mercredi, octobre 05, 2011

Regarde les banques tomber (épisode 2 : le retour de la vengeance de la dette pourrie, et elle est pas contente) ?

Va-t-on vers un enchainement de chutes de banques, comme en 2008 ? Je ne crois pas.

Certes, la faillite ordonnée des banques pourries serait une saine solution, à la fois juste et efficace.

Mais les gouvernements sont dans la main du lobby bancaire, qui a réussi à convaincre nos gouvernants qu'une des leçons (fausse, mais nos gouvernants n'ont aucune culture économique) de la crise de 1929 est qu'il ne faut jamais laisser tomber les banques.

En réalité, la leçon est que la faillite des banques doit être ordonnée, ce qui est très différent.

A cela s'ajoute le problème du «too big to fail / too big to be saved» : les banques islandaises et des centaines de banques régionales américaines ont fait faillite depuis 2008 sans conséquence funeste car elles n'avaient pas une taille dangereuse. Et cela a assaini partiellement le système.

L'idéal pour les banques mammouthesques est de les démanteler par un coup de force pour éviter la panique des marchés en profitant, par exemple, d'un week-end prolongé.

Mais le temps est fini où ce genre d'affaires pouvaient se régler entre le Président, le ministre des finances et le président de la banque de France. Aujourd'hui, il faudrait élargir ce complot à tant de monde que le secret, essentiel à l'affaire, ne pourrait être préservé.

Ne nous le cachons : ne pas pouvoir agir de manière secrète et décisive est un handicap peut-être mortel de notre démocratie jacassante et plaideuse.

Puisque la décision juste et efficace est exclue, nous prendrons la décision injuste et inefficace, à savoir «faire marcher la planche à billets», faire racheter les dettes pourries par la BCE. Elle a de plus l'avantage d'être démagogique.

Elle spolie les épargnants et décourage les investisseurs ? On s'en fout : combien de voix aux élections ?

Les banques naufragées seront donc secourues au détriment des contribuables, des créanciers de l'Etat, des épargnants et des investisseurs.

Comme l'indiquait ce matin à BFM Jean-Pierre Petit (un des très rares économistes à avoir vu juste depuis longtemps), la crise que l'Europe traverse est avant tout une crise intellectuelle et morale, l'économie n'est qu'un symptôme. Nous payons notre préférence pour les vieilles générations sur les jeunes, pour les situations acquises sur l'innovation, pour le loisir sur le travail, pour la consommation sur la production, pour l'endettement sur l'épargne, pour l'assistanat sur la prévoyance, pour le communisme sur le libéralisme.

Les efforts nécessaires sont dificiles mais pas impossibles. Le drame est que nous n'y pensons même pas : de l'extrême gauche à l'extrême droite, pas un seul parti ne propose une de ses idées qui permettraient de nous en sortir (1).

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(1) : à part le FN avec la sortie de l'Euro, mais dans un contexte étatiste et protectionniste fou.

samedi, octobre 01, 2011

Les "salopes" marchent... et s'aveuglent sur la réalité des rapports hommes femmes

Ce billet est dédié à l'épouse et à la fille de Philippe.

Arthur Vivien est le fondateur et animateur du site Homme Culture & Identité, un laboratoire d'idées sur les question liées à l'identité.

Un certain féminisme diffuse tant de clichés sur les relations entre les femmes et les hommes, tant d’idées convenues qu’il n’est que trop temps de ne plus laisser le champ libre à ces idéologues. Les femmes sont enfermées dans des rôles de victime par ces idéologues. Leur dogme le plus abouti est la sacro-sainte domination masculine. Idée devenue simpliste qui ne résiste plus à l’épreuve des faits : la vérité est beaucoup plus en nuance comme nous le verrons ci-après.

Il convient de noter l’immense faiblesse du féminisme : il est à géométrie variable. Lorsque dans un domaine les hommes dominent : elles vont le dénoncer à corps et à cri au nom de l’égalité. La Journée de la femme (le 8 mars) est le moment privilégié de cette dénonciation. En revanche, dans tous les domaines où ce sont les femmes qui dominent alors l’égalité n’a plus lieu d’être ! Tout cela les discrédite fortement.

Mais faut-il leur laisser encore le monopole de la parole sur ces questions sociétales plus que fondamentales. Ne serait-il pas venu le temps d’aider nos politiques à structurer réponse politique courageuse ?

Voici quelques perspectives qui permettront de combattre le dogme de la domination masculine et le sexisme anti-hommes qu’il génère insidieusement :

- Les violences conjugales n’ont pas de sexe : en 2009, 100 000 hommes ont porté plainte pour violences physiques au sein de leur couple (chiffres publiés par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales). Ce chiffre n’inclut évidemment pas le champ des violences psychologiques. Depuis 2010 justement, les violences psychologiques sont pénalement condamnées. Des femmes sont aujourd’hui condamnées pour cela. Le tabou social demeure largement même si des études et des ouvrages commencent à émerger sur cette question. En attendant, des initiatives apparaissent pour venir en aide aux hommes victimes au sein de leur couple.

- Le salaire et l’emploi : Les femmes ont un rôle évident à tenir dans le monde de l’économie mais pas en se laissant bercer par des slogans égalitaristes convenus et simplistes. Est-ce l’avenir de la femme de singer l’homme, de se mettre au niveau des hommes professionnellement ? Travailler au 4/5ème et voir ses enfants grandir n’est-ce pas un signe de progrès pour les femmes et les hommes qui font ce choix avec le souci bien compris d’équilibrer leurs vies familiale et professionnelle (Lire les Echos sur l’égalité salariale hommes-femmes)

- Dans les études, les femmes dominent : aujourd’hui en médecine et en droit, 75% des étudiants sont des étudiantes. Sur 150 000 élèves qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, 100 000 sont des garçons… La liste est longue et fastidieuse des domaines où les femmes sont devant les hommes. Les féministes ont très bon jeu de parler uniquement des formations d’ingénieurs où les garçons restent largement majoritaires, mais c’est devenu aujourd’hui un arbre qui cache la forêt.

- Le médecin Boris Cyrulnik vient de donner une interview au magazine Le Point (édition du 29/09/2011). En voici un extrait qui aborde précisément la question de la supposée domination masculine : « Les partisans de la théorie du genre considèrent qu'on éduque distinctement les filles des garçons pour perpétuer la domination masculine. Les croyez-vous ? Je ne crois pas du tout à la suprématie des garçons, bien au contraire. Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d'un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire "réembarquons", au lieu de "on va encore une fois dans cette barque". Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d'élever une fille qu'un garçon. D'ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n'y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile.

Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes "XX" serait plus stable, parce qu'une altération sur un "X" pourra être compensée par l'autre "X". La combinaison "XY" serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l'hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l'agressivité, comme on le croit souvent. À l'école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d'être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l'excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles.

Pourquoi n'avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ? Je pense que le " genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est. Pourtant, ces théories font observer que les filles, meilleures à l'école, sont beaucoup moins nombreuses dans les études prestigieuses ? C'est vrai, mais il n'est pas dit que cela dure. Aux États-Unis et au Canada, les filles ont envahi les grandes écoles. Et on est obligé d'aider les garçons à y parvenir. »

A force de nous laisser bercer par un discours qui met en exergue chaque zone d’inégalité à la défaveur de femmes en passant sous silence les domaines dans lesquels elles dominent incontestablement, on passe au moins à côté de la moitié du sujet… tout cela pour asseoir un discours revendicatif de lutte entre les sexes. Il est grand temps d’ouvrir collectivement les yeux pour permettre à notre société d’avancer sans idéologie, ni démagogie. Une exigence de vérité et de justesse en somme !

L'Euro n'est pas sauvé

Maintenant, on nous raconte que, ça y est, l'Euro et la Grèce sont sauvés grâce aux dernières dispositions en discussion. Foutaise !

Les dettes étatiques ne sont qu'un symptôme. Rappelons que le problème fondamental de l'Euro est le différentiel de compétitivité entre pays. Ce problème ne peut être réglé que par des transferts de fonds (des dons des riches, les Allemands et les Hollandais, aux pauvres, les autres) et par des transferts de population massifs. C'est évidemment impossible dans un cadre démocratique (1).

Comme ce problème fondamental n'est pas réglé et ne peut pas l'être, l'Euro explosera.

Les gouvernements viennent donc encore d'acheter du temps sans rien résoudre.

Les dernières péripéties en date sont conformes à mon scénario : une agonie de l'Euro longue et douloureuse, épuisant les peuples, avec des politiciens qui recourent à toutes les ficelles imaginables avant, à la fin des fins, d'organiser l'explosion de l'Euro quand vraiment il n'y aura plus rien à faire.

Je maintiens donc mon pronostic : fin de l'Euro dans 5 à 10 ans.

Je n'exclus pas que cela passe par une tornade politique et qu'une dictature plus ou moins molle se mette en place, au moins provisoirement, dans certains pays. Par exemple, il est facile d'imaginer en France le président recourant à l'article 16 après des Èmeutes aux guichets des banques.

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(1) : c'est pourquoi le choix est entre la démocratie et le fédéralisme.

vendredi, septembre 30, 2011

Europe’s high-risk gamble

By Martin Feldstein

The Greek government needs to escape from an otherwise impossible situation. It has an unmanageable level of government debt (150% of GDP, rising this year by ten percentage points), a collapsing economy (with GDP down by more than 7% this year, pushing the unemployment rate up to 16%), a chronic balance-of-payments deficit (now at 8% of GDP), and insolvent banks that are rapidly losing deposits.

The only way out is for Greece to default on its sovereign debt. When it does, it must write down the principal value of that debt by at least 50%. The current plan to reduce the present value of privately held bonds by 20% is just a first small step toward this outcome.

If Greece leaves the euro after it defaults, it can devalue its new currency, thereby stimulating demand and shifting eventually to a trade surplus. Such a strategy of “default and devalue” has been standard fare for countries in other parts of the world when they were faced with unmanageably large government debt and a chronic current-account deficit. It hasn’t happened in Greece only because Greece is trapped in the single currency.

The markets are fully aware that Greece, being insolvent, will eventually default. That’s why the interest rate on Greek three-year government debt recently soared past 100% and the yield on ten-year bonds is 22%, implying that a €100 principal payable in ten years is worth less than €14 today.

Why, then, are political leaders in France and Germany trying so hard to prevent – or, more accurately, to postpone – the inevitable? There are two reasons.

First, the banks and other financial institutions in Germany and France have large exposures to Greek government debt, both directly and through the credit that they have extended to Greek and other eurozone banks. Postponing a default gives the French and German financial institutions time to build up their capital, reduce their exposure to Greek banks by not renewing credit when loans come due, and sell Greek bonds to the European Central Bank.

The second, and more important, reason for the Franco-German struggle to postpone a Greek default is the risk that a Greek default would induce sovereign defaults in other countries and runs on other banking systems, particularly in Spain and Italy. This risk was highlighted by the recent downgrade of Italy’s credit rating by Standard & Poor’s.

A default by either of those large countries would have disastrous implications for the banks and other financial institutions in France and Germany. The European Financial Stability Fund is large enough to cover Greece’s financing needs but not large enough to finance Italy and Spain if they lose access to private markets. So European politicians hope that by showing that even Greece can avoid default, private markets will gain enough confidence in the viability of Italy and Spain to continue lending to their governments at reasonable rates and financing their banks.

If Greece is allowed to default in the coming weeks, financial markets will indeed regard defaults by Spain and Italy as much more likely. That could cause their interest rates to spike upward and their national debts to rise rapidly, thus making them effectively insolvent. By postponing a Greek default for two years, Europe’s politicians hope to give Spain and Italy time to prove that they are financially viable.

Two years could allow markets to see whether Spain’s banks can handle the decline of local real-estate prices, or whether mortgage defaults will lead to widespread bank failures, requiring the Spanish government to finance large deposit guarantees. The next two years would also disclose the financial conditions of Spain’s regional governments, which have incurred debts that are ultimately guaranteed by the central government.

Likewise, two years could provide time for Italy to demonstrate whether it can achieve a balanced budget. The Berlusconi government recently passed a budget bill designed to raise tax revenue and to bring the economy to a balanced budget by 2013. That will be hard to achieve, because fiscal tightening will reduce Italian GDP, which is now barely growing, in turn shrinking tax revenue. So, in two years, we can expect a debate about whether budget balance has then been achieved on a cyclically adjusted basis. Those two years would also indicate whether Italian banks are in better shape than many now fear.

If Spain and Italy do look sound enough at the end of two years, European political leaders can allow Greece to default without fear of dangerous contagion. Portugal might follow Greece in a sovereign default and in leaving the eurozone. But the larger countries would be able to fund themselves at reasonable interest rates, and the current eurozone system could continue.

If, however, Spain or Italy does not persuade markets over the next two years that they are financially sound, interest rates for their governments and banks will rise sharply, and it will be clear that they are insolvent. At that point, they will default. They would also be at least temporarily unable to borrow and would be strongly tempted to leave the single currency.

