lundi, mai 31, 2021

Sections spéciales

Le 21 août 1941, le clandestin communiste endurci, ouvrier métallo (hé oui, il y fut un  temps où les communistes n'étaient pas des profs petits-bourgeois frustrés)  Pierre Georges, dit colonel Fabien, abat l'aspirant Moser à la station Barbès. C'est le début du cycle infernal attentat-répression-attentat que le Parti Communiste enclenche en toute connaissance de cause et sans souci des otages (les gaullistes y étaient opposés).

Digression : lire, dans Les vacances de la vie, le portrait qu'en fait Alphonse Boudard, simple troufion FFI. La mort accidentelle à 25 ans de ce militant de choc, en manipulant une mine, devait en arranger plus d'un, et pas seulement dans les rangs des anti-communistes rabiques.

Sous l'impulsion du très ambitieux ministre de l'intérieur Pierre Pucheu, le gouvernement de Vichy décide de devancer les représailles allemandes en créant les Sections Spéciales de la cour d'appel, des instances de jugement sans recours ni appel, avec des droits de la défense limitée, en vertu d'une loi rétroactive et antidatée, permettant de revenir sur la chose jugée, dont l'un des articles fut même laissé en blanc, à remplir ultérieurement.

Le prétexte, comme pour toutes les saloperies, est « le moindre mal », les Allemands étant supposés être moins sévères si des Français prennent l'initiative des représailles.

Costa-Gavras en a fait un bon film. Hélas, comme d'habitude, trop de propagande coco (le film se termine par un mensonge délibéré : il est faux d'écrire qu'aucune sanction n'a été prise contre les magistrats à la Libération).


Il est intéressant d'examiner les réactions devant cette forfaiture caractérisée, qui piétine tous les principes fondamentaux du droit.

Le garde des sceaux Joseph Barthélémy traine des pieds mais finit par accepter.

Le président de la chambre d'Aix en Provence Toussaint Pierucci se récuse en des termes sans ambiguïtés. Pour l'exprimer trivialement, il n'envoie pas dire ce qu'il en pense.

Le substitut général Maurice Tétaud s'acharne à demander les peines les plus légères possible, mettant ainsi en exergue l'iniquité de cette loi d'exception.
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D'autres, comme le conseiller René Linais, participent aux délibérations en refusant la mort.

D'autres magistrats enfin acceptent avec enthousiasme, y voyant une occasion d'avancement rapide. Ils sont souvent de mauvais calculateurs : ils croient que l'Allemagne va gagner la guerre.

Les condamnations des Sections Spéciales sont absolument iniques, même en tenant compte des circonstances politiques de l'époque (condamnation à mort pour un simple suspicion d'impression de tracts).

Ces Sections Spéciales ont pesé très lourd lors de l'épuration. Elles ont couté la vie à Pierre Pucheu (lors d'un procès manquant de sérénité et d'équité, mais dont le verdict était juste). Ce procès Pucheu, qui a eu lieu en mars 1944 à Alger, annonçait une Libération pas très riante.

Quatre magistrats des Sections Spéciales sont exécutés par la Résistance, cinq condamnés à mort par des tribunaux de l'épuration et deux peines exécutées.

De manière intéressante :

> le secret des délibérations a été levé pour les procès d'épuration de ces Sections Spéciales.

> des magistrats qui se sont opposés à la mort lors des délibérations de ces Sections Spéciales ont néanmoins été condamnés pour y avoir participé.

Ceux qui s'en sont sortis le cul propre ? Ceux qui ne se sont pas laissés aller à leurs haines et à leurs ambitions, qui sont restés fermes sur les principes du droit.

La leçon pour aujourd'hui ?

Les fonctionnaires, les magistrats, doivent trouver l'équilibre entre leur conscience, leur devoir d'Etat et leur obéissance. Et ne pas s'aveugler par idéologie ou par calcul.

L'autre leçon, c'est qu'il y a des gens qui, sous couvert de légalisme, sont prêts à participer aux pires atrocités (au hasard, expérimenter des thérapies géniques sur des enfants non malades).

dimanche, mai 30, 2021

La fin d'un monde (P. Buisson)

Patrick Buisson s'interroge sur la fin de l'homme de toujours, aussi vieux que l'humanité, le paysan enraciné, qui s'est produite entre 1955 et 1975.

Le bandeau de ce livre est sans ambiguïté : « C'était mieux avant ! ».

Mais la question est encore plus fondamentale que le simple mode de vie, c'est celle de la survie biologique. L'humanité n'a pas un avenir infini, elle a très précisément un avenir de 50 ans renouvelable : si toute une génération décide de ne pas faire d'enfants, 50 plus tard, toutes les femmes sont ménopausées et l'humanité est morte.

Or, avec l'avénement de l'homme-robot, qui ne veut ni donner la vie ni mourir, c'est ce qui nous arrive.

Patrick Buisson, avec son érudition et avec son style (non sans quelques préciosités), s'attaque à ce problème de notre temps (1).

Les instruments du Malin

Instrument de la destruction : la télévision, qui détruit les sociabilités traditionnelles, la veillée et le bistro. Buisson est assez intelligent pour nous épargner le couplet stupide « L'instrument (radio, télévision) ne compte pas, ce qui compte, c'est ce qu'on met dedans  ». La télévision mène naturellement à Hanouna comme le livre mène à la Somme Théologique. Dans un sens un peu détourné, le médium est le message.

Buisson traite la télévision de déifuge (qui fait fuir Dieu, qui refuse Dieu).

Instrument de la trahison : le concile Vatican II et tout ce qui tourne autour. A force de foutre des coups de pioche dans la Tradition, les modernistes ont réduit la pierre immuable en un tas de sable. Ce n'est pas un hasard si la répudiation par les pères conciliaires de la tradition de l'Eglise précède la révolution de ceux qui se veulent sans héritage (sans héritage autre que matériel -pour les Cohn-Bendit, le fric c'est important, on ne plaisante pas avec ça).

Fin de la paysannerie, fin du catholicisme

Finement, Buisson lie la fin de la paysannerie et la fin du catholicisme.

Le paysan n'a rien à voir avec l'agriculteur, technicien de la l'agriculture et applicateur de techniques agricoles, de même que le médecin n'a rien à voir avec le « soignant », technicien de la médecine et applicateur de protocoles médicaux (comme le délire covidiste nous permet de le constater quotidiennement, pour notre plus grand malheur individuel et collectif).

Le paysan a un lien ontologique à la terre, elle n'est pas un simple instrument de travail. C'est d'ailleurs pour cela que les paysans français de 1914 se sont sacrifiés pour défendre leur terre. L'Angleterre, déjà « dé-paysanisée », a eu plus de difficultés de recrutement (ce n'est pas seulement une question de conscription).

Le coup de grâce à la paysannerie française est la mécanisation articulée à l'endettement (merci le Crédit Agricole) qui fait entrer l'agriculteur dans le calcul des rendements, pour rembourser ses emprunts.

Buisson raconte un paysan à l'ancienne de 1960 qui met une semaine à arracher une haie à la main parce qu'il a refusé d'emprunter à son voisin la machine qui aurait fait le travail en une demi-journée. Mais il n'est pas endetté, il ne doit rien à personne (sauf à ses ancêtres et à ses enfants), il travaille à son rythme et se fout des rendements puisqu'il fait essentiellement une culture de subsistance. Il est en grande partie hors des circuits de la grande machine économique. C'est Hésiode.

Ce paysan est tout à fait à l'aise avec Dieu : il attend la bonne récolte de la Providence et non de savants calculs. Le calendrier liturgique est cohérent avec le calendrier des saisons.

C'est pourquoi l'assassinat de la paysannerie et celui de l'Eglise sont intimement liés.

L'ethnocide bienveillant

Pedzouille, bouseux, cul-terreux ... Les paysans ont intériorisé le mépris moderne dont ils sont l'objet. Leur « libération » s'est faite au nom de leur plus grand bien, de leur ascension sociale.

Au nom de la modernité et du progrès, ils ont été déracinés, les mées remplacées par des armoires en formica.

Buisson en profite pour accuser le modernisme gaullien.

Le krach de la Foi

La conjuration des théologiens français, les Congar, Maritain et compagnie a flingué la crédibilité de l'Eglise pour longtemps.

En effet, l'esprit du concile Vatican II (plus vaste que le concile lui-même) tient en deux choses :

1) Une hérésie caractérisée.

Sous prétexte d'oecuménisme, d'« ouverture » et de « tolérance », les pères conciliaires ont commis un reniement complet et sans bavure de la parole du Christ « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi ».

S'il y a d'autres chemins d'accès à Dieu que le Christ, l'Eglise n'a plus aucune raison d'être.

2) Un esprit d'innovation stupide.

Plus que l'ouverture de mauvais aloi, cette néophilie puérile a chassé les humbles des églises. Les gens ont beau être humbles, ils ne sont pas bêtes et se sont exprimés très clairement dans les enquêtes et les sondages de l"époque :

« Aujourd'hui, on nous dit que ce qu'on nous a enseigné toute notre vie était faux et que nous avons cru des fadaises [ce qui, au passage, témoigne d'un mépris à peine voilé des intellos pour les humbles]. Mais, si la vérité d'hier était fausse, pourquoi croirait-on celle d'aujourd'hui, enseignée par les mêmes ? ».

Avec la révolution des années 60, l'Eglise ne s'est pas ouverte au monde comme elle le croyait, elle s'est vendue au monde, elle s'est embourgeoisée et intellectualisée. Elle a chassé le peuple des églises en chassant les pratiques populaires (malgré les avertissement angoissés ou courroucés de clercs plus fins que la moyenne des intellos novateurs qui se pignolaient).

En évacuant le sacré comme une superstition archaïque, l'Eglise s'est vidée de sa raison d'être.

La boboïsation du clergé

La violence des débats pour ou contre le catholicisme populaire a été oubliée, cette question est pourtant fondamentale.

Il y a une raison sociologique à toutes ces diableries anti-populaires.

Les petits séminaires drainaient les talents des campagnes vers les grands séminaires. Le clergé était composé de paysans montés en graine et d'aristocrates.

