Olivier Rey est un mathématicien qui gueule depuis des années contre l'envahissement de notre vie quotidienne par les nombres.dimanche, février 28, 2021
L'idolâtrie de la vie (O. Rey)
Olivier Rey est un mathématicien qui gueule depuis des années contre l'envahissement de notre vie quotidienne par les nombres.vendredi, février 12, 2021
A l'aube de la Résistance (François-Marin Fleutot)
En nos temps d'universelle lâcheté, où les jeunes ne sont ni les moins soumis ni les moins bêtes, ce livre fait du bien.
En ce temps là, c'est dans les pensions de famille accueillant les étudiants de Montpellier ou de Lyon que s'organisait la toute première Résistance, celle de l'automne 1940.
Au centre, un homme, comme, probablement, on n'en fait plus. Avocat maurrassien (mais rejetant Maurras sans aucune hésitation, sitôt son pétainisme connu), royaliste, il s'est fait un nom en giflant le ministre Pierre-Etienne Flandin en représailles des accords de Munich, c'est un colosse de 1 m 92 : Jacques Renouvin.
La première Résistance est un désordre de courages (1), cela tombe bien : à 35 ans, Renouvin est un organisateur hors pair.
Il prend l'engagement de ne pas tuer de Français, et le plus étonnant est qu'il y parvient.
Il organise les « kermesses » qui font sa réputation : simultanément, ou avec un échelonnement d'une heure (tous les goûts sont dans la nature), les boutiques de collaborateurs ou les officines de la collaboration sautent, un peu partout en zone libre.
On notera sa technique d'évaluation de ses subordonnés. Il organise une première opération dont il est le chef. Il évalue les comportements des uns et des autres. Ensuite, il participe à une deuxième opération comme simple complice, en laissant agir celui qu'il a désigné comme chef.
Il devient vite un des hommes les plus recherchés de France (il y avait foule pour le titre d'ennemi public numéro un à l'époque. Gilbert Renault, futur colonel Rémy, catholique maurrassien, trouve asile dans un bordel avec son épouse et leurs quatre enfants).
Entretemps, Renouvin se marie (ce qui n'est pas sans poser quelques petites difficultés pratiques : comment publie-t-on les bans d'un fugitif ? Finalement, ça sera un mariage religieux seulement. Il sera régularisé civilement, une fois que les deux époux seront en prison).
Quand les Allemands prennent en main en 1942 la police en zone sud, l'activité des Résistants devient encore plus difficile. Jacques Renouvin est arrêté en gare de Brive, suite à une trahison, en gare de Brive le 29 janvier 1943.
Son fils Bertrand a l'étrange honneur de voir le jour à la prison de la Santé, où sa mère, également Résistante (c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés), est incarcérée. Comme, dans la famille, on est opiniâtre, Mireille Renouvin obtient le droit de le présenter à son père au moment où son convoi part pour l'Allemagne.
Il y a des familles de traitres congénitaux comme les Giscard d'Estaing ou les Mitterrand. Il y a aussi des familles d'acier, comme les Renouvin (Pierre Renouvin, le frère, a perdu un bras et les doigts de la main restante au Chemin des Dames. Il fut un historien des relations internationales réputé).
Jacques Renouvin, torturé pendant des mois, meurt en déportation de ses blessures. Comme dit une vieille expression que notre époque oublie, il a bien mérité de la patrie.
Alors que nous sommes gouvernés par authentiques pervers, des technocrates sans coeur et sans âme, incapables d'autre chose que de détruire, un homme d'action désintéressé, ça fait du bien.
Edmond Michelet, qui fut son ami, s'est battu pour conserver sa mémoire.
Nota : on peut regretter le titre trompeur. Il s'agit en réalité d'une biographie de Jacques Renouvin. Par exemple, l'auteur ne parle pas de la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris.
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(1) : comme disait André Malraux, qui fut un Résistant très très tardif.
jeudi, février 04, 2021
Ian Fleming (C. Destremau)
Ian Fleming est le créateur de James Bond.Le portrait qu'en trace Christian Destremau est assez peu sympathique.
C'est un raté, alcoolique qui vécut au crochet de sa mère jusqu'à ce que ses romans d'espionnage lui apportent la fortune, peu avant sa mort, la cinquantaine venue.
Le type qui a réussi, dans la famille, c'est l'ainé, Peter (il a même réussi à coucher avec Ella Maillart !). Lui, il a toutes les qualités, il est même un peu trop parfait.
Ian n'est pas attachant parce qu'il ne s'attache pas, il papillonne. Comme beaucoup, il n'aime que lui-même. Et encore, pas tellement.
Pendant la guerre, il trouve une place d'espion de bureau qui l'occupe et en fait momentanément autre chose qu'un riche oisif. Mais, là encore, l'homme d'action et le vrai espion, c'est son frère Peter.
Au fond, Ian est un personnage en carton.
Mais n'est-ce pas le cas de son héros, Jean Bon (« Mon nom est Bon. Jean Bon », un peu ridicule, ne pensez vous pas ?).
La psychologie en est très sommaire. Il détruit sans jamais construire. Il n'est pas très subtil. Il collectionne les femmes mais elles lui échappent plus vite encore.
C'est quand même cette littérature de gare (après tout, James Bond est agréable à lire le temps d'un voyage en train) qui a sauvé Ian Fleming de la déchéance.
James est aujourd'hui attaqué parce qu'il a tous les défauts : mâle, blanc, viril, patriote.
Cette haine est une haine du monde actuel puisque le monde que nous connaissons a été entièrement construit par eux : les mâles (et leurs épouses) blancs, virils, patriotes. On serait bien en peine de trouver plus d'une poignée de découvertes et d'inventions qui ne viennent pas d'eux.
Reprenons.
En s'installant en Jamaïque, dans sa résidence nommée Goldeneye, Ian Fleming trouve une stabilité qui le rend moins antipathique.
C'est là qu'il écrit ses premiers James Bond.