But there is a greater and more immediate danger: Even if Spain and Italy are fundamentally sound, there may not be two years to find out. The level of Greek interest rates shows that markets believe that Greece will default very soon. And even before that default occurs, interest rates on Spanish or Italian debt could rise sharply, putting these countries on a financially impossible path. The eurozone’s politicians may learn the hard way that trying to fool markets is a dangerous strategy.

Mourir en jaune fluo : de l’insécurité esthétique

Romaric Sangars est journaliste littéraire et co-animateur du Cercle Cosaque

Des associations de motards ont récemment manifesté contre la politique de sécurité routière qui les enjoint d’agrandir leur plaque d’immatriculation et de revêtir un infâme gilet jaune.

Sans imaginer un Bernanos derrière chaque visière, on constate que le motocycliste se rallie instinctivement à un certain esprit de résistance chevaleresque- sans doute en raison de sa monture. Parce qu’il conserve une certaine conscience de sa dignité, cet esprit implique qu’on ne le matricule pas davantage ni qu’on ne l’humilie en lui faisant porter un tel gilet. L’antique vertu préconisait de préférer la mort au déshonneur. Le Hagakure samouraï, avec cette délicieuse nuance d’excès qu’on trouve fréquemment chez les Nippons, intime même, dans le doute, de toujours choisir la mort.

A l’inverse, la tendance contemporaine incline à endurer tous les déshonneurs afin de préserver à n’importe quel prix sa carcasse. Cela s’appelle une dégradation morale. En témoigne, par exemple, cette atroce vision d’une femme à vélo munie d’un casque et d’un gilet pour échapper aux effroyables dangers d’une piste cyclable. Mais si cette dame est tellement terrorisée à l’idée de choir de sa bicyclette, qu’elle aille donc à pied, plutôt que de polluer les bords de Seine avec son jaune criard et son pathétique souci de préservation de soi !
Cette anecdote illustre le lien subtil mais réel qui existe entre les lois morales et les lois esthétiques, la hideur se révélant souvent un simple paravent de la lâcheté.

Tout cela participe en outre à un processus d’enlaidissement du monde et de régression généralisée. Parce qu’enfin, la meilleure manière de faire qu’un motard ne soit pas broyé par une voiture ivre zigzaguant en excès de vitesse, c’est de responsabiliser les conducteurs. On a tendance à omettre cette évidence. Le jaune fluo, les amendes et les radars, ne représentent que l’aveu d’un échec, échec d’une société où les individus n’étant plus suffisamment civilisés, règne désormais partout ou presque l’absence de civilité et l’égoïsme ; l’Etat s’acharne alors à limiter les dégâts que s’infligeraient mutuellement des débiles brutaux ne comprenant que le bâton et ne percevant que la phosphorescence.

Ces bonnes résolutions permettent par ailleurs à l’Etat de dissimuler son impuissance en donnant des gages de son efficacité à protéger ses citoyens alors que dans une société saine, il devrait leur foutre à peu près la paix. Mais voilà, l’Etat doit faire oublier qu’il n’est plus du tout en mesure d’assurer leur sécurité physique (cela donne les fameuses zones de « non-droit », c’est-à-dire des lieux de barbarie intra-nationale) et économique (les délocalisations, symptômes d’une barbarie supra-nationale).

Fruit de ces confusions hypocrites, le concept de « sécurité » est à démolir. Je doute fort qu’il y ait actuellement dans la société française un besoin impérieux de « sécuriser » les trajets motorisés ou l’air respiré dans les cafés. On évoque la question « sécuritaire » comme s’il s’agissait d’une nouvelle lubie de la classe moyenne. Ce que réclame cette classe, à mon avis, et la majorité du peuple, n’est pourtant ni neuf ni extraordinaire : seulement le maintien d’un vieux contrat aujourd’hui mis à mal, stipulant que l’Etat est censé protéger les biens, les personnes et les intérêts de ses administrés. Ni plus ni moins.

En attendant, on habitue l’individu anonyme des sociétés atomisées à intégrer qu’il n’a aucun respect ni aucune courtoisie à exiger de son prochain, mais que l’Etat limitera les dégâts nés de ces nouvelles coexistences sauvages.

Ce monde sombre, le constat est évident, mais eu égard à son fastueux passé, au moins pourrait-il sombrer avec un minimum de distinction et sans gilet jaune. Une nuit d’avril 1912, Benjamin Guggenheim, installé dans le fumoir du « Titanic », exprima cette sage satisfaction : « Nous sommes sur notre trente-et-un, prêts à couler comme de parfaits gentlemen ».

Restons donc, même au milieu des crashs et des flammes, sur notre trente-et-un, une insolente cigarette en bouche.

Marquise, vos beaux yeux d'amour me font mourir

Une poignée de connasses, et quelques cons qui les soutiennent, voudraient éradiquer Mademoiselle des formulaires administratifs.

La proposition prête peu à discussion : elle est stupide.

Ce qui me frappe, c'est la grossièreté de la pensée de ces gens. N'ont-ils jamais lu Les liaisons dangereuses ? N'ont-ils jamais lu La correspondance d'Héloïse et d'Abélard ? N'ont-ils jamais lu Tristan et Iseult ? Le misanthrope ? Andromaque ? Phèdre ? Othello ? L'éducation sentimentale ? La chartreuse de Parme ?

Les relations hommes-femmes sont d'une complexité et d'une variété qui en font tout le charme. C'est un chatoiement de modalités, de circonstances et de sentiments.

Ces grossiers ne se sont-ils jamais demandé si, par hasard, les prétendues inégalités juridiques et administratives ne seraient pas l'expression d'un équilibre subtil prenant en compte un autre ordre des choses, sentimental, sensuel ou filial ?

Quand j'entends des féministes, je songe à Diane de Poitiers, surnommée la plus que reine. Qu'aurait-elle pensé de tout cela ? Qu'aurait pensé Madame de Lafayette, dont la princesse de Clèves est un chef d'oeuvre de rigueur et de finesse des sentiments ?

Les relations hommes-femmes ont été dégradées par la modernité, la revendication de l'égalité juridique s'est accompagnée d'une dégradation sur tous les autres plans.

Je suis frappé par le nombre ahurissant de femmes élevant seules des enfants. Les relations sentimentales des jeunes sont empreintes d'une grande violence (sous l'influence, entre autres, d'immigrés qui n'ont pas notre culture des amours courtoises, mais, chut, il ne faut pas le dire). Les protections juridiques accrues sont allées de pair avec une diminution des protections sociales et comportementales.