Avec la généralisation des collèges publics, les petits séminaires ont disparu. Le clergé s'est urbanisé et embourgeoisé dans les années 50.

Or, il y a une une constance chez le petit-bourgeois, curé ou pas : il voue une haine viscérale au peuple dont il est issu (encore récemment, la passion destructrice des écolos ou la haine des Gilets Jaunes). On comprend mieux la guerre que les curés ont mené à leurs ouailles, certains allant jusqu'à dire à des paroissiens qui leur déplaisaient qu'ils feraient mieux de ne pas venir à la messe ! Evidemment, ce n'est pas tombé dans les oreilles de sourds et ils sont restés au lit le dimanche matin.

Et les églises sont vides.

Arius 2, le retour de la vengeance

Sur ce tirage de chasse sociologique, brode l'hérésie.

L'hérésie de Vatican 2, c'est tout simplement l'arianisme rejeté par le concile de Nicée en 325.

Jésus n'est pas Dieu fait homme mais seulement une apparence. Jésus n'étant plus Dieu fait homme, c'est Dieu déguisé en homme, sans la souffrance, sans les supplices. Ca devient alors juste un maitre de sagesse oriental.

Ca permet de se débarrasser de tous les mystères gênants  : le scandale de la croix, la rédemption et donc le péché originel, la confession. C'est bien pratique.

« Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (jusqu'à la mort) devient « Soyez sympas et ne vous engueulez pas trop ».

L'arianisme est un rationalisme, pas étonnant qu'il resurgisse au XXème siècle. Alors que la pente humaine va vers l'arianisme, qui est plus simple, moins dérangeant, il a fallu de la force d'âme aux pères du concile de Nicée (et à notre roi Clovis) pour le rejeter. Les pères conciliaires de Vatican 2 n'ont pas eu cette force d'âme.

La conséquence de cette perte de substance spirituelle majeure, Guillaume Cuchet l'a décrite avec une ironie mordante : « Dix ans de Dieu d'amour ont plus vidé les églises que dix siècles de Dieu sévère ».

Les gens n'ont pas changé de religion, ce sont les clercs qui ont changé la religion à leur insu ... et vidé les églises, tout à fait logiquement.

Nous sommes arrivés au bout du chemin : en 2021, l'Eglise de France est une ONG socialisante grande-bourgeoise, plus covidiste (hygiéniste) que chrétienne. Sauf quelques résistants façon village d'Astérix par qui l'Eglise renaîtra.

Heureusement, il y a eu des prophètes (parmi les francophones Mgr Lefèbvre, Bruckberger, Clavel) qui n'ont pas été entrainés dans les errements vaticanesques, cela suffit à préserver la flamme.

Dans les damnables innovations des années 60-70, on reconnaît les premiers craquements de la sécession des élites. Aujourd'hui, c'est une évidence que les évêques méprisent leurs ouailles, ça n'était pas si clair avant le délire anti-populaire des clercs passionnés d'innovation vaine.

Catalogue des horreurs : le Diable était-il au concile ?

Buisson fait un long, très long, catalogue navrant de tous les délires post-conciliaires.

Il y a tout de même des trucs assez marrants comme des mariages curé défroqué et bonne soeur décloitrée.

Il y a des choses plus sinistres. Par exemple, Soeur Sourire, vedette fugace, quitte le cloitre, milite pour l'homosexualité, sombre dans la dépendance aux médicaments et à la drogue et finit par se suicider.

Mais, sur le long terme, le plus dommageable, c'est la séparation du sacré et du social, au nom de la foi pure (encore un branlotage d'intellos dont on se demande bien ce qu'il peut signifier en réalité : beaucoup de gens venaient à la foi par les rites et non l'inverse).

Finis les patronages, les confréries, les kermesses, les masses de scouts. La foi est devenue tellement pure (mon oeil) que les enfants ne sont plus baptisés, que les couples ne se marient plus et que les églises sont vides.

De Gaulle, qui a oublié d'être con, confia, à la mort de Jean XXIII : « Il a ouvert les vannes et n'a pas su les refermer. Comment voulez vous qu'on croit en vous quand vous n'y croyez pas vous même ? ».

Inverser les causes

La thèse majoritaire, bien proprette, qui ne dérange personne, est que l'Eglise a été vidée par les évolutions de la société.

Intelligemment (il a la chronologie de son côté : Vatican II précède Mai 68), Buisson inverse le raisonnement : le clergé s'est urbanisé, il s'est livré à des masturbations intellectuelles de petits-bourgeois, il a saccagé la tradition et fait fuir le peuple. En cassant à la pelleteuse une des structures majeures qui faisaient tenir la société, l'esprit conciliaire a ouvert les vannes au grand n'importe quoi soixante-huitard.

Le meurtre du père

Là encore, Buisson inverse le discours lénifiant ... et faux.

Non, les lois des années 60 et 70 détruisant l'autorité paternelle et la famille ne sont pas une adaptation à l'évolution des moeurs. A l'époque, le travail féminin diminuait.

Ces lois sont issues d'un militantisme qui ne se cache pas de vouloir détruire le père et la famille (on fait semblant de l'avoir oublié. Ou on est tellement inculte qu'on l'a vraiment oublié). Comme par hasard, ce sont des revendications bourgeoises. C'était dans l'air du temps et c'est passé comme une lettre à la poste.

Et ça marche : détruire l'autorité paternelle pour détruire la famille pour détruire la société.

A la fin, que des ruines

Buisson passe plus de la moitié de son livre sur la déchristianisation, ce qui est tout à fait logique, puisqu'il considère (citation de Malraux souvent reprise par Zemmour) que la civilisation est ce qui se construit autour d'une religion.

Kaputt la religion, kaputt la civilisation.

La priorité, s'il fallait en choisir une seule ? La célébration ad orientem (que soutient le cardinal Sarah). En effet, elle est, en théologie et en liturgie, très lourdement significative (2).

Comme Buisson est un faux-jeton (c'est méchant, mais il le porte sur sa gueule), il raconte dans ses entretiens publicitaires que le bandeau « C'était mieux avant ! » est un choix de son éditeur (bref, il se défausse).

Pourtant, c'est la conclusion évidente à tirer de son livre.

Pour la première fois dans toute l'histoire de l'humanité, il y a des gens, nombreux, qui considèrent, que l'homme n'est que matière et n'a pas d'esprit et ceux ci sont au pouvoir.

Qu'est-ce que l'homme moderne ? Un type d'homme inférieur, abruti par les écrans et par la consommation, sans profondeur. Le bon sens paysan ne signifie pas que le paysan est plus intelligent mais que sa religion, sa culture et son mode de vie lui donnent une philosophie de la vie plus sage, plus en accord avec la nature humaine, plus riche de fruits et d'héritage.

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(1) : parce qu'il est Buisson, il ne peut s'empêcher de caser son couplet anti-gaulliste. En abandonnant l'Algérie, de Gaulle a été un deuxième Pétain. Il faudrait tout de même un jour que tous ces nostalgiques de l'Algérie française expliquent en quoi ce fut une trahison de la France d'abandonner cette terre qui n'a jamais été, et n'aurait jamais été, française, ni de race, ni d'histoire, ni de culture, ni de religion. La nostalgie du bon vieux temps des colonies ne fait pas un argumentaire. Tant de persistance dans l'aveuglement prête à rire.

(2) : dans la célébration traditionnelle, ad orientem (vers l'orient), toute l'assemblée (y compris les célébrants) est tournée vers le Saint Sacrement, présence réelle du Christ, posé sur l'autel. Le célébrant tourne donc le dos à l'assemblée, dans la position du pasteur guidant le peuple.

Inversement, la messe actuelle est le show du prêtre, face à l'assemblée, le Christ n'est plus le centre de l'attention. Le tabernacle est, physiquement, dans un coin.

Certains pensent même que ce changement d'orientation a contribué à faire fuir les hommes : de pasteur guidant le peuple (tous les hommes peuvent comprendre), le prêtre est devenu l'animateur d'une réunion Tupperware avec les copines.

jeudi, mai 13, 2021

Au temps du prince esclave, écrits clandestins (G. Fessard)

Livre passionnant (c'est le bonheur d'internet de trouver facilement et à bon marché ce genre d'ouvrages).

Recueil des écrits clandestins d'un théologien de grande réputation, le Père Gaston Fessard (non, toute l'Eglise française n'était pas pétainiste).

La ligne est gaulliste : un gouvernement sous la domination de l'ennemi n'est pas légitime et mieux vaudrait qu'il n'y en ait aucun. Tous les arguments justifiant le gouvernement de Vichy ne font pas le poids face aux arguments opposés.

Fessard ne se laisse absolument pas prendre à la fable christique du  « don » de la personne de Pétain à la France « pour atténuer son malheur ». Il connaît trop bien Pétain, son aigreur et son ambition personnelle (qu'oublient les défenseurs actuels de Pétain).

Fessard est bien plus dévastateur pour Pétain et pour les pétainistes que ne l'est de Gaulle. Parce qu'on ne peut pas lancer contre lui l'accusation spécieuse d'être un intrigant, un arriviste, un ambitieux manipulateur et diviseur, comme le font contre de Gaulle les pétainistes. Fessard ne peut pas être accusé de grand-chose par ceux qui veulent éviter d'entendre ses arguments.

L'intérêt de ces textes est que, même si certains sont destinés à une diffusion clandestine grand public, ils sont d'une haute tenue intellectuelle. Comme dirait un collègue, « ça envoie du steak » (on notera - toujours ma marotte du rapport complexe entre courage intellectuel et courage physique- que Fessard a combattu tout jeune entre 1915 et 1918 et de nouveau, plus vieux, en 1940).

Raymond Aron disait de de Fessard : « Si l'on se souvient de ses prises de positions successives, il est difficile de ne pas admirer sa clairvoyance et son courage ».

Evidemment, quelques passages ont des échos très actuels, nous sommes depuis longtemps, depuis Pompidou, gouvernés par des princes-esclaves, Emmanuel Macron n'étant que le plus esclave de tous.

Depuis le début, je classe le phénomène Macron sous la rubrique du « néo-pétainisme ». Je considère le vote Macron (premier, second tour, législatives, municipales, c'est tout un à mes yeux) comme une forme de trahison pétainiste.