Ce type peu attachant va accoucher d'un héros qui n'est pas vraiment sympathique.
Et le cinéma lui fait enfin gagner beaucoup d'argent, quelques années avant sa mort.
jeudi, janvier 21, 2021
Le chagrin et le venin (Occupation, Résistance, idées reçues) P. Laborie
L'image des années noires partagée par tous les Français désormais, la vulgate historique, est celle d'un peuple veule et attentiste, qui se foutait du sort des persécutés, sans courage, à part une poignée de héros, qui est passé instantanément en août 1944 de 40 millions de pétainistes à 40 millions de gaullistes.
Et de citer comme poncif, la visite de Pétain à Paris le 26 avril 44 et le triomphe romain au même endroit de De Gaulle quatre mois plus tard jour pour jour.
Pierre Laborie démontre que cette vision est une construction des pétainistes dans l'immédiat après-guerre pour se disculper : si tous les Français ont été veules, les vichystes sont moins coupables d'avoir trahi.
Vision reprise par les enculés paxtoniens post-soixante-huitards pour trainer la France et les Français dans la boue. Le fait que cette vision faussée soit devenue la vulgate prouve la victoire du pétainisme posthume, comme je le dis depuis longtemps.
Cette ignoble victoire du pétainisme, scellée par quatre présidents de la république, plus traitres les uns que les autres (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) n'est possible qu'à cause d'une grande ignorance historique (merci, le système éducatif) où les mythes télévisuels et cinématographiques ont remplacé la connaissance.
Rappelons quelques faits :
1) De Gaulle avait raison : l'armistice n'était ni obligatoire ni rusé. Il ne sauvait aucun meuble, contrairement à l'argument ressassé (là dessus, Zemmour se plante complètement. Il n'a pas assez travaillé). C'était une politique de merde et les pétainistes des traitres. La place de la France à la table des vainqueurs et de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU suffit à prouver la pertinence de la politique gaulliste.
2) A l'été 1940, on peut dire, si on veut, qu'il y avait 40 millions de pétainistes, traumatisés par la défaite, à part quelques rebelles. Cette vision est déjà excessive : les millions de Français dispersés sur les routes n'avaient pas le loisir de réfléchir à la politique.
3) Dès l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), un fort courant d'hostilité se manifeste et l'attentisme est beaucoup moins bienveillant. La manifestation des étudiants du 11 novembre 1940 n'a pas eu lieu en 1944, que je sache. De même, le discours du vent mauvais date du 12 août 1941, pas de 1944 (ça vaut la peine de relire les première phrases : « Français, J'ai des choses graves à vous dire. De plusieurs régions de France, je sens se lever depuis quelques semaines, un vent mauvais. L'inquiétude gagne les esprits, le doute s'empare des âmes. L'autorité de mon gouvernement est discutée, les ordres sont souvent mal exécutés. »).
4) L'hostilité de la population aux mesures anti-juives est hors de doute. Il n'y a qu'à lire les rapports des préfets (qui n'avaient pourtant pas intérêt à noircir le tableau).
5) Les témoignages de Résistants et de persécutés abondent et sont sans appel : oui, il y a eu des traitres et des délateurs, mais aussi et beaucoup plus, un halo de protection et de sympathie. Le poète René Char, chef de maquis des Basses-Alpes, traqué (« C'est contre nous chasse perpétuelle »), n'aurait pas pu survivre sans les villageois complices. Cela ne l'a pas empêché d'exécuter un traitre.
6) Les conditions matérielles de la Résistance étaient difficiles. Le témoignage de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Résistant à plein temps, payé par les valises de billets de Londres, est édifiant : il se débat dans des difficultés inextricables, le vol d'un vélo est un drame national, trouver du papier un défi quotidien, un logement un miracle, le ravitaillement prend des heures et des heures.
Penser aujourd'hui, dans notre confort inédit dans l'histoire, « i'zavaient qu'à résister. Moi, j'aurais résisté » est indécent, surtout venant de nous qui pétons de trouille et suicidons notre pays pour un virus qui tue 1% des vieux de 85 ans.
Nous sommes vraiment très mal placés pour juger. Mais, comme nous, Français de 2020 (surtout les intellectuels), sommes des étrons moraux, des sous-hommes, nous jugeons d'autant plus sévèrement. Sans décence, sans pudeur, sans intelligence.
Au fait, et la visite de Pétain à Paris, le 26 avril 1944 ? C'est, tout simplement, que, à tort ou à raison (plutôt à tort, à mon avis, mais on peut en débattre), les Français dissociaient largement la personne du Maréchal de la politique de Vichy.
Alors, non, les Français des années noires n'ont pas été les veules qu'on décrit aujourd'hui. Si la masse a été prise par les soucis de la survie au quotidien, elle n'en a pas moins fait ce qu'elle pouvait dans une situation dramatique. Les héros qu'on célèbre n'étaient pas isolés.
Bien sûr, tous les grands dégueulasses, l'anti-France active, les salauds professionnels (le ton est donné par Françoise Giroud, à la sortie du documentaire fallacieux Le chagrin et la pitié. Notons que Simone Veil s'y est opposée) se ruent sur la thèse pourrie.
Il reste à psychanalyser notre pulsion contemporaine à noircir notre histoire et nos ancêtres.
samedi, janvier 16, 2021
Le COVID de 2020 moins mortel que la grippe de 2017 (à voir, méditer et rediffuser)
vendredi, janvier 15, 2021
Le triple naufrage américain
La victoire électorale par fraude du duo Biden/Harris (qui est en réalité une victoire du pouvoir chinois) est un triple naufrage :
1) Naufrage de la classe intellectuelle américaine.
La liste des qualificatifs péjoratifs qu'elle mérite est interminable : bête, méchante, cruelle, sectaire, raciste (pro-noir), violente, intolérante, inculte, menteuse, tricheuse, méprisante, hautaine, caricaturante, malhonnête ...
Les pires craintes d'Alan Bloom sont devenues réalité.
2) Naufrage du parti républicain.
