Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

vendredi, décembre 13, 2019

Rhâââ lovely !

La victoire écrasante de Johnson est une joie sans mélange, d'autant plus avec des succès importants dans l'Angleterre ex-industrielle ex-Labour.

Après Trump et Salvini, c'est le signal que l'authentique démocratie et la liberté collective, celles qui s'affranchissent du gouvernement des juges, des médias et des minorités, bref de l'oligarchie bobo, bien-pensante, politiquement correcte, anti-nationale, restent possibles.

La France, avec son choix désastreux de la subordination à l’Allemagne (trahison caractérisée de nos dirigeants), va beaucoup souffrir de ce renouveau anglais (plus que britannique) mais quel espoir pour le peuple français.

J’espère que Johnson sera à la hauteur et commencera par punir les traîtres, les parlementaires frequent travellers Londres-Bruxelles ces trois dernières années. J'ajoute une pensée émue pour Nigel Farage, qui a été un grand patriote comme il n'y en a plus dans les politiciens français.

Une fois de plus (vieille habitude dans notre histoire), les Français amoureux de liberté vont porter leurs vœux de l'autre côté de la Manche (mais nous avions déjà commencé : je n'ai cessé de prier pour cette victoire !). Je pense à René Char dans son maquis de Haute-Provence (circonstances individuelles plus dramatiques mais la France n'est pas moins en danger aujourd'hui) : « C'est contre nous chasse perpétuelle. Pluie : nostalgie Londres ».

************

6am update: Boris Johnson's landslide election win

Boris Johnson and Carrie Symonds
Route to victory: Boris Johnson and girlfriend Carrie Symonds at his count. CREDIT: REUTERS
It was an extraordinary night. Boris Johnson has won a landslide election victory, smashing through Labour's "red wall" by winning over millions of working-class voters. Political Editor Gordon Rayner reports that a predicted majority of about 80 seats would be the Conservatives' best result since 1987 - and means the Prime Minister can forge ahead with his plan to get Britain out of the EU by Jan 31. At just after 5am, the Tories crossed the 326-seat threshold for a majority. By 6am, they had won 358 seats. Follow our live results tracker, which allows you to search by constituency. As Sterling enjoyed its biggest surge in a decade, Mr Johnson said his government "has been given a powerful new mandate to get Brexit done, to unite this country and take it forward". These maps and charts show how the majority was won and this round-up has the night's biggest winners and losers. What happens next? Read our guide. And Matt - of course - stole the night, comedy-wise, with his cartoon.  

When former mining constituency Blyth Valley turned blue at shortly before 11.30pm, it was clear an extraordinary realignment of politics was taking place. The earthquake moment was just the start of a wave of unexpected Tory victories in swathes of the Midlands and the North - some traditional Labour seats voting Conservative for the very first time. Camilla Tominey has a full analysis of how it set in motion a Churchillian triumph not seen since the days of Margaret Thatcher. 

PS: Keep an eye on your inbox at lunchtime for a special midday edition of Front Page, bringing you the latest election fallout and expert analysis.

Corbyn urged to quit as party faces up to huge losses

Jeremy Corbyn is facing mounting calls to step aside immediately after announcing he will not lead his party into another election campaign. The Labour leader called for a "process of reflection" following the crushing defeat, which is expected to be the worst since Michael Foot led the party to disaster in 1983. But in a move that is likely to provoke fury among Labour MPs, Mr Corbyn indicated that he could cling on during that period until the party was ready to "move on". Deputy Political Editor Anna Mikhailova explains how it all fell apart for Mr Corbyn. And Gareth Davies examines the likely options for next leader.

Defeat for Lib Dem leader caps disastrous campaign

Liberal Democrat leader Jo Swinson suffered a humiliating "Portillo moment" after losing her seat to the SNP by just 149 votes. One of the biggest shock results of the night came only weeks after the 39-year-old declared she could be Britain's next Prime Minister and win "hundreds of seats". Ms Swinson blamed a “wave of nationalism” after defeat in her East Dunbartonshire seat. Bill Gardner reports on the humbling of the Lib Dem's first female leader who wanted to head up a "Remain Alliance".

jeudi, mars 14, 2019

Dalrymple sur le Brexit

Theresa May’s Lucky Defeat. The British prime minister and her colleagues never wanted Britain to leave the EU, anyway.

Ah, que j'aime Dalrymple.

Dalrymple est le pseudonyme d’un médecin anglais (Anthony Daniels) des prisons, à la retraite, marié à une française. Il vit en France, qu’il trouve aussi décadente que la Grande-Bretagne, mais comme ce n’est pas son pays, il souffre moins. Ses opinions sont toujours intéressantes.

Que nous explique-t-il, en résumé ? Que Theresa May n'a jamais voulu quitter l'UE, que ses défaites successives l'arrangent bien, qu'elle va obtenir ce qu'elle désire, un faux Brexit, et que les Anglais ont le même problème que les Français : la classe dirigeante veut des choses diamétralement opposées à ce que veut le peuple.

Pour remettre les idées dans le bon sens :

Idée Fausse n°3 : L’avenir de l’Europe est dans le fédéralisme …

mercredi, février 06, 2019

Au nom de qui gouverne Kim Jong Manu ?

Souligné en bleu, c'est moi.



Au nom de qui gouverne Macron?

De plus en plus de citoyens doutent qu'on gouverne réellement en leur nom

La crise politique et sociale que traverse aujourd’hui la France est, en bonne partie, une crise de la représentativité. Et donc de la démocratie. Des citoyens doutent que leurs élus gouvernent réellement en leur nom. Et l’attitude d’Emmanuel Macron ne fait que renforcer ce sentiment…


Il faudrait se cacher volontairement les yeux pour ne pas voir que la crise des gilets jaunes est en grande partie une crise de la représentativité et donc de la démocratie, une démocratie malmenée, menacée, et dont les fondements mêmes sont de plus en plus ouvertement niés ou contestés.

L’attitude de Macron fragilise la démocratie

Qu’on en juge ! En confondant volontairement légalité et légitimité, en prétendant que la légalité de son élection suffit à garantir la légitimité de la moindre de ses réformes autant qu’à justifier son attitude volontiers condescendante, Emmanuel Macron fragilise profondément la légitimité de la légalité, et donc l’Etat de droit.
En s’imaginant que la souveraineté populaire peut se contenter d’une consultation semble-t-il plus que biaisée, de l’aveu même de ceux qui devaient l’organiser, en assimilant tout désaccord aux pires abominations pour empêcher toute critique, c’est le principe même du débat démocratique que l’on désavoue. Il ne suffirait plus que de confisquer les prochaines élections pour achever de convaincre nos concitoyens que, décidément, la légalité ne permet plus de faire entendre la volonté légitime du peuple souverain. En d’autres termes, qu’il ne lui reste plus que l’illégalité pour se faire entendre…
Comment ne pas voir le danger, alors que trop de gens oublient que le choix de l’illégalité et plus encore de la violence ne saurait être qu’un ultime recours, un remède qui peut bien être pire que le mal tant il s’accompagne de drames, remet en cause même ce qu’il veut défendre, et fait courir le risque de dérives atroces ?
Mesure-t-on bien à quel point chacune des victoires remportées contre la volonté générale par tel ou tel lobby bien placé, tels ou tels donneurs de leçons débordants de supériorité morale, tel ou tel parti farouchement attaché à ses prébendes, tel ou tel homme politique fier de son habileté, est un coup terrible porté à la démocratie ?