J'aime bien le petit dialogue de Serge Federbusch :

_ Que représentent au fond que les Gilets Jaunes ?

_ Le patriotisme.

_ Et Emmanuel Macron ?

_ Le contraire.

Revenons au livre dont je vous parle.

Revenons même un peu avant.

Munich 1938 (je tire cela d'un autre livre de Fessard : Autorité et bien commun).

En 1938, Fessard est anti-munichois avec la bonne analyse, sauf qu'il ne va pas jusqu'à prôner fermement l'alliance russe (donc communiste). Certes, elle est sous-entendue dans le choix de s'opposer aux desseins hitlériens (le renvoi dos à dos par Fessard du nazisme et du communisme, qui lui vaudra quelques ennuis après guerre, est limpide. Mais il n'aurait pas dû l'empêcher d'en tirer des conclusions circonstancielles).

Il écrit également (toujours aussi clairvoyant) que, si la France perd la guerre qui vient, il ne faudra pas qu'elle se compromette même si l'ennemi doit nous dominer pendant mille ans. Un peuple qui se compromet meurt, car il perd son âme, alors qu'un qui ne se compromet pas peut renaître plusieurs générations plus tard (la Pologne, l'Irlande, Israël).

C'est exactement l'argument de Churchill au printemps 1940 ! Comme quoi le gaullisme de Fessard (comme celui de de Gaulle !) n'est pas un coup de tête, il est mûrement réfléchi.

Vichy 1940 (là, c'est le temps du prince-esclave, pour ceux qui suivent mon billet alambiqué).

Dans les années de guerre, sa position est claire : l'outil du prince, qui justifie qu'on lui obéisse, est la souveraineté, grâce à laquelle il peut poursuivre le bien commun, à savoir protéger et faire prospérer la nation dont il a la charge.

Autrement dit, légitimité et souveraineté sont indissolublement liées. Les abandons de souveraineté sont nécessairement des abandons de légitimité.

La souveraineté est binaire : soit on est souverain, on peut oeuvrer pour le bien commun, soit on ne l'est pas.

Un prince qui n'est plus souverain, comme Pétain jadis, comme Macron aujourd'hui, n'est pas en droit d'exiger l'obéissance.

D'ailleurs, c'est bien ce qu'on voit avec Macron : pour se faire obéir, il n'a plus que la matraque, le procès, la prison et le fisc. Ou l'orgie de terreur épidémique avec la complicité des medias criminels. Il a perdu toute autorité parce qu'il n'a pas de légitimité.

En politique comme en justice, on ne peut arguer de sa propre bêtise. L'excuse « on pouvait pas savoir » est une lâcheté et une imbécilité, car  vous aviez le même accès aux informations que d'autres qui ont mieux choisi que vous. Les cathos qui ont voté Macron (que j'ai le plus grand mal à pardonner) sont responsables de toutes les saloperies macronesques, ils n'ont aucune excuse (1).

Je l'écris d'autant plus aisément que, si j'ai jugé dès le départ correctement Hollande et Macron, je me suis fait des illusions sur Sarkozy. Jamais je n'ai dit « je pouvais pas savoir », j'ai dit « j'ai été con, on ne m'y reprendra plus ».

Addendum de novembre 2025 : cela me semblait tellement évident que je ne l'ai pas précisé quand j'ai écrit ce billet, mais je m'aperçois qu'en 2025, certains refusent toujours de comprendre.

Alors je le précise : Pétain n'a sauvé aucun meuble, n'a été le bouclier de personne, même pas vraiment des juifs français. Il a entièrement joué dans la main de Hitler, il a été sa dupe de bout en bout et l'armistice n'a jamais été un bon tour joué aux Allemands.

Pétain n'était qu'un vieillard aigri, ambitieux et traitre.

De plus, il est aujourd'hui bien établi que, comme le pensaient certains, dont De Gaulle, à l'époque, une possibilité réelle de continuer la guerre outremer existait.

Sa sentence, la peine de mort, était juste.

Voilà pour le cas Pétain. Je ne peux pas être plus clair.


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(1) : un « catho » qui vote Macron n'est pas catholique. Il pourra bien aller à la messe tous les dimanches et participer à des oeuvres, il ne sera pas catholique. C'est comme voter nazi ou voter communiste. C'est plus qu'un choix politique, c'est une conception de l'homme : Macron croit en l'homme infiniment plastique, qui peut s'auto-engendrer.

Si un électeur de Macron se croit catholique, c'est qu'il est égaré spirituellement. On n'imagine pas Bloy ou Bernanos votant Macron.


mercredi, mai 12, 2021

Bruckberger, l'enfant terrible (B. et B. Chovelon)

 Léopold (Raymond, en religion) Bruckberger est né en 1907.

Après une enfance difficile en Auvergne (père autrichien en fuite, mère très dure), il est ordonné prêtre dominicain en 1936.

Sergent mitrailleur dans le corps franc de Joseph Darnand en 1940 (les religieux, comme le frère Guérin à l'aile gauche française à Bouvines, ne faisaient pas semblant de partir à la guerre), il lui dit en novembre, après une soirée de discussion houleuse : « Vous prenez une voie (la collaboration) qui vous mènera au peloton d'exécution. Et je serai assez con pour venir vous défendre ».

En 1941, il appelle à la Résistance, la sanction de l'évêque de Nice le scandalise. Il écrit : « Les évêques n'ont pas tous les jours une Jeanne d'Arc à bruler. Monseigneur l'évêque de Nice fait ce qu'il peut  ».

Résistant, il finit par être emprisonné cinq mois (il n'apprendra que des années après la mort de Darnand que c'est grâce à lui qu'il a été libéré au lieu d'être fusillé). Evidemment, dès sa libération, il prend le maquis (dans le Vivarais).

Bruck rejoint Paris à l'été 44. Avec les services publics en grève, les morts ne sont plus enterrés. Notre bouillant dominicain va voir Parodi, le délégué de de Gaulle qui lui répond :  « Faites comme vous voulez. Je couvre toutes vos décisions. Les morts doivent être enterrés ». On est à des lieues de ce connard robotisé d'Edouard Philippe qui interdit les funérailles à cause d'un gros rhume (vivement que notre civilisation inhumaine meurt. Même les hommes des cavernes enterraient leurs morts).

Il accueille de Gaulle à Notre Dame, le 26 août 1944, pendant que ça tiraille encore sur les toits, après avoir expliqué au cardinal Suhard que ses fraîches complaisances pétainistes devaient le pousser à la discrétion (« Le Magnificat s'élève. En fut-il de plus ardent ? » Mémoires de Guerre)

Après guerre, il harcèle de Gaulle de demandes en grâce pour des collabos. Il assiste plusieurs condamnés à mort, dont Darnand. C'est très mal pris par certains extrémistes de l'épuration et l'ordre domincain se désolidarise lâchement de Bruckberger, au comportement pourtant très chrétien. Evidemment, il le prend mal. L'incompréhension s'installe, qui ne fera qu'empirer.

Il est connu de tout Saint-Germain des Près.

Il participe à l'adaptation de plusieurs films.

Il est mis en marge de son ordre (mais non exclu) parce qu'il vit avec sa maitresse. 

Pour lui donner l'occasion de se calmer, son ordre nomme « Bruck » aumônier de la Légion au fin fond du Sahara.

Au retour, après un passage de quelques années par les Etats-Unis, à l'écart du tumulte, il s'installe en France et, parce qu'il faut bien gagner sa croute, il fait le journaliste. Profession qui manque de discrétion.

C'est un violent adversaire de l'esprit moderniste dans l'Eglise (avec soixante ans de recul, on sait qu'il avait raison : les églises sont vides, et la moitié des rares qui continuent à aller régulièrement à la messe ont une foi bricolée tout à fait hérétique (1)).

Il dénonce les communistes mais aussi (ce qui est assez bien vu, avec le recul) les chrétiens dits sociaux (de sociaux, ils sont devenus socialistes, puis plus chrétiens du tout. L'état pitoyable, grotesque, de Témoignage Chrétien et des prétendus chrétiens de gauche est à pleurer. Les Mignard, la Croix et compagnie sont des naufrages intellectuels et spirituels).

Toujours la même histoire. Il vaut mieux un religieux aux moeurs douteuses et à la doctrine droite que l'inverse. Peu importe que Jorge Bergoglio soit chaste et économe, c'est un hérétique. On oubliera les moeurs de Bergoglio ; en revanche, le mal qu'il aura fait au dogme fera sentir longtemps ses conséquences néfastes.

Bien sûr, Bruck n'a jamais remis en cause le célibat des prêtres. Ceux qui prétendent que les problèmes de l'Eglise seraient résolus par le mariage des prêtres et l'ordination des femmes sont soit des imbéciles qui répètent un discours à la mode sans en comprendre les fondements anti-catholiques, soit (c'est plus grave s'ils sont dans l'institution) visent consciemment à détruire l'Eglise. D'ailleurs, les pasteurs protestants peuvent se marier et être des femmes, je ne sache pas que leurs temples soient plus pleins que nos églises.

Puis, Bruck déménage en Suisse avec sa nouvelle maitresse, il n'a pas dit la messe depuis des années mais il n'a pas perdu la foi, il est très tourmenté. A bout de ressources (ses livres anti-concile se vendent mal, il n'est pas à la mode), il est sauvé par une coalition de bienveillance des habitants du coin, qui s'organisent pour qu'il ne les quitte pas.

Il finit par se séparer de sa maitresse et par rejoindre une maison de retraite de l'ordre où il décédera à 91 ans.

On chercherait en vain des personnalités aussi truculentes et aussi profondément croyantes chez les tristes petits fonctionnaires du culte qui constituent la majorité (mais pas la totalité) du clergé de 2021. Il faut dire que la majorité a complètement perdu la foi au sens qu'on pouvait encore donner à ce mot en 1950 (le covidisme est un terrible révélateur de ces défaillances spirituelles mais aussi de quelques heureuses exceptions).

L'Eglise sera sauvée par les Bruckberger.

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(1) : je me base sur les sondages à propos de la croyance en la présence réelle, en la résurrection du Christ, en la résurrection de la chair et en la vie éternelle. C'est un désastre.

mercredi, mai 05, 2021

Le covidisme en un quart d'heure (video de JD Michel censurée par You Tube).


