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mardi, février 04, 2020

Les mécomptes de Boeing

Les mécomptes de Boeing

Boeing subit les déboires du capitalisme sans capital (on rend tout aux actionnaires) et capitalisme de connivence (copain comme cochon avec la FAA).

Et mon petit doigt me dit que Boeing est plus règle qu'une exception.


jeudi, mars 14, 2019

Le pompier et le péage : apologue édifiant

«  Le pompier, le péage, le député et le ministre: résumé de la paralysie française»







TRIBUNE - Le député de Seine-et-Marne (LR) Jean-Louis Thiériot raconte une histoire édifiante sur l'impotence des pouvoirs publics.
Les Français ne le savent sans doute pas. En dehors d'une intervention pour un accident sur l'autoroute elle-même, les services de secours en intervention (pompiers, police, Samu, gendarmerie) doivent payer leur péage comme n'importe quel usager. Pour diminuer les coûts, ces services publics ont donc pour instruction d'éviter d'emprunter les autoroutes - sauf urgence vitale avérée. Une consigne qui peut avoir des conséquences dramatiques si la gravité des faits qui appelle une intervention des pompiers, du Samu ou des forces de l'ordre est sous-estimée. Et ceci alors que les sept principales sociétés concessionnaires font un chiffre d'affaires supérieur à 10 milliards et des bénéfices supérieurs à 3 milliards (dont 1,75 pour le seul Vinci), à la faveur de contrats de concessions insuffisamment protecteurs de l'intérêt général!
Consciente de cette anomalie évidente, en novembre 2017, lors de l'examen de la loi de finances 2018, l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité - ce qui mérite d'être souligné - un amendement prévoyant que les véhicules de secours seraient exonérés de péage. Comme il est d'usage, les conditions d'application ont été renvoyées à un décret en Conseil d'État. Or, quinze mois plus tard, rien n'a été fait. Le décret n'a pas été promulgué.
On peut déplorer que les sociétés d'autoroutes, avec leurs 3 milliards de profits, n'aient pas spontanément appliqué la loi. C'eût été une appréciable contribution à la «décence commune» chère à Orwell, ou à tout le moins une formidable opération de communication qui aurait été applaudie. Dommage quand on sait la colère qui gronde contre les sociétés autoroutières et dont les «gilets jaunes» se sont souvent fait l'écho.

L'administration refuse de publier le décret

Mais ce qui inquiète, c'est surtout l'inaction de l'État et les justifications données. Interrogé par mes soins en septembre 2018 dans une question écrite, le ministère des Transports a apporté une réponse stupéfiante publiée au Journal officiel, modèle de discours technocratique et de ratiocination juridique: «S'assurer du caractère opérationnel du déplacement est techniquement difficile […]. L'exonération de péage pour les véhicules d'intérêt général prioritaire constitue une rupture d'égalité d'usagers devant le péage […]. Il s'agit pour les sociétés concessionnaires d'une charge nouvelle qui leur est imposée […]. Les sociétés concessionnaires pourraient donc se prévaloir d'un préjudice devant le juge du contrat comme elles l'ont indiqué à l'État. Le concédant - à savoir l'État - serait alors tenu d'indemniser sur fonds publics ses cocontractants pour le manque à gagner représenté par cette mesure, dans les conditions fixées par le juge […]. Ces considérations expliquent les grandes difficultés rencontrées dans la définition des mesures réglementaires.» En clair, l'administration refuse de publier le décret.
Ces propos sont doublement stupéfiants. D'une part, un haut fonctionnaire inconnu s'autorise à ne pas tenir compte d'un texte voté par le législateur. D'autre part, il livre sur un plateau aux sociétés concessionnaires un argumentaire émanant de l'État, dont leurs avocats ne manqueraient pas de faire leur miel en cas de contentieux.
Mais les surprises ne s'arrêtent pas là! Saisie ensuite d'une question orale dans laquelle je lui demandais la date de mise en œuvre du décret, la ministre des Transports, Mme Élisabeth Borne, répondait: «Je ne partage pas la réponse [de ses services, NDLR] telle que vous l'avez mentionnée»… mais se refusait à donner la moindre date précise.
Résumons-nous: un texte de loi non appliqué depuis plus d'un an, une administration qui cède craintivement face à des groupes privés, un ministre qui ignore ce que font ses services et désapprouve leur réponse mais qui en même temps se refuse à tout acte politique fort et décisif…




«Ce dossier d'apparence modeste en dit plus qu'un long colloque sur la faiblesse de l'État.»





Ce dossier d'apparence modeste en dit plus qu'un long colloque sur la faiblesse de l'État. La technostructure se permet de tenir pour rien le vote de la représentation nationale. Le droit devient l'alibi de l'inaction. Et nul ne songe à engager le bras de fer avec les compagnies d'autoroute pour que les choix politiques se traduisent en acte.
Il y aurait pourtant des arguments juridiques à faire valoir et matière à un bras de fer qui serait, de toute évidence, populaire. Dans un avis de février 2015, le Conseil d'État avait rappelé la possibilité d'une «résiliation pour motif d'intérêt général». Le fait d'en brandir la menace aurait certainement suffi à ramener à la raison les compagnies autoroutières et à ouvrir la voie à la négociation d'avenants, sachant que le coût ne serait que de quelques dizaines de millions d'euros. L'État se dit «jupitérien» mais plie piteusement devant un oligopole. Les ministres se taisent, otages de la technostructure ou du juridisme le plus poltron. À la notion traditionnelle du pouvoir s'est substituée celle de gouvernance par les experts, échappant à tout contrôle démocratique. Le gouvernement est devenu en quelque sorte apolitique. Autrement dit, le pouvoir n'a plus le pouvoir.
Symbolique, cet apologue nous dit que l'urgence est à un Parlement qui légifère, à un gouvernement qui gouverne, à des fonctionnaires qui assument leurs responsabilités, obéissent au ministre et mettent en œuvre les lois. À trop laisser enfler ce sentiment d'impuissance, ce sont la désespérance et donc le populisme qui gagneront. En attendant, pompiers et policiers continuent de payer les péages.
*Ancien président du conseil départemental, avocat à la cour et essayiste. Dernier ouvrage paru: De Gaulle, le dernier réformateur  (Tallandier, 2018).
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Mon commentaire : les raisons fondamentales de cette situation sont connues de tous.