Les trois-quarts des élus ont préféré trahir le peuple et la nation et rallier leur classe sociale, mondialiste et pro-chinoise. Ne pas faire de vagues dans leur milieu plutôt que de faire leur devoir.
Les fraiches élues Marjorie Taylor Greene et Lauren Boebert sont folkloriques mais elles sauvent l'honneur.
On dit souvent que les Américains n'ont pas à craindre la tyrannie parce qu'ils sont armés. C'est faux : des hommes armés sans organisation sont des individus isolés, ils n'ont aucun poids politique, c'est comme s'ils étaient désarmés.
samedi, janvier 09, 2021
Le Beaujolais nouveau est arrivé (R. Fallet)
René Fallet de 1975. Fallet, toujours un bonheur de finesse, de tendresse et d'humour.
Quatre preux chevaliers de la chopine :
> Captain Beaujol. Ancien sergent-chef de la coloniale, à l'intendance. Il n'a jamais vu l'ombre d'un « niakoué » ni d'un « bique ». Sa terreur secrète est l'irruption d'un ancien de son régiment qui dévoilerait la potée de roses à ses compagnons d'hydratation, qui vibrent au récit, tout en pudeur, de ses exploits guerriers. Connu pour son goût des nectars de la côte mâconnaise.
> Adrien Camadule. Retraité, pêcheur et brocanteur à ses heures. Philosophe de comptoir.
> Poulouc. Jeune très prometteur. A vingt ans, il a déjà compris que le travail est une sale maladie qu'il faut éviter comme la peste. Officiant comme promeneur de chiens, il drogue la pâtée de ses ouailles afin de passer la journée au bistro.
Sa mère est la maitresse sado-maso de quelques notables du quartier, dont le curé. Ce hobby original et rémunérateur fournit matière à moults propos hautement éthylo-métaphysiques.
> Paul Debedeux. Cadre moyen dans une entreprise moyenne (Bang Bang Aéronautique), de plus en plus fatigué par son épouse moyenne et par sa maîtresse moyenne, il se réfugie au bistro avec ses copains.
La crise existentielle de Debedeux a été déclenchée lorsque son patron lui a demandé poliment des nouvelles de son épouse et qu'il a lâché, par trop-plein, « Elle m'emmerde » (le néo-féminisme et le combat intersectionnel, ce n'est pas trop le truc de Fallet).
Le lieu de rendez-vous de cette fière chevalerie vineuse, le temple de la boisson revigorante, le fort Vauban du jus de la treille, c'est Le Café du Pauvre (humour bien de Fallet).
Je ne vais pas tout vous raconter. René Fallet, ça se lit. On le trouverait en livre de poche pour trois francs six sous si on ne comptait pas dans les inflationnistes euros.
Je vous retranscris les ultimes phrases du livre, qui ne dévoilent pas les aventures de nos quatre héros et montrent qu'une fois de plus, Fallet est visionnaire :
A l'emplacement du scandaleux Café du Pauvre, la municipalité aménagea un espace vert.
De grands écriteaux signalaient aux habitants des nouvelles résidences qu'il était interdit de marcher sur les pelouses et, plus encore, de piétiner les plates-bandes.
lundi, décembre 14, 2020
Ils détestaient De Gaulle (F. Broche)

L'auteur, un gaulliste, dresse la longue, très longue, liste des anti-gaullistes.
Je saisis mieux ce qui me sépare d'eux :
1) le style : je suis un admirateur de Jeanne d'Arc. Ce que le gaullisme a de fou et d'excessif, et même de grandiloquent, ne me gêne pas. Les raisonnables et les raisonneurs m'emmerdent.
De plus, le gaullisme est éminemment populaire. Comme Jeanne d'Arc ! Au moment où la cour l'abandonnait, les Français priaient pour elle. Au moment où la bourgeoisie du Figaro et le bourgeoisie du Monde communiaient dans la haine de De Gaulle, le peuple votait pour lui.
L'anti-gaullisme relève d'un snobisme petit-bourgeois ou d'un dandysme grand-bourgeois, aucun des deux n'est populaire. C'est rigolo cinq minutes, parce que certains anti-gaullistes ont du talent, mais c'est au fond puant.
2) la politique : refuser le gaullisme, d'accord, mais pour quelle politique alternative ? C'est très simple : la soumission, soit à Washington, soit à Moscou. Les plus honnêtes l'assument. L'anti-gaullisme rassemble ceux qui pensent que la France ne mérite pas l'indépendance. La Suisse, le Bénin, le Mali, oui ; la France, non.
L'objection à cet argument qui revient souvent : « De Gaulle a fait entrer les loups communistes dans la bergerie de la fonction publique, spécialement de l'éducation et nous sommes américanisés comme jamais. L'action de De Gaulle a donc été au mieux vaine, plus probablement néfaste. L'indépendance gaulliste est une illusion, pour ne pas dire une escroquerie ».
Cet argument est fallacieux (sauf peut-être sur l'éducation nationale, parce que le problème est plus tardif et qu'il aurait sans doute pu faire autrement) :
1) Même en admettant que De Gaulle aurait échoué, l'objectif de l'indépendance nationale est louable. Cela renvoie dans leurs buts ceux qui ne songeaient qu'à se trouver un maître.
2) Le jeu de bascule entre les Américains et les Soviétiques était le seul possible pour garantir cette indépendance nationale.
3) De Gaulle est responsable de beaucoup de choses mais tout de même pas des décisions de ses successeurs.
Dans sa galerie de portraits, François Broche égratigne particulièrement un anti-gaulliste tiède : Raymond Aron.
D'ambiguïté en ambiguïté, de finasserie en finasserie, à force de se vouloir raisonnable et pondéré, d'excès de subtilité en excès de subtilité, de réserve en réserve, Aron rate ce que les événements imposent de radicalité dans les choix et passe pour un imbécile.
Je trouve ce portrait au vitriol très mérité : depuis longtemps, Aron me paraît une fausse valeur. Le centrisme est toujours un naufrage intellectuel et une trahison nationale.
