dimanche, janvier 07, 2018

Décidément, c'est la fête à Churchill

Éric Zemmour : « Winston Churchill, héros de la lutte contre l'oligarchie »

Je me fais un délice de cet article. Pour la raison suivante :

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C'est une tradition britannique bien ancrée : l'oligarchie locale finit toujours par s'incliner devant la volonté populaire. Peut-être parce qu'au contraire de son homologue française, elle ne doit pas tout à la seule méritocratie et ne méconnaît pas la fragilité - la naissance et l'héritage - de ses privilèges. On le voit aujourd'hui avec Theresa May qui, en dépit de tout et de ses propres convictions, met en œuvre le Brexit décidé par la majorité des électeurs britanniques.

[…]

Le paradoxe amusant est que les mêmes qui aujourd'hui glorifient le héros Churchill conspuent le Brexit de Theresa May. Churchill en aurait sûrement fait un bon mot railleur dont il avait le secret.
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Miam. Je vois déjà les arguments : l'anachronisme, WSC pas rebelle : rejeton de l'aristocratie, député depuis des décennies, plusieurs fois ministres ...

En fait, si. Comme De Gaulle, Churchill vis-à-vis de l'Allemagne de Hitler est un rebelle, un grand minoritaire.

Alors, Zemmour a-t-il raison de dire que Churchill a joué le peuple contre l'oligarchie ? Oui :

1) Opposé à l'oligarchie : oui, aucun doute n'est possible. La carrière des années 30 à l'été 1940 (et même un peu après) de Winston Churchill fut une lutte solitaire contre l'opinion dominante de la classe dirigeante, aussi dominante que peuvent l'être aujourd'hui, dans la même classe, le réchauffisme, l'immigrationnisme ou l'européisme. Aucun doute.

2) Le peuple avec lui : c'est plus problématique. Les sondages du printemps 1940 donnent une population plus belliqueuse que son élite (1), mais aussi moins bien informée.

Il n'en demeure pas moins que c'est cela aussi la politique : de même que la science ne se décide pas à la majorité, la bonne analyse ne se fait pas à la majorité. Un politicien seul dans son coin peut avoir raison contre tous. C'est une autre affaire de conquérir le pouvoir et de l'exercer correctement.



Anyway :

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One's admiration for the film is tempered by a terrible profound sadness - for a people who "won the war, and lost their country anyway": the "long island story" is ending, and without anyone feeling the need to lie choking on the ground over it. To anyone old enough to remember an England where one could "walk into any pub in the country and ask with perfect confidence if the major had been in", that sense of loss can bring tears to the eye.
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Au fond, je me demande si le seul mouvement raisonnable n'est pas d'émigrer en Nouvelle-Zélande ou aux Malouines, seuls endroits de la terre où on trouve encore de vrais pubs.

Addendum :

Les Heures sombres Publié le 8 janvier 2018 par Jean Paul Brighelli

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(1) : je ne me souviens plus où j'ai lu ça. Five days, Those angry days, ailleurs ? Je n'ai pas trouvé, après une recherche rapide, d'étude d'opinion britannique de 1940 sur internet.






samedi, janvier 06, 2018

Les heures sombres

Mis à part la ridicule descente de Churchill dans le métro pour prendre le pouls de l'opinion et la présence superflue de Clementine Churchill, un film méritoire qui ouvre (enfin !) les yeux du grand public sur l'enjeu politique de mai 1940.

J'en ai déjà abondamment traité : Le duel Churchill-Hitler (J. Lukacs) et Five Days in London : May 1940 (J. Lukacs).

La recension (au titre un peu idiot) de François Delpla : Churchill, Les Heures sombres : la fin du roman national britannique ?

Clementine Churchill a gagné la guerre

Article totalement con :

Clementine Churchill's extraordinary importance is finally beginning to shine

Résumé : le rôle politique immense de Clementine Churchill a été gravement sous-estimé.

Arrêtons la rigolade.

Le seul Churchill qui a eu un rôle politique immense, c'est Winston (et son ancêtre Malborough). Point barre.

Mme Churchill n'a eu d'importance que pour M. Churchill et c'est tout.

Il m'arrivé de critiquer sévèrement le défaitisme d'Hélène de Portes, la « mégérie » de Paul Reynaud, mais son rôle politique fut petit : si son compagnon n'avait pas eu des idées défaitistes, il n'aurait pas été perméable à son influence.

Ces histoires idiotes sur Clementine Churchill, par ailleurs femme fort respectable, sont à la confluence de deux grandes conneries à bouffer du foin de notre époque :

1) Le féminisme dogmatique sans cervelle.

Les femmes sont sous-estimées, brimées, battues. Il convient de rappeler sans cesse à quel point elles sont merveilleuses, les hommes ne seraient rien sans elles. En fait, elles leur sont supérieures en tout sauf en méchanceté.

Vous connaissez la rengaine, inutile que je m'étale. Ces stupidités politiquement correctes ne sont pas anodines, elles ont des conséquences, elles font même des morts : The Army has been taken over by PC dreamers who are putting lives at risk.

2) La psychologisation de la politique.

Puisque les conflits n'existent plus vraiment, ne sont que des anomalies temporaires, puisque nous vivons dans le monde merveilleux des bisounours, il n'y a plus de décisions politiques à prendre mais seulement des situations à gérer. L'art de la politique s'efface devant la science du management. Le macronisme en est l'exemple parfait.

Dans ces conditions, les décisions politiques (forcément étranges, puisqu'il suffirait de manager) du présent (Trump) ou du passé (Churchill) ne peuvent s'expliquer que par la psychologie compliquée des acteurs.

D'où la focalisation crétine sur les parents, l'épouse, les maitresse, les enfants, le chien, le chat, le poisson rouge du politicien.

Nous vivons une époque particulièrement conne, avec beaucoup de cons qui ouvrent beaucoup leurs grandes gueules (Kristin Scott-Thomas -qui donne son avis dans l'article du Telegraph- est bien gentille, elle ne fait que répercuter les poncifs à la mode).

Mais, si ma vision du monde est juste, le conflit est inhérent à la nature humaine et la politique finira par reprendre ses droits. Dans la violence de tant d'errements accumulés à purger.











vendredi, janvier 05, 2018

Boitier rouge

Boitier rouge

J'aime beaucoup ce site : les promène-gros-con (1) à la mode, ce n'est vraiment pas son truc.

Je vous ai déjà mis en lien des articles.