L'exercice normal du pouvoir comporte de lourds devoirs et quelques satisfactions et gratifications.

Nos politiciens se sont déchargés de leurs devoirs, c'est-à-dire de leurs responsabilités et donc de leur pouvoir, sur des organismes non-élus et hors de contrôle (BCE, UE, CJUE, CEDH, Conseil constitutionnel, conseil d'Etat, administrations diverses et avariées ...) pour ne plus garder, quand même, que les satisfactions et gratifications du pouvoir.

Ils ont donc trahi leur mission et c'est à juste raison que le peuple les déteste. Les Gilets jaunes qui gueulent « Macron démission ! » ont , hélas, parfaitement raison. Le « dégagisme » est amplement justifié.

Le drame est que nous n'avons pas (pas encore ?) de solution de rechange. Mais, au fond, n'est-ce pas un prétexte à procrastination ? Ayons d'abord le courage de virer ceux qui doivent être virés, ensuite, nous verrons bien : votez Dupont-Aignan, Le Pen, Asselineau, Mélenchon, ma tante, n'importe qui sauf Macron et Wauquiez. Il faut avoir le courage de préférer la fin de la douleur à la douleur sans fin (1), même si c'est temporairement le bordel.

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(1) : si nous continuons avec un gouvernement comme depuis 1983 en votant Macron-Wauquiez, la suite est écrite : la mondialisation a détruit la classe moyenne inférieure. Elle va maintenant détruire la classe moyenne supérieure, celle qui se croit aujourd'hui à l'abri et a massivement voté Macron au second tour.




vendredi, juin 15, 2018

SNCF : capitalisme de connivence

LA REPRISE DE LA DETTE DE LA SNCF, ANALYSE

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La première des choses à souligner c’est l’escamotage d’un intervenant essentiel : le porteur de la dette de la SNCF. Tout est fait, tout est dit pour escamoter le fait que quelqu’un, des banques, des marchés portent les créances sur la SNCF! La dette est sacrée, elle est portée par … le ciel.

Pourtant il y a bien un ou des créanciers,  et ces créanciers, dans un régime qui ne serait ni kleptocratique ni « monopolistique d’état et de banque centrale réunis », ces créanciers devraient perdre de l’argent, ils devraient déprécier leur créance sur la SNCF puisque celle ci n’est pas solvable.

La reprise de la dette est une entourloupe, un sauvetage contraire au règles libérales dont se gargarisent les gouvernants. C’est un cadeau aux banques et aux marchés. C’est un peu semblable à ce qui s’est passé au profit des Rothschild, sur les chemins de fer [à la création de la SNCF], on nationalise quand cela ne rapporte plus.

On vous présente le problème de façon tronquée et c’est cela le système : l’escamotage. Il y a les créanciers, l’état, les salariés et les clients. C’est à dire les contribuables, les salariés et les clients. La justice, la logique, l’efficacité systémique voudraient que les dettes de la SNCF soient mises à leur juste prix, la logique libérale dont nos zozos se réclament voudrait que la vérité des prix s’applique aux créances et donc quelles soient amputées, mises à leur vraie valeur. Donc qu’elles soient restrcuturées et euthanasiées partiellement. Après tout, ceux qui ont prêté à la SNCF sont des professionnels, des gens équipés, sophistiqués et ils savaient rien qu’en regardant les bilans et les comptes d’exploitation que la SNCF était non solvable. Donc ils ont pris leurs responsabilités. Comme l’ont fait en leur temps ceux qui ont prêté à la Grèce. La SNCF c’est une sorte de Grèce. D’ailleurs au début du problème grec, les chiffres de dettes en cause étaient du même ordre de grandeur que ceux dont on parle pour la SNCF.

Malheureusement, dans notre système dissymétrique d’empochement des gains et de socialisation des pertes, ces responsables ne sont pas punis, ils vont toucher plein pot. On sacrifie les salariés, les clients, les services de la La SNCF pour comme d’habitude faire des cadeaux aux créanciers. Pour qui regarde de haut, ce que l’on fait avec la SNCF est une sorte de modèle réduit de ce que l’on fait en France.
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jeudi, juin 14, 2018

Néo-capitalisme fou

BILLET . « MODERNISER LE CAPITALISME »

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La logique de ce système, dominé par les marchés, l’économie marginale, la théorie de l’efficacité des marchés, la théorie des anticipations rationnelles, l’ingénierie financière, les buy-backs, les distribution de dividendes et réserves, les fusions acquisitions, les opérations de Private Equity, les introductions en Bourse, la logique de ce système est imparable.

La logique microéconomique masque une folie macroéconomique.

L’ennui est que si on déplace l’angle de vue, le point d’observation on s’aperçoit que ce système est fou. Il remplace le tout , qui est l’activité économique productrice par la minuscule partie, la dérivée, la progression du bénéfice par action et la production de capital plus ou moins fictif. Et au fil du temps de plus en plus fictif. Par ce capitalisme devenu vicieux, nos sociétés deviennent inadaptées.

[…]

La banque centrale permet d’externaliser le coût du capital en pillant la » monnaie-bien public ». La différence entre le coût minuscule des dettes et les bénéfices par action est empochée par les actionnaires. Le « tout » paie pour la « partie ». La base paie pour la « pointe » du triangle! La masse paie pour une classe sociale privilégiée que depuis longtems je designe comme klepto. Tout ceci pour dire que dans le système une grande partie du profit par action apparent est subventionnée et que c’est un vol de la collectivité.
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lundi, octobre 09, 2017

Le suicide des banques françaises

Les banques françaises, en mauvaise santé, s'intéressent aux banques allemandes en encore plus mauvaise santé.

Vous connaissez le mécanisme infernal qui plombe les banques allemandes, le mercantilisme maudit, je vous l'ai déjà expliqué (mais la répétition est la base de la pédagogie) : chaque fois que Mercedes, Porsche ou BMW vendent un panzer à un gros con, ils touchent des Euros qu'ils placent dans une banque allemande. Avec ses Euros, la banque allemande achètent des bons du trésor grec, français ou italien, puisqu'il n'y a presque que plus de dette allemande. Et elle se retrouve plombée de bons du trésor dont elle ne sait pas quoi faire, qui vaudront peut-être un jour zéro, et qui en plus ne rapportent plus rien (merci Mario).