Les hommes sont les grands gagnants de la libération sexuelle : ils ont été libérés de tous leurs devoirs vis-à-vis des femmes.

Qu'y ont gagné les femmes ? Le droit de travailler comme des hommes (mais pour un salaire moindre parce qu'elles sont moins productives), le droit de se faire claquer la porte au nez parce que la galanterie, c'est ringard, et le droit d'être abandonnées avec leurs gosses. En contrepartie, elles peuvent voter et être élues, ça leur fait une belle jambe.

Non, vraiment, je ne vois que bêtise chez les féministes revanchardes.

De plus, je considère une raison encore plus forte que les rapports hommes-femmes de ne pas faire disparaître Mademoiselle des formulaires administratifs : notre société est dans une telle déliquescence que, par souci de préserver ce qui peut encore l'être, on ne devrait toucher à rien de ce qui existe depuis plus d'un siècle.

Mais je m'arrête là : je touche des notions totalement inaccessibles à nos cuistres. Ils sont incapables de méditer cette citation de Lévi- Strauss : «On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages, et qu’en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes.»

jeudi, septembre 29, 2011

Euro's troubles an Anglo-Saxon plot

Theodore Dalrymple From: The Australian September 26, 2011 12:00AM

NO ONE who has read the French press for any length of time will have failed to notice that the term Anglo-Saxon is not one of praise or endearment, to say the least. For many contemporary Frenchmen, including, but not, only journalists, the Anglo-Saxons are what the freemasons were for their predecessors in the 19th century: participants in a vague but sinister plot to control the world and destroy French civilisation.

It doesn't matter, of course, that the so-called Anglo-Saxon countries differ considerably among themselves, in their societies, policies and interests. Roughly speaking, Anglo-Saxon means a combination of lack of savoir vivre, terrible food, ultra-liberalisme (a term of art meaning lawless capitalism red in tooth and claw) and sexual hypocrisy, that is to say a mixture of prudery and prurience.

The "markets" -- a typically Anglo-Saxon invention -- are taken as being both wildly irrational and at present engaged on a concerted attempt to destroy the Euro as a common currency. For believers in the Anglo-Saxons as the secret movers of the world, it could not be that the whole idea of the common currency was flawed in the first place and was bound to lead either to financial catastrophe or to a completely undemocratic and authoritarian central control of the economic life of the continent, or to both. Not a sparrow, or a French bank share, falls, but the Anglo-Saxons are behind it.



The French banks have lost nearly two thirds of their share value since July 1 this year. Why? Could it be that, exposed to Greek foreign debt, of which they hold about a half, at a time when Hellenic default is l'air du temps and the European finance ministers cannot agree among themselves what to do about it, the banks are in a somewhat fragile condition? Not according to the head of the French employers' federation, Laurence Parisot, for whom Wall Street and the City of London, aided by their journalistic accomplice The Financial Times, are responsible for an organised drumbeat. For her, euroscepticism, the lack of transcendental belief in the European project (though no one will say exactly what it is), is a kind of mental disorder rather than a rational assessment of the chances of 27 European countries coming together peacefully in a kind of giant latter-day Yugoslavia.

For the French economist Shahin Vallee, the Anglo-Saxons "have always regarded the Euro as an intellectual crime and have looked on its success with a certain bitterness". What exactly that success consists of, other than its survival until now, is not explained. It certainly allowed several countries, Greece, Ireland and Portugal among them, to run up unsustainable debts, believed from the first to be guaranteed by Germany. Who would have lent the Greeks so much money if they thought they were going to be repaid in drachmas?

An economist at the French bank Natixis (which, incidentally, lost $US450 million [$460m] in Bernie Madoff's scheme), Patrick Artus, claimed that the US was in desperate need of a loss of credibility of the Euro, because it did not want a viable alternative to the dollar: otherwise it would not be able to finance its own enormous deficits. The implication of this was that a giant plan had been concocted, presumably involving not only Wall Street but the government of the US, to depress and then destroy the Euro.

Contrary facts hardly matter for believers in such conspiracies. The Anglo-Saxon banks that, for Vallee, "will see in the difficulties of the Eurozone an opportunity to gain market share" as if they were a bloc like the Warsaw pact, vary greatly among themselves. The Canadian and Australian banks, for example, are not much exposed to fragile European debt, but the British banks have lent a total of something like $US135 billion in Ireland alone, that is to say approximately $US30,000 per man, woman, child and baby in the country. That German banks have lent the same amount, and Belgian banks almost half as much, suggests that in reality there is more convergence between Britain and Europe than between Britain and the healthier parts of Anglo-Saxonia.

The affair of Dominique Strauss-Kahn was also grist to the mill of the French, who see an essential conflict between themselves and the Anglo-Saxons, a clash of civilisations as it were (if, that is, the Anglo-Saxons can be considered civilised at all).

For Pascal Bruckner, a French intellectual normally of great intelligence, the motive for the arrest in New York of DSK was the following:

" To punish France for [its refusal to participate in the war in] Iraq, for Roman Polanski [the film director whom it refused to extradite to the US], for its laws on the veil and the niqab, to bring to heel this recalcitrant nation, so persistent in its dissolute ways, such is the ultimate meaning of the DSK affair, at the moment when America bites the dust and seeks convenient scapegoats for its decline."

Though published in Le Monde, this is surely verging on the mad. He finishes the article by saying that the Americans have nothing to teach the French about the art of love, rather forgetting that the encounter in suite 2806, whatever else it might actually have been, was not exactly one of the great love stories of the 21st, or of any other, century.

Of course, it would be grossly unfair to suggest that the denigration of Anglo-Saxons, or the belief in their plot to take over the world, is universal in France. The nation is far too large and intelligent for that. Many sceptics about the viability of the Euro are now finding a public platform there, and the response to the DSK affair has not been entirely supportive of his way of making "love".

A majority of the French now want him to retire from politics. The Belgian francophone newspaper Le Soir published a cartoon after DSK's self-exculpatory interview on television with the beautiful Claire Chazal. In it, a middle-aged male viewer switches off the television in disgust, saying, "Disappointing -- he didn't even come on to her!"

Still, the term Anglo-Saxon is not one of affection in France.

mercredi, septembre 28, 2011

Panique à droite ou fébrilité morbide ?

Paraît-il que la réélection de Nicolas Sarkozy est en danger.