Je me sens plus à l'aise avec un anti-gaulliste farouche : au moins, lui croit en quelque chose.
Cependant, le recul du temps est cruel pour les anti-gaullistes. Il faut bien considérer le monceau hallucinant des conneries empilées par les anti-gaullistes : Franco, Hitler, fasciste ... Ils n'ont pas dit que De Gaulle mangeait des enfants au petit déjeuner mais c'est juste un oubli.
Et puis, on retombe toujours sur le même problème : l'anti-gaullisme, c'est la soumission nationale. Les anti-gaullistes répondent à cela que l'indépendance nationale gaulliste est une illusion et que de toute façon, les nations, c'est dépassé.
Quand je vois comment les vieilles nations reviennent (Russie, Chine, Inde, Corée, etc), 50 ans après la mort de De Gaulle, je me dis que le discours des anti-gaullistes vieillit mal.
Le principal défaut de De Gaulle était de ne pas être un séducteur, à la Jules César ou à la Bonaparte. il était ingrat et cassant (« Je ne respecte que ceux qui me résistent. Malheureusement, je les supporte pas. » Il faut faire la part à l'humour de cette citation). On a glosé sur le fait qu'aucun de ses officiers de la 4ème DCR ne l'a rejoint à Londres.
Mais De Gaulle avait pour lui la profondeur historique. Cela rendait ses ennemis éphémères, futiles, mesquins et c'est bien ainsi qu'ils apparaissent aujourd'hui et ils tombent dans l'oubli, même Mitterrand malgré ses deux mandats présidentiels. L'anti-gaullisme est toujours, au fond, une trahison de la nation française au nom d'intérêts particuliers.
Même le ressentiment des pieds-noirs, bien compréhensible, ne vole pas haut. Tout simplement parce que les pieds-noirs qui volaient haut ont compris tôt que l'indépendance de l'Algérie était inéluctable et ont fait leurs bagages avant les autres, discrètement, dans de bonnes conditions.
Les plus grotesques anti-gaullistes sont ceux de deuxième ou de troisième génération, que je rencontre quelquefois sur internet. Eux n'ont vraiment rien compris. La haine de De Gaulle est la haine d'une politique qui élève. On retombe toujours sur le fondamental du pétainisme : « Céder au voeu des Français de se coucher ».
Mais De Gaulle aussi tombe dans l'oubli, parce que la France acculturée oublie tout et n'a plus envie de rien (sauf qu'on la laisse mourir tranquille) comme les compagnons d'Ulysse mangeant les lotos.
Addendum : une petite crise d'antigiscardisme primaire, ça ne peut pas faire de mal (oui, le centrisme est le vichysme de temps de paix) :
samedi, décembre 12, 2020
Le roi tué par un cochon (M. Pastoureau)
jeudi, novembre 26, 2020
Après le suicide.
Le suicide de l'Occident est acté. Même si la covidémence s'arrêtait immédiatement, les dégâts sont déjà historiques.
Or, la covidémence ne va pas s'arrêter, elle est sans fin, puisque nous avons admis que la liberté peut être sacrifiée pour une maladie banale. Le moindre rhume de travers suffira donc à justifier le grand n'importe quoi liberticide.
La tyrannie sanitaire s'installe, la vaccination obligatoire de fait et des restrictions débiles supplémentaires sont prêtes. Nous avons avons abandonné notre culture de liberté et notre prométhéisme.
Nous sommes coupables, nous sommes ridicules : la peur d'une maladie qui tue les vieux fragiles, ayant dépassé leur espérance de vie à la naissance, suffit à nous faire renoncer à vivre. Il y a déjà longtemps que nous étions habitués à avoir peur de tout et les jeunes ne sont pas les moins grotesques dans cette lâcheté généralisée (l'enfant-roi plus la télévision plus la fabrique du crétin).
Nous ne périssons même pas dans les flammes d'une bataille perdue avec l'empereur aux remparts. Nous nous éteignons comme des vieux égrotants qui ne savent plus parler que de leurs maladies et de leurs pilules. Le vocabulaire qui me vient à l'esprit est celui du carnaval, du Guignol, de la Commedia Dell'Arte.
Et après ?
La Chine et l'islam sont aujourd'hui les deux forces qui vont.
L'islam est bien malade de son inadaptation à la liberté occidentale. Comme nous renonçons à celle-ci, une de ses contradictions se trouvera mécaniquement résolue. Le glissement du masque au voile est tout naturel.
Je préfère encore la domination chinoise. Mais la Chine ne s'embarrassera pas de nous. Elle se contentera de veiller à ce que les ayatollahs qui nous dirigeront ne contestent pas sa suprématie.
Ne vous bercez pas d'illusion : la servitude n'est pas confortable. Il va y avoir des pleurs et des grincements de dents. Et des morts qui ne se relèveront pas à la fin de la pièce.
dimanche, novembre 22, 2020
L'incident (N. Lévine)
Le meilleur livre que j'ai lu sur la crise du COVID. Il faut dire que c'est aussi le seul, cela limite grandement la concurrence.
Nicolas Lévine est le pseudonyme d'un haut fonctionnaire, qui écrit souvent dans Causeur.
Le ton est pamphlétaire, acide. C'est assez réjouissant.
Les branques et les autres
J'ai un désaccord de fond : il moque le gouvernement d'avoir minimisé l'épidémie de COVID en son début, alors que je lui reproche d'avoir arrêté de la minimiser et de l'avoir exagérée. Mais nous tombons évidemment d'accord pour dire que nous avons un gouvernement de branquignols de premier ordre. Il rappelle certaines déclarations, qui se passent de commentaires, de Sibeth Ndaye.
Lévine est cruel. Je note des phrases comme « Il aime jouer au père de la nation, sauf qu'il n'y a plus de père ni de nation, à cause de l'idéologie qu'il défend avec ferveur ». Inutile que je vous précise de qui on parle.