Alors pourquoi les banques françaises se lancent-elles dans cette aventure idiote ?

Parce qu'elles ont déjà fait le coup d'investissements à la con avec les banques italiennes et grecques et qu'elles n'en ont subi aucune conséquence néfaste puisque leur petit cul a été sauvé par les Etats aux dépens des moutontribuables. Plus exactement, les enfoirés de banquiers ex-hauts fonctionnaires ont été sauvés par les enfoirés de hauts fonctionnaires toujours en activité.

Alors c'est la logique du Belge qui met des pièces dans le distributeur de Coca sans s'arrêter : « Tant que je gagne, je joue ».


jeudi, avril 14, 2016

Son ennemi, c’est la finance

Vous trouverez ci-dessous un article d'Eric Zemmour dans le Figaro. J'ai mis mes commentaires entre crochets et c'est moi qui souligne.

Je me méfie beaucoup de ces grandes fresques globalisantes qui, à force d'être générales sont indémontrables et, donc, peuvent raconter tout et son contraire, c'est-à-dire n'importe quoi.

Cependant, dans le monde très confus où nous vivons, il est nécessaire d'avoir une image englobante pour ensuite déchiffrer les détails. Le mouvement doit aussi se faire en sens inverse : des détails au général. C'est dans ces allers-retours que se trouve la compréhension du monde.

Je pense que la confusion dont je parle est volontairement entretenue par les puissants, qu'elle est un moyen de gouvernement. Les progrès de la psychologie moderne ont permis, tant en entreprise qu'en politique, de vastes manipulations des foules dont on ne se rend même plus compte.

Les techniques de management contemporaines ont pour but de faire culpabiliser l'employé pour qu'il se mette la pression lui-même.  Il n'y a plus de chefs, il n'y a que des « managers », à l'écoute, compréhensifs, qui n'engueulent jamais, qui fixent juste des « objectifs » et si ceux-ci ne sont pas atteints, puisque le chef est si gentil, cela ne peut être que de la faute de l'employé. On est en pleine confusion  des rôles : le chef n'est pas une mère et le subordonné n'est pas un enfant. Je caricature dans un but pédagogique, mais à peine.

Dernier exemple en date : la direction de France Télévisions est contestée par les journalistes pour avoir préparé une émission trop complaisante pour François Hollande. Que fait Delphine Ernotte, le PDG ? Elle propose aux journalistes « d'échanger » ! Ils critiquent la direction, elle leur propose de venir prendre le thé. Technique bien connue pour désamorcer un conflit sans le résoudre. Une manipulation.

En politique, la manipulation n'est pas individuelle mais collective, cependant le principe est le même : on brouille les rôles, on pervertit les mots et intrumentalise les images. C'est ainsi que le président se comporte en mère-poule ou qu'on n'hésite pas à dire le pays victime de « l'ultra-libéralisme » alors qu'on est à 57 % du PIB de dépenses publiques et cent mille autres exemples.

L'article de Zemmour n'est d'ailleurs pas exempt de ces confusions.

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Son ennemi, c’est la finance

Un redoutable réquisitoire contre la puissance de la finance. Sous les auspices de Machiavel et de Carl Schmitt. Loin des rodomontades électoralistes

ERIC ZEMMOUR

L’ART DE LA GUERRE FINANCIÈRE. Jean-François Gayraud. Odile Jacob. 163p., 21,90 €.

Les guerres ne sont pas seulement militaires. Elles peuvent être aussi idéologiques, démographiques, technologiques, commerciales. On croit qu’elles ne tuent pas, mais elles détruisent, saccagent, ruinent. Et la plus terrible guerre qui nous est livrée aujourd’hui est financière. Telle est la thèse défendue avec véhémence et rigueur dans ce petit (par la taille ) livre de Jean-François Gayraud.

L’auteur en est venu à s’intéresser à la finance par la lutte policière contre les mafias, trafics en tout genre, blanchiments d’argent de la drogue, etc. Le lien est déjà tout un programme. Et en soi un acte d’accusation contre le système bancaire mondial, devenu, de notoriété publique, le serviteur zélé de cet argent noir qu’il blanchit à travers ses paradis fiscaux. Tout cela fait régulièrement la une des gazettes. D’ailleurs, rien de ce que nous dit notre auteur n’est inédit. Pas de révélations ni d’investigations.

Ses analyses sur le désordre monétaire provoqué par la décision de Nixon de rompre la convertibilité entre le dollar et l’or le 15 août 1971 ; la dérégulation libérale des années 1980 [première erreur d'analyse : la dérégulation des années 80 a pour particularité d'être mondialiste, alors que son coté libéral n'est pas une particularité (il y a eu d'autres réformes libérales avant elle), visant explicitement à abolir les frontières.]; le sauvetage des banques lors de la crise des subprimes de 2008 [on n'a pas sauvé les banques, on a sauvé les banquiers : une forfaiture]; le moralisme dogmatique des Allemands à l’égard des Grecs, alors qu’eux-mêmes n’ont jamais payé leurs dettes, que ce soit après la Première ou la Seconde Guerre mondiale ; les apories de la théorie libérale, sa fuite en avant dans la mathématisation et la complexification ; ou encore la puissance de ses relais médiatiques, dominés désormais par les puissances financières, et surtout le « maillage serré de hauts fonctionnaires, politiciens et lobbyistes échangeant informations et postes » qui, à Washington, à Bruxelles ou même à Paris, garantissent la prééminence de la Banque [description ce que j'appelle le Système, auquel on peut ajouter une forte dimension idéologique] : tout cela a déjà été écrit cent fois. De même pour l’alliance victorieuse depuis quarante ans des libéraux et libertaires, de Cohn-Bendit et de la Finance internationale, décortiquée pour notre plus grand bonheur par l’Américain Christopher Lasch ou le Français Jean-Claude Michéa, à qui Gayraud emprunte même l’usage troublant, mais charmant, des longs codicilles.