Le peuple croit-il encore en la démocratie ?

La démocratie meurt lorsque le peuple cesse de croire en elle. Pour que le peuple croit en elle, elle doit croire en lui, c’est-à-dire notamment prendre le risque de l’écouter vraiment, donc de le laisser parler librement, et de tenir compte de sa volonté, y compris lorsque celle-ci va à l’encontre des dernières lubies bien-pensantes.
Mais au fond, pourquoi devons-nous tant défendre la démocratie, « le pire des régimes à l’exception de tous les autres déjà essayés », comme le disait Churchill ? Qu’y a-t-il qui légitime cette fameuse démocratie ? Elle est sans cesse évoquée et invoquée, slogan incontournable, pourtant rares sont ceux qui prennent la peine d’expliciter ses fondements. On en viendrait à se demander si elle a véritablement un sens, ou si elle ne serait qu’un consensus parmi d’autres possibles, une pure construction subjective du droit positif, en d’autres termes une simple mode, une passade. Et alors à quoi bon la défendre ? Détachée de ce qui devrait la nourrir, elle s’étiole et résiste mal aux assauts répétés de ses ennemis, d’autant plus dangereux qu’ils disent généralement la respecter et que leur imposture profite de la confusion qui règne sur ce qu’est, en vérité, la démocratie.

La République des technocrates

Ce n’est pas par hasard que nombre d’instances dites technocratiques sont profondément anti-démocratiques. Qui, atteint d’une maladie grave, accepterait de soumettre au suffrage universel le choix de son traitement ? Pour ceux qui voient les problèmes de notre société comme des maux à traiter il est absurde, pour ne pas dire collectivement suicidaire, de confier à des masses ignorantes le choix des traitements à apporter. Ainsi fonctionnent souvent les économistes, mais ils ne sont pas les seuls : bien des militants, de quelque cause que ce soit, ont une attitude similaire – surtout dans le fameux « camp du Bien » et chez ces « sachants » qui, au passage, n’ont pas franchement démontré leur compétence si l’on en juge à leurs résultats de ces dernières décennies.
Mais ce que ces beaux esprits oublient surtout, c’est qu’il y a une différence fondamentale entre une société et un être humain : la définition de ce qu’est la « bonne santé » d’une société est beaucoup plus compliquée que celle de la santé physique d’une personne. L’homéostasie et la survie autonome de l’organisme n’y suffisent pas.
Les technocrates n’ont pas totalement tort : contrairement à eux, les citoyens, moi le premier, n’ont pas forcément les compétences requises pour juger de l’efficacité probable de telle ou telle mesure. Et le consensus majoritaire ne suffit pas à définir la vérité. En revanche, qui sont ces technocrates pour s’arroger le droit de décider de ce que doivent être les objectifs poursuivis par ces mesures ? En d’autres termes, qui sont-ils pour vouloir décider seuls de ce que devrait être notre société ? Un cuisinier peut me conseiller des plats, et je serai ravi qu’il me les prépare puisqu’il est pour cela bien meilleur que moi, mais il n’a pas à décider à ma place de ce que je veux manger. Parce qu’ils sont, en théorie, plus compétents pour juger des moyens, les « sachants » prétendent pouvoir décider des buts à atteindre, mais ils oublient ou feignent d’oublier que moyens et buts ne se situent absolument pas sur le même plan, et ne doivent en aucun cas être confondus.

« Après tout, c’est nous qui payons les élus »

Une deuxième attaque contre la démocratie est celle qui consiste à dire : « Après tout, c’est nous qui payons les élus », et c’en est une que l’on entend beaucoup trop souvent à mon goût même chez certains gilets jaunes. Elle a deux conséquences dramatiques.
La première, c’est d’oublier qu’un élu n’est à la hauteur de sa tâche que s’il s’y investit totalement, notamment affectivement, bien au-delà de ce que l’on peut raisonnablement attendre de quelqu’un en échange d’une rémunération. J’en veux pour preuve qu’intuitivement nous méprisons tous les élus qui donnent l’impression de faire de la politique « pour l’argent ». Soyons cohérents : puisque nous leur demandons une autre motivation que celle de l’argent, être la source de leur rémunération ne saurait fonder l’autorité populaire.
La deuxième conséquence, c’est de faire implicitement des élus des mercenaires. Or, ne nous leurrons pas, il y a des élus qui reçoivent plus d’argent d’autres sources que de leur indemnité pour leur mandat. Si la seule raison pour laquelle ils devraient respecter la volonté du peuple est que « c’est le peuple qui les paye », alors selon la même logique ils devraient en fait respecter la volonté de je ne sais quel lobby bien plus généreux. Certains le font, hélas, et à titre personnel je les considère comme des traîtres. Un élu a pour mission de porter la voix de ceux qu’il représente, au service de l’intérêt général, et c’est beaucoup plus qu’une question d’argent.
Il y a bien sûr d’autres menaces sur la démocratie, et au premier chef les assignations identitaires de plus en plus fréquentes. Ethniques ou socio-économiques, toutes reviennent à nier la capacité des individus à dépasser leur égoïsme de caste ou de tribu pour se soucier de l’intérêt général, c’est-à-dire nier la possibilité même de la citoyenneté. Arrêtons là la liste.

Les trois fondements de la démocratie

Réfléchissons plutôt un moment à ce qui, dans la nature même de l’humanité et des sociétés humaines, peut fonder la démocratie, ce qui peut faire qu’il soit en soi bon et juste que chacun pèse dans les décisions qui engagent la collectivité.
Il y a, au moins, trois sources complémentaires à la légitimité de la démocratie : la participation de chaque citoyen à ce qui est utile à tous, la disposition à défendre la collectivité, le devoir d’assumer les conséquences des décisions prises. Chacun de ces arguments peut être illustré par un cas d’école, puisé aux origines de ce système politique, non pour le seul plaisir d’un voyage historique, mais pour faire le « pas de côté » qui nous extraira de la confusion du moment et nous fera voir plus clairement ensuite notre propre situation.
Un préambule nécessaire : les trois fondements de la démocratie que j’évoque ont en commun de reposer eux-mêmes sur des bases implicites. Il s’agit de la reconnaissance de la dignité humaine intrinsèque, et du lien ontologique entre liberté et responsabilité.
Ce sont des valeurs cardinales dans cette Antiquité hellénistique qui distingue d’une part l’homme libre de l’esclave, et d’autre part l’autorité légitime respectueuse des lois communes et des droits de chacun, du despotisme arbitraire qui s’arroge le droit de traiter tout le monde en esclave selon son caprice. Ainsi la Grèce put-elle s’unir contre le despotisme de Xerxès, ainsi à Rome l’attachement à la liberté se concrétisa dans les révoltes qui suivirent le viol de Lucrèce ou la mort de Virginie. Ainsi, et ainsi seulement, pouvons-nous défendre la démocratie en veillant à ce qu’elle soit bien la recherche commune de l’intérêt général, sans se pervertir en dictature de la majorité ni dériver en despotisme de l’air du temps.
Nous avons, c’est heureux, enfin aboli l’esclavage pour reconnaître à chacun la dignité des hommes libres. Mais n’oublions pas que toute remise en cause de la réalité objective de cette dignité ne peut aboutir qu’à un monde d’esclaves. C’est ce à quoi conduit notamment le seul droit positif, pour lequel il n’y a pas de vérité mais seulement des opinions, pas d’intérêt général mais seulement des armistices temporaires entre les intérêts particuliers concurrents, pas de droit intrinsèque mais seulement des droits consentis – pour l’instant – par le consensus du moment.