L'auteur est particulièrement féroce pour les médecins, notamment pour les jeunes. Je suis entièrement d'accord : face à l'impéritie des politiciens (majorité et prétendues oppositions confondues), les Français se sont raccrochés aux médecins comme à des oracles. Réaction compréhensible mais stupide : la plupart des médecins (à quelques exceptions près : Raoult, Fouché, Perronne, Toussaint) sont cons comme des balais et lourds comme des enclumes. Les hommes qui ont fait les meilleures analyses tout au long de la crise, JD Michel et Toubiana, ne sont pas médecins.
Cette carence manifeste des médecins est assez facile à expliquer (sélection, formation, métier), ce n'est pas l'objet de ce billet.
Exécution en règle des people, genre Canet et Cotillard, grands donneurs de leçons devant l'éternel, qui courent se réfugier dans leur résidence secondaire dès l'annonce du confinement. Je connais des bobos qui ont fait de même : mon jugement n'en a pas été modifié, je les méprisais avant, je les méprise après.
Digression personnelle : ce COVID a été une remarquable ordalie et mon jugement a été globalement validé. Des gens que je méprisais ont confirmé qu'ils méritaient mon mépris et des gens que j'estimais ont bien agi. Peu de surprises : Bernard-Henri Lévy et Jean Quatremer en bien, NN Taleb en mal. Quelques belles découvertes : Mark Changizi, Martine Wonner, Louis Fouché, Nicole Delépine, Jean-Férédéric Poisson, Florian Philippot, Lionnel Lucca ...
Didier Raoult n'est pas une découverte (je l'avais lu avant).
Lévine, qui voit quotidiennement les politiques travailler, est encore plus féroce que moi (si c'est possible) sur la nullité crasse de ceux qui nous dirigent.
Les chinoiseries
Lévine remet à sa place, centrale, l'énorme responsabilité chinoise dans cette crise (que le virus soit naturel ou non).
Par une étude minutieuse de la chronologie, il montre que la Chine a contrecarré les efforts de contrôle de l'épidémie et répandu la psychose, ce qu'essaient de cacher nos corrompus jusqu'à l'os par la Chine (Raffarin bien sûr, mais, plus intéressant, Buzyn et Véran).
Trump, dont les imbéciles aiment tant se moquer, a parfaitement raison de parler de virus chinois.
Notre désindustrialisation et donc notre dépendance chinoise nous rendent serviles vis-à-vis des saloperies chinetoques.
La vague
Lévine décrit une administration qui s'effondre, comme 1940. Des conseillers ministériels et des hauts fonctionnaires grassement payés qui s'enfuient dans leurs résidences secondaires, dans le Vecors ou ailleurs. Des petits fonctionnaires réfugiés dans leur banlieue qu'on essaie de faire revenir au travail en leur promettant des avantages.
Les couloirs de ministères vides, où de temps en temps surgit un gratte-papiers affolé.
La conclusion de Lévine
C'est une crise du libéralisme (ne pas fermer les frontières) et du technocratisme (l'administration, à commencer par le gouvernement, a passé son temps à entraver les initiatives).
C'est une crise de l'apolitisme (« il n'y a pas d'alternative »). Les EHPAD ont été complètement abandonnés alors que nous sommes censés faire tout ça pour sauver les vieux.
C'est pourquoi Raoult les dérange tant : il a réagi comme un décideur à l'ancienne. Il ne s'est pas enfermé chez lui. On prend les problèmes à bras-le-corps, on se bat, on essaie, on se trompe, on corrige.
Ma conclusion
Lévine fait une grosse erreur d'analyse : il surestime de beaucoup la dangerosité du COVID, même s'il reconnaît que nous l'avons exagérée.
La crise du COVID est une énorme défaite collective de l'Occident, sans équivalent dans l'histoire. Pour nous Français, elle nous rappelle l'effondrement de juin 1940.
Cette crise est un triple effondrement :
1) psychologique : nous n'avons pas maitrisé notre peur de la maladie à un point qui fait de nous des clowns. Nous avons immédiatement baissé les bras et nous nous sommes enfermés chez nous au lieu de nous battre. Nous ne maitrisons toujours pas cette peur. Nous sommes grotesques, ridicules, avec nos masques et nos confinements.
2) intellectuel : l'incapacité à mettre les choses en perspective est rageante. Dès mars 2020, nous avions tous les chiffres pour juger que l'épidémie de COVID était moyennement grave, sans plus.
3) les gouvernements occidentaux (exception faite de la Suède) se comportent à la fois avec incompétence, morgue et méchanceté. Les peuples se sont laissés faire et ils se laissent toujours faire. Cette lâcheté politique est le pendant de la lâcheté face à la maladie. Quand je croise un autre démasqué, nous échangeons un regard, mais que nous sommes peu nombreux !
jeudi, novembre 19, 2020
L’abandon des commerçants et ses conséquences
Philippe Silberzahn
philippesilberzahn.c...Ancien entrepreneur, Philippe Silberzahn est professeur à EMLYON Business School et chercheur associé à l’École Polytechnique. Il écrit sur l’innovation, l’entrepreneuriat et la stratégie face à l’incertitude.
L’histoire ne progresse pas linéairement. Les dégâts que nous infligeons à la société en ce moment vont détruire des fondations économiques, sociales et politiques de manière durable.
[…]
UN DÉSASTRE SOCIAL
Mais il n’existe pas non plus de société vivante sans économie forte. En tuant les commerces, le confinement est également un désastre social. En effet, le commerce c’est la vie, même si celle-ci n’est pas réductible au commerce. N’importe quel maire vous dira que sans commerce il n’y a pas de centre-ville, et que sans centre-ville il n’y a pas de ville. La ville est le centre du pouvoir mais aussi le lieu du marché. Ce dernier n’est pas juste un lieu de création de richesse, c’est aussi un lieu de sociabilité.