Non, l’originalité et l’audace de l’ouvrage sont dans sa perspective. Avec force citations de Machiavel, de Carl Schmitt et de Julien Freund [quand je vous disait qu'il est à la mode], notre auteur sort cette querelle de l’économie où elle se languit et s’obscurcit pour la poser sur le seul terrain où tout s’éclaire : le politique. C’est toute l’habileté du capitalisme financier, et de son idéologie libérale, que d’avoir fait croire qu’on n’était pas sur le terrain idéologique, mais uniquement dans le prosaïsme des faits : « Rien n’est plus politique que ce projet de dépolitisation : en acquérant une position de centralité dans la société grâce au libéralisme, l’économie devient un phénomène politique. »

Et historique. L’auteur coupe l’histoire de l’Europe en deux périodes : un avant, où le Politique dirige la Finance, quitte à punir et emprisonner ses banquiers, comme Louis XIV avec Fouquet ou Napoléon avec Ouvrard ; et un après, à partir de Louis-Philippe, et surtout depuis les années 70 du XXe siècle, où les financiers dominent les États et les asservissent. Il aurait pu ajouter d’ailleurs que ce n’est pas un hasard si la Haute Banque, à l’époque basée tout entière dans la City à Londres, a financé sans limites les guerres de l’Angleterre contre les deux plus puissants monarques de notre histoire, jusqu’à leur faire rendre gorge. Depuis lors, notre pays se le tient pour dit et ne mène que des simulacres de guerres contre la finance. « Ce ne sont plus les puissances politiques qui contrôlent les marchés, mais les marchés qui disciplinent les États… De maître, l’État est devenu esclave. »

Les grands féodaux sont de retour. Et ils ont l’habileté d’opérer au nom de la liberté. Gayraud pose sans ambages les termes de cet « affrontement du libéralisme (droit et marché rois) et de la démocratie (souverainetés nationales et populaires) ». Les anciens alliés de la Révolution française sont devenus ennemis irréductibles. Marx l’avait vu précocement ; mais les horreurs du communisme ont délégitimé son diagnostic. Dès lors, le libéralisme a remplacé cette autre religion séculière qu’était le communisme. Ce jugement fera hurler les libéraux, les droits-de-l’hommistes et tous ceux, ils sont légion, qui confondent la République avec le libéralisme et privilégient la liberté de l’individu plutôt que celle de la nation.

Mais il donnera raison à la révolte « illibérale » qui gronde dans l’est de l’Europe, du côté de Poutine, d’Orban ou encore des Polonais. Ceux-ci contestent à la fois la domination du droit et du marché, la religion des droits de l’homme et du sans-frontiérisme. Notre auteur n’en parle pas. Il préfère n’évoquer que le cas du peuple islandais, qui s’est révolté victorieusement contre le diktat des banques et des organisations financières internationales. Comme s’il craignait quand même les foudres du politiquement correct. L’alliance qu’il dénonce, entre droit et marché, fonde la religion nouvelle [il n'y a nul doute que cela soit une religion : elle a ses dogmes, ses tabous, ses péchés et ses pénitences, ses prêtres et sa police de la pensée]. Mais derrière cette alliance, il y a les pays d’Europe de l’Ouest, l’Allemagne, la France, mais surtout leur parrain, les États-Unis. Et leur formidable armada militaire. C’est le point aveugle du raisonnement de notre auteur. Si la finance peut asservir les États, c’est parce qu’elle bénéficie du soutien de la force militaire américaine, qui terrifie les plus farouches [c'est la partie de l'article que je conteste le plus : je pense que faire du militaire l'instrument d'influence des USA chez nous une erreur. C'est bien l'armée, le débarquement de 1944 puis l'OTAN qui ont permis d'imposer Disney, Coca-Cola, Mac Do et tout un monde de références américaines. Je suis révolté qu'un immigré donne des prénoms arabes à ses enfants français, mais je suis tout aussi atterré qu'un Français de souche donne des prénoms hérités de séries américaines à ses enfants, dont on peut de plus en plus se se demander ce qu'ils ont de spécifiquement français. La culture commune qui fait de nous une société vivante est faite de ces mille petites choses, c'est pourquoi, en les perdant, nous glissons vers une juxtaposition d'individus qui ne font plus une société

Il n'en demeure pas moins qu'une fois l'influence américaine installée par la force des armes, elle se perpétue par d'autres moyens plus subtils, comme le programme Young leaders.

Bien sûr, si les USA se retiraient de l'OTAN, comme ils envisagent régulièrement de le faire, y renonçant toujours et comme Donald Trump, leur influence diminuerait].

Notre ennemi ne serait donc pas la finance, mais les États-Unis d’Amérique, ou plutôt l’alliance redoutable entre Wall Street et la Maison-Blanche, avec des États-Unis devenus ploutocratie - où la classe politique est corrompue par ceux qui payent ses campagnes électorales - et une puissance militaire incomparable au service des intérêts de la finance [ploutocratie que Trump dit vouloir combattre. Il est donc cohérent avec sa politique isolationniste]. Notre grand allié, notre protecteur, notre libérateur ! C’est la conclusion à laquelle étaient déjà arrivés deux de nos plus grands présidents, de Gaulle et Mitterrand [Mitterrand, grand président ! Des fois, il débloque sérieux, le Zemmour]. Et c’est ce qui expliquerait la soumission de nos politiques devant les exigences de la finance. Gayraud a compris l’essentiel : « L’Europe sous la domination de Wall Street n’est souveraine qu’en apparence… Les États-Unis, puissance impériale par excellence, mènent à leurs alliés des guerres économiques et financières, et à leurs ennemis situés hors de leur espace de civilisation des guerres militaires. » Les guerres militaires à l’extérieur servant d’abord à terrifier les alliés de l’intérieur qui seraient tentés de se rebeller [Là, je trouve que c'est tiré par les cheveux].
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mercredi, mars 09, 2016

Excellent texte rose de Charles Gave : pour une dissolution du peuple

Bon, comme d'habitude, Charles Gave voit la vie en rose.


Pour une dissolution du peuple !

Par Charles Gave

7 mars, 2016

« Un membre éminent du parti communiste a décrété que le Peuple avait perdu la confiance du gouvernement mais pouvait la regagner à condition de redoubler d’efforts. Si cela est vrai, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple pour en élire un autre ? »

Berthold Brecht

Le monde va mal.

Les hommes de Davos qui dirigent notre monde depuis un grand moment déjà, avec les merveilleux résultats que tout le monde peut constater, sont pour la première fois depuis longtemps dans un Etat d’anxiété totale : les êtres inferieurs qui étaient l’objet de leur attention bienveillante depuis des années semblent être sur le point de se révolter un peu partout pour suivre une série de politiciens qu’eux, les hommes de Davos, n’ont pas présélectionné soigneusement avant qu’ils se présentent aux élections.