Pour ma part, je trouve ce genre de commentaires idiots : nous sommes encore trop loin de l'élection. Ca n'est ni vrai ni faux, c'est sans valeur.

Mais, la fonction de notre classe jacassante étant de jacasser, elle jacasse, à tort et à travers, comme d'habitude.

Or, il semble que nos fins politiciens de droite reprochent à Nicolas Sarkozy d'avoir fait trop de reformes ! On croit rêver. Avec une droite pareille, on n'a pas besoin d'une gauche.

Bien entendu, le problème est exactement inverse : Nicolas Sarkozy aurait du faire beaucoup plus de réformes, plus importantes, plus vite, profitant de la légitimité de son élection sur le thème de la rupture, puis distribuer pendant les trois dernières années de son mandat de menus cadeaux pour calmer les crieurs.

Au lieu de cela, comme son objectif était la conquête du pouvoir et non l'usage du pouvoir, il est arrivé face au pouvoir totalement désemparé, avec l'attitude d'une poule face à un couteau, et a fait ce qu'il savait faire : de la politicaillerie. Et on a eu droit à l'ouverture.

Il se retrouve avec le résultat actuel : quelques réformettes sans grande importance mais qui mécontentent presque autant que de vraies réformes, puisque les gens n'aiment pas être dérangés, même pour pas grand'chose. Tant qu'à réveiller les Français, Sarkozy aurait du en profiter pour agir vraiment.

Tout cela ne m'empêche pas de penser que Sarkozy sera réélu (même si la valeur que j'accorde à ce genre de prédiction est nulle).

mardi, septembre 27, 2011

Deux articles d'Atlantico à l'occasion de la grève des profs

Dans ces deux articles d'Atlantico, vous trouverez mon analyse habituelle :

1) Les enseignants font leur propre malheur.

2) La fuite vers le privé devrait être un signal d'alerte. Mais, comme l'Education Nazionale est verrouillée idéologiquement, aucune réalité ne pénètre sa cuirasse de certitudes.


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Les syndicats enseignants sont responsables de la paupérisation des professeurs

Grève des professeurs ce mardi pour protester notamment contre les suppressions de postes au sein de l'Éducation nationale. L'occasion pour le Président de l'UNI, Olivier Vial, de remettre en cause le rôle joué par les syndicats d'enseignants.



Dans un monde qui évolue de plus en plus vite, il est rassurant de savoir que certaines choses n'évolueront jamais, à l'image des syndicats de l'Éducation nationale. Depuis des décénies, leurs mots d'ordres restent les mêmes : plus de postes et défense du sacro-saint statut de la fonction publique.

Ce n'est pourtant pas cela qui permettra d'améliorer notre système scolaire ou le sort des enseignants. La dernière enquête de l'OCDE a d'ailleurs rappelé que l’amélioration des résultats des élèves n’est pas corrélée à la seule hausse des moyens et encore moins à celle du nombre de postes. Si la France dépense beaucoup plus pour ses lycéens (12 087 USD en 2008) que la Finlande (7 461 USD) [1], et qu'elle dispose également d'un taux d'encadrement beaucoup plus élevé [2], les résultats de ses élèves n'en sont pas meilleurs pour autant - et ils sont parfois pires.

Des syndicats responsables de la paupérisations du métier d'enseignant ?

De façon cynique, on comprend bien où se situe l'intérêt des syndicats dont le pouvoir est directement proportionnel au poids relatif du corps enseignant dans le reste de la société. En faisant ce calcul, ils ont toujours exigé des créations de postes plutôt que des hausses de salaires, entrainant ainsi une relative paupérisation du monde enseignant. La politique menée depuis un an pour revaloriser les débuts de carrière et permettre aux enseignants de se partager 1,5 milliard d'euros grâce aux heures supplémentaires s'est faite quasiment contre eux. Le pouvoir d'achat des enseignants n'était pas la priorité syndicale.

Cette paupérisation est, en partie, responsable de la crise des vocations qui touche l'éducation et nuit à la qualité future du recrutement des enseignants et donc à la qualité de l'enseignement. "Un candidat au CAPES de lettres modernes a ainsi deux fois plus de chance aujourd'hui qu'il y a dix ans de décrocher un titre de certifié […] En 1999, le rapport présents/postes offerts était de l'ordre de 17,5 %. En 2005, il est passé à 37,17 %. Entre temps la moyenne du dernier admissible est passée de 8/20 à 6,25/20."[3] En 2010, les premiers résultats d'admissibilité des Capes externes ont confirmé cette tendance. Dans certaines disciplines, le nombre d'admissibles fut même inférieur au nombre de postes ouverts [4].

Prendre en compte le mérite des enseignants

Le second mot d'orde des syndicats n'est pas moins cynique. En s'opposant à toute prise en compte du mérite des enseignants pour leur évolution de carrière ou leur rémunération, au prétexte de défendre le statut de la fonction publique, les syndicats font des enseignants "leurs obligés". Qu'il soit exemplaire ou "tire au flanc", un professeur sera traité quasiment de la même façon. Dès lors, son salut et surtout ses espoirs de hausse de son pouvoir d'achat ne viendront que d'une action collective et syndicale aboutissant, par exemple, à une évolution de la grille d'indice. Dans son dernier essai, Chantal Delsol dénonce cet état d'esprit. " le mépris du mérite individuel, une fois le concours réussi, mépris qui a pour cause l'égalitarisme, engendre des mentalités bien particulières. Comme rien ne peut, dans le cadre du travail, se conquérir par soi-même, par son propre effort ou résultat [..] Nous entrons dans le monde de la supplication et, à l'extrême, de la révolte."[5] Un monde ou les syndicats sont rois.

En soutenant aujourd'hui les mots d'ordres syndicaux, les enseignants grévistes continuent à tisser les liens avec lesquels les syndicats les entravent. Il est temps, pour eux, de couper ces liens pour s'affranchir de la tutelle des syndicats.


[1] La dépense moyenne pour un lycéen dans les pays de l'OCDE est de 9396 USD

[2] Le taux d'encadrement qui correspond au nombre d'élève par enseignant s'élève à 9,5 en France, pour 16,2 en Finlande et 13,6 pour la moyenne OCDE.

[3] Claire Mazeron, Autopsie du Mamouth, éditions Jean Claude Gawsewitch, 2010

[4] En éducation musicale, 120 postes ont été ouverts, mais il n'y a eu que 114 candidats admissibles aux épreuves orales ; de même en lettres classiques, seulement 103 candidats ont réussi la première partie du concours pour 185 postes ouverts.