Au-delà des drames personnels des commerçants qui perdent tout, la destruction en cours des commerces est donc aussi une destruction sociale de grande ampleur dont les effets seront considérables. C’est une destruction de la classe moyenne, et si l’histoire nous apprend quelque chose, c’est qu’une telle destruction se termine toujours mal politiquement.
UNE SITUATION QUI RAPPELLE LE MONDE FÉODAL
Car au-delà des conséquences économiques, sanitaires et sociales calamiteuses, il y a également une conséquence politique et morale. Car dans cette affaire les décideurs ne sont pas les payeurs. Ceux qui décident de telles mesures et ceux qui les soutiennent n’ont pas à subir de conséquence personnelle du confinement : ils peuvent travailler depuis chez eux, leur salaire et leur retraite ne seront pas affectés.
Les cadres supérieurs des grandes organisations sont dans le même cas. En particulier en France, les grandes entreprises du CAC40 sont très liées à l’État et savent bien se protéger du marché, par des pratiques oligopolistiques, ou par l’obtention de subventions, commandes d’État et autres optimisations fiscales, et leurs employés n’ont guère à craindre les conséquences économiques de la situation actuelle, du moins à court terme.
Émerge ainsi un système dual : d’un côté un groupe largement protégé des conséquences économiques et sociales du confinement, et qui a donc intérêt à pousser la sécurité sanitaire au maximum, pour ainsi se donner bonne conscience d’avoir protégé la vie de « nos anciens », et de l’autre, un groupe qui subit directement ces conséquences et qui est abandonné à lui-même.
Le premier défend sa cause 24 heures sur 24 sur les plateaux TV, tandis que le second est largement invisible, à part peut-être au travers d’un témoignage enregistré de quelques minutes çà et là, qui tire une larme de crocodile aux experts présents sur le plateau. Dans ce groupe on compte les commerçants et les indépendants, mais aussi tous les employés directement au contact du marché, notamment ceux des petites structures.
Le débat public est donc entièrement focalisé sur ce qu’on voit, des malades Covid en souffrance et des services hospitaliers surchargés, dont les représentants ont voix au chapitre, et ignorent presque totalement ce qu’on ne voit pas, des milliers de gens qui vont dépérir voire mourir en silence ; ce sont les intouchables de la société française, à qui l’on distribuera quelques aumônes, pour se donner bonne conscience, mais qu’on laissera largement à leur sort.
Il n’est pas certain qu’ils l’acceptent facilement et le sentiment d’injustice ne peut que renforcer le caractère explosif de la situation dans un pays qui a mis l’égalité sur un piédestal.
Et donc, par un étrange retour de l’histoire, se reconstituent les trois états de l’ancien régime : une classe de fonctionnaires et de cadres du grand secteur privé, qui vit largement protégée du marché grâce à des rentes offertes par les oligopoles garantis par l’État, une classe cléricale de journalistes, de médecins et d’intellectuels qui fournit un cadre moral à la classe protégée, et enfin le tiers-état, classe laborieuse faite d’indépendants, de chefs de petites entreprises et d’employés du secteur privé non protégé directement soumis aux aléas du marché.
En temps normal, lorsque le marché fonctionne bien, la classe laborieuse peut accepter son sort, et le système fonctionner. Mais nous ne sommes plus en temps normal, nous sommes en crise, et le propre des crises est de révéler les fragilités d’un système et d’en saper la légitimité. Nous y sommes.
AU BORD D’UNE NON-LINÉARITÉ
Et nous y sommes d’autant plus que toute la gestion de la crise actuelle repose sur un modèle mental, celui du mauvais moment à passer. On va sauver des vies, l’économie va souffrir, mais pour ce qui concerne cette dernière, « c’est rattrapable », comme le disait un médecin avec une arrogance et une suffisance dignes de l’ancien régime.
Non, la perte d’un commerce, travail de toute une vie, ce n’est pas rattrapable ; ça ne l’est pas pour ceux qui ont tout perdu, revenus, retraite, estime de soi, sens de la vie. Certes, c’est dommage pour eux, mais c’est rattrapable globalement, car l’économie va repartir et tout sera oublié ? Mais rien n’est moins sûr.
L’histoire ne progresse pas linéairement. Les dégâts que nous infligeons à la société en ce moment vont détruire des fondations économiques, sociales et politiques de manière durable.
Penser que tout va repartir naturellement dès qu’on aura passé le cap du confinement, c’est faire preuve d’un optimisme déraisonnable. Il est donc possible que nous soyons entrés sans le savoir dans une période de changement profondément non linéaire, c’est à dire révolutionnaire. Autrement dit, la crise de la Covid, loin de se terminer, ne fait peut-être que commencer.
mardi, novembre 17, 2020
jeudi, novembre 12, 2020
La panne d'intelligence stratégique (B. Jarrossson)
Livre acerbe sur la panne d'intelligence stratégique des Européens entre 1888 et 1957 (1957 car l'auteur croit qu'en 1958 l'Union Européenne a sauvé la paix).
Et il conclut (pensée ô combien originale) que les hommes de 2020 sont des imbéciles, aveugles à la catastrophe climatique qui vient.
J'ai bien rigolé devant tant de poncifs (1). Je me suis dit que l'auteur aurait été moins ridicule s'il avait été plus mesuré dans ses critiques (souvent justes) des hommes du passé : quand on tombe soi-même dans les illusions du présent, on se retient un peu quand on critique les hommes qui sont tombés dans illusions du passé.
Une fois que plus, je constate que bien peu d'hommes savent faire bande à part, même quand ils le proclament. C'est sans doute une question de caractère plus que d'intelligence.
Nul homme n'est complètement exempt de rechercher sa validation par d'autres hommes, mais, suivant son caractère, cette validation prend plus ou moins de place et choisit avec plus ou moins de discernement les valideurs.
Pour ma part, je peux compter sur les doigts d'une main les hommes dont la désapprobation me chagrinerait. C'est une grande sérénité.
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(1) : je rappelle qu'il n'y a aucune preuve que le réchauffement climatique soit d'origine humaine. Un mensonge répété un million de fois ne fait pas une vérité.