On voit bien qu’il s’agit là d’un crime de lèse majesté et que le peuple a perdu la confiance des élites et donc qu’il serait urgent de dissoudre le peuple pour en élire un autre. C’est ce que soutient depuis très longtemps l’élite Française pour qui aimer le peuple de ce pays est une faute de gout impardonnable qui s’apparente à du fascisme. Mais avant de développer plus avant mon analyse, il serait sans doute bon que je définisse qui sont ces « hommes de Davos » dont je veux parler aujourd’hui.

L’homme de Davos est le résultat d’une évolution Darwinienne qui a touché les « homo- sapiens » il y a peu de temps, juste après que le mur de Berlin ne tombe.

Contrairement au reste de l’espèce, l’homme de Davos n’est pas territorial et il n’hésite pas à dire que dans le fond, il est un « citoyen du monde »

En bon français, cela veut dire que l’homme de Davos est chez lui partout- et nulle part- et en est très fier. A ce titre, il a le plus grand mépris pour tous ceux qui restent stupidement attachés au pays de leur naissance.

Curieusement cependant, les hommes de Davos sont organisés en « tribu » et ceux qui pensent qu’ils sont les individus dominants de la dite tribu se retrouvent chaque année dans un coin sans aucun intérêt, un petit village des Alpes Suisse, appelé Davos.

Les Sociologues se perdent en conjecture sur les raisons qui amènent tous ces gens dans un endroit aussi inhospitalier, et du coup certains d’entre eux avancent l’hypothèse qu’il s’agit en fait d’un rite religieux ou à la place d’adorer un Dieu, ils s’adorent les uns les autres puisqu’ils pensent qu’ils sont tous, en fait, des demi-dieux.

Les membres de la secte « homme de Davos » sont en effet tous convaincus qu’ils possèdent une intelligence tout à fait extraordinaire, ce qui leur donne le droit de diriger le reste de l’humanité en fonction de quelques grands principes mentionnés ci-dessous.

Politiquement, ils ont la méfiance la plus profonde envers les méthodes d’organisation territoriales de l’espèce inferieure. Des élections peuvent tout à fait empêcher leurs représentants soigneusement choisis de rester au pouvoir, et donc, à leur avis, il faudra bien finir par arriver à un gouvernement mondial composé de gens choisis par eux, en leur sein cela va sans dire, et sans qu’aucun processus électoral ne vienne ternir la qualité des futurs dirigeants. Comme chacun le sait chez eux, la seule chose qui garantisse l’efficacité dans l’exercice du pouvoir, c’est la cooptation entre gens de bonne compagnie, et certainement pas la concurrence qui mène tout naturellement à la démagogie et au populisme.

Economiquement, ils défendent une forme tout à fait particulière de capitalisme qui permet aux membres de la tribu de capturer la quasi totalité de la valeur ajoutée créée par les sous hommes sans encourir le moindre risque. Si ça marche, c’est pour eux, si ça ne marche pas, c’est pour les contribuables de l’espèce inferieure, qui eux paient des impôts, ce qui parait bien normal. Quelques mauvais esprits soutiennent qu’il s’agit là purement et simplement du très vieux capitalisme de connivence mais chacun peut voir à cette occasion à quelles extrémités la jalousie peut mener.

Philosophiquement, ils s’appuient sur la pensée d’un grand homme du XVIII, Pangloss, bien résumée par Voltaire dans Candide. Notre philosophe soutenait avec raison que « tout est toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Il suffit d’ailleurs à nos hommes de Davos de considérer avec objectivité leurs éclatantes réussites pour se convaincre de la véracité de la philosophie Panglossienne. Curieusement cependant, ils ont du mal à convaincre l’espèce inferieure de cette vérité d’évidence tant le niveau de vie de ces incompétents n’a cessé de baisser depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir. Ingrats !

Pratiquement, ils ont compris depuis longtemps que la meilleure façon de désamorcer les révoltes du lumpen prolétariat était de s’appuyer sur l’amour que ces pauvres gens avaient pour leur pays et de signer des accords internationaux permettant en toute légalité de jouer ces pays les uns contre les autres. Qui plus est, ils ont organisé des instances internationales d’un ordre juridique soi-disant supérieur à celui de chaque pays pris individuellement, ce qui fait que les nations ne peuvent plus prendre de décisions et que les élections sont devenues une immense farce (tranquille ?). Bien entendu, le pouvoir est exercé dans ces institutions par des hommes de Davos, jamais élus mais toujours soigneusement choisis par les plus hautes instances pour leur dévouement aux intérêts de la secte.

Comme on le voit, tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Malheureusement (pour eux), je suis en train de me demander si les hommes de Davos ne sont pas en train de filer un mauvais coton.

D’abord, un peuple, toujours le même, est en train de demander à récupérer sa souveraineté confisquée par les hommes de Davos qui en hurlent de rage et cette opération porte un nom qui a dû figurer dans l’un ou l’autre des albums d’Astérix, avec Assurancetourix ou Agecanonix : Brexit… La révolte du village (Grand) Breton a peut-être commencé…

Qui plus est, quelques uns d’entre eux, qu’ils considéraient pourtant comme « parmi les meilleurs d’entre eux », sont en train de changer de camp et semblent s’autoriser à lâcher le morceau. Ainsi Mervin King, l’ancien gouverneur de la Banque Centrale Anglaise, vient-il d’écrire un livre pour expliquer que les élites Européennes ont VOLONTAIREMENT créé une dépression en Europe pour briser la résistance des peuples à l’avènement d’un Etat Européen.

Une fois ruiné, chaque Etat a en effet non seulement bien du mal à résister à la menace de l’arrêt des subventions mais a encore plus de difficultés à s’opposer à la fermeture de ses banques, ce dont la Grèce a été menacée par la BCE. Comme quoi, quand l’on perd sa monnaie, l’on perd sa souveraineté, ce qui après tout était le but de l’homme de Davos. Il n’y a que les sous-hommes pour croire à des billevesées comme la Souveraineté inaliénable d’une Nation. Et, continue l’ancien gouverneur, qui cherche à aggraver son cas, la seule solution est bien sûr de retourner aux monnaies nationales pour retrouver et croissance et démocratie.