Vous ne voyez pas de motifs valables dans cette video pour la censurer ? C'est normal : il n'y en a pas.

Le Curé Enragé ayant été censuré par You Tube, il lit les clauses de You Tube à propos du COVID

C'est intéressant, je n'avais jamais fait cet effort.

La quasi-totalité des motifs à censure sont des connaissances démontrées ou qui méritent débat !

Efficacité de l'Ivermectine, comparaison COVID/Grippe, faible mortalité du COVID, effets secondaires des masques, inefficacité des masques, effets secondaires des vaccins, inefficacité des confinements, non-contamination des enfants ... C'est vraiment 1984, 2+2=5 !

mercredi, avril 28, 2021

La liberté guidait nos pas (J. Baumel)

 Jacques Baumel était un baron du gaullisme, maire de Rueil-Malmaison pendant 30 ans.

Mais, avant cela, jeune interne en médecine (il est né en 1918), il a été le secrétaire général des MUR (Mouvements Unis de Résistance) chargé de la sécurité.

Comme son ami Bingen, il décrit le grand bonheur d'être Résistant.

Il raconte cette scène digne d'un film, où Bingen (délégué pour la zone nord, il avalera sa pilule de cyanure dans les locaux de la Gestapo de Chamallières), Serreulles (successeur de Jean Moulin) et lui se rendent à un meeting de la Milice au Vel d'Hiv par curiosité, pour entendre ce qui s'y dit. Le torrent d'insultes déversé sur les gaullistes les met en joie.

Baumel est persuadé que, s'il avait été responsable de la sécurité de la réunion de Caluire, Moulin n'aurait pas été arrêté si facilement (et moi, je suis persuadé que certains ont été bien contents de se débarrasser de cette personnalité trop forte). Il peste contre la négligence de beaucoup de Résistants, l'absence trop fréquente de précautions élémentaires.

C'est Baumel qui eut à gérer les conséquences de la trahison de Multon (celui-ci a sans doute joué un rôle dans l'arrestation de Moulin, mais, comme le traitre a été fusillé à la va-vite, la question ne lui a pas été posée).

Il est sans pitié pour les fonctionnaires français qui ont participé à la Rafle du Vel d'Hiv (on ne peut pas l'accuser de juger de son fauteuil), il est particulièrement choqué par la rafle des enfants. Ces fonctionnaires auraient au moins pu s'abstenir. Quant au régime de Vichy et à ses hauts fonctionnaires qui ont légitimé la lâcheté de ces petits fonctionnaires, il n'a pas de mots assez durs. René Bousquet, le grand ami de Mitterrand, est traité pour ce qu'il est, un ignoble salaud.

Par contre, Baumel explique que les Résistants ont compris assez tard que les juifs n'étaient pas seulement maltraités en Allemagne mais exterminés.

La querelle Moulin-Brossolette

Jean Moulin et Pierre Brossolette ont beaucoup en commun : quadragénaires, socialistes, fortes personnalités, le coup de foudre pour de Gaulle.

Pourtant, leur querelle inexpiable trace le destin de la France jusqu'en 1958.

Jacques Baumel a eu la chance de recueillir les versions des deux acteurs.

De Gaulle a ordonné à Moulin de réveiller les vieux partis pour assoir sa légitimité face à cet abruti de Giraud, la marionnette des Américains. Brossolette veut se débarrasser des vieux partis, dans une optique qui annonce la Vème République.

Brossolette, aidé par Passy (le chef des services secrets de la France Libre) qui, bien qu'étant en théorie son chef, se montre faible, savonne la planche de Moulin auprès des mouvements de la zone nord.

Leur rencontre, d'une violence inouïe, est entrée dans l'histoire de France. Dans un immeuble plein d'officiers allemands, les deux hommes, qui vont mourir en martyrs à quelques mois d'intervalle (la Gestapo laisse Brossolette agoniser des heures sans soins. Expliquez moi qu'il faut être copains avec les Allemands), se hurlent dessus, s'invectivent. Moulin explique à Brossolette, en termes cassants, pour ne pas dire insultants, que son devoir est d'obéir,  pas de faire son petit caprice politique dans son coin. Il engueule Passy, lui donnant au une leçon de commandement : « Vous étiez son chef, vous deviez le faire obéir ».

Moulin, tout de même secoué, confie en sortant à Daniel Cordier : « Vous êtes un idéaliste, vous ne connaissez pas la politique : ces gens là ne respectent que la force ».

Bien sûr, c'est Moulin qui gagne. Il a légitimité d'un ordre direct de de Gaulle, il a l'argent et il a la meilleure analyse : la suite des événements prouve que les Français ne sont pas mûrs pour un changement de régime et que les mouvements de Résistance n'ont aucune consistance politique.

Portraits

Baumel dessine le portrait des Résistants qu'il a pu connaître en tant que secrétaire général des MUR : d'Astier, Frenay, Serreulles, Bertie Albrecht, Lucie Aubrac, Rémy, Bénouville, Renouvin, Delestraint ...

Au dessus de tous, par la lumineuse personnalité : Jacques Bingen. Beau-frère d'André Citroën, riche, centralien, mondain, il pouvait passer une Occupation paisible. Il est allé à Londres, où son talent lui vaut une place importante.

Pourquoi a-t-il demandé à être parachuté en France ? Le courage, le patriotisme, le besoin de payer de sa personne (Saint-Exupéry : « Je ne crois que les témoins qui se font égorger »). Ceux qui l'ont rencontré à cette époque le décrivent comme rayonnant. Dans une lettre à sa mère, il explique que filet se resserre autour de lui, qu'il y a peu de chances qu'il survive mais qu'il n'a jamais été aussi heureux.

Manquant son évasion de peu (Baumel pense que la Française qui l'a dénoncé dans sa fuite le prenait pour un voleur), il avale sa pilule de cyanure. Serreulles, décédé en 2000, ne s'est jamais totalement remis de la perte de son ami.

Bien sûr, il y a aussi la personnalité exceptionnelle de Jean Moulin, sa supériorité est manifeste : il suffit de comparer avec Emile Bollaert, lui aussi préfet, qui fut incapable, avec toute sa bonne volonté, de combiner les exigences de la politique, de l'administration et de la clandestinité. Ou Serreulles, grand bourgeois complexé par les communistes, qui se montre beaucoup trop complaisant avec leur noyautage. Ou Bidault (« un pion qui se comporte comme un pion »), qui se croyait l'égal de de Gaulle (!!!) et ne cessait d'essayer de le contrecarrer en douce.

Moulin, lui, en deux heures de conversation en tête-à-tête avec de Gaulle a tout compris.

En revanche, portrait aigre-doux d'Albert Camus, certes Résistant, mais beaucoup plus préoccupé par ses conquêtes féminines.

Pareil pour Malraux : timide Résistant, mais mythomane audacieux, il a beaucoup gonflé ses états de services. En revanche, il n'a pas volé sa médaille de Compagnon de la Libération : à la tête de la brigade Alsace-Lorraine à partir de septembre 1944, il a montré dans les Vosges en Alsace un courage qui est reconnu par les témoins.

Il parle aussi de Cavailles, le mathématicien, deux fois évadé, fusillé en avril 44, à la stature intellectuelle impressionnante (ses oeuvres ont inspiré les titres abscons des livres que lit Lino Ventura dans L'armée des ombres, comme Transfini et continu) et Michelet, le saint de Dachau, peut-être le seul ministre honnête du XXème siècle.

Le drame de Caluire

Le 21 juin 1943, Jean Moulin est arrêté dans la banlieue de Lyon, à Caluire, dans la maison du docteur Dugoujon.

Le mauvais destin s'en est mêlé : Moulin est en retard, la Gestapo aussi. Si Moulin avait été à l'heure, la réunion aurait été terminée à l'arrivée de la Gestapo. Si la Gestapo était arrivée à l'heure, Moulin aurait vu les Tractions en arrivant en retard.

Pour Baumel, il n'y a pas de mystère sur l'essentiel.

Si certains ont pu considérer qu'il y en avait un, c'est que René Hardy a eu après la guerre de bons avocats et l'appui du parti communiste, lors de ces deux procès ,et que les documents sont partiels.

Bénouville, adjoint de Frenay, est un intrigant (comme par hasard, un ami de Mitterrand) et déteste Moulin. Pour appuyer Aubry, le représentant de Combat à cette réunion fatale, il invite René Hardy sans prévenir Moulin, ce qui est contraire à toutes les règles de sécurité.

Or, il sait que Hardy a été arrêté deux semaines auparavant et que son évasion est plus que suspecte.

En effet, Hardy (responsable du plan de sabotage des voies verrées qui dépasse de beaucoup ses capacités) s'est pris d'un amour de collégien pour Lydie Bastien, qu'il emmène à tous ses rendez-vous (là encore, à faire se dresser les cheveux sur la tête d'un responsable de la sécurité). Celle-ci n'inspire aucune confiance (après guerre, elle avouera avoir fréquenté ce nigaud d'Hardy pour complaire à son amant allemand - quand je vous dis qu'il n'y a guère de mystère).

Le minimum pour Bénouville aurait été de lui ordonner de se mettre au vert, certainement pas de lui faire tenir le rôle d'invité surprise dans une réunion avec le grand chef.

Bénouville (qui fera une belle carrière comme homme d'influence de Dassault) et Aubry ont été d'une négligence coupable, voire bien pire. Moulin n'a pas été victime seulement de l'habileté de la police allemande mais des divisions et des haines de la Résistance.

Cela fait la puissance symbolique, presque psychanalytique, de cette arrestation. Rex était le pseudonyme de Moulin (pas un hasard je suppose). Comme si Louis XVI avait été guillotinée une deuxième fois.

Après-guerre

Baumel est tellement déçu par l’après-guerre qu’il se demande si de Gaulle n’aurait pas dû écouter Brossolette et liquider les vieux partis.

Cette réflexion est à mettre en parallèle avec la plainte récurrente de de Gaulle qu’il lui a manqué dix ans. Si les réformes de 1958 avaient été faites en 1945, la France d’aujourd’hui serait bien différente.