[5] Chantal Delsol, La détresse du petit pierre qui ne sait pas lire, éditions Plon, 2011







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L’Éducation nationale devrait se questionner sur la fuite de ses "usagers" vers le privé


Grève des syndicats d'enseignants ce mardi. Fait rare, public et privé défileront sous la même bannière. Reste que les mauvais résultats de l'Éducation nationale publique conduisent de plus en plus de Français à se tourner vers le privé. Explications.


Lorsqu’une entreprise n’offre plus à ses consommateurs des services de qualité, ils la fuient. Dans une économie concurrentielle, cela conduit l’entité en question à se réformer, ou à disparaitre. Lorsqu’elle détient en outre un quasi-monopole, des concurrents apparaissent, pour la contester et lui prendre des parts de marché. Et si les clients sont captifs, il y a fort à parier qu’un marché noir, autour de l’activité monopolisée, se développera, pour compenser ses déficiences. L’Éducation nationale est aujourd’hui dans cette situation : en quasi-monopole, à l’efficience douteuse, elle connait une fuite de ses usagers vers le privé.

La course vers le privé

Dire que les performances de l’Éducation Nationale sont mauvaises, par rapport à nos partenaires européens ou de l’OCDE, ce n’est que répéter une vérité assénée par les rapports PISA de l’OCDE, la Cour des comptes et l’Institut Montaigne.

Ces mauvais résultats expliquent probablement le succès des établissements privés. Chaque année, des familles s’y pressent, certaines essuyant parfois des refus, faute de place. Ainsi, les effectifs du secondaire catholique ne cessent de croitre, notamment dans les académies franciliennes. Ce que les parents recherchent, à en croire un sondage CSA de 2009, c’est la qualité, la prise en charge individualisée, la dimension éducative … à tel point que 56 % des Français souhaiteraient y inscrire leurs enfants. Au total, presque 9 Français sur 10 plébiscitent l’existence d’un secteur privé d’enseignement ! Tous les élèves qui y entrent ne sont d’ailleurs pas chrétiens : l’an dernier, l’enseignement catholique a même publié un guide, « musulmans en école catholiques ». La demande est si forte que, dans certains endroits, des établissements catholiques ou musulmans hors contrat se multiplient [1].

A côté de cela, les sociétés de cours particuliers font fortune – y compris, et c’est nouveau, sur Internet. Leurs effectifs croissent (+25 % chez Acadomia en cette rentrée 2011), pour un marché total qui représente de 1 à 2,2 milliards d’euros selon les estimations – et dont 80 % relèverait du marché noir[2]. Dans le même secteur, il faudrait aussi citer les nombreuses associations qui viennent pallier les défaillances de l’État.

Un mouvement qui s’accélèrera faute de réformes

Des voix dénoncent le désengagement de l’État. Pourtant, le budget de l’Éducation nationale est son premier poste de dépense ! Quand bien même ce ministère manquerait réellement de moyens, la crise de la dette actuelle devrait obliger à trouver les ressources ailleurs dans les dépenses publiques existantes… or personne n’en a le courage. Le socialiste Didier Migaud – qu’on ne soupçonnera pas d’être un « ultra-libéral » vendu au forces capitalistes - l’a dit assez clairement : « la solution aux difficultés du système scolaire ne se trouve pas selon la Cour dans un accroissement des moyens financiers et humains qui lui sont consacrés ».

La réalité est que ce que montrent les études citées plus haut, ce n’est pas que la France ne fait pas assez, c’est qu’elle fait mal. Didier Migaud, toujours, l’a fort bien résumé : « nos difficultés ne viennent donc pas des moyens financiers disponibles, mais bien de l’inadaptation du système éducatif ».

Les libéraux ou les ennemis de « la laïque » se réjouiraient peut être si cette situation n’était pas profondément scandaleuse. Car, en plus d’être inefficace, le système actuel est profondément inégalitaire : évidemment, ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui peuvent fuir vers le privé, ou y faire appel pour des cours de soutien. Le modèle scolaire français, rigide et figé, fabrique des inégalités à la pelle. Par ce qu’elle est incapable de changer pour permettre la réussite de tous, l’Éducation nationale ne permet qu’aux plus favorisés de s’en sortir : elle reproduit des castes d’élites, de génération en génération, loin de l’idéal républicain qu’elle est sensée incarner.

Il y a fort à parier qu’en l’absence de réformes d’ampleur, les parents continueront, par réalisme résigné ou par choix, à fuir un système qui compromet l’avenir de leurs enfants. Le secteur privé a donc de beaux jours devant lui...


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[1] Voir cet article de Nord Eclair sur des écoles primaires catholiques dans le Pas de Calais ou cet article du Parisien sur une école musulmane à Creil.

[2] Les Echos, 19 août 2011 ; AFP, 3 septembre 2001 ; L’Humanité, 5 septembre 2011.

vendredi, septembre 23, 2011

L’histoire de l’Afrique doit-elle être enseignée dans le secondaire aux dépens des fondamentaux de l’histoire de France ?

L’histoire des mondes non européens a toujours figuré dans les programmes scolaires, cependant, elle n’était pas enseignée aux dépens de l’histoire de France. De plus, cette nécessaire ouverture ne se faisait qu’à partir du moment où les fondamentaux de notre histoire étaient acquis par les élèves. Aujourd’hui, il en va tout autrement avec la réforme Darcos qui prépare le délitement de l’imaginaire historique national, ce précieux socle auquel les Français sont encore arrimés.

Les ravages commencent désormais dès la classe de 5° qui a subi des amputations insensées et même proprement « ubuesques » de son programme d’histoire. Or, ces amputations ont été rendues nécessaires afin de dégager autant de plages horaires destinées à l’étude des civilisations non européennes, qu’elles soient africaines, asiatiques ou autres. Pour ce qui concerne l’Afrique, seront ainsi étudiés plusieurs royaumes avec un point central, celui du Mali. Pour leur « faire de la place », Louis XIV a donc été relégué en toute fin de programme et il ne sera donc « survolé » que si le Monomotapa (!!!) a été vu. De même que les crédits de l’armée constituent la variable d’ajustement des déficits de l’Etat, l’histoire de France devient quant à elle la variable d’ajustement des apprentis sorciers du ministère de l’Education nationale.

Toute éducation supposant l’acquisition de fondamentaux et de connaissances de base sans lesquelles il est impossible ou vain de vouloir aller plus loin, il est donc insensé de vouloir faire apprendre l’histoire du Mali à des enfants qui ne savent pas si Napoléon a vécu avant ou après Louis XIV…Les « docteurs Folamour » du pédagogisme ne l’ignorent pas. Ils en sont même parfaitement conscients, mais ce sont d’abord des militants dont le but est de casser tous les enracinements européens considérés par eux comme susceptibles de déclencher des réactions identitaires.