Qui contribue vraiment à la France ?

Les Romains de l’ancienne république considéraient que tous les citoyens avaient le droit de vote dans la mesure où tous contribuaient à la vie de la cité. A Rome, « dans la mesure où » était même pris au sens strict, c’est-à-dire en proportion de cette participation. Les plus riches, ceux qui finançaient les services publics, avaient donc un poids bien plus important lors des élections, à travers le système des comices centuriates, et encore faut-il nuancer ce constat en rappelant le rôle des tribuns de la plèbe. Je ne plaide certes pas pour que l’on donne à chacun un nombre de voix proportionnel au montant total de ses impôts ! Mais on ne peut nier qu’une réflexion s’impose, par exemple sur la légitimité de l’influence et des privilèges de nombre d’exilés fiscaux, ou « optimisateurs légaux », et que le consentement à l’impôt fait aujourd’hui défaut. Les payeurs, et ont-ils vraiment tort ?, s’estiment moins citoyens que vaches à lait, puisque les décideurs ne prennent plus leur avis en compte pour savoir ce que l’on fait de ce qui, à la base, est leur argent. Rappelons donc les articles 13 et 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, consultable sur le site de l’Élysée… Mais même à Rome, si cette contribution était déterminante elle ne suffisait pas à définir la citoyenneté. En effet, entre le simple habitant, fut-il de passage, qui doit contribuer aux « services publics » puisqu’il en est aussi bénéficiaire, et le citoyen à part entière, il y a et il y avait une différence de fond : le devoir de verser son sang au service de Rome.
Et justement, les Athéniens, véritables inventeurs de la démocratie, l’ont mise en place après des périodes de conflits, lorsque les batailles de masse (notamment navales) sont devenues la référence, succédant en cela à une vision de la guerre qui se voulait « aristocratique » centrée sur des duels « chevaleresques » entre membres d’une élite. Or, si seul le capitaine commande son navire, lorsqu’il coule les humbles rameurs se noient autant que lui. Désormais, donc, tous les citoyens avaient le droit de vote dans la mesure où tous pouvaient être amenés à risquer leur vie pour la cité. Chacun ayant une et une seule vie, chacun avait une et une seule voix. Contrairement à Rome, Athènes ne raisonnait donc pas avant tout à partir de ce que chacun apporte à la collectivité, mais de ce que chacun peut être amené à sacrifier pour elle. Chaque citoyen était bien évidemment tenu de contribuer à la vie de la cité selon ses possibilités, mais, si ce devoir accompagnait la démocratie, il n’en était pas la source. Avons-nous encore conscience de cette exigence ? A nos yeux, la France est-elle encore quelque chose que l’on peut être fier de défendre même au prix de sa vie ? Qui, parmi nous, sait encore voir notre pays avec les yeux de Patrice Quarteron ?

Avant de trancher, le roi consulte son peuple

Troisième approche, magnifiquement présentée par Eschyle. Dans Les Suppliantes, les cinquante filles de Danaos fuient, avec leur père, des mariages imposés et demandent l’asile dans la cité d’Argos pour échapper aux prétendants qui les poursuivent. Le roi d’Argos doit décider de les repousser ou de les accueillir, sachant que ses obligations religieuses le poussent à l’accueil – Zeus n’est-il pas le protecteur des suppliants et des exilés ? – mais qu’en donnant asile aux Danaïdes il condamne sa cité à la guerre contre les prétendants. Que fait le roi ? Avant de trancher, il consulte son peuple. Pourquoi ? Parce que quelle que soit sa décision, c’est le peuple tout entier qui devra en assumer les conséquences. S’ils livrent des innocentes à leurs persécuteurs, le stigmate moral et religieux s’abattra sur tous les habitants d’Argos. Et s’ils les accueillent, tous subiront les horreurs de la guerre. La liberté impose la responsabilité, mais on ne saurait être responsable que si l’on est libre.
Être confronté aux conséquences… [jouer sa peau, comme dit Taleb] Ne touchons-nous pas du doigt ce que nombre de gens du « peuple », qu’ils portent ou non un gilet jaune, reprochent aujourd’hui aux « élites » ? De prendre des décisions dont ils feront assumer les conséquences par d’autres ? Évadés fiscaux voulant augmenter les impôts, thuriféraires de la mixité sociale habitant dans les beaux quartiers, les résidences de luxe et inscrivant leurs enfants dans des écoles privées hors de prix, champions de la « rationalisation » des services publics à la campagne vivant eux-mêmes dans les métropoles où tout se concentre, contempteurs des automobilistes ayant les transports en commun au pas de leur porte, spécialistes autoproclamés de l’avenir de la France [et qui promeuvent « l'Europe »] se préparant avec leurs proches à vivre à l’étranger, défenseurs des migrants qu’il faut accueillir mais chez les autres – le roi d’Argos, lui, n’imposa pas à ses sujets d’héberger les Danaïdes chez eux, mais leur ouvrit son palais – et ainsi de suite.