Je pense que cette hypothèse est illusoire : les Français étaient trop épuisés pour supporter un bouleversement politique qui aurait retardé la remise en route et les douze ans perdus de traversée du désert ont maturé les esprits.

vendredi, avril 23, 2021

La liberté souffre violence (E. de Miribel)

 Elisabeth de Miribel est de ces caractères en acier trempé qui manquent tant à la jeunesse française d'aujourd'hui (je peux aussi citer, au hasard, Brigitte Friang ou Jeanne Bohec).

Elle est connue pour avoir dactylographié l'Appel du 18 juin, mais elle vaut mieux que ça.

Issue d'une famille de militaires, descendante directe de Mac Mahon, à 22 ans (née en 1915), elle part en Suisse s'occuper d'enfants handicapés mentaux après que sa famille lui eut expliqué qu'une jeune fille de bonne famille ne fait pas ces choses là (les Résistants de 1940 sont souvent des rebelles dans l'âme).

Elle randonne et varappe en Autriche et découvre les joies du nazisme.

Comme elle demande à faire oeuvre utile en 1939, on l'envoie à la mission française de Londres et c'est naturellement, alors que tous les autres commencent à se débiner, qu'elle se retrouve à taper l'Appel.

A 27 ans, elle  est nommée représentante de la France Libre au Québec, très pétainiste. Elle reçoit une lettre de reproches de sa mère (une jeune fille de bonne famille, etc). Elle fait quelques tournées de propagande aux Etats-Unis.

C'est trop calme, elle demande à être envoyée comme correspondante de guerre en Italie. Puis à suivre Leclerc. Qui lui répond qu'il ne veut pas s'encombrer de journalistes et encore moins de femmes, mais que, si elle arrive à le rejoindre, il la gardera. Qu'à cela ne tienne, elle saute dans le bureau de de Gaulle et en ressort avec une lettre de recommandation, puis c'est la course poursuite dans la France en guerre qui lui permet d'arriver juste à temps pour la libération de Paris. Elle assiste à la bataille de la Croix de Berny, de Fresnes et d'Antony.

Dans Paris en folie, elle a un accident de voiture avec un convoi de la garde républicaine. Ce qui lui vaudra par la suite de toujours connaître au moins un garde républicain lors des réceptions officielles !

Elle est ami avec Malraux, à qui elle en bouche un coin. De Gaulle la tenait en haute estime, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.

En 1949, elle entre au Carmel. Elle en ressort en 1954, officiellement pour raisons de santé. En réalité, elle s'est trouvée sous la coupe d'une prieure manquant singulièrement de finesse, qui l'a épuisée, au physique et au moral.

Elle reprend son poste au ministère des affaires étrangères.

L'administration du Quai d'Orsay mettra 17 ans à reconnaître ses services pendant la guerre (les bureaucrates attentistes et pétainistes se vengent des gaullistes). C'est bien entendu le retour au pouvoir de de Gaulle qui débloquera la situation : les bureaucrates sont mesquins et méchants, mais pas très courageux.

Elle finit sa vie en écrivant quelques livres.

vendredi, avril 09, 2021

Le seigneur des anneaux (DVD)

 J'ai regardé la trilogie du Seigneur des anneaux en DVD, version longue.

Bof, bof.

Les effets spéciaux sont impressionnants mais ce n'est pas spécialement ce que je recherche dans un film.

Le premier épisode, ça va.

Les deux autres, ça tourne en rond.

C'est toujours le même cirque : des gentils en nette infériorité numérique se font péter la gueule par de très nombreux méchants, qui ont une tête à avoir mangé du poisson vraiment pas frais (je serais Orc, je vérifierais mon congélo. A mon avis, il déconne grave).

Je soupçonne d'ailleurs les Orcs d'avoir très mauvaise haleine (à aucun moment dans le film, on évoque Hollywood chewing-gum chlorophylle).

Puis, la cavalerie arrive in extremis et sauve les gentils. Répétez 3 ou 4 fois et vous avez 10 heures de film.

Bref, je me suis bien fait chier. Surtout dans les 8 dernières heures.

A part un adolescent inculte en quête de sensations faciles (certes, les choses étant ce qu'elles sont, cette description correspond aux 3/4 de la population française), je ne vois pas qui ça peut intéresser.

samedi, avril 03, 2021

Le Petit théâtre des opérations - tome 01: Faits d'armes impensables mais bien réels... (Monsieur Le Chien, L'Odieux Connard)

 Je suis perplexe.

Je vous esqueplique. Cette bande dessinée m'a été conseillée par un djeun's (rien que les pseudonymes des auteurs signent le crime générationnel).

Il s'agit de raconter des exploits guerriers (Dixmude et compagnie) sur un ton humoristique, avec des blagues anachroniques. C'est bien fait et ça évite les fautes de goût (c'était loin d'être gagné d'avance).

Mais je n'accroche pas, ce n'est pas ma génération, c'est là que je sens que je vieillis.

Faut-il le lire ? Oui, Plutôt.

Je ne connaissais pas Mad Jack Churchill, qui est allé à la guerre (la seconde mondiale) l'épée à la main (comme il sied à tout noble écossais), et aussi avec son long bow, pour descendre les sentinelles allemandes.  On le voit archer dans le film Ivanhoe, parce qu'il était copain avec la vedette, Robert Taylor. A 50 ans, il se mit au surf (!!!) et accomplit plusieurs premières en Grande-Bretagne (où, c'est bien connu, il fait presque aussi chaud qu'en Californie).




vendredi, mars 26, 2021

88 (P. Rehov)

 Bon, ce n'est pas du Stendhal. Assez verbeux. Même si le style n'y est pas, ce roman se lit bien.

Un néo-nazi illuminé cherche à unifier les nostalgiques du stalinisme, les islamistes et l'extrême-droite mondiale autour d'une réincarnation d'Hitler (88 = HH = Heil Hitler).

C'est l'occasion d'évoquer les liens du nazisme avec l'islam et avec l'occultisme. Cette forme romanesque délimite mal la réalité historique de la fiction, dommage. En gros, tout ce qui est dit des rapports du nazisme avec l'islam et avec l'occultisme est vrai.

Le nazisme n'est pas limité à la politique. C'est un projet total.

Le versant spirituel, c'est l'anti-christianisme radical. Abolir le commandement « Tu ne commettras pas de meurtre ». Le cocktail habituel, gnose et millénarisme.

Pour ça, occultisme et islamisme, Odin et Wotan. Société de Thulé. Recherche des rescapés de l'Atlantide au pôle nord. Et croyance aux esprits et à la réincarnation (quand on massacre des millions de personnes, c'est plus pratique de croire que ce n'est pas tout à fait définitif).

Recours aux astrologues et aux spirites. Nombreuses expéditions au Tibet à la recherche des secrets de la réincarnation. Le mentor du dalaï-lama actuel fut un authentique nazi resté sur place.

Le New Age en est issu.

Ce n'est évidemment pas par lubie que je considère que'Hitler a gagné la guerre politiquement (l'anti-christianisme militant de notre époque en témoigne, des séries Netflix à l'UE, jusqu'au pape !) : le transhumanisme est le vrai néo-nazisme, le covidisme en apporte la preuve tous les jours.

Et Bill (intellectuellement issu de la mouvance eugéniste américaine) et la camarilla transhumaniste prennent efficacement le relais d'Adolf. Tous ces gens charmants se sont trouvés un modèle de substitution dans le non moins charmant Parti Communiste Chinois.

Alors, on peut se consoler (si on n'est vraiment pas difficile) en se disant que la violence physique est bien moindre parce qu'il n'y a pas de génocide (mais ça viendra).

C'est oublier que le programme eugéniste est pleinement réalisé par l'avortement de masse, que l'euthanasie très vaguement consentie est en route, que les expériences médicales forcées (connues sous le nom de vaccination anti-COVID) sont notre quotidien et que les violences étatiques sont en forte hausse.

Sans compter l'extrême violence psychologique : depuis un an, on nous terrifie matin, midi et soir, avec la culpabilisation, l'infantilisation, le peur de la contagion, la peur de la mort.

Alors, si Hitler se ré-incarnait, il considérerait que nous avons pris des voies bizarres (pas sûr qu'il goûte tellement Black Lives Matter) mais que, au fond, son projet d'élimination sans pitié des faibles, d'asservissement des masses et de règne d'une caste supérieure est en bonne voie.

Il serait sans doute choqué de la dénatalité allemande mais apprécierait la place hégémonique de l'Allemagne en Europe. Et l'islamisation en cours le satisferait pleinement.

Bref, comme dirait l'autre, un bilan globalement positif (de son point de vue, hélas).

mercredi, mars 24, 2021

L'étrange colonel Rémy (P. Kerrand)

D'abord, un mot sur le titre de ce livre : « L'étrange M. Machin » est d'une banalité à faire pleurer les pierres. Il y a déjà par exemple Cet étrange M. Monnet.

De plus, l'auteur, politiquement correct en diable, donne souvent l'impression de ne pas comprendre son sujet et de s'en dédouaner lâchement sur le mode « Comment peut-on être monarchiste et maurrassien ? En tout cas, moi, je ne le suis pas ».

Il se permet des réflexions politiquement correctes ridicules.

Ce veule refus d'assumer est très désagréable. Je n’aime pas cette manière de tenir son sujet à bout de gaffe.

Enfin, le style n'a rien de plaisant, il est d'une platitude hollandaise (le président ou le pays, c'est pareil).

Ceci dit, cet ouvrage contient des informations intéressantes.

La vie de Gilbert Renault, dit colonel Rémy, est marquée par deux événements :

1) il fut un Résistant de la première heure, un chef de réseau de renseignement remarquable.

2) En 1950, il publie un article fracassant de pétainisme, réhabilitant la thèse absurde du double jeu, du glaive et du bouclier.

Soyons clairs : cette thèse, entretenue par des pétainistes plus ou moins déclarés comme Robert Aron, est idiote. D'ailleurs, elle fut rejetée par des collaborationnistes sérieux comme Doriot et Brasillach et, au fond, elle insulte Pétain. Le double jeu est toujours une affaire de minables.