Et des articles comme celui-ci :

Nurburgring 1984 : Senna, c’est plus fort que toi

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Niko va vous parler d’une époque où les Formule 1 étaient conduites par des humains, et où il était possible de convoquer 20 champions du monde et de leur faire prendre le départ au volant de voitures de série, pour inaugurer un circuit et surtout rire un peu entre amis. Mais le jeune Ayrton Senna, inconnu Brésilien invité au dernier moment est-il d’humeur à jouer ?
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On peut ajouter une anecdote à l'anecdote : quand Prost ramène Senna, qu'il rencontre pour la première fois de sa vie, de l'aéroport, il roule à fond les gamelles sur les routes teutonnes et le jeune Brésilien est un peu surpris du slalom entre les voitures « à l'arrêt ». On n'avait pas encore inventé le radar routier.

La légende fait de Senna le pilote qui va vite et de Prost le pilote qui réfléchit, c'est très caricatural : Prost était un pilote extrêmement rapide. Il n'a marqué qu'en deux saisons moins de points que son coéquipier  (1 point d'écart avec Watson, 0,5 point ! avec Lauda) sur treize saisons en F1.

C'était un temps où la course automobile, c'était aussi ça :




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(1) : les "kat-kat", sauf les vrais, qui sentent bon la bouse de vache.

Hommage à Charles Pasqua

On t'enverra au bagne !

Et pendant ce temps, en Iran …

What Are Iranians Really Protesting About?


Ce que nous disent les Iraniens qui manifestent et, d’une autre manière, ceux qui se droguent, c’est que l’islam rigoriste est insupportable et corrompu. Et eux ne le disent pas à la légère, car, contrairement à nos rebellocrates qui font fortune avec leur rebellitude, ils risquent leur vie.

Pêle-mêle : Afrique, zombies, Turquie

Editorial de Bernard Lugan : 2018 La vraie décolonisation de l’Afrique commence

Culture : l'Apocalypse zombie

Erdogan, avec une très, très longue cuillère …

De quoi vivent les zadistes ?

Après Notre-Dame-des-Landes, ces 50 projets d'aménagement ciblés par les zadistes

C’est bien beau, ces articles sur les « zadistes », ces gauchistes adolescents attardés qui foutent le bordel où ils peuvent.

Mais ces gens essentiellement oisifs, de quoi vivent-ils ? Intéressante question que pas un journal ne pose.

Bien sûr, ils ont peu de besoins et il y a probablement beaucoup de zadistes épisodiques.

A vrai dire, je ne sais pas, mais la question est intéressante parce que je soupçonne que beaucoup vivent de la collectivité.

J’imagine que c’est un mélange : étudiants, profs en vacances, retraités, rmistes, petits trafiquants, fils à papa …

Quelqu’un a-t-il un début de réponse ?

Carmen marche sur la tête

Carmen ressuscitée ou le délire du politiquement correct !

On peut applaudir une femme qui tue un homme

Je devrais réagir, commenter, railler. Mais devant tant de conneries, les bras m'en tombent et je reste muet.

C'est ce que dit Dalrymple dans Pourquoi les mauvaises idées ne meurent jamais : les cons, étant persuadés d'avoir raison, sont plus tenaces que les pas cons.

jeudi, janvier 04, 2018

La "fake news" c'est lui !

Depuis le temps que je vous le dis !

Nous vivons une tyrannie, un totalitarisme mou. D'ailleurs, de moins en moins mou à mesure qu'il prend de l'assurance.

Après l'état d'urgence qui rentre dans la loi ordinaire, voici la loi pour que la justice puisse condamner les propagateurs de fausses nouvelles.

Bien sûr, nous pouvons compter sur la justice française pour se montrer équitable, équitable comme dans « le traitement équitable de l'emploi fictif de Mme Fillon et du million disparu de M. Macron ».

Il y aura, équitablement, 100 "fake news" de droite condamnées pour 1 "fake news" de gauche. C'est normal, c'est bien connu, la droite ment plus que la gauche.

C'est beau la démocratie macronienne en action !

Bien entendu, je partage entièrement l'avis de Serge Federbusch :

La "fake news" c'est lui !

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Et bien voilà, nous y sommes.

Macron, élu grâce au soutien de quelques oligarques propriétaires des médias, veut s'assurer qu'aucune voix dissonante ne sera en mesure de lutter contre le verrouillage complet de l'information qu'il a entrepris. Sans atteindre l'outrance des BFM et autres "Echos" qui présentent sa politique comme inspirée par l'Olympe, la plupart des grands organes de presse écrite ou audiovisuelle lui sont désormais soit entièrement acquis soit très bienveillants. La manière dont le matraquage fiscal des Français en ce début d'année est escamoté est tout à fait édifiante. La reprise en main complète de l'audiovisuel public, pourtant si peu indépendant, va également bon train.

Il ne reste qu'à museler Internet, ce que Macron va tenter au prétexte de lutter contre les influences étrangères ou les rumeurs dites fabriquées.

Tiens, tiens, nous qui croyions que l'ouverture à l'international et les échanges étaient par définition une bonne chose selon la doxa macronienne.

Quant à la capacité des citoyens à distinguer le vrai du faux, on voit bien pourquoi Macron, qui les a si totalement enfumés depuis un an, y croit modérément. En matière de manipulation, il en connaît un rayon le bougre !

Bref, nous voilà menacés d'une nouvelle loi liberticide au prétexte que les braves gens sont manipulables : la quintessence même du mensonge et de la tartufferie ... Souvenez vous d'Orwell, d'Huxley ou de la Boëtie, c'est toujours pour votre bien que les dictatures agissent.

Et c'est sans parler de la véritable usine à gaz imaginée dans ce petit cerveau, avec intervention du juge et tutti quanti.

Exemples : « les plateformes se verront imposer des obligations de transparence accrue sur tous les contenus sponsorisés afin de rendre publiques l'identité des annonceurs et de ceux qui les contrôlent mais aussi de limiter les montants consacrés à ces contenus » ; « en cas de propagation d'une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge au travers d'une nouvelle action en référé qui permettra, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur, voire de bloquer l'accès au site Internet. » ; ou enfin : «l e CSA pourra lutter contre toute tentative de déstabilisation par les services contrôlés ou influencés par des États étrangers» , ce qui pourra passer par « la suspension ou l'annulation » de leurs conventions avec le régulateur !

Inutile de vous demander qui définira ce qu'est ou n'est pas une fausse nouvelle ! Sans plaisanter, l'heure est grave, chers amis démocrates.

