles les industries américaines. La Chine et la Russie, n’étant pas membres de l’OCDE, ne sont pas tenues par ces mesures. Les lois anticorruptions deviennent des moyens de contrôle de l’Europe par les États-Unis.

C’est aussi un moyen de financement du Trésor américain. Sur 26 amendes supérieures à 100 millions de dollars, 21 concernent des sociétés non américaines. En réalité, le DOJ n’est pas indépendant, il est tenu par les intérêts des entreprises américaines et par ceux du gouvernement.

Sortir de la naïveté

Les Européens ont fait preuve d’une grande naïveté et ont longtemps nié l’existence de la guerre économique. Ils l’ont découverte à leurs dépens. La BNP a reçu une amende de près de 9 milliards de dollars, Total et Peugeot ont été contraints de quitter l’Iran, laissant leur place à leurs concurrents chinois. Mais c’est aussi l’ensemble des cadres qu’il faut responsabiliser. Dans trop d’entreprises, les données confidentielles sont mises sur le cloud, sans s’interroger sur le lieu réel des serveurs. Les salariés font usage des clefs USB et des téléphones portables sans aucune précaution, et se servent de la messagerie Gmail pour leurs envois professionnels. Les choses changent un peu, mais pas assez vite. Pour ma part, j’utilise désormais la messagerie Protonmail qui, basée en Suisse, stocke les messages dans des serveurs situés dans les anciens abris nucléaires suisses. De quoi limiter l’espionnage de la NSA et du FBI. Dans l’ouvrage, Frédéric Pierucci raconte comment les juges disposent des courriels qu’il a envoyés via Gmail, certains remontant à une dizaine d’années. L’arme du droit est utilisée par les entreprises américaines comme d’autres font usage de l’arme du terrorisme pour mener à bien leur guerre et pour la gagner.

Alstom et la corruption

Alstom a pratiqué la corruption a grande échelle, ce qui a accéléré sa perte. Si l’on suit les propos rapportés par Frédéric Pierucci, les Américains ont exploité les failles éthiques et financières d’Alstom pour s’en emparer. Patrick Kron a cru être plus malin que le DOJ en faisant semblant de coopérer avec lui pour mieux tenter de le berner. La manœuvre a raté. En arrêtant un cadre secondaire du groupe, le DOJ voulait remonter la chaîne de décision et surtout faire pression sur Patrick Kron, qui a compris que c’est lui qui risquait de finir en prison. Dès l’été 2013, il a ouvert des négociations secrètes avec GE pour planifier la vente d’Alstom à l’Américain. Celle-ci n’a été rendue publique qu’à la fin de l’année 2014. Vendre Alstom était une façon d’éponger les dettes et de mettre un terme aux poursuites. C’est là que l’on peut douter de l’indépendance de la justice américaine. Il est fort probable que le DOJ et GE aient travaillé de concert pour affaiblir Alstom et ainsi le racheter.

Le témoignage de Frédéric Pierucci montre les pressions psychologiques subies, la façon dont fonctionne la justice américaine et la corruption interne de certaines entreprises mondiales. Il apporte aussi une réflexion sur le système carcéral, qui détruit et dissout les personnes plus qu’il n’assure leur rachat et ne garantisse le succès de leur sortie. Puisse-il faire prendre conscience de la réalité de la guerre économique et conduire les cadres et les entreprises à s’armer face à la guerre du droit.

Pour Toubon, tout est bon.