Pourquoi le peuple est souverain

Soulignons aussi que les habitants d’Argos choisirent d’accueillir les cinquante jeunes filles et leur père, et de les protéger au prix de la guerre s’il le fallait. Mais de ce fait, ils rejetèrent fermement leurs poursuivants, et Danaos et ses filles s’engagèrent à respecter les lois et les coutumes de la cité qui leur donnait asile, et à participer aux cérémonies de ses dieux secourables, plutôt que de continuer à prier ceux dont les préceptes voulaient les enchaîner aux prétendants. Si elle n’est pas directement liée à la démocratie, l’adhésion à un corpus minimum de valeurs et de traditions est donc bien un autre élément constitutif de la citoyenneté.
Le RIC, le mandat impératif, l’équilibre entre le suffrage majoritaire et le suffrage proportionnel sont d’excellentes idées, et même s’il faut les encadrer – tout système a ses effets pervers – ils feraient le plus grand bien à notre démocratie. Mais ils restent des outils, qui ne peuvent donner la pleine mesure de leur efficacité que guidés par une vision claire et des convictions fermes.
Sans revenir à un suffrage censitaire, laissons Rome nous rappeler que tous les citoyens doivent contribuer à l’intérêt général, chacun selon ses possibilités, cette contribution n’étant pas seulement financière : on ne peut se prévaloir des biens communs que si l’on participe à les faire exister. Laissons Athènes nous rappeler que la citoyenneté est indissolublement liée au devoir de défendre la cité, et sans exalter la violence pour elle-même souvenons-nous qu’elle est parfois nécessaire, que nous ne devons pas seulement livrer les guerres que nous déclarons mais aussi celles que nos ennemis nous déclarent, et « qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage » [Péricles].
Et laissons l’ancien dramaturge nous rappeler que le peuple n’est pas souverain parce qu’il serait plus compétent ou plus sage, ni parce qu’il payerait les élus comme s’ils n’étaient que des mercenaires. Le peuple est souverain parce qu’il est l’ensemble des citoyens, unis quelles que soient leurs origines par des valeurs et des traditions partagées, par les efforts consacrés au bien commun, par la défense de la cité, des citoyens qui assument les conséquences des décisions qui les engagent tous parce qu’ils les ont prises collectivement, mais qui ne tolèrent pas qu’on les leur impose.
Nos représentants et tous ceux qui sont investis d’une parcelle du pouvoir feraient bien de méditer cette nuance fondamentale, qui nous oblige tous mais les oblige, eux, plus que quiconque : les citoyens assument, ils ne subissent pas.




jeudi, juin 29, 2017

Au Québec, la censure gagne du terrain à l’université. Pensez ce que vous voulez… mais soyez d’accord avec nous.

Au Québec, la censure gagne du terrain à l’université. Pensez ce que vous voulez… mais soyez d’accord avec nous.

Je me désole de voir la liberté d’expression régresser.

D’autant plus que cette régression s’inscrit dans un tableau d’ensemble qui n’encourage pas à ‘optimisme : l’occident se débarrasse progressivement de toutes les conditions de la démocratie : liberté d’expression, indépendance des médias, classe moyenne, éducation aux humanités, équilibre des droits et des devoirs, responsabilité etc.

dimanche, avril 16, 2017

La révolution Trump est-elle déjà finie ?

Il semble que Trump soit rentré dans le rang du Système, trahissant sa campagne et ses électeurs : renoncement au mur payé par les Mexicains, recul sur l'Obamacare, bombardements en Syrie (pour lesquels il a reçu les félicitations de la Clinton !) et, plus que tout, renvoi de Bannon.

Le problème de Trump a toujours été son absence de relais à Washington.

Et l'enjeu était clair : les Etats-Unis sont-ils encore une démocratie ? Le peuple américain  peut-il encore imposer sa volonté au Système ?

Aujourd'hui, nous avons la réponse : non.

Seul espoir, infime : Trump est retors.

mercredi, janvier 25, 2017

Méritocratie contre élitisme

Un distinction subtile mais que je crois pertinente et importante, comme la distinction entre intelligent et intellectuel.

Méritocratie, Oligarchie et Populisme



*************
Il y a une sacrée différence entre méritocratie et élitisme. La méritocratie est une oligarchie qui feint d’être là par pur mérite, alors qu’elle n’y est que par reproduction. L’élitisme consiste au contraire à pousser chacun au plus haut de ses capacités — particulièrement les plus jeunes. Quelles que soient leurs origines.
*************



mardi, octobre 20, 2015

Philippe et Jimmy découvrent comment fonctionne notre «démocratie»

Récit de Philippe de Villiers.

En 1994, Philippe de Villiers et le milliardaire Jimmy Goldsmith s'associent pour les élections européennes.

Au bout de quelques semaines, le désespoir gagne : ils n'apparaissent pas dans les sondages et ne passent pas à la télévision.

Un soir, Jimmy Goldsmith décide de mettre le paquet. La semaine suivante, de Villiers monte dans les sondages et est invité à 7 sur 7.

Que s'est-il passé ?

Jimmy Goldsmith a acheté 4,99 % de TF1 et commandé des sondages onéreux à tous les instituts parisiens.

La liste de Villiers / Goldsmith fera la 3ème place avec 12,34 %.

Par ailleurs, un directeur de campagne expliquait, sous couvert d'anonymat, que les campagnes électorales nécessitaient des caisses noires parce qu'il fallait bien payer discrètement la voiture de la fille d'un journaliste complaisant.

Alors, les grandes envolées «il faut voter parce que nos ancêtres sont morts pour avoir le droit de vote» (c'est faux et c'est un chantage), vous pouvez vous les mettre où je pense. Je préférerais moins voter et avoir plus de libertés civiles.





samedi, août 30, 2014

Les pouvoirs du peuple entravés ?

Entretien de Maxime Tandonnet dans le Figaro :

***********
A la lecture de votre livre, on a le sentiment que l'Etat est finalement impuissant face à ces questions [la sécurité et l'immigration]. Malgré le volontarisme de Nicolas Sarkozy et la multiplication des projets de loi, la plupart des initiatives n'aboutissent pas. Quels sont les principaux obstacles auxquels vous vous êtes heurtés ? Sont-ils de nature institutionnelle, politique ? S'agit-il tout simplement de la chape de plomb du politiquement correct ?

En effet, j'ai été impressionné par la puissance des obstacles à l'action publique, pas seulement sur la sécurité d'ailleurs. Le sentiment de l'impuissance publique pèse en permanence sur les épaules d'un acteur du pouvoir politique. Les causes en sont multiples: la situation budgétaire calamiteuse, la prolifération des jurisprudences, constitutionnelles, européennes, qui limitent énormément le champ des décisions possibles, formant un étroit carcan, le climat de conservatisme et d'inertie générale. Un exemple sur lequel je reviens longuement dans le livre. Le président demandait avec insistance la nomination de 50 inspecteurs des services fiscaux, auprès des policiers dans les quartiers touchés par le trafic de stupéfiants afin de traquer les signes extérieurs de richesse. Il lui a fallu plus d'un an pour y parvenir et cette mesure s'est avérée décisive. Pour faire bouger la réalité, il faut une extraordinaire patience et détermination.

Les juridictions ont-elle une part de responsabilité dans cette situation? Laquelle?

Il me semble que nous vivons dans des sociétés où les contre-pouvoirs, en particulier celui des grandes juridictions, les cours suprêmes, l'emportent globalement sur le pouvoir politique. Il faut bien entendu des contreparties et des contrôles face au pouvoir politique mais lorsqu'un certain point d'équilibre est franchi, on tombe dans la paralysie et tous ceux qui ont expérimenté le coeur du volcan le savent. Il y a les choix politiques qui sont censurés par le conseil constitutionnel, comme la taxe carbone en 2010. On peut s'en réjouir au cas par cas sur certains dossiers, mais sur le long terme, c'est l'autonomie et la marge d'action du pouvoir politique qui ne cesse de se restreindre. En outre joue la force de l'autocensure car le travail de préparation de la décision politique consiste à anticiper en permanence sur la réaction des juridictions. Cela pose le problème dramatique de l'avenir de la démocratie, du pouvoir réel du Parlement élu au suffrage universel qui en est le coeur.
***********

 Maxime Tandonnet décrit ce que Mathieu Bock-Coté appelle le chartisme : à coups de chartes et de traités, on limite de plus en plus les pouvoirs du peuple souverain. Bien sûr, on argue toujours d'excellentes raisons et de bonnes intentions, mais l'essentiel demeure : ceux qui négocient et signent ces chartes n'ont absolument aucune légitimité, même si c'est légal.