Qui peut encore croire que cet individu est un libéral ?
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Edouard Husson développe les mêmes arguments :

Fake news et liberté de la presse : l’inquiétant paradoxe Macron

Il n'est pas étonnant que Federbusch et Husson invoquent La Boëtie (prononcez « labohéti » ou « labouhéti » mais certainement pas « labohéssi ») et Le discours de la servitude volontaire, oeuvre aussi concise qu'immense.



Car c'est bien de la cela qu'il s'agit : un acheminement insidieux (mais déjà très avancé) vers une servitude totale. Il nous restera le droit de nous amuser, mais ce sera le seul, tous les autres droits, notamment celui de penser, nous auront été enlevés en douceur, comme des grains de beauté inutiles et dangereux.

Je suis en train de lire The Demon in Democracy: Totalitarian Temptations in Free Societies de Richard (prénom francisé) Legutko. On ne pouvait mieux tomber. Je vous en écrirai une longue recension.

Que faire ? On ne peut compter sur les couilles molles de la droite du même nom. Plutôt, on peut compter sur elle pour être sûr qu'elle ne fera rien.

Pétitionner et peut-être se cotiser pour des actions en justice.

Addendum :

Article ironique (je précise pour les handicapés de l'humour) :

L’incroyable mauvaise foi de RT, qui inverse carrément les propos d’Emmanuel Macron

« Fake news » ? : une journaliste rappelle que France Inter niait le lien entre réfugiés et terroristes


Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

EMMANUEL MACRON, PRÉSIDENT « NÉO-ILLIBÉRAL » ?









La pente

Téléphones en prison : la politique carcérale de Macron décroche

L’intéressant dans cet article est que cette mesure ultra-laxiste intervient en même temps que les tartarinades sur la nécessaire fermeté étatique après l’agression de Champigny-sur-Marne.

La vérité est toute simple : quel que soit le discours tenu par les politiciens, du Kärcher de Sarkozy à la fermeté de Macron, la pente de décision est toujours la même, elle ne change pas. C’est celle du laxisme, du sabotage de l’autorité et de la destruction de l’ordre.

Pourquoi ?

C’est tout simple : les mots ne coûtent pas cher, il n’est pas difficile de les faire aller dans le sens de la mode, même si celle-ci est à l’autorité et à l’ordre.

En revanche, suivre une autre pente de décision supposerait que nos politiciens changent de personnalité. Non pas qu’ils changent ce qu’ils croient, car ils ne croient pas en grand’chose, mais le non-dit, l’inconscient, les réflexes, les habitudes de pensées, les automatismes, leurs valeurs, leurs références, bref, tout ce qui fait qu’ils sont des progressistes héritiers des soixante-huitards sans avoir besoin d’y penser.

Le seul vrai remède est de changer de politiciens, d’en prendre qui ne sont pas formatés par le Système (s’il en existe). C’est pourquoi, par exemple, je ne crois absolument pas à Laurent Wauquiez.

Mais comment un candidat hors Système pourrait-il s’approcher du pouvoir ?



mercredi, janvier 03, 2018

Banlieues : une guerre qu’on n’ose pas déclarer ?

Banlieues : une guerre qu’on n’ose pas déclarer ?

Rien à ajouter à cet excellet article de Christian Vanneste.

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On apprendra qu’avec un grand sens de l’opportunité, le Ministère de la Justice va installer des téléphones dans toutes les cellules, puisqu’il ne parvient pas à y empêcher la présence des portables interdits. Nous vivons en permanence une inversion des valeurs, des priorités et des hiérarchies nécessaires à toute société organisée, même démocratique.

Ces événements qui n’ont pas provoqué de mort, comme s’en vantait naguère un ministre socialiste, sont paraît-il d’une grande banalité. Cinq policiers sont agressés chaque jour. Mais ils soulignent l’état dans lequel se trouve notre pays et que tente de masquer l’hypnose macronienne. Nous vivons une catastrophe nationale que l’on se refuse obstinément à nommer, à stopper, et qui est aggravée par la pensée unique imposée par les médias, l’aveuglement des autorités, et les contradictions de notre système. La réalité est qu’une immigration non assimilée et même pas intégrée, a créé depuis longtemps des enclaves où non seulement la loi n’est pas respectée, mais où elle est combattue au travers de ceux qui la représentent. La loi interdit en revanche toute mesure du problème. Lorsque le sociologue Hugues Lagrange a relevé les difficultés particulières des populations subsahariennes du Sahel, il a déjà pris des risques. L’idée que les causes de cette violence sont sociales plus que culturelles est une illusion. Les coûteuses politiques de la ville n’ont rien amélioré. En France, il n’y a que l’Etat qui détienne le monopole de la violence légitime. Ses agents ne composent pas des équipes qui devraient affronter celles de l’autre camp sous l’arbitrage d’un rappeur ou du réalisateur du brûlot cinématographique « La Haine ». Ils doivent faire respecter la loi à tout prix, ce que les politiques par couardise, et les juges par idéologie, ont oublié. Pour éradiquer les nids du terrorisme, les foyers d’islamisme, les réseaux de trafics, les repaires de la violence urbaine, ces lieux que fuient nos compatriotes juifs et où une partie de la population vit sous une loi et des coutumes qui ne sont ni celle de la République, ni celles de la France, il faut d’abord, comme le disait le regretté Charles Pasqua, que la peur change de camp, qu’un délinquant ou un criminel, qui ne respecte pas la loi avec le sentiment d’une totale impunité, sache désormais qu’il encourt à coup sûr une longue et pénible perte de sa liberté assortie d’un travail obligatoire, et risque même sa vie s’il s’en prend à un policier armé. Nous en sommes évidemment loin. Lorsqu’on tentera une nouvelle fois de reconquérir les territoires perdus de notre Nation, il sera sans doute trop tard…
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mardi, janvier 02, 2018

Bon anniversaire, Suzy Delair !

Suzy Delair a fêté ses 100 ans avant-hier.




lundi, janvier 01, 2018

Ponce Pilate (A. Schiavone)

Deuxième livre tout à fait remarquable que je lis cette année  2017 (in extremis - j'ai fini de le lire ce matin) concernant les Evangiles et venant d'Italie (après le Selon Saint Marc de S. Veronesi).

Aldo Schiavone n'est pas un fantaisiste. C'est un spécialiste du droit romain.

Par exemple, il nous explique que la scène du lavement des mains de Pilate est invraisemblable : un préfet romain, dont tout le reste indique qu'il se comporte en romain, accomplissant un geste rituel juif ? Ca ne tient pas la route.