Il n'y eut pas de double jeu pétainiste. Il y eut des traitres purs et simples, comme Weygand ou Mitterrand, qui, sentant le vent tourner, tentèrent, avec plus ou moins d'habileté, de retourner leur veste. C'est tout.

Comme Saint-Exupéry, Rémy est un crétin politique. Jean-François Revel, qui l'a connu à la fin de sa vie, dit de lui : « Autant j'estimais l'homme, autant je n'avais pas la moindre estime pour son jugement politique ».

En politique comme ailleurs, peut-être plus qu'ailleurs, il y a le principe de non-contradiction : les victimes et les bourreaux ne peuvent avoir raison en même temps. On est gaulliste ou pétainiste, pas les deux.

Pourquoi ce fourvoiement de Rémy ?

Parce que, comme disait avec un brin de coquetterie d'Astier, les Résistants sont des ratés : Rémy a le don de faire et de dire ce qu'il ne faut pas.

Louis de La Bardonnie (châtelain et viticulteur  près de Montaigne), premier contact de Rémy et gaulliste de stricte observance, écrit à De Gaulle, dans une lettre très sévère : « Je connais sa vanité et son ambition ».

Rémy veut d'abord faire parler de lui, ne pas permettre qu'on l'oublie.

Un autre gaulliste strict (Jaques Baumel ? Pierre Lefranc ?) a ajouté : « S'il a des états d'âme, pourquoi ne s'en est-il pas confessé à son curé, puisqu'il est catholique, plutôt que d'en faire étalage publiquement ? ».

De Gaulle refusa toujours d'aborder le sujet avec Rémy, afin de pouvoir lui conserver son amitié. Il confia à Claude Guy que cette affaire le confirmait dans son désabusement vis-à-vis des hommes : un fidèle compagnon, un Résistant de juin 1940 (ils ne sont pas si nombreux), avait pu se méprendre pendant dix ans sur l'opposition politique irréconciliable entre gaullisme et pétainisme.

En réalité, ce n'est pas si clair : jusqu'en 1947, année où il commence à virer de bord, Rémy est un gaulliste orthodoxe, il ne cache pas son mépris de Pétain et des pétainistes et assume tout à fait que ces deux options politiques sont fondamentalement opposées.

Le revirement spectaculaire de Rémy a été mis sur le compte de son entourage catholique rance (pour une fois, ce vocabulaire politiquement correct est approprié) mais il a toujours conservé une part de mystère pour sa famille.

Reprenons au commencement.

Les débuts

Gilbert Renault nait en 1904 à Vannes dans une famille catholique et monarchiste.

Peu motivé par les études, il commence sa vie comme employé de banque.

Il prend sa future épouse d'assaut (si je puis m'exprimer ainsi pour des catholiques traditionalistes). Ses beaux-parents sont si étonnés de la demande en mariage qu'ils n'ont pas le réflexe de refuser.

Il vivote de boulot foireux en boulot foireux. Producteur de cinéma, il fait fortune avec Sacha Guitry et se ruine avec Abel Gance.

Proche d'être jeté à la rue, il achète des cigarettes, la buraliste lui rend la monnaie en tickets de loterie, il touche le gros lot et paye ses dettes. Comment pourrait-il ne pas se croire protégé par la Providence ? D'autant plus que ce n'est pas la seule occasion : comme cet avion qu'il refuse de prendre après une mauvaise nuit et qui s'écrase. Ou ce rendez-vous où la Gestapo l'attend et Rémy, à la mémoire d'éléphant, se trompe d'étage.

En 1939, la seule chose qu'il ait fait d'un peu solide dans la vie, ce sont des enfants (au total, huit).

La guerre

Exempté pour cause de famille nombreuse, Rémy essaie dès le 17 juin 1940 de s'embarquer pour l'Angleterre. Après quelques péripéties, il y arrive le 22.

Son coup de génie est de comprendre que le plus efficace est le renseignement et de structurer un réseau (qui s'appellera Confrérie Notre Dame, puis Castille) dès 1940. Il demande à être renvoyé en France. Il raconte ses débuts avec beaucoup d'humour.

Il commence par glandouiller quatre mois à Madrid, de septembre à novembre. Il l'avoue lui-même : il hésite à se se lancer. Puis il passe en France.

Il tisse une toile en reliant des micro-réseaux existants, qu'il trouve de fil en aiguille, de contact en contact.

Son efficacité est indéniable : pas un mouvement important de navires dans un port français n'est ignoré des Anglais.

La CND est le deuxième réseau de renseignement en France, en importance, après Alliance. Ce dernier réseau est dirigé par une femme, Marie-Madeleine Fourcade, mais, comme elle n'avait pas le bonheur d'être communiste, elle est beaucoup moins connue que Lucie Aubrac, qui fut anecdotique.

Rémy est d'une imprudence folle. Tout Vannes sait que M. Renault (qui vivra en France jusqu'à l'été 1941 sous son vrai nom) est « chez De Gaulle ». Mais cette imprudence lui permet de bâtir rapidement son réseau, plusieurs fois détruit, plusieurs fois reconstruit et qui n'a jamais cessé de fonctionner, mais à un coût humain terrible : un tiers des membres de son réseau sont arrêtés, déportés ou tués. Lui-même échappe plusieurs fois de justesse à l'arrestation.

Il mène un train de vie princier. Il reçoit une enveloppe de 20 millions de francs quand le salaire mensuel d'un employé est dans les 1 000 francs. Il se fait même voler 100 000 francs par des agents doubles de Vichy qui l'ont berné, mais qui ne le prennent pas très au sérieux (leurs rapports sont encore dans les archives). Pendant ce temps, Jean Moulin vit de bouts de ficelles. Probablement que les Anglais étaient plus intéressés par les renseignements de Rémy que par les démêlées politiques de Moulin.

Après-guerre

Il devient un cadre important du parti gaulliste, le RPF.

Rémy, à partir de 1950 défend Pétain, le milicien Touvier et même les SS français. Il est donc logiquement exclu du RPF (il a un grand talent pour saboter toutes les occasions d'ascension sociale qui se présentent à lui. S'il s'était tenu tranquille, il aurait fini secrétaire d'Etat, préfet, ambassadeur ou quelque chose dans ce goût là. Son ambition débordante n'a d'égale que sa capacité sans limite à la faire échouer).

L'expression « se tirer une balle dans le pied » n'a pas été inventée pour lui, car lui, ce sont des bordées entières de 380 de marine qu'il se tire dans les deux pieds.

Il donne l'impression très pénible, non pas de se renier, mais de ne pas comprendre le choix qu'il a fait pendant la guerre. Je le dis au début de ce billet : comme Saint-Exupéry, Rémy est un con politique. C'est une lâcheté morale de renvoyer dos à dos victimes et bourreaux.

Non, il n'est pas équivalent d'être Pétain ou De Gaulle, Laval ou Moulin, Touvier ou Bingen, engagé dans la division Charlemagne ou engagé dans la 2ème DB.

Bien sûr, ses amis de la Résistance s'éloignent.

Ils considèrent que cette dérive idiote est le résultat d'un entourage douteux, d'une pulsion non maîtrisée de faire parler de lui et aussi d'une incapacité à vivre dans la majorité, il faut absolument, pour son malheur, qu'il se foute à la marge, dans des histoires abracadabrantes.

La thèse du mauvais entourage n'est pas idiote : aussi bizarre que cela puisse paraître chez un maître-espion, Rémy fait aisément confiance et il est très influençable. Nul doute que des militants pétainistes ont repéré la proie à haute valeur symbolique qu'il était possible de retourner.

Les sentiments de ses anciens amis oscillent entre la colère et la pitié méprisante, « Au fond, c'est un pauvre type », qui est loin d'être infondée.

Toujours à court d'argent, il écrit une centaine de livres, plus ou moins rigoureux, avec pas mal d'affabulations. Il est comme le journaliste de Qui a tué Liberty Valance ? : si vous avez le choix entre imprimer la légende et imprimer la vérité, imprimez la légende.

Tout cela n'enlève rien à ce qu'il a fait pendant la guerre : dans une situation extraordinaire, ce marginal s'est retrouvé dans son élément. Il n'a pas gagné son titre de Compagnon de la Libération dans un salon (d'ailleurs, contrairement à la Légion d'Honneur, c'est une médaille qui ne se gagnait pas dans les salons).

Bien que Breton, Rémy a un côté pied-noir de caricature très irritant. On a envie de lui foutre deux claques et de lui dire d’arrêter d’affabuler.

Mais il est aussi attachant : De Gaulle, qui n’est pas un grand sentimental, a tiré la leçon politique du comportement de Rémy en ne l’employant plus jamais mais il a fait attention à ne pas se brouiller avec lui, délicatesse qu’il n’a pas montré pour d’autres.

Avant de tirer des conclusions sans indulgence, prenez un instant pour vous poser cette question : « En nos temps de tyrannie sanitaire, où personne ne risque ni la déportation ni la torture, combien résistent vraiment ? ».

vendredi, mars 19, 2021

Excellent texte de Jean-Yves Le Gallou

 ♦️ Reconfinement ? « No futur ! » Arrivant au pouvoir après quarante années de déclin de la France, Macron pourrait bien en être le fossoyeur, à coups de privation de libertés et de confinements. Sans même qu’il soit nécessaire d’évoquer les pitoyables erreurs gouvernementales, c’est la philosophie même de la gestion de l’épidémie de Covid-19 qui est mortifère : empêcher de vivre pour éviter de mourir.

Le Covid-19 n’est pas la grande peste !


D’après l’INED, il y a eu 42 000 morts de plus en 2020 (compte-tenu du vieillissement de la population) par rapport à une année normale.

Même si beaucoup d’entre eux étaient très âgés ou souffraient de comorbidités, cela représente 6 % de morts en plus. Ce n’est pas négligeable mais ce n’est ni la grande peste, ni la grippe espagnole.


Oserais-je même dire que c’est peu au regard des naissances qui ne viendront pas ? Déjà 9 000 naissances en moins pour le seul mois de janvier 2021 par rapport à janvier 2020 !

Sans doute 100 000 naissances en moins, peut-être même davantage pour 2021.

Dans un pays en plein marasme démographique et percuté par le Grand Remplacement, ce n’est pas rien.