De plus, l'idée même que le réchauffement climatique soit universellement néfaste ne repose sur rien d'autre que des élucubrations apocalyptiques.
lundi, novembre 09, 2020
La covidémence est-elle un coup monté ?
Je réponds au site Covidémence, qui a eu l'amabilité de me citer.
Commençons par un avertissement sémantique : j'emploie l'expression « coup monté » parce que le mot « complot » a été piégé par la CIA, connoté négativement (« complotisme », « complotiste »), pour dissimuler ses propres complots (les renversements de Mossadegh et d'Allende, par exemple. Les révolutions « de couleur » plus récemment).
L'auteur du site Covidémence (que j'appellerai désormais Gaston, puisqu'il veut rester anonyme) et moi sommes d'accord sur l'essentiel : depuis fin 2019 (mais avec des racines bien plus anciennes), le monde (au moins l'Occident et l'Asie) est en proie à une tentative (pour l'instant couronnée de succès) d'établir un monde « huxleyen », où ceux d'en haut règnent sans partage et sans possibilité d'être renversés.
dimanche, novembre 08, 2020
Une bonne video : Séminaire - Médias, science et idéologie - la polémique sur la chloroquine.
jeudi, novembre 05, 2020
La banalité du Mal, une idée trompeuse ?
Elle résonne chez les chrétiens avec le pêché originel.
Or cette idée n'est pas anodine et elle est émise par une femme disciple du philosophe nazi revendiqué Heidegger. Je sais que c'est excessif et injuste de réduire Arendt à ses relations avec Heidegger, mais ça me gratte chaque fois que je lis Arendt.
La question redevient d'actualité parce que nous sommes dirigés par des psychopathes et que la modernité favorise l'ascension des psychopathes.
Je pense que François Hollande et, encore plus, Emmanuel Macron (qui est Hollande en mieux, c'est-à-dire en pire) sont d'authentiques psychopathes, avec tout ce que cela comporte de vicieux et de dangereux.
L'idée de la banalité du Mal repose sur une dissimulation. Oui, le Mal est banal mais il y a des degrés. Or, dans les machines technocratiques dépourvues de principe de jugement transcendant, s'opère une sélection inverse des plus pervers. C'est cela qu'Hanah Arendt a dissimulé.
Un Eichmann ou un Macron ont gravi les échelons de la carrière de pervers. Ils n'ont vraiment rien de banal dans la perversité. Ce sont des manipulateurs expérimentés, pas des petits sadiques de bas étage qui se contentent d'exécuter les ordres.
Pourquoi j'en parle ? Parce que, comme conclut Dershowitz dans l'article en lien, à force de redouter la banalité, on en vient à oublier que le Mal peut être brillant, séduisant, manipulateur. Il a d'ailleurs été élu en 2017.
Et nous en souffrons sans répit : qu'est la crise du COVID si ce n'est une bouffée délirante, perverse, tyrannique, de fous dangereux ?
Note du 4 novembre 2023 : il se trouve que Paul Dershowitz, dont je mets un article en lien, fut un soutien de Jeffrey Epstein ! Il n'empêche que, sur ce point particulier de contester la notion de la banalité du Mal, il a parfaitement raison.
mardi, novembre 03, 2020
La science est un sport de combat (D. Raoult)
Décollage
J'ai toujours les deux mêmes problèmes avec les livres de Raoult :
1) je trouve son expression brouillonne, son style peu agréable. Ce manque de clarté se retrouve dans ses videos. De ce point de vue, j'ai peut-être des références trop élevées : j'ai eu des professeurs qui étaient un don du ciel : clairs et rigoureux.
2) c'est un anti-catholique, ce qui lui fait dire pas mal de bêtises. Là encore, sous prétexte d'empirisme, il se montre brouillon. Je partage très peu son admiration de Nietzsche et des sectateurs de la French Theory. Je pense que ce sont des destructeurs, des maitres de mort.
Vous pouvez me trouver sévère, mais je lis en parallèle Claude Tresmontant, qui est tout le contraire : catholique, carré, limpide.
A l'évidence, Tresmontant me convient mieux que Raoult.
Ceci étant dit, je vous conseille de lire Raoult. C'est instructif. C'est un type avec qui on a plaisir à s'engueuler.
Comme il a un tour d'esprit rationnel, ce qu'il dit est contestable, nous ne sommes pas le religieux scientiste, il n'est pas du genre « la science a dit ». Une fois qu'il a quitté ses considérations philosophiques que je trouve vaseuses et entre dans son domaine, il est passionnant.
Faux bon sens
Il commence par mettre en garde contre le faux bon sens. L'homme déteste ne pas comprendre, alors dans son esprit simpliste, il s'invente des explications aux choses qu'il ne comprend pas et il appelle cela le bon sens.
Il y a ce qui est prouvé et ce qui ne l'est pas. Tout le reste est rationalisation de l'inconnu pour se rassurer. Le COVID a été la foire au faux bon sens, spécialement (hélas) de la part des gouvernants :
> Masque, confinement, gestes "barrières", interdiction de rassemblement : pensée magique, aucune preuve d'efficacité.
> Détecter-isoler-soigner, lavage des mains : efficacité prouvée.
Qu'est-ce que j'ai entendu d'élucubrations sur les gouttelettes (pour justifier les masques) ou le R0 (pour justifier le confinement) qui se réclamaient du bon sens !
Je n'ai rien contre le vrai bon sens, bien au contraire. Mais il faut aussi savoir dire « je ne sais pas ».
Le vrai bon sens doit inspirer une question : pourquoi le premier mouvement des gouvernants occidentaux à l'apparition du COVID a été de jeter à la poubelle les plans sanitaires et d'improviser le grand n'importe quoi, irrationnel, sans preuves, moyenâgeux, alors que le COVID tombait précisément dans les hypothèses de ces plans ?