En revanche, Schiavone utilise un critère bien connu des exégètes : ce qui, dans les Evangiles, est original, ce qui dérange, est probablement authentique. L'exemple le plus fondamental est la crucifixion : vu que les chrétiens ont mis plusieurs siècles avant d'oser la représenter tellement elle les choquait, les premiers chrétiens ne l'auraient pas inventée, elle est probablement authentique.

Or, Schiavone met bien en valeur l'originalité du dialogue entre Pilate et Jésus (1), ce qu'il a d'inédit, cette musique qui sonne vrai.

Schiavone n'écrit pas en universitaire abscons et imbitable (ce fameux style universitaire qui me fait considérer que fusiller quelques universitaires pour l'exemple serait un gros service rendu à l'humanité), il parle clair et net.

Il sait que son sujet est important :

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Cette scène [du dialogue entre Jésus et Pilate] est d'une puissance symbolique sans égale : dans la sobriété des moyens expressifs qui caractérisent le récit de Jean se concentre une force évocatrice irrépressible. Le nombre incalculable de théories et de faits que cette courte scène d'images et de réflexions n'a cessé de produire depuis deux millénaires rétroagit sur sa lumière et rend son éclat presque insoutenable. C'est une scène historiquement convaincante, comme le laisse apparaître sa description.
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Le dialogue entre Pilate et Jésus n'a guère d'équivalent dans l'histoire. Créon et Antigone ? C'est de la fiction. Le procès de Socrate ? Le récit n'en est pas aussi puissant. Bien sûr, il y a le procès de Jeanne d'Arc à Rouen, mais il n'en a pas la concision.




Ce livre, pour plaisant qu'il soit, a cependant un défaut : il est mal à l'aise sur le terrain de la théologie.

Vous me direz que c'est normal, que l'auteur est historien et fait oeuvre d'historien.

D'accord, mais alors son livre perd tout intérêt : si Jésus n'est pas celui dont les chrétiens croient depuis deux mille ans qu'il est Dieu fait homme, il n'est plus qu'un prophète juif parmi d'autres. Je vais le dire autrement : le personnage historique de Jésus, seulement historique, si on le déshabille de la théologie, n'a guère d'intérêt, c'est une querelle pour historiens spécialisés.

Schiavone est probablement conscient du problème, puisqu'il s'aventure de temps en temps sur le terrain de la théologie, par exemple lorsqu'il écrit que la confrontation de Jésus et de Pilate met face à face Dieu et César, mais il n'y reste guère.

C'est dommage puisque sa thèse est que Pilate a été troublé par le charisme de Jésus (charisme indéniable, pas besoin d'être chrétien pour le constater) au point de céder malgré ses doutes à l'accomplissement du destin christique, en le condamnant à mort.

Le trouble de Pilate est évident : on comprend bien que, alors qu'il était parti, à la demande des juifs, pour le condamner à mort, il fait flageller Jésus en espérant que cette peine suffira aux grands prêtres et qu'il le sauvera.

Il finit cependant par le condamner à mort avec réticence.

Je me permets de vous copier la courte recension du magazine La vie (dérangeant qu'ils aient laissé tomber le « chrétienne ») :

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Tyran, lâche ou rallié de dernière minute ? Un étrange brouillard flotte autour de Ponce Pilate, préfet romain de Judée, et protagoniste des dernières heures du Christ. L'historien italien Aldo Schiavone remonte le temps et propulse son lecteur aux côtés de Jésus pour cet ultime et décisif face-à-face avec le représentant de César. Que s'est-il réellement joué lors de ce procès ? Selon la thèse de Schiavone, un tournant se serait produit dans la relation entre Pilate et Jésus, lors de cet entretien, Pilate cherchant à sauver Jésus face à ses accusateurs, les grands prêtres, avant de se soumettre. À qui ? « À la puissance de la prophétie de Jésus sur lui-même », répond l'historien. La thèse est audacieuse et l'analyse historique, fondée sur une connaissance fine du droit romain, passionnante.
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Pilate fait placer un écriteau Roi des juifs sur la croix. Les grands prêtres, qui ont compris, lui demandent de corriger en Il se dit le roi des juifs. Pilate refuse (il n'y a pas de raison d'en douter : c'est dans le ton de ce qui précède). Cela n'en fait pas un chrétien pour autant mais il est clair qu'il a été marqué par cet étrange prophète juif.

Il est donc tout à fait invraisemblable que, comme l'écrit l'anti-chrétien Anatole France, Pilate à la retraite ait oublié Jésus.

Pour conclure, la thèse de Schiavone est simple : Pilate s'est fait complice de Jésus en l'aidant à accomplir son destin, le sacrifice sur la croix. Mais comme cette situation était difficile à expliquer, les premiers auteurs chrétiens ont préféré passer cette subtilité sous silence. Ceci aide à comprendre pourquoi il semble y avoir un trou logique, un non sequitur, dans les Evangiles entre le passage où Pilate essaie de sauver Jésus et celui où il le condamne à mort.

Mais ce hiatus reste à l'état de trace, comme dans la credo, avec la formulation étrange « crucifié pour nous sous Ponce Pilate ». Pourquoi pas la formulation au premier abord plus exacte « crucifié pour nous sous Tibère par ordre de Ponce Pilate » ? La formule canonique semble dédouaner Pilate tout en lui faisant une place particulière. Ou encore dans le fait que Tertullien affirme que Pilate est un chrétien primitif. Il y a une inclination discrète des premiers chrétiens à l'indulgence pour Pilate qui devient naturelle s'il on accepte la thèse de Schiavone.

Un dernier mot : contrairement, par exemple, à la thèse des frères de Jésus, la thèse de Schiavone ne me semble pas (si vous avez des raisons de penser le contraire, dites le moi) être incorrecte théologiquement. Bien sûr, on pourrait glisser à l'idée que Jésus, en se laissant mettre à mort sans trop se défendre, s'est suicidé.

Mais ce n'est pas ce qu'écrit Schiavone : Jésus, « en rendant témoignage de la Vérité », refuse les perches tendues par Pilate pour le sauver, qui auraient été autant de compromissions. Pilate réussit à faire dire aux grands prêtres qu'ils veulent sa mort parce qu'il se dit fils de Dieu. Puisque Jésus ne veut pas renoncer à cette prétention, si Pilate l'avait fait libérer, il aurait jugé que celle-ci était ridicule, venait d'un fou. En le condamnant à mort, Pilate refuse de juger que la prétention de Jésus est folle. Il ne dit pas non plus qu'elle est vraie (c'est tirer trop loin le texte que de faire de Pilate un chrétien).