Quant aux enfants qui naissent – sauf lorsque les parents font le choix de l’accouchement à domicile –, ils poussent leur premier cri dans un monde médicalisé et masqué. Quelle horreur !

Les enfants et les jeunes sacrifiés


Les enfants sont les principales victimes de la dictature sanitaire.


Comment développer son esprit et son affect en découvrant dès la petite enfance le monde des adultes sous masques. Comment entendre ? Comment se mettre à parler ? Et quelques années après, à l’école, comment apprendre à lire masqué, en regardant des enseignants masqués, dès le cours préparatoire ? Comment bien tracer des lignes d’écriture avec un champ de vision réduit ?


Et plus tard au collège, au lycée ou à l’université, comment apprendre, comment développer des relations sociales à travers des écrans ? Des écrans dont on sait que l’abus est mauvais pour la santé et l’équilibre, source d’insomnie et  facteur de dispersion mentale et d’obésité.


Quant aux 18-24 ans, 30 % d’entre eux sont touchés par la dépression.


40 ans de réformes pédagogiques ont débouché sur une catastrophe scolaire mesurée par tous les tests Pisa. Un an de dictature sanitaire plante un clou supplémentaire dans le cercueil de la transmission du savoir.


Certains confinistes regrettent même que les écoles ne soient pas fermées. Or, si les enfants sont capables de transmettre le virus – ce qui ne semble pas complètement établi –, rien ne peut empêcher les enfants de se contaminer entre eux et de contaminer les adultes. Car il est dans leur nature de se rapprocher les uns les autres et d’établir des contacts. Certes, on peut différer cela mais c’est reculer pour mieux sauter ! Car la vie, c’est la vie en société et la vie en société, c’est le contact.


On voit d’ailleurs que le premier confinement n’a pas empêché la deuxième vague de l’épidémie, ni même la troisième (en l’état plus timide, quoi qu’en disent les alarmistes).


Il est temps d’arrêter de sacrifier les naissances à venir pour quelques pouyèmes d’espérance de vie des plus âgés. Il est vain de renoncer à vivre pour éviter de mourir. La « santé » n’est pas un impératif absolu et vivre sans courir de risques n’a pas de sens.


Il faut mettre à la porte les dictateurs sanitaires.


Jean-Yves Le Gallou

19/03/2021


Mise au point : l’auteur de cet article ne s’inscrit pas dans une guerre des « zoomers » contre les « boomers », dans le piège d’une guerre de génération tendue par les déconstructeurs. Non, à 72 ans, il est plus proche de son terme que de son commencement mais il a le double souci de la suite et de la transmission.

mercredi, mars 10, 2021

Les écoutes de la victoire

 C'est un complément du livre Les vainqueurs, de Michel Goya (lire l'article Les Poilus et l'anti-fragilité).

Il montre à quel point la victoire de 1918 ne doit rien à la chance.

C'est toute l'ingéniosité de la nation qui est mobilisée, et mieux que chez les Allemands.

Un exemple parmi mille : les téléphones sont monofils, le retour se faisant par la prise de terre.

Le sergent Delavie (très vite promu officier), professeur d'électricité dans un lycée technique, se rend compte que ses conversations téléphoniques sont brouillées par les conversations ennemies de la tranchée d'en face et décide d'en tirer partie. Il fait venir en première ligne des casques de TSF par l'intendant de son établissement scolaire et écoute les conversations allemandes, le général Mangin est prévenu du bon résultat et donne les moyens qu'il faut. La pratique se diffuse dans toute l'armée française en quelques semaines.

La tour Eiffel est bien entendu mise à contribution pour les écoutes radios.

L'histoire des écoutes françaises se termine par une scène extraordinaire : en 1968, Painvin, le génie du déchiffrage français, très vieux monsieur, rencontre son adversaire allemand, celui qui a élaboré la plupart des codes allemands, lui aussi très vieux.

Au bout d'un quart d'heure, l'Allemand se tait, écrasé. La conversation tourne au monologue qui dure plusieurs heures : il découvre que le Français a cassé tous ses codes.

Jamais le commandement français n'a été dans le noir sur les intentions ennemies à partir de la fin 1914. Quelquefois, l'information est arrivée trop tard pour être exploitée, ou elle a été mal évaluée, le problème récurrent étant le manque d'interprètes germanophones compétents techniquement. Mais, dans l'ensemble, le commandement français était beaucoup mieux informé que son adversaire.


dimanche, février 28, 2021

L'idolâtrie de la vie (O. Rey)

Olivier Rey est un mathématicien qui gueule depuis des années contre l'envahissement de notre vie quotidienne par les nombres.

Avec le COVID, il a été servi.

L'épidémie virale, finie en mai 2020, a été suivie d'une épidémie de tests foireux qui dure encore, mais la logique reste imperturbablement la même : on soigne des projections, des statistiques et des courbes, pas des malades.

Castex est un pervers, un méchant, tout ce que vous voulez. Mais c'est avant un abruti complet, un robot, un azimuthé.

Je résume l'opuscule d'Olivier Rey, plus brutalement qu'il ne l'a écrit : une civilisation où le but principal et quasi-unique des hommes est de prolonger leur vie biologique ne mérite qu'une chose, mourir de ridicule.


vendredi, février 12, 2021

A l'aube de la Résistance (François-Marin Fleutot)

En nos temps d'universelle lâcheté, où les jeunes ne sont ni les moins soumis ni les moins bêtes, ce livre fait du bien.

En ce temps là, c'est dans les pensions de famille accueillant les étudiants de Montpellier ou de Lyon que s'organisait la toute première Résistance, celle de l'automne 1940.

Au centre, un homme, comme, probablement, on n'en fait plus. Avocat maurrassien (mais rejetant Maurras sans aucune hésitation, sitôt son pétainisme connu), royaliste, il s'est fait un nom en giflant le ministre Pierre-Etienne Flandin en représailles des accords de Munich, c'est un colosse de 1 m 92 : Jacques Renouvin.

La première Résistance est un désordre de courages (1), cela tombe bien : à 35 ans, Renouvin est un organisateur hors pair.

Il prend l'engagement de ne pas tuer de Français, et le plus étonnant est qu'il y parvient.

Il organise les « kermesses » qui font sa réputation : simultanément, ou avec un échelonnement d'une heure (tous les goûts sont dans la nature), les boutiques de collaborateurs ou les officines de la collaboration sautent, un peu partout en zone libre.

On notera sa technique d'évaluation de ses subordonnés. Il organise une première opération dont il est le chef. Il évalue les comportements des uns et des autres. Ensuite, il participe à une deuxième opération comme simple complice, en laissant agir celui qu'il a désigné comme chef.

Il devient vite un des hommes les plus recherchés de France (il y avait foule pour le titre d'ennemi public numéro un à l'époque. Gilbert Renault, futur colonel Rémy, catholique maurrassien, trouve asile dans un bordel avec son épouse et leurs quatre enfants).

Entretemps, Renouvin se marie (ce qui n'est pas sans poser quelques petites difficultés pratiques : comment publie-t-on les bans d'un fugitif ? Finalement, ça sera un mariage religieux seulement. Il sera régularisé civilement, une fois que les deux époux seront en prison).

Quand les Allemands prennent en main en 1942 la police en zone sud, l'activité des Résistants devient encore plus difficile. Jacques Renouvin est arrêté en gare de Brive, suite à une trahison, en gare de Brive le 29 janvier 1943.

Son fils Bertrand a l'étrange honneur de voir le jour à la prison de la Santé, où sa mère, également Résistante (c'est comme cela qu'ils se sont rencontrés), est incarcérée. Comme, dans la famille, on est opiniâtre, Mireille Renouvin obtient le droit de le présenter à son père au moment où son convoi part pour l'Allemagne.

Il y a des familles de traitres congénitaux comme les Giscard d'Estaing ou les Mitterrand. Il y a aussi des familles d'acier, comme les Renouvin (Pierre Renouvin, le frère, a perdu un bras et les doigts de la main restante au Chemin des Dames. Il fut un historien des relations internationales réputé).

Jacques Renouvin, torturé pendant des mois, meurt en déportation de ses blessures. Comme dit une vieille expression que notre époque oublie, il a bien mérité de la patrie.

Alors que nous sommes gouvernés par authentiques pervers, des technocrates sans coeur et sans âme, incapables d'autre chose que de détruire, un homme d'action désintéressé, ça fait du bien.

Edmond Michelet, qui fut son ami, s'est battu pour conserver sa mémoire.

Nota : on peut regretter le titre trompeur. Il s'agit en réalité d'une biographie de Jacques Renouvin. Par exemple, l'auteur ne parle pas de la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris.

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(1) : comme disait André Malraux, qui fut un Résistant très très tardif.

jeudi, février 04, 2021

Ian Fleming (C. Destremau)

Ian Fleming est le créateur de James Bond.

Le portrait qu'en trace Christian Destremau est assez peu sympathique.

C'est un raté, alcoolique qui vécut au crochet de sa mère jusqu'à ce que ses romans d'espionnage lui apportent la fortune, peu avant sa mort, la cinquantaine venue.

Le type qui a réussi, dans la famille, c'est l'ainé, Peter (il a même réussi à coucher avec Ella Maillart !). Lui, il a toutes les qualités, il est même un peu trop parfait.

Ian n'est pas attachant parce qu'il ne s'attache pas, il papillonne. Comme beaucoup, il n'aime que lui-même. Et encore, pas tellement.

Pendant la guerre, il trouve une place d'espion de bureau qui l'occupe et en fait momentanément autre chose qu'un riche oisif. Mais, là encore, l'homme d'action et le vrai espion, c'est son frère Peter.

Au fond, Ian est un personnage en carton.

Mais n'est-ce pas le cas de son héros, Jean Bon (« Mon nom est Bon. Jean Bon », un peu ridicule, ne pensez vous pas ?).

La psychologie en est très sommaire. Il détruit sans jamais construire. Il n'est pas très subtil. Il collectionne les femmes mais elles lui échappent plus vite encore.

C'est quand même cette littérature de gare (après tout, James Bond est agréable à lire le temps d'un voyage en train) qui a sauvé Ian Fleming de la déchéance.