Comme les lecteurs de l’IDL le savent, c’est exactement ce que je dis depuis des années et si les Britanniques venaient à voter pour Brexit, je n’ai pas le moindre doute que les Suédois, les Danois, les Italiens, les Portugais, les Espagnols ne seraient pas loin derrière et qu’enfin nous sortirions du cauchemar Européen.

Le sommeil de la raison engendre des monstres disait Goya…

Parallèlement, aux USA, une étrange créature aux cheveux oranges est en train de faire un tabac lors des primaires du parti Républicain et semble avoir un seul but : détruire le pouvoir des hommes de Davos, ce qui met nos bienfaiteurs de l’humanité dans un état de panique totale. Voila qui est bien compréhensible puisqu’une défaite électorale mettrait fin à ce capitalisme de connivence qui leur permet de vivre noblement sans prendre le moindre risque.

Qui sait ? Si un tel candidat était élu, il pourrait ordonner que des audits soient conduits sur les relations qui unissent la Fed et un certain nombre d’entités financières sévissant à Wall–Street et plusieurs membres éminents de ces institutions pourraient se retrouver là où est monsieur Madoff.

L’ingratitude humaine est sans limites…

Fort heureusement les hommes de Davos, au prétexte qu’il est temps qu’une femme soit élue à la magistrature suprême présentent « une » candidate à la magistrature suprême, un vrai modèle de compétence, d’honnêteté et d’altruisme. Je n’ai donc pas le moindre doute que toutes les forces de progrès vont se coaliser pour soutenir cette personne dont chaque lecteur moyennement informé sait cependant qu’elle devrait être en prison depuis longtemps.

L’essentiel n’est pas en effet que le peuple élise quelqu’un de compétent, mais d’empêcher que ne soit élu une personne dont les décisions pourraient amener à un changement de cet ordre dont chacun devrait savoir qu’il est le meilleur possible. Et donc nous sommes en train de rentrer un peu partout dans un monde où la Politique, avec un grand P, va reprendre le dessus.

Ce n’est plus l’argent, les media, les coups tordus qui vont amener des hommes au pouvoir mais la volonté du peuple. On imagine la panique de l’homme de Davos.

Comme les lecteurs le savent, l’idéaliste que je suis à bien du mal à analyser les évolutions politiques et je sous estime certainement la capacité des hommes de Davos à maintenir l’humanité dans un ordre quasiment parfait. Mais je sais que l’ordre, c’est la mort.

Plus sérieusement, j’ai toujours cru que la vérité l’emportera toujours sur le mensonge et que de la confrontation des idées et des votes naissait toujours une amélioration.

Et donc j’ai toujours cru en la Démocratie et je n’ai pas le moindre doute que les jours de la technocratie sont comptés.

Cette perte de pouvoir va-t-elle être agitée ? Certainement !

Les électeurs peuvent-ils se tromper ? Mais bien sur !

Mais à l’élection suivante, ils peuvent corriger le tir, si bien sur, on leur en offre la possibilité, ce qui n’a pas été le cas en France quasiment depuis la mort de Pompidou. En France, nous avons eu toujours le choix entre un homme de Davos ou un autre, ce qui ne changeait rien.

Pour terminer je vais reprendre la phrase de Tony Benn, politicien Britannique situé à l’extrême gauche de l’échiquier politique et que j’aimais bien parce qu’il avait beaucoup d’humour.

Une démocratie se définit en deux phrases :

Est-ce que j’ai pu voter pour les gens qui m’imposent les lois auxquelles je dois obéir en tant que Citoyen.

Est-ce que je peux les virer à l’élection suivante ?



mercredi, février 17, 2016

Le patronat le plus anti-libéral d'Europe baise les babouches de l'Etat

Le patronat au piège des allègements de cotisations

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Le patronat français ne se guérit définitivement pas de sa maladie congénitale : demander aux pouvoirs publics de petits arrangements, des passe-droits, pour améliorer sa condition, au lieu de jouer le jeu de la concurrence ouverte.
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Ceux qui accusent le gouvernement d'être libéral (« libéral »  est une insulte dans leur bouche) sous prétexte qu'il fait des cadeaux aux patrons n'ont rien compris, ou ne veulent rien comprendre. Les patrons français ne sont pas libéraux. Hollande et son gouvernement non plus. Les patrons français, tels qu'ils s'expriment pas leurs représentants, ont une mentalité de mendiants roumains.

Je suis curieux de savoir quelle proportion du chiffre d'affaires de la société de M. Gattaz dépend de l'Etat.

Certains ne comprennent pas. Qu'ils réfléchissent donc à cette intéressante notion : le capitalisme de connivence. Ou, peut-être plus précis mais moins évident, le socialisme de marché.




samedi, février 06, 2016

SNCF : la tiers-mondisation de la France

Natacha Polony : SNCF, les larmes pour cacher le déshonneur

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Mais que dire de cette impression lancinante jusqu'au malaise de voir la France glisser peu à peu vers l'affligeant statut de pays du tiers-monde ? Caricature ! crieront les uns. Déclinisme ! renchériront les autres. Et pourtant, n'est-ce pas le sentiment de tous les usagers des lignes secondaires, de ces TER et trains Corail qui roulent sur des voies dont on apprend qu'elles sont si peu entretenues que des éclisses peuvent être déclarées manquantes ou fissurées sans que cela implique la moindre réparation ? Des lignes à la merci du plus petit aléa climatique, des lignes sur lesquelles on peut annuler un train sans aucun préavis parce que le mécanicien est souffrant et qu'il n'y a personne pour le remplacer. Ce qui s'appelait autrefois la continuité du service public a des allures de vieille utopie vaguement ringarde.
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« Voilà bien ce qui a disparu depuis que le génial communicant à la tête de la SNCF a choisi de gérer son entreprise comme une multinationale en quête de performance, en privilégiant la vitrine clinquante du TGV ».

Phrase absurde. Une multinationale en quête de performance ne ferait justement pas les investissements idiots de la SNCF. Comme d'habitude, Mme Polony mélange tout, de rares bonnes idées sur fond d'une analyse fausse.