La question est d'autant plus pertinente en France que s'y rajoute une autre encore plus terrible : pourquoi l'administration a-t-elle bloqué toute initiative (pas de chloroquine, pas de médecine de ville, pas d'hôpitaux privés), provoquant des milliers de morts évitables, alors que, face à l'inconnu, il faut au contraire libérer les initiatives pour multiplier les chances de réussite ?
Parmi les exemples de faux bon sens admis sans discuter, il y a les protections chirurgicales individuelles. En fait, on s'est aperçu que ces protections (à part les gants si le chirurgien touche l'opéré) ne servent à rien. Nos grands anciens qui opéraient en costume et noeud papillon ne faisaient pas prendre de risque aux malades.
En parlant de faux bon sens : Raoult nous fait son délire habituel, l'afflux massif d'étudiants étrangers, c'est fantastique. Il nous fait plusieurs fois une ode au métissage. Comme Einstein, Raoult a les idées politiques d'un enfant de dix ans. Passons.
Les trois tueurs
Les trois tueurs du passé : la peste, le choléra, le typhus. Les trois tueurs d'aujourd'hui : le paludisme, le SIDA, la tuberculose. (Bizarrement, il n'y a pas le COVID ! Bien sûr, je plaisante : le COVID ne se verra même pas dans les statistiques annuelles).
Le SIDA est maîtrisé.
Raoult n'hésite pas à dire que, s'il était forcé de faire un choix, il préférerait avoir le SIDA que du diabète. En revanche, le paludisme l'inquiète.
A sauts et à gambades
Les microbes et, plus largement, les espèces vivantes n'évoluent pas graduellement, mais par sauts, de catastrophes en catastrophes.
La science aussi.
Il est d'ailleurs curieux que Raoult soit très à l'aise dans cette vision chaotique dans son domaine, mais qu'il lui échappe totalement qu'en politique (j'y reviens un peu), c'est la même chose, il y a des points de non-retour, des effets non-linéaires, des catastrophes. Pour lui, le terrorisme n'est pas grave parce qu'il fait moins de morts que les accidents de la route. L'immigration, pareil. On reste un peu confondu. Raoult a la lucidité de dire que la politique n'est pas son domaine.
Parlant de politique, je lui en veux de ne pas être plus saignant sur la politique sanitaire macroniste. Quand il dit qu'il n'a pas d'opinion, il ment, ne serait-ce que parce qu'il est très au courant de ce qui se fait ailleurs et qu'il ne peut ignorer qu'ailleurs, on fait beaucoup mieux, sans masque et sans confinement. Bref, il est lâche pour préserver son IHU (regardez ce qui arrive à Perronne).
La part de l'inconnu
Il y a énormément de choses que nous ignorons. Par exemple, on a trouvé des gènes de résistance aux antibiotiques dans des bactéries de mammouth congelé.
C'est pourquoi il ne faut pas rester figé dans des conceptions a-priori qui ont toutes les chances d'être fausses (façon gros bourrins abrutis de technocrates français Macron Delfraissy Philippe Castex), mais essayer, tenter, recommencer. Tout le contraire de ce que nous avons fait avec le COVID.
L'eugénisme
Raoult en parle avec sa franchise habituelle : le débat autour de l'eugénisme en France est vain, creux, car nous sommes déjà, en pratique, eugénistes. Le diagnostic pré-natal et l'élimination des foetus mal formés sont de l'eugénisme pur et dur et, en proportion, nous sommes plus eugénistes que les nazis, même si nous n'osons pas nous l'avouer.
Comme Raoult n'est pas darwinien, ça le gratte mais il n'y peut rien.
COVID-19
Pour Raoult, la plus grosse faillite de l'Etat concernant la crise du COVID-19 est son incapacité à combattre (et même, l'absence de tentative de combattre) la loupe médiatique.
L'Etat a toutes les statistiques au niveau national pour mettre les choses en perspective et empêcher la psychose de grossir, il n'a même pas essayé.
Au contraire, le croque-mort Salomon, égrenant tous les soirs ses chiffres sans relativiser, a alimenté la psychose.
L'avenir inconnaissable
L'avenir est inconnaissable.
Mais, comme la plupart des hommes sont incapables d'assumer cette incertitude, ils s'inventent de fausses capacités de prévisions.
Les modèles mathématiques, épidémiologiques ou climatiques, sont révérés comme des dieux mais sont encore plus ridicules que la lecture des entrailles de pigeon.
Le cauchemar sécuritaire
Notre société arrête de vivre par peur de la mort.
10 mois après le début de la psychose suicidaire du COVID, inutile que j'insiste : ceux qui pouvaient comprendre ont compris depuis longtemps, ceux qui n'ont pas compris ne comprendront jamais.
Plus original, Raoult, au rebours des discours dominants, trouve qu'on en fait trop contre la douleur, ça masque des symptômes. On a moins mal mais on risque plus de mourir. Il parle de méningites et de de péritonites mal diagnostiquées et mal soignées du fait de douleurs masquées par des antalgiques.
Il ne croit pas à la guerre virologique/bactériologique : la virulence des virus ou des bactéries créés par l'homme décline très vite, le génome n'est pas aussi stable qu'un génome sélectionné par la nature (le Pr Montagnier a dit la même chose sur le COVID, on l'a pris pour un con).
Dans nos délires, il y a le féminisme : plus la science progresse, plus nous avons la preuve que beaucoup de différences hommes-femmes sont d'origine biologique (étonnant, non ?) et pas culturelle. Mais, comme nous sommes de plus en plus irrationnels, ça n'est pas bien grave.
Conclusion
Raoult revient sur la philosophie qui fait mon désaccord (voir le début du billet).
Comme d'habitude, Raoult est intéressant à lire. Ceux qui le traitent de charlatan et d'escroc sont à des années-lumières en dessous. Même si (vous l'avez bien compris) je ne suis suis pas toujours d'accord avec lui, j'apprécie qu'il sache dire quand il ne sait pas (ce qui revient assez souvent) et témoigner son admiration à des collègues vivants.
Ca prouve une disposition d'esprit de plus en plus rare.