James est aujourd'hui attaqué parce qu'il a tous les défauts : mâle, blanc, viril, patriote.

Cette haine est une haine du monde actuel puisque le monde que nous connaissons a été entièrement construit par eux : les mâles (et leurs épouses) blancs, virils, patriotes. On serait bien en peine de trouver plus d'une poignée de découvertes et d'inventions qui ne viennent pas d'eux.

Reprenons.

En s'installant en Jamaïque, dans sa résidence nommée Goldeneye, Ian Fleming trouve une stabilité qui le rend moins antipathique.

C'est là qu'il écrit ses premiers James Bond.

Ce type peu attachant va accoucher d'un héros qui n'est pas vraiment sympathique.

Et le cinéma lui fait enfin gagner beaucoup d'argent, quelques années avant sa mort.




jeudi, janvier 21, 2021

Le chagrin et le venin (Occupation, Résistance, idées reçues) P. Laborie

L'image des années noires partagée par tous les Français désormais, la vulgate historique, est celle d'un peuple veule et attentiste, qui se foutait du sort des persécutés, sans courage, à part une poignée de héros, qui est passé instantanément en août 1944 de 40 millions de pétainistes à 40 millions de gaullistes.

Et de citer comme poncif, la visite de Pétain à Paris le 26 avril 44 et le triomphe romain au même endroit de De Gaulle quatre mois plus tard jour pour jour.

Pierre Laborie démontre que cette vision est une construction des pétainistes dans l'immédiat après-guerre pour se disculper : si tous les Français ont été veules, les vichystes sont moins coupables d'avoir trahi.

Vision reprise par les enculés paxtoniens post-soixante-huitards pour trainer la France et les Français dans la boue. Le fait que cette vision faussée soit devenue la vulgate prouve la victoire du pétainisme posthume, comme je le dis depuis longtemps.

Cette ignoble victoire du pétainisme, scellée par quatre présidents de la république, plus traitres les uns que les autres (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) n'est possible qu'à cause d'une grande ignorance historique (merci, le système éducatif) où les mythes télévisuels et cinématographiques ont remplacé la connaissance.

Rappelons quelques faits :

1) De Gaulle avait raison : l'armistice n'était ni obligatoire ni rusé. Il ne sauvait aucun meuble, contrairement à l'argument ressassé (là dessus, Zemmour se plante  complètement. Il n'a pas assez travaillé). C'était une politique de merde et les pétainistes des traitres. La place de la France à la table des vainqueurs et de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU suffit à prouver la pertinence de la politique gaulliste.

2) A l'été 1940, on peut dire, si on veut, qu'il y avait 40 millions de pétainistes, traumatisés par la défaite, à part quelques rebelles. Cette vision est déjà excessive : les millions de Français dispersés sur les routes n'avaient pas le loisir de réfléchir à la politique.

3) Dès l'entrevue de Montoire (24 octobre 1940), un fort courant d'hostilité se manifeste et l'attentisme est beaucoup moins bienveillant. La manifestation des étudiants du 11 novembre 1940 n'a pas eu lieu en 1944, que je sache. De même, le discours du vent mauvais date du 12 août 1941, pas de 1944 (ça vaut la peine de relire les première phrases : « Français, J'ai des choses graves à vous dire. De plusieurs régions de France, je sens se lever depuis quelques semaines, un vent mauvais. L'inquiétude gagne les esprits, le doute s'empare des âmes. L'autorité de mon gouvernement est discutée, les ordres sont souvent mal exécutés. »).

4) L'hostilité de la population aux mesures anti-juives est hors de doute. Il n'y a qu'à lire les rapports des préfets (qui n'avaient pourtant pas intérêt à noircir le tableau).

5) Les témoignages de Résistants et de persécutés abondent et sont sans appel : oui, il y a eu des traitres et des délateurs, mais aussi et beaucoup plus, un halo de protection et de sympathie. Le poète René Char, chef de maquis des Basses-Alpes, traqué (« C'est contre nous chasse perpétuelle »), n'aurait pas pu survivre sans les villageois complices. Cela ne l'a pas empêché d'exécuter un traitre.

6) Les conditions matérielles de la Résistance étaient difficiles. Le témoignage de Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Résistant à plein temps, payé par les valises de billets de Londres, est édifiant : il se débat dans des difficultés inextricables, le vol d'un vélo est un drame national, trouver du papier un défi quotidien, un logement un miracle, le ravitaillement prend des heures et des heures.

Penser aujourd'hui, dans notre confort inédit dans l'histoire, « i'zavaient qu'à  résister. Moi, j'aurais résisté » est indécent, surtout venant de nous qui pétons de trouille et suicidons notre pays pour un virus qui tue 1% des vieux de 85 ans.

Nous sommes vraiment très mal placés pour juger. Mais, comme nous, Français de 2020 (surtout les intellectuels), sommes des étrons moraux, des sous-hommes, nous jugeons d'autant plus sévèrement. Sans décence, sans pudeur, sans intelligence.

Au fait, et la visite de Pétain à Paris, le 26 avril 1944 ? C'est, tout simplement, que, à tort ou à raison (plutôt à tort, à mon avis, mais on peut en débattre), les Français dissociaient largement la personne du Maréchal de la politique de Vichy.

Alors, non, les Français des années noires n'ont pas été les veules qu'on décrit aujourd'hui. Si la masse a été prise par les soucis de la survie au quotidien, elle n'en a pas moins fait ce qu'elle pouvait dans une situation dramatique. Les héros qu'on célèbre n'étaient pas isolés.

Bien sûr, tous les grands dégueulasses, l'anti-France active, les salauds professionnels (le ton est donné par Françoise Giroud, à la sortie du documentaire fallacieux Le chagrin et la pitié. Notons que Simone Veil s'y est opposée) se ruent sur la thèse pourrie.

Il reste à psychanalyser notre pulsion contemporaine à noircir notre histoire et nos ancêtres.



samedi, janvier 16, 2021

Le COVID de 2020 moins mortel que la grippe de 2017 (à voir, méditer et rediffuser)

J'ai déjà essayé de travailler sur les données brutes de l'INSEE, c'est galère. Le mec a du y passer un temps fou. C'est sympa quand il y a des gens qui bossent à votre place !


vendredi, janvier 15, 2021

Le triple naufrage américain

 La victoire électorale par fraude du duo Biden/Harris (qui est en réalité une victoire du pouvoir chinois) est un triple naufrage :

1) Naufrage de la classe intellectuelle américaine.

La liste des qualificatifs péjoratifs qu'elle mérite est interminable : bête, méchante, cruelle, sectaire, raciste (pro-noir), violente, intolérante, inculte, menteuse, tricheuse, méprisante, hautaine, caricaturante, malhonnête ...

Les pires craintes d'Alan Bloom sont devenues réalité.

2) Naufrage du parti républicain.

Les trois-quarts des élus ont préféré trahir le peuple et la nation et rallier leur classe sociale, mondialiste et pro-chinoise. Ne pas faire de vagues dans leur milieu plutôt que de faire leur devoir.

Les fraiches élues Marjorie Taylor Greene et Lauren Boebert sont folkloriques mais elles sauvent l'honneur.

On dit souvent que les Américains n'ont pas à craindre la tyrannie parce qu'ils sont armés. C'est faux : des hommes armés sans organisation sont des individus isolés, ils n'ont aucun poids politique, c'est comme s'ils étaient désarmés.


3) Naufrage du fédéralisme

Que le pays le plus puissant du monde (plus pour très longtemps) soit incapable d'organiser un scrutin sincère et de rectifier les choses en cas de fraude est une honte abominable pour l'Amérique, dont rien ne pourra la relever avant de longues années.

Un naufrage de cette magnitude, c'est l'échec collectif de tout un peuple.

samedi, janvier 09, 2021

Le Beaujolais nouveau est arrivé (R. Fallet)

René Fallet de 1975. Fallet, toujours un bonheur de finesse, de tendresse et d'humour.

Quatre preux chevaliers de la chopine :

> Captain Beaujol. Ancien sergent-chef de la coloniale, à l'intendance. Il n'a jamais vu l'ombre d'un « niakoué » ni d'un « bique ». Sa terreur secrète est l'irruption d'un ancien de son régiment qui dévoilerait la potée de roses à ses compagnons d'hydratation, qui vibrent au récit, tout en pudeur, de ses exploits guerriers. Connu pour son goût des nectars de la côte mâconnaise.

> Adrien Camadule. Retraité, pêcheur et brocanteur à ses heures. Philosophe de comptoir.

> Poulouc. Jeune très prometteur. A vingt ans, il a déjà compris que le travail est une sale maladie qu'il faut éviter comme la peste. Officiant comme promeneur de chiens, il drogue la pâtée de ses ouailles afin de passer la journée au bistro.

Sa mère est la maitresse sado-maso de quelques notables du quartier, dont le curé. Ce hobby original et rémunérateur fournit matière à moults propos hautement éthylo-métaphysiques.

> Paul Debedeux. Cadre moyen dans une entreprise moyenne (Bang Bang Aéronautique), de plus en plus fatigué par son épouse moyenne et par sa maîtresse moyenne, il se réfugie au bistro avec ses copains.

La crise existentielle de Debedeux a été déclenchée lorsque son patron lui a demandé poliment des nouvelles de son épouse et qu'il a lâché, par trop-plein, « Elle m'emmerde » (le néo-féminisme et le combat intersectionnel, ce n'est pas trop le truc de Fallet).

Le lieu de rendez-vous de cette fière chevalerie vineuse, le temple de la boisson revigorante, le fort Vauban du jus de la treille, c'est Le Café du Pauvre (humour bien de Fallet).

Je ne vais pas tout vous raconter. René Fallet, ça se lit. On le trouverait en livre de poche pour trois francs six sous si on ne comptait pas dans les inflationnistes euros.

Je vous retranscris les ultimes phrases du livre, qui ne dévoilent pas les aventures de nos quatre héros et montrent qu'une fois de plus, Fallet est visionnaire :

A l'emplacement du scandaleux Café du Pauvre, la municipalité aménagea un espace vert.

De grands écriteaux signalaient aux habitants des nouvelles résidences qu'il était interdit de marcher sur les pelouses et, plus encore, de piétiner les plates-bandes.