Au fond, elle ne comprend rien. Elle sent certaines choses, mais elle n'a pas la bonne grille de lecture qui lui permettrait d'ordonner le tout en idées cohérentes et justes. Au lieu d'opposer le bon étatisme et le méchant libéralisme, elle rassemblerait le méchant étatisme et le méchant libéralisme dans la notion de stato-libéralisme de connivence (1) son monde s'éclairerait.

En revanche, elle a raison sur un point : la disparition du sentiment de l'honneur est une catastrophe morale, qui, bien que silencieuse, a des conséquences collectives désastreuses.

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(1) : stato-libéralisme de connivence : on est libre de faire ce qu'on veut, notamment le sexe, tant qu'on n'essaie pas de sortir de la prison. Pendant ce temps, les gardiens sont les vrais maitres du monde qui s'entendent entre eux.

mardi, septembre 29, 2015

Macron ou le libéralisme Canada Dry

Macron ou le libéralisme Canada Dry

Cet article n'est pas sans lien avec mon billet précédent.

C'est presque tout le texte qu'il faut citer (c'est moi qui souligne) :

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Le paradoxe français est là. Alors que la dépense publique étrangle comme jamais la société française, l’imaginaire collectif se représente volontiers un libéralisme triomphant prêt à reprendre le pays en main. Et Macron donne un visage à cette angoisse.

L’histoire torturée du libéralisme en France

Il est vrai qu’au vingtième siècle, la France a validé le transfert au sein du service public des fonctions sociales de l’Eglise. L’Etat-Providence est devenu le refuge commode de ce que le clergé n’assume plus depuis l’émergence de la Troisième République. Ce mouvement a eu un effet immédiat : le gonflement massif de la part des dépenses publiques dans le PIB.

Le noeud gordien se trouve là : s’attaquer à la dépense publique aujourd’hui équivaut à un blasphème libertin sous l’Ancien Régime. Dire que l’Etat est trop présent, c’était comme dire, il y a trois cents ans, que Dieu occupait trop de place dans la société. L’excommunication n’est jamais loin pour ces hérétiques, et la réaction des socialistes aux propos de Macron sur les fonctionnaires en a donné une preuve éclatante. Pour un peu, le ministre de l’Economie eut été brûlé pour héliocentrisme.

Pour être libéral, en France, il faut imaginer et soutenir que l’individu peut survivre sans le saint Etat intercesseur terrestre auprès de Dieu. En ce sens, Macron est libéral : il appartient à cette gauche laïque, libertine au sens du siècle des Lumières, qui veut limiter le poids de la « collectivisation » dans les destins individuels. Cette posture rassemble, dans la pratique, un véritable courant au sein du Parti Socialiste, qui va de Cambadélis (même s’il s’en défend) à Sapin (dans une certaine mesure).

Chaque parti, de gauche comme de droite, recèle dans ses rangs ces « libertins-libéraux » qui tentent d’exister dans la cohue partisane des admirateurs de l’Etat.

Macron et la vulgate libérale

Pour autant, suffit-il d’enfoncer quelques portes ouvertes sur le rôle excessif de l’Etat pour être un authentique libéral?

Non, bien entendu, et c’est de ce point de vue que Macron apparaît comme un « libéral Canada-Dry ». Il a bien les apparences d’un libéral, mais sa composition idéologique est très différente.

D’abord par ses origines. Macron est par essence une créature de l’Etat : normalien, énarque, inspecteur général des finances, il se situe au coeur de ce faux libéralisme, de cette vulgate libérale volontiers pratiquée dans les allées administratives du pouvoir. On y dit, et on y répète dans les dîners, les couloirs et les alcôves, que le droit du travail est trop compliqué, mais on ne manque jamais de lui en rajouter une couche. On y parle du poids des 35 heures dans les entreprises, mais on se garde bien de les remettre en cause dans les services de l’Etat. On plaide pour la compétitivité, la performance, mais on évite de l’appliquer aux administrations, car les vagues produites dans les services par ces idées révolutionnaires pourraient nuire à la carrière.

Le libéral étatiste adore la concurrence chez les autres, mais pas chez lui.

Ensuite par ses choix politiques. L’oeuvre de Macron donne le sentiment de « libéraliser », mais elle favorise systématiquement les grandes entreprises rentières au détriment des nouveaux entrants sur les marchés. Prenons l’exemple de la libéralisation du transport routier de voyageurs: elle constitue une aubaine pour la SNCF qui diversifie ses activités et ne profitera marginalement qu’aux nouveaux transporteurs. Ouvrir des marchés avec la SNCF, convenons-en, n’est pas une logique libérale.

Cet exemple emblématique montre bien que le libéralisme d’Emmanuel Macron s’arrête là où la rente commence. Notre ministre de l’Economie a bien l’idée qu’il faut laisser le secteur privé respirer, mais sous un format post-soviétique : il s’agit de privatiser des activités publiques, ou de faire le jeu de grandes entreprises installées, et certainement pas d’instaurer une concurrence libre et parfaite où un Bill Gates, ou Steve Job, pourrait émerger.

Le libéralisme macronien, c’est le libéralisme d’une technostructure qui rêve de privatiser les leviers de l’Etat à son profit. Et pendant ce temps, le Mittelstand français se meurt.
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Pendant ce temps, Eric Zemmour fait une chronique tout à fait stupide sur le même sujet :

"Le fleuve de gauche est revenu dans son lit libéral", soutient Éric Zemmour

Comme si Burke était de gauche, lui qui défendait le libéralisme traditionnel de l'Angleterre au nom de son conservatisme ! Mais E. Zemmour perd tous ses neurones dès qu'on prononce le mot «libéralisme».

Par exemple, E. Zemmour prétend que ce sont des libéraux qui ont promu la loi Le Chapelier interdisant syndicats et corporations, ce qui est un contresens total. Décidément, il ne comprend rien au libéralisme. Je le soupçonne de ne pas vouloir comprendre pour une raison que je ne m'explique pas.

Evidemment, quand on se dit admirateur inconditionnel de Napoléon, on souffre de quelques déficiences dans l'analyse. Peut-être Eric zemmour n'a-t-il pas remarqué que la France de Napoléon a fini plus petite que la France de Louis XVI ?

Passons.





lundi, septembre 28, 2015

La fin de l’économie de bulles ?