Bref, Jésus accomplit son destin et Pilate l'y aide.



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(1) : Julien Gracq, qui était athée mais grand styliste, a poussé une gueulante contre un auteur prétendant l'inexistence de Jésus. Il était choqué qu'on soit aveugle, qu'on manque de goût, au point de ne pas voir qu'il y a un style Jésus original révélant l'existence d'une personnalité originale. Ce n'est pas le lot des prophètes du commun de verser dans le calembour du genre « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » (n'oubliez pas Chesterton : le secret de Jésus, c'est sa joie. Je pense même qu'il a hésité à écrire « son humour ») .



dimanche, décembre 31, 2017

Nouvel An : à Berlin, « une zone de sécurité » pour les femmes harcelées

Nouvel An : à Berlin, « une zone de sécurité » pour les femmes harcelées

Séparer les hommes et les femmes, c'est très islamique.

Comme quoi les musulmans ont raison d'être violents, puisque sous l'action de leur violence, nous nous convertissons à leurs moeurs.

Vous remarquerez aussi que cette séparation n'a rien pour choquer les néo-féministes de combat : nous sommes dans la convergence du post-modernisme et de l'islamisme.

Je pense tout de même que ce genre de conneries ne serait pas possible sans un effondrement moral (pas le courage de résister aux pressions musulmanes) et intellectuel (incompréhension des moeurs et des traditions occidentales).



L'imposture Macron ne charme pas Ivan Rioufol, ni moi

Politiquement, je pense d'Emmanuel Macron ce que je pense de tous ses prédécesseurs depuis Giscard : un traitre qui, au nom de « l'Europe, l'Europe, l'Europe », sacrifie la France, son peuple, sa souveraineté, son histoire et son avenir, vus comme des boulets hérités du passé qui empêchent la marche vers la modernité radieuse de la fusion universelle.

Comme c'est un béjaune besogneux et fayoteur, élevé sous cloche, à l'abri des intempéries, il est plutôt moins coupable que ses prédécesseurs qui, ayant plus d'expérience de la vie, n'ont pas l'excuse de la naïveté idéologique.

Humainement, c'est un petit con narcissique et verbeux, plus séduisant que ses deux prédécesseurs. Il a de petites qualités qui brillent seulement par contraste avec MM. Hollande et Sarkozy.

Bref, pas de quoi fouetter un chat. Le changement dans la continuité, l'immobilisme à fond la caisse avec des enjoliveurs neufs et le volant en moumoute. Rien de nouveau sous le soleil depuis quarante ans.

C'est pourquoi je vous en parle si peu. Ce blanc-bec à grosses chevilles et à grosse tête ne m'intéresse pas. Il n'arrive même pas à m'énerver comme le faisait Hollande. Et puis, c’est une marionnette dont on voit les fils, s’il n’etait pas si arrogant, il ferait pitié.

Comme Rioufol, je peux écrire (Rioufol et Bernat, les macronosceptiques) :

« Je ne suis pas macronien. Je me sens pleinement solidaire des ploucs et des boulets, c'est-à-dire de ceux qui ne sont rien. »

Edouard Husson fait une analyse ravageuse de la politique européenne d'E. Macron (même s'il se montre, en conclusion, exagérément optimiste : les oeillères d'Emmanuel Macron l'empêcheront de saisir les bonnes occasions) mais il ne perd pas de vue qu'il est dans la continuité de la désastreuse politique française :

2017 : l’année où l’organisation européenne des années 1990 s’est effondrée

Addendum :

Le phénomène Macron et le vieillissement français


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Célébré par les médias comme une icône, le président néo-bonapartiste Macron, préféré des retraités aisés et des amateurs de télé, est parfaitement adapté à un pays riche, peu actif, vacancier, héritier, coutumier, plaisancier. C’est le jeune animateur de maison de retraite dont nous avions bien besoin. Les plus optimistes en feront une espèce de Poutine à la française. Poutine arriva au pouvoir au même âge (la quarantaine), rassura les vieux, les traditionnels, tança les corporatismes, stabilisa ce qu’il put, et découpla son pays de la mauvaise volonté de puissance (ou de la volonté d’impuissance) américaine avec les écarts et les réactions que l’on sait. Pour le cas Macron, dans un pays plus riche et peu ambitieux géopolitiquement, la donne est plus simple. Les bourgeois moliéresques sont contents, parlent de leur foie gras, de Noël au Mexique, des travaux de la salle des bains et des vacances de février au ski ; les jeunes, de plus en plus sympathiques et victimes, se résignent ou s’en vont. Plus personne ne parle de politique, les discours sur la droite et la gauche faisant comme si elles – la gauche et la droite ! La gauche et la droite ! - n’avaient jamais existé, et ce simulacre de pays réel goûte un repos virtuel mérité en skiant, rachetant les œuvres complètes de d’Ormesson et en scandant « je t’aime » dans la rue. Tout ce Johnny sent le ranci, mais qu’y faire ?

La dérive du pays reflète une entropie matérialiste, sybarite même mais récurrente ici, quand on s’est trop agité avec les idées : on a eu les Bonaparte puis Pétain, puis de Gaulle, enfin on élit le gringalet énarque idole des belles-mères (et pour cause) pour se concilier les impuissances et célébrer le Mammon mondialisé.

Pour ceux qui ne comprennent encore rien à ce qui se répète depuis deux siècles dans un pays-tourniquet qui donne le tournis aux ex-amateurs de sensations fortes, on citera encore Tocqueville :

« Le despotisme élève des barrières entre eux et les sépare…il leur fait une sorte de vertu publique de l’indifférence. Le despotisme, qui est dangereux dans tous les temps, est donc particulièrement à craindre dans les siècles démocratiques. »

Et comme dans la crêperie où j’achevais et postais mes textes je n’entendais que des monologues sur les foies gras, les blagues sur Hulot, les droits sociaux et toujours ces vacances au ski, je rajouterai ces lignes du maître :

« Ce que je reproche à l’égalité, ce n’est pas d’entraîner les hommes à la poursuite des jouissances défendues ; c’est de les absorber entièrement dans la recherche des jouissances permises. »

Le rapport au fric et à Rothschild ne devrait énerver personne après la monarchie de Juillet, Napoléon III, la troisième république et tout le reste. Il correspond à ce que Tocqueville appelle le matérialisme honnête une fois qu’on a balayé les simulacres de politique politicienne (celle qui amène à l’isoloir marron puis aux benzodiazépines) :