Ne nous cachons pas derrière notre pouce et disons les choses clairement : le premier but de cette aberrante réforme de l’enseignement de l’histoire est de toucher le public de ces établissements mosaïques dans lesquels 30 à 40% d’élèves possédant moins de 350 mots de vocabulaire, ne sachant ni lire, ni écrire, ni même raisonner et encore moins comparer, pourrissent littéralement l’apprentissage de classes entières. Les assassins de notre mémoire espèrent, grâce à cette réforme, capter l’attention de ces auditoires « difficiles » et avant tout peu intéressés par l’histoire de France, en leur proposant une histoire sur mesure, une histoire à la carte, une histoire ethno sectorielle en quelque sorte.

Les élèves d’origine mandé-malinké de Tremblay en France seront peut-être attentifs à l’histoire de l’empire du Mali qui fut constitué par leurs ancêtres, mais il risque de ne pas en être de même avec les petits soninké de Garges les Gonesse, héritiers, eux, du royaume de Ghana qui fut détruit par les premiers…De plus, comment vont réagir les rejetons des nombreux autres peuples africains ? N’y a-t-il pas une forme de discrimination à leur égard ? En effet, pourquoi privilégier le Mali ou le Ghana et passer sous silence l’empire Luba et le royaume zulu ?

Un autre but de ce programme qui fait naturellement de continuelles références à la traite des esclaves vue comme une sorte de fil conducteur de la matière, est de tenter de faire croire aux élèves que l’histoire du monde est d’abord celle de la confrontation entre les méchants, lire les Européens, et les bons, lire les autres. L’ethno culpabilité est décidément sans limites !

De plus, et là est peut-être le plus important, l’histoire de l’Afrique a son propre temps long qui n’est pas celui de l’Europe. Elle s’appréhende avec une méthodologie particulière impliquant une maîtrise de la critique des sources orales, une connaissance approfondie de l’anthropologie, de l’archéologie, de la linguistique, etc., Or, les professeurs qui vont devoir enseigner cette histoire à leurs jeunes élèves n’ont pas été formés pour cela.
Un exemple : la connaissance que nous avons de Philippe le Bel repose sur des dizaines de milliers d’études, de thèses, de documents d’archives, de mémoires, de correspondances, de traités etc. Son contemporain, Abu Bakr II empereur du Mali (+- 1310-1312), dont l’existence n’est même pas certaine, n’est connu que par des traditions orales tronquées, des sources arabes de seconde ou même de troisième main et par une chronologie totalement erronée établie par Maurice Delafosse en 1912. L’histoire de son bref règne, s’il a véritablement eu lieu, est pourtant largement enseignée en Afrique où ce souverain est présenté comme une sorte d’explorateur conquistador parti à la tête de 2000 ou même 3000 pirogues pour découvrir les Amériques.

Les professeurs des classes de 5° qui vont devoir parler du Mali, cœur du nouveau programme, devront évidemment étudier cet empereur. Or, sont-ils formés pour expliquer à leurs élèves que l’histoire scientifique ne se construit pas sur des légendes? De plus, le seul fait, dans un cours, de consacrer le même temps d’étude à un personnage historique attesté d’une part, et à un autre, largement légendaire d’autre part, conduira automatiquement les élèves à prendre le virtuel pour la réalité, ce qu’ils sont déjà largement enclins à faire avec les jeux électroniques.

Mais allons encore au-delà et abordons l’essence même de la question. Face à ces élèves « en difficulté» (traduction en langage politiquement incorrect : enfants dont la langue maternelle n’est pas le français), les enseignants oseront-ils, sans risquer un hourvari, expliquer qu’un tel voyage n’a jamais eu lieu? En effet, si tout est faux dans cette légende c’est parce que les Africains de l’Ouest -à la différence de ceux de l’Est-, ne pouvaient affronter la haute mer car ils ignoraient l’usage de la voile ainsi que celui de la rame et parce que leurs pirogues étaient sans quille.

Les mêmes enseignants sont-ils armés pour faire comprendre à leurs classes que pour atteindre l’Amérique, les hommes d’Abu Bakr II auraient été contraints de pagayer durant plus de mille kilomètres à travers l’océan atlantique avant de rencontrer enfin le courant des Canaries, seul susceptible de leur permettre de dériver ensuite vers l’Ouest… et cela sur 6000 km ? Enfin, seront-ils en mesure de mettre en évidence l’incohérence majeure de cette légende que certains considèrent comme une histoire vraie, à travers un exemple clair : comment l’expédition de l’empereur malien aurait-elle pu atteindre l’Amérique alors que les Africains ignoraient l’existence de l’archipel du Cap-Vert situé à 500 km « à peine » de la péninsule du Cap-Vert, point le plus occidental du littoral ouest africain contrôlé par l’Empire du Mali et qui leur barrait la voie du grand large ? En effet, cet archipel était vierge et vide d’habitants en 1450, au moment de sa découverte par le Génois Antonio Noli qui était au service du Portugal...[1]

L’enseignement de l’histoire africaine ne s’improvise pas !

Hier la méthode d’apprentissage de la lecture dite « globale » fabriqua des générations d’illettrés et de dyslexiques; la réforme des programmes d’histoire donnera quant à elle naissance à des générations de zombies incapables de rattacher des évènements ou des personnages à une chronologie et ayant pour toute culture historique celle du volapük mondialisé.

Bernard Lugan
23/09/2011

[1] Pour en savoir plus sur cette question, on se reportera à Bernard Lugan, Histoire de l’Afrique des origines à nos jours. 1250 pages, Ellipses, 2009.

dimanche, septembre 18, 2011

L'héritage de la seconde guerre mondiale (J. Lukacs)

C'est très loin d'être mon livre préféré de Lukacs. J'avais essayé de le lire en anglais et j'ai abandonné. Je le trouve brouillon, voire confus.

Après avoir fini ce livre, je suis incapable de répondre clairement à la question «quel est l'héritage de la seconde guerre mondiale selon Lukacs ?».

C'est dommage : Lukacs ayant oublié d'être con, il y a toujours des pistes intéressantes, comme la contribution des manoeuvres hitlériennes aux prémisses de la guerre froide.

Mais lisez plutôt Five days in London.

Présidentielles 2012

Je pense toujours qu'Obama et Sarkozy seront réélus.