En effet, il n'y a aucune justification démocratique à la limitation du pouvoir populaire avec des traités signés à l'étranger.

C'est la méthode Monnet, basée explicitement sur le mépris de classe de l'oligarchie pour les peuples.

Le renforcement des pouvoirs du conseil constitutionnel, lui aussi dépourvu de la moindre légitimité, participe du même mouvement de défiance.

samedi, juillet 05, 2014

A la lumière du mythe de la loi de 1973 : la difficulté de faire de la politique dans des situations complexes en 2014

Le mythe autour de la loi de 1973 est le suivant.

Au milieu de la cour de la Banque de France, pousse un arbre magique dont les fruits toujours renouvelés sont des liasses de billets neufs. Avant cette funeste année 1973, l'Etat français pouvait librement cueillir ces fruits et tout allait pour le mieux dans le meilleur des modes : la France ne connaissait ni banqueroute, ni hyper-inflation, ni impôts confiscatoires, ni crise économique et tout le monde avait trois orgasmes (minimum) par jour.

En 1973, de vilains banquiers (pléonasme), juifs (comme il se doit pour des banquiers), ont coupé l'arbre magique et, depuis, tout va de mal en pis.

Ce mythe absurde, de la pensée magique à l'état pur, qui ne devrait pas tromper le bons sens d'un enfant de sept ans, a été démonté ici et .

L'intéressant, et l'inquiétant, c'est que ce mythe ridicule apparaît dans les programmes de Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui représentent environ 10 % des adultes en âge de voter en France.


La fameuse loi de 1973, raison et contes pour enfants

Cela pose de très sérieuses questions sur la démocratie, sur la capacité des électeurs à comprendre et à décider.

Je me rassure (d'une certaine façon !) en me disant que les politiciens ont encore moins de bon sens.


dimanche, janvier 12, 2014

La démocratie des crédules (G. Bronner)


Livre passionnant qui confirme (biais de confirmation de ma part !) un certain nombre d'intuitions que je n'avais pas creusées.

La thèse : l'abondance d'informations et le fait que chacun puisse s'exprimer sans validation créent une démocratie des crédules. C'est probablement une explication, au moins partielle, de ce que j'appelle la baisse d'intelligence des occidentaux.

La profusion d'informations libres (donc internet) augmente la crédulité en favorisant à outrance les théories farfelues.

Essayons de dresser la liste des différents effets qui expliquent les théories farfelues et leur succès :

Le biais de confirmation

Pour comprendre, il faut revenir sur la différence nette entre infirmation et confirmation.

La démarche logiquement correcte face à une théorie est l'infirmation. On a une théorie, on essaie de prouver qu'elle est fausse et, à mesure que ces tentatives échouent, la validité de cette théorie gagne en vraisemblance. Cependant, il suffit d'une seule preuve de  fausseté pour invalider la théorie en question.

Or, l'esprit humain ne fonctionne pas ainsi. Il cherche des confirmations, tout simplement par c'est intellectuellement plus économique. Si nous cherchions à prouver que chaque chose en laquelle nous croyons est fausse, pour en tester la robustesse, nous ne pourrions plus vivre. Alors que chercher une ou deux confirmations est assez facile.

Problème, la démarche de confirmation est erronée. Elle ne prouve rien.

On évalue à la grosse que, face à un problème, 90 % des gens cherchent une confirmation de leur solution préférée et seulement 10 % en testent la robustesse en cherchant une infirmation.

Une fois que l'on a compris cela, on peut continuer sur internet et la démocratie des crédules.


Un biais de confirmation renforcé

Pour n'importe quelle théorie, vous trouvez au moins cent pages qui vous prouvent que vous avez bien raison de penser ce que vous pensez.

De plus, les motivations des croyants et celle des non-croyants n'étant pas symétriques, pour n'importe quelle thèse fafelue, vous trouvez plus de gens qui se sont cassés le cul à écrire des pages web pour la défendre que pour l'attaquer.


Diffusion étendue grâce à internet

Internet permet une bien plus grande diffusion des théories les plus baroques. La masse a maintenant à sa disposition un éventail beaucoup plus étendu de propositions. Mais cette variété n'implique pas que de bons choix en résultent, c'est le noeud du problème.

La motivation des croyants

Les théories qui nous disent que la vérité est ailleurs sont extrêmement séduisantes : par effet de dévoilement, elles donnent un sentiment de supériorité à leurs tenants. Ils savent quelque chose que les autres, les imbéciles, les naïfs, les suppots du système, ne savent pas.

De plus, il y a un effet de soulagement. Le monde est complexe et incertain, c'est dur à suppporter. Une théorie complotiste soulage de la complexité (on a une théorie) et de l'incertitude (il y a une explication).

Serge Galam a bien illustré le fait qu'un noyau dur peut forcer l'indécision du majorité molle. Remarquons que c'est ce qui se passe avec le gouvernement Hollande sur un certain nombre de sujets dits sociétaux : les positions tenues sur la délinquance et l'immigration par exemple sont très minoritaires, mais elles sont portées par des gens motivés qui ont pris le temps de noyauter le PS (ce noyautage aurait sans doute été matériellement impossible si les associations n'étaient pas subventionnées) et, par ricochet, le gouvernement.

L'effet Fort

Charles Fort est un Américain qui a entrepris de "démontrer" n'importe quelle thèse suivant une technique simple : une accumulation d'arguments faibles. Chaque argument, examiné attentivement, ne tient pas la route. Mais l'accumulation fait que le récepteur moyennement motivé, qui ne va pas faire trop d'efforts pour démonter les arguments un à un, va finir par se dire «Tout ne doit pas être faux».

Avant internet, cette technique était d'efficacité limitée car passait par la diffusion d'un livre (on n'accumule pas des dizaines d'arguments dans une conversation).

Internet a donné un instrument de choix à cette technique, non seulement pour la diffusion, mais pour la construction : une page sur un sujet attire les arguments, qui s'accumulent naturellement.

C'est un trait qui me permet de me méfier au premier abord d'une page complotiste : l'accumulation d'arguments me met la puce à l'oreille. La vérité est souvent simple, et terne.

Comme par hasard

L'abus de "comme par hasard" est aussi un indicateur incitant à la méfiance : il sous-entend que les coïncidences n'en sont pas. Or, s'il y a une chose que le cerveau humain fait très très mal, c'est l'évaluation des probabilités, notamment conditionnelles (s'il se passe ça, quelle est la probabilité que ... ?). Malgré ce que peut en dire l'intuition, il y a de bonnes chances que les coïncidences soient, tout simplement, des coïncidences.