« Ainsi, il pourrait bien s’établir dans le monde une sorte de matérialisme honnête qui ne corromprait pas les âmes, mais qui les amollirait et finirait par détendre sans bruit tous leurs ressorts. »

Moi je trouve que Macron devrait changer ses slogans, leur donner un ton célinien : « pour une France sans âme et sans ressort. Les mécontents dehors. » Il ajoutait Céline que la féérie ce serait pout une autre fois.
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samedi, décembre 30, 2017

Pêle-mêle : Wolfe, Hadjadj, Nguyen, Sévilla

Tom Wolfe : « Le politiquement correct est devenu l'instrument des classes dominantes »

Un article avec lequel je ne suis pas d'accord. Je pense que le lien entre islam et gauchisme est beaucoup plus profond que l'anti-christianisme (même si cela en fait partie). Je pense qu'ils partagent une vision très noire de l'homme et de la société  :

The Curious Progressive Love of Islam

Fabrice Hadjadj : «L'Incarnation, dernier rempart contre le transhumanisme et l'islamisme »

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L'affrontement entre consumérisme et islamisme n'est que superficiel: c'est la même forma mentis ; dans les deux cas, il s'agit d'atteindre le paradis en appuyant sur des boutons. Daech n'a rien d'un retour des prétendues ténèbres médiévales. C'est un mouvement postmoderne, constitué par des individus déracinés, qui se recrutent par Internet, qui font des selfies avec kalachnikov et des vidéos d'égorgement dans des mises en scène de série télévisée, enfin qui subsistent grâce aux pétrodollars. Leur «Dieu» ne s'est pas fait chair. Il n'est ni charpentier ni talmudiste - ce qui leur aurait donné, avec le sens du concret, un certain sens de l'humour. Le djihadisme est peut-être une réaction au vide occidental, à son absence de sens ou de transcendance, mais c'est aussi une extension de ce vide, une perte radicale de la terre, de la culture et de l'histoire.
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La philosophie de l'épanouissement personnel, ou la victoire de l'individualisme

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« Je suis un chef-d'oeuvre. J'incarne le succès. Je suis riche. Je suis fort(e). Je suis victorieux(se). Je suis séduisant(e). Je suis beau (belle). Je suis jeune. Je suis talentueux(se)». Voici les formules de programmation personnelle à la réussite que préconisent de nombreux ouvrages de développement personnel ou vidéos qui pullulent sur Internet. Nous devrions nous répéter en boucle ces mantras d'auto-persuasion, les graver sur nos miroirs, les écrire sur de petits papiers cachés dans nos sacs ou nos portefeuilles.

Une telle glorification du moi, un tel encouragement au narcissisme n'ont pas d'équivalent dans l'histoire de l'humanité. Ils traduisent un individualisme triomphant et un effondrement du souci d'autrui, qui n'est pas étranger à la disparition progressive des pratiques élémentaires de civilité et de courtoisie. Pour quelles raisons l'être qui réunit tant de qualités devrait-il en effet céder sa place, s'effacer, supporter un inconfort ou une frustration ?

Le drame est que ce conditionnement non seulement accélère la marche collective vers l'incivilité mais qu'il ne permet pas aux individus qui le pratiquent de combler leur déficit initial d'estime-de-soi. Aucune recherche n'a jamais démontré que la réussite dépendait du nombre d'affirmations magnifiées de soi-même. Au contraire, l'histoire économique regorge de faillites fracassantes, brisant le destin de dirigeants satisfaits d'eux-mêmes et se gargarisant de leur vision grandiose.

[…]

Alors que la course aux « likes » fait rage sur les réseaux sociaux, il n'est pas inutile de rappeler que l'estime de soi ne devrait pas dépendre d'une quelconque forme de validation sociale ou conformité temporaire avec des critères discutables de désirabilité sociale. Plutôt que de s'auto-convaincre que l'on possède les qualités valorisées par la foule, pourquoi ne pas essayer de se libérer d'un fardeau inutile en cultivant l'acceptation de soi et l'indifférence à l'opinion d'autrui ? Et si on échappait à la tyrannie du jugement permanent, en s'aimant avec ses limites et en aimant les autres avec les leurs.
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Histoire de France : arrêtons les mensonges







A quoi sert le rugby d’aujourd’hui ?

A quoi sert le rugby d’aujourd’hui ?


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Depuis une quarantaine d’années, le rugby a beaucoup changé : il est devenu un grand spectacle télévisuel et donc, inévitablement, un enjeu commercial, financier et politique. Il a aussi, de ce fait, changé ses règles, la morphologie des joueurs, leur nationalité. Et perdu son âme…

Les joueurs anglo-saxons ont donné le « la » : plus tôt devenus professionnels, ils sont un jour venus sur les terrains gonflés de créatine et de L-carnitine et ont imposé un rugby de tampons brutaux. Au lieu de discipliner les joueurs à des règles puisant dans une philosophie du sport, on a donc adapté le sport à ces morphotypes nouveaux et artificiels : possibilité exagérée de faire venir des joueurs du monde entier dans les clubs et même dans l’équipe de France ; rotations plus fréquentes de joueurs pendant les matches car l’accroissement des masses musculaires a diminué la résistance …

Où sont passés nos joueurs si agiles aux crochets dévastateurs, de funambules, de « Peter Pan »… ? Notre rugby de terroir fait de robustes paysans au joug de devant et de vif argent se faufilant depuis les lignes arrières. Des hommes ordinaires faisant des choses extraordinaires, des héros devenant, après leur page de gloire, chefs d’entreprises, médecins, juristes… Le rugby d’évitement, le « champagne » est devenu rugby whisky ; et encore, seulement du « blended » industriel.

[…]
Le rugby est le seul sport collectif de combat. Un équipe est une société où chacun, grands (n°4, 5, 8) et petits (n°9), « gros » (n° 1 à 3), rapides, agiles (n°9 à 15) a une mission différente qu’il assume et dévoue aux autres. C’est aussi un sport complexe dont les règles ardues conduisent à des stratégies et des tactiques très subtiles, requérant une grande intelligence. Mais désormais, les parents ne reconnaissent plus leurs objectifs éducatifs dans ce que ce sport est devenu (un business et un danger physique), et n’ont plus le même engouement à y envoyer leurs enfants. Car le sport est avant tout un projet éducatif destiné à façonner un humain équilibré et accompli. On semble l’avoir perdu de vue.
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Il est tout à fait normal que, dans notre monde où les maîtres-mots sont abrutissement et narcissisme, les sports collectifs le soient de moins en moins.