Je persiste à penser que la crise favorise le vote légitimiste pour le sortant.

En revanche, je ne peux vous en donner le scenario puisque nous ne connaissons pas encore les opposants. M'est simplement avis que Sarkozy va regretter DSK, plus vulnérable.

samedi, septembre 17, 2011

En 1960, Charles de Gaulle est en Algérie avec quatre gardes du corps

En 1960, Charles de Gaulle est en Algérie avec quatre gardes du corps

En 2011, Sarkozy est en Libye avec 160 CRS en plus de ses gardes du corps habituels.

C'est toujours pareil : Sarkozy en fait toujours trop. Mais notre époque est comme cela : elle en fait toujours trop.

Il y a aussi que le courage des deux hommes n'est pas le même, non plus que leur capacité à résister aux pressions de l'administration qui veut se couvrir.

C'est un détail, bien entendu, mais un détail révélateur : De Gaulle connaissait la théorie des deux corps du roi. Il savait qu'il se devait au peuple, qu'il devait pouvoir être touché, que ce devoir était plus important que la sécurité de sa personne.

Sarkozy est un nain de l'Histoire.

vendredi, septembre 16, 2011

Zemmour : le Danemark, une autre idée de l'immigration

Le Danemark, une autre idée de l'immigration

Le ministre danois : «Les immigrés viennent au Danemark pour devenir danois, pas pour changer le Danemark».

Qu'attendons nous pour nous inspirer du Danemark ? C'est très simple : nos élites immigrationnistes détestent la France (dans leur bouche, «français» se dit «franchouillard», «pétainiste», «moisi» etc ...) Elles veulent changer la France.

Donc des immigrés qui s'intègrent ne les intéressent pas, vous ne les entendez jamais faire l'éloge des immigrés bien intégrés. Ils ne permettent pas de changer la France. Au contraire, ce sont eux qui changent, ces traitres.

En revanche, elles passent leur temps à défendre et à excuser les immigrés mal intégrés. Elles aiment ces immigrés qui viennent pour changer la France (comme si l'Afrique était un modèle !).

C'est la raison fondamentale pour laquelle nous n'adoptons pas le modèle danois.

DSK au 20 h

Ainsi, DSK va passer au 20 h avec Claire Chazal. Ca sent à 100 lieues le plan de com' calibré du même genre que celui qu'on nous a servi pour nous l'imposer comme le candidat «naturel» de la gauche (il n'y a rien de moins naturel que la com'). Claire Chazal aurait du refuser de recevoir DSK.

C'est obscène. Dans la classe jacassante politico-journaleuse, on dirait que les mots des gens ordinaires, pudeur, retenue, droiture, sont inconnus.

Ce n'est pas une surprise. Mais je suis frappé par leur inconscience, ils dansent sur un volcan : dans quelques années, il faudra une une vraie austérité étatique, pas à 10 ou 12 Mds €, fausse austérité de couilles molles, mais une vraie à 100 Mds €, à la grecque. Il y aura des troubles et des émeutes. Le peuple ne fera pas de détails dans sa colère.

Ce qui aujourd'hui n'est que du mépris de la part des gens ordinaires pourrait prendre alors des formes bien plus violentes. Une prudence élémentaire devrait commander aux jacasseurs de faire un profil plus bas.

En tout cas, à leur place, c'est ce que je ferais. Mais je ne suis pas à leur place.

mercredi, septembre 14, 2011

Le communisme vu par Albert Londres

Le grand Albert a toujours eu le sens de la formule :

«Ce sont les étables pour hommes : c'est la troisième internationale. A la quatrième, on marchera à quatre pattes. A la cinquième, on aboiera.»

L'Europe allemande : bravo les élites françaises !

Moins de soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, l'Europe est de plus en plus dirigée par l'Allemagne.

Ce brillant résultat est entièrement du aux élites françaises.

D'une part, comme trop souvent dans notre histoire, elles ont été heureuses de se débarrasser du lourd fardeau d'assumer la responsabilité de la France. Ce coup-ci, elles se sont déchargées sur la technocratie bruxelloise. D'autre part, obsédées par leur rêve impérial, leur idée de faire de l'Europe un nouvel empire romain (qu'elles dirigeraient, bien entendu), elles ont accepté allègrement d'y sacrifier la France et ses intérêts.

Nous payons aujourd'hui les pots cassés de ces petits génies de la stratégie : non seulement la France décline, mais, en plus, l'Europe se dissout, laissant l'Allemagne comme seul maitre à bord.

En des temps plus farouches et plus couillus que le nôtre, quelques exécutions publiques auraient sanctionné cette accumulation honteuse de mauvaises décisions. Je verrais bien parmi les premiers candidats pour les douze balles dans la peau dans un fossé de Vincennes au petit matin blême, et paf le coup de grâce derrière l'oreille, Jacques Attali, Alain Minc, Jacques Delors, Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing.

Cela n'arrivera évidemment pas. Je ne sais si il faut le regretter : je ne suis pas sanguinaire. Mais la morale collective a des exigences différentes de la morale individuelle. Si nous savions retrouver la rigueur des vieux Romains, nos dirigeants se comporteraient de manière moins légère.

mardi, septembre 13, 2011

L'incompétent et la fausse surprise

Il semble maintenant acquis que l'Etat grec va faire défaut dans les semaines qui viennent.

Rappelez vous, jusqu'en 2009, ces grands dirigeants nous expliquant qu'un Etat ne peut pas faire faillite (évidemment, il y a un jeu malhonnête sur les mots entre faillite et défaut).

J'aimerais pouvoir attribuer ces déclarations au mensonge, ça serait un moindre mal. Hélas, j'ai bien peur qu'il faille les attribuer à l'incompétence : on a trop constaté ces dernières décennies de décisions en dépit du bon sens de la part de nos dirigeants pour ne pas mettre en doute leur compétence.

D'ailleurs, l'incompétence s'exprime encore, puisqu'on parle d'un défaut de la Grèce avec le maintien de celle-ci dans l'Euro. Bref, on n'a toujours pas compris que la dette n'était que le symptôme d'un problème de compétitivité provoqué par l'Euro. Si on garde la Grèce dans l'Euro, dans quinze ans, elle fera de nouveau défaut à cause d'une dette insoutenable. A moins que l'Allemagne donne continument de l'argent à la Grèce pour compenser sa faible compétitivité, solution dont on peut douter qu'elle plaise aux Allemands.

Cet aveuglement pose la question la capacité de notre système politique à sélectionner des politiciens capables de diriger.