Exemple de "comme par hasard" : un journaliste maritime publie un roman en 1898 où un paquebot géant baptisé Titan fait naufrage en avril en percutant un iceberg et on manque de canots de sauvetage. coïncidence troublante avec le naufrage du Titanic censée illustrer l'existence de prémonitions surnaturelles.

La coïncidence est nettement moins troulante en prenant en compte les éléments suivants : les paquebots géants étaient à la mode, les dimensions du Titan varient de 50 % par rapport à celles du Titanic (donc on ne peut pas dire que la prémonition brillait par son exactitude), les causes de naufrage d'un paquebot géant sont relativement limitées, que l'auteur ait pensé à l'iceberg n'est pas étonnant (et comme ils sont dangereux dans une période très limitée, on a la date). Le problème des canots de sauvetage était connu : leur nombre était fixé par le tonnage et non par l'effectif. Quant au nom, Titan, il est dans la série des noms à la mode, le prédécesseur du Titanic était le Gigantic.

Mais voilà, pour démonter l'argument du livre prémonitoire, il faut plus travailler que pour l'émettre. Cette asymétrie porte en elle la victoire des croyants par usure.

Trop de concurrence tue l'information

Depuis internet et les télés en continu, la fraicheur d'un scoop ne se compte plus en jours ou en heures mais en minutes. Le journaliste n'a donc plus le temps de vérifier l'information.

Et si, avec intelligence et courage, le journaliste suspend son jugement le temps de vérifier l'information, cela ne lui rapporte rien : le discrédit d'une information fausse tombe sur toute la profession indistinctement. En revanche, si l'information est vraie, il est en retard sur ses collègues s'il a perdu du temps à vérifier. C'est un dilemme du prisonnier où tout le monde perd.

L'affaire Baudis est exemplaire : le témoignage complet de l'accusateur ne laissait guère de doutes sur le fait qu'il était mythomane (il se présentait comme le fils caché de Michael Jackson, violé par Nicolas Sarkozy !). Les télés ont préféré diffuser la partie du témoignage qui paraissait vraisemblable plutôt que de perdre du temps à vérifier.

Le problème de l'offre

L'offre internet n'est pas équilibrée. Non seulement, un indécis trouvera de quoi confirmer n'importe quelle thèse idiote, mais il y a des chances que les tenants de cette thèse soient prépondérants par rapport à ses opposants.

L'effet est que l'indécis aura tendance à pencher du coté des plus motivés, plus nombreux à s'exprimer.

La science en danger

Les effets néfastes de cette ultra-démocratie où chacun donne son avis à tort et à travers sont particulièrement visibles dans le domaine scientifique : les peurs sont grandes et les connaissances petites. Le grand n'importe quoi menace.

Exemple : Orange installe une antenne-relais sur un immeuble. Les locataires commencent à se plaindre de divers maux, attribués à cette antenne. On évoque un dépôt de plainte. Renseignement pris, l'antenne n'est pas branchée, il manque un boitier électronique !

Cette peur de la science aboutit au calamiteux principe de précaution.

Exemple : l'eau de Javel n'est plus utilisée dans les hôpitaux occidentaux par peur d'éventuels effets cancérigènes. Tremblement de terre en Haïti. 5 000 morts à cause du choléra en quelques semaines. Les ONG se décident enfin à utiliser exceptionnellement l'eau de Javel. Disparition du choléra.

La peur d'éventuels effets cancérigènes de l'eau de Javel a couté 5 000 morts.

La démocratie délibérative ?

Parmi les solutions proposées à tous ces biais, il y a la démocratie délibérative. On part de l'idée que les gens peuvent avoir des idées fausses au départ mais que de la discussion jaillit la lumière.

Hélas, quiconque a déjà pratiqué une assemblée sait que ce sont les grandes gueules qui entrainent la majorité et non les raisonnables.

Monter le niveau d'éducation ?

Il y a un présupposé, totalement faux, que la peur et la crédulité viennent du manque de connaissance et d'éducation. (Parenthèse politique : on nous dit que la xénophobie vient de la «méconnaissance de l'Autre», sous-entendu, elle est déraisonnable. Mais non, elle peut très bien venir, au contraire, de ce qu'on le connaît, être très raisonnable).

On a prouvé maintes fois que, au contraire, le niveau de crédulité augmente avec le niveau d'études, tout simplement parce qu'on a l'esprit plus ouvert à des idées originales.

C'est particulièrement vrai pour les littéraires (désolé s'il y en a parmi mes lecteurs) qui sont assez éduqués pour savoir que la science peut se tromper mais pas assez formés pour porter par eux-mêmes un jugement solide. Ils ont donc tendance à traiter tout énoncé scientifique comme une croyance parmi d'autres.

Par exemple, on trouve dans un exercice pour sociologues en herbe un énoncé demandant de traiter U=RI comme une croyance !

Le résultat, affligeant : c'est parmi cette population (qui constitue la grande majorité de ceux qui causent dans le poste, journalistes, politiciens, etc.) qu'on trouve le plus de gens croyant à l'astrologie et à l'homéopathie. De là, on peut facilement glisser à d'autres croyances moins inoffensives.

Le bon esprit critique

Le mauvais esprit critique est celui qui cède à une théorie à cause de nos biais cognitifs. Par exemple, il adopte les hypothèses fumeuses sur l'attentat du 11 septembre parce qu'il n'évalue pas correctement la probabilité d'une telle occurrence et il s'oblige à imaginer un complot caché.

Le bon esprit critique est celui qui adopte une théorie après avoir combattu nos biais cognitifs.

Une bonne nouvelle, une mauvaise nouvelle

La bonne nouvelle : le bon esprit critique s'éduque. On peut même dire que toute formation scientifique est un effort pour obtenir des raisonnements délivrés des biais cognitifs.

La mauvaise nouvelle : cette éducation est très limitée. Dans le temps : si on ne pratique pas régulièrement, on retombe vite dans les biais cognitifs. En étendue : on peut avoir des raisonnements admirables dans un  certain domaine et totalement stupides dans un autre. On ne manque pas de grands scientifiques qui ont des raisonnements politiques crétins, quand ils ne sont pas criminels.


Un mot personnel sur littéraires et scientifiques

En tant que scientifique de formation, j'éprouve un  mépris certain pour les littérateurs dès qu'ils sortent de leur étroit domaine. Ce sont des gens qui, à mes yeux, se payent de mots. Pour eux, un bon mot vaut un bon raisonnement. Une pirouette lexicale ou une fantaisie grammaticale remplacent des heures de réflexion.

Cependant, les meilleurs, comme Stendhal ou Simon Leys, par goût du mot juste, atteignent une rigueur plus que scientifique.


Un drame sans solution ?