Le rugby est particulièrement vulnérable. Il n'a jamais été très loin d'être un sport de brutes. Ce qui le retenait au bord du gouffre était un délicat échafaudage de règles, d'habitudes et de traditions. Dans un monde complètement con abruti par le juridisme le plus étroit, les délicats échafaudages n'ont plus cours, on pense et on agit au bulldozer.

Et le rugby meurt.



vendredi, décembre 29, 2017

Une pensée de Max Planck

Vous pouvez méditer cette pensée de Max Planck (dont je n'ai pas retrouvé la source) : les idées nouvelles ne triomphent pas en convainquant leurs critiques mais en gagnant les jeunes générations.

Le pape François Zéro est vraiment un zéro

Le pape Français Zéro est vraiment un zéro. Vous savez ce que j'en pense. Edouard Husson, sous le couvert de Disraëli a écrit une des critiques les plus justes que j'ai lues.

Le pape François à contre-sens de l’évolution du monde

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Je redoute de voir le visage fermé et comme habité d’un ennui profond de l’actuel Souverain Pontife. Quand on se rappelle la bienveillance communicative du « pape Jean », l’humilité rayonnante de Paul VI, l’absorption dans la prière de Jean-Paul II et le regard d’enfant de Benoît XVI, comment ne pas être rebuté par la dureté - je n’ose pas dire le visage de pierre....- et le manque de chaleur humaine du pape François? François pape anachronique.

Non seulement j’espère ne pas vous choquer mais je sais bien que je vais contre la croyance collective des bien-pensants . Dès son élection, les médias se sont emballés en faveur du pape argentin et, jusqu’à aujourd’hui, ils essaient de nous faire croire à un nouveau Jean XXIII.

Pourtant, en quatre ans et demi de règne, c’est un autre personnage qui a percé le rideau de fumée de la bienveillance proclamée. On nous avait promis un pape qui réformerait la Curie et mettrait définitivement fin aux abus et scandales dans l’Eglise. Or voici que, quatre ans plus tard, le président du C9 (le groupe de neuf cardinaux qui conseillent le pape sur la réforme de la gestion romaine), le Cardinal Rodriguez Maradiaga est soupçonné de détournement de fonds à grande échelle dans son diocèse du Honduras. Alors que la presse italienne reproduit les explications embarrassées du prélat ainsi soupçonné, on apprend, simultanément, que la commission vaticane en charge de la protection des mineurs (dédiée à la lutte contre la pédophilie dans le clergé) a fini son mandat de quatre ans à la date du 17 décembre dernier sans avoir été confirmée ou renouvelée par le Souverain Pontife. Négligence, sans doute, mais qui ne parle pas en faveur d’un pape volontiers donneur de leçons - en particulier pour fustiger chaque année en décembre, dans un discours devant ses collaborateurs, les mauvais comportements qui caractériseraient la Curie.

Les habitués du Vatican vous le diront, une véritable terreur s’est emparée de bien des responsables et employés de la Curie confrontés à un style qui doit plus à Peron qu’à l’exercice habituel de la fonction pontificale. Il faut même aller plus loin: héritiers de pontificats où l’on a maintenu fermement la barre doctrinale et morale, les responsables et les employés de la Curie constatent la propension du pape François à se débarrasser de tous ceux qui n’iraient pas dans le sens d’un ralliement de l’Eglise à l’individualisme post-moderne. Les deux cibles les plus évidentes ont été le Cardinal Burke (renvoyé alors qu’il était préfet de la Signature apostolique) et le Cardinal Müller (non renouvelé comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi). L’extraordinaire Cardinal Sarah - le successeur ?- n’échappe aux foudres de son « ami François » que parce qu’il est en permanence en voyage.

Traditionnellement, les papes tâchent de trouver un équilibre entre « conservateurs » et « progressistes » - sans quoi Bergoglio le progressiste n’aurait jamais été nommé évêque ni cardinal par le conservateur Jean-Paul II. Or François, très clairement, rompt l’équilibre au profit des seuls progressistes. Alors que Jean-Paul II et Benoît XVI avaient suscité l’émergence de nouvelles générations de catholiques, fiers de leur appartenance, François prend comme un malin plaisir à ne jamais les mettre au centre du tableau. Son slogan est la nécessité, pour les chrétiens, de sortir de leur cadre protecteur, d’aller vers l’extérieur, vers le monde, vers « les marges », même, où se font, assure-t-il, les rencontres intéressantes. Les adeptes de la beauté liturgique et les apôtres de la doctrine morale catholique se voient taxer par le pape lui-même de rigidité et d’infantilisme. Les ordres religieux les plus fidèles à la tradition liturgique et à une stricte observance de leur règle sont méprisés ou combattus alors qu’ils sont ceux qui suscitent le plus de vocations. Quand il m’arrive d’entendre un des sermons de François, je suis frappé comme il y parle peu du Christ et de conversion des coeurs mais beaucoup de développement personnel et d’engagement - comme s’il était resté fixé dans les années 1970, lorsque certains prélats croyaient devoir pratiquer « l’enfouissement » au coeur de la société et laissaient se vider les églises pour pousuivre la chimère du rapprochement avec quelques compagnons de route du communisme (d’ailleurs, les cardinaux qui ont élu Bergoglio en 2013 auraient dû savoir que la cathédrale de Bueos Aires était à moitié vide quand il y officiait). Alors que le monde a besoin de transmission et de sens...