Nous vivons dans une économie de bulles spéculatives (immobilier, voitures de collection, « art » contemporain, actions, obligations etc.) alimentées par l’argent « gratuit » des banques centrales. Plus on est près du robinet, plus on touche (banquiers, capitalistes de connivence, hauts fonctionnaires, etc.) Ca dure depuis environ trente ans avec une accélération dans les années 90.

La cause fondamentale est bien connue : financer les déficits étatiques abyssaux, c’est-à-dire préserver le Système en évitant de solder les comptes de la faillite social-clientéliste. Ne pas oublier qu’en France, la grande libération de « mon ennemi la finance sans visage » est due à un certain Laurent F., premier ministre.

Or, depuis plusieurs mois, la Fed, la banque centrale américaine, envoie des signaux « Ce coup-ci, les gars, ça y est, on va commencer à fermer le robinet ». A chaque fois, quelle surprise, la main tremble et la fermeture, même minime, du robinet est repoussée au trimestre suivant.

Je ne crois pas à cette fin de l’économie de bulles : ce que des économistes martiens considéreraient comme des défauts (déformations des prix, écrasement des rendements, encouragement à l’endettement, pression sur les bas salaires) est vu par les apprentis sorciers comme des avantages.

On en revient encore et toujours au bon sens thatcherien : « Le socialisme vit de l'argent des autres. Il s'arrête quand les autres n'ont plus d'argent ». Et le corollaire est « Tant que les autres ont de l'argent, le socialisme continue ».

Pour que le socialisme s'arrête, il faut un épuisement total de l'hôte sur lequel ce parasite vit, c'est pourquoi il est pire qu'Attila.



jeudi, avril 30, 2015

Le social-libéralisme, voilà l'ennemi !

Le social-libéralisme, voilà l'ennemi !

Pour une fois je suis d'accord avec l'analyse économique d'Eric Zemmour. Est-ce moi qui me suis rapproché de lui ou l'inverse ? Je ne sais.

Deux articles connexes :

Rémunérations des dirigeants du CAC 40 : un mauvaisrapport qualité-prix

Archer est beaucoup plus cinglant que Zemmour :

Qu'on le veuille ou non, et par-delà le talent de ces capitaines de grands groupes, il faut savoir demeurer en phase avec la société au sein de laquelle vous évoluez. C'est ce qu'avaient compris feu François Michelin, Xavier Fontanet (Essilor) ou Bertrand Collomb (Lafarge) à la suite du regretté Olivier Lecerf. C'est ce que ne parviendra jamais à intégrer Carlos Ghosn dont la rémunération globale chez Renault est de 7,2 millions d'euros et de 7,4 millions chez Nissan.

Notre société, certes capitaliste et matérialiste, peut elle se satisfaire de payer quelqu'un plus d'un million par mois à la lumière d'un chiffre simple que les analystes financiers gomment parfois: il y a dix ans, Renault produisait (et vendait) près d'un million de véhicules en France. Aujourd'hui, la firme au losange est endeçà de 400.000 unités. Était-il si génial de délocaliser à tour de bras et de se focaliser sur du low-cost ? Pourquoi avoir tué la stratégie de redressement de Raymond Lévy qui n'excluait pas le haut de gamme ou l'alliance avec Volvo en 1988?  Un jour, un bilan de l'ère d'un manager fort soucieux de ses intérêts (n'est-il pas de surcroît patron de Lada en Russie...) devra être établi.


C'est un de mes points d'accord avec la CGT (si, si) : Carlos Ghosn est un enfoiré de compétition, cupide, avide, narcissique, égoïste, inhumain, froid, sans scrupules ... Un escroc de grand chemin qui a compris qu'il y avait plus d'argent à se faire dans les couloirs des ministères et dans les salles des conseils d'administration qu'en casant des assurances-vie bidons aux dans les maisons de retraite de Carpentras.

Et Emmanuel Macron aussi :

De nos jours, les temps ont changé et un ministre de l'Économie a fait inscrire dans sa fameuse future loi Macron un allègement de la fiscalité relative aux attributions d'actions. Chacun pensera librement: on peut vouloir vivre comme un footballeur ou comme Jean Guitton. On peut vouloir introduire une loi innovante ou à l'inverse glisser des dispositions qui ménagent l'appréciation que les hautes sphères dirigeantes privées ressentent à votre égard. Une vraie application du principe de précaution appliquée à la notion de carrière personnelle, en somme.

«C'est pas ma faute» : le livre que doit lire Agnès Saal







lundi, avril 27, 2015

Verhaeghe : Emmanuel Macron, la rente contre le capital

Emmanuel Macron: la rente contre le capital

[…]

On s’étonne toutefois de ne voir à aucun moment apparaître la notion de valeur créée par les entrepreneurs dans cette tribune. Pour Emmanuel Macron, le capitalisme, ce sont des détenteurs de capital qui financent la croissance, mais pas des entrepreneurs qui créent de la valeur ex nihilo. Cet aveu involontaire méritait d’être commis: Emmanuel Macron est décidément l’homme de la banque, ce n’est pas un entrepreneur. Il incarne bien cette caste dominante en France pour laquelle l’économie est un jeu capitalistique où l’action des hommes et des innovations tient un rôle secondaire par rapport à la préservation des rentes acquises.

L’étonnante absence du mot « innovation »

De façon encore plus révélatrice, le mot « innovation » ne figure d’ailleurs pas dans le texte d’Emmanuel Macron. Il est assez curieux de voir comment un ministre devenu la figure de la modernité au sein du gouvernement, peut à ce point rater l’exercice attendu. A le lire, on croirait presque que son enjeu est de reconstruire la puissance industrielle française des années 1860, quand il s’agit précisément de basculer vers des modèles totalement nouveaux.

[…]


Les élites françaises ne comprennent pas la nouvelle économie

En bout de course, il ressort de cette tribune le sentiment diffus qu’Emmanuel Macron est bien l’homme de la rente. Il lit l’économie française sous le prisme d’un capitalisme mature, qui ne comprend pas les nouveaux paradigmes et qui cherchent simplement à faire fructifier un acquis en profitant d’innovations qui lui sont étrangères. Et c’est probablement cela, le mal français: le pays est dirigé par une élite tournée vers le passé, même lorsqu’elle prend les accents de la modernité. Son enjeu est de préserver une structure de capital, et certainement pas d’en faire émerger une nouvelle, adaptée aux besoins de notre temps et reposant sur des entrepreneurs qui changent le monde.