Bronner propose une meilleure éducation aux biais cognitifs des populations à risque, les journalistes en priorité. Par exemple, si les journalistes avaient eu un cours sur la propagation des légendes urbaines seraient-ils tombés si vite dans le piège de l'affaire Baudis ?

Il reconnaît qu'il ne faut pas trop attendre de cette démarche.

En revanche, il a une autre proposition, fort intéressante à mes yeux parce qu'elle rejoint certaine de mes réflexions : favoriser les cercles de réflexion de proximité, les sociétés savantes.

En économie, Jean-Jacques Rosa explique que les empires étaient rendus nécessaires par la rareté et la cherté de l'information, qu'il fallait de grandes bureaucraties pour collecter et exploiter une information rare. Inversement, en nos temps d'information quasi-gratuite, il faut des structures légères pour l'exploiter au plus vite : plutôt Singapour que l'URSS.

Il me semble qu'on peut retrouver par la voie des biais cognitifs le même type de préconisation.

Dans un monde d'informations débordantes et instantanées où tout le monde peut et veut donner son avis, plus la communauté est grande, plus la loi de la moyenne est susceptible de donner la victoire aux biais cognitifs. Autrement dit, les décisions stupides sont inéluctables.

En revanche, dans une communauté plus étroite, les voix singulières sont moins étouffées par le nombre et il y a encore une chance qu'elles puissent vaincre les biais cognitifs.





dimanche, janvier 05, 2014

Officiel : la France n'est plus une démocratie (2)


Christophe Barbier est un con. Qu'ils disent des conneries n'a donc rien pour surprendre.

Christophe Barbier appelle à la censure : c'est le Barbier de sévices.




Ce qui me terrifie, c'est que ces gens qui sont profondément lâches, qui ont conquis leur place dans l'oligarchie en allant toujours dans le sens du vent, ne cachent même plus leurs pulsions anti-démocratiques. C'est dire à quel point notre démocratie est agonisante, pour ne dire déjà morte, sinon ces pleutres ne s'y risqueraient pas.

On pourrait d'ailleurs retourner l'argument de Christophe Barbier. Oui, aujourd'hui, on est libre de raconter n'importe quoi sur internet, et alors ?

Où sont les dégâts épouvantables de cette funeste liberté totale ? Nulle part. On se gargarise de mots ronflants, mais où sont les faits ?

H16 sur le même sujet

vendredi, janvier 03, 2014

Officiel : la France n'est plus une démocratie

Commençons par un commentaire de notre ami Bob Marchenoir :

**********
Cette déclaration d'Arno Klarsfeld [sur l'interdiction de Dieudonné par tous les moyens] intervient au même moment où Manuel Valls annonce sur Europe 1, tout seul comme un grand, que ce que dit Dieudonné ne relève ni de la liberté d'expression ni de la démocratie, que c'est "compliqué" d'interdire ses spectacles, mais qu'il faut le faire et qu'on trouvera bien un moyen.

Voilà, c'est officiel, nous somme en dictature : la liberté d'expression ne consiste pas à exprimer son opinion, elle consiste à dire ce que l'Etat autorise. Les seuls spectacles permis sont ceux qui "seraient de la démocratie", sachant bien entendu que seul l'Etat est habilité à décider de cette mystérieuse qualité démocratique qu'un spectacle serait dans l'obligation de produire.

Enfin, la loi, même injuste, est un détail sur lequel s'assoit le ministre de l'Intérieur en personne : les citoyens ne sont pas condamnables si les tribunaux jugent qu'ils ont enfreint la loi, ils sont condamnables parce qu'un ministre a décidé qu'ils ont enfreint la "démocratie" -- puis le ministre donne l'ordre à ses esclaves fonctionnaires de trouver un habillage juridique pour justifier que Sa volonté soit faite.

Le plus inquiétant, naturellement, est que tout cela est fait ouvertement et expliqué en détail par les intéressés eux-mêmes.

L'Etat de droit n'existe plus en France (rappelons qu'un Etat de droit, c'est un Etat qui se soumet lui-même à la loi, comme n'importe quel citoyen).
**********

Le problème n'est pas nouveau. Les royalistes ont coutume de dire que la démocratie est ce système où les démocrates (autoproclamés) décident qui a le droit d'être élu. Grâce à Manuel Valls et et à ses saltimbanques, on peut désormais ajouter «et la liberté d'expression est ce système où les démocrates (autoproclamés) décident qui a le droit de s'exprimer».

Plus précisément, la dérive anti-démocratique dont nous voyons sous nos yeux horrifiés l'accomplissement trouve sa source dans quatre faits :

1) La loi Pleven, qui instaure le délit d'opinion et légitime l'obsession shoahtique, donnant directement naissance à un nouveau type de blasphème. Cela met à mal une condition fondamentale de la démocratie : la libre confrontation des opinions. Pas de liberté d'expression, pas de démocratie.

2) L'élargissement de la CEE, qui porte en elle la destruction des nations, lieu unique et nécessaire de l'exercice de la démocratie. Pas de nation, pas de démocratie.

3) Le regroupement familial. Il conduit au Grand Remplacement et à la destruction du peuple français en tant qu'entité politique. Aujourd'hui, il n'y a plus en France un peuple mais des populations. Pas de peuple, pas de démocratie.

4) La politique d'achats de voix, le social-clientélisme, financée par le déficit public. Cette politique sape la démocratie en distribuant des avantages «gratuits» payés par des citoyens qui n'existent pas encore, les générations futures. Cette séparation de la jouissance et du paiement provoque une déresponsabilisation des électeurs qui est mortelle pour la démocratie. Pas responsabilité, pas de démocratie.

Par un mystère que je ne m'explique pas mais dont il est douteux qu'il soit totalement du au hasard, toutes ces damnables nouvelletés, en apparence déconnectées, ont été introduites dans un laps de temps assez court, au début des années 70.

mercredi, février 13, 2013

Winston Churchill : «Pour devenir critique de la démocratie, il suffit de discuter cinq minutes avec un électeur moyen»

Les commentaires des journaux valent bien une discussion. Voici l'intégrale des commentaires que j'ai trouvés sous un article du Figaro traitant de la future résidence du pape démissionnaire.

Attention, ça vole haut. L'oxygène est rare à ces altitudes.

    BerryCe qui est sûr, c'est que Benoît XVI coûtera moins cher à l'Eglise que notre Nicolas I à la République.
    Le 13/02/2013 à 19:59 AlerterRépondre
    AvatarEdouard009C'est mixte ?
    Le 13/02/2013 à 19:18 AlerterRépondre
    AvatarKendingPourquoi va-t-il dans un monastère de femmes, après leur avoir obstinément refusé la prêtrise ?
    Le 13/02/2013 à 18:58 AlerterRépondre
    AvatarPigeonnoMême les papes se mettent à la fonctionnarisation. Comme les députés, un peu de service, et hop on touche le pactole de retraite à vie après !
    Le 13/02/2013 à 18:56 AlerterRépondre
    AvatarDaikoIl y du pognon au vatican, relisons tous ensemble le dossier spécial du Canard Enchainé, édifiant ... D'un coté les comptables, de l'autre les gogos, et dieu sait qu'il y en a !
    Le 13/02/2013 à 17:50 AlerterRépondre
    AvatarMaxmilleEt pourquoi ne vient-il pas habiter à Lyon, la terre des Papes ? c'est de loin plus tranquille... ;-)
    Le 13/02/2013 à 17:22 AlerterRépondre
    AvatarGazouilletteSe retirera dans un monastère
    ça veut dire qu'il ne pourra pas en sortir ? c'est pas clair cette affaire
    Le 13/02/2013 à 17:19 AlerterRépondre

    Avatarorthographe10Tout dépend du règlement du monastère. Il en est dont on sort, d'autre pas. Je parierais volontiers que celui de Benoit XVI fera partie de la première catégorie, mais je parierais également qu'il en sortira fort peu, ou du moins sortira fort peu (pour le moins) des murs du Vatican.
    Le 13/02/2013 à 18:08 AlerterRépondre
    AvatardijonnaisIl ne me semble pas que le Vatican manquait de place pour qu'il soit necessaire d'y construire un nouveau batiment résidentiel...
    Le 13/02/2013 à 16:14 AlerterRépondre

    AvatarAMDGCe qu'il vous "semble" a peu d'importance. Vous êtes expert de l'organisation du Vatican? Vous savez combien il y a de bureaux et qui y travaille? Non bien entendu, donc votre commentaire est inepte.
    Le 13/02/2013 à 17:04 AlerterRépondre

    AvatarpariginoBravo pour cette réponse !
    Le 13/02/2013 à 18:01 AlerterRépondre
    AvatarkuonaxIl pourrait en accueillir des malheureux là dedans !
    Où est la bonne parole pour les pauvres ?
    Je ne suis pas prête de comprendre la religion et de suivre son exemple, parce que moi je suis pour le partage et je me sentirais gênée à sa place. Mais peut-être qu'il ne se rend pas compte ......
    Le 13/02/2013 à 16:07 AlerterRépondre

    AvatarHenri ShapiroMoi, c'est votre attitude que je n'arrive pas à comprendre: le pape (bientôt ex-pape) n'a donc pas le droit d'habiter dans un logement privé ? Il devrait forcément le partager avec des sans-abris ?
    L'article indique clairement que les 12 cellules du monastère sont occupées par des religieuses.
    Il faudrait donc les expulser pour laisser de la place aux pauvres ?
    Cécile Duflot s'était déjà couvert de ridicule il y a quelques mois, en demandant à l'Eglise de France de mettre ses locaux à disposition des SDF, tout en ignorant le travail énorme accompli par les diocèses et associations catholiques pour nourrir et accueillir les sans-abris.
    Je vous prie donc de nos épargner vos leçons de charité, à moins que vous n'ayez déjà proposé à un SDF de partager votre chambre.
    Je peux comprendre le discours sur le luxe ostentatoire de l'Eglise. Mais si vous commencez à trouver indécent le fait que l'Eglise dispose de ses propres logements pour y loger ses prêtres et religieux/religieuses, je crois que vous exigez un collectivisme de type kibboutz qui me semble assez illusoire et franchement absurde.
    Le 13/02/2013 à 17:11 AlerterRépondre

    AvatarAMDGAu cas où vous n'auriez pas bien compris, c'est le petit bâtiment en bas à droite de l'image que va occuper le Pape et qu'il va partager avec des religieuses. Qui vous dit qu'il y a de la place restante?
    Vous seriez gênée à sa place? Si il vous reste une chambre libre chez vous, ne vous gênez pas, accueillez qui vous voulez.
    Le 13/02/2013 à 17:07 AlerterRépondre

    Avatarorthographe10Ce n'est pas que j'apprécie tant que ça la papauté, mais il me semble que l'on pourrait dire cela de quelques millions de bâtiments, y compris l'immeuble où se trouve mon appartement, et peut-être bien celui où se trouve le vôtre.
    Le 13/02/2013 à 17:04 AlerterRépondre
    AvatarALLIGNY14Eh ben ça vole encore bien haut !
    Le 13/02/2013 à 15:53 AlerterRépondre



    bidochon001c'est marrant on voit une lignée de paraboles sur le toit, je parie qu'il y en a au moins une qui est dédiée a XXL
    Le 13/02/2013 à 15:46 AlerterRépondre

    AvatarKasuku2012Content ? On a fait son petit effet !...
    Le 13/02/2013 à 17:18 AlerterRépondre

    Avatarbidochon001@ Kasuku : vous devriez vous abonner aussi, cela vous redonnerait le sourire
    Le 13/02/2013 à 17:37 AlerterRépondre
    Avatarcambacérésje trouve que ce serait plus élégant de s'installer ailleurs qu'à coté de son successeur.
    Le 13/02/2013 à 15:33 AlerterRépondre
    AvatarI3iosça va les affaires! il a pas une petite place pour quelques sans abris? la charité, tout ça...
    Le 13/02/2013 à 15:06 AlerterRépondre
    AvatarCricri2000SOBRIETE PAPALE
    Ce monastère "sobre" entouré de jardins et potagers permettra d'abriter et de nourrir une bonne centaine de pauvres selon les dires de la Bible. Mais charité bien "ordonnée"......
    Le 13/02/2013 à 14:59 AlerterRépondre

    AvatarKasuku2012Avant de faire la morale aux autres, avez-vous déjà abrité un malheureux ?...
    Le 13/02/2013 à 16:00 AlerterRépondre
    AvatarpedrodebordoLe Pape est aussi un homme , et comme tous les hommes , aprés une opération du coeur , il faut un temps plus ou moins long pour la gérison complète . Moi , cela a duré 2 ans , d'autres 6 mois , alors je lui souhaite un bon rétablissement et une " retraite " paisible au monastère .
    Le 13/02/2013 à 14:27 AlerterRépondre
    AvatarbourquinS'il était courageux comme les apôtres, il choisirait la rue comme SDF.
    Les bourgeois aiment leur confort.
    Le 13/02/2013 à 13:46 AlerterRépondre

    Avatargagniere p.A bouquin : Et vous, bouquin, avez-vous choisi de vivre sur un tas de fumier, comme le pauvre Job ? A vous lire, on le croirait.
    Le 13/02/2013 à 16:12 AlerterRépondre

    AvatarKasuku2012Ne parlez pas de ce que vous ne connaissez pas...
    Le 13/02/2013 à 15:59 AlerterRépondre

    Avatarexpliquez-moiVous êtes un puriste . Mais quelle richesse alentour !
    Le 13/02/2013 à 15:17 AlerterRépondre

    AvatarDemocratie00013A 86 ans bien sûr il aurait du choisir la rue
    Le 13/02/2013 à 14:31 AlerterRépondre

    AvatardermatoParceque les SDF ont choisit de vivre dans la rue?
    Vous êtes surement loin de ce monde, à l'abris dans votre petit appartement et votre petite vie.
    Le 13/02/2013 à 14:30 AlerterRépondre