On ne compte plus les ruptures avec les prédécesseurs : ce qui était en 2013 un utile cri d’alarme sur le sort des réfugiés traversant la Méditerranée est devenu, avec les années, un impératif catégorique, loin de la prudence politique que recommande habituellement l’Eglise: non seulement François réclame que l’on ouvre les frontières sans hésiter mais il est allé jusqu’à contester qu’un Etat puisse légitimement réguler les entrées sur son territoire - ne serait-ce qu’au nom de l’intégration réussie des réfugiés déjà accueillis. Alors que ses prédécesseurs avaient fermement dénoncé l’illusion qu’il y ait quelque compatibilité que ce soit entre marxisme et christianisme, François a ramené dans ses bagages une version molle de la « théologie de la libération »; et surtout, on ne cesse d’inviter à Rome tous ces anciens marxistes reconvertis dans « l’idéologie du genre » Le plus flagrant est le ralliement dénué de sens critique à des courants écologistes qui ne sont sans doute pas les plus porteurs d’avenir. Mon cher ami, avez-vous jamais feuilleté l’encyclique du pape François dédiée à l’écologie (« Laudato Si ») ? Imaginez que vous soyez éditeur et qu’on vienne vous proposer ce texte sans y mettre le nom de l’auteur. Il est probable que vous le refusieriez tant il est éculé et indigent. Il est normal que l’Eglise se préoccupe d’écologie - à vrai dire Pie XII l’avait fait bien avant l’apparition des mouvements « verts » de toute sorte. Mais l’Eglise doit-elle se faire le porte-parole de l’économiste Jeffrey Sachs - ce chantre des politiques néo-libérales dans les années 1990 aujourd’hui reconverti opportunément dans le développement durable a été le conseiller personnel du pape sur le dossier ? L’Eglise doit-elle donner l’impression d’abandonner l’anthropocentrisme du livre de la Genèse au profit des « droits des animaux » placés sur le même plan que les droits de l’Homme? Doit-elle accepter la lubie d’un pape qui non seulement déteste le Vatican (il habite de manière ostentatoire à la Maison Sainte-Marthe, loin des appartements pontificaux) mais a fait projeter un soir, voici deux ans, un « sons et lumières » New Age, plein du culte de Gaïa, sur la façade de Saint-Pierre de Rome ? Un pape qui écrit sur un sujet aussi grave que l’avenir naturel de la planète peut-il se permettre d’ignorer combien la digitalisation de l’économie fait entrevoir des industries propres - qui peuvent rendre l’espoir à une humanité accablée de messages pessimistes venus de tous les horizons ?

On pourrait multiplier les exemples qui montreraient combien ce vieil homme tyrannique, et dont les prêches comme les écrits font conclure à un triste déclin intellectuel de la Compagnie de Jésus, agit à contretemps des besoins, non seulement, de l’Eglise mais - et peut-être surtout - du monde. Les sociétés ravagées par cinq décennies d’hyperindividualisme peuvent ne pas aimer le discours catholique sur l’objectivité de la morale et sur le caractère indispensable de la famille comme cellule de base de la société. Mais ce discours a le mérite d’exister, d’être intellectuellement structuré. Et les oppositions qu’il a rencontrées depuis des décennies témoignent de la capacité de l’Eglise à proclamer des vérités qui ne font pas plaisir à entendre.

Surtout, qui niera que, même quand on ne la partage pas, la vision qu’a l’Eglise de l’individu pris dans un réseau de cellules sociales protectrices est éminemment utile au débat collectif ? Qui prétendra que face aux lubies transhumanistes ou au matérialisme de la Chine post-communiste nous n’ayons pas besoin d’un nouvel humanisme et que l’Eglise catholique, mieux que d’autres institutions, incarne la défense de l’humain contre toutes les manipulations, à commencer par tout ce qui touche au patrimoine génétique de l’homme ? Qui contestera que face au développement de l’intelligence artificielle nous allons devoir mobiliser toutes les ressources de la théologie et de la philosophie pour orienter l’humanité sur des territoires inconnus ? Heureusement que mon train part dans quelques minutes ; sinon j’étais parti pour écrire un pamphlet ! Mais le monde a besoin de tradition, de sens et de transmission. L’Eglise catholique n’est pas la seule à s’en préoccuper; mais elle a habituellement une largeur de vues qui la met « au-dessus de la mêlée ». Qu’est donc venu faire sur le trône de Pierre cet individu qui témoigne plus des ravages de la philosophie allemande sur la formation des Jésuites depuis trois quarts de siècle que de l’intelligence de l’époque ? Comment peut-on se jucher ainsi sur les débris du navire post-moderne qui a fait naufrage tandis que la nef de Pierre est là, attendant depuis quatre ans que Bergoglio accepte de monter sur un navire solide, maintes fois consolidé pour résister à toutes les tempêtes? 

Il nous faudrait méditer sur l’incapacité du prédécesseur, le pape Ratzinger à porter politiquement sa charge - les Allemands ne sont pas un peuple politique. La démission de Benoît XVI fut une mauvaise chose et elle a permis à un cheval de retour de se faufiler dans le désarroi du Conclave. Heureusement, comme dans toute belle institution, le chef est enserré dans une tradition et une nécessité de rendre des comptes. « L’infaillibilité pontificale » ne signifie rien d’autre que le devoir et la capacité qu’a le pape d’exprimer un point de vue qui rassemble l’Eglise dans la fidélité à la tradition. François ne pourra plus longtemps faire cavalier seul ni ignorer la tradition qu’il a pour mission de défendre - à ce que je lis et j’entends les forces de rappel sont déjà à l’oeuvre.

Je vous souhaite une joyeuse fête de Noël.
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Comme tout catholique doit respecter le pape, le mieux que je puisse en dire, c'est qu'il a probablement de bonnes intentions. Hélas, nous savons tous que l'enfer en est pavé.

Les voies de la Providence sont impénétrables, mais j'ai les plus sérieux doute sur le fait que l'élection de Jorge Bergoglio au trône de Saint Pierre soit un message de félicitations du Très Haut.

Sur un plan purement politique, il est étonnant de voir à quel point l'Eglise participe aussi à la sécession des élites qui gangrène tout le monde occidental. Il me semble que jamais dans l'histoire de l'Eglise (et pourtant, j'en connais un bon bout), le clergé n'a eu un tel mépris des besoins élémentaires du peuple chrétien. C'est pourquoi l'explication par l'économie (qui touche tout de même peu le clergé) de la sécession des élites me semble courte.

Le cardinal Bergoglio devenu pape a voulu se placer sous le patronage de Saint François d'Assise. Pour qui connaît la vie du povorello et ses rapports complexes avec l'institution romaine, ce choix paraît malencontreux, indice précoce du manque d'intelligence de celui qui le fait (j'entends évidemment « intelligence » dans son sens le plus noble, je n'évoque pas les habiletés manoeuvrières et les capacités de tromperie).

Il arrive qu'on me dise que je critique le pape François parce qu'il me dérange, en sous-entendant que c'est un bon point pour lui (ce qui demande débat : en quoi le fait de me déranger serait en soi une bonne chose ?). Mais il y a une autre explication : je critique le pape François parce qu'il le mérite. Parce qu'il est critiquable. Parce c'est une calamité.

Heureusement, l'Eglise en a vu d'autres. Les papes, même mauvais, passent et elle reste.

Allez, pour vous remonter le moral (Saint François d'Assise, là encore à l'image du Christ, est connu pour sa joie, pour ne pas dire son humour), la Cantique des